Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 13:14

" Slogan qui reprenait une phrase de Georges Marchais, qui m'avait traité d'anarchiste allemand pour faire jouer la phobie antiboche : les étudiants à Nanterre ont crié ce qu'il n'avait pas osé dire: « juif allemand ».
Depuis, l'anathème raciste contre l'enragé est devenu anathème antiraciste. Et ce slogan a servi de support au refus de l'exclusion sous toutes ses formes : « Nous sommes tous des immigrés », « Nous sommes tous des étrangers », « Nous sommes tous des sans-papiers ».
Il traduit une identification d'une partie de la jeunesse avec ceux qui sont en marge de la société. C'est un slogan qui a eu une vie autonome. Il a survécu comme symbole de solidarité. C'est un bon slogan. Il a une puissance émotive très explicite. Il supporte sa propre métamorphose.
Je lui souhaite longue vie. "

(article publié dans le magazine L'Express le 16/04/1998)

 




Repost 0
1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 12:58

Une formule de Maurice Blanchot, placée en épigraphe, donne le ton du livre : "L'antisémitisme reste la faute capitale." Aussi est-il l'interdit qui suscite la pire des accusations, celle qu'on lance pour tuer son adversaire. Si Elisabeth Roudinesco revient aujourd'hui à la "question juive" (en hommage à Jean-Paul Sartre), c'est pour s'insurger contre les abus de langage qui sèment la confusion.

L'historienne souligne les différences entre l'antijudaïsme du Moyen Age et de l'époque moderne et l'antisémitisme enfanté par le XIXe siècle, sans nier que telle notion "antijuive"- comme celle de "pureté du sang", brandie contre les marranes en Espagne - ait pu être un jalon sur la voie conduisant à l'antisémitisme.


Fidèle à l'esprit des Lumières, elle rappelle que l'antijudaïsme de Voltaire et de Diderot s'en prenait à l'obscurantisme religieux au nom de l'émancipation des juifs. C'est avec la même conviction qu'elle réfute les accusations d'antisémitisme souvent portées contre Marx.


Ce que disait l'historienne
Shulamit Volkov à propos de Berlin et de Vienne en 1900 vaut sans doute pour l'Europe entière : l'antisémitisme est alors devenu le code culturel le mieux partagé. L'idée sioniste, conçue par Theodor Herzl et Max Nordau comme une "décolonisation de soi", naît au même moment, venant bouleverser les termes dans lesquels se posait jusqu'alors la "question juive", car elle conduit à distinguer le "juif universel" (dont Freud serait l'un des représentants les plus convaincants) et le "juif de territoire".


Mais sionisme et antisionisme appellent, eux aussi, un travail de redéfinition :
Hannah Arendt, dans son "Réexamen du sionisme" de 1944, opposait deux versions contradictoires du sionisme - l'une progressiste, l'autre nationaliste -, ce qui lui valut d'être considérée comme sioniste par les uns et antisioniste par les autres.


Elisabeth Roudinesco analyse la nouvelle confusion des mots qui empoisonne les débats depuis un bon demi-siècle, surtout depuis la création de l'
Etat d'Israël : comment la critique du sionisme se voit taxer d'antisionisme, comment l'antisionisme, dans certains contextes, finit par se confondre avec l'antisémitisme.


Le temps présent est placé sous le signe de la mémoire de la Shoah. Mais il est dominé aussi par le négationnisme, dont cet ouvrage retrace l'histoire avec précision et objectivité. A la galerie des grands pervers négationnistes, s'ajoute la série consternante de ces cas où l'antisémitisme refoulé revient au galop dans des dérapages discursifs distinguant, par exemple, les juifs des "Français de souche". Décidément, on n'en finit jamais avec la question juive.


Un passage autobiographique du livre est particulièrement réussi. Enseignante de français en Algérie pendant la guerre des Six-Jours (1967), Elisabeth Roudinesco vit les murs de sa salle de classe se couvrir de croix gammées, et passa aux yeux de ses élèves pour une ennemie sioniste. "Ils pensaient que j'étais juive puisque je combattais l'antisémitisme, écrit-elle. Je l'étais bien sûr, mais pas comme ils le croyaient. Je l'étais au sens de la judéité et non du judaïsme."


Le dernier chapitre de cet essai, qui ne vaudra pas que des amis à son auteur, est une critique sévère des "inquisiteurs" et "procureurs" qui voient l'antisémitisme là où il n'est pas. Voilà un livre érudit et courageux, qui préfère le combat rationnel aux vaines polémiques.


RETOUR SUR LA QUESTION JUIVE d'Elisabeth Roudinesco. Albin Michel, "Bibliothèque Idées", 322 p., 20 €.

Elisabeth Roudinesco collabore au "Monde des livres". Son Histoire de la psychanalyse en France et sa biographie de Jacques Lacan reparaissent dans une édition de poche, révisée et augmentée ("La Pochothèque", 2 118 p., 26 €)

 

Repost 0
1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 05:33

 La France et l'Allemagne proposent une réunion pour harmoniser les positions de l'Union européenne sur la régulation des marchés financiers avant le sommet du G20, a annoncé lundi la chancelière Angela Merkel.


Les deux pays vont adresser une lettre à la présidence suédoise de l'UE pour parvenir à des positions européennes communes avant le sommet des 24 et 25 septembre à Pittsburgh (Etats-Unis), a annoncé Mme Merkel au cours d'une conférence de presse commune avec le président français Nicolas Sarkozy.


Ce dernier a ajouté que la date envisagée pour cette réunion était le 17 septembre.


La chancelière a insisté pour que les décisions prises au dernier sommet du G20 à Londres soient appliquées "complètement".


Paris et Berlin veulent limiter les bonus des banquiers et obliger les banques à augmenter leurs fonds propres pour limiter les risques qu'elles peuvent prendre, a expliqué Mme Merkel. "Aucune banque ne doit devenir tellement importante qu'elle puisse faire chanter les gouvernements", a-t-elle insisté.


M. Sarkozy, qui a pris l'initiative pour limiter les bonus, a ajouté qu'il appuyait les efforts de Berlin pour parvenir à une augmentation des fonds propres des banques. "C'est une initiative que la France soutient", a-t-il dit.


" Nous savons que l'ordre du jour (pour le sommet du G20) est en cours de préparation, mais il n'est pas sûr qu'il débouche sur les résultats escomptés ", a déclaré Mme Merkel.


" C'est pourquoi la France et l'Allemagne sont convenues de prendre une initiative commune... pour parvenir à une position européenne commune pour le sommet à Pittsburgh ", a-t-elle ajouté.

Repost 0
Published by Patrice Cardot - dans La France et ses partenaires
commenter cet article
31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 23:21

 

 

Messieurs les Premiers Ministres,

Mesdames, Messieurs,


Je vous remercie d’avoir accepté de faire partie de cette commission, qui réfléchira sur les priorités
d’investissement de notre pays en vue de l’emprunt national.

J’ai souhaité en inaugurer les travaux moi-même, à l’Élysée, car il n’est pas de mission plus difficile et plus importante que celle qui sera la vôtre durant les deux mois qui viennent.

Vos travaux orienteront l’utilisation d’un emprunt qui sera pour la Nation un engagement financier important mais indispensable. Depuis des années, notre pays n’a pas assez investi dans l’avenir. Il s’est laissé entraîner vers les dépenses du court terme au détriment de sa capacité à préparer le long terme. Dans la recherche difficile d’un meilleur équilibre de ses finances publiques il a trop souvent sacrifié l’investissement sans remettre suffisamment en cause les dépenses courantes. Il a trop négligé cette réalité que l’investissement fait la création de richesses de demain et par conséquent les recettes de demain. Jean MONNET, qui a inspiré la reconstruction si réussie de la France d’après guère, avait fait le constat que « les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ne voient la nécessité que dans la crise ». La nécessité est là, aujourd’hui, après la plus grave crise économique depuis la guerre, d’engager résolument les investissements stratégiques trop longtemps différés.

