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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 06:40

Afin d'apporter sa pierre à l'édifice, Regards-citoyens se propose d'initier une série d'analyses autour de quelques uns des risques globaux identifiés par le Global Risk Network en 2010 (cf. Global Risk Report 2010) et d'autres risques identifiés par mes soins (cf. Où en est l'Union européenne face aux défis globaux ? - troisième partie - ).

L'Union européenne constitue indubitablement, quoique puissent dire ses détracteurs les plus dogmatiques, l'entité régionale la mieux à même de penser et de concevoir la contribution européenne à l'élaboration des éléments de réponse - en termes d'orientations stratégiques et politiques, de mécanismes et d'instruments de régulation et de gouvernance - que les 'décideurs' - si ce terme a encore un sens dans un univers de plus en plus éclaté et dématérialisé - mondiaux, publics et privés, doivent développer pour faire face, collectivement ou isolément, à la multitude de défis globaux qui pèsent sur les grands équilibres régionaux et mondiaux en matière de sécurité et de stabilité, autant que sur la performance effective des instruments économiques, écologiques et de développement déployés à l'échelle planétaire pour stimuler le commerce et assurer la prospérité économique.

Ces défis ont été explicitement identifiés par des réseaux internationaux d'experts compétents au premier rang desquels je situe le Global Risk Network dont les analyses alimentent régulièrement les travaux du Forum économique mondial de Davos et ceux d'autres enceintes multilatérales (cf. notamment le Global Risk Report 2010Global Risk Report 2010 -).

Une première exigence pour l'Union européenne est de valider ces analyses, et, si celà s'avérait nécessaire après inventaire, de les conduire elle-même en dégageant à la fois les défis globaux qui appellent des réponses d'essence et de portée prioritairement européennes eu égard à la nature et à la portée régionale de leur impact sur l'espace régional européen (ou euroméditerranéen), et ceux qui requièrent des réponses d'essence et de portée mondiales eu égard à la nature profondément systémique de leur nature et/ou de leur impact.

Une seconde exigence pour l'Union européenne est de mettre clairement en perspective les corrélations qui peuvent exister soit dans la génèse de ces défis globaux, soit dans dans leurs occurences, soit encore dans leurs impacts, et qui nécessiteraient un traitement hybride, nécessairement complexe, bien au-delà des cadres spécifiques et/ou sectoriels existants aujourd'hui, la sécurité étant à la fois globale et indivisible.  "The world is facing multiple economic, social, and environmental threats, best characterized by a “bubble” metaphor based on false expectations, where a few enjoy immediate gains while the vast unsuspecting majority will pay huge “hidden” costs in the future. These threats can interact catastrophically, unless they are addressed urgently and in an integrated fashion, by making development more sustainable. Piecemeal responses will be ineffective, since the problems are interlinked and feed on one another. " (à cet égard, cf. notamment Mohan Munasinghe : Solving the multiple global crises together, by Mohan Munasinghe - new edition - )

Une troisième exigence pour l'Union européenne est d'identifier dans ses propres politiques et instruments celles et ceux qui offrent, pourraient offrir ou devraient offir des éléments de réponse pertinents pour le contexte régional en regard d'un niveau d'ambition clairement identifié et partagé, au niveau européen, puis d'en déduire et d'en corriger les insuffisances éventuelles ; comme s'y emploie par exemple aujourd'hui l'administration Obama, s'agissant des Etats-Unis (cf. La réforme de Wall Street, "une avancée considérable pour piloter les risques globaux", par Michel Aglietta (LeMonde.fr) ), ou les autorités chinoises (La Chine prépare pas à pas l'internationalisation de sa devise (Le Monde) ).

Une quatrième exigence pour l'Union européenne est d'identifier, tant en son sein qu'au sein d'instances multilatérales ou internationales compétentes, ce qu'elle attend des autres parties, notamment leur approche à l'égard des instruments qui interviennent, qui pourraient intervenir ou qui devraient intervenir pour anticiper, prévenir, contenir, corriger les effets probables ou possibles des défis qui appellent des réponses à l'échelle planétaire (sous la forme d'actions mesurables, notifiables et vérifiables).

C'est en regard de ces quatre familles d'exigences que j'ai personnellement appelé sur ce blog les décideurs européens à réviser en profondeur la stratégie européenne de sécurité pour qu'il l'élargisse à l'ensemble des défis globaux (cf. les articles suivants : Réviser en profondeur la stratégie européenne de sécurité ! De la nécessité et de l'urgence (1) ; Réviser en profondeur la stratégie européenne de sécurité ! De la nécessité et de l'urgence (2) ; Réviser en profondeur la stratégie européenne de sécurité ! De la méthode (1) ainsi que Réviser en profondeur la stratégie européenne de sécurité ! De la nécessité et de l'urgence (2) ) ; tout en les invitant à mettre une autre conception de la sécurité au service du développement (cf. l'article suivant : Mettre la sécurité au service du développement en la repensant de manière systémique (nouvelle édition) ), qu'il s'agisse du développement envisagé sous sa forme durable au sens moderne des termes ou, plus encore, du développement tel qu'il est envisagé dans le cadre des instances multilatérales et internationales qui réfléchissent et/ou interviennent en faveur de la lutte contre la pauvreté et le sous-développement dans le monde, qu'il s'agisse de l'ONU, de l'Union européenne, de la FAO, du G8, du G20 ou de l'Union africaine (cf. notamment à cet égard l'article suivant : L'Union européenne et l'ONU, deux partenaires importants au service du développement ).

.../...

Pour le deuxième article de ce dossier : Où en est l'Union européenne face aux défis globaux ? - deuxième partie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Patrice Cardot - dans L'UE face aux défis globaux
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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 12:56

La France a une nouvelle fois conseillé vendredi à ses ressortissants de quitter provisoirement la Côte d'Ivoire en raison de la " crise politique aiguë " que traverse le pays depuis le 28 novembre.

Le président sortant Laurent Gbagbo refuse de céder la place à Alassane Ouattara, reconnu par certaines organisations internationales (ONU) et régionales (Union européenne, Union africaine, ...) comme le vainqueur de l'élection présidentielle.

" La Côte d'Ivoire connaît (...) une crise politique aiguë ", souligne dans un communiqué la porte-parole adjointe du ministère français des Affaires étrangères.

" Bien que les ressortissants étrangers ne soient pas jusqu'à présent directement menacés, les autorités françaises renouvellent leur conseil de différer les projets de voyages vers la Côte d'Ivoire et, à tous les Français qui le peuvent, notamment aux familles avec enfants, de quitter provisoirement la Côte d'Ivoire dans l'attente d'une normalisation de la situation ", ajoute le Quai d'Orsay.

La rentrée des écoles françaises en Côte d'Ivoire, prévue le 5 janvier prochain, est reportée au 17 janvier.

Selon un communiqué diffusé par le siège des Nations unies à New York, Francis Deng, conseiller spécial pour la prévention du génocide, et Edward Luck, chargé de la "protection", ont relevé des indices indiquant que "certains dirigeants incitent à la violence entre divers éléments de la population".

Quelque 15.000 ressortissants français vivent en Côte d'Ivoire.

 

 

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 22:58

 

Il s'agit probablement de la plus importante découverte en matière d'énergie depuis la création de l'Etat d'Israël. Le groupe américain Noble Energy, principal opérateur d'un gisement offshore de gaz naturel au large d'Israël, baptisé Léviathan, a indiqué mercredi 29 décembre que ses réserves étaient estimées à 450 milliards de m3, ce qui permettra à l'Etat hébreu de devenir exportateur. Une bonne nouvelle pour Israël, qui pâtit d'une dépendance énergétique envers des pays avec lesquels Tel-Aviv n'entretient pas forcément de bonnes relations.

Cette nouvelle estimation confirme le passage escompté de Léviathan du deuxième au premier rang des champs gaziers exploités par Israël en Méditerranée. " Léviathan est la dernière grande découverte de Noble Energy et la plus vaste découverte en exploration de notre histoire ", s'est félicité dans un communiqué Charles Davidson, le patron de Noble Energy, basé à Houston, Texas (sud des Etats-Unis).

Pas d'exploitation avant 2017

Des tests supplémentaires sont encore nécessaires pour connaître précisément la capacité de Léviathan, qui se situe au large de la ville israélienne de Haïfa (nord). Il s'agit, avec Tamar, de l'un des deux gisements offshore très prometteurs découverts ces dernières années au large d'Israël. " Israël pourrait devenir un exportateur de gaz vers l'Europe. Nous sommes d'ailleurs prêts à collaborer à un tel projet avec des investisseurs étrangers, mais aussi avec la Grèce et Chypre ", a récemment déclaré le ministre israélien des infrastructures nationales Uzi Landau.

Ces ambitions se heurtent néanmoins à la contestation de pays voisins. Les frontières maritimes avec le Liban ne sont pas délimitées alors que les deux pays sont techniquement en état de guerre. La Turquie, ancien allié d'Israël, estime également avoir son mot à dire. Elle a protesté contre un accord de délimitation des zones économiques exclusives conclu le 17 décembre entre Israël et Chypre, destiné à permettre aux deux pays la poursuite des recherches sous-marines d'hydrocarbures sans crainte de conflits d'exploitation.


