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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 10:28


Créée par la loi constitutionnelle du 23 mai 1949 et proclamée 2 jours plus tard, la République fédérale d'Allemagne (RFA) fête cette année ses 60 ans. A la fois espoir de paix après des décennies de conflits et symbole de l'antagonisme naissant entre Occidentaux et Soviétiques, la RFA va devenir l'un des moteurs économiques de l'Europe ainsi qu'un fer de lance de la construction européenne.

Après sa capitulation, le 8 mai 1945, l'Allemagne est un pays ruiné, détruit, dont le régime vaincu est à l'origine d'affreuses atrocités. La conférence de Potsdam marque la séparation du pays en quatre zones distinctes, une sous surveillance soviétique et les autres sous surveillance occidentale (Etats-Unis, Royaume-Uni, France). Afin d'éviter que le pays ne sombre dans la pauvreté extrême et le désordre économique les puissances occupantes vont mettre en place une réforme économique dans leurs zones (réforme qui aboutit à la création de la Deutsche Mark).

Les autorités américaines et britanniques décident le 1er janvier 1947 de faire fusionner leurs deux zones afin de favoriser le développement économique. Cette bizone devient une trizone pendant la Conférence de Londres au printemps 1948, avec l'adjonction de la zone d'occupation française. Les Etats occidentaux participant à la Conférence de Londres commencent alors à évoquer l'idée d'un gouvernement démocratique en Allemagne. En représailles, l'Union Soviétique se retire, le 20 mars 1948, du Conseil de contrôle allié, ce qui marque la fin du quadripartisme.

Staline interprète la mise en place de la Deutsche Mark comme une violation du principe de souveraineté collective entériné lors de la conférence de Postdam et une tentative occidentale de déstabilisation de l'URSS. Le blocus de Berlin-Ouest, réaction soviétique à la réforme engagée par les Occidentaux, ne sera levé qu'un an plus tard et symbolise la première crise de la Guerre Froide et la division de l'Allemagne.

L'aboutissement de la réforme économique occidentale est la création de la RFA en 1949. L'URSS transformera sa zone d'occupation en un pays indépendant quelques mois plus tard : la République Démocratique d'Allemagne (RDA). Economiquement on parle du « miracle allemand » (Wirtschaftswunder) tant la croissance économique des années 1950 et 1960 est forte en RFA. D'un point de vue politique, la loi constitutionnelle instaure un équilibre des pouvoirs entre les Länder et le Bund, comme entre l'exécutif et le législatif. Deux partis animent la vie politique: le SPD (Parti social-démocrate d'Allemagne), qui abandonne la référence marxiste en 1959, et la CDU (Union chrétienne-démocrate), organisation de cadres et de notables.

Majorités CDU et SPD alternent au Parlement jusqu'à la réunification avec une percée notable des écologistes à partir du début des années 1980.

RFA et Guerre Froide ne peuvent être dissociés. M. Konrad Adenauer, premier chancelier de la RFA décide d'intégrer l'Allemagne de l'Ouest à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) en 1954 lors des accords de Paris. La RFA occupe désormais une place sur la scène internationale. C'est en tant qu'Etat souverain que la RFA signe en 1957 le Traité de Rome fondant le Marché commun et mettant en marche le processus d'intégration européenne. La construction du Mur de Berlin en 1961, qui séparera la ville en deux jusqu'en 1989 symbolise à nouveau le fossé se creusant entre les deux Allemagnes. L'ère Adenauer (1949-1963) sera marquée par la réconciliation avec la France et la création de liens diplomatiques forts avec Israël mais aussi par un éloignement de plus en plus concret avec la RDA. Par la suite, le chancelier social-démocrate Willy Brandt (ancien maire de Berlin-Ouest) inaugure une politique de rapprochement avec l'Est, marqué symboliquement par l'hommage rendu au mémorial du soulèvement du ghetto de Varsovie en 1970. Il lance l'Ostpolitik : la RFA reconnaît la RDA après 22 années de doctrine Hallstein (la RFA revendiquait le droit à elle seule de représenter l'Allemagne et rompait toute relation diplomatique avec les pays qui reconnaissaient la RDA). Les deux Allemagnes entrent à l'ONU en 1973.

L'ouverture du «rideau de fer» en Hongrie au printemps 1989, dans le contexte de la perestroïka, provoque la ruée de milliers d'Allemands de l'Est hors de leur pays. Le régime communiste finit par céder face à l'ampleur des manifestations populaires. La chute du Mur de Berlin marque la fin de la séparation et est suivi par la réunification.

