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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 11:18

Qui n'y va pas aujourd'hui de son discours contre l'antisémitisme !  

Bien sûr tout propos ou tout acte antisémiste doit être constaté, dénoncé, jugé et condamné !

Mais pourrait-on prendre garde à ne pas faire monter un antisémitisme banal alors que ses auteurs prétendent agir pour éviter qu'il se développe !      

Les amalgames délibérés, les interprétations résolument scabreuses et les raccourcis malveillants à l'égard de tout commentaire critique de l'action politique menée ici ou là soit par l'Etat d'Israël, soit par des représentants de la communauté juive dans le monde, me paraissent aussi dangereux que les discours - de plus en plus fréquents, y compris au sein de la communauté juive internationale - qui stigmatisent Israël et les diasporas juives et que toute autre forme de radicalisation du discours et des postures à l'égard du sionisme ou de l'antisionisme !

Dans cette période de profonde crise financière internationale, qui met à la lumière des pratiques criminelles opérées sans discerment aucun au détriment tant de titulaires de grosses fortunes que des populations les plus fragiles, la réminiscence de clichés stigmatisants est désormais à l'oeuvre : ne feignons pas d'ignorer les commentaires acerbes à l'endroit de la communauté juive qui accompagnent ici ou là les différents épisodes de l'affaire Madoff, par exemple !

Prenons garde à ce que les postures excessivement marquées des uns et des autres ne concourent pas à alimenter en Europe un antisémitisme aussi sournois que nauséabond !

Prenons garde à cette nouvelle théologie de la victimisation qu'incarnent si bien, hélas, ces trop nombreux débordements aussi "mystiques" qu'intolérables !

A une époque où le populisme et la xénophobie qui l'accompagne prospèrent en Europe sur le dos des minorités ethniques ou religieuses (cf. notamment à cet égard La nouvelle droite populiste européenne prospère sur la dénonciation de l'islam ; L'ONU dénonce une "recrudescence notable du racisme" en France (France24) ; Le racisme se développe en Europe, sur fond de crise économique - nouvelle édition - ou encore Roms : la Commission et le Parlement européens rappellent la France à l'ordre (Le Monde)), tout excès imputable à un "camp" ou à au autre participe à nourrir - en les renforçant - des croyances et des mythes qui portent en eux-mêmes les ressorts de l'intolérance la plus violente à l'égard de l'Autre ! 

Quand bien même, ici ou là, d'aucun s'emploie à changer cette nouvelle donne d'une société aussi paradoxale où, alors que le politique attise les sentiments enfouis les plus grégaires, les populations - telles que les perçoivent les sondeurs d'opinion - semblent vouloir s'ouvrir davantage à l'Autre, à ses principes, à ses valeurs et à ses espoirs (cf. Des chrétiens se mobilisent pour le dialogue en Méditerranée, par Jean-Christophe Ploquin (La Croix) ; Des Juifs religieux aux côtés des Palestiniens : Tu ne convoiteras pas la maison de ton voisin (Haaretz - Courrier international) ; Retour sur images : Sept messages pour redonner de l'espoir et une perspective au Proche Orient ; Des Orients du Levant aux Occidents du Couchant ... Rêvons ! ou encore L'appel à la raison d'Erasme ! ) !

Cet Autre pourtant si souvent incarné dans certains segments de nos populations européennes tantôt en "Roms", tantôt en "Arabe", tantôt en "Juif" lorsqu'on lui affuble les attributs de la perfidie, de la manipulation, du coup bas, et, plus généralement du "démon" ! (cf. Que sont devenus ces valeurs "universelles" et ces principes démocratiques que les "occidentaux" se sont si souvent honorés d'avoir fait émerger ? ).

Personnellement, ce dont je suis certain, c'est que trop de discours stigmatisants, trop de postures radicales, trop d'éclaboussures nauséabondes souillent notre espace public, tarissent les espoirs de réconciliation et stérilisent les tentatives de dialogue et de compréhension mutuelle entre des peuples dont le destin commun est scellé dans un monde impitoyable où même le "croire" est petit à petit vidé de son sens profond (cf. Croire ! ) !

Ce que je sais, c'est ce qu'Albert Camus comme André Malraux, Simone Veil, Antoine de Saint Exupéry, Haïm Zafrani, Mohamed Arkoun et bien d'autres encore m'ont appris au travers de leur magnifique oeuvre littéraire ou par le témoignage vivant de leur existence : et tout d'abord ce qu'est à la fois notre condition humaine, l'absurde, le dérisoire, l'espoir, le surgissement du divin et du surnaturel dans notre existence comme le salut et la miséricorde ! (Eloge d'une amitié, par Tahar Ben Jelloun (Le Monde) )

Cessons de nous voir et de nous penser si différent de cet Autre trop souvent méconnu !

Cessons de le stigmatiser, Lui qui n'est, en vérité, qu'une autre face de Soi ! Une face ineffaçable dans laquelle se reflète - sans effet optique - notre propre Moi !

Cessons de nous poser en victimes objets de toutes ses malveillances présumées et/ou présupposées !

N'oublions pas les grands enseignements de l'Histoire comme ceux de l'histoire la plus noire !

Agissons en conscience et en responsabilité !

Faisons vivre ces principes, ces symboles et ces valeurs auxquelles nous prétendons tous être tant attachés !

Elevons notre regard ! Autant que nos ambitions et nos espoirs pour l'Homme !

Redonnons force et vitalité à notre Espérance !

Redevenons des sujets de notre propre existence !

Et n'oublions pas, s'il vous plait, que le bonheur est désormais un droit pour tous (cf. Le bonheur devient un droit, par Alain-Gérard Slama (Le Figaro) ) !

Et alors, seulement alors, nous parviendrons à éradiquer ces fléaux de la xénophobie, du racisme, de l'ostraciseme, de l'islamophobie et de l'antisémitisme qui resurgissent, stimulés par des jeux sordides de ce qui n'est au final rien d'autre qu'une mini-politique quelquepeu criminogène comme le dénonce le sociologue Alain Touraine (cf. Alain Touraine : "Nous sommes à l'heure de la "mini-politique" (Le Monde) ) !

