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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 12:44
 

Les égoïsmes nationaux qui entachent la gestion de la crise économique nuisent à l'Europe : tel est le message adressé par le groupe Spinelli lors d'une réunion au Parlement européen le 12 janvier, intitulée " les Etats-Unis d'Europe: vers une société transnationale ". Joschka Fischer et ses partenaires veulent ainsi relancer l'idée fédérale au sein d'une Europe en perte de repères. (voir la vidéo : “The United States of Europe – Towards a Transnational Society ?” a Spinelli debate )

Plus d'intégration économique

Lors d'une importante réunion mercredi 12 janvier au Parlement européen, les membres du groupe Spinelli, un nouveau réseau fédéraliste (voir ci-dessous), ont appelé à une accélération de l'intégration européenne. Ceux-ci souhaitent faire prendre conscience aux pouvoirs décisionnels qu'une meilleure intégration politique des Etats membres doit être entreprise le plus rapidement possible pour sortir rapidement et efficacement de la crise dans laquelle l'Europe est plongée depuis maintenant plus de deux ans.
Si les ténors du groupe Spinelli s'accordent pour dire que l'Europe se trouve dans une mauvaise passe, ils critiquent également la gestion de la crise par le couple franco-allemand, qui derrière une unité affichée ne parvient pas à penser en termes d'intérêt européen. Tandis que "malgré les baisers, la France et l'Allemagne se trouvent dans une période difficile" pour Joschka Fischer, Daniel Cohn-Bendit s'alarme sur la situation actuelle : "dire que l'Europe va dans la mauvaise direction est un euphémisme".

 

L'intérêt général mis à l'épreuve

La conférence intitulée "Les Etats-Unis d'Europe : vers une société transnationale" avait pour but de réactiver le sentiment fédéraliste en cette période de "souverainisme économique". A titre d'exemple, le rejet par la France et l'Allemagne d'un éventuel renforcement du fonds de stabilité européen (en prévision d'une éventuelle défaillance des économies portugaises et espagnoles) leur paraît symptomatique de ce manque d'esprit européen qui fait tant défaut à la gouvernance européenne.
José Manuel Barroso, qui assistait à la réunion, a abondé dans leur sens: "ce ne sont pas seulement les fédéralistes qui plaident pour une meilleure intégration, ce sont aussi les marchés. Ils envoient des messages clairs chaque jour. Il ne s'agit donc pas d'une utopie, c'est une question de réalisme" a-t-il déclaré aux journalistes.

 

Vers une "union sacrée" ?

Les spécialistes de l'Union européenne sont également prompts à signaler que les crises précédentes ont fréquemment joué le rôle d'impulsion pour créer une rapide intégration européenne. Le philosophe Jean-Marc Ferry, qui a co-animé le débat, allait également dans ce sens : autant utiliser la crise pour revenir aux fondamentaux des Pères de l'Europe et serrer les rangs.
C'est bien ce qui manque à l'Europe actuellement. Le président d'Europe Ecologie Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe Verts/ALE au Parlement européen, s'amuse en effet de l'inquiétude des Etats membres face à leur transfert de souveraineté à l'Europe, alors que cette souveraineté nationale est surtout menacée par l'essor des pays émergents. En effet, on assiste depuis la crise grecque au rachat de la dette européenne par la Chine et le Japon.
L'Europe apparaît donc plutôt comme un paravent efficace dans la concurrence internationale acharnée. 

 

Quel type de gouvernance pour l'Union européenne ?

Mais le point le plus pertinent abordé lors de cette réunion concerne la façon dont la gouvernance peut être menée. La soi-disant perte de souveraineté nationale met effectivement en lumière l'opposition entre deux méthodes de gouvernance européenne : fédérale (ou communautaire) et intergouvernementale.
Ces deux manières de gouverner l'Europe ont pu, avant l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, reposer sur la distinction entre les 3 piliers de l'UE, la méthode "communautaire" désignant le mode de fonctionnement institutionnel du premier pilier, et reposant sur une logique d'intégration, mais toujours dans le respect du principe de subsidiarité. Cette dernière se caractérise notamment par le monopole du droit d'initiative de la Commission, le recours général au vote à la majorité qualifiée au Conseil, le rôle actif du Parlement européen souvent co-législateur avec le Conseil. En matière de justice, la Cour de justice doit assurer l'uniformité d'interprétation du droit communautaire.

La fusion des piliers
Le traité de Lisbonne a étendu la méthode communautaire, rebaptisée "procédure législative ordinaire" à de nombreux aspects du domaine de la justice et des affaires intérieures, nommé dorénavant "espace de liberté, de sécurité et de justice (LSJ)", abolissant le troisième pillier de l'Union puisqu'il a fusionné la Communauté européenne avec l'Union européenne.

 Les deuxième et troisième piliers , "intergouvernementaux", obéissaient quant à eux à un partage du droit d'initiative plus en faveur des Etats membres, le Parlement étant quant à lui consulté. Après l'entrée en viguer du traité de Lisbonne, il a été dit que la méthode intergouvernementale a été privilégié avec le renforcement du Conseil, en la personne du Président permanent de l'union européenne, Herman Van Rompuy.