Le 3 octobre 1990, un traité d'union met fin à la division et, en décembre, les premières élections de l'Allemagne unie sont remportées par le chancelier M. Helmut Kohl et la coalition Union-FDP qu'il représente. Des traités sont signés avec l'URSS, la Pologne, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, reconnaissant les frontières nées de la Seconde Guerre mondiale.

De nombreuses manifestations sont prévues à l'occasion de l'anniversaire de la création de la RFA. L'un des événements les plus médiatisés est l'exposition à Berlin de soixante œuvres d'art retraçant l'évolution artistique de la RFA. Plus qu'une ode à l'esthétique ouest-allemande, cette exposition se veut être un hommage appuyé à la loi constitutionnelle du 23 mai 1949, qui, dans son article 5, paragraphe 3 proclamait et garantissait la liberté de l'art et de la science après des années de soumission au totalitarisme nazi. La chancelière Mme. Angela Merkel a salué cette initiative et a évoqué, lors de l'inauguration, l'espoir que représentait la liberté artistique en RFA pour les Allemands de RDA, assujettis alors à l'idéologie communiste.


Source :  Guillaume Pinta (Journal interparlementaire, n°5, 29 mai 2009)

http://jip2009.blogspot.com/
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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 15:47


 
Ifri's Security Studies Center is pleased to inform you of the publication of :
 

Focus stratégique n° 9 bis

 
"Candide in Congo :
The Expected Failure of Security Sector Reform (SSR)"

by Sébastien Melmot


The English full version of this document is available on Ifri's website : 

http://www.ifri.org/files/Securite_defense/Focus_strategique_9bis_Melmot_RSS.pdf     

Resolving today's security problems requires an integrated approach. Analysis must be cross-cutting and consider the regional and global dimensions of problems, their technological and military aspects, as well as their media linkages and broader human consequences. It must also strive to understand the far reaching and complex dynamics of both international terrorism and post-conflict stabilization. Through the collection " Focus stratégique " Ifri's Security Studies Center aims to do so, offering new perspectives on the major international security issues in the world today.

More about Focus stratégique

Bringing together researchers from the Security Studies Center and outside experts, the "Focus stratégique" alternates general works with the more specialized analysis carried out by the team of the Defense Research Unit (LRD or Laboratoire de Recherche sur la Défense ).


" Candide au Congo :
  
L'échec annoncé de la réforme du secteur de sécurité (RSS) "


par Sébastien Melmot (septembre 2008)


peut être téléchargé en version pdf sur notre site  :

http://www.ifri.org/files/Securite_defense/Focus_Candide_Congo.pdf

 

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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 11:30

The suspicion persists that even without an EU constitution some plan exists to informally implement its core institutional innovations – especially in foreign policy. Philippe Moreau-Defarges says it’s untrue, and explains why such an undemocratic agenda would be doomed to fail

 


Ever since the EU’s ill-fated constitutional treaty was laid to rest in 2005, the notion has persisted in some circles that there is some form of Plan B. It’s a view that is especially popular amongst eurosceptics, for to them those who work to build a united Europe possess many ingenious methods of misleading and manipulating the citizens of Europe in their quest to create a European super state.

Given this mindset, it is perhaps inevitable that the Lisbon treaty has come to be seen by them as just such an agenda. To them, it looks compellingly like the agenda that could breathe life back into the constitutional monster that was so convincingly rejected in 2005.

There is of course no such agenda. In fact, and in strict accordance with international law, this treaty was negotiated and then signed by the EU’s member states. The ratification process was scrupulously democratic – each of the 27 member states was required to ratify the treaty through its own democratic institutions and it could only be adopted once the treaty had been ratified by all. But that hasn’t satisfied the eurosceptics. Many of them argue that even if the treaty wasn’t ratified, national governments will still find some informal way of implementing it – or at least its core institutional innovations.

But despite the near practical impossibility of pursuing such an informal agenda – given that each and every government action faces intense media scrutiny these days – it is nonetheless interesting to consider how this approach could be implemented. At a foreign policy level in particular, it’s possible to imagine two very different approaches. The first could involve a European foreign policy based exclusively around the oldest member states such as France, Germany and Italy. This group could perhaps also include the UK because as a major power it plays a key role in many international operations and global fora. In essence, this would leave European foreign policy in the hands of those who count for most in the world and who have helped bolster the EU’s status in the global arena.