... lire la suite de l'article sur Le Monde.fr
 
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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 20:16

Vingt ans après la publication du premier rapport sur le développement humain (IDH), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a publié l'édition 2010 qui fait le bilan de deux décennies de politique de développement et qui introduit de nouveaux indices de mesure, comme l'indice d'inégalité de genre.

Le premier Rapport sur le développement humain, publié en 1990, présentait l'IDH nouvellement mis au point. Son postulat, jugé radical à l'époque, était simple : le développement national devrait être mesuré non pas seulement en termes de croissance économique, comme cela avait été le cas jusqu'alors, mais aussi en termes de progrès dans les domaines de la santé et de l'éducation, également mesurables pour la majorité des pays.

" Les rapports du développement humain ont changé la manière dont nous voyons le monde ", a dit le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, à l'occasion de la publication de ce rapport. " Nous avons appris que malgré le développement économique, qui est très important, ce qui compte le plus c'est l'utilisation du revenu national pour donner à toute la population la chance d'une vie plus longue et d'être en meilleure santé ", a-t-il ajouté.

L'IDH combine plusieurs indicateurs notamment l'espérance de vie, le taux d'alphabétisation ou encore le produit intérieur brut par habitant. Intitulé "Les individus sont la vraie richesse d'une nation", le rapport s'attache à étayer l'incidence des politiques de développement mises en œuvre dans le monde entier.

" Le rapport démontre que la population aujourd'hui est en meilleure santé, plus riche et mieux éduquée qu'auparavant. Alors que toutes les tendances ne sont pas positives, il existe plus de pays qui ont amélioré la vie des populations, même dans des conditions difficiles. Cela requiert du courage de la part des dirigeants locaux tout autant que l'engagement de la communauté internationale ", a pour sa part souligné la Directrice exécutive du PNUD, Helen Clark.

Le classement de l'IDH en 2010

Les dix premiers

Pour l'année 2010, voici le top 10 des pays qui détiennent l'IDH le plus élevé :

  1. Norvège,
  2. Australie,
  3. Nouvelle-Zélande,
  4. Etats-Unis,
  5. Irlande,
  6. Lichtenstein,
  7. Pays-Bas,
  8. Canada,
  9. Suède,
  10. Allemagne.

... La France se situe au 14ème rang.

Les dix derniers

  1. Mali,
  2. Burkina-Faso
  3. le Libéria
  4. le Tchad
  5. la Guinée-Bissau
  6. le Mozambique
  7. le Burundi
  8. le Niger
  9. la République démocratique du Congo (RDC)
  10. Zimbabwe.

Le Zimbabwe est donc le pays ayant le plus faible IDH.

De nouveaux indicateurs pour l'IDH

En plus de l'IDH 2010, le Rapport présente trois nouveaux indices : l'indice de développement humain ajusté aux inégalités, l'indice d'inégalité de genre et l'indice de pauvreté multidimensionnelle. Des tables illustrant diverses mesures du développement humain sont également fournies, notamment sur les tendances démographiques, l'économie, l'éducation, la santé, etc.

" L'inégalité du genre mesure l'impact négatif du développement humain et les disparités sociales et économiques entre les hommes et les femmes ", indiquent les experts dans le rapport.

C'est pourquoi, L'IDH 2010 ne devrait pas être comparé à l'IDH des éditions précédentes du Rapport sur le développement humain étant donné que des indicateurs et des calculs différents sont utilisés. L'IDH 2010 trace la courbe d'évolution du classement des pays sur des périodes de cinq ans plutôt que d'une année sur l'autre. "Les changements annuels de classement IDH des pays ne nous disent pas grand-chose sur la réalité du développement, qui est par nature un processus à long terme ", explique Jeni Klugman, auteur principal du Rapport.

En 20 ans, la vie des populations s'est améliorée à travers le monde

A l'occasion de sa vingtième édition, le PNUD revient sur les progrès accomplis. En 40 ans, l'espérance de vie est passée de 59 ans en 1970 à 70 ans en 2010, le taux de scolarisation en primaire et secondaire est passé de 55% à 70% et le Produit intérieur brut (PIB) par habitant a plus que doublé pour atteindre environ 10 000 dollars.

Dans les pays arabes, l'espérance de vie a gagné 18 ans depuis 1970 pour atteindre 70 ans, alors que l'espérance de vie en Afrique subsaharienne n'a augmenté que de huit années. Le PNUD précise que ces moyennes globales sont calculées sur la base des indicateurs récoltés dans 135 pays qui représentent 92% de la population mondiale.

Le rapport a également effectué un classement des pays qui ont le plus progressé ces 40 dernières années. Oman, la Chine, le Népal, l'Indonésie, l'Arabie Saoudite, le Laos, la Tunisie, la Corée du Sud, l'Algérie et le Maroc sont les pays dont l'IDH a le plus augmenté en quarante ans. Une nuance est à noter sur la Chine dont l'augmentation des revenus est quasiment l'unique raison de cette ascension. Pour les neuf autres pays, les améliorations significatives de l'accès à la santé et l'éducation constituent les principales raisons de leur progression. Certains pays comme l'Ethiopie, le Bénin ou le Cambodge ont accompli des efforts décisifs dans les secteurs de la santé et l'éducation, indiquent les experts du PNUD.

La région dont l'IDH a évolué le plus rapidement est l'Asie du Sud, menée par les progrès effectués par la Chine et l'Indonésie. Les pays arabes ont aussi connu une forte progression. L'Afrique sub-saharienne et les anciens pays du bloc soviétique sont en queue de classement. L'espérance de vie a par exemple baissé au Belarus, Ukraine, Fédération de Russie, République démocratique du Congo, Lesotho, l'Afrique du Sud, le Swaziland, la Zambie et le Zimbabwe.

" Vingt ans après la sortie du premier Rapport sur le développement humain, le chemin parcouru mérite d'être célébré. Mais nous devons également rester en éveil, prêts à saisir toute possibilité qui nous permettrait d'améliorer notre compréhension des difficultés chroniques et de repérer - et surmonter - les menaces nouvelles mettant en péril le bien-être et la liberté des humains ", écrit le prix Nobel d'économie, Amartya Sen dans l'introduction du rapport.

 

Source : Rapport sur le développement humain 2010 - Édition du 20e anniversaire La vraie richesse des nations : Les chemins du développement humain - PNUD (format PDF)

 

Voir également : Programme des Nations Unies pour le Développement

 

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 13:05

Intervention de Jean-Claude Trichet, Président de la BCE,devant le European American Press Club (Club euro-américain de la presse)
Paris, le 3 décembre 2010

 

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d’abord de remercier les organisateurs de leur invitation à venir partager avec vous mes réflexions sur la crise économique et financière. La crise n’est pas encore terminée, mais le temps est venu de commencer à en tirer les enseignements et de mettre en œuvre les conclusions que nous tirerons progressivement.

Nous vivons une période pleine de défis et les citoyens européens attendent de l’ensemble des responsables qu’ils remplissent leur mandat en faisant face à leurs responsabilités.

En ce qui concerne la Banque centrale européenne (BCE), je rappelle qu’elle a été l’une des premières banques centrales dans le monde à réagir face à l’éclatement des turbulences financières en août 2007. Depuis lors, elle a agi en faisant preuve constamment de ce que j’ai appelé une « vigilance crédible ». Celle‑ci a caractérisé tant la conduite de notre politique monétaire conventionnelle, à travers les modifications des taux d’intérêt, que les politiques non conventionnelles, mises en œuvre essentiellement à travers des opérations spéciales d’apport de liquidité et des interventions sur certains marchés obligataires, comportant notamment l’achat d’obligations sécurisées.

Je crois que le Conseil des gouverneurs de la BCE a démontré sa capacité à maintenir le cap du vaisseau « monétaire » européen à travers la tempête financière souvent décrite comme la plus grave survenue depuis la Grande dépression. Pendant la crise mondiale, l’action résolue des responsables publics a permis de prévenir une répétition des désastres économiques subis dans les années 1930, tout en renforçant la coopération mondiale, en particulier entre banques centrales.

Les évolutions observées récemment sur les marchés européens de la dette souveraine nous rappellent toutefois que la crise n’est pas encore terminée. De même, elles indiquent clairement que l’Union économique et monétaire (UEM), comme son nom l’indique, repose sur deux piliers, l’un « économique » et l’autre « monétaire ».

La BCE, à travers son mandat et son indépendance, est en charge du pilier « monétaire ». Le pilier « économique » comprend quant à lui le cadre budgétaire inscrit dans le pacte de stabilité et de croissance, les cadres nationaux de politique économique et le système de surveillance mutuelle.

Il est essentiel de bien comprendre, et cela ne l’a peut-être pas été suffisamment, que les évolutions de l’économie européenne que nous connaissons actuellement ont trait aux fonctions « économiques » de l’UEM. J’identifie trois origines à ces évolutions : des politiques budgétaires laxistes et des politiques macroéconomiques inadéquates dans certains États membres et, de façon générale, un système de surveillance mutuelle déficient entre l’ensemble des États membres.

C’est sous la forme de ce triangle que je définirais volontiers le périmètre de la situation actuelle.