Pour une Europe plus représentative

Attaché à la tradition communautaire, Jochka Fischer plaide pour une plus grande implication du Parlement européen dans le déroulement des organisations, pour que celles-ci imposent davantage de thématiques européennes. "Le Parlement européen a une bonne opportunité : il dispose de plus de compétences et les citoyens doivent sentir qu'il les représente démocratiquement" affirme-t-il dans un entretien consultable sur le site web du Parlement européen.
L'ancien ministre des Affaires étrangères estime également que la crise doit être l'occasion d'un sursaut européen et plaide pour une immédiate Union économique. "L' Europe doit être forte. Cela ne sera possible que si nous rassemblons nos intérêts. C'est laborieux mais possible si nous exerçons notre souveraineté de façon commune. Le but serait d'arriver aux Etats-Unis d'Europe, une vraie association d'Etats démocratiques qui mettent leur souveraineté en commun. Mais nos identités nationales continueront à exister et les Etats nations continueront, en conséquence, à jouer un rôle fort. Nous nous différencierons beaucoup des autres Etats unis de par le monde".
Le philosophe Ferry a quant à lui appelé à ce que les parlements nationaux, régionaux, locaux des Etats membres de l'UE soient amenés à constituer des liens plus puissant que ceux d'aujourd'hui pour en faire une véritable "réseau" dans lequel le Parlement européen serait "la clé de voute". Etant donné que l'argument selon lequel l'Europe est facteur de paix a vécu, il faut une nouvelle "raison d'être", à savoir une société civile transnationale. Il faut donc garantir une véritable liberté de mouvement (pas seulement celle des capitaux et des hommes d'affaires) ainsi que l'existence de partis politiques européens. 

 

Le Groupe Spinelli :

En savoir plus

:

Le Groupe Spinelli : une nouvelle aventure fédéraliste au sein du Parlement européen - Le Taurillon

Le groupe Spinelli - Site officiel 

Le groupe Spinelli rénove le fédéralisme au Parlement - interview de Sylvie Goulard sur l'origine du groupe Spinelli

Source : http://www.touteleurope.eu/fr/

Voir également sur ce blog : Appel en faveur d'un nouveau pacte politique et démocratique en Europe ! - troisième partie -



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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 08:18

Après 2010, année des crises, on ne peut qu'espérer que 2011 soit celle des embellies. Les appareils de gouvernance économique et financière votés en 2010 commenceront leur travail de coordination et de surveillance dès le début de l'année ; le service européen d'action extérieure sera enfin suffisamment armé pour muscler l'action de l'UE sur la scène internationale ; la zone euro gagnera un membre, et peut-être l'espace Schengen en gagnera-t-il deux. Découvrez ce que le premier semestre de l'année 2011 réservera à l'Europe.

Les thèmes semestriels

Au premier semestre 2011, la Hongrie présidera le Conseil de l'Union européenne, la France continuera de présider le G20, et la Commission européenne fera la promotion du volontariat.

  • Présidence française du G20

Durant l'essentiel de l'année 2011 (jusqu'en novembre), la France détiendra la Présidence du G20, en lui soumettant un agenda très ambitieux : rebâtir le système monétaire international, lutter contre la volatilité des matières premières et réformer la gouvernance mondiale. Le prochain sommet aura lieu les 3 et 4 novembre à Cannes, une échéance que la France préparera tout au long de l'année.

  • Année européenne du volontariat

2011 sera l'année européenne du volontariat. Après le combat mené contre la pauvreté et l'exclusion en 2010, l'Europe a choisi de célébrer l'action des volontaires en Europe. Elle tentera aussi d'encourager dans cette voie les trois quarts d'Européens qui ne sont pas engagés dans un volontariat. Le lancement officiel de l'année aura lieu le 8 janvier à Budapest.

  • Présidence hongroise du Conseil

La Hongrie pendra le relais de la Belgique dans la présidence du Conseil de l'Union européenne. Comme ses prédécesseurs, elle s'est donné pour mission de sortir l'Europe de la crise. Elle tentera aussi de faire avancer l'intégration dans les Balkans (élargissement de l'UE et de l'espace Schengen, partenariat oriental).

Les nouveautés

2011 apportera son lot de nouveautés, et marquera le lancement officiel d'un certain nombre d'initiatives décidées en 2010.

  • Union monétaire : l'Estonie adopte l'euro

L'Estonie sera le 17e pays de l'Union européenne à rejoindre la zone euro, au 1er janvier 2011. Elle abandonnera ce faisant le Kroon, sa monnaie nationale.

  • Relations extérieures : les premières armes du Service européen pour l'action extérieure

Le premier semestre 2011 sera sans aucun doute marqué par la concrétisation des actions du service européen d'action extérieure. Opérationnel depuis décembre 2010, il s'est mis en place tout le long de l'année : son personnel est désormais installé, au siège comme dans le réseau d'ambassades européennes qu'il chapeaute. Cette année, il va devoir trouver ses repères, tant dans sa manière de fonctionner (il regroupe des fonctionnaires issus de la Commission et des diplomates nationaux, qui n'ont pas la même culture de travail) que dans ses rapports avec les ambassades nationales (dont certaines ont déjà fermé).

  • Finances : feu vert pour les autorités de régulation financière

Le 1er janvier 2011 marque l'entrée en vigueur officielle des nouvelles autorités de régulation financière, créées par les institutions européennes à la mi-2010 pour surveiller les banques, les assurances et les marchés. Les structures existent déjà mais seront dotées de nouveaux moyens tant financiers que matériels, et verront leurs pouvoirs étendus. Là encore, il s'agira pour leur personnel de s'affirmer.