Il s’agit de définir des priorités stratégiques. Je dis bien des priorités stratégiques car nous ne pouvons tout faire et plus que tout autre j’ai conscience que notre dette ne peut s’alourdir qu’au profit de ce qui est vraiment essentiel pour l’avenir de notre pays. Pour cette mission, j’ai souhaité faire appel à deux hommes ayant l’expérience des plus hautes responsabilités gouvernementales, deux hommes d’un grand talent et d’une grande hauteur de vues, incarnant les deux grandes familles de pensée politique de notre pays. Je remercie beaucoup ces deux anciens Premiers ministres, Michel ROCARD et Alain JUPPE, d’avoir accepté de travailler ensemble à cette réflexion stratégique.

Je voudrais aussi les féliciter d’avoir rassemblé autour d’eux une commission aussi diverse par ses domaines d’expertise qu’homogène dans sa qualité. Ce rassemblement de scientifiques, d’industriels, d’économistes, de syndicalistes et d’universitaires de grand renom et d’horizons différents est pour moi le gage que vos travaux seront imprégnés d’une grande ouverture d’esprit et qu’aucune voie ne restera inexplorée.

Je vous demanderai à tous de projeter votre réflexion au-delà de l’horizon de la crise. Nous percevons aujourd’hui des signes encourageants, fruits d’une réaction massive et collective des gouvernements, à laquelle la France a pris plus que sa part. Mais les incertitudes sont encore trop grandes pour déclarer la fin de la crise, et il n’y aura au demeurant pour moi de fin de la crise que lorsque le chômage décroîtra à nouveau. Mais les signaux positifs nous appellent à penser dès à présent l’après-crise. J’ai orienté le plan de relance vers l’investissement, mais vers les investissements les plus rapides à réaliser dans l’urgence, pour soutenir la conjoncture. Votre réflexion doit maintenant se tourner vers les investissements les plus utiles dans une vision de long terme.

Depuis 2007, de grandes orientations ont déjà été définies, en particulier dans l’énergie et les transports, pour tourner notre pays vers la croissance verte. Les infrastructures de transport ont déjà fait l’objet d’une programmation ambitieuse à l’issue du Grenelle de l’environnement. Pour l’énergie, la programmation pluriannuelle présentée en juin au Parlement a déjà dessiné des perspectives très claires pour le développement des énergies renouvelables et la modernisation de notre parc nucléaire.

Mais notre pays a d’autres défis majeurs à relever pour l’avenir. Je vous en citerai trois, sans prétendre être exhaustif.

Le défi de l’économie de la connaissance, avant tout. Sur une planète mondialisée, sur une planète où les emplois non qualifiés sont l’objet d’une concurrence intense, un pays comme la France ne gardera son niveau de vie et sa cohésion sociale qu’en élevant son niveau général de qualification. Il ne devra sa richesse dans la durée qu’à un enseignement supérieur de haute qualité, fonctionnant en osmose avec la recherche, soucieux aussi bien de son excellence académique que de l’insertion professionnelle de ses diplômés. Le coeur de ce système, ce sont des écoles et surtout des universités que nous avons rénovées en profondeur. Elles doivent avoir les ressources propres qui seront le socle véritable de leur autonomie.

Le défi de la compétitivité de nos entreprises. Comment avons-nous pu en quelques années laisser baisser d’un quart notre part des exportations européennes ? Comment ne pouvons-nous n’avoir en France que 400 entreprises moyennes indépendantes qui innovent et exportent, soit quatre par département ? Nous travaillons depuis deux ans à soutenir massivement l’innovation avec le crédit impôt recherche, à réduire les charges sur la production, c'est-à-dire la taxe professionnelle, à trouver un nouveau financement des fonds propres avec le fléchage de l’ISF vers l’investissement dans les PME. Mais le renforcement des entreprises innovantes et exportatrices et en particulier de leurs fonds propres est plus stratégique que jamais au moment où elles émergent d’une crise exceptionnelle.

Le défi des équipements industriels innovants. Notre pays a un besoin urgent d’une réflexion sur le soutien aux investissements industriels stratégiques, scientifiques et technologiques, qui posent les bases des filières de demain. En matière de politique industrielle, je n’ai pas plus d’idéologie qu’en matière économique. Je crois à une vision ascendante, celle des pôles de compétitivité, qui définissent des projets sur le terrain que nous devons soutenir, y compris et surtout quand ils sont grands et ambitieux. Mais je crois aussi à la nécessité d’identifier depuis le niveau national quelques domaines majeurs, par exemple le nouvel enjeu de la croissance verte, qui requièrent la mise en cohérence des investissements publics, des achats publics, du soutien aux entreprises et de la réglementation.

Il y a quarante ans, notre pays l’a fait avec l’espace, le nucléaire ou l’équipement téléphonique du territoire. Ces nouveaux champs sont-ils aujourd’hui l’énergie solaire, les énergies marines, la fibre optique, les nanotechnologies, le stockage de l’énergie électrique, les biotechnologies ? C’est à vous d’y réfléchir, en fonction d’une appréciation objective des perspectives de ces secteurs, et du potentiel de la France à s’y imposer et y créer des emplois. C’est à vous de nous proposer les investissements appropriés pour s’y attaquer.

Je ne bornerai pas la liberté de votre réflexion à un cadre budgétaire précis. Le montant de l’emprunt national dépendra des besoins que vous allez identifier, et de la capacité d’endettement que nous aurons. Il n’y aura donc dans vos travaux d’autre limite que celle de l’utilité et de la pertinence des investissements à engager. Nombre d’entre eux, je le précise d’ailleurs, peuvent dégager des revenus financiers qui permettront de rembourser l’emprunt ou d’y associer des investisseurs privés.

La finalité ultime de ces investissements, c’est de répondre aux besoins de la France de demain. Le besoin d’avoir une activité économique suffisante, bien positionnée dans la mondialisation, qui assure aux Français un emploi, du pouvoir d’achat, et le financement de la protection sociale. Le besoin de s’adapter aux évolutions de fond qui peuvent déstabiliser la société que nous connaissons.

Plusieurs de ces tendances sont identifiées dès aujourd’hui et nous n’avons aucune excuse pour ne pas nous y préparer : le vieillissement de la population, le changement climatique, et l’épuisement des ressources naturelles, notamment le pétrole. Ce sont trois menaces que notre génération n’a pas connues et qui peuvent dégrader gravement nos conditions de vie si nous ne sommes pas prêts à y répondre. Ne serait-ce que pour conserver le niveau de vie des Français d’aujourd’hui, une action résolue est déjà nécessaire.

Mais cela ne suffit pas. Il y a encore trop de pauvreté, trop de chômage, de mal logés, trop peu de pouvoir d’achat dans notre pays. Nous pouvons et nous devons faire mieux. Nous devons accomplir la promesse que chaque génération a toujours faite à la suivante d’avoir un sort meilleur que le sien. Nos enfants ne doivent pas se retourner vers nous et nous accuser d’avoir vécu et dormi sur l’héritage des trente glorieuses sans nous donner le mal de penser au lendemain. Nous devons nous donner les moyens, dans un environnement qui sera demain, je le dis clairement, plus dur qu’aujourd’hui, non seulement de maintenir, mais d’améliorer encore notre société, ce qui commence par le volume et la qualité des biens et des services produits dans notre pays.

Voilà la mission historique qui est la vôtre. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la réaction instantanée de l’opinion ou de la presse. C’est que dans vingt ans, dans trente ans, on relise encore les conclusions de votre commission et qu’on les trouve d’actualité. Qu’on y trouve, avec le recul, le germe des projets qui auront depuis grandi, et conservé à la France son rang, sa prospérité et sa cohésion sociale. Qu’on y lise une vision, et la voie concrète de sa réalisation.

Vous l’aurez compris, j’attends beaucoup de votre réflexion et je suis impatient, comme l’est l’ensemble du pays, d’en entendre les conclusions. Je vous donne rendez-vous au mois de novembre pour une réunion de travail approfondie à l’issue de vos travaux.

