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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 22:37

Les décisions issues du Sommet UE/Russie de la [mi mai] sont vite résumées, car en pratique il n'y en a pas, ainsi qu'il résulte du compte-rendu public publié dans notre bulletin n° 9907 (Bulletin Quotidien Europe daté du mardi 26 mai 2009). L'évaluation des résultats de ce Sommet est moins évidente : les commentaires vont d'un jugement modéré à la constatation du "naufrage du Sommet". En fait, toute évaluation ne peut pas faire abstraction des réalités sous-jacentes, que les autorités responsables des deux côtés connaissent (je parle de ceux qui maîtrisent ces dossiers, pas de qui s'improvise président de la réunion) mais qui reste dans l'ombre. Cette réalité est formée à la fois d'aspects bien connus et d'éléments ignorés ou oubliés. Un rappel schématique n'est peut-être pas inutile.

1. la nécessité de coopérer est réciproque. L'UE ne peut se passer de la Russie pour son approvisionnement énergétique, pour une durée indéfinie mais sans soute assez longue. La Russie ne peut pas se passer des débouchés européens, quelles que soient ses tentatives (dont la décision de tenir le Sommet dans un endroit situé à 7 heures d'avion de Moscou et à 30 km de la frontière avec la Chine) de faire croire aux débouchés alternatifs. Le régime politique russe permet au Kremlin de négliger, lorsqu'il l'estime opportun, les exigences immédiates, et d'accepter le coût à bref terme de cette attitude, en utilisant l'énergie comme instrument de sa politique étrangère. Un comportement est pratiquement impossible pour l'UE qui n'a pas de politique énergétique commune et dont les grandes entreprises ont davantage d'autonomie.

La dépendance russe vis-à-vis de l'UE est radicale : 58 % de ses exportations vont vers l'UE (statistiques 2008). De son côté, l'UE importe de Russie 25 % de son pétrole et 40 de son gaz naturel. Les nouveaux projets et investissements augmenteront ces pourcentages et la dépendance réciproque est donc destinée à augmenter progressivement. Le solde commercial est amplement favorable à la Russie.

2. La Russie privilégie ses relations bilatérales avec les grands pays européens par rapport à celles avec l'UE comme ensemble. C'est compréhensible car c'est dans son intérêt. L'UE devrait renforcer son unité et parler autant que possible d'une seule voix. Les plus réticents dans cette direction sont parfois les Etats membres qui, à première vue, ont le plus besoin de s'appuyer sur l'UE dans le dialogue avec Moscou ; les chefs d'Etat les plus eurosceptiques résident à Varsovie et à Prague. Il revient aux Polonais et aux Tchèques de choisir ; s'ils préfèrent une UE faible et moins solidaire, c'est leur droit.

3. La définition de nouvelles relations plus étroites avance très lentement, pour l'énergie en particulier. Le principe d'un nouvel accord de partenariat est acquis de puis longtemps ; les négociations ont commencé en juillet 2008 mais elles avancent très lentement. La réalisation d'une zone de libre-échange est liée à l'adhésion de la Russie à l'OMC, mais sur ce point des divergences significatives subsistent. La coopération énergétique a progressé en concret, mais il n'y a pas de consensus sur les principes. Pour l'UE, les principes de la Charte de l'énergie (que la Russie avait signée mais jamais ratifiée) demeurent valables : Moscou a réaffirmé la semaine dernière qu'elle ne le signera jamais, et propose de négocier un accord international. L'UE est disposée à envisager une mise à jour de la Charte mais ses principes doivent être sauvegardés. L'enjeu est colossal. Pour l'Europe, l'ouverture des marchés de l'énergie doit être réciproque, y compris pour les investissements, la propriété des installations, les fournitures aux consommateurs finaux. La Russie ne rejette aucun de ces principes a priori, mais le contenu juridique est tout à négocier. Entre -temps, l'essentiel des accords anciens entre les colosses pétroliers russes (étroitement contrôlés par les autorités politiques) et occidentaux ont été en grande partie révisés, et de nouveaux accords ou contrats ont été conclus, souvent à l'insu des autorités communautaires ou du moins sans qu'elels aient eu leur mot à dire.

Les positions de principe ont été réaffirmées d'un côté comme de l'autre au dernier Sommet UE-Russie. Les dossiers essentiels ne progressent pas. Dans la réalité, les initaitves de coopération énergétique se multiplient, mais les institutions européennes restent en marge. La différence entre le secteur de l'énergie (où une politique européenne commune n'existe pas) et le secteur commercial (où la politique commune existe et seule l'UE comme ensemble peut prendre des décisions  - et c'est elle qui négocie avec les pays tiers -) est sous les yeux de tous. Le Traité de Lisbonne, on le sait, ouvrirait la voie à une politique énergétique commune.

4. La méfiance politique est toujours présente. Les retards et les divergences citées au point précédent sous-entendent une méfiance politique qui demeure en général assez vive. Il serait ingénu de vouloir résumer ici des attitudes qui ont fait l'objet de tellement d'analyses approfondies, sinon pour rappeler que la méfiance est compréhensible de la part des Etats-membres qui étaient encore, il y a quelques années, sous le joug de Moscou, voire insérés de force dans l'ancienne URSS. Dans une partie de l'UE, les souvenirs du passé influencent les comportements, avec la crainteque la Russie actuelle garde et prolonge certains aspects de son impérialisme historique. Certains milieux moscovites ne cachent d'ailleurs pas qu'à leur avis, la dissolution de l'URSS avait été une erreur historique.