  • Marché intérieur : la libéralisation des services postaux et la mise en œuvre du Pacte pour le marché intérieur

Avec la nouvelle année, les services postaux seront entièrement libéralisés, ponctuant ainsi un processus entamé il y a plus de 15 ans. En 2011 se poursuivra aussi la réflexion lancée par la Commission sur l'amélioration du marché intérieur par des propositions concrètes : les Etats et le Parlement européens devront choisir parmi 50 mesures celles qu'ils souhaitent mettre en place.

Les dossiers en cours

D'autres dossiers nécessiteront la poursuite des négociations entre les acteurs européens et internationaux.

 ../...

Pour la suite de cet article :

http://www.touteleurope.eu/fr/organisation/institutions/conseil-de-l-union-europeenne/actualite/actualite-vue-detaillee/afficher/fiche/4888/t/44282/from/2834/breve/2011-ce-que-le-prochain-semestre-reserve-a-leurope.html?cHash=612a1625fe?xtor=EPR-10

 

 

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 06:55

Si nous consacrons un article au rapport que le député français Yves Fromion a remis en juillet 2010 à son Premier ministre, François Fillon, (cf. Rapport parlementaire sur les conséquences du Traité de Lisbonne sur les capacités militaires et les programmes d'armement de l'Union européenne (Yves Fromion)) c'est parce qu'il souligne la valeur ajoutée que peut offrir la 'coopération structurée permanente' - CSP - inscrite dans le Traité de Lisbonne (laquelle a fait l'objet de nombreux articles sur ce même blog).

Le rapport souligne le caractère structurant de la CSP pour la défense européenne et la nature dynamique de la démarche politique qui doit accompagner sa mise en oeuvre. Lorsque l'on connaît les réticences et le scepticisme auxquels la mise en oeuvre de la CSP est confrontée dans certains Etats membres, à commencer par la France, on mesure toute l'importance de ce rapport.

Avec insistance, ce rapport souligne aussi la pression que la crise exerce sur les budgets de défense pour dépenser mieux et nos lecteurs perçoivent clairement les économies qui pourraient être réalisées en réduisant les duplications en matière, de recherche, de développement, d'acquisition, de certification et de maintien en condition opérationnelle d'équipements [NDLR : destinés, tout au moins, en partie, à s'intégrer dans des capacités indispensables à l'opérationnalité effective de la PSDC] ...

Pour autant, l'objectif de dépenser mieux ensemble ne doit pas devenir une excuse pour dépenser moins individuellement. Les ressources dégagées par une meilleure efficacité d'emploi doivent être réinvesties dans des programmes de recherche et développement technologique conjoints, la transformation des forces, l'interopérabilité et les indispensables solutions à apporter aux trop nombreuses lacunes capacitaires actuelles.

En invitant chaque Etat membre à nommer un " Monsieur CSP ", le rapport entend mettre fin à la cacophonie qui est à l'origine de la stérilité des séminaires organisés successivement par les présidences belge et espagnole du Conseil de l'Union européenne. Cela permettra de circonscrire le débat à des personnalités choisies au plus haut niveau de l'Etat et disposant de la capacité d'engager leur pays. La formule n'est pas très originale, mais elle a déjà fait ses preuves par le passé.

Cependant, pour être pleinement efficace, je pense qu'il serait utile de ménager d'emblée une place dans ce cénacle à des représentants du comité militaire et de l'Agence européenne de défense, dans la mesure où ils pourraient être appelés par la suite à gérer en partie la mise en oeuvre complète de la CSP et à participer à l'évaluation du respect des engagements pris par les Etats membres.

Par ailleurs, comme le rapport Fromion envisage de faire appel aux ressources du budget communautaire dès le prochain cadre financier pluriannuel, au-delà de 2013, il me semble qu'il serait raisonnable d'impliquer également la Commission et le Parlement européen dans cett réflexion.

En outre, nous devons garder à l'esprit que l'inclusivité est un principe, mais pas une fin en soi [NDLR : il en est ainsi de l' 'inclusivité' dans le champ politique comme de la 'concurrence libre et non faussée' sur le registre économique).

Le député français a raison de proposer diverses manières d'accroître l'attractivité de la CSP pour les Etats membres. Plus ils y trouveront d'avantages, plus ils feront d'efforts pour sa réussite. Mais la démarche vertueuse ne peut pas être assurée s'il n'existe pas un ticket d'entrée, c'est à dire un effort minimal qui s'impose à tous, dont la réalisation conditionne l'entrée effective et qui assure un phénomène d'entrainement, chacun ayant dès lors à coeur de réaliser les engagements successifs.

Il n'y a, dit-on, que le premier pas qui coûte. Il est essentiel que ce coût empêche un retour en arrière.

 

(Cet article a été préalablement publié comme éditorial du n° 338 d'EDD en date du 27 juillet 2010)

 

Voir également :

 * l'article intitulé Levons ces ambiguïtés non constructives qui paralysent la dynamique européenne sur les registres des capacités et de l'armement ! Et agissons ! - cinquième partie - ainsi que les articles auxquels il renvoie ;

ainsi que

 * l'article intitulé : Peut-on sauver l'Europe en ne lui donnant pas un budget à la mesure des exigences qu'emporte l'obligation d'en faire un véritable acteur global ?

 

 

 

 

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 22:09

L'abandon à la dernière minute par Paris de son soutien à l'ancien président tunisien Ben Ali illustre la pression qui s'exerce sur la France pour qu'elle rompe avec des années de soutien aveugle à certains dirigeants étrangers.