Et Osons porter un autre regard sur l'oeuvre politique !

Voir également :

* Dictionnaire des racismes, de l'exclusion et des discriminations (sous la direction d'Esther Benbassa - Larousse)

* La peur de l’islam - Bat Ye’or et le spectre de l’ « Eurabie » (Ivan Jablonka)

* Comment réagir aux propos xénophobes, racistes, homophobes, antisémites ...

* Racisme populaire ou xénophobie d'Etat ? Quelle politique écologiste dès 2012 pour réconcilier la France avec elle-même ?  

 

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 18:54

Right On reporter Anne Devineaux traveled to Paris and Brussels to assess the impact the digital age is having on individual privacy, she poses a simple but potent question:

“Is it still possible to protect our privacy in the digital age? Edward Snowden’s revelations about the extent of US cyber surveillance has sent shockwaves across Europe. All our internet activity is monitored and stored by states and private companies.”

Jérémie Zimmermann is a founding member La Quadrature du Net, a group set up to protect individual privacy:

“It will take a lot longer for the magnitude of these revelations to impact on our society and on our relationship with power and our relationship with technology.”

For months the scandal surrounding the Prism program has raged. Under the guise of anti-terrorism the National Security Agency (NSA) collected, via the US net giants, the personal data of millions of citizens worldwide, a massive, menacing and indiscriminate collection.

Beyond the diplomatic fallout the revelations have opened up a debate on the major issue of our time. The mass production of data via the net, known as Big Data, for Big Data read Big Brother.

Jérémie Zimmermann, is concerned by the power the main US net players hold:

“Their technological and economic models are based on the maximum data collection globally. This centralisation of data forms the pillar of mass surveillance.”

However, alternatives do exist say activists. One example is the search engine DuckDuckGo, which does not store personal information. A vital component is a change in attitudes. Activists reject the misleading trend of the split between the computer masters and the ordinary world.

Jérémie Zimmermann, from La Quadrature du Net: “On the one hand hand there is the product that comes in a box, it is easy, simple, user friendly and the other stuff in white letters on black screen, stuff you are not expected to understand. There is the technology you control and the technology you have the potential to control. This has to be studied, learned. I’m convinced that in the 21st Century not knowing where one’s data is or ignorance of the architecture of the communication system will be akin to illiteracy. We will be signing contracts we cannot read and don’t understand.”

In Europe the protection of privacy is considered a fundamental right. In each country a public authority is responsible for protecting it. In France it is CNIL, the Commission Nationale Informatique et Liberté.

Its president refuses to accept the scandal is a failure of the national supervisory authorities. She is calling for a clear political and legal response at a European level.

Isabelle Falque-Pierrotin is the President of French Data Protection Authority (CNIL): “If there was a failure, it was that Europe didn’t react quickly to the Prism case. So I think it will kick start negotiations to formulate a new legal framework to develop a business policy on these issues across Europe. And for a framework for cooperation between intelligence services between Europe and the United States, which does not exist as we speak.”

Anne Devineaux says the formulation of EU legislation to protect individual privacy in the digital age is easier said than done: “Here in Brussels the battle has raged for three years around the reform of EU legislation on data protection. It is a long and complex battle with lobbying from the US net giants particularly intense.”

The right to be forgotten, the explicit consent of users, data processing, the subjects are many and varied. The aim is to create a clear legislative framework across the EU. At the end of October a draft was finally approved by a committee of the European parliament, suffice to say talks are ongoing between the Commission and member states.

As representatives of the US net industry fight to avoid restrictive regulations, others such as EDRI, a Brussels-based organisation, battle to defend privacy.

Joe McNamee, belongs to the European Digital Rights (EDRi) advocacy group: “There was a lot of discussion before the Snowden revelations as regards the rules for transfer of data to law enforcement authorities outside the EU. There was a broad consensus at the time that the rules shouldn’t be strengthened. After the Snowden revelations, suddenly the whole situation changed and now there is seems to be a consensus across the Member states and across the European Parliament that the rules need to be clear, comprehensive and predictable.”

Essential to future regulation is a change in business practices. As far as government snooping is concerned much remains to be done.

Sergio Carrera, is a Senior Research Fellow at the Centre for European Policy Studies: “Perhaps the more important lesson is how free the intelligence services in the US and the EU are to do whatever they like. I think it’s very important to look at way how to bolster scrutiny of intelligence services and surveillance of citizens which at the moment is very much open and subject to very diverse legal settings”.

These days connectivity is vital for the economy and security, but individuals right to privacy is a very high price to pay.

Copyright © 2014 euronews

Source : http://www.euronews.com/2014/01/06/big-data-big-brother-and-the-death-of-privacy-in-the-digital-age/

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 16:21

L’année 2014 – célébrée comme le centenaire du début de la 1ère guerre mondiale pour les Européens – devrait trouver rapidement sa propre marque tant les enjeux géopolitiques semblent nombreux dans cette année qui s’annonce. Si on effeuille rapidement le calendrier, on voit combien les rendez-vous dans les zones de crise sont nombreux. A commencer par le Moyen-Orient qui va être au centre de toutes les attentions.

Le Moyen-Orient : en feu ou en paix ?

Cette année risque d’être un tournant pour la région. Les négociateurs israéliens et palestiniens se sont donné rendez-vous jusqu’à mai pour trouver un nouvel accord de paix. (NDLR Regards-citoyens.com : voir à cet égard, notamment, Géopolitique fiction : et si la crise syrienne annonçait un vaste chantier de reconfiguration des Etats et des frontières au sud et à l'est de la Méditerranée ? (nouvelle édition))Qu’il y ait, ou non, accord, cela risque de secouer les deux pays et les deux populations. Mais la maxime jusqu’ici répétée – pas de paix au Moyen-Orient sans paix entre Palestine et Israël – a perdu de son intensité et rendu du coup, moins vitale, la résolution du conflit. Car toute la région est tectonique.