Le remède à ces trois lacunes dépend à la fois de la responsabilité des autorités budgétaires nationales dans la mise en place de politiques budgétaires saines et sages dans chaque État membre et dans la capacité des responsables européens à concevoir et mettre en œuvre un système véritablement efficace de surveillance macroéconomique et budgétaire.

***

Je vous propose d’évoquer en premier lieu, aujourd’hui, les deux piliers de l’Union économique et monétaire. Je décrirai ensuite brièvement comment la BCE a réagi face à la crise. J’aborderai enfin la situation économique actuelle et conclurai en vous présentant les principaux défis devant être relevés afin de mettre en place une gouvernance économique efficace en Europe.

Le pilier « monétaire » : la stabilité des prix dans la zone euro

Le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne assigne à la BCE la responsabilité de maintenir la stabilité des prix. La BCE s’est immédiatement fixé une référence numérique claire, qui est une mesure publique et transparente. Le Conseil des gouverneurs de la BCE a en effet défini la stabilité des prix comme un taux d’inflation annuel dans la zone euro inférieur à, mais proche de 2 % à moyen terme.

Au terme de bientôt douze années d’expérience avec l’euro, nous pouvons juger si la BCE a rempli son mandat avec succès. Or, au cours de ces douze années, le taux d’inflation annuel moyen dans la zone euro a été de 1,97 %. Nous avons donc assuré la stabilité des prix dans la zone euro sur un horizon déjà assez long. Ce résultat est meilleur que les performances enregistrées par quelque grand pays de la zone euro que ce soit au cours des cinquante années qui avaient précédé l’avènement de l’euro.

Les conditions dans lesquelles la stabilité des prix a été maintenue n’ont pas toujours été faciles, le Conseil des gouverneurs de la BCE ayant eu à affronter un certain nombre de chocs économiques et politiques depuis 1999, avec une nouvelle institution, une nouvelle monnaie et un nouveau cadre de politique monétaire.

Au fil des années, nous avons été confrontés à des évolutions extrêmement volatiles de nombreuses composantes du panier de consommation, notamment les cours du pétrole qui ont atteint près de 150 dollars le baril, à des variations considérables des taux de change, à l’éclatement de la bulle Internet et aux répercussions des attentats du 11 septembre 2001 aux États‑Unis, pour ne mentionner que quelques exemples. Les résultats obtenus, après douze années de stabilité des prix, sont donc notables.

En France, le taux d’inflation annuel moyen entre 1999 et octobre 2010, qui s’est établi à 1,8 %, a même été inférieur au taux moyen enregistré dans la zone euro ces douze dernières années. Ce résultat est également inférieur au taux moyen (2 %) observé dans les années 1990 dans le pays avant l’introduction de l’euro. Pour mémoire, l’inflation moyenne dans les années 1980 s’était élevée à 7,4 % et à 8,8 % dans les années 1970.

L’euro, dans sa capacité à protéger le pouvoir d’achat, est donc plus crédible que ne l’ont été les anciennes monnaies nationales depuis 50 ans.

Le pilier « économique » : des politiques budgétaires saines et soutenables

Le pilier « économique » de l’Union économique et monétaire repose sur deux principes. D’une part, les politiques budgétaires doivent respecter les modalités définies dans le pacte de stabilité et de croissance. D’autre part, les politiques macroéconomiques doivent se conformer aux règles générales de la participation à une union monétaire basée sur la stabilité des prix.

Soyons clairs. Les tensions sur la dette souveraine que nous observons aujourd’hui trouvent leurs racines dans le manquement aux règles de discipline budgétaire que les pères fondateurs de l’UEM avaient inscrites dans le traité de Maastricht.

Les politiques budgétaires de nombreux pays européens ont, pendant plusieurs années, enfreint tant la lettre que l’esprit du pacte de stabilité et de croissance. Celui-ci requiert des budgets proches de l’équilibre ou en excédent au cours du cycle, des déficits inférieurs à 3 % du PIB et un niveau d’endettement inférieur à 60 % du PIB. Lorsqu’il est apparu clairement, il y a quelques années, que les politiques budgétaires de certains pays ne satisferaient pas aux exigences fixées par le pacte de stabilité et de croissance, ce ne sont pas les politiques qui ont été changées mais bien le pacte. Clairement, une erreur a alors été commise.

En 2004 et 2005, plusieurs gouvernements, y compris les gouvernements des grands États membres, ont tenté activement de démanteler le pacte de croissance et de stabilité. La bataille a été rude à l’époque et la BCE a exprimé publiquement ses sérieuses inquiétudes.

Un deuxième dérapage a dû être déploré, qui concerne les politiques macroéconomiques. Dans une union monétaire, les évolutions des prix et des coûts au niveau national doivent tenir compte du fait que cette union se caractérise par la stabilité monétaire. Des évolutions des prix et des coûts au niveau national nettement supérieures à la moyenne de l’union entraînent, à terme, des pertes de compétitivité substantielles. Et celles‑ci ne peuvent s’accumuler indéfiniment, des ajustements des politiques non soutenables doivent tôt ou tard être opérés. Il convient que les politiques budgétaires et structurelles visent à ce que la demande intérieure reste compatible avec des taux de croissance durable et avec la stabilité des prix. Si tel n’est pas le cas, le cycle économique peut enregistrer des phases d’essor et d’effondrement.

Les politiques budgétaires et macroéconomiques font l’objet d’un suivi par les pairs, soutenu principalement par la Commission européenne. Ce suivi est assuré dans le cadre des réunions des ministres des Finances au sein de l’Eurogroupe et du Conseil Ecofin. Bien sûr, un suivi efficace nécessite l’adhésion des membres au cadre politique de même que des pressions de la part des pairs. Un tel suivi requiert également que l’on remédie aux écarts de comportement et que l’on dispose de statistiques fiables.

Le renforcement de la gouvernance économique est crucial. La surveillance budgétaire et macroéconomique n’a pas été à la hauteur des exigences d’une union monétaire. Les politiques budgétaires qui ont été menées n’ont bien souvent pas été conformes au pacte de stabilité et de croissance, les politiques macroéconomiques ont été laxistes et les pressions des pairs ont, dans l’ensemble, été insuffisantes. Ces problèmes étaient manifestes bien avant la crise financière. La crise nous a montré qu’il n’y avait pas d’excuses pour ceux qui n’ont pas pleinement assumé leurs responsabilités.

Je reviendrai dans quelques instants sur les réponses institutionnelles que la BCE juge nécessaires pour résoudre ces problèmes. Mais avant, je voudrais aborder la crise directement et décrire comment le cadre opérationnel de la BCE nous a aidé à relever les défis que les turbulences financières ont posés à la politique monétaire.

La crise financière et les mesures adoptées

Plus de trois ans après le début de la crise, à l’été 2007, un large consensus s’est dégagé sur le rôle des pratiques imprudentes qui ont eu cours dans le secteur financier. Durant les quelques années qui ont précédé la crise, la finance s’est attachée à la création de risques financiers, s’écartant de la gestion saine des risques économiques, et de l’assurance contre ceux-ci, supportés généralement par les entrepreneurs qui souhaitent en prendre et qui doivent les financer.

Le risque financier n’est pas de la même nature que le risque économique. Il comporte une exposition délibérée à des variations attendues du prix des actifs. Soutenant le processus de découverte des prix, la prise de risques financiers contribue à l’allocation efficace des ressources dans les économies de marché. Mais elle peut parfois avoir des effets « toxiques » lorsqu’elle s’appuie sur des perceptions erronées de ces risques.

Les conséquences de la faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, ont menacé de causer de lourds dommages aux emprunteurs et à l’économie en général. Les banques et autres intermédiaires financiers ont abandonné les investissements à risques et illiquides pour accumuler de la liquidité. L’intermédiation bancaire s’est réduite et les prêts aux entreprises ont été revus à la baisse. L’absence de réaction rapide aurait pu entraîner un effondrement du système financier.

Comme je l’ai mentionné, la BCE a été l’une des premières banques centrales dans le monde à prendre la mesure, dès le mois d’août 2007, de la gravité de la situation, lorsque les turbulences sont apparues et nous ont conduits à prendre les premières mesures pour faire face à l’assèchement de la liquidité sur le marché monétaire. Après que la crise eut atteint son paroxysme à la suite de la faillite de Lehman, la BCE a de nouveau agi de manière décisive, mettant en œuvre un certain nombre de mesures visant à empêcher une correction désordonnée des conditions de la liquidité et du crédit dans la zone euro. Grâce à notre politique de soutien renforcé du crédit, les banques ont pu continuer à assumer un rôle capital dans le financement de l’économie réelle. En outre, la BCE a mis en place un programme d’achat d’obligations sécurisées, à hauteur de 60 milliards d’euros, dans l’ensemble de la zone euro. Le marché des obligations sécurisées revêt une grande importance au sein de notre économie et il était essentiel de le relancer et de le conforter.

En mai 2010, l’accentuation des préoccupations sur les marchés concernant la soutenabilité des finances publiques a engendré de graves tensions dans certains compartiments, qui ont entravé le mécanisme de transmission de la politique monétaire et, par là, pouvaient contrecarrer nos efforts en vue de maintenir la stabilité des prix. Une fois encore, la BCE a pris des mesures non conventionnelles audacieuses.