La France, comme le reste du monde, a été prise de court quand les troubles en Tunisie ont finalement précipité le départ de Zine al Abidine Ben Ali vendredi. Après une réunion d'urgence au sommet de l'Etat, Paris a décidé de lui refuser son hospitalité.

La volte-face a été rapide après le long soutien de l'ancienne puissance coloniale au régime, dont la stabilité politique protégeait les intérêts économiques français et la répression des groupes fondamentalistes faisait de la Tunisie un rempart laïc.

Les analystes politiques s'interrogent désormais sur l'éventuel effet d'entraînement de ce changement de régime sur d'autres pays de la région et le président Nicolas Sarkozy est pressé de renouveler la diplomatie française en Afrique du Nord et le monde arabe.

" Il y a un risque de contagion ", dit Christian Bouquet, spécialiste de l'Afrique du Nord et professeur de géopolitique à l'université Bordeaux III. " Il est clair que la France va être obligée d'avoir une position éthiquement plus correcte par rapport aux droits de l'homme, à la liberté d'expression, et donc probablement commencer à réfléchir sur ce qu'elle va dire désormais sur l'Algérie et, tant qu'on y est, sur le Maroc. "

Pendant des années, la Tunisie a été considérée comme un pays en pointe en Afrique du Nord en termes de stabilité politique, de croissance économique, d'éducation et de droits des femmes. Mais des critiques ont rapidement pointé du doigt les atteintes aux droits de l'homme et aux valeurs démocratiques comme la liberté de la presse, de la part du régime de Ben Ali.

La France, occupée comme le reste du monde par d'autres autocrates plus gênants, ne s'est guère émue de problèmes qui s'aggravaient. Et dans les manifestations organisées ce week-end à Paris pour célébrer la chute de Ben Ali, les critiques sur ce mode étaient sensibles. "Ben Ali assassin, Sarkozy complice", pouvait-on lire sur une pancarte.

" La Tunisie était un régime autoritaire et c'est vrai qu'il y avait une dérive de l'autoritarisme du régime depuis la dernière réélection de Ben Ali que probablement la France n'a pas appréciée à sa juste mesure ", déclare Axel Poniatowski, président de la commission des affaires étrangères à l'Assemblée nationale contacté par l'agence Reuters. " En l'espace de 72 heures, tout a basculé et je crois que la France comme la plupart des pays a été prise de court ", ajoute-t-il.

Lent renversement

La France, où vivent 600.000 Tunisiens environ, est le premier partenaire commercial de la Tunisie. Elle y a investi 139 millions d'euros en 2009 et on compte quelque 1.250 entreprises françaises présentes en Tunisie, environ 25.000 Français y résident et plus d'un million de Français y passent des vacances chaque année.

Le gouvernement français explique qu'il est resté observateur dans les événements de ces derniers jours pour ne pas être accusé d'ingérence, mais les déclarations de la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, qui a proposé en milieu de semaine d'aider Tunis dans le maintien de l'ordre, ont été vivement critiquée au parlement.

A peine deux jours plus tard, les autorités françaises refusaient une éventuelle venue de Ben Ali sur leur territoire. " Nous n'avons jamais eu aucune demande de sa part pour venir en France. Si une telle demande avait été formulée, elle aurait été refusée ", dit Michèle Alliot-Marie dans une interview accordée au Journée du dimanche.

Pour Christian Bouquet, ces évolutions ne sont que " de la realpolitik ". "Tout d'un coup, on a fait faire machine arrière à l'avion de Ben Ali. Il y a eu incontestablement une prise de conscience brutale du fait que la position initiale de la France allait dans le mur", dit-il.

Quand, en avril 2008, Nicolas Sarkozy s'était rendu en visite en Tunisie, il avait éludé les inquiétudes sur la situation des droits de l'homme et vu dans la lutte anti-terroriste menée par Ben Ali un rempart contre l'apparition d'un régime " de type taliban " en Afrique du Nord.

Des années plus tôt, soulignant que pouvoir se nourrir, se loger et s'instruire constitue le premier des droits de l'homme, son prédécesseur, Jacques Chirac, estimait que la Tunisie était plus avancée que nombre de pays.

Quand les premières manifestations contre le chômage et la pauvreté ont éclaté, à la mi-décembre, les autorités françaises ont fait profil bas et ne se sont pas départies de cette attitude jusqu'aux dernières heures du règne de Ben Ali.

Analystes et diplomates jugent aussi que Paris a mis longtemps à comprendre que son soutien au régime de Ben Ali avait dépassé sa date de péremption.

" Les Français ont mal interprété l'ampleur du soulèvement populaire et ont commis une lourde erreur de jugement en s'accrochant trop longtemps à l'idée qu'ils pourraient aider Ben Ali à se maintenir au pouvoir ", estime l'amiral Jacques Lanxade, ancien chef d'état-major des armées qui fut ambassadeur de France à Tunis à la fin des années 1990.

Paris a depuis lors appelé à des élections libres, offert son aide pour une transition démocratique et annoncé avoir pris des dispositions pour bloquer des mouvements suspects d'avoirs de l'ex-président tunisien Zine el Abidine Ben Ali et de son entourage en France.

La question qui se pose aujourd'hui est de savoir quel rôle la France pourra jouer à l'avenir en Tunisie et dans d'autres pays de la région.