Syrie, Liban, Iran…

L’intensité du conflit en Syrie ne semble pas faiblir. Les fronts intérieurs se fragmentent de plus en plus jusqu’à devenir une guerre bi-civile : non seulement entre le régime et les rebelles/révolutionnaires mais entre les rebelles eux-même. Le régime de Bachar, honni jusqu’à peu, apparaît aujourd’hui ainsi davantage comme un gage de stabilité face aux mouvements extrémistes qui ont gagné du terrain. Si l’issue de la négociation – dite  Genève II – semble délicate, une solution ne mettra pas de sitôt un terme au conflit. Le Liban, proche, qui a jusqu’ici tenu bon, est aux prises à la fois à un risque d’engrenage de terreur des uns contre les autres, tout en accueillant un nombre maximal de réfugiés venus de Syrie qui aurait mis à bas n’importe quel autre pays. Quant à l’Iran, il est engagé dans une politique de réintégration du concert international, qu’on aurait bien tort de ne pas négliger ; une solution (temporaire) au conflit nucléaire. Pour être complet, il faudrait aussi mentionner le Yemen en situation périlleuse et l’Egypte qui n’a pas toujours digéré son « printemps » arabe.

En Irak et en Afghanistan, les zestes de l’intervention internationale

La violence régulière en Irak n’alarmait pas jusqu’ici la communauté internationale, la prise de Falloujah par le groupe lié à Al Qaida, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EILL), donne au conflit une tournure de bataille rangée. En Afghanistan, en 2014, entre dans une phase d’inconnue avec la fin du retrait des troupes de l’OTAN, une phase électorale et une nouvelle mission internationale de sécurité qui n’a pas encore trouvé son cadre. Ces deux pays n’en ont pas ainsi fini de digérer les restes des interventions internationales (unilatérale pour le premier (menée par les Américano-Britanniques, sous mandat des Nations-Unies et de l’OTAN pour le second) qui n’ont finalement rien réglé, voire même aggravé la situation antérieure.

L’arc de crise africain

L’Afrique autour de sa zone sahélienne, de l’arc de crise de la Corne de l’Afrique au Golfe de Guinée est parcourue de soubresauts.. Le conflit en Centrafrique comme au Sud-Soudan est en phase aiguë. Et les guerres au Mali ou en Somalie ne sont pas terminées. Tandis qu’une zone dangereuse agite la Libye, au nord ; et le Nigeria, au sud. Sans oublier le Congo, toujours en proie à un conflit qui n’a pas encore trouvé son terme ou d’autres pays qui pourraient s’embraser. Si la piraterie a disparu comme menace importante dans l’Océan indien, elle demeure active à l’ouest du continent.

Les Russes à la manœuvre ?

Il faut s’attendre à des initiatives internationales, notamment de la Russie qui, outre les Jeux olympiques de Sochi,  présidera en juin à la fois le G8 et le Conseil de sécurité, et entend restaurer son aura de « grande puissance », perdue depuis 1991. Elle en a aujourd’hui les moyens et profite d’un climat favorable à cette résurgence.

Et pendant ce temps…

Pendant ce temps, les Européens seront en « vacances » électorales. Les prochains mois vont être consacrés pour les parlementaires et les commissaires européens à boucler les dossiers en cours, avant de partir en campagne électorale, ou à la recherche d’un point de chute. Une activité qui va concerner d’ailleurs une bonne partie de la haute administration européenne pour qui la partie de puzzle européen peut être l’opportunité de carrières plus intéressantes. Entre mars et novembre (où la nouvelle Commission européenne sera pleinement installée), avec un point culminant en mai-juin (lors des élections européennes et de la répartition officielle des principaux postes), on assistera – alors qu’une partie du monde sera en ébullition – à une certaine atonie européenne, où les initiatives seront plus compliquées que d’habitude…

Pourtant l’Europe a quelques atouts dans sa manche. D’une part, elle semble décidée à s’affirmer sur certaines crises notamment en Centrafrique avec le déclenchement d’une opération, type EUFOR, autour de Bangui ou plus avant dans le pays (lire sur le Club – accès libre : Les premières options d’une opération EUFOR Bangui). Et il faut ajouter que deux pays européens seront aux manettes du Conseil de sécurité au printemps. Le Luxembourg et la Lituanie (en février et en mars).

Voir cet article sur mon site : http://www.bruxelles2.eu/defense-ue/defense-ue-droit-doctrine-politique/2014-des-crises-a-tous-les-tournants.html

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 15:51
Contexte

 

La réforme de la PAC pour 2014-2020 a fait l'objet d'un accord en France entre le gouvernement et les syndicats agricoles, à l'automne 2013. La nouvelle PAC devrait distribuer différemment les aides aux céréaliers notamment, en donnant une prime aux petites exploitations.

La grogne des agriculteurs face à la mise en place de l'écotaxe, prévue pour janvier 2014 puis repoussée est aussi nourrie d'un sentiment anti-européen. Sur certains domaines, l'agriculture française est en perte de vitesse par rapport à son voisin allemand. Les syndicats agricoles s'invitent

 

Les éléments nouveaux

La venue du ministre allemand de l’agriculture à Paris devait illustrer l’Europe qui fonctionne. Mais les syndicats agricoles français surfent sur la grogne anti-européenne à 4 mois des élections.

 

Hans-Peter Friedrich, nouveau ministre allemand de l’Agriculture, a longuement rencontré son homologue français, Stéphane Le Foll,  mardi 7 janvier à Paris. Une visite destinée à préparer le sommet franco-allemand du 19 février,  mais aussi à fixer les priorités de la coopération entre les deux pays moteurs de l’Europe, dont l’agriculture accapare toujours l’essentiel du budget.

Les deux ministres ont insisté sur le ton « excellent » de leur discussion et sur les points de consensus, insistant sur les côtés positifs de l’UE : écologie et solution aux crises

 « J’ai proposé la mise en place d’un groupe de travail sur les performances écologiques de l’agriculture, afin de préparer le colloque de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sur le sujet » a précisé Stéphane Le Foll, le ministre français de l'Agriculture.