... / ... (cf. Tour d'horizon sur la réalité complexe des relations entre l'UE et la Russie (2)  )

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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 22:04

Quatre semaines après le lancement du partenariat oriental, l'Union européenne et ses voisins orientaux <file:///C:/-%20Newsletter-/news_015/#_ftn1> [1] se mettent au travail. L'une des innovations du partenariat oriental consiste à imprimer une nouvelle dimension multilatérale aux relations avec ces pays, parallèlement à la coopération bilatérale. La première plateforme multilatérale du partenariat oriental se tiendra vendredi 5 juin, à Bruxelles. Elle mettra l'accent sur la démocratie, la bonne gouvernance et la stabilité. Le lancement des autres plateformes, consacrées respectivement à l'intégration économique, à l'énergie et aux contacts interpersonnels, se fera également courant juin. Elles visent à soutenir les efforts consentis par les partenaires orientaux pour s'aligner sur les normes de l'UE, à encourager les échanges d'expériences et des meilleures pratiques, ainsi qu'à renforcer les contacts entre ces pays. La réunion de demain s'attachera plus particulièrement à définir des domaines de coopération et à débattre du lancement de deux initiatives emblématiques en matière de gestion des frontières et de prévention, de préparation et de réponse aux catastrophes.

« La Commission européenne n'a pas perdu de temps pour mettre cette nouvelle initiative sur orbite. Le lancement des plateformes multilatérales est la clef du succès du partenariat oriental. J'espère qu'elle apportera une aide très concrète aux efforts de réformes de nos partenaires, tout en approfondissant notre compréhension mutuelle », a déclaré Mme Benita Ferrero-Waldner, la commissaire chargée des relations extérieures et de la politique européenne de voisinage. Et d'ajouter: «La première plateforme est consacrée aux questions de gouvernance, qui sont au cœur de ce partenariat. Le respect des droits des citoyens, la primauté du droit et une société civile dynamique sont des composantes essentielles des sociétés démocratiques que nous appelons de nos vœux pour ces pays. S'il est vrai que nos partenaires se trouvent tous dans des situations différentes et à des stades de transition divers, ils font néanmoins face aux mêmes enjeux et une approche multilatérale peut dès lors apporter une valeur ajoutée réelle».

Le partenariat oriental rassemble des pays d'Europe orientale et du Caucase du Sud, ainsi que les États membres et institutions de l'UE autour d'un objectif de promotion de la sécurité, de la stabilité et de la prospérité. Il offre un soutien supplémentaire aux efforts de réforme et de modernisation dans les pays partenaires, en les rapprochant des principes et pratiques communautaires. S'appuyant sur la politique européenne de voisinage de l'UE, l'initiative s'emploie à développer sa dimension spécifiquement orientale.

Les plateformes multilatérales non seulement renforcent les liens bilatéraux entre l'UE et les pays partenaires du partenariat oriental, mais offrent un cadre permettant d'améliorer la compréhension de la législation et des normes de l'UE, de partager des expériences et d'élaborer des activités communes dans le cadre de l'initiative de partenariat oriental.

La réunion du 5 juin, présidée par la Commission, s'inscrit dans le cadre de la plateforme thématique multilatérale sur la démocratie, la bonne gouvernance et la stabilité. Elle marque le lancement de la phase de mise en œuvre du partenariat. Des représentants des six pays partenaires, des États membres de l'UE, du secrétariat du Conseil, du Parlement européen, du comité des régions et du comité économique et social européen participent aux sessions de travail.

Deux projets phare seront présentés à l'occasion de cette première réunion: le projet de «gestion intégrée des frontières» et le projet «prévention, préparation et réponse aux catastrophes naturelles ou d'origine humaine» (qui devrait déjà avoir été lancé avant fin 2009). Les autres initiatives emblématiques portent notamment sur: l'intégration des marchés de l'électricité, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, une « facilité » en faveur des PME et la diversification de l'approvisionnement énergétique.

Les premières réunions des autres plateformes du partenariat oriental se tiendront en juin à Bruxelles et porteront:

-       sur les contacts interpersonnels, le 10 juin;

-       sur la sécurité énergétique, le 17 juin et

-       sur l'intégration économique et la convergence avec les politiques de l'UE, le 26 juin.

La Banque européenne d'investissement (BEI) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) participeront également aux deux dernières plateformes.


Pour plus de renseignements, voir :

 <
http://ec.europa.eu/external_relations/eastern/index_fr.htm> http://ec.europa.eu/external_relations/eastern/index_fr.htm 


 <
file:///C:/-%20Newsletter-/news_015/#_ftnref1> [1] Arménie, Azerbaïdjan, Belarus, Géorgie, République de Moldavie et Ukraine.


Source : Service de presse de la Commission européenne

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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 21:03

Face à la situation et aux perspectives des relations entre l'UE et la Russie, résumées dans l'éditorial du Bulletin Quotidien Europe n° 9908, les opinions diffèrent. La gamme des positions est vaste, allant de la plus réticente - prudence et méfiance avec un degré modeste de coopération sur des dossiers spécifiques d'intérêt commun - à la plus ouverte : un vrai partenariat fondé sur des liens permanents et institutionnalisés.