Une nouvelle menace a pesé sur l’intermédiation financière privée. À la suite de l’expansion rapide des prêts interbancaires garantis observée dans la zone euro au cours des dernières années, l’incidence sur les marchés monétaires des évolutions constatées sur les marchés d’emprunts publics s’est accrue sensiblement. Les titres d’État constituent traditionnellement un élément important du processus de transmission de la politique monétaire dans la mesure où ils servent de référence pour les taux des autres contrats financiers et des titres à revenu fixe.

Ils sont également devenus une source de garantie de premier ordre dans les opérations de prêts interbancaires. En conséquence, des variations brutales de la valeur ou de la disponibilité de ces titres peuvent engendrer une forte détérioration des conditions de financement des banques, ayant une incidence défavorable sur la fourniture de prêts bancaires à l’économie réelle et sur leurs taux.

Nos mesures non conventionnelles ont contribué à normaliser le fonctionnement du mécanisme de transmission de la politique monétaire, indispensable pour l’accomplissement de notre mission principale, qui est de maintenir la stabilité des prix à moyen terme.

Ces dernières semaines, les tensions associées aux problèmes budgétaires irlandais et à la réorganisation de son secteur bancaire se sont traduites par une reprise très marquée de l’instabilité sur les marchés financiers. Nous invitons plus que jamais l’ensemble des gouvernements à intensifier leurs efforts d’assainissement de manière crédible, en vue d’établir les fondements d’une croissance soutenable à long terme. Il est clairement nécessaire de renforcer la confiance du public dans la capacité des gouvernements à rétablir des finances publiques soutenables, et à conforter ainsi durablement la croissance à moyen terme. Pour cela, il est essentiel que les pays mènent des programmes d’assainissement pluriannuels crédibles et mettent pleinement en œuvre les mesures d’assainissement prévues. Les évolutions budgétaires positives qui se feraient jour sous l’effet de facteurs tels qu’un environnement économique plus favorable qu’attendu doivent être mises à profit pour accélérer l’assainissement budgétaire.

L’économie européenne : la situation actuelle et les défis à relever

Dans la troisième partie de mon intervention, je voudrais vous faire part de mes réflexions sur les enseignements que nous avons tirés de ces événements.

En premier lieu, notre stratégie de politique monétaire a été efficace. La définition quantitative de la stabilité des prix et l’orientation à moyen terme réduisent sensiblement la probabilité d’un risque de déflation ou d’inflation. L’ancrage solide des anticipations d’inflation – pendant la période de crise – nous a permis de maintenir le taux de nos opérations de refinancement à des niveaux positifs sans que ne se matérialise un risque de déflation ou des menaces inflationnistes.

En deuxième lieu, les dirigeants européens doivent reconnaître qu’il faut renforcer considérablement notre modèle économique, en particulier notre système de gouvernance économique. À cet égard, le Conseil des gouverneurs de la BCE considère que, s’agissant de la gouvernance économique, les propositions présentées par la Commission et par le Groupe de travail du Conseil européen ne représentent pas le pas décisif ( « quantum leap ») répondant entièrement aux exigences de l’union monétaire que nous avons créée.

En particulier, nous devons renforcer la surveillance des politiques budgétaires afin d’empêcher des déficits excessifs et un niveau insoutenable de dette publique en agissant selon trois axes. Il s’agit de raccourcir les délais prévus dans le cadre des procédures de déficit excessif, d’établir le principe de la quasi-automaticité dans l’application des sanctions – se fondant sur des critères clairement définis et prévoyant une marge de manœuvre réduite en ce qui concerne les résultats –, et de fixer des objectifs ambitieux pour la réduction de la dette publique, afin de la ramener au plafond de 60 %.

En ce qui concerne la surveillance des politiques macroéconomiques dans la zone euro, nous devons disposer d’un nouveau système de surveillance mutuelle, ciblant principalement les pays enregistrant des pertes de compétitivité durables et affichant des déficits importants des transactions courantes dans la mesure où ces pays doivent faire face à de très grands défis en matière de soutenabilité. Ce système doit être déterminé par des mécanismes déclencheurs transparents et efficaces, et définir clairement les sanctions en cas de manquement. Et la transparence doit être assurée. Les évaluations des déséquilibres macroéconomiques et les recommandations en faveur de mesures correctrices doivent faire l’objet d’une publicité appropriée à toutes les étapes du processus de surveillance.

L’efficacité des améliorations apportées au cadre de la gouvernance sera conditionnée en partie par la qualité et l’indépendance de l’analyse économique qui les sous-tend. Faute de données statistiques fiables, nous ne pourrions être sûrs que le cadre de la gouvernance permettra de réaliser l’avancée décisive qui est nécessaire. Dès lors, il est extrêmement important que les services de la Commission chargés de la surveillance macroéconomique et budgétaire pour la zone euro jouissent d’une indépendance suffisante et soient soutenus idéalement par un organe composé de « sages » ayant pour mission de fournir des évaluations externes.

Il est certain que l’Union européenne a déjà apporté une réponse à un problème particulier soulevé par la crise, à savoir la nécessité de coordonner la surveillance macroprudentielle. Le Conseil européen et le Parlement européen ont récemment adopté les décisions relatives à la création du Comité européen du risque systémique (CERS), que j’aurai l’honneur de présider.

Ce nouvel organe européen fera partie intégrante du nouveau Système européen de surveillance financière (SESF) et il aura pour mission d’assurer la surveillance macroprudentielle du système financier de l’Union européenne. Il réunira les gouverneurs des banques centrales nationales ainsi que les représentants des nouvelles agences de surveillance européennes, de la Commission et des autorités de surveillance nationales des vingt-sept États membres.

La création du Comité européen du risque systémique a été initialement recommandée en février 2009 dans le rapport établi par un groupe de haut niveau présidé par Jacques de Larosière. Cette nouvelle institution s’appuie sur un consensus très fort entre la Commission, le Conseil et le Parlement.

La BCE œuvrera activement pour que le Comité européen du risque systémique soit un organe crédible et efficace. Concrètement, la BCE accueillera le secrétariat du Comité, lui permettant ainsi d’être opérationnel, et lui fournira un soutien analytique, statistique, logistique et administratif.

Bien qu’il soit prévu que le secrétariat du Comité européen du risque systémique soit installé à la BCE, le Comité sera, bien entendu, un organe distinct de la BCE. La mise en place du Comité n’aura aucune incidence sur le mandat et le rôle statutaire de la BCE dans le domaine de la politique monétaire.

La création du Comité européen du risque systémique constituera une étape importante, soulignant la volonté de l’Europe d’agir préventivement face au risque systémique. Elle s’inscrit dans le cadre des évolutions observées à travers le monde, et notamment aux États-Unis, qui viennent de créer le Financial Stability Oversight Council (Conseil de surveillance de la stabilité financière). À l’instar du Comité européen du risque systémique, ce Conseil est un organe s’appuyant sur la collaboration entre les autorités américaines compétentes et qui a pour mission d’identifier les risques systémiques et de faire face aux menaces. Nous nous efforcerons d’établir une étroite coopération avec le Conseil de surveillance de la stabilité financière et d’autres autorités dans le domaine de la surveillance macroprudentielle.

Conclusion

Les douze dernières années ont été très exigeantes. La BCE a fait face à ses responsabilités et a obtenu les résultats qui avaient été promis, à savoir une monnaie stable, aussi crédible et inspirant la même confiance que les monnaies les plus crédibles auxquelles l’euro a succédé. L’euro a par ailleurs constitué un facteur de stabilité au cours de cette période d’instabilité économique et financière qui dure maintenant depuis plus de trois ans.

À l’instar des grandes économies avancées, qui toutes, sans exception, ont dû revoir leur modèle économique et leur cadre de surveillance, la zone euro doit procéder à des réformes. Ce type de réformes ne consiste pas à nous orienter davantage vers des actions unilatérales, comportant le risque de refuser la coopération indispensable entre les États. Au contraire, ces changements conduisent à une intensification de la coopération et de la cohésion à travers un renforcement du cadre de la gouvernance économique. Nous devons maintenir fermement le cap vers un approfondissement responsable de l’unité européenne.

Je vous remercie de votre attention.

 

Source : http://www.ecb.int/

 

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 12:28

Les premiers pas de la Résistance à l'automne 1940, longtemps négligés par les chercheurs, sont de mieux en mieux connus. Depuis cinq ans environ, des thèses sont soutenues, des livres paraissent, des colloques sont organisés... Une série sur les plus récents travaux sur ces pionniers de la Résistance qui initièrent, il y a tout juste soixante-dix ans, la lutte contre un occupant qui semblait invincible.

Les articles

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 10:44

Pour la première partie de cet article : La période actuelle n'est pas seulement crisogène, elle est aussi polémogène ! L'Union européenne doit se réveiller ! (1)

.../...

Dans un précédent article, déjà ancien (Sécurité internationale : L'Union européenne n'est-elle pas entrain de se laisser entraîner dans une dynamique susceptible d'en briser l'élan ? - nouvelle édition -), Regards-citoyens avait soulevé la question des risques que pouvaient faire peser sur l'Union européenne la fuite en avant que constitue la multiplication des opérations extérieures auxquelles elle, ou plutôt ses Etats membres et leurs " capacités ", prenai(en)t part.