Les deux ministres veulent aussi que la Commission européenne avance sur la question de l’étiquetage en matière agroalimentaire. Durant la crise de la viande de cheval, un rapport avait été préparé par la Commission pour durcir les contrôles dans le négoce de la viande. Or pour l’instant, aucune suite n’a été apportée, malgré les demandes répétées des députés européens

La question des OGM a aussi été abordée. La population de la France et de l’Allemagne partagent a priori un rejet commun des organismes génétiquement modifiés. Les deux ministres ont simplement déclaré que le sujet était sur la table, alors que les négociations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis progressent, qui pourraient faire vaciller les interdictions de production en Europe.

Le ministre allemand a toutefois indiqué qu’il ne fallait pas considérer l’agriculture comme faisant partie du passé. « Nous avons vécu longtemps avec une agriculture naturelle, il faut désormais passer à l’heure de l’agriculture moderne » a-t-il assuré.

Le salaire minimum en question

Les questions sociales, qui sont motrices de la contestation paysanne en France notamment au travers du mouvement des Bonnets rouges en Bretagne, demeurent un sujet de divergence entre les deux pays.

Les agriculteurs français ne cessent d’accuser l’Allemagne de pratiquer le dumping social en matière agricole,  en ayant recours à des travailleurs low-cost venus d’autres pays d'Europe.

Or le sujet n’est pas une priorité pour l’ancien ministre de l’Intérieur allemand. Hans-Peter Friedrich a plutôt à cœur de soutenir l’agriculture d’Allemagne de l’Est, qui est plus à la peine.  Il se décrit d’ailleurs comme un « ministre de l’économie pour les zones rurales de l’Allemagne ».

« Nous voulons éviter le dumping social, mais il y a aussi des situations où il ne faut pas mettre l’emploi en péril », a-t-il prévenu.

À l’est de l’Allemagne, les exploitations sont à la fois plus petites et moins modernes qu’à l’ouest. Or c’est aussi là que les salaires sont le plus faibles, ce qui alimente les critiques du côté français.

Dans la filière de l’abattage par exemple, les écarts de rentabilité ont entraîné, depuis quelques années, une forte redistribution des cartes. L’Allemagne abat aujourd’hui 50 millions de porcs par an, contre moins de 30 millions pour la France. Ce que Xavier Beulin, le président de la FNSEA, principal syndicat agricole français, résume ainsi : l’Allemagne a gagné 15 millions de têtes alors que la France en a perdu  5 millions.

États généraux surprise de l’agriculture en France

Le coût du travail est le principal accusé dans ce changement de paradigme, selon le syndicat français, qui a annoncé mardi des États généraux surprise pour début mars, avant le Salon de l’Agriculture,  le jour même où débutait l’examen de la loi d’avenir sur l’agriculture à l’Assemblée nationale.

La grande coalition gouvernementale en Allemagne a eu beau annoncer la mise en place prochaine du salaire minimum en Allemagne, les syndicats agricoles français doutent de la détermination de la filière à appliquer les réformes rapidement. « L’IGBAU (la confédération syndicale construction/agriculture) mène un combat pour retarder l’application du salaire minimum, surtout dans les nouveaux Länder où l’agriculture a le plus progressé ces dernières années », estime Xavier Beulin.

Travailleurs détachés et élections européennes

Les syndicats agricoles  FNSEA et COOP de France ainsi que la filière agroalimentaire veulent obtenir de nouvelles  mesures en matière de fiscalité du travail, et n’hésitent pas à faire pression sur le gouvernement en évoquant la délicate question des élections européennes.

« Si le coût du travail n’évolue pas, il ne faudra pas s’étonner si l’industrie agroalimentaire utilise de plus en plus de travailleurs détachés », a ainsi prévenu Philippe Mangin, le président de COOP de France.

 « Les territoires vivent un peu dans l’ombre, mais quand la pression monte, il faut tendre l’oreille » assure de son côté Xavier Beulin, en faisant référence aux manifestations contre l’écotaxe de l’automne. La taxe sur les poids lourds est pour l’heure suspendue en France, après la fronde de certains mouvements contre le projet, dont les Bonnets rouges en Bretagne. 

Les syndicats agricoles rejettent néanmoins toute responsabilité dans la montée des extrêmes.  « Nous n’avons aucune responsabilité s’il y a des récupérations politiques des mouvements », a assuré Xavier Beulin,  expliquant qu’au contraire l’organisation des États généraux permettrait d’engager les discussions. L’extrême droite avait clairement tenté de récupérer le mouvement de protestation des Bonnets rouges.

Le ministre de l’Agriculture a en tout cas peu apprécié le timing de ces États généraux, qui semblent remettre en question les accords conclus pour mettre en place la PAC 2014-2020. Et tombent sur le calendrier électoral comme un cheveu sur la soupe, risquant d’attiser les mécontentements autour du thème du dumping social européen.

 

Prochaines étapes : 
  • janvier 2014 : discussions de la loi d'avenir de l'Agriculture à l'Assemblée Nationale
  • mars 2014 : Etats généraux de l'agriculture en France
  • 25 mai 2014 : élections européennes

 

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 15:45

Contexte : Le Sénat a approuvé le Mercredi 9 octobre par 193 voix contre 150 la Proposition de Résolution présentée par Pierre BERNARD-REYMOND (N.I.) visant à créer une nouvelle Radio destinée à mieux faire connaître aux Françaises et aux Français la vie quotidienne culturelle, sportive, événementielle, politique, économique, sociale, etc… des Pays de l’Union Européenne. Cette initiative s’inscrivant dans notre démarche pour plus d’Europe à la télé, nous avons le plaisir de reproduire ci-dessous l’exposé des motifs de cette résolution.

L’Union Européenne ne se fera pas sans l’adhésion des peuples qui la composent ; celle-ci suppose une meilleure connaissance mutuelle de nos vingt six partenaires.

Une chaîne de radio spécialement dédiée à cet effet peut y contribuer efficacement.

Avec Radio France Internationale (RFI) qui émet aussi en France à certaines heures, nos concitoyens ont le loisir d’accéder à une bonne connaissance de la réalité quotidienne de certains pays dans le monde et en particulier en Afrique.

Tel n’est pas le cas pour les pays membres de l’Union Européenne auxquels notre destin est pourtant lié. Il est ainsi plus facile pour un auditeur français, de savoir ce qui se passe au Burkina-Faso, au Niger ou au Zimbabwe qu’en Lituanie, en Slovénie ou en Autriche.