Indispensable pour la Russie.  Je crois qu'il faudrait oser la deuxième formule, avec toutes les précautions approciées et la progressivité indispensable, mais avec des ambitions indiquées dès le départ. Pour la Russie, ce partenariat est indispensable, et elle sait. Le territoire russe correspond, selon les experts, à un huitième des terres émergées de la planète. La population - 145 millions - est intime par rapport à l'espace, et elle est en diminution. La crise démographique préoccupe sérieusement les autorités. La pression de populations asiatiques est, à certaines frontières, très forte ; un meilleur équilibre territorial s'impose. L'IFRI [a organisé] jeudi 4 juin, à Paris, un débat sur les enjeux de la crise démographique en Russie, avec Anatoli Vichevski et Emmanuel Todd ; il sera intéressant d'en connaitre les conclusions.

La Russie est en outre vulnérable à la crise monétaire ; le rouble a été sérieusement dévalué. Les recettes en euro résultant des exportations énergétiques sur le marché européen lui sont indispensables, ainsi que les investissements européens et la technologie occidentale.

Echanges culturels incomparables. L'intensité des échanges culturels réciproques est, depuis plusieurs siècles, prodigieuse. je ne me réfère pas aux échanges imposés, bureaucratiques et rigoureusement contrôlés de la période communiste, mais à tout ce qui était intervenu auparavant et a été relancé ensuite. C'est presque au hasard que je peux citer quelques aspects spectaculaires, comme la construction de Saint-Pétersbourg par des architectes pour la plupart italiens, l'adoption du ballet classique à Moscou où il a été sauvegardé (et à quel niveau !) dans la période de son déclin en Occident, l'arrivée fulgurante à Paris d'Igor Stravinski et des ballets russes ; évènements de grand effet mais presque superficiel face aux échanges réciproques permanentsen musique et en littérature, sans parler des Russes exilés qui sont devenus des grands écrivains en langue anglaise ou française. Le tout dans un climat de tolérance religieuse substantielle (la parenthèse du régime communiste mise à part), avec le dialogue permanent, même si par moments interrompu, entre les différentes Eglises : catholique, orthodoxe et protestante. Je cite cet aspect parce que l'histoire et , malheuresuement, aussi l'actualité nous apprennent que le fanatisme religieux est la source des pires crimes et des pires entorses à la vie civile. Les vraies civilisations peuvent changer la destination d'un lieu de culte qui passe d'une religion à l'autre, ainsi qu'il est arrivé à Sainte Sophie à Istanbul, au Panthéon à Rome, à des mosquées en Espagne, en respectant le passé ; mais les brutes font exploser les Bouddhas centenaires sculptés dans la pierre.

Un objectif raisonnable et toutjours en expansion. L'objetcif du partenariat futur ne peut pas comporter, et même pas envisager, l'adhésion russe à l'UE ni sa participation aux institutions communautaires, ni une monnaie commune ; chaque partie doit garder son autonomie, avec ses spécificités. Mais la réalisation progressive d'un degré élevé de coopération dans tous les domaines serait un objectif raisonnable. Les domaines de coopération déjà retenus sont nombreux et ils peuvent encore augmenter ; il suffit de songer à l'enjeu nouveau de l'Arctique, où l'Europe et la Russie pourraient agir en commun pour en faire - ensemble avec les autres pays concernés, des Etats-Unis au Canada et aux populations locales - un lieu de coopération mondiale où la sauvegarde de la nature doit prévaloir sur l'exploitation économique. L'UE doit évidemment garder ses exigences essentielles relatives au respect des droits de l'homme et de la liberté d'expression ; même en ces domaines, les progrès sont plus faciles lorsqu'on est d'accord sur les objectifs économiques et politiques de coopération (où la défense de l'agriculture devrait aussi trouver sa place).

Je suis conscient des difficultés de l'entreprise ; cette rubrique du Bulletin Quotidien Europe n° 9909 a énuméré les divergences et les obstacles aussi bien économiques que politiques, psychologiques et historiques. mais je crois que la carte de l'ambition, il faut la jouer, car elle représenterait un tournant historique notamment pour les Etats-membres de la partie orientale de l'UE, un tournant pour eux aussi significatif que celui qu'a représenté la transformations de leurs relations avec l'Allemagne en tant que membre de l'Union. Certes, la Russie doit faire elle aussi sa part du chemin. Pourquoi ne pas rêver, par exemple, qu'elle rende un jour à l'UE la ville où est né Emmanuel Kant, qui constitue une enclave russe à l'intérieur du territoire communautaire ? Ou qu'elle accepete du moins d'en faire un terriroire autonome ? 


(Ces différents éléments ont été publiés dans le Bulletin Quotidien Europe n° 9909 daté du 29 mai 2009 ; ils font suite aux articles suivants de ce blog :
* Tour d'horizon sur la réalité complexe des relations entre l'UE et la Russie (1)
* Tour d'horizon sur la réalité complexe des relations entre l'UE et la Russie (2) )

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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 10:57

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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 10:11

Le capitalisme mondialisé, après avoir frôlé l'effondrement en 2008, devrait conjurer le risque de dépression en 2009 grâce à la relance aux Etats-Unis et en Chine. Mais il est illusoire d'espérer le retour de la croissance intensive du dernier quart de siècle. Huit défis domineront l'après-crise.

1. La croissance faible. L'économie mondiale, qui se développait à un rythme annuel de 5,2 % avant la crise, devrait renouer, en 2010, avec une croissance lente, de l'ordre de 2,5 % par an. L'activité restera durablement molle dans les pays développés en raison du désendettement des ménages, de la restriction du crédit durant la reconstitution des fonds propres des banques et de la normalisation des politiques monétaire et budgétaire.