Nous consulterons aussi l’ensemble des composantes de la société française et ses représentants, les parlementaires, les représentants des entreprises et des salariés, les acteurs des grands domaines d’avenir. Tous seront écoutés et entendus, mais je voudrais être clair dès aujourd’hui : nous ne pourrons pas tout faire. Chaque euro investi doit impérativement apporter à notre pays plus qu’il ne lui coûte. Il n’y a pas de place pour des dépenses de circonstance, des impératifs à courte vue, ou des palliatifs trompeurs destinés à différer les choix difficiles plutôt qu’à préparer lucidement l’avenir.

Nous ferons donc des choix, nous déterminerons des priorités qui ne seront pas la simple addition des souhaits de chacun. Et nous avons pour cela besoin que votre commission n’ait pas peur de proposer de véritables choix. Nous attendons de vous une stratégie cohérente et bien identifiée.

Comme vous le savez, depuis l’étranger, on prête à notre pays beaucoup de défauts, parfois à juste titre. Mais grâce à nos prédécesseurs, on lui reconnaît souvent une qualité : celle de savoir choisir, à l’échelle nationale, des investissements d’avenir et de les mener à bien. C’est une de nos forces. C’est à nous, grâce à votre travail, d’être dignes aujourd’hui de cette réputation.

Je vous remercie et vous souhaite bon courage dans vos travaux.

Repost 0
31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 11:05

(Pour la première partie de ce discours : Discours de M. le Président de la République, Nicolas Sarkozy, lors de la XVIIème Conférence des Ambassadeurs (Palais de l'Elysée – 26 août 2009) - Première partie - )

... / ...

Notre monde a besoin des Nations unies ; mais pour que les Nations unies conservent leur légitimité universelle, il faut que les Nations unies n’aient pas peur de réformer. Cela vaut notamment, fut-ce à titre provisoire, pour le Conseil de Sécurité et le nombre de ses membres permanents. Avec le Royaume uni, nous plaidons pour une réforme intérimaire du Conseil de Sécurité. Pas un pays d’Afrique membre permanent, alors que l’Afrique compte un milliard habitants ! On ne peut pas en rester à la grille de lecture du lendemain de la Seconde Guerre mondiale ! Il y a quand même un certain nombre de choses qui se sont passées depuis 60 ans et la légitimité – je l’ai dit au Secrétaire général BAN Ki Moon des Nations unies – tient à l’élargissement du Conseil de Sécurité et du nombre des membres permanents. La France n’a rien à craindre, rien. La France doit être le moteur de cette réforme et la réforme, on doit la conduire maintenant. Tout le monde connaît les éléments du compromis.

Réforme du Conseil de Sécurité, mais aussi réforme du FMI où les droits de vote ne correspondent plus à la réalité monétaire, financière, économique et politique d’aujourd’hui. Réforme de la Banque mondiale : en 2011, ces réformes doivent être terminées et je suis très heureux que le G14 ait décidé de s’atteler à celle des Nations Unies.

Sur proposition de la France, un partenariat mondial pour l’alimentation et l’agriculture a été adopté l’an dernier. Encore faut-il que la FAO, le PAM, le FIDA, la Banque Mondiale et les banques régionales de développement, se mobilisent dans une démarche cohérente et coordonnée. C’est totalement schizophrénique ce qui se passe ! Entre ce que l’on dit à l’OMC : la concurrence à tout prix, mettons fin au soutien à l’agriculture, et ce que l’on dit au FAO : davantage d’agriculture ! Qui peut comprendre ? Ce sont les mêmes Etats participants, le message est contradictoire. Est-ce qu’il ne serait pas temps d’envoyer un message cohérent ?

La multiplication des organisations internationales est en soi un vrai problème. Le domaine de l’environnement l’illustre jusqu’à la caricature. A chaque accord sectoriel, son organe de suivi et de vérification. Exemple : admettons que nous ayons un succès à Copenhague, qui va appliquer les conclusions de Copenhague ? Ce n’est pas une petite question. Eh bien, la France demande la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement, clef de voute qui aura vocation à fédérer des outils aujourd’hui dispersés. Copenhague devrait donner une impulsion décisive à sa création et cette Organisation Mondiale de l’Environnement aurait vocation à assurer le suivi de Copenhague pour les 192 Etats membres de la communauté internationale.

Il est enfin un dernier sujet de gouvernance qui me tient à coeur, l’OIT. Les mêmes 192 Etats adoptent dans chaque organisation internationale des règles sans jamais se soucier d’une vision d’ensemble. La France propose que l’OIT, et demain l’Organisation Mondiale de l’Environnement, aient leur mot à dire auprès de l’OMC, du FMI et de la Banque Mondiale dès lors que seraient en cause les huit normes fondamentales du travail ou des clauses essentielles des accords sur le climat. Si le principe d’ajustement aux frontières était décidé à Copenhague, sa mise en oeuvre devrait être assurée en bonne coopération entre l’OMC et la future Organisation Mondiale de l’Environnement.

L’OIT, organisation mondiale, a édicté huit règles fondamentales en matière de respect du droit du travail : on ne fait pas travailler les prisonniers, on ne fait pas travailler les enfants… Eh bien je demande que le FMI ne donne pas d’argent si ces règles ne sont pas respectées et je ne vois pas au nom de quoi, lorsque le FMI aide un pays, il ne se préoccupe que des équilibres budgétaires du pays et pas du respect de normes sociales fondamentales. Comprenez-moi : il ne s’agit pas de plaider pour un modèle social unique qui n’aurait aucun sens, mais si ce sont des normes, si elles sont fondamentales, si elles ont été reconnues par l’OIT, pourquoi ne pas en tenir compte lorsqu’il s’agit d’apporter une aide financière ?

De la même façon, s’agissant de l’OMC, c’est bel et bon de parler de la lutte contre le protectionnisme ; naturellement, nous la soutenons ; mais quand il y a un contentieux entre deux pays, ce n’est pas le seul droit du commerce qui doit prévaloir. Les obligations prises devant l’Organisation Mondiale de l’Environnement doivent rentrer en ligne de compte sous la forme d’une question préjudicielle, parce que la concurrence, doit une concurrence loyale. Comment voulez-vous que nous, en Europe, nous imposions à nos entreprises des règles de protection de l’environnement si nous continuons à importer des produits fabriqués par des pays qui n’en respectent aucune et qui iront devant l’OMC en disant : attention, protectionnisme ?

L’Organisation Mondiale du Commerce ne doit pas se déterminer sur les seuls critères du commerce mondial. Il existe des normes sociales fondamentales que la France n’a pas inventées : ce sont celles définies pas l’OIT, et des normes environnementales qui seront définies, à la suite de Copenhague, par l’Organisation Mondiale de l’Environnement. C’est cela la nouvelle gouvernance mondiale : on mettra fin à une forme de schizophrénie de la communauté internationale, on corrigera les excès de la « marchandisation du monde » en plaçant sur un pied d’égalité le droit du travail, le droit de l’environnement et le droit du commerce. Ce qui a été possible pour le droit du commerce, je ne vois pas pourquoi ce serait impossible pour le droit social ou pour le droit de l’environnement.

Alors bien sûr, comme devant chaque idée neuve, les résistances seront fortes. Mais la crise actuelle, impose de repenser en profondeur une mondialisation dévoyée, pour une raison simple : le marché mondial existe alors que la réglementation mondiale n’existe pas. Il y a donc un décalage et c’est ce décalage qu’il convient de combler.

En 1945, les dirigeants de l’époque ont su, sur les ruines de la deuxième guerre mondiale, bâtir les Nations Unies, le FMI, la Banque Mondiale, Bretton-Woods. Aujourd’hui, le défi est plus lourd, plus complexe mais nous ne devons pas nous contenter de demi-mesures. Nous ne devons pas nous arrêter en chemin.

Je remercie Bernard KOUCHNER de son engagement de chaque jour au service de notre politique étrangère. Je salue sa volonté de réforme du ministère. Je sais qu’aujourd’hui il s’attaque au chantier de l’action culturelle extérieure. Il a raison. Il peut compter sur ma confiance et mon amitié, car il faut bouger les choses. Pas dans le seul but de bouger, mais on est dans un monde qui bouge, on ne peut pas rester immobile. C’est impossible et le choix le plus prudent, c’est le choix de la réforme. Le choix le plus risqué, c’est le choix de l’immobilisme. Je remercie Bernard KOUCHNER d’avoir placé tous les sujets que je viens d’évoquer au coeur de votre conférence.