Nous appelons donc de nos vœux la création de RFE : « Radio France Europe », une radio publique émettant en France 24 heures sur 24, et destinée à faire mieux connaître à nos concitoyens la vie quotidienne : politique, économique, sociale, sportive, festive, culturelle de chacun de nos vingt-six partenaires de l’Union Européenne. Une part -modeste- étant toutefois réservée à l’actualité institutionnelle de l’Union Européenne.

Il faut souhaiter qu’une telle initiative soit reprise de façon identique par un maximum de nos partenaires chez eux dans leur propre langue.

Une subvention de 50 % de l’Union Européenne dédiée au financement de telles radios faciliterait leur création. 

Pierre Bernard-Reymond est Sénateur

Source : http://www.sauvonsleurope.eu/pour-une-chaine-radio-france-europe/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=pour-une-chaine-radio-france-europe

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 15:35

Le pays à la tête du Conseil de l’UE espère faire avancer les négociations sur le marché transatlantique avec les États-Unis. La Commission storiouhaite les faire aboutir d’ici la fin de l’année 2014.       

À la tête du Conseil de l’Union européenne depuis le 1er janvier 2014, la Grèce célèbre aujourd’hui officiellement sa prise de fonction à Athènes, en présence du président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso, et du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Placée sous le signe de l’austérité, la présidence grecque a d’ores et déjà annoncé un certain nombre de priorités, au rang desquelles le renforcement de la zone euro via l’achèvement de l’union bancaire, la croissance, l’immigration ou encore la politique maritime.

Un programme chargé pour le pays en crise, qui ne dispose en plus que d’une fenêtre de tir très courte pour laisser son empreinte. Les élections européennes de mai 2014 amputent en effet de plusieurs semaines la présidence tournante du pays.

Au-delà des grands dossiers annoncés, celui des négociations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis va aussi échoir à la Grèce.

Contexte

Les négociations entre les États-Unis et l'Union européenne sur le partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (PTCI) ont débuté en juillet. Si un accord est conclu, il concernerait plus de 40 % du PIB mondial et représenterait les plus grandes parts commerciales et d'investissement directs étrangers.

Bruxelles et Washington ont établi l'objectif ambitieux de conclure les négociations d'ici la fin 2014. La Grèce, qui vient de prendre la présidence tournante de l’Union européenne a inscrit ces négociations au rang de ses priorités. Elle passera ensuite le dossier à la présidence italienne, qui débutera le 1er juillet 2014. 

Accélérer les négociations

Lors d’un discours prononcé au cours du dernier Conseil européen le 20 décembre 2013, le premier ministre Antonis Samaras a insisté sur l’intention de son pays de faire avancer les discussions entre les deux partenaires. Le pays va donc « prendre des mesures concernant le commerce extérieur afin d’accélérer les négociations en cours sur les accords de libre-échange avec les États-Unis et les autres partenaires stratégiques », a détaillé le premier ministre.

En effet, depuis juillet, les Européens et les Américains ont entamé de vastes négociations afin de créer une zone de libre-échange. Ce partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP) vise la suppression des droits de douane restant dans tous les secteurs d’activité afin de développer les échanges commerciaux entre les deux partenaires.

Pour l’heure, les négociateurs de l’UE et des États-Unis ont tenu trois cycles de négociation, dont le dernier s’est tenu en décembre à Washington. Ces premiers échanges ont notamment été marqués par le scandale du vaste programme d’espionnage Prism et le manque de transparence de négociations, pointé du doigt par les parlementaires européens.

La Grèce sera charge de faire avancer le dossier alors que se profile le quatrième cycle de négociation à Bruxelles en mars 2014.

Enjeu pour la France

Le TTIP reste un enjeu considérable pour la France. À l’occasion d’une rencontre à Paris , le ministre de l’Économie et des Finances, Pierre Moscovici, et le secrétaire américain au Trésor, Jack Lew, ont abordé les négociations du traité. « Nous sommes toujours en train de collaborer », a indiqué le secrétaire au trésor, affirmant que les États-Unis et la France étaient « de grands partenaires dans ce dossier ».

De son côté, Pierre Moscovici a affirmé que la France était « favorable à ces négociations commerciales ». Le ministre a insisté sur le potentiel qu’offrait le marché américain aux entreprises françaises, notamment les PME. « Ce partenariat doit permettre à nos entreprises d’aller chercher des marchés plus facilement outre-Atlantique », a expliqué le ministre.

Seul bémol, alors que la France a réussi à obtenir l’exclusion du sujet culturel du champ de négociation de la Commission européenne, certains secteurs tels que l’automobile, la protection des consommateurs et l’agroalimentaire inquiètent particulièrement Paris, qui restera d’une extrême vigilance sur le sujet.

Voir également les articles de la rubrique intitulée : L'intégration euroatlantique à l'oeuvre
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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 15:30

Contexte

Le document de consultation de la Commission européenne (livre vert) sur le cadre des politiques énergétique et climatique à l'horizon 2030 mentionne un objectif éventuel de réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre. Il ne ferme pas la porte à la réalisation d'un objectif de 30 % d'énergies renouvelables d'ici 2030.

La consultation laisse toutefois penser que les progrès dans le nouvel objectif d'économies d'énergie pourraient être reportés après une révision l'année prochaine des avancées dans le respect de l'objectif de l'UE pour 2020. Il est cependant reconnu que cette cible n'est pas contraignante et qu'elle ne sera probablement pas atteinte.

L'UE dispose actuellement de trois projets climatiques afin de réduire de 20 % les émissions de CO2 sur le continent et d'atteindre 20 % d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique d'ici 2020. Le dernier objectif sera rempli grâce à différentes méthodes.

Constat

Les mesures européennes de réduction des émissions de carbone dans le secteur de l'énergie ne parviendront pas à limiter la hausse de la température mondiale de deux degrés d'ici 2050, selon une étude de la Commission.

 

Selon l'étude de la Commission européenne Trends to 2050, publiée discrètement pendant Noël, le continent, s'il continue sur la même voie, ne diminuera ses émissions que d'environ 30 % en 2030 et de 44 % en 2050. Un seuil très insuffisant pour limiter le réchauffement climatique. 