Depuis quelques semaines, alors que son Service d'action extérieure n'en finit pas de se mettre en place, et que la disponibilité des capacités nationales, civiles, civilo-militaires ou militaires indispensables à la réalisation de ses missions en cours continue de poser problème, le Conseil multiplie les annonces relatives à des stratégies en cours de développement pour lui permettre d'intervenir, si le besoin s'en faisait sentir, au Sud-Soudan (cf. Crise au Sud-Soudan ? Les Européens envisagent toutes les options (Bruxelles2.eu)), au Sahel (cf. Catherine Ashton et la Commission européenne préparent une "stratégie" pour le Sahel), en Palestine (cf. L’UE va-t-elle s’impliquer davantage sur les frontières de Gaza ? par Nicolas Gros-Verheyde (Bruxelles2.eu)) ou ailleurs (cf. en particulier à cet égard La politique extérieure de l'Union européenne sur tous les fronts (Toutel'europe.eu) ).

La conflictualité qui est attachée aux impasses de la situation politique en Côte d'Ivoire issues des imbroglios à répétition qui ont accompagné la proclamation des derniers résultats électoraux et les réactions internationales qui l'a suivi, comme les offres de service récurrentes de l'Union européenne pour intervenir au Proche Orient si la situation le recommandait, pourraient encore ajouter à cette nouvelle liste de théâtres d'interventions potentielles.

Que les instances compétences de l'Union européenne s'activent à préparer des opérations en fonction d'analyses géopolitique, géostratégique, sécuritaire, etc. et d'une vision claire de ses objectifs et intérêts stratégiques et de sécurité, c'est naturellement souhaitable.

Mais que le Conseil communique comme il le fait à cet égard en laissant à penser que l'Union se prépare à jouer elle aussi au gendarme du monde sans jamais annoncer de retrait des forces civiles et militaires qu'elle a engagées, et sans jamais entreprendre les évaluations qu'impose l'exigence démocratique d' "accountability", bien que celà accroisse sa prévisibilité, constitue quelquepart une maladresse politique qu'il conviendrait de ne pas reproduire trop souvent si l'on souhaite que les citoyens européens comme ceux, qui hors d'Europe, sont intéressés par ce que fait et dit l'UE, n'y voit pas une tentation néoconservatrice, voir même néocolonialiste, de mauvaise augure.

L'image catastrophique des Etats-Unis, et de leurs alliés les plus serviles, qu'ont produit sur les opinions publiques européennes et internationales leurs dernières épopées guerrières suffit en elle-même pour que l'Union ne s'engage pas dans une démarche qui suscite la comparaison !

Chercher à devenir un acteur (ou une puissance) global(e) ne doit pas conduire l'Union européenne à plagier le seul modèle qui a suscité un véritable consensus de rejet !

Ni à prétendre faire mieux que ne le fait l'OTAN ; Surtout quand, en prime, elle ne dispose absolument pas des ressources financières ni des capacités opérationnelles nécessaires pour jouer les mêmes partitions !

L'Union doit impérativement repenser en profondeur ce qu'elle appelle bien pompeusement sa " stratégie de sécurité " pour disposer enfin d'un véritable 'concept stratégique pour sa politique de sécurité' comme, sans le savoir, à la manière de M. Jourdain,  elle est en train d'écrire le concept stratégique de sa politique économique comme celui de sa politique étrangère (voir notamment supra) et de réécrire, le concept stratégique de sa politique monétaire (cf. les articles de la rubrique intitulée UE, gouvernance économique et enjeux monétaires ).

Or un tel concept ne saurait, en ce qui la concerne, se limiter aux seules dimensions de sécurité, de défense et de gestion de crises à la manière du concept stratégique de l'OTAN quand bien même la politique de sécurité et de défense commune a elle aussi besoin d'une clarification doctrinale spécifique (cf. à ces différents égards l'article intitulé : Interrogations préalables à l'établissement d'un ‘concept stratégique global’ pour la politique de Sécurité de l'Union européenne ainsi que la série d'articles débutant par l'article suivant : Réviser en profondeur la stratégie européenne de sécurité ! De la nécessité et de l'urgence (1)).

C'est là une différence fondamentale entre l'OTAN, qui constitue une simple alliance politico-militaire organisée comme telle, et l'Union européenne, qui a vocation à communaliser selon une dynamique fédératrice des objectifs (stratégiques, de sécurité, diplomatiques, économiques, etc.), des intérêts (vitaux, stratégiques, de sécurité, diplomatiques, économiques, etc.) et des moyens aux fins d'un but politique défini en commun qui transcende et inspire les stratégies nationales en même temps qu'il oblige les Etats qui en sont membres !

Au-delà de cette incompréhension au fond de ce que sont réellement les enjeux stratégiques pour l'Union, une autre lacune, d'une toute autre nature, affecte en profondeur l'efficacité de l'Union sur le registre capacitaire : trop peu de protagonistes impliqués dans les différents processus capacitaires ont véritablement compris comment traduire en programmes industriels les systèmes de forces et/ou capacités militaires, civilo-militaires et civiles identifiés pour que les produits finis répondent effectivement aux besoins opérationnels !

Produire des armements a longtemps été une activité sans risque opérationnel puisque rares étaient les occasions de les tester en opérations réelles pendant la période de la guerre froide !

Or si les programmes d'armement d'hier et d'aujourd'hui ne répondent que très partiellement aux besoins opérationnelles, une analyse sérieuse de leur seule alternative, les programmes d'achats en urgence ("AUO"), met en exergue un problème structurel affectant les entités chargées de recueillir le besoin opérationnel – en évolution rapide – et de le retranscrire dans une procédure rapide de validation et d’achat du matériel requis (cf. "Achats en urgence vs. programmation : l'efficacité des opérations d'armement en temps de guerre", par Louis-Marie Clouet (Focus stratégique n°15 - IFRI - CERFA) ).

En outre, recourir à une politique d'achat sur étagère ne constitue pas une option durable !

Il faut par conséquent réfléchir à de nouveaux programmes d'équipement à même de produire les capacités opérationnelles dont les forces ont réellement besoin, autant qu'à la manière de les conduire.

Aujourd'hui, c'est de systèmes et d'armements réellement adaptés aux besoins des acteurs opérationnels dont les systèmes de force ont besoin : c'est là que se situe l'idée novatrice qui préside à la philosophie de l'approche capacitaire !

Les aventures militaires de ces 20 dernières années ont montré à quel point la démarche capacitaire n'est pas un caprice de quelques auteurs de doctrines en mal de reconnaissance. L'heure est au mouvement, à un mouvement global cohérent (cf. les articles suivants : Levons ces ambiguïtés non constructives qui paralysent la dynamique européenne sur les registres des capacités et de l'armement - Et agissons ! - première partie - ; Levons ces ambiguïtés non constructives qui paralysent la dynamique européenne sur les registres des capacités et de l'armement - Et agissons ! - deuxième partie -Levons ces ambiguïtés non constructives qui paralysent la dynamique européenne sur les registres des capacités et de l'armement - Et agissons ! - troisième partie - ; Levons ces ambiguïtés non constructives qui paralysent la dynamique européenne sur les registres des capacités et de l'armement ! Et agissons ! - quatrième partie - (nouvelle édition) ainsi que Levons ces ambiguïtés non constructives qui paralysent la dynamique européenne sur les registres des capacités et de l'armement ! Et agissons ! - cinquième partie - ).

Enfin, la PSDC ne doit pas devenir le cadre d'une extension à l'infini des coopérations en tous genres avec des pays tiers, notamment avec ceux qui n'ont pas vocation à intégrer l'Union européenne (cf. L’UE facilite l’implication de 20 Etats tiers dans les missions de défense (Bruxelles2.eu)) !

L'UE n'est pas l'ONU ! Cette une organisation politique à vocation régionale qui poursuit d'autres buts ! Prendre appui sur les lacunes capacitaires de ses membres pour ouvrir ses portes et ses fenêtres procède d'une logique étrangère à celle qui doit guider les Européens dans la recherche des grands équilibres entre les poles de stabilité et de prospérité qui s'organisent peu à peu sur la planète !

Faire de la PSDC une tour de Babel est dangereux pour la sécurité de l'Europe autant que pour la sécurité internationale !

La dimension stratégique de l'Union politique exige des ruptures profondes sur l'ensemble de ces dossiers !

Ce qui nécessite en premier lieu une mise à niveau appropriée de tous ceux qui ont un rôle à jouer dans ces différents dossiers !

Et d'user d'une toute autre pédagogie pour que ces difficultés soient comprises et maitrisées dans les enceintes idoines.

Des initiatives sont à l'oeuvre !

Elles sont indispensables !

Encourageons les !