2. Le chômage de masse. Depuis 2007, les Etats-Unis, l'Europe et le Japon comptent plus de 10 millions de chômeurs supplémentaires. Le taux de chômage devrait y demeurer autour de 12 %. La reprise sera trop faible pour créer de nouveaux emplois. Un chômage durable va s'installer, comme dans les années 1970.

3. L'hyper dette des Etats. La dette publique approchera 100 % du produit intérieur brut dans la plupart des pays développés dès 2012. La déflation n'a pas été enrayée qu'au prix d'un vaste et dangereux transfert des dettes du secteur financier vers les Etats. A terme, seul un délicat équilibre entre la croissance, les hausses de prélèvement et l'inflation pourra réduire la dette publique.

4. La bulle financière des banques centrales. C'est en abaissant leur taux d'intérêt de 4,60 % à 1,25 %, en injectant massivement des liquidités et en rachetant des titres et du papier commercial que les banques centrales ont répondu à la crise. Le bilan de la Réserve fédérale américaine est ainsi^passé de 850 milliards, à 45000 milliards de dollars (3250 milliards d'euros), dont les deux tiers sont constitués d'actifs toxiques. Les banques centrales sont devenues de gigantesques fonds spéculatifs, qui ne pourront plus jouer leur rôle de prêteur en dernier ressort tant que leur bilan n'aura pas été assaini.

5. L'inflation. Réduite à 1,5 %, elle restera limitée à moyen terme par les surcapacités et le chômage de masse. Mais la monétisation des déficits publics par les banques centrales reste porteuse d'une forte inflation différée.

 

6. Le système monétaire international. La sous-évaluation des monnaies émergentes, la non-convertibilité du yuan - la devise chinoise - ont joué un grand rôle dans les déséquilibres mondiaux. La suprématie du dollar est menacée, mais ni l'eUrope ni la Chine ne réunissent les conditions qui feraient de leur devise une monnaie de réserve : déficit de la balance des paiements, forte croissance potentielle, Etat de droit, capacité de projection de puissance.

 

7. La conversion des modèles économiques. Le retour à une croissance stable et mieux équilibrée mondialement passe par une réindustrialisation basée sur l'économie de la connaissance au Nord, et par la mise en place de systèmes de protection sociale au Sud, seuls à même de dynamiser la demande intérieure.

 

8. La politique économique. La question monétaire a joui d'un primat absolu dans la politique économique, et porte une responsabilité majeure dans la crise. Il faut réhabiliter des politiques budgétaire, fiscale, industrielle, déployées au plan international pour doter la mondialisation d'institutions et de règles.

Article paru dans l'édition du Monde Economie daté du 3 juin 2009.

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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 09:35

Les principes du processus de développement capacitaire de l’Union européenne ont été définis dès la naissance de la PESD en 1999.
L’exercice actuel, Objectif Global 2010, a été lancé en 2004. Il se distingue des précédents par une estimation non seulement quantitative mais aussi qualitative des lacunes capacitaires de l’UE.
Afin d’aborder la résolution des lacunes de façon
optimale, l’
Agence Européenne de Défense a développé en 2008 le Plan de Développement des Capacités (CDP) qui complète le paysage capacitaire de l’UE : couvrant le court et le long terme, combinant analyses théoriques et observations concrètes, le CDP fait apparaître le besoin collectif et le confronte aux aspirations nationales pour susciter des coopérations multinationales de natures variées, à géométrie variables, servant les intérêts de tous.
C’est dans cet esprit que la France a récemment été à
l’origine de projets auxquels se sont ralliés des partenaires au sein de l’AED : déminage maritime (renouvellement de notre capacité de chasse aux mines), futur Hélicoptère Lourd, Programme d'entraînement tactique des équipages d’Hélicoptère (programmation et coordination d’exercices multinationaux au vol en conditions particulières), Flotte de Transport Aérien Européenne (association des capacités de transport aérien militaire inspirée des alliances civiles de type Sky Team) ...
Au delà de leurs différences formelles et de l’originalité du CDP, c’est sans doute la primauté donnée à l’initiative des Etats
membres qui différencie les processus UE et OTAN. Là où l’OTAN s’inscrit dans une logique de cycle biannuel et de directives données aux nations, l’UE se veut un catalyseur générant des programmes servant les Etats membres et renforçant la Base Industrielle de Technologie et de Défense européenne. L’un et l’autre sont donc bien complémentaires.

 -Article paru dans Le Focus du Mois de la lettre n° V de la Représentation militaire française auprès de l'Union européenne (mai 2009) -

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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 09:26

Développer les partenariats entre l’UE et l’Union africaine, les Nations-unies et l’OTAN a été une des priorités de la Présidence française de l'Union européenne (PFUE) dans le domaine de la défense.


Relations UE-OTAN

Les deux organisations sont liées car 21 des Etats membres de l’UE sont aussi alliés dans l’OTAN. La relation est définie par un partenariat stratégique qui prévoit notamment l’arrangement dit de « Berlin+ » adopté en 2002. En 2008, la France a proposé la constitution d’un groupe de haut niveau réunissant les Secrétaires généraux et les commandants des opérations des deux organisations. La coopération se développe également lorsque les deux organisations sont présentes sur un même théâtre. Elle porte enfin sur la transparence et l’échange d’informations dans le domaine capacitaire grâce à un groupe formel UE-OTAN sur les capacités.