Les scientifiques et les dirigeants européens estiment tous que l'Europe doit intensifier ses économies d'énergie et rendre sa production d'énergie plus propre d'ici 2050. Ce sont les conditions sine qua non pour réduire les émissions de CO2 par rapport aux niveaux de 1990 en vue d’éviter un changement climatique qui serait catastrophique.

Dans leur étude, les auteurs ont seulement pris en compte les programmes actuels de réduction de carbone, faisant le pari qu'aucune nouvelle politique ne serait mise en œuvre après 2020. Les défenseurs de l'« énergie propre » ont souligné la nécessité de poser un nouveau jalon pour 2030.

« Le secteur européen de l'énergie devrait toujours émettre près de 400 millions de tonnes de CO2 par an d'ici 2050 et la dépendance énergétique de l'UE devrait s'aggraver. [Dans ce contexte], un cadre réglementaire sur l'énergie, accompagné d'objectifs en matière d'énergies renouvelables et de réduction de gaz à effet de serre, est plus important que jamais », affirme Justin Wilkes, vice-directeur de l'Association européenne de l'énergie éolienne.

« En l'absence d'objectifs liés à la sécurité énergétique, il sera impossible d'avoir un secteur de l'énergie "zéro carbone" », ajoute-t-il.

L'objectif de réduction de gaz à effet de serre de 40 % d'ici 2030 qui pourrait être adopté par Bruxelles devrait permettre à l'Europe une réduction de 80 % d'ici 2050, selon des défenseurs de l'environnement. Mais le scénario d'un secteur de l'énergie zéro carbone d'ici 2050 est hors de portée.

Selon l'Agence internationale de l'énergie, cette réduction de 80% donnerait une chance sur deux de contenir la hausse de la température planétaire en-deçà des deux degrés.

Kevin Anderson, le vice-directeur du Centre pour la recherche sur le changement climatique Tyndall a envoyé une lettre au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Il l'a accusé d'avoir une représentation erronée ayant des conséquences dramatiques sur les mesures à adopter pour réduire les émissions.

Statu quo

L'étude de la Commission prévoit un scénario habituel de réduction des émissions à partir de 2020. Selon le dernier document de ce type, publié en 2009, avant l'annonce des objectifs pour 2020, les émissions de CO2 devaient être réduites de 20 % d'ici 2030.

Les auteurs de Trends to 2050 prévoient, quant à eux, que le gaz, l'éolien et le nucléaire fourniront chacun environ un quart de l'approvisionnement énergétique européen d'ici 2050.

L'efficacité énergétique augmentera aussi de manière significative. « L’économie européenne aura gagné 78% en 2050 par rapport à 2010, mais malgré cela la consommation totale d'énergie diminuera de 8 % », selon le document de l'exécutif européen.

Insuffisant, selon les défenseurs de l'énergie propre. « Cette tendance montre l'absurdité qui est de poursuivre un scénario sans effort de réduction des émissions et souligne la nécessité d'une politique à long terme d'ici 2050 », explique à EurActiv Adrian Joyce, le secrétaire général d'EuroACE.

« Dans le climat économique actuel, ce serait faire preuve d'un manque de discernement de ne pas améliorer l'efficacité énergétique, avantageuse sur le plan économique », ajoute-t-il.  

Les ressources non conventionnelles

Selon l'étude, l'expansion du gaz de schiste et l'exploitation de réserves de ressources non conventionnelles influenceront les prix des carburants sur le long terme. De même, l'utilisation du gaz prendra de l'ampleur, ce qui aura une répercussion sur les prix du pétrole.

Après 2035, il est prévu que « la disponibilité limitée des ressources locales en énergie fossile [en raison de l'épuisement des ressources nationales] et les importations supplémentaires de biomasse entraineront à nouveau une importation nette en énergie. »

« Ce phénomène concerne principalement le gaz naturel qui, selon les projections, jouera un rôle important dans cadre des objectifs de réduction des émissions et sera un complément pour les énergies renouvelables », indique le document.

Une mise au point plus lente des technologies de captage et stockage du dioxyde de carbone est également prise en compte dans les prévisions de l'étude.

Prochaines étapes : 

  • 22 janvier 2014 :  présentation du paquet européen sur le climat
  • Mai 2014 : élections du Parlement européen
  • Mai 2014 : les États membres de l'UE doivent préparer des programmes pour que leurs entreprises énergétiques réalisent 1,5 % d'économies d'énergie par an
  • Juin 2014 : examen des progrès en vue d'atteindre des objectifs sur l'efficacité énergétique en 2020
  • 2020 : date butoir pour respecter les objectifs contraignants 20-20-20

Source : http://www.euractiv.fr/energie/ue-natteindra-que-la-moitie-de-s-news-532641?utm_source=EurActiv%20Newsletter&utm_campaign=9980b949ee-newsletter_dernieres_infos&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-9980b949ee-55414033

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 21:40

La crise l’impose à l’Eurozone : l’Union se fait, irréversiblement. La BCE se saisit des banques, l’intérêt commun s’introduit dans les choix économiques nationaux. La politique peine à suivre.

Le dossier multimédia réalisé par les étudiants du CUEJ.

Source : http://www.cuej.info/europe/2014-lunion-reculons

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 14:37

États-Unis repliés, Europe en mal de polarité et de plus en plus fragmentée, Afrique en voie de dispersion, pays émergents aux urgences d’abord intérieures, solidarités économiques régionales douteuses… : un monde multipolaire, équilibré et interactif n’est pas près de voir le jour explique T. Garcin.

Dans le système international, la notion de pôle est familière et traduit surtout la hiérarchie des puissances. Or, les éléments de la puissance ont beaucoup évolué depuis la Seconde Guerre mondiale. Qu’on pense à la révolution stratégique de l’atome, à la conquête de l’espace, à l’essor extraordinaire des télécommunications, au développement des organisations économiques régionales, sans parler de la construction communautaire européenne depuis les années 1950. La croissance par l’exportation dès les années 1960 puis la mondialisation des échanges n’ont cessé de modifier la scène internationale.