Voir également les articles des rubriques intitulées UE, partenariats stratégiques et défis globaux et UE, sécurité & défense

 











 

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 10:41

Union politique qui se cherche encore sa politique étrangère, " puissance normative ", espace économique et social articulé sur les ressorts d'une économie sociale de marché et d'un modèle social aux 4 visages, espace de citoyenneté, de liberté, de sécurité et de justice bâti autour des principes démocratiques et de l'Etat de droit qui animent les démocraties libérales, l'Union européenne ne dispose toujours pas d'une véritable politique de défense commune, ni même d'une politique européenne de capacités et d'armement à même de lui garantir les moyens d'agir en pleine autonomie alors que le début de XXIème siècle, déjà sousmis aux secousses téluriques de crises systémiques qui s'emboitent les unes aux autres, devient  devient chaque jour non seulement toujours plus crisogène (cf. La crise mondiale est pour demain (Entretiens de Michel Rocard avec Jean-Gabriel Fredet, François Armanet - Nouvel Observateur)) mais un peu plus polémogène (cf. à cet égard l'ouvrage de Pierre Pascallon et Pascal Hortefeux : Hier la crise, demain la guerre ? La crise va-t-elle amener le monde au bord du gouffre ? par Pierre Pascallon et Pascal Hortefeux ).

Empêtrée dans ses problèmes structurels, macroéconomiques, sociaux et monétaires, elle court après un second souffle, tentant d'éviter les pièges que lui tendent non seulement des marchés belliqueux mais également ses propres Etats membres toujours prêts à reprendre d'une main les compétences et les instruments que l'autre main avait accepter de lui transférer bon gré mal gré au cours de la construction sui generis et progressive de cette entité politique régionale pacifiée et dont la plus grande partie des membres a fait le choix de s'en remettre à l'OTAN, et donc aux Etats-Unis, pour assurer sa propre sécurité collective.

Par ailleurs, les débats autour de la coopération UE-OTAN et des lacunes capacitaires de ces deux organisations rendent compte d'incompréhensions récurrentes qui participent à paralyser l'Union politique !

L'audition de Mme Ashton par les membres de la sous-commission "Sécurité et Défense" du Parlement (cf. Catherine Ashton mise sur une coopération pratique entre l'UE et l'OTAN) révèle un malaise profond chez les parlementaires européens à l'égard de toute vélléité d' " européanisation " de l'OTAN au prix d'une non duplication des capacités des deux organisations.

Vouloir s'attacher à ne pas dupliquer ses propres capacités vis-à-vis d'une organisation polico-militaire dont le déclin est inscrit dans ses propres ressorts ferait de l'Union européenne non seulement un allié bien trop faible des Etats-Unis, mais une organisation régionale trop alliénée pour que ses partenaires stratégiques, au premier rang desquels les Etats-Unis, la considère comme un acteur global véritablement crédible sur les registres stratégique et militaire !  

Or, c'est précisément ce que voudrait éviter Mme Ashton si on en juge à la présentation qu'elle vient de faire devant le Conseil européen de sa conception des partenariats stratégiques de l'Union (cf. Les idées de Catherine Ashton sur les ‘partenariats stratégiques’ avec la Chine, la Russie et les Etats-Unis - première partie - ainsi que Les idées de Catherine Ashton sur les ‘partenariats stratégiques’ avec la Chine, la Russie et les Etats-Unis - seconde partie - ).

Consciente que des logiques autres que purement économiques sont à l'oeuvre dans les relations internationales (cf. notamment à cet égard les articles suivants : Paris veut dialoguer avec Moscou sur les questions politico-militaires (Natalie Nougayrède - LeMonde.fr) ; La puissance militaire chinoise interpelle le monde, par Jacques Hubert-Rodier (Les Echos) ; Méfiance autour des ambitions chinoises dans le domaine des matières premières ; La Chine réduit ses exportations de terres rares (Les Echos) ainsi que celui de Pierre Pascallon, plus clair encore sur l'état polémogène du monde actuel : L'après crise 2007-2008 : une période difficile et dangereuse, par Pierre Pascallon (LeMonde) ), elle envisage ces partenariats sans naïveté aucune,  ayant compris à quel point de tels partenariats doivent être envisagés sous la lumière géopolitique, et non pas seulement concurrentielle, si l'on veut comprendre l'importance des enjeux (cf. en partiuclier à cet égard Retour sur images : Entre stabilité et sécurité économiques et financières et protectionnisme, mon coeur européen balance !) .

Mais elle n'en tire pas pour autant toutes les conclusions qui devraient en être tirées si l'ambition stratégique européenne comportait une dimension en termes de puissance (cf. De la puissance d'un Etat ou d'un groupe d'Etats).

Son désintérêt " supposé " pour le développement de la politique européenne de sécurité et défense (aujourd'hui rebaptisée politique de sécurité et défense commune - PSDC -) ne laisse pas d'intriguer !
Certes, l'émergence de cette politique a favorisé l'émergence d'une dynamique européenne commune sur le double registre de la sécurité et de la défense (pour son bilan après 10 ans : Bilan - officiel - de 10 années de PESD ).

Pour autant, bien que celle-ci ait tiré quelque peu partie des engagements de l'Union sur des théâtres de crises pour faire progresser la volonté des Etats de développer les capacités civiles et militaires requises par les nécessités des missions auxquelles ils ont fait le choix de prendre part, la concrétisation des objectifs capacitaires, les vélléités de restructuration / rationalisation / consolidation de sa base technologique et industrielle de défense comme les nécessaires transformations des systèmes nationaux de défense n'ont incontestablement pas connu les résultats escomptés.

Des organes ont été créés (Comité militaire, Etat-major de l'Union européenne, Agence européenne de défense, SITCEN, ..), de nouvelles capacités opérationnelles ont été développées - et utilisées -, une dynamique est née qui apporte chaque jour son lot de satisfactions concrètes aux forces nationales et multinationales dont disposent les Etats !

Mais, pour des raisons extrêmement diverses, ces dernières ne disposent pas encore de l'ensemble des capacités qui leur ont été promises à coup de "Headline goals", de conférences de capacités, de plans d'action, etc. ; Pis encore, elles sont exangues, ne parvenant plus à garantir une disponibilité opérationnelle à la mesure des nécessités du moment et des missions les plus exigeantes, à commencer par celles attachées à la protection du territoire de l'Union en cas d'agression armée du territoire d'un de ses membres. La situation en Afghanistan illustre de manière on ne peut plus explicite cet état de fait.

Quand assistera-t-on, au sein des Institutions européennes compétentes comme dans les capitales européennes, à un plaidoyer en faveur d'une PSDC qui ne limiterait pas ses ambitions à devenir uniquement le pilier européen de l'OTAN alors même que les Etats membres n'ont plus de véritable politique de défense, et que les Etats-Unis jouent une partition totalement othogonale à cette option intégratrice en privilégiant la consolidation de leur propre autonomie stratégique, politique et militaire, en dehors de toute organisation régionale ?

Combien de temps faudra-t-il encore pour que les Etats s'emploient à oeuvrer collectivement, de manière durable, sereine, coordonnée et cohérente, afin de rendre aussi effectives qu'efficaces ces convergences, mutualisations, et autres spécialisations, qu'ils ne cessent d'inscrire dans leurs déclarations communes comme des exigences irréductibles ne serait-ce qu'en raison des contraintes extrêmement fortesqui pèsent sur leurs finances publiques ?

Le traité de Lisbonne introduit des innovations à cet égard qui laisse accroire qu'une volonté politique existe, puisqu 'elle s'est exprimée lors de la rédaction, puis lors de la signature et de la ratification dudit traité.

L'instrument de la coopération structurée permanente (CSP) est là, sur le papier, pour favoriser le développement de dynamiques de coopération vertueuses en pareilles matières ! Qui apporteront leur lot de bénéfices aux Etats comme à l'Union elle-même, et à l'OTAN dont le processus de transformation aurait beaucoup à gagner de la dynamique de transformation profonde que vise cette CSP !

Et pourtant, son établissement tarde ! Toutes les raisons sont bonnes pour justifier l'immobilisme ! Il serait " urgent d'attendre ! " ou encore : " Seules les initiatives de coopération bilatérales peuevnt produire les résultats attendus " ! Alors qu'au contraire, tout concourt à susciter le mouvement d'ensemble dans une même direction à la faveur d'un tel instrument !

Doit-elle être "incluse" ? Ou au contraire, doit-elle favoriser la constitution d'une " avant-garde " ? Quels critères retenir pour passer à l'acte de manière discrimante ? Qui décidera quoi ? Qui paiera quoi ? .... On s'interroge .... depuis des mois et des mois !

Et pendant ce temps là, ...... le monde connait une progression sans équivalent des dépenses militaires depuis la fin de la guerre froide (cf. http://www.sipri.org/). Les sources de conflit se multiplient comme des petits pains !

L'Union européenne répond favorablement à toutes les sollicitations, sans discernement, jusqu'à épuisement de ses moyens, y compris financiers (cf. à cet égard Sécurité internationale : L'Union européenne n'est-elle pas entrain de se laisser entraîner dans une dynamique susceptible d'en briser l'élan ? - nouvelle édition - ) ! Ses programmes les plus stratégiques éprouvent des difficultés - financières, industrielles, technologiques -q ui mettent en péril leur concrétisation opérationnelle (cf. à cet égard Dans le contexte actuel des finances publiques de ses Etats membres, l'UE peut-elle assurer un développement approprié des capacités requises par celui de la PSDC ? ; Où en est le programme européen Galiléo ? (2) ainsi que L'Union européenne bloque sur le financement d'ITER ) !

Les opérateurs clés de la base technologique et industrielle européenne de sécurité et de défense comme les forces armées attendent un sursaut salutaire qui leur offrent de réelles perspectives d'amélioration de leurs performances respectives !