But it’s not clear whether such a foreign policy would take a truly European form, or whether it would merely reflect the priorities of the major European states. There is also the problem of how the left would react. And it is unclear whether the UK and Germany would even be willing to contemplate the creation of such a core policymaking structure when it would be largely divorced from their smaller neighbours. Quite possibly, the existence of a European diplomatic approach that’s dominated by Europe’s great powers might only be tolerated by Europe’s smaller nations if it remained virtually invisible and focused exclusively on the most pragmatic issues.

The second possibility could involve the creation of an EU diplomatic body that developed into Europe’s only creator of foreign policy. And it’s true to say that the senior officials behind the Common Foreign and Security Policy have already become significant personalities on the international stage and often lead negotiations – usually under the watchful eye of Europe’s larger member states. The problem is that the creation of such a body could leave some national governments fearful that something of a coup d’état had taken place on the foreign policy front – effectively denying individual nations their freedom of action in foreign affairs.

The existence of some secret plan to push forward the European constitutional agenda is of course one of those ideas beloved by conspiracy theorists. Perhaps that’s not surprising given that European negotiations are usually in the hands of unelected bureaucrats, whether they be Eurocrats or from a national bureaucracy. But in reality progress on the road towards European integration has only ever been achieved democratically. And regardless of the issue – whether it was Maastricht, the constitutional treaty or the treaty of Lisbon – there has always been plenty of debate. The development of an EU-wide foreign policy must therefore be conducted in the same way, and must reflect the foreign policy objectives of the member states.

It also has to be recognised that an EU foreign policy must be subject to the same limitations, and meet the same requirements, as the foreign policy of any individual member state. Over past centuries, each nation has developed its own unique foreign policy approach influenced by events ranging from war to the economic needs of a country’s people. What’s more, a foreign policy approach cannot simply be dictated – it must express the objectives of an entire nation. So the development of foreign policy becomes subject to the same legal and political processes, including the media influence and public opinion, as any other policy area.

The most complete and decisive example of a European-wide foreign policy to date is the Common Commercial Policy (CCP), and it has helped to rank the EU amongst the world’s heavyweights. It would be wrong to perceive the CCP as somehow separate from the single market – it is its external manifestation, guiding the EU’s commercial relations with the rest of the world. The creation of the euro has similarly led to a single monetary policy, and therefore a single eurozone approach to monetary matters. The point here is that progress on integration within Europe is directly linked to the development of the EU’s external policy – the two are inter-linked and cannot develop independently of one another.

Enlargement of the European Union has in recent years been the main tool that has driven its foreign policy initiatives. It has been the means for bringing those on the outside of the European construct into the club. The process of enlargement is, though, time-consuming, typically lasting for several years. The negotiations involved are complex, demanding the ratification of treaties and even requiring some form of democratic approval by the citizens of the countries involved. One can only guess at what agenda the eurosceptic conspiracy theorists imagine might exist in this arena – perhaps it includes the transformation of Turkey, or the former Yugoslav states, into EU members by the waving of some form of magic diplomatic wand.

In traditional foreign affairs terms – essentially inter-state discussions or international crisis management – policymaking is still in the hands of the nation states. Virtually all of the EU’s member states, and especially major powers like France, Germany and the UK – jealously guard their sovereignty in this area. France and the UK aren’t prepared to give up their seats as permanent members of the UN Security Council, and their stance reflects the perception amongst many ordinary citizens that enough sovereignty has already been lost to the EU.

But, should despite all these obstacles a truly European foreign policy materialise, then it certainly won’t be the result of some sinister hidden agenda. It’s more likely to come about as a result of international events that individual nations have little control over. That could leave some of Europe’s main powers with less global influence than they currently enjoy – in such circumstances the international weight of, say, the UK’s Foreign Commonwealth Office or France’s Quai d’Orsay, might be much diminished. The attitude of states like China, India or Brazil – for whom only a united Europe really counts – might also prove significant. And the growing importance of diplomacy in tackling such technical issues as climate change could also become influential. Ultimately, whether individual nations like it or not, developments like globalisation increasingly leave them as cogs in a larger machine where their legal and political structures are influenced and re-shaped by proliferating international legislation.