De fait, l’évolution des pôles de puissance est éminemment géopolitique. Or, quelque vingt-cinq ans après la chute du mur de Berlin (1989), le paysage est brouillé. Les États-Unis restent la seule superpuissance, mais ses atouts sont largement entamés : la reconstruction intérieure va prendre des années. Moscou n’a pas recouvré sa puissance, ne fût-ce que régionale. La destinée de l’Europe politique est on ne peut plus incertaine. Les pays émergents sont loin d’avoir effectué la transition entre la puissance économique (d’ailleurs, aléatoire) et la puissance politique, voire militaire. Reste la Chine, à la puissance si manifeste mais aussi et surtout si incomplète. C’est la grande inconnue du système international.

Faut-il donc en conclure que le monde n’est en rien multipolaire ? D’un autre côté, les pôles sont-ils réellement de même nature ? Il faudra donc d’abord s’interroger sur le passé, qui nous fournira de précieux jalons ; ensuite, vérifier si le monde est bien en voie de multipolarisation.

Les enseignements du proche passé

La puissance n’est pas chose aisée à définir, d’autant plus que la désinence du mot en français donne à penser qu’il s’agit d’abord d’une forme progressive, renvoyant à une dynamique, à un pouvoir en action. Raymond Aron avait relevé que les mots anglais (Strength, Power) et allemands (Kraft, Marcht) permettent de différencier les approches. Si la notion de pouvoir renvoie à une aptitude, celle de puissance correspond à une réalisation qui modifie le cours des choses et la hiérarchie des États. Pour reprendre la définition de Raymond Aron, la puissance reste bien la « capacité d’imposer sa volonté ». De toute façon, les pôles de puissance ne sont jamais stables ni pérennes. Même si elle se veut ou se prétend globale, la puissance est soumise à l’épreuve des faits : elle peut être momentanée, itérative, lacunaire, remise en cause, etc.

La puissance requiert des qualités de plus en plus multidisciplinaires.

On remarquera que beaucoup des facteurs classiques de la puissance, tels qu’ils avaient été retenus par les géopoliticiens d’autrefois [1], restent valides. Si l’on combine les différents éléments, on aboutit à des critères clés qui sont toujours de grande actualité : le territoire, la population, le peuplement, les ressources naturelles, le progrès scientifique et technique (industrie…), la valeur morale, l’unité nationale, le système politique, l’organisation militaire, la relation à l’étranger. De nos jours, il faudrait bien sûr ajouter : la permanence de l’État, la finance, la résilience, les opinions publiques, le rôle dans les organisations internationales, le pouvoir des acteurs informels (ONG…), le statut nucléaire, l’espace... Bref, la puissance requiert des qualités de plus en plus multidisciplinaires.

En conséquence, les nations occupent des rangs de plus en plus instables. Un exemple, et non des moindres. En 1991, deux ans après la chute du mur de Berlin, la disparition du communisme en Europe et la mort de l’Union soviétique, personne n’aurait prédit qu’en 2014, les États-Unis seraient une superpuissance aussi affaiblie. Qu’on mesure la distance parcourue : attentats du 11 septembre 2001, effets de la guerre d’Irak de 2003, scandale Wikileaks dès 2006, crise économique surgie en 2007, révélations de Bradley Manning de 2010, scandale NSA via Edward Snowden de 2013. À la même époque, nul n’aurait annoncé non plus qu’en 2003 l’Allemagne serait le 1er exportateur mondial et qu’en 2009 la Chine la doublerait (devenant en 2010 le deuxième PIB mondial).

D’ailleurs, même du temps des rapports Est-Ouest, nous aimions les fausses fenêtres pour la symétrie. De fait, des deux fameuses « superpuissances », il n’y en avait qu’une seule… Les États-Unis détenaient bien les superpuissances politique, militaire, économique, scientifique et technique, sociale et culturelle. L’URSS n’était en aucune façon une superpuissance politique (le système communiste n’était pas voulu à l’intérieur, était imposé à l’extérieur), encore moins une superpuissance économique (à sa mort, elle représentait un pour cent du commerce mondial), sans parler du reste ; en revanche, sa puissance militaire était remarquable, dont heureusement elle ne fit (presque) rien. Le monde bipolaire, structurant en grande partie le système international, était bel et bien déséquilibré.

Les pôles de puissance ne sont pas le simple résultat de tendances linéaires et sont propices aux erreurs de perspective.

Bien plus, sur le seul plan économique, l’émergence de certaines économies - largement asiatiques - est un phénomène qui date en fait des années 1960, même si on ne l’appelait pas ainsi. On disait les « quatre dragons » : dans l’ordre, Hong-Kong, Taïwan – tous deux, mondes chinois -, Corée du Sud, Singapour. Dans les années 1980, ne célébrait-t-on pas l’arrivée des « tigres » : Thaïlande, Indonésie… Ces signes avant-coureurs de la mondialisation sont bien reflétés par la dénomination évolutive des pôles et des aires. Les années 1960 parlaient des pays sous-développés (par rapport aux pays industrialisés) ; les années 1970, des pays en voie de développement et des rapports Nord-Sud ; les années 1980, des pays en développement ; les années 1990, des pays à revenu intermédiaire (par rapport aux pays les moins avancés) ; les années 2000, des pays émergents (par rapport aux pays émergés). Ce « tuilage » des étiquettes internationales illustre bien le fait que les pôles de puissance ne sont pas le simple résultat de tendances linéaires et qu’ils sont propices aux erreurs de perspective.

Les impérieuses priorités internes

Certes, le monde n’est plus bipolaire depuis une bonne génération.

Mais, d’une part, il n’est pas plus unipolaire, malgré la volonté américaine du président Bush père de vouloir instaurer dès 1990 un « Nouvel ordre international ». On s’en souvient : « Il n’y a pas de substitut au Leadership américain » dans le monde (1990), « Seuls, les États-Unis sont capables montrer le chemin » (1993). Et le secrétaire d’État Warren Christopher en 1996 : « Nous devons continuer de montrer la voie. Si nous persévérons, la fin de ce millénaire pourrait marquer l’aube d’un deuxième ‘siècle des États-Unis’ », etc. Autant d’assertions prophétiques qui sonnent étrangement en 2014 !