Relations UE-Afrique

Dans le cadre de la stratégie conjointe UE-Afrique adoptée à Lisbonne en décembre 2007 et du Renforcement des capacités africaines au maintien de la paix, le concept EURORECAMP, outil de la PESD au service de l’UA, a pour but d’aider celle-ci à valider le projet de Force africaine en attente (FAA) d’ici 2010. Pour cela, AMANI AFRICA est le premier cycle de formation et d’exercices dédié aux structures de décision, de commandement et de conduite de la FAA pour valider sa propre capacité à gérer une opération civilo-militaire de gestion de crise. AMANI AFRICA a été lancé au siège de l’UA à Addis Abeba le 21 novembre 2008, pendant la PFUE.


Relations UE-ONU

Le Conseil européen de Nice (2000) a posé les bases d’une relation entre l’UE et l’ONU. Dès 2003 cette relation s’est traduite par des opérations menées par l’UE en soutien à l’ONU, comme Artémis (RDC). Elle a été formalisée par une déclaration conjointe cette année-là. En 2007, une nouvelle déclaration est venue compléter la première pour redonner une impulsion à cette coopération. Bon exemple récent, l’opération EUFOR Tchad/RCA a permis d’améliorer le niveau de sécurité dans l’Est du Tchad et de la RCA, avant de passer le relais à la MINURCAT le 15 mars 2009.

- Article paru dans la lettre n° V de la Représentation militaire française auprès de l'Union européenne
(mai 2009) -

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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 19:36

Dans son bureau de l'Ecole normale supérieure (ENS), un tableau couvert de schémas et de formules bizarroïdes. Lui parle de peinture, d'opéra. Ses autres passions. Entre la science et l'art, il sent des "résonances". L'une et l'autre produisent "des choses mystérieuses". L'astronomie de Galilée est soeur des clairs-obscurs du Caravage. Profitant d'un congrès scientifique à Vienne, il vient de revoir les toiles de Schiele et de Klimt. L'"effervescence" et l'"inquiétude" qui les habitent sont les mêmes que celles qui entourent l'éclosion de la physique quantique, dans l'Europe tourmentée du début du XXe siècle.

Serge Haroche ne regarde pas la réalité avec les mêmes yeux que nous. Pour lui, une chose n'est pas blanche ou noire. Elle peut être simultanément blanche et noire. Mieux, elle ne se trouve pas ici ou là, mais peut-être à la fois ici et là. Chez lui, une porte n'est pas ouverte ou fermée. Elle peut être en même temps ouverte et fermée, aux deux extrémités de la pièce. Auprès de lui, un être n'est pas vivant ou mort. Il peut être dans le même temps vivant et mort, quelque part et ailleurs... Bienvenue dans le monde déroutant de la physique quantique !


Dans cet univers paradoxal, où les certitudes sont aléatoires et les vérités contre-intuitives, un fait reste sûr : ici et maintenant,
Serge Haroche est le lauréat de la médaille d'or du CNRS, la plus prestigieuse distinction scientifique française. Retour dans le monde normal.


Cheveu noir piqué de blanc, veste sombre sur chemise claire, geste ferme et verbe fluide, le chercheur n'a pas son pareil pour vous prendre par la main et vous guider - un "passeur d'idées", disent ses collègues -, de l'un à l'autre de ces deux mondes. L'expérience est aussi radicale que le passage de l'impressionnisme au cubisme. D'un côté, les lois de la physique classique, qui décrivent la nature à notre mesure et à celle, plus grande encore, des planètes et des galaxies. De l'autre, les principes de la physique quantique, qui s'appliquent aux atomes, aux particules élémentaires et à l'infiniment petit.


A cette échelle, explique-t-il, la matière peut être en "superposition", dans plusieurs niveaux d'énergie à la fois. Et, du fait de sa double nature de corpuscule et d'onde, être localisée en différents endroits. La diablerie est que toute intervention extérieure - à commencer par une mesure scientifique - lève l'ambiguïté, en forçant la matière à adopter un état ou une position unique. C'est la "décohérence". Voilà pourquoi, dans la vie courante, où un corps est soumis à l'influence de son environnement, les états superposés sont si fugaces qu'ils sont insaisissables. En sorte qu'une chose est soit blanche soit noire, une porte tantôt ouverte et tantôt fermée, un être jamais mort-vivant.


La superposition et la "décohérence", Serge Haroche les a connues enfant. Né à Casablanca d'un père juif marocain, avocat, et d'une mère d'origine russe, enseignante, il quitte le Maroc à 12 ans, quand le pays obtient son indépendance. Sa famille préfère ses attaches avec la France, tissées par ses grands-parents, directeurs de l'Alliance française.


Reçu major à l'X, il opte, plutôt que pour une carrière de grand capitaine d'industrie ou de grand commis de l'Etat, pour la recherche, à Normale-Sup - l'ENS. Il s'intéresse aux interactions entre atomes et rayonnement : une façon de "comprendre le monde au niveau le plus fondamental, puisque toutes les informations que nous recevons de notre environnement passent par la lumière". C'est l'époque, les années 1960, où la science optique vit une révolution, où les physiciens apprennent à piéger et à manipuler la matière avec la lumière. Sa thèse portera sur "l'atome habillé", jolie formule décrivant comment une particule interagit avec les grains de lumière (les photons) qui l'entourent.


ll est à l'école des meilleurs :
Alfred Kastler (Nobel de physique en 1966), Jean Brossel, Claude Cohen-Tannoudji (Nobel en 1997). Recruté au CNRS à 23 ans, il est bientôt nommé professeur à l'université Pierre-et- Marie-Curie. La physique quantique n'en est plus à ses balbutiements, la théorie est solidement établie. Ce qui est nouveau, c'est que les outils modernes permettent de la vérifier.