Naturellement, nous sommes aussi confrontés à un certain nombre de crises et il ne s’agit pas de les passer toutes en revue.

Je voudrais cependant dire un mot du conflit du Proche-Orient. Je conteste l’idée que ce serait un conflit régional. Ce conflit concerne le monde entier et il est temps de régler ce conflit. Chacun connaît parfaitement les paramètres de la paix et le chemin qui y conduit est balisé. Là aussi, il ne faut plus attendre. Attendre quoi ? Plus de morts ? Plus de souffrance ? Qui pourrait dire, ici comme ailleurs, que dans quelques années la solution sera plus simple ? Et est-ce que l’on n’a pas suffisamment attendu ?

Je recevrai début septembre le Président Mahmoud ABBAS pour l’encourager à accélérer la rénovation des structures qui, demain, seront en charge de l’Etat palestinien. Parce que la France soutient la création d’un État palestinien. C’est un élément fort de la politique française et sur lequel nous ne reviendrons pas. Et je souhaite que la rencontre, aujourd’hui même, entre le Premier Ministre d’Israël et l’envoyé du Président des Etats-Unis débouche. Débouche sur quoi ? Chacun connaît mon amitié pour Israël, et je le dis comme je le pense : débouche sur un gel précis et complet de la colonisation. Les vrais amis d’Israël doivent lui dire la vérité. La vérité, c’est qu’il n’y aura pas de paix avec la poursuite de la colonisation. Alors cela peut plaire ou ne pas plaire, mais quand on est un ami, on est un ami exigeant et un ami franc. Israël n’est pas seul. Nous n’accepterons pas que sa sécurité soit mise en cause, mais nous avons aussi le droit de dire que c’est une erreur de penser qu’on peut continuer un processus de colonisation et espérer la paix. Et là aussi, tout ceci doit être fait sans ambigüité.

Si des progrès sur l’arrêt de la colonisation sont faits, la France et l’Egypte, en accord avec la Présidence suédoise de l’Union Européenne et en concertation avec les Etats-Unis, proposerons à tous les pays membres de l’Union pour la Méditerranée, de tenir cet automne un deuxième sommet qui accompagnerait la reprise des négociations de paix dans leurs trois volets.

La France, qui a renoué une relation constructive avec Damas, est prête à apporter son concours aux discussions entre la Syrie et Israël si les deux parties confirmaient leur souhait à cet égard. Au Liban, où le chemin parcouru depuis 18 mois est porteur d’espoir, la France appelle à la constitution rapide d’un gouvernement d’union nationale efficace.

Le temps n’est pas notre allié non plus dans les deux crises de prolifération nucléaire et balistique : l’Iran et la Corée du Nord. Elles se développent sous nos yeux, jour après jour, et si nous n’agissons pas, d’autres risquent de suivre. On ne pourra pas dire que nous n’étions pas prévenus !

En Iran en particulier, la crise politique a fait oublier que pendant la répression, la prolifération continue : il y a toujours plus de nucléaire militaire, toujours plus de tests de missiles, et il n’y a jamais eu aussi peu de négociation.

Ce sont les mêmes dirigeants, en Iran, qui nous disent que le programme nucléaire est pacifique et que les élections ont été honnêtes. Qui peut les croire ?

Le choix des dirigeants, c’est la responsabilité du peuple iranien. Mais empêcher la prolifération, c’est la nôtre. Le Président OBAMA a pris la décision juste de tendre la main et de se joindre aux Européens, aux Russes et aux Chinois. Les six sont prêts à s’asseoir demain autour de la table. Mais pour cela, il faut un interlocuteur qui soit prêt à négocier sérieusement. Or aujourd’hui, disons les choses telles qu’elles sont, avec la même franchise, car on ne peut pas être franc avec les uns et hypocrite avec les autres, nous n’avons reçu aucune réponse positive à nos propositions. Aucune.

Nous ferons le bilan d’ici fin septembre, puisque nous serons tous à New York fin septembre. Et si l’Iran ne change pas de politique, la question du renforcement très substantiel des sanctions sera clairement posée.

La France soutiendra des sanctions économiques sévères, à la hauteur de l’enjeu, au Conseil de sécurité et au Conseil européen. Et la France proposera de doter l’AIEA de pouvoirs d’inspection renforcés pour des situations de ce type. On n’a pas le droit de se taire devant la crise qui s’organise.

Je tiens à saluer ici notre Ambassadeur en Iran, Bernard POLETTI, que j’ai élevé à la dignité d’Ambassadeur de France. Il fait honneur à la France par son courage, par l’acuité de ses analyses, par la défense vigoureuse de nos intérêts et de nos compatriotes. Je pense à la scandaleuse prise d’otage de deux de nos compatriotes, car, s’agissant de l’une des deux, pour moi être binationale, c’est être français.

Le temps qui passe n’est pas non plus notre allié face au terrorisme international.

En Afghanistan, je partage l’analyse de Bernard KOUCHNER : la campagne électorale s’est bien déroulée, en dépit des pires menaces. En votant, les Afghans ont dit non à la barbarie et au terrorisme.

Aller voter, c’est aller mettre votre doigt dans l’encre indélébile quand des gens à longueur de journée vous disent que ceux qui auront de l’encre sur les doigts, on leur coupera la main…Et les talibans sont crédibles quand ils disent cela compte tenu de ce qu’est leur bilan. Et malgré cela, des millions de gens se sont rendus aux urnes. Ils méritent qu’on les aide. Dans l’attente des résultats, la France appelle les candidats et leurs partisans à faire preuve d’un très grand sens des responsabilités.

Imaginons, ce que signifierait le départ de la France ou des alliés : la constitution d’un véritable Etat terroriste, à côté du Pakistan qui a l’arme nucléaire et compte près de 200 millions d’habitants. Est-ce cela que le monde veut ? En tout cas, ce n’est pas ce que veut la France. Bien sûr, qu’il y a bien des choses à changer, à faire évoluer, bien des problèmes. Mais, les valeurs de la France la conduise à aider les gens qui veulent la dignité de la femme, qui veulent la liberté et qui cheminent, si douloureusement quand on connaît ce pays, vers cet objectif. On n’a pas le droit d’être faible face à la menace.

La France restera fermement engagée, avec ses Alliés, aux côtés du peuple afghan. Elle achèvera cette année le transfert des responsabilités de sécurité de la région Centre aux autorités afghanes. Elle concentrera des moyens civils et militaires dans les districts de l’Est, avec pour objectif de les tabiliser en deux ans.

Nous voulons travailler la main dans la main avec la société civile afghane : j’inviterai dans les prochains mois des femmes afghanes engagées dans la reconstruction de leur pays pour qu’elles viennent témoigner et recevoir le soutien des Français.

Nous nous mobiliserons aussi pour soutenir l’Afrique face à la menace croissante d’Al Qaïda, que ce soit au Sahel ou en Somalie. Alain JOYANDET le sait mieux que moi ce qui vient de se passer ces derniers mois, notamment au Mali, au Niger et en Mauritanie est un signal clair, très clair. La France ne laissera pas Al Qaïda installer un sanctuaire à notre porte, en Afrique. Là aussi, le message doit bien être reçu.


Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,


2010 sera une année importante pour la relation entre l’Afrique et la France : 14 anciennes colonies
françaises célèbreront le cinquantième anniversaire de leur indépendance. Ce sera donc une année dédiée à la fidélité dans l’amitié et la solidarité. Et je souhaite que 2010 signale aussi l’achèvement d’une rénovation profonde de nos relations avec le continent africain.

Deux temps forts marqueront à la fois cette fidélité et ce renouveau.

Le Sommet Afrique-France qui se tiendra au début de l’année en Egypte. Je souhaite que soient étroitement associés à sa préparation les acteurs non gouvernementaux. Le Sommet proprement dit étant la composante officielle d’un processus plus large sur lequel Bernard KOUCHNER et Alain JOYANDET travaillent.