D’autre part, le monde est loin d’être politiquement multipolaire.

Certes, on a assisté à un manifeste retour de l’État depuis les attentats du 11 septembre 2001 et depuis la crise économique surgie en 2007. Rarement l’administration présidentielle américaine n’a eu autant de pouvoirs (lutte contre le terrorisme, plans de relance…). Rarement les gouvernements européens n’ont pris autant de décisions économiques majeures (Bruxelles étant presque mis à l’écart). L’État était bien revenu en majesté, mais pour de mauvaises raisons et dans des circonstances détestables.

Certes, les pays émergents s’appuient de plus en plus sur des processus d’intégration régionale [2], à vocation centripète et à fonction « pacifiante ». De plus, certains ont bien accusé les effets négatifs de la crise : exportant moins, ils se sont rabattus avec profit sur la demande intérieure (Inde, Brésil…).

Mais leurs vulnérabilités internes devraient limiter voire freiner considérablement leur rôle régional. Qu’on pense à l’analphabétisme préoccupant, au chômage considérable, aux inégalités sociales criantes, à la culture de la corruption, à la criminalité de droit commun, au mécontentement des classes moyennes, à l’absence de réformes ou de transition politique : pêle-mêle, des pays comme l’Afrique du Sud, le Brésil, le Nigeria, le Vietnam, le Mexique, l’illustrent à l’envi. Ont-ils quelque espoir raisonnable de devenir des pôles « agglutinants » ? Sans conteste, pour les pays émergents, la période à venir sera celle des priorités internes.

Quant à la Chine, si c’est bien une superpuissance économique, ses faiblesses propres sont nombreuses et durables. On la regarde à l’aune de son commerce extérieur, ce qui ne suffit pas : elle va devoir affronter des défis internes de grande ampleur (Tibet, Xinkiang, inégalités, laissés-pour-compte, corruption, liberté d’expression, contestations sociales…), alors que ni sa démographie ni son régime politique ne s’y prêtent. En fait, ses handicaps ressemblent toutes proportions gardées, à ceux des pays émergents. On pourrait presque la traiter de puissance hémiplégique. Ce n’est pas un hasard si les pays voisins craignent autant l’effondrement de son système que son hégémonie.

Tout monde est dangereux

États-Unis repliés, Europe en mal de polarité et de plus en plus fragmentée [3], Afrique en voie de dispersion (même l’Afrique du Sud et le Nigeria ne constituent pas des pôles régionaux), pays émergents aux urgences d’abord intérieures, solidarités économiques régionales douteuses… : un monde multipolaire, équilibré et interactif n’est pas près de voir le jour.

De fait, la hiérarchie des puissances, les synergies convergentes et les processus divergents évoluent beaucoup plus vite que les sociétés et la mentalité des hommes. Cette accélération des tendances (la Chine a accompli en trente-quatre petites années des progrès saisissants), ces gradients de puissance si évolutifs, ne doivent jamais être oubliés. Bref, si le monde devient un jour plus multipolaire, ce sera au prix de graves secousses et de grandes surprises. Si l’histoire était linéaire, nous le saurions.

Copyright Janvier 2014-Garcin/Diploweb.com

Thierry Garcin est Chercheur associé à Paris-Descartes, maître de conférences à HEC, producteur délégué à France-Culture. Auteur de Géopolitique de l’Arctique (Economica, 2013) et Les Grandes Questions internationales, (Economica, 2009).

Source : http://www.diploweb.com/Un-monde-multipolaire-vraiment.html

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 14:14

Everyone agrees the world is changing. The question is in which direction? This paper offers an original contribution to the debate on the future shape of the international system. Based on a diagnosis of current developments, it argues that many factors point to the emergence of an ‘interpolar’ world. Interpolarity can be defined as multipolarity in the age of interdependence. The redistribution of power at the global level, leading to a multipolar international system, and deepening interdependence are the two basic dimensions of the transition away from the post-Cold War world. All too often, however, they are treated as separate issues. The real challenge lies in finding a new synthesis between the shifting balance of power and the governance of interdependence.

In the emerging international system, the asymmetric distribution of power assets puts a systemic brake on the unilateral temptations of all powers. Endowment with and access to natural resources and energy becomes central to international affairs, with all major powers expanding their interests, and influence, in every region of the world. The description of a multipolar system captures many dimensions of the emerging international environment. However, emphasis on the relative power of competing actors offers only a partial insight into this new environment. Deepening interdependence is the second basic trend shaping the international system, and provides the new context of power relations. Economic growth, energy security and environmental sustainability are the three interconnected issues at the core of complex interdependence. All major powers are exposed to the unprecedented conjunction of the economic, energy and environmental crises and none of them can successfully confront these challenges on its own.

Both established and emerging powers have a strategic interest in investing in cooperation to place their prosperity and security on firmer grounds. This provides fertile conditions for the emergence of an interpolar world. Interpolarity is interest-based (as it builds on the convergence between the interests of major international actors), problem-driven (as it focuses on the challenges requiring cooperative solutions) and process-oriented. An interpolar system and a multilateral order are compatible, provided that the latter is reformed. This entails, among other measures, strengthening summit diplomacy. It is suggested here that summits such as the G20 or the G8+5 cannot replace the work of traditional multilateral organisations but can fulfil important tasks of confidence building, top-level agenda setting and connecting bilateralism, ‘minilateralism’ and multilateralism. In an interpolar system, where effective cooperation depends on the commitment of major powers among others, these are key functions.

This analysis begs the question of whether the EU will rise to the challenge of steering change, bringing about an interpolar world and promoting effective multilateralism. The EU can showcase considerable achievements, for example in fostering the environmental agenda at the global level. However, as interdependence deepens, competition grows and power shifts, its political cohesion is put to serious test. Whether the Union will shape up to become a central pole of power and cooperation will be decisive for its own future and for the shape of the international system to come. 

Source : http://www.iss.europa.eu/fr/publications/detail-page/article/the-interpolar-world-a-new-scenario/

Read the paper : op79-interpolarity Grévi op79-interpolarity Grévi  

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