There cannot therefore be a hidden agenda capable of directing the EU’s future course. Such a notion would require the existence of some secret group capable of manipulating the opinions of entire populations. Indeed, one of the greatest challenges facing the EU is to establish its own democratic legitimacy. It’s becoming increasingly urgent to convince Europeans to accept as positive a Europe that has been built by technocrats. The task is complicated by the lack of clarity in the minds of ordinary people about who actually represents them within the European framework – especially when both national governments and the European Parliament seldom miss an opportunity to blame the European Commission for any decisions that aren’t popular.

If the EU is to continue making progress – especially in foreign policy – then the people of Europe need to develop a degree of European political consciousness. It’s a lengthy process that cannot possibly succeed if pursued through an elitist and undemocratic agenda.

Article paru dans Europe's World - Newsletter #16
http://www.europesworld.org/NewEnglish/Home/Article/tabid/191/ArticleType/ArticleView/ArticleID/21312/language/en-US/WithnoconstitutiondoesEuropehaveaforeignpolicyPlanB.aspx

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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 11:02

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a annoncé la semaine dernière le lancement réussi d'un nouveau missile balistique à deux étages Sejil-2 d'une portée de 2000 km, ravivant la discussion sur la menace balistique et nucléaire iranienne, ainsi qu'un sujet qui y est étroitement lié: le déploiement du système américain de défense antimissile.


La portée du nouveau missile permet à Téhéran d'atteindre des cibles situées sur le territoire d'Israël, en Asie mineure et dans les Balkans. Cependant, la nouveauté de ce missile fait planer des doutes: de l'avis des experts, la télévision iranienne a montré le lancement d'un missile similaire, Shahab-3, dérivé du missile nord-coréen Nodong et créé au début des années 2000.


Quel que soit le missile montré par la télévision iranienne, cela ne change pas le fond de la discussion qui se réduit essentiellement à ceci: d'une part, le degré de menace d'un tir de missile par l'Iran et, de l'autre, le niveau des forces et des moyens nécessaire afin de parer à une attaque éventuelle.


Pour l'Iran, l'importance du programme balistique excède sa composante strictement militaire. La conception de nouveaux missiles fournit à Téhéran des atouts dans son marchandage politique avec les pays occidentaux. En effet, plus importantes seront les capacités de l'Iran en matière de construction de missiles, plus élevées seront les concessions susceptibles d'être réalisées par la partie adverse.


Cette tactique ne suppose pas une menace réelle d'utilisation de ces missiles. L'attaque iranienne (si elle devient réalité) entraînerait la destruction pratiquement garantie du potentiel balistique iranien et de lourdes pertes pour le pays et l'ensemble de son économie, ce qui ne justifie pas le préjudice insignifiant que subiraient les adversaires de la République islamique. Par conséquent, il convient plutôt d'interpréter l'annonce des tests de missiles et leurs performances comme un "coup de pub" visant à majorer les mises iraniennes dans le jeu politique global.


La menace balistique iranienne prendra toutefois un tout autre tour si Téhéran parvient à créer des charges nucléaires destinées à équiper les missiles. Une telle augmentation des mises entraînerait presque inévitablement une flambée de tension militaire autour de l'Iran et exclurait pratiquement la possibilité de mener des négociations normales sur d'autres problèmes Nous sommes actuellement confrontés à une situation de ce type avec la Corée du Nord, qui a effectué un deuxième test nucléaire et s'est retrouvée isolée sur la scène internationale.


Qui plus est, la situation est aggravée par les rapports extrêmement tendus qu'entretient l'Iran avec un autre pays-clé de la région, Israël, qui est capable de porter en cas de nécessité une attaque contre les sites nucléaires iraniens. Nul ne sait où se trouve la "ligne rouge" au-delà de laquelle Israël décidera de lancer sa propre opération militaire en faisant fi de l'opinion de la communauté mondiale.


Pour contrer une attaque de missiles iraniens, les Etats-Unis déploient leur système de défense antimissile qui constitue une pomme de discorde entre les Etats-Unis et la Russie. Certains experts russes estiment non sans fondement que le déploiement du système de défense antimissile tel qu'il est conçu aujourd'hui n'est pas destiné à parer à une attaque de missiles iraniens, mais qu'il peut être utilisé pour intercepter les missiles russes.