 

Source : Reuters

 

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 17:53

Le bien-fondé des liens établis au nom de la lutte contre le terrorisme entre les capitales occidentales et des dirigeants arabes sans grand souci pour les droits de l'homme pourrait être remis en question par la chute de Zine Ben Ali, qui se présentait comme un rempart contre l'islamisme armé.

Les militants des droits de l'homme au Proche-Orient reprochent de longue date à l'Occident sa coopération étroite avec les services de sécurité des pays arabes depuis les attentats du 11 septembre 2001, car selon eux, le prix demandé par les dirigeants arabes pour cette coopération est le silence de l'Occident face à l'arbitraire et à la corruption régnant dans leurs pays.

Le fait que l'Occident transige sur les valeurs démocratiques en échange de renseignements sur les groupuscules islamistes alimente un ressentiment, dans le monde arabe, qui est exploité par les organisations d'opposition mais aussi par le réseau Al Qaïda, estiment des analystes.

Des organisations de la société civile font remarquer que les gouvernements amis avec les Etats-Unis et les pays d'Europe de l'Ouest sont parmi les plus farouches opposants à la démocratie et qu'ils répriment des organisations islamistes qui cherchent à conquérir le pouvoir par des élections pluralistes.

Francis Ghiles, chercheur au Centre des Affaires internationales à Barcelone, dénonce la logique en vertu de laquelle celui qui ne soutiendrait pas la politique de répression des Etats arabes ferait le jeu d'Al Qaïda.

" Nous devons sortir de cette analyse ridicule selon laquelle il faudrait choisir entre la répression ou Al Qaïda ", dit-il à Reuters. " En vertu de la ritournelle de la lutte contre le terrorisme islamique, nous avons fermé les yeux au cours des dix dernières années sur ce que les dirigeants (du monde arabe) faisaient ", ajoute cet analyste.

Une transition paisible vers la démocratie en Tunisie après la chute de Zine ben Ali pourrait servir de "laboratoire" au renouveau politique dans le monde arabe, poursuit Ghiles. Pareille transition à Tunis servirait d'exemple fort d'un changement qui pourrait, au bout du compte, conduire l'Occident à être plus exigeant sur le respect des droits de l'homme.

Le désarroi de l'occident

Au bout du compte, ce ne sont pas des activistes armés d'Al Qaïda ou des militants islamistes pacifiques qui ont fait tomber Ben Ali, mais bien la rue, qui protestait contre la pauvreté et contre le despotisme du régime.

Pour autant, espérer que la "révolution de jasmin" tunisienne inspire un changement rapide de la politique sécuritaire de l'Occident dans la région est un "voeu pieux", selon Larbi Sadiki, de l'Université d'Exeter en Grande-Bretagne. Il est important, dans le même temps, de mesurer le risque qu'il y a à maintenir le statu quo, dit-il.

" Le discours de l'Occident sur la sécurité est comme un disque rayé, et nous devons le dépasser. La brutalité et la cruauté des dirigeants arabes sont un handicap moral énorme pour l'Occident ", estime Sadiki.

Juan Cole, professeur d'histoire du Proche-Orient à l'université du Michigan, voit dans les événements tunisiens le rappel du fait que " l'acceptation de la tyrannie et de la torture, voire le soutien à cette tyrannie et à la torture, peuvent se retourner contre ceux qui prônent cette acceptation, comme cela a été le cas en Iran en 1978-1979 ".

Le désarroi de l'Occident a été illustré de manière éclatante cette semaine en France, où les autorités ont déclaré qu'elles refusaient d'accueillir Ben Ali - revirement notable de la part d'un gouvernement français qui, comme nombre de ceux qui l'ont précédé, admirait l'homme fort du palais de Carthage.

Quand, en avril 2008, Nicolas Sarkozy s'était rendu en visite en Tunisie, il avait éludé les inquiétudes sur la situation des droits de l'homme et vu dans la lutte anti-terroriste menée par Ben Ali un rempart contre l'apparition d'un régime "de type taliban" en Afrique du Nord.

" Car qui peut croire que, si demain, après-demain, un régime de type taliban s'installait dans l'un de vos pays, au nord de l'Afrique, l'Europe et la France pourraient considérer qu'elles sont en sécurité ? Et j'appelle chacun à réfléchir à cela ", déclarait alors Nicolas Sarkozy.

Pour Michael Willis, maître de conférence à l'université d'Oxford, où il enseigne la politique nord-africaine, la France a " sans aucun doute été la pire " en matière d'indulgence envers Ben Ali, mais nombre d'autres pays occidentaux sont aussi complices.

Roger Cressey, qui conseilla les présidents américains Bill Clinton et George W. Bush sur les questions de lutte anti-terroriste, a dit ne pas s'attendre à un réexamen global des relations avec les pays arabes, dans le domaine de la sécurité, " parce que la menace terroriste est toujours d'actualité et pressante ".

 

Source : Reuters

 

 

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 15:49

Du 5 janvier au 6 mars 2011, la Direction générale "Affaires intérieures" lance une consultation publique qui s'inscrit dans le cadre de la préparation du prochain financier pluriannuel de l'Union européenne.

N'hésitez pas à donner votre opinion sur la manière dont les instruments financiers pourront répondre aux besoins des politiques des affaires intérieures après 2013.