Les grands anciens, Einstein, Bohr et les autres, en étaient réduits à des "expériences de pensée" virtuelles. Comme celle, fameuse, de Schrödinger, où un chat est suspendu entre la vie et la mort. Serge Haroche, lui, réussit à apprivoiser atomes et photons. Il parvient à mettre en boîte une superposition quantique et à suivre en temps réel sa perte de cohérence. Puis à détecter un photon sans le détruire : un tour de force, puisqu'un grain de lumière disparaît aussitôt qu'il est vu par notre oeil ou par un capteur, qui le transforment en signal chimique ou électrique.


Son laboratoire, un caveau au sous-sol de l'ENS, a tout de l'atelier du bricoleur, bardé de tuyaux, de tubes et de cylindres enveloppés de papier aluminium. Mais il recèle un bijou de technologie. Un boîtier aux parois ultraréfléchissantes, refroidi à une température proche du zéro absolu, où un photon peut être emprisonné suffisamment longtemps - 13 centièmes de seconde, le temps de rebondir plus de 1 milliard de fois et de parcourir 40 000 km, soit la circonférence de la Terre - pour provoquer un infime décalage dans le battement (la transition entre deux niveaux d'énergie) d'atomes injectés, à la queue leu leu, dans le réceptacle. Et manifester ainsi son existence. "Un travail collectif", insiste Serge Haroche, impossible sans l'équipe constituée avec deux de ses anciens élèves,
Jean-Michel Raimond et Michel Brune.


L'Electrodynamique quantique en cavité, dont il est l'un des chefs de file, pourrait déboucher sur les systèmes d'information et de cryptage de demain. Mais, à ses yeux, "la recherche ne se justifie pas par ses retombées économiques, comme le système d'attribution des crédits pousse à le faire". Il s'agit, pense-t-il, "d'une marque de culture et de civilisation, aussi noble que l'art".


Voilà pourquoi un gouvernement devrait "favoriser la recherche fondamentale". Ne pas décourager "l'enthousiasme des jeunes chercheurs" par des conditions matérielles "misérables". Et "mettre beaucoup d'argent dans la formation". Une tâche prioritaire qui, à l'heure où se développe "un inquiétant esprit antiscientifique", fait des enseignants "les dépositaires, bien plus que les banquiers, de la richesse d'un pays".


Loin de s'enfermer dans sa cavité d'ivoire, Serge Haroche possède, de l'honnête homme, "la curiosité pour ses semblables, la hauteur de vue, et l'humour", disent ses proches. Il le doit pour beaucoup, dit-il, à son épouse, anthropologue et sociologue. La superposition quantique ne manque finalement pas de cohérence.

 


Parcours de Pierre Haroche :

1944 Naissance à Casablanca (Maroc).

1971 Thèse de physique à Paris, chargé de recherche au CNRS.

1975 Professeur à l'université Pierre-et-Marie-Curie (Paris-VI).

2001 Professeur au Collège de France (chaire de physique quantique).

2007 Publie dans la revue "Nature" un article sur l'observation d'un photon.

2009 Médaille d'or du CNRS.



Cet article de Pierre Le Hir est paru dans l'édition du quotidien Le Monde datée du 3 juin 2009 sous l'intitulé " Cantique du quantique ".
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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 11:11

Les « Amis » du blog Regards-Citoyens trouveront ci-après des données très utiles en réponse aux nombreuses questions que peuvent se poser les citoyens européens sur le fonctionnement interne du Parlement européen :

  http://www.europarl.europa.eu/eplive/expert/multimedia/20090514MLT55824/media_20090514MLT55824.pdf

 

 

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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 09:57

Deux sortants évincés des listes de leur parti : Jacques Toubon (UMP) et Gilles Savary (PS) vont quitter contre leur gré le Parlement européen après le 7 juin. Cette expérience, dont ils témoignent sans les contraintes d'un candidat en quête de suffrages, a "bouleversé" leur façon de percevoir l'Europe. Jacques Toubon a effectué un mandat au Parlement européen ; Gilles Savary boucle son deuxième. Tous deux ont fait partie des élus qui comptent parmi les 78 eurodéputés français : M. Savary en tant que vice-président de la commission du transport et du tourisme ; M. Toubon comme membre de la commission du marché intérieur. Longtemps proche de Jacques Chirac, M. Toubon, 68 ans, a été ministre de la culture de 1993 à 1995, puis de la justice entre 1995 et 1997. Il a été député de Paris de 1981 à 1993. M. Savary, 54 ans, est vice-président du conseil général de la Gironde.


Après vos mandats, pouvez-vous dire qu'un eurodéputé sert à quelque chose ?
Jacques Toubon : Oui. Le Parlement est une institution efficace dans la mesure où, dans l'Europe à 27, la Commission et le Conseil ont davantage de difficultés pour prendre des décisions. Le Parlement, lui, est capable de surmonter la panne, de faire avancer cette organisation complexe qu'est l'Europe. Il est en mesure de faire prendre des décisions à cette union d'Etats en forgeant des majorités sur des compromis.