Ce sursaut ne sera possible sans que soient enfin définis les orientations stratégiques et politiques, le cadre programmatique et l'assise budgétaire et financière de la 'politique européenne des capacités et de l'armement' dont fait état le Traité de Lisbonne - sans pour autant en esquisser les finalités, les contours et les moyens. Une erreur ou un oubli qui appelle une correction urgente dans les actes !

 

Pour la seconde partie de cet article : La période actuelle n'est pas seulement crisogène, elle est aussi polémogène ! L'Union européenne doit se réveiller ! (2)

 

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 23:44

Le lecteur trouvera ci-après un extrait de l'article intitulé " La Chine réduit ses exportations de terres rares " qui a été publié dena le quotidien Les Echos en date du 29 décembre 2010

 

« La Chine a réduit hier les quotas de sa première série d’exportations de terres rares pour l’année prochaine de plus de 10 % malgré la menace des Etats-Unis de porter plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce.

Le ministère a indiqué qu’il avait ajouté des producteurs sur la liste des quotas, mais qu’il avait réduit les volumes alloués aux sociétés commerciales pour les métaux utilisés dans les produits de haute technologie.

Le pays va également augmenter à 25 % les taxes à l’export, contre 15 % actuellement.

La Chine produit plus de 90 % des terres rares utilisées dans le monde.

Cette appellation désigne 17 métaux aux propriétés électromagnétiques très recherchées dans les technologies de pointe : voitures hybrides, énergies renouvelables, électronique et armement.

Les prix de ces matières premières ont augmenté depuis que les autorités chinoises ont réduit leurs exportations de terres rares de 40 % cet été, une mesure que Pékin justifie par la priorité donnée à ses propres besoins. »

 

 

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 14:24

Le Monde.fr et Le Monde (daté mercredi 8 décembre 2010) ont publié conjointement, en exclusivité française, un entretien avec Helmut Schmidt, ancien chancelier allemand (SPD, 1974-1982), réalisé par l'Omfif (Official Monetary and Financial Institutions Forum).

 

Depuis de nombreuses années, l'Allemagne mène deux politiques parallèles : attachement à la stabilité monétaire et financière d'une part, engagement à l'égard de l'intégration européenne de l'autre. Avec la crise en cours dans l'union économique et monétaire, estimez-vous que ces deux politiques ne sont plus compatibles ?

Permettez-moi d'abord de dire un mot du contexte politique d'ensemble.

Je ne parlerai pas du gouvernement britannique – il vient d'entrer en fonction et je n'en connais pas les dirigeants. Aussi ma réponse ne concernera pas la Grande-Bretagne.

Mais je dirais que, d'une manière générale, l'Europe manque de dirigeants. Il lui manque des personnalités, à la tête des Etats nationaux ou dans les institutions européennes, qui aient une maîtrise suffisante des questions nationales et internationales et qui fassent preuve d'une capacité de jugement adéquate. Il existe bien sûr quelques exceptions, comme le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, mais le Luxembourg pèse d'un poids trop faible pour jouer un rôle substantiel.

Pour en revenir plus précisément à votre question, je ne pense pas que les Allemands en général ni la classe politique allemande aient renoncé à la stabilité. Les conditions qui ont prévalu en 2008, 2009 et 2010 les ont contraints – comme quasiment tout le monde – à trahir leurs idéaux de stabilité, mais cela n'était pas le résultat de leur libre volonté mais du ralentissement économique.

J'ajouterai que l'actuel gouvernement allemand est composé de gens qui apprennent leur métier sur le tas. Ils n'ont eu jusqu'ici aucune expérience des affaires politiques ou économiques mondiales. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, est un homme auquel je souhaite de réussir et pour lequel j'éprouve un profond respect. Il a une bonne compréhension des problèmes budgétaires et fiscaux. Mais en ce qui concerne les marchés monétaires internationaux, les marchés des capitaux, le système bancaire, la surveillance des banques ou les banques fantômes, tout cela est nouveau pour lui. Il en va de même pour Angela Merkel. Loin de moi l'idée de critiquer M. Schäuble ou Mme Merkel, mais nous avons besoin d'avoir aux postes de responsabilités des gens qui comprennent le monde économique d'aujourd'hui.

Certains pensent que le problème est plus profond que cela. D'après eux, ce fut une erreur fondamentale dès le départ de s'engager dans une union monétaire sans procéder à une union politique, sans même avoir une perspective d'union politique.

C'est ce que la Bundesbank répète depuis trente ans. Au fond d'eux-mêmes, ces gens sont des réactionnaires. Ils sont hostiles à l'intégration européenne.

A qui pensez-vous exactement ? Qui avez-vous en tête, puisque des hommes comme Hans Tietmeyer [président de la Bundesbank de 1993 à 1998] ne jouent plus un rôle important…

Mais ses successeurs, à une exception près peut-être, ont des positions réactionnaires vis-à-vis de l'intégration européenne. On ne peut pas vraiment dire qu'ils ont une pensée libérale. Ils ont une tendance excessive à agir et réagir en fonction des seuls intérêts nationaux et n'ont pas compris la nécessité stratégique de l'intégration européenne.

On connaît l'expression: " Beim Geld hört die Freundschaft auf " [l'amitié s'arrête avec l'argent]. On a le sentiment que l'on demande aujourd'hui aux Allemands, en tant que collectivité, de venir en aide aux Etats moins fortunés. Et les Allemands ont beaucoup de mal à l'accepter.

L'erreur a été commise à l'époque de Maastricht, en 1991-1992. L'Europe comprenait alors douze Etats membres. Et ceux-ci ne se sont pas contentés d'inviter les autres pays à entrer dans l'Union européenne, ils ont également inventé l'euro et invité chacun à devenir membre de la zone euro. Or cela a été fait sans préalablement modifier ni clarifier les règles. C'est là que de grandes erreurs ont été commises. Et nous pâtissons aujourd'hui directement des conséquences de cette omission à fixer des règles.

Les Etats de l'Union européenne auraient-ils dû limiter l'euro à un petit groupe de pays ?

C'est mon avis – et ils auraient également dû définir plus précisément les règles de conduite économique des participants. Ce que l'on appelle le pacte de stabilité et de croissance n'est pas un texte ayant force de loi. C'est juste un accord entre gouvernements. Et il est très regrettable qu'au début de ce siècle, la France et l'Allemagne aient enfreint les règles de ce pacte. Mme Merkel voudrait corriger ces erreurs, mais ses chances d'y parvenir sont faibles, notamment parce qu'elle manque de sens diplomatique.

En son for intérieur, Hans Tietmeyer ne voulait pas que les Italiens entrent dans l'union monétaire. Dans les années 1990, vous l'aviez critiqué en le qualifiant de nationaliste allemand parce qu'il affirmait que l'Europe avait besoin d'un noyau dur. N'est-ce pas précisément ce que vous recommandez à présent ?

Beaucoup de choses se sont passées entre-temps – la mondialisation de la spéculation, la mondialisation de l'argent et des marchés des capitaux, la mondialisation des instruments financiers. Nous avons assisté au rejet du projet de Constitution européenne, nous avons conclu ce complexe traité de Lisbonne. Beaucoup de choses se sont passées et, dans le même temps, les personnalités capables de jouer un rôle dirigeant se sont faites de plus en plus rares. Jacques Delors était quelqu'un de très important. Il a été remplacé par des gens dont personne ne connaît vraiment le nom.

Il s'est passé la même chose au niveau des secrétaires permanents, des commissaires, des premiers ministres et de… comment s'appelle-t-il déjà… Van Rompuy ? Lequel a paraît-il une secrétaire aux affaires étrangères – une Anglaise dont on peut aisément se passer de connaître le nom. La même chose est vraie, plus ou moins, du Parlement européen. La seule personnalité qui émerge dans les institutions européennes est Jean-Claude Trichet. J'ignore s'il est en position de force au sein de la Banque centrale européenne, mais autant que je puisse en juger, il n'a commis jusqu'ici aucune erreur notable.

Mais son temps est compté. Son mandat s'achève fin octobre 2011 et ne peut être renouvelé.

Oui, je sais. Mais il est totalement indépendant. D'une certaine manière, cela pourrait lui permettre de s'exprimer en toute liberté. Le problème est de savoir qui lui prêtera attention alors qu'il doit quitter son poste dans moins d'un an.

Le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet a déclaré que les nouvelles règles représentaient " un renforcement fondamental des normes mondiales de fonds propres ".

 La Grèce et le Portugal ont intégré l'union monétaire avec une balance extérieure nette plus ou moins égale à zéro : leurs actifs extérieurs et leurs dettes extérieures étaient plus ou moins équivalents. Ensuite, ils ont enregistré chaque année pendant une dizaine d'années des déficits des comptes courants équivalant à 10 % de leur PIB. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que leur dette extérieure nette atteint aujourd'hui 100 % de leur PIB.

La question qu'il faut se poser est : comment se fait-il que personne n'ait rien remarqué – ni à Bâle [siège de la Banque des réglements internationaux], ni à Bruxelles, ni dans un quelconque bureau des statistiques ? Personne ne semble avoir compris.