Cette consultation est disponible en anglais (cf. Consultation background document final Consultation background document final )

 

Pour en savoir plus : http://ec.europa.eu/home-affairs/news/consulting_public/consulting_0020_en.htm

 

Voir également à ce sujet, notamment : Questions et réponse sur le programme de Stockholm. Quelle est la situation actuelle ? Où en est la construction de l'espace de liberté, de sécurité et de justice ? - nouvelle édition -

 

 

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 15:20
   
Activité politique
 

Relations extérieures (DG DEV-AIDCO, RELEX/EEAS, ECHO, ELARG, TRADE)

Ce document a été préparé par les services de la Commission, et en particulier les Directions Générales responsables du Développement et de la Coopération/EuropeAid, des Relations extérieures, de l'Aide humanitaire et de la protection civile, et de l'Elargissement.

Groupe(s) cible(s)
 

Nous recueillons volontiers les contributions de tous les citoyens, organisations et pouvoirs publics en Europe et dans les pays tiers : les États membres, institutions de l'UE, autorités nationales, régionales et locales, organisations intergouvernementales et non gouvernementales, institutions de financement internationales, milieu universitaire, partenaires sociaux et organisations de la société civile, etc...

Période de consultation
  29/11/2010 - 31/01/2011
Objectifs
 

L'objectif de cette consultation publique est de rassembler des idées et opinions sur le futur des instruments financiers dont dispose l'Union européenne pour remplir ses responsabilités dans le monde.

Les questions couvrent toute une panoplie de sujets tels que la valeur ajoutée du soutien financier de l'UE dans certains domaines, les différentes formes de coopération avec les pays partenaires et les modalités de fourniture de l'aide, l'efficacité, l'impact et la visibilité de la coopération extérieure de l'UE.

La consultation en ligne, qui est ouverte à tous, servira à préparer les propositions législatives que la Commission présentera en 2011 dans le cadre des perspectives financières après 2013.

Comment soumettre votre contribution
 

Nous recueillons volontiers les contributions des particuliers, des organisations et des autorités publiques.
Les réponses au questionnaire doivent normalement être remplies en ligne sur le site web "Elaboration interactive des politiques". Avant de répondre au questionnaire, il est fortement recommandé de lire le document annexé expliquant les objectifs de la consultation, donnant des informations générales sur les instruments financiers de l'action extérieure de l'UE et présentant les principaux défis pour le futur.
Les contributions reçues seront publiées sur l'internet. Veuillez lire attentivement la déclaration spécifique de confidentialité jointe à cette consultation pour en savoir plus sur le traitement de vos données à caractère personnel et de votre contribution.
Si vous répondez à cette consultation pour le compte d'une organisation, il est nécessaire que vous nous fournissiez les informations nous permettant de savoir qui vous êtes et éventuellement de vous recontacter. En effet, il est important pour la Commission d'avoir la possibilité de recontacter les contributeurs pour continuer le dialogue ou demander des informations complémentaires.

Dans l'intérêt de la transparence, les organisations (comprenant, par exemple, les ONG, les associations commerciales et les entreprises commerciales) sont invitées à fournir au public les informations appropriées sur elles-mêmes par l'enregistrement dans le registre représentatif d'intérêt et la souscription à son code de conduite.

- Si vous êtes une organisation enregistrée, veuillez remplir les rubriques demandant le nom et l'adresse de votre organisation et votre numéro d'identité de registre dans la première page de votre contribution. Votre contribution sera alors considérée comme représentant les points de vue de votre organisation.
- Si votre organisation n'est pas enregistrée, vous avez l'occasion d'enregistrer maintenant.
Ensuite retournez à cette page pour soumettre votre contribution comme organisation enregistrée.
Les réponses des organisations non enregistrées seront publiées séparément.

Le questionnaire doit être rempli en une seule fois, car il n'est pas possible de sauvegarder les commentaires et les réponses déjà encodés et d'y revenir plus tard. Veuillez noter que vous devrez répondre à 16 questions, et que pour chaque question vous serez automatiquement déconnecté après 90 mn d'inactivité. Pour cette raison, si vous souhaitez prendre votre temps pour remplir le questionnaire, il est recommandé de préparer vos réponses sur base d'un document de travail séparé.

Le questionnaire sera disponible en anglais, et également en français, allemand, espagnol, italien et portugais environ 3 semaines après le lancement de la consultation.


Voir le document de la consultation
  Consultation publique : Quel financement pour l'action extérieure de l'UE après 2013
Voir le questionnaire
  Questionnaire
Résultats de la consultation et prochaines étapes
 

La Commission s'engage à rendre public les résultats de toutes les consultations. Ceux-ci seront bientôt disponibles et vous serez informés des étapes suivantes.  

Contacts
 
Service responsable DG Développement, unité C1, Programmation et gestion de l'aide
Adresse courriel EC-External-action@ec.europa.eu
Adresse postale

Rue de la Science 15, 1049 Bruxelles, Belgique

 

Pour en savoir plus : http://ec.europa.eu/development/how/consultation/index.cfm?action=viewcons&id=5240&lng=fr

 

 