Gilles Savary : Le Conseil d'Etat a établi que 70 % de notre environnement législatif et réglementaire national est l'application d'actes européens. Pour le meilleur ou pour le pire, chaque Français est environné par le Parlement européen, qu'il s'agisse de la qualité de l'eau, du pourcentage de graisse végétale dans le chocolat, des réfrigérants obligatoires pour les charcutiers sur les marchés, des pots catalytiques... Le Parlement est monté en puissance depuis dix ans. Les politiques ne s'en sont pas aperçus. La société civile, si : les syndicats, les associations, les entreprises françaises sont de plus en plus présentes à Bruxelles.

A partir de 2005 et la panne du traité, le Parlement a bénéficié du trouble du Conseil et du naufrage de la voie communautaire, théorisé par José Manuel Barroso. Celui-ci a dit : "Je serai le président de la Commission du moindre embarras pour les gouvernements", c'est-à-dire du droit de veto pour chacun. Le Parlement est la seule instance internationale qui tende une main démocratique, avec l'élection au suffrage universel. Il est une réponse aux altermondialistes qui disent que tous les problèmes mondiaux sont gérés depuis le FMI ou l'OMC, par-dessus les peuples.


Sur quel dossier pensez-vous avoir le plus pesé ?

J. T. : La directive "Bolkestein" sur le marché intérieur des services. Elle est devenue un texte du Parlement, fruit d'un compromis entre les socialistes et le Parti populaire européen, avec la participation forte de la société civile, en particulier des syndicats : les eurodéputés ont écarté le principe du pays d'origine au profit de la libre prestation de services. A force d'amendements, de réunions, soit un an et demi de travail, vous êtes capables de faire passer vos convictions personnelles à l'état de propositions, d'abord minoritaires, puis prises au sérieux, et enfin, majoritaires. Ce texte prouve que nous ne sommes pas dans notre bulle : le tocsin a été sonné en 2005 à l'occasion de la campagne du référendum. Nous avons été les ingénieurs et les mécaniciens qui ont mis en oeuvre une volonté populaire.

G. S. : A l'Assemblée nationale, la majorité est le prolongement du gouvernement, et la minorité, impuissante. Au Parlement européen, quand on n'est pas majoritaire, on a un état d'esprit syndical : quand on peut gratter quelque chose, le coup vaut d'être joué. La directive services a été un grand moment politique. Une rapporteure socialiste allemande a su mobiliser une dizaine de personnes, dont Jacques Toubon. Dans ces cas, six types tiennent la majorité des 785 députés. On est arrivés à un compromis très honorable. Je n'ai pas voté contre, contrairement aux socialistes français. La directive offre la protection du droit social du pays d'accueil pour tous les services qu'elle couvre. Quand le Parlement peut s'appuyer sur un mouvement social, les choses bougent. Mon regret est d'avoir échoué à imposer une directive-cadre sur les services publics.


On dit que les Allemands sont les plus influents. A quoi cela tient-il ?

G. S. : C'est parce que Jacques Chirac s'est fait rouler à Nice en 2000. En refusant de leur donner plus de voix au Conseil, il a figé leur surreprésentation au Parlement européen. Avec 99 députés, ils sont les seuls représentants dont le nombre n'a pas diminué avec l'élargissement.

J. T. : L'explication va bien au-delà. Au fond, la France n'a jamais cru dans l'institution parlementaire européenne. Elle a toujours misé sur la Commission et sur le Conseil, où elle était capable de tenir la dragée haute. Les Allemands ont trouvé dans le Parlement, qui fonctionne souvent comme le Bundestag, le lieu où exercer leur influence.

Nous n'avons jamais accordé à la désignation des parlementaires le même soin que les Allemands ou même les Britanniques, tout eurosceptiques soient-ils. Ils sélectionnent dans leur parti des parlementaires chevronnés ou en devenir. Ils prennent des fonctions- clés, notamment celles de coordonnateurs dans les commissions, qui sont les faiseurs de textes. Dans le Parlement sortant, les Français n'en ont, en tout, que trois, alors que les seuls conservateurs britanniques en ont sept !

G. S. : La France pense toujours qu'en mettant les colts sur la table du Conseil cela suffit. Cela allait à peu près dans l'Europe des Six, mais cela ne va plus du tout aujourd'hui. Les députés allemands sont des référentiels dans toute l'Europe : ce sont les mêmes personnes depuis quinze ans. Alors que les Français passent.

 

Cette surinfluence pose-t-elle problème ?
G. S. : Il y a aujourd'hui un problème allemand. Ils considèrent qu'à l'intérieur de la boutique ils exercent un leadership doux. Quand les intérêts de l'Allemagne sont en jeu, ils sifflent la fin de la récréation. Ils ne sont pas soupçonnables de ne plus être européens. Mais ils refusent de dépenser davantage et invoquent la subsidiarité sur tous les dossiers, c'est-à-dire : "Moins on fait d'Europe, mieux ça vaut." En 1992, le président Richard von Weizsäcker avait dit : "Il ne faut pas penser que l'Allemagne va éternellement rester plus petite qu'elle ne l'est."

Les Allemands considèrent, par ailleurs, que les Français ne sont plus un partenaire fiable. Le non à la Constitution en 2005 a eu un effet tellurique, tout comme nos déficits chroniques et nos contestations permanentes du pacte de stabilité et du rôle de la Banque centrale européenne.