En tant qu'alternative au bouclier antimissile en Europe, la Russie a maintes fois proposé d'examiner une alternative consistant à déployer des missiles intercepteurs à proximité des frontières iraniennes: en Turquie, au Koweït, en Irak peut-être, ce qui faciliterait l'interception de missiles lancés depuis le territoire de l'Iran et dans le même temps ne représenterait pas une menace pour le potentiel nucléaire de la Russie.


Par ailleurs, en cas de déploiement de bases de défense antimissile près des frontières de l'Iran pour intercepter les missiles dès leur départ, il ne serait pas nécessaire d'utiliser des missiles aussi onéreux que les GBI qui nécessitent des silos de lancement. Ils pourraient être remplacés par des systèmes de type de THAAD, de PAC 3, par des missiles israéliens Hetz et d'autres systèmes mobiles, y compris maritimes.


La volonté des Etats-Unis de changer ou non la conception de leur bouclier antimissile, montrera s'ils considèrent la menace balistique iranienne comme réelle, ou s'ils ont uniquement l'intention de s'en servir comme d'un prétexte afin de déployer des systèmes de défense antimissile dirigés contre la Russie.


Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Source : http://fr.rian.ru/analysis/20090527/121764380.html

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 08:42

 Tel Candide, j’ai l’habitude d’écouter attentivement. Mais Candide qui «avait le jugement assez droit, avec l’esprit le plus simple » avait sur moi l’immense avantage de pouvoir « croire innocemment » que tout était au mieux dans le meilleur des mondes. C’est ce que veulent nous faire croire ministres, généraux et industriels lorsqu’ils évoquent la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE). Je vois, au contraire, quatre raisons majeures de s’inquiéter de l’avenir de nos compétences technologiques et de notre industrie de défense.


Le sous-investissement chronique dans la recherche.
Pangloss, qui « prouvait admirablement qu’il n’y avait pas d’effet sans cause », serait sans aucun doute le premier à reconnaître que la recherche et l’innovation sont indispensables à la survie de toute industrie. Pourtant, en dépit d’engagements réitérés dans de nombreux textes de conclusions du Conseil, la part du PIB consacrée à la défense reste largement en-dessous de 2% et les investissements dans la recherche sont ridiculement bas, comme le montrent les données collectées par l’Agence européenne de défense (AED). Les données de 2007 soulignent un recul de 1,3% sur un an de l’effort global de R&D à 9,5 milliards d’euros pour les 26 États participant à l’AED. On en arrive aujourd’hui à prier pour que nos alliés américains veuillent bien s’intéresser à notre futur hélicoptère de transport, de peur de ne pas être à même d’en financer le développement. Pour autant que les États-Unis confirment leur intérêt, ils voudront y mettre une part de technologies américaines et en attendront légitimement des retombées industrielles. On peut aussi s’interroger sur la manière dont certains États membres (on peut citer les plus grands) ont développé des coopérations dans le domaine de la recherche avec les États-Unis ou Israël, plutôt que de le faire avec leurs partenaires européens.


Les acquisitions en urgence.
Curieusement, il ne semble pas exister d’étude détaillée - je n’en ai pas trouvée - sur les effets des acquisitions en urgence dont l’efficacité nous est régulièrement vantée par nos ministères de la défense (c’était encore le cas tout récemment au Royaume-Uni). Ne disposant pas de statistiques fiables pour les Vingt-sept, je me contenterai d’observer que les principales acquisitions sur étagères opérées par les États de l’Union pour les théâtres afghan et irakien concernaient des matériels américains, neufs, voire d’occasion, lorsque l’armée américaine disposait d’une capacité excédentaire.


Les investissements imposés par la puissance américaine.
Lors d’un colloque, mardi 28 avril à Paris, le chef d’état-major de l’armée de l’air française, le général Stéphane Abrial, saluait le fait que les avions français en Afghanistan seraient équipés dès septembre prochain du ROVER (Remotely operated video enhanced receiver). Tant mieux, pourrait-on dire, si ce système vidéo interactif en temps réel (il permet à quelqu’un au sol de visionner une zone donnée en temps réel et d’orienter le capteur de l’avion selon ses besoins) améliore l’efficacité des opérations et la sécurité des troupes. Mais ce serait omettre, d’une part, qu’il existait un projet français, reposant sur un autre modèle technologique, qui ne verra sans doute pas le jour et, d’autre part, que l’acquisition de ce matériel a été imposé par les États-Unis. Ces derniers se servent en effet des opérations en coalition ou de l’OTAN dont ils sont le principal acteur pour pousser, selon un intérêt national bien compris, à une normalisation américaine. On se souvient ainsi que les Rafales français avaient une première fois dû quitter le théâtre d’opérations parce qu’ils n’étaient pas équipés de la liaison de données 16 (link 16).