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 13:58

L'ancien ministre français de l'Immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, M. Eric Besson, a présenté, jeudi 11 novembre 2010, aux entreprises marocaines le projet d'Office méditerranéen de la jeunesse (OMJ), qui vise à promouvoir la mobilité des jeunes compétences.
Lors d'une conférence de presse à l'issue d'une rencontre tenue en marge du Forum MEDays à Tanger, en présence notamment d'André Azoulay, Conseiller du Roi Mohammed VI, et de Youssef Amrani, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, Eric Besson a indiqué que la réussite de ce projet nécessite la conjugaison des efforts de l'Union européenne (UE), des pays méditerranéens et des entreprises leaders des deux rives de la Méditerranée.
L'OMJ vise à promouvoir la mobilité des jeunes compétences et à renforcer leur contribution au développement de leurs pays d'origine, a rappelé M. Besson, appelant les entreprises à adhérer activement à cette initiative en lançant des formations, des stages et des offres de première insertion au profit des bénéficiaires de cette initiative, qui s'inscrit dans le cadre de la vision globale de coopération adoptée par l'Union pour la Méditerranée.
A cet égard, le ministre français a souligné que le Maroc a été le premier pays à "réagir positivement" à cette initiative, qui permettra aux jeunes de mieux contribuer au développement de leurs pays d'origine, notant que "le rapprochement des peuples se fait toujours par les jeunes".
L'Office aura pour mission de faciliter la libre circulation des étudiants de certaines filières universitaires d'excellence, identifiées au Nord comme au Sud de la Méditerranée pour leur capacité à construire les compétences de demain, afin d'être mobilisés au service du développement économique et social des pays d'origine.
Dans un premier temps, quelque 700 jeunes étudiants en master et doctorat devraient bénéficier des services de l'OMJ, notamment l'accès à des bourses "Méditerranéennes", dans 13 filières jugées prioritaires pour les pays de la Méditerranée, dont l'agriculture et la pêche, l'environnement et sciences de la terre, l'informatique et les télécommunications, le génie civil, les transports et le tourisme et l'hô tellerie.
Ces filières ont été choisies pour leur capacité à construire les compétences de demain, afin d'être mobilisées au service du développement économique et social des pays d'origine.
Seize pays du bassin méditerranéen, totalisant quelque 13 millions d'étudiants et 350 universités publiques, participent à cette initiative, à savoir le Maroc, la France, l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, Chypre, la Croatie, l'Egypte, l'Espagne, la Grèce, l'Italie, le Liban, Malte, le Monténégro, la Slovénie, la Tunisie et la Turquie, en plus de l'UE.
La création de l'OMJ doit intervenir en janvier 2011, alors que les candidatures seront ouvertes en février pour les 100 à 150 masters et doctorats labellisés. La rentrée de la première promotion de l'Office est attendue en septembre prochain.
Source : Atlasinfo (avec agence MAP)

 

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 11:42

 

Un nouveau projet de construction massive dans un quartier de colonisation de Jérusalem-Est annexée, portant sur 1 400 logements, est en cours d'autorisation, a rapporté dimanche la radio militaire israélienne.

Le plan prévoit la construction des logements dans le quartier de Gilo, dans la partie sud-est de la Ville sainte. Il pourrait recevoir l'aval de la commission de planification régionale dès la semaine prochaine, selon cette source.

Des conseillers municipaux ont confirmé le projet à la radio, ceux de gauche pour le dénoncer, ceux de droite pour s'en féliciter. "Il ne fait aucun doute qu'un feu vert à ces constructions portera un coup de grâce au processus de paix avec les Palestiniens", déjà gelé suite au refus d'Israël de prolonger un moratoire sur la construction de colonies en Cisjordanie, a déclaré le conseiller municipal Méir Margalit du parti de gauche Meretz.

"Il ne peut y avoir aucun débat"

"Gilo est partie intégrante de Jérusalem. Il ne peut y avoir aucun débat en Israël sur la construction dans ce quartier", a répliqué le conseiller municipal, Elisha Peleg du parti Likoud du premier ministre Benjamin Netanyahu.

Les travaux confiés à des entrepreneurs privés pourraient prendre près de quatre ans, vu les difficultés de construction sur un terrain fortement en pente, aux abords de Bethléem, en Cisjordanie occupée.

L'annonce en mars par le ministère israélien de l'intérieur d'un plan de construction de 1 600 logements à Ramat Shlomo, un quartier juif orthodoxe érigé dans le secteur de Jérusalem-Est, avait fortement indisposé les Etats-Unis, d'autant qu'elle avait été faite en pleine visite du vice-président américain Joe Biden en Israël.

Israël a annexé Jérusalem-Est après sa conquête en juin 1967 et considère Jérusalem comme sa capitale "éternelle et indivisible", une annexion qui n'a jamais été reconnue par la communauté internationale, les Palestiniens voulant établir dans le secteur oriental la capitale de l'Etat auquel ils aspirent. Depuis 1976, Israël a construit une dizaine de quartiers de colonisation dans la partie orientale, dont Gilo a été l'un des premiers, où vivent plus de 200 000 israéliens.


... lire la suite de l'article sur Le Monde.fr
 
Commentaires : quand bien même nous pouvons imaginer leur teneur ... , nous attendons les positions officielles de l'ONU, des Etats-Unis, de la Grande Bretagne, de la France et de l'Union européenne sur ce dossier !
 
 
 
 
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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 09:16

Le quasi-silence observé par les régimes arabes face au succès de la révolution tunisienne qui a contraint Zine ben Ali à la fuite est très éloquent, reflétant leur propre peur de soulèvements populaires.

La rue arabe a au contraire été captivée par les quatre semaines de soulèvement qui ont conduit à la chute d'un pouvoir qui, sous couvert de sa réussite économique, avait réussi à faire taire les critiques de ses partenaires étrangers sur ses atteintes aux libertés publiques.