Le 14 juillet verra défiler sur les Champs-Elysées des contingents des anciens territoires de l’Afrique sub-saharienne qui ont contribué à la libération de notre pays lors des deux conflits mondiaux. Tous les Chefs d’Etat concernés seront conviés. La France sait ce qu’elle doit à l’Afrique : elle lui exprimera sa gratitude. Et cette manifestation sera également tournée vers l’avenir. A la fin de cette année, les accords de défense qui nous lient à huit pays africains auront tous été renégociés dans une perspective radicalement nouvelle : la France conçoit son rôle comme un appui à la création de forces

africaines capables d’assurer collectivement la sécurité de leur continent, dans le cadre de l’initiative de défense de l’Union africaine.

Les instruments de notre présence économique, eux aussi, seront profondément rénovés, dans un contexte d’accentuation de notre effort d’aide publique : malgré la crise, notre aide passera de 0,38% en 2007 à 0,44% de notre PIB en 2009. 60% de ce total ira à l’Afrique. 12 km séparent l’Afrique de l’Europe ! Nous ne pouvons pas laisser tomber l’Afrique !

A ma demande, l’Agence Française de Développement a créé un fonds de soutien à l’initiative privée à hauteur de 2,5 milliards d’euros sur cinq ans. Le secteur privé doit répondre à tout ceci. Et ce sera la meilleure réponse aux soupçons injustes mais trop répandus d’exploitation à leur seul profit des ressources africaines.

Ce n’est pas si simple de rénover nos relations avec l’Afrique. Et je mets au défi quiconque de m’expliquer qu’on peut le faire d’un coup de baguette magique. Si on ne s’occupe pas de l’Afrique, on est irresponsable car on ne prépare pas l’avenir et on est accusé de se désintéresser du continent. Si on s’en occupe, on est très facilement accusé d’ingérence. Mais ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il ne faut pas le faire. Il faut le faire. L’avenir de l’Europe se joue en partie aussi en Afrique ?

Cela veut dire aussi, en Afrique, travailler avec de nouveaux partenaires : l’Afrique du Sud, l’Angola, le Nigéria. Ce n’est pas parce que ce ne sont pas des pays qui ont connu la colonisation française que nous devons nous interdire de dialoguer avec eux et même d’avoir un partenariat stratégique avec eux.

Pour piloter cette année exceptionnelle, j’ai demandé à Jacques TOUBON d’animer une structure interministérielle.

Par ailleurs, j’ai choisi Jean-Pierre RAFFARIN pour être mon représentant personnel auprès de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Il préparera, avec l’autorité et la passion que chacun lui connaît, le prochain sommet, autre temps fort de l’année 2010.

*

*   *

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,


Depuis son origine, l’humanité n’évolue pas de façon linéaire, de progrès en progrès. Elle évolue avec
des moments de pause, voire de régression, avant de repartir de l’avant. Toutes les civilisations ont connu des phases de régression ; certaines ont même disparu.

La nouveauté radicale de notre époque est que, malgré les traditions et les cultures différentes, malgré les réaffirmations identitaires, le monde a fait son unité, notre humanité est désormais une. Les menaces auxquelles elle est confrontée sont globales. Les réponses seront globales.

Les questions posées aux dirigeants de notre temps sont lourdes : saurons-nous, ensemble, apporter les réponses nécessaires pour éviter des régressions qui seraient fatales et poursuivre la marche en avant de l’humanité ? Saurons-nous éviter un choc des civilisations et des religions en réglant les crises régionales ? Saurons-nous réformer le seul système économique efficace, le capitalisme, en prenant toutes les décisions nécessaires ? Saurons-nous faire les choix qui s’imposent d’urgence pour limiter le réchauffement climatique ?

Nous disposons des concours diplomatiques, des outils techniques et scientifiques, nous disposons de moyens économiques et financiers, mais tout dépend de notre volonté. Tout repose sur la sagesse et la volonté collective des dirigeants du nouveau concert des nations, celui des puissances relatives du XXIème siècle.
D’une certaine façon, à l’échelle de notre continent, la construction européenne a montré le chemin : après deux guerres mondiales qui ont conduit notre civilisation au bord d’un suicide collectif, des dirigeants visionnaires ont su, il y a 50 ans, montrer à leurs peuples qu’un avenir partagé était possible.

C’est exactement la même démarche qui doit être proposée au monde. Il n’y a pas d’autre chemin vers un avenir meilleur. Le temps des décisions et de l’action, ce n’est pas pour demain, c’est pour aujourd’hui. Et avec le Premier ministre François FILLON, avec Bernard KOUCHNER, avec Pierre LELLOUCHE, avec Alain JOYANDET, voilà ce que sera notre feuille de route internationale.

J’espère de tout coeur que nos compatriotes comprendront que la séparation entre ce qui est national et ce qui est international n’existe plus dans le monde globalisé qui est le nôtre. Je ne m’abriterai jamais derrière cette réalité pour attendre que les autres avancent. Nous allons avancer pour montrer le chemin, pour entrainer l’ensemble des autres derrière les valeurs, les idées, les convictions qui sont celles de la France. La France ne veut donner de leçon à personne, mais la France a des responsabilités par sa puissance économique, par son histoire.

C’est une période passionnante que ce début du XXIème siècle : il faut réinventer la pensée, il faut réinventer l’action, ne pas se contenter de plaquer des schémas idéologiques commodes. Le XXème siècle a été embarrassé de ces idéologies qui ont conduit à des dizaines, des centaines de millions de morts. Faisons du XXIème siècle, le siècle du pragmatisme, de la bonne volonté entre les peuples et de la conviction que l’humanité ne peut s’en sortir que par un sursaut collectif. Ce sera le message de la France, nous ferons tout pour qu’il soit entendu.

Je vous remercie.

Repost 0
31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 11:02

Monsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères et Européennes,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,


Le 15 septembre 2008, un an après le début de la crise des « subprimes », le monde entier a été projeté
au bord du précipice par la décision des autorités américaines de laisser tomber la banque Lehman Brothers. Une décision, je le rappelle, prise alors sans aucune concertation avec les principaux partenaires des Etats-Unis.

Ce jour-là, le monde a constaté qu’une dérégulation sans fin, aveuglément confiante dans l’esprit de responsabilité des acteurs financiers, avait conduit à une irresponsabilité généralisée devant l’appât irrésistible du gain rapide.

Ce jour-là, le monde a constaté qu’une certaine forme de capitalisme fondée sur la spéculation, sur la concurrence sans limite entre les places financières, menaçait de mort l’économie réelle.

Ce jour-là a marqué la fin d’une mondialisation où les acteurs du marché imposaient leur loi, où tout était devenu objet de spéculation, où les prix du pétrole et du blé, comme les valeurs boursières, pouvaient doubler ou tripler en quelques mois avant de s’effondrer. Pour des raisons d’ailleurs tout aussi mystérieuses que ce qui les avait fait monter.

Ce jour-là, les Etats se sont retrouvés seuls, absolument seuls, face à leurs responsabilités.

Seuls les Etats pouvaient arrêter la panique, restaurer la confiance.

Eux seuls pouvaient empêcher, par leurs interventions, que la réaction en chaîne n’emporte, d’un bout à l’autre de la planète, dans une débâcle absolument sans précédent, l’épargne et le travail de dizaines, voire de centaines de millions de femmes et d’hommes.

Ce jour-là, les Etats ont constaté qu’ils devaient impérativement travailler ensemble et qu’il n’y aurait de salut que collectif.

Je n’oublierai jamais les nuits blanches où l’on devait trouver, avant l’ouverture des marchés, des dizaines de milliards pour sauver telle banque ou tel pays de l’effondrement.

Je n’accepterai pas que ceux qui nous ont plongés dans la crise la plus grave depuis 1930 soient autorisés à recommencer comme avant. La France ne l’acceptera pas. Chacun devra prendre ses responsabilités et mettre ses actes en accord avec ses propos.

Face à la tentation du sauve-qui-peut, du chacun pour soi, à la tentation du retour, au protectionnisme, dès le 23 septembre 2008, à la tribune des Nations Unies, au nom de l’Europe, j’ai proposé la tenue d’un sommet des principaux dirigeants mondiaux. Cinq semaines plus tard, c’était le sommet de Washington ; cinq mois plus tard, c’était le sommet de Londres ; et fin septembre, ce sera Pittsburgh.