L’ingénuité avec laquelle on veut nous faire croire que la BITDE peut se construire à l’OTAN.
Lors du même colloque, le général Vinchon, représentant militaire de la France à l’OTAN, avait dit que le développement de la BITDE passe par « une présence forte » au commandement transformation (ACT) de l’Alliance, condition qui sera remplie avec l’arrivée d’un général français. Peut-on vraiment croire, avec tout ce qui précède, que c’est à Norfolk (Virginie) que l’on renforcera la base industrielle et technologique de l’Europe ? C’est vouloir conclure avec Pangloss que « 
ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise : il fallait dire que tout est au mieux ». 


Article paru le 28 mai 2009 dans le numéro 229 de EDD (Europe Diplomatie & Defense)   
 
                                                                                                             

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 07:42

Un petit nouveau dans le 7ème programme cadre de recherche européenne, la thématique « Sécurité » fait son entrée au côté du classique panel allant de la santé aux nanosciences, en passant par les biotechnologies ou l'énergie. L'Europe s'engage dans ce secteur sur un budget de 1,4 milliards d'euros sur 7 ans, soit près de 5 % du total de son budget " recherche ".
Les « technologies de sécurité » font l'objet d'un réel engouement et sont devenues une priorité de la recherche européenne. Pour comprendre cette « mobilisation » et ses raisons, il faut remonter à 2003. Sans doute poussés par les événements du 11 septembre, les commissaires européens publient, à l'époque, un communiqué (http://www.consilium.europa.eu/ueDocs/cms_Data/docs/pressData/en/reports/78367.pdf) identifiant les principales menaces pesant sur l'Union : terrorisme, crime organisé, radicalisation de groupes sociaux, extrémismes, prolifération d'armes, conflits régionaux et faiblesse de certains Etats, accès inégaux aux ressources naturelles, désastres environnementaux, ou accidents industriels en sont les principales. Si ces risques demandent à être sérieusement considérés, la Commission précise toutefois qu'« étendre des pratiques de bonne gouvernance, soutenir des réformes sociales et politiques, gérer la corruption et les abus de pouvoir, établir des Etats de droit et protéger les droits de l'homme sont les meilleurs moyens de renforcer l'ordre international ». L'objectif est donc de s'appuyer sur la diplomatie, l'action politique et sociale ou éventuellement l'action militaire pour éviter le pire, en préconisant un « engagement préventif afin d'éviter une aggravation future de ces problèmes ».
Du risque à la menace
Un an plus tard les risques évoqués deviennent des menaces nécessitant le développement d'un arsenal technologique pour se protéger. Un rapport publié en 2004 (http://ec.europa.eu/enterprise/security/doc/gop_en.pdf) par un comité consultatif de 25 membres (le Group of Personnalities - GoP), dont 8 directement liés aux grandes industries européennes de l'armement (BAe, EADS, Thales, Finmeccanica&) reprend l'analyse et les inquiétudes de la Commission, mais préconise de garantir la sécurité en Europe en « s'appuyant sur la puissance de la technologie européenne ». Le groupe constitué sous l'aile de la Commission insiste sur la nécessité d'établir un véritable programme de recherche en matière de sécurité pour, non seulement « améliorer la sécurité », mais aussi « accroître la compétitivité des industries », « renforcer la recherche européenne » et « soutenir la politique européenne pour la croissance et la compétitivité inscrite dans les traités de Lisbonne et de Barcelone ».
De la menace au marché
Le GoP demande alors un budget annuel d'un milliard d'euros pour la recherche, s'étalonnant sur les dépenses des Etats-Unis en matière de technologies de la sécurité (1,2 milliards de dollars). Une observation plus attentive de la situation outre-Atlantique explique largement cet investissement. Si un marché de la sécurité existe, c'est bien aux Etats-Unis qu'il se concentre. Le marché américain représente au minimum la moitié du marché mondial, lequel est estimé entre 100 et 300 milliards d'euros. Le Department of Homeland Security, en charge de la sécurité intérieure du pays, affiche un budget de 46 milliards de dollars pour 2008, sans compter l'ensemble des fonds qu'il coordonne, un montant évalué à 100 milliards de dollars en 2004 par le GoP. Malheureusement, l'Europe reste un poids léger dans ce secteur car la pluralité des clients (les services de sécurité des différents pays membres), leur manque d'homogénéité, ainsi que les infrastructures et les législations différentes entre pays ne favorisent pas la création d'un marché structuré susceptible de séduire les investisseurs et de fournir des débouchés aux industriels.
Du marché au marché
Reste à débroussailler ce marché pour définir une orientation claire des recherches à mener sur ces technologies de la sécurité. La troisième conférence sur les recherches sur la sécurité européenne (SRC 08 : http://www.src08.fr/jahia/Jahia/site/confsrc08) qui s'est tenue à Paris en octobre 2008 apporte quelques éclaircissements. « Plus de sécurité », « triplement du nombre de caméras
de surveillance sur la voie publique dans les deux prochaines années », « techniques de biométrie permettant un accroissement significatif des taux d'élucidation des crimes » ou « extension de ces moyens au service de la délinquance de masse », les propos tenus par Michelle Alliot-Marie dès l'ouverture de la séance sont applaudis par les nombreux représentant de l'industrie et de la Direction générale Entreprises et industries de la Commission.