Soit dit en passant, pendant une longue période, l'élite politique allemande n'a pas compris que nous enregistrions des excédents dans nos comptes courants. Nous, Allemands, faisons la même chose que les Chinois – la grande différence étant que les Chinois ont leur propre monnaie, ce qui n'est pas notre cas. Si nous avions notre propre monnaie, elle aurait été réévaluée à l'heure qu'il est.

Garder le deutschemark, comme le souhaitait Tietmayer, aurait, au moins une fois sinon deux au cours des vingt dernières années, provoqué une spéculation contre le deutschemark d'une ampleur pire que ce à quoi nous avons assisté avec la Grèce ou l'Irlande.

Jusqu'à présent je reste totalement favorable à l'idée d'une monnaie commune, même si les dirigeants européens ont échoué à fixer des règles et ont commis l'énorme erreur d'accueillir n'importe qui.

Je pense qu'il existe une probabilité d'au moins 51 % pour qu'au cours des vingt prochaines années on voie émerger un noyau dur au sein de l'Union. Ce noyau comprendrait les Français, les Allemands, les Néerlandais – pour ce qui est des Italiens, j'ai quelques doutes. Je suis pratiquement sûr que les Britanniques n'en feront pas partie, et la même chose pourrait être vraie des Polonais. Il ne s'agirait pas d'un noyau dur défini par des documents écrits, mais d'un noyau dur de facto, pas de jure.

Et, bien entendu, on y trouverait les Etats du Benelux, l'Autriche, et probablement le Danemark et la Suède…

Il est probable que l'Autriche en soit, et possible qu'y figurent aussi le Danemark et la Suède. Quant aux Danois, ils sont très prudents et suivraient probablement Londres.

Je sais que vous avez souvent déclaré que, si les Allemands gardaient le deutschemark, ils se rendraient très impopulaires auprès du reste du monde ; leurs banques et leur monnaie seraient les nos 1 mondiaux, tous les autres pays seraient contre eux, et c'est pourquoi l'Allemagne devrait adopter l'euro afin de s'intégrer à une vaste dynamique européenne. Tout cela est assez ironique, parce que certains disent que l'Allemagne a beaucoup profité de l'euro du fait que le deutschemark a été maintenu à un niveau faible, et que cela a aidé les exportations allemandes…

Je me demande si le soi-disant bénéfice que nous avons retiré de l'adoption de l'euro est réellement un bénéfice. Je me demande si le fait de présenter des excédents permanents des comptes courants constitue vraiment un avantage. Sur le long terme, cela n'a rien d'avantageux…

...parce qu'à long terme ces actifs devront être dépréciés car ils ne seront pas remboursés…

Oui… cela signifie que vous vendez des marchandises et que tout ce que vous obtenez en échange, c'est de la monnaie papier qui sera un jour ou l'autre dévaluée, et que vous devrez rayer de votre bilan. C'est pourquoi vous privez votre propre pays de produits que, dans d'autres circonstances, la population aimerait consommer.

Diriez-vous que dans vingt ans, au cas où un noyau dur émerge, la monnaie serait plus forte qu'aujourd'hui ?

Ce noyau dur ne se limiterait sans doute pas au domaine des monnaies, mais interviendrait probablement sur le terrain de la politique étrangère à mener par exemple vis-à-vis de la Chine, de l'Iran, de l'Afghanistan ou d'une nouvelle coalition d'Etats musulmans. La constitution d'une telle coalition de pays musulmans est l'un des grands dangers du XXIe siècle. Si un président américain voulait larguer une bombe atomique sur l'Iran, les Européens seraient suffisamment forts pour refuser de se ranger aux côtés de Washington. Aujourd'hui, en Europe, personne n'est assez puissant pour pouvoir prendre une telle position.

Parlons un peu de la France. Les Français penchent en permanence dans deux directions contradictoires – vers le Sud, mais aussi vers l'Allemagne. Pensez-vous que l'on puisse dire de façon irréfutable que la France choisira toujours de se ranger aux côtés de l'Allemagne dans une union monétaire plus resserrée et plus compacte ?

C'est difficile à dire. J'en estimerais la probabilité à 51 % – ce qui laisse 49 % d'incertitude. Je ne suis pas prophète. Je ne sais pas. Cela dépend beaucoup du comportement des Allemands. A l'époque où j'étais au pouvoir, je laissais toujours les Français me précéder sur le tapis rouge. Je ne suis jamais apparu comme leader, sauf une fois – au sujet des missiles nucléaires à moyenne portée qui étaient braqués sur les villes allemandes –, et cela m'a finalement coûté mon poste.(...)

Dans le passé on avait l'habitude de dire: " Nous ne voulons pas une Europe allemande, mais une Allemagne européenne " [Wir wollen kein deutsches Europa sondern ein europaisches Deutschland]. Pourtant beaucoup trouvent aujourd'hui qu'en raison de son importance comme principal pays créancier d'Europe, l'Allemagne fait trop sentir son poids en Europe.

J'ai l'impression que Merkel n'en a pas conscience.

Il est possible qu'en tant que créancier, vous vous sentiez vulnérable, que vous ayez l'impression que vos actifs vont être dépréciés. Peut-être n'est-ce pas très souhaitable d'être un créancier, car cela vous rend impopulaire. Peut-être que cela signifie aussi que votre solde en banque, vos réserves seront toujours moins élevés que vous l'aviez cru, du fait que les gens ne vont pas être capables de rembourser leurs dettes…

Cela va bien au-delà de la question des monnaies et des réserves de devises. Et donc cela a à voir avec la psychologie… Je parle de la psychologie des nations, de leurs opinions publiques et des options qu'elles affichent publiquement. [A cause des nazis et de la seconde guerre mondiale] l'Allemagne aura une dette à payer pendant encore très longtemps – durant tout le XXIe siècle et peut-être même le XXIIe. Il est un fait que les Allemands se comportent parfois comme s'ils étaient les plus forts, ils ont tendance à donner des leçons à tout le monde. En réalité, ils sont plus vulnérables qu'ils ne croient.

Pourtant les Allemands eux-mêmes ne se sentent pas aussi forts que cela, j'ai l'impression que l'homme de la rue se sent quelque peu incertain, les salaires en termes réels sont sous pression depuis de nombreuses années. Je crois que l'Allemand moyen ne se sent ni fort ni assuré.

C'est probablement exact. Mais cela ne s'applique pas à la classe politique. Cela ne s'applique pas nécessairement à l'aile droite des chrétiens-démocrates. Et cela ne concerne pas nécessairement l'extrême gauche.

L'Europe pensait qu'elle allait pouvoir éviter les crises en se débarrassant de ses taux de change intérieurs et en créant l'union monétaire. Mais il apparaît aujourd'hui qu'en raison de la mondialisation de la finance, les spéculateurs vont désormais attaquer les " spreads " [entre les marchés obligataires des différents pays]. Auparavant ils s'attaquaient aux monnaies, aujourd'hui, ils s'en prennent aux marchés des obligations.

L'un des points les plus faibles de l'économie mondiale est qu'il n'existe aucun contrôle sur le comportement des gestionnaires financiers. Vous pouvez diviser l'humanité en trois catégories. Dans la première, on trouve les gens normaux comme vous et moi. Il a pu nous arriver, dans notre jeunesse, de chaparder une pomme sur l'arbre du voisin ou de voler une tablette de chocolat dans un supermarché. Mais à part cela, nous sommes des êtres humains fiables et normaux. En deuxième lieu, vous avez une petite catégorie de gens ayant un caractère criminel. La troisième catégorie, enfin, est formée des banquiers d'investissement. On y trouve toutes les sociétés de Bourse et leurs opérateurs. Ils opèrent sous des noms différents, mais ils se ressemblent tous.

Et la Grande-Bretagne ? Vous entreteniez d'excellentes relations avec James Callaghan, mais il n'a pas intégré le système monétaire européen. Croyez-vous que nous, Britanniques, ayons eu raison de ne pas entrer dans l'union monétaire ? Je sais que vous pensez que nous resterons en dehors pendant très longtemps et je crois que vous avez raison. Pensez-vous que c'était une décision fondamentalement correcte ?

Fondamentalement, je pense que de Gaulle avait raison – bien avant le système monétaire européen.

Vous voulez dire qu'il avait raison de penser que le Royaume-Uni préférerait toujours les Etats-Unis à l'Europe ?

Pendant longtemps j'ai cru au bon sens britannique et à la raison de l'Etat britannique. J'ai grandi dans une atmosphère très anglophile. J'ai été un fervent partisan d'Edward Heath, qui a fait entrer la Grande-Bretagne dans la communauté européenne. Mais ensuite, il y a eu Harold Wilson, puis Margaret Thatcher, qui ne se sont pas toujours comportés de façon aussi judicieuse. Et puis nous avons eu Tony Blair, qui s'est placé dans une position de dépendance beaucoup trop grande à l'égard de l'Amérique. Vous ne pouvez à la fois dépendre à ce point des Etats-Unis et jouer un rôle responsable en Europe. Mais les Anglais ont toujours eu le chic pour s'en sortir – et c'est exactement ce que nous sommes en train de faire en Europe : essayer tant bien que mal de nous en sortir.

 

© Le think tank britannique Official Monetary and Financial Institutions Forum (OMFIF)

www.omfif.org/

 

Propos recueillis par David Marsh (traduit de l'anglais par Gilles Berton)

 

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