De premiers progrès, impensables il y a un an, ont été obtenus, notamment sur les paradis fiscaux, appelés « places non coopératives », puisque le mot même « paradis fiscal » était interdit dans les cercles diplomatiques internationaux. A Washington, la France avait été absolument la seule à se battre sur ce sujet ; à Londres, avec le soutien de la Chancelière MERKEL nous avons arraché la publication d’une liste ; depuis, les avancées sont spectaculaires : c’est la fin du secret bancaire !

Quand je vois l’enthousiasme d’une grande banque suisse à livrer au fisc américain plusieurs milliers de ses clients fraudeurs, je me dis que le monde à bien changé. Et naturellement la France en tirera toutes les conséquences s’agissant de ses propres fraudeurs. Ces avancées devront être complétées à Pittsburgh par l’adoption d’une liste complète de contre-mesures, à appliquer dès 2010, à l’encontre de ceux qui ne coopéreraient pas complètement.

Beaucoup reste à faire pour que la finance, qui est à l’origine de cette crise, soit désormais au service de l’investissement et de la croissance. Je veux parler du scandale des bonus. Car c’est bien d’un scandale dont il s’agit. A Londres, nous avons édicté des principes. Ces principes seront appliqués et renforcés. Que ceux qui s’imaginent qu’ils pourraient reprendre leurs affaires comme avant la crise sachent qu’ils en seront pour leurs frais ! Que les choses soient très claires, comme cela, il n’y aura pas de surprise !

La France appliquera sans attendre les règles les plus strictes qui existent sur le domaine international en matière de bonus, sans attendre que les autres les appliquent. Le rôle de la France, c’est d’être en initiative et pas de subir. C’est trop facile, alors que tant de gens souffrent, de dire « on attend que les autres bougent pour bouger ». Et l’on fait comme d’habitude, on ne fait qu’attendre, puisque que par construction les autres ne bougeront pas si nous nous ne bougeons pas. A Pittsburgh se jouera une partie décisive. La France dira à ses partenaires: « Voilà non pas ce que nous nous apprêtons à faire, mais voilà ce que nous avons décidé de faire ». Si un partenaire est en désaccord avec nous, qu’il le

dise devant le tribunal de l’opinion publique internationale et devant le tribunal de sa propre opinion.

Et d’ici là, avec le Premier ministre, nous avons demandé à Christine LAGARDE de plaider dans la presse internationale pour que les mesures que nous avons adoptées en France soient soumises au débat devant les opinions publiques des autres pays. La France mettra sur la table une initiative internationale, à Pittsburgh, pour appliquer dans les pays du G20 les règles de transparence, de gouvernance, de responsabilité qui sont désormais les règles de la place de Paris. Nous proposerons de renforcer les sanctions à l’égard des banques qui ne joueraient pas le jeu. Et nous allons même poser la

question de la limitation du montant des bonus. Je ne vois pas au nom de quoi cette question serait taboue à Pittsburgh. S’il y a des avis opposés, je suis sûr qu’ils seront défendus avec talent. Le monde jugera et chacun en tirera les conséquences.

Nous devons également travailler à l’adaptation des normes comptables, autre sujet capital, pour qu’elles cessent de favoriser le court terme au détriment de l’investissement. Nous allons travailler à Pittsburgh à la supervision des fonds spéculatifs, qui demeurent insuffisamment régulés et peuvent désorganiser des marchés entiers. Enfin nous travaillerons à la prévention par le FMI des risques systémiques, pour que nous ne soyons plus confrontés à des situations où l’excès d’endettement de certains pays constituerait une menace pour la stabilité financière du monde entier.

Sur tous ces sujets la France sera intraitable. Il faut aller au bout des réformes. Il ne faut pas perdre l’élan qui a été donné et il faut agir. Pas demain : il faut agir maintenant.
A Pittsburgh, d'autres chantiers nous attendent.
La question du prix de l’énergie, et notamment du pétrole, qui n’est rien moins que l’autre bombe à retardement qui pèse sur la croissance de demain. Que les prix du pétrole soient trop élevés et la croissance sera étouffée. Que les prix du pétrole soient trop bas et les investissements s’arrêteront, provoquant après quelques années la pénurie et donc l’explosion des prix. Avec Gordon BROWN, nous avons proposé une relance du dialogue producteurs-consommateurs. Nous devons nous fixer deux objectifs : la lutte contre la spéculation sur les marchés et la détermination d’une fourchette de prix raisonnables, avec un peu de vision sur le moyen comme sur le long terme. C’est dès Pittsburgh qu’il faut lancer ce dialogue puisque nous aurons autour de la table les principaux pays consommateurs et des pays producteurs majeurs comme l’Arabie Saoudite, la Russie, le Mexique, le Canada.

Répondre au défi énergétique mondial, c’est aussi favoriser l’accès au nucléaire civil. Ce n’est pas un sujet tabou. Il n’y aura pas de solution aux problèmes énergétiques mondiaux sans un juste partage du nucléaire civil. Une soixantaine de nouveaux pays dans le monde ont déjà marqué leur vif intérêt pour des programmes électronucléaires. L’accès au nucléaire civil, la France l’affirme, mérite un débat de fond. Et nous n’avons rien à craindre de ce débat. C’est un choix lourd. La France organisera dans les prochains mois, en liaison avec l’AIEA, une conférence pour aider à définir ce chemin avec les acteurs internationaux du nucléaire civil. Le choix de la France, c’est de coopérer sans discrimination, et de réaliser ainsi l’un des objectifs du Traité de non-prolifération.

A Pittsburgh, nous devrons aussi réfléchir au rééquilibrage des modèles de croissance des grandes économies. La crise a signifié la fin d’une époque, celle des déséquilibres insoutenables des Etats-Unis et de la Chine, où à l’excès d’endettement des uns répond l’excès d’épargne des autres.

Le Président Barack OBAMA peut compter sur le soutien de la France dans sa volonté de transformer le modèle économique et social américain. Mais la hausse - inévitable- de l’épargne des ménages américains et la résorption -nécessaire- des gigantesques déficits américains signifient que l’Amérique importera moins et voudra exporter plus.

La Chine, et il convient de lui rendre hommage, a su réagir vite et fort en allumant un nouveau moteur de sa croissance : celui de son marché intérieur. Mais son modèle de développement restera longtemps encore fondé sur l’exportation.

Comment gérer les tensions inévitables de cette période de transition ?

Comment résister aux tentations protectionnistes qui existent partout ?

Comment surtout éviter des évolutions des parités des principales monnaies qui pourraient déboucher sur de très graves tensions ?

La Chine et la Russie ont esquissé des propositions qui montrent que la réalité politique et économique multipolaire du monde d’aujourd’hui devra tôt ou tard trouver sa traduction monétaire. Un monde multipolaire ne peut pas compter sur une seule monnaie. Une architecture internationale rénovée, un FMI renforcé, permettront de créer les lieux de débats et de concertation plus que jamais nécessaires pour éviter des fluctuations de change excessives et profondément déstabilisatrices.

La France est prête, dans le cadre de l’Euro, à participer activement à ce processus. Mais la France n’acceptera pas, je le dis clairement, que l’Euro supporte seul le poids des ajustements, comme cela a été le cas dans le passé. C’est un sujet qui est trop grave pour les emplois en France.

Dernier chantier qu‘il faut traiter et faire aboutir à New York, à Pittsburgh puis à Copenhague : le réchauffement climatique. Il nous impose d’inventer une nouvelle croissance, dé-carbonée, et d’en assurer le financement, cher Michel ROCARD. Sous présidence française, l’Europe a su répondre pleinement aux demandes établies par les scientifiques unanimes, mais nous sommes à ce jour les seuls, les seuls à avoir pris une décision. Il n’y en a pas d’autres ! Il appartiendra, et c’est essentiel, aux autres pays industrialisés, et d’abord aux Etats-Unis, de dire rapidement, en termes comparables, leurs objectifs de moyen terme. C’est nécessaire parce que si les Etats-Unis ne se mettent pas dans la partie, jamais les grands pays émergents n’accepteront un accord ambitieux. Et cela se joue entre le mois de septembre et le mois de décembre.