J. T. : L'influence allemande ne me pose aucun problème particulier. Mais il faut être conscient qu'il y a une nouvelle attitude, qui consiste à défendre les intérêts allemands, éventuellement au détriment de l'intérêt européen. C'est particulièrement vrai chaque fois qu'il s'agit de l'industrie. Dans la future mandature, il faudra toujours bien peser ce qui est un enjeu national pour l'Allemagne. On ne peut plus dire : l'Allemagne a choisi un destin européen, elle va de toute façon s'y soumettre.

Vous êtes considérés comme des députés efficaces, et vos partis ne vous ont pas réinvestis ; êtes-vous déçus ?
G. S. :
Rien n'est plus injuste que la vie politique ; j'ai l'habitude de la glorieuse ingratitude de ce sport. Mais j'en tire le sentiment d'un gâchis et d'une impuissance à pouvoir le surmonter. Les collègues savaient que je pouvais peser lourd, là où j'étais : je fais partie de ces cinq ou six personnes, Jacques Toubon aussi, qui, dans leur commission, faisaient une majorité sur un texte décisif. Mon parti se prive de ça. Ce n'est pas un problème personnel.

J. T. : Je réponds exactement la même chose. C'est un problème d'efficacité pour le pays.

 

A l'avenir, le pouvoir politique européen sera décisif. Or l'Europe et le Parlement sont méconnus. Il faut faire comprendre que l'Europe est quelque chose qui existe en dehors du fait de changer d'opérateur téléphonique en passant d'un pays à l'autre. Le corps enseignant, historiquement partisan de l'Europe, est peu à peu devenu contestataire. C'est la traduction que nous sommes incapables de sortir de l'idée que la France est autosuffisante et capable de tout faire "toute seule". Nous regardons la construction européenne positivement dans la mesure où elle nous ressemble - or, aujourd'hui, c'est un miroir brisé, dont il faut en chaque circonstance essayer de rétablir la cohérence.

G. S. : Les clivages au Parlement sont simples : ils opposent les proeuropéens et les antieuropéens. Regardez combien de fois le Parti communiste vote avec l'extrême droite : en permanence. M. Mélenchon et M. Besancenot vont commencer à voter avec l'extrême droite. En réalité, ce sont deux nationalistes. Quand un collègue de droite propose d'imposer une double coque aux pétroliers, je ne me demande pas si je suis socialiste, je vote avec lui. Mais Jacques Toubon n'a pas voté les mêmes textes que moi sur les services publics, sur la libéralisation de la poste ou des marchés de l'électricité et du gaz. Sur ces sujets, il y a une droite et une gauche.

J. T. : Au Parlement européen, les situations ne sont pas données d'avance. Exemple, sur le temps de travail : selon l'arithmétique de groupes, le texte du Conseil aurait dû avoir une majorité au Parlement. Or il a voté contre, car la majorité s'est faite autour d'une gauche très unie et d'une partie de la droite qui se sont opposées à la position commune des Etats.

 

G. S. : Au début de mon mandat, j'ai été confronté à un règlement sur la longueur des bus. Renault a poussé ma porte et m'a dit de ne pas le voter, car il promouvait la norme allemande. A ce moment, j'ai pensé à l'ouvrier français.

Les lobbies les plus redoutables sont les invisibles, ceux des alcôves de fin de soirée des restaurants parisiens, à l'Assemblée nationale, ou ceux de la Commission. Au Parlement européen, c'est clair : une liste des lobbyistes est établie, et il règne un grand pluralisme. Les syndicats en font partie, comme les ONG, qui sont les organisations les plus puissantes et agissent jusqu'à la porte de l'hémicycle.


Il n'y a aucune critique à formuler contre ce Parlement ?

J. T. : Il est parfois pris d'une facilité démagogique. On se laisse prendre à des modes. Par exemple, l'idée qu'il faudrait sanctuariser Internet et ne pas lui appliquer les règles de droit du monde réel. De temps en temps, ce Parlement est un forum qui prend des postures.

G. S. : C'est un Parlement des bons sentiments, pacifiste en diable, du fait, sans doute, de la présence des Scandinaves. Il est heureux que, face à un tel Parlement, il existe des gouvernements !

Le rôle des lobbies est-il trop important ?
J. T. : Ce n'est pas un sujet. On en parle parce qu'ils existent, qu'ils sont visibles et qu'on le sait, alors que dans les parlements nationaux, ils existent tout autant mais ils sont invisibles. Notre travail porte sur des sujets tels que nous devons être entourés de gens qui représentent la société, les entreprises, les universités, et nous donnent des éléments de décision... Quelquefois, nous apprenons aussi grâce à eux ce qui se prépare à la Commission ! En outre, le Parlement n'est plus aussi faible en matière d'expertise. Depuis 2005, nous avons pu financer nos propres études et ainsi contester celles de la Commission.On reproche aux socialistes de voter 95 % des textes avec la droite, et vice versa. Est-ce fondé ?
J. T. : Certains font campagne en disant qu'il faudrait réintroduire la "castagne" entre la droite et la gauche et dénoncent la "connivence". C'est ridicule. Cela ne marche pas comme cela. Exemple : un des textes les plus spectaculaires que nous ayons votés en 2008 portait sur la sécurité des jouets. La question était d'établir les catégories de produits dangereux, notamment cancérigènes, pas celle d'une bataille gauche-droite.
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