Si le respect des libertés et la protection de la vie privée sont évoqués, l'essentiel des interventions porte sur :

 * l'amélioration des partenariats public/privé, la définition de normes et de standards européens en matières d'équipements et d'organisation ; certains avancent même la création d'un « label européen de la sécurité » pour asseoir le marché en Europe et donner une image de marque aux technologies européennes pour l'exportation ;

 * l'implication des utilisateurs finaux en amont des programmes de recherche ou les collaboration possible entre secteurs de la défense et de la sécurité. Ce dernier point est d'ailleurs relevé par Paul Weissenberg, en charge de la Direction " industrie aérospatiale, sécurité et défense " de la Commission européenne, qui pose la question de l'existence en Europe d'un marché de la sécurité distinct de celui de la défense, renvoyant aux industriels la responsabilité de le définir et de le convaincre de l'utilité des sommes investies par l'Union pour ces recherches sur la sécurité.
La machine industrielle
Comment interpréter cette focalisation sur le marché pour une thématique de recherche, même s'il s'agit de concevoir des produits technologiques ? En retraçant son histoire au sein de la Commission, l'implication de l'industrie devient évidente. Si le travail du GoP en 2004 ouvre la voie à ce marché de la sécurité, le Conseil consultatif européen pour la recherche dans le domaine de la sécurité (ESRAB) en charge de définir la stratégie de 2004 à 2007, se donne entre autre comme objectif principal « d'accroître la compétitivité globale des fournisseurs européens de technologies » (http://ec.europa.eu/enterprise/security/doc/esrab_report_en.pdf). Plus d'un quart de ses membres sont des représentant de l'industrie (les mêmes que ceux présent dans le GoP) et la thématique « Sécurité » du 7ème programme cadre de recherche et de développement technologique et de démonstration (7ème PCRD) est pilotée par la Direction générale " Entreprise " de la Commission, alors que c'est communément le rôle de la DG " Recherche"  d'encadrer ces programmes de recherche.
S'il paraît normal que l'industrie soit impliquée dans la recherche, Frank Gregory, professeur de sécurité européenne à Université de Southampton et membre du comité d'experts du projet européen Securint, invite néanmoins les services de police et de sécurité publics « à se montrer attentifs et capables de gérer une pression commerciale de plus en plus forte » (http://eprints.soton.ac.uk/55707/). Dans un article publié en septembre 2007, il consacre un chapitre entier intitulé « Les pressions industrielles » pour souligner l'implication des différents syndicats de l'industrie dans ces orientations de la recherche européenne, n'hésitant pas à qualifier ces actions de « lobbying ».
La machine est en marche et, même si le dernier rapport en date réalisé par le Forum européen pour la recherche et l'innovation sur la sécurité (ESRIF) pour la Commission en 2007 (http://www.esrif.eu/) insiste sur la nécessité de l'acceptation par les citoyens de ces technologies, il ne permet aucunement de revenir à une vision plus politique et diplomatique de la prévention des risques en amont, telle que celle avancée par la Commission en 2003. Néanmoins, mettant en avant un nouveau pan de recherche s'intéressant à la capacité des sociétés à se remettre d'une crise, la résilience, l'ESRIF semble plus à même de promouvoir une nouvelle vision de la sécurité. L'approche traditionnelle basée sur la surveillance, la détection, la protection et la répression va-t-elle céder du terrain pour laisser se mettre en place une vision basée sur l'acceptation des risques et le développement d'outils et d'organisations capables de résister et de se remettre aussi vite que possible en cas de crises ? Rien n'est moins sûr. Alors qu'en France la polémique fait rage sur les fichiers informatisés des services de renseignement, que des détecteurs de mensonges ou de « culpabilité » (www.alphagalileo.org/index.cfm ?fuseaction=readrelease&releaseid=532622) sont en cours de développement dans différents pays européens, ou qu'aujourd'hui, le nombre de caméras de surveillance des espaces publics est de un pour moins de 15 citoyens au Royaume-Uni, les technologies de la sécurité donnent plutôt une image orwellienne de nos sociétés.