Conclure à Copenhague est indispensable. Chacun devra assurer ses responsabilités. Tout retard dans l’action sera irrattrapable. Il n’y a pas de session de rattrapage. Ce sera Copenhague en décembre, ou ça ne sera pas. Que ceux qui s’y opposent assument, là aussi, leurs responsabilités.


Le temps, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, n’est pas notre allié. Il est notre juge et nous
sommes déjà en sursis.

Pour préparer ces rencontres où se décidera l’avenir, la France présentera le 14 septembre, à Paris, les conclusions de la Commission que j’ai pris l’initiative, l’année dernière, de réunir sous la Présidence de deux prix Nobel d’économie, Joseph STIGLITZ et Amartya SEN, pour réfléchir sur la mesure de nos performances économiques. Nnous ne changerons pas nos comportements si nous ne changeons pas la manière de mesurer nos résultats. Je vous demande de donner à cette réunion le plus grand retentissement afin qu’à travers le monde entier, responsables et experts s’approprient cette réflexion qui contribuera à la mutation économique et écologique devenue indispensable. Si l’on garde les mêmes éléments de mesure de l’économie, comment voulez-vous que nous changions le processus de production dans l’économie ?


Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,


Ces sommets qui se succèdent à un rythme sans précédent doivent solder les comptes d’une époque
révolue et jeter les bases d’une économie nouvelle et d’un monde nouveau.

La crise nous libère du carcan de la pensée unique. La crise nous oblige à penser autrement. C’est une chance qu’il nous faut saisir à bras le corps.

Bien sûr il ne faut pas sous estimer le poids des acteurs économiques et financiers dans le monde.

Mais l’Etat a retrouvé toute sa place et il doit la conserver en montrant le chemin d’une nouvelle régulation mondiale.

Nous ne réussirons dans la durée que si nous nous fixons des objectifs ambitieux. Lorsque l’objectif fixé est médiocre, personne ne s’engage pour faire des sacrifices. C’est cette conviction qui a conduit la France, lorsque nous assurions la présidence de l’Europe.

Une évidence s’impose : lorsque le monde sortira de la crise, la hiérarchie des puissances ne sera plus ce qu’elle était lorsqu’elle a éclaté. Et la France doit voir le monde tel qu’il sera et non pas simplement tel qu’il a été. La Chine, l’Inde, le Brésil en sortiront plus haut et plus forts.

A chaque instant, au moment de prendre chaque décision, je me pose la même question : le choix que je suis en train de proposer aidera-t-il la France et les Français à sortir de la crise plus forts ? C’est la seule grille de lecture qui vaille.

Avec le Premier ministre, François FILLON, nous avons adopté un ensemble de mesures pour stabiliser notre système financier, pour soutenir l’activité, pour protéger ceux qui sont le plus touchés par la crise. Voir, qu’aujourd’hui la France repasser au cinquième rang des économies du monde, c’est une satisfaction, même si nous ne sommes pas sortis de la crise. La France est de nouveau, entre l’Allemagne et le Royaume-Uni, la cinquième puissance du monde. Mais ce n’est pas suffisant.

Chaque décision doit aussi nous aider à préparer l’avenir. Elle doit nous permettre d’entrer mieux armés dans le monde nouveau que ces sommets successifs mettent en place. C’est tout le sens de l’emprunt national qui fera l’objet d’un vaste débat, cet automne, débat, organisé, préparé par la commission présidée par Michel ROCARD et Alain JUPPE.


Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,


Ce sujet de la hiérarchie des puissances à la sortie de la crise interpelle aussi l’Europe. Il n’est pas
scandaleux de poser la question : l’Union européenne veut-elle être une puissance ? L’Union européenne veut-elle être l’un des principaux acteurs du XXIème siècle ? Est-ce qu’elle veut faire le XXIème siècle ou est-ce qu’elle veut le subir ?

La question ne se pose pas aux adversaires ou aux concurrents de l’Union européenne ; la question se pose aux Européens.

La présidence française avait apporté sa part de réponse. A chaque fois que l’Europe veut, l’Europe peut. Le problème, c’est que l’Europe ne veut pas toujours.

L’Union doit se doter des institutions qui faciliteront la prise de décisions. C’est tout l’enjeu du référendum irlandais du 2 octobre. Avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne proposé par la France et le choix du premier Président stable du Conseil européen, comme du Haut Représentant, ce sont dix années de débats institutionnels qui pourraient s’achever sur un succès.

Tout sera alors affaire de pratique et je voudrais ici tirer les leçons de l’expérience que nous avons acquise et parler du rôle de chaque Etat. Tous les Etats en Europe sont égaux en droits, mais ils ne sont pas égaux en devoirs. Quand une crise éclate et qu’il faut trouver une solution, les devoirs de la France et de l’Allemagne sont plus grands que ceux d’autres pays parce que la France et l’Allemagne, ce sont les deux plus grands pays de l’Union européenne. Les responsabilités qui pèsent sur les Etats sont directement fonction de leur poids. Ce constat n’appelle la mise en place d’aucune structure particulière. Ce constat implique simplement un état d’esprit, un engagement, qui sont plus que jamais, me semble-t-il, la marque de l’entente franco-allemande.

Je veux parler très clairement : pourquoi y a-t-il eu une panne en Europe pendant si longtemps ? Ce n’est pas simplement une question d’institutions, c’est une question d’état d’esprit : un certain nombre de grands pays n’ont pas voulu mettre dans le moteur de la voiture européenne, suffisamment de carburant pour avancer. Et c’est trop facile de dire : les autres ne sont pas d’accord, donc on n’avance pas. On attend que tout le monde soit d’accord et, encore une fois, comme personne n’est toujours d’accord, on ne fait qu’attendre. Attendre n’est pas une ambition !

Dans chaque crise et sur chaque grand dossier, l’entente franco-allemande, l’amitié qui me lie à Angela MERKEL, ont aidé l’Europe à assumer toutes ses responsabilités. Cette entente n’a rien d’exclusif. Le Royaume-Uni avec Gordon BROWN en a fait la démonstration. Gordon BROWN s’est comporté en grand européen. Il ne m’appartient pas de porter un jugement sur la politique intérieure anglaise naturellement, mais lorsqu’il a fallu prendre ses responsabilités pour le traité de Lisbonne, les Anglais ont assumé leurs responsabilités. L’Italie, l’Espagne, la Pologne peuvent apporter une contribution majeure pour peu qu’ils adoptent le même état d’esprit : au delà des droits de chacun, quels sont les devoirs, les responsabilités que chaque Etat est prêt à assumer pour que l’Union européenne devienne, au XXIème siècle, un acteur de premier rang ?

Pour que l’Europe fasse à nouveau l’Histoire au lieu de la subir, il faut qu’elle assume ses valeurs, qu’elle les défende sans agressivité mais avec fermeté. Pour cela les grands pays ne doivent pas attendre ; ils doivent aussi montrer le chemin. J’étais fier de l’Europe lorsque, à notre initiative, à Genève, l’Europe a quitté la salle au moment où le Président AHMEDINEDJAD a prononcé un discours inacceptable. Les générations qui nous ont précédées n’ont pas construit l’Europe pour entendre aujourd’hui que l’on doit rayer de la carte Israël. Il y a des valeurs, il y a une identité et il y a des choses qui sont inacceptables. J’étais fier aussi, lorsque que l’Europe a décidé de renforcer ses sanctions contre la junte au pouvoir en Birmanie. La condamnation inique de Madame AUNG SAN SUU KYI est un véritable scandale.

L’Europe doit renforcer ses capacités militaires parce que l’Europe n’est pas une immense Croix Rouge ! Loin de moi l’idée de critiquer la Croix Rouge qui fait un travail international considérable et remarquable, mais l’Europe n’est pas une immense ONG. L’Europe est une puissance commerciale, politique, économique, monétaire et militaire. L’Europe doit défendre ses intérêts comme elle le fait dans les Balkans, en Géorgie, au Tchad ou au large des côtes somaliennes.