La " Révolution du jasmin ", comme l'a baptisée la jeunesse tunisienne qui en a été le moteur, est en effet un spectacle inhabituel dans le monde arabe, où les autocrates ont plutôt tendance à mourir au pouvoir, à être assassinés ou à être délogés par des coups d'Etat.

Si les pays occidentaux souhaitent désormais ouvertement la démocratisation de la Tunisie, les capitales arabes restent discrètes, ce qui les inquiète étant, selon un analyste, le caractère spontanée et inorganisé du mouvement ayant mis fin aux 23 ans de régime policier de Ben Ali.

" Les événements de Tunisie illustrent les risques de l''effet cocotte-minute': quand on a un système ultrarépressif et qu'on ne s'attaque pas aux causes du mécontentement, une fissure apparaît dans le système qui peut mener à l'explosion ", ajoute cet analyste, Henry Wilkinson.

Dans une déclaration d'une extrême prudence, la Ligue des Etats arabes a invité samedi à la fois les autorités, les partis politiques et les forces vives de Tunisie à faire preuve d'"unité" pour " maintenir les réalisations du peuple tunisien et parvenir à la paix dans le pays ".

L'Arabie saoudite, qui a offert un asile au moins provisoire à Ben Ali et à sa famille - la France l'ayant jugé personae non grata -, s'est bornée pour sa part à souhaiter que son petit partenaire de la Ligue surmonte ces " circonstances exceptionnelles ".

"Craintes d'une contagion à la tunisienne"

En Egypte, le président Hosni Moubarak, qui règne sans partage sur le pays arabe le plus peuplé depuis près de 30 ans, a dit par la voix du ministère des Affaires étrangères avoir " confiance dans la sagesse de ses frères tunisiens " et fait part de son souhait de ne pas voir la Tunisie " s'effondrer dans le chaos ".

Le Soudan a été plus audacieux en saluant le changement politique à Tunis et en souhaitant au pays " de parvenir à la liberté, à la sécurité, à la stabilité et à un bel avenir ".

Le renversement du dictateur soudanais Gaafar el Nimeïri, en 1985 après une vague de manifestations populaires, est peut-être le précédent ressemblant le plus au cas de la Tunisie. Mais le président actuel, Omar el Béchir, recherché par la justice internationale pour crime de guerre au Darfour, a pris le pouvoir en 1989 par un coup d'Etat.

En Irak, où la monarchie a été renversée par 1958 par une insurrection populaire couronnée par un coup d'Etat, le porte-parole du gouvernement s'est refusé à commenter la situation en Tunis, se retranchant derrière la non-immixtion dans ses "affaires intérieures".

L'extrême réticence des pays arabes à commenter l'histoire qui se précipite à Tunis, voire le silence assourdissant des autres pays du Maghreb traduit, selon l'analyste nord-africain Camille Taouil, leur crainte d'une contagion sur leur propre territoire d'une révolution spontanée " à la tunisienne ".

Mais il ne signifie pas nécessairement qu'ils resteraient les bras croisés en pareille hypothèse. " Les autres autocrates n'auront pas les même scrupules pour écraser la violence que les Tunisiens ont eues ", estime Richard Dalton, ancien ambassadeur de Grande-Bretagne à Tripoli et Téhéran.

Certains, comme le colonel libyen Mouammar Kadhafi, " en tireront la conclusion qu'ils conservent le droit et les moyens de ne pas céder d'un pouce, que ce soit aux islamistes, souvent invoqués pour maintenir un régime de fer, ou aux simples réformateurs ".

"Fin de la docilité des masses arabes" ?

Ben Ali a bien, lui aussi, abondamment invoqué ce prétexte d'un danger islamiste, mais les Tunisiens, dont la révolte n'a revêtu aucun caractère religieux, "ont vu clair dans son jeu", souligne l'analyste et juriste politique algérien Saad Djebbar.

Pour le commentateur libanais Rami Khouri, " le message de l'insurrection tunisienne est clair: Il marque la fin de la soumission et de la docilité des masses arabes après des décennies de complaisance devant l'essor des Etats arabes sécuritaires fondés sur la police et l'armée et soutenus par l'Occident ".

Pour lui, les griefs des émeutiers tunisiens sont partagés largement par la rue arabe, sauf peut-être dans les petites pétromonarchies du Golfe.

" La révolte en Tunisie montre que des nations peuvent renverser des régimes oppressifs. Elle aura des répercussions à travers la région arabe ", renchérit Abdelrahman Mansour, un jeune opposant politique égyptien.

D'autant que des centaines de millions d'Arabes ont pu suivre et encourager en temps réel le déroulement de la révolution tunisienne grâce aux chaînes satellitaires, comme Al Djazira, ou des réseaux sociaux d'internet, tels Facebook et Twitter.

Parmi les pays susceptibles d'être affectés par cette onde de choc, certains spécialistes citent l'Egypte, la Jordanie, la Syrie et les voisins maghrébins de la Tunisie.

Pour Hami Hassan, porte-parole des Frères musulmans égyptiens, principal mouvement d'opposition au régime fort de Moubarak, les événements en Tunisie " sont de mauvais augure " pour d'autres dirigeants arabes.

" Je crois que chacun d'entre eux prépare maintenant son avion et met en ordre ses comptes personnels tout en s'apprêtant à serrer les boulons sécuritaires pour tenter de se maintenir au pouvoir. "

 

Source : Reuters

 

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