C’est dans cet esprit également que la France a rejoint les structures militaires de l’Alliance atlantique.

Avec une France qui prend toute sa place dans l’OTAN, ce sont les Européens qui sont plus forts dans l’Alliance. Dans quelques jours je recevrai le nouveau Secrétaire général de l’OTAN; et le général ABRIAL prendra la tête de l’un des deux grands Commandements stratégiques alliés, celui de la Transformation de l’Alliance. L’enjeu est majeur : il s’agit de construire l’Alliance transatlantique dont nous aurons besoin pour les prochaines décennies. Le débat est engagé. Il doit aboutir d’ici un an.

La France a maintenant les moyens de peser de tout son poids dans ce débat central pour notre sécurité. Qui pourrait comprendre qu’au moment où l’on rénove l’Alliance, la France n’y occupe pas toute sa place ? Et qui peut penser qu’une France en dehors aurait plus d’influence qu’une France à l’intérieur ? Et qui peut penser que l’on peut renforcer le pilier européen de l’Alliance sans la France ?

Au cours des prochains mois, j’aurai l’occasion de préciser nos vues sur un autre vaste chantier dont je souhaite qu’il progresse en 2010. Je veux parler des relations entre l’Union Européenne et la Russie, un chantier considérable. Nous avons beaucoup à nous dire, Union européenne et Russie, en matière économique pour faire un vaste espace économique, et en matière de sécurité. Prenons le Président Medvedev au mot, essayons de construire des relations !


Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,


Autant de droits mais plus de devoirs car davantage de responsabilités, tel doit être aussi le principe
directeur de la réforme de la gouvernance mondiale.

Depuis le temps que l’on en parle, maintenant il faut la faire ! C’est un sujet essentiel. Dès mon élection j’ai plaidé pour une adaptation des organisations internationales aux réalités du XXIème siècle. La crise, me semble-t-il, a donné à mon plaidoyer la force de l’évidence. Mais nous ne sommes qu’au début du chemin. Avec le Président Lula, nous avons proposé à nos pairs du G14 une « Alliance pour le changement de la gouvernance mondiale ».La France fera tout pour que les réformes soient conduites à leur terme.

J’observe avec plaisir que la transformation du G8 en G14 a franchi un pas décisif. Je souhaite que la présidence canadienne en 2010 organise l’essentiel du prochain sommet en format G14. Mon intention, c’est d’achever totalement cette transformation sous présidence française en 2011. Imaginez parler des grands sujets du monde sans la Chine, sans l’Inde, sans le Brésil, sans le Mexique, sans un seul pays arabe, sans un seul pays africain, c’est vraiment une idée étrange quand on est diplomate, stupide quand on est politique. Après le G14, un mot sur le G20 qui n’a pas si mal marché ? Je le dis d’autant mieux que lorsqu’il a fallu convaincre le Président BUSH de tenir la première réunion de Washington, la France demandait un G14 et c’est lui qui a eu l’idée du G20. Va pour le G20 ! Le G20 est assez légitime : 85 % de la richesse mondiale. Il est légitime sur les questions économiques et financières. La réforme du FMI doit être conduite à son terme, son Comité Monétaire ministériel et son conseil d’administration doivent devenir plus politiques, mieux articulés avec le G20.

Le Forum des Economies Majeures joue un rôle utile mais il faut que toutes ces instances améliorent les conditions de leur collaboration. Il n’y a pas simplement à modifier la gouvernance mondiale, il y a à donner de la cohérence. On crée trop d’instances qui se concurrencent.

... / ...

(Pour la seconde partie de ce discours : Discours de M. le Président de la République, Nicolas Sarkozy, lors de la XVIIème Conférence des Ambassadeurs (Palais de l'Elysée – 26 août 2009) - Seconde partie - )
Repost 0
31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 06:51

Introduction

EADS a été créé pour que des entreprises européennes fusionnées aient la masse critique nécessaire pour résister à la concurrence des grands groupes américains et pour supporter le coût de programmes de haute technologie. Les motivations de souveraineté sont donc constitutives de la création d’EADS et ont justifié un mode de gouvernance égalitaire entre la France et l’Allemagne.

Depuis 2005-2006, le groupe est confronté à d’importants problèmes politiques et économiques qui illustrent les limites de cette « double gouvernance » : tensions au sein de sa direction et de son actionnariat, affaires judiciaires, problèmes industriels sur ses principaux programmes.

Cette crise de croissance a incité la direction du groupe à profondément moderniser l’organisation d’EADS, afin de la rendre plus efficace d’un point de vue économique et industriel. EADS est en train de réaliser sa mue d’un regroupement d’entités nationales en un groupe réellement européen.

La normalisation « européenne » du groupe s’inscrit dans un faisceau de tensions entre enjeux de politique industrielle locale et nationale portés par les gouvernements, efficacité économique défendue par les actionnaires, et nécessaire adaptation organisationnelle à une mondialisation des marchés et de la production.
... / ...

Etude parue dans  Visions franco-allemandes n° 14 en juillet 2009   Visions_14_Behrens_Clouet.pdf Visions_14_Behrens_Clouet.pdf 

Kai Behrens est maître de conférences à la Freie Universität Berlin et Ph. D. Candidate à la Johns Hopkins University, School of Advanced International Studies (SAIS) de Washington (D. C.).

Louis-Marie Clouet est chercheur au Comité d'études des relations franco-allemandes de l'Institut français des relations internationales.

 

 

Repost 0
30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 19:30

Transactions of the Royal Historical Society presidential adress

by Martin Daunton


Britain and globalisation since 1850 :
III - Creating the world of Bretton Woods 1939-1958

GBBrettonwoods.pdf GBBrettonwoods.pdf

Abstract :

 

During the Second World War, attention turned to reconstructing the world economy by moving away from competitive devaluations, protectionism and economic nationalism that had marred the economic and political power, and they wished to restore multilateral trade, fixed exchanges and convertibility of currencies.

The British government was in a difficult position, for it faced a serious balance of payments deficit and largeDuring the Second World War, attention turned to reconstructing the
accumulations of sterling in theCommonwealth and other countries. Multilateralism and convertibility posed serious difficulties.

This address considers whether the American government had economic and financial hegemony after the war, or whether it was constrained ; and asks how the British government was able to manoeuvre between America, Europe and the sterling area.

The result was a new trade-off between international monetary policy, free trade, capital controls and
domestic economic policy that was somewhat different from the ambitions of the American government and from British commitments made during and at the end of the war.

 

Repost 0
29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 08:09

J'invite le lecteur intéressé par cette question importante puisqu'elle a été à l'origine de l'abandon du texte à la suite des victoires du "non" lors des référendums néerlandais et français, à prendre connaissance de la réponse qu'y a apportée Franscesco Marcucci dans le supplément de la lettre 208 de la Fondation Robert Schuman.

http://www.reds.msh-paris.fr/publications/revue/biblio/ds039-b.htm 

Il n'est jamais trop tard pour comprendre un texte, et les intentions de ses rédacteurs.

Repost 0
29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 07:51

Surtout ne vous fiez pas au titre de Denys de Béchillon, non pas que ce dernier aurait ainsi raté son objectif : c'est de la construction d'une méthode permettant l'identification d'une règle de droit qu'il nous entretient tout au long de son texte.

Disons le autrement, l'ouvrage ne ressemble pas à ce quil annonce, ou feint d'annoncer, si innocemment. Son discours n'appartient pas au registre d'un technicien du droit, il est l'oeuvre d'un juriste pour qui la technique juridique fait parler le droit, c'est à dire l'homme et la Société.

Aussi, je ne saurai que recommander au lecteur intéressé par ce sujet de se laisser aller à cette visite guidée que nous propose Christine Gavini, de l'Université d'Orléans, à propos de cet ouvrage de référence :
http://www.reds.msh-paris.fr/publications/revue/biblio/ds039-b.htm

Bonne lecture !


Repost 0

Penser pour agir !

" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime !
 "
 

(Voltaire)

 

" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller

jusqu'au bout de sa pensée "

(Léon Blum)

 

"La démocratie est d'abord un état d'esprit"

(Pierre Mendès France)  

 

 

Recherche

Catégories