Date de mise en ligne sur le site http://www.vivagora.org : jeudi 27 novembre 2008

 

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 06:48

Alors que les volumes d’échanges mondiaux devraient baisser de 13 % par rapport à 2008, l’OCDE exhorte les pays à s’abstenir de prendre des mesures protectionnistes et à maintenir l’ouverture des marchés afin que les économies puissent profiter de la reprise lorsqu’elle se produira.

 

Intervenant lors d’une réunion à Bruxelles à l’occasion de la présentation d’une nouvelle publication de l’OCDE consacrée à la politique commerciale : Le commerce international : libre, équitable et ouvert ?, Ken Ash, Chef de la Direction des échanges et de l’agriculture de l’OCDE, a prévenu que les actions engagées par les États en vue d’opérer une discrimination contre les biens, services, entreprises ou travailleurs étrangers « pourraient avoir un effet dévastateur en prolongeant et en aggravant la récession. »


  • Les consommateurs seraient touchés par des prix plus élevés et un choix restreint.

  • Les industries nationales subiraient un renchérissement de leurs intrants, car les biens et services intermédiaires constituent une grande partie des échanges actuels.

  • Les exportateurs seraient doublement pénalisés : par une augmentation des coûts et des mesures de représailles de la part d’autres pays. L’effet net sur l’économie serait des destructions d’emplois encore plus nombreuses.

 

Catherine Ashton, la commissaire européenne chargée du commerce, a souligné lors de cette même réunion la nécessité d’aider les citoyens à mieux comprendre le rôle du commerce dans la croissance économique et la création d’emplois.

 

Cette nouvelle publication de l’OCDE, Le commerce international : libre, équitable et ouvert ?, poursuit cet objectif. Cet ouvrage de la collection « Les essentiels de l’OCDE » s’adresse à un large public ; il explique que l’ouverture des marchés est une condition nécessaire à la croissance et à la prospérité, mais ne suffit pas à garantir des résultats positifs. La politique commerciale doit s’accompagner d’autres mesures pour que les avantages potentiels se concrétisent et que l’on puisse limiter les effets négatifs de la libéralisation sur les individus et les secteurs vulnérables. « Aujourd’hui, des politiques du marché du travail efficaces sont requises afin d’aider ceux qui doivent s’adapter », a déclaré M. Ash.

 

Pour de plus amples informations sur les échanges, voir :  www.oecd.org/echanges

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 11:20

Objet de l'association :
L'association « Le Cercle Polaire » a pour objet d'élaborer et de promouvoir une authentique culture scientifique des zones arctique et antarctique, d'œuvrer en faveur de la préservation de l'environnement des régions polaires et d'engager toute activité ayant un lien direct ou indirect avec ces enjeux. Elle entend notamment participer activement à la manifestation scientifique et culturelle de l'Année Polaire Internationale (API) 2007-2008. (Déclaration à la préfecture de police de Paris le 21 juillet 2006 ; publication au Journal Officiel du 19 août 2006, 138 e année, n°33, 1140) .


Les régions polaires sont des régions-clés dans la compréhension de la dynamique du climat global et partant du réchauffement climatique de la Terre. L'association entend contribuer, par delà les divergences d'interprétations et compte tenu de la complexité des phénomènes en jeu, à communiquer un diagnostic représentant un consensus autour de la question du réchauffemment de l'Arctique et de l'Antarctique dont on sait qu'ils sont à l'avant-poste du réchauffement climatique de notre planète.

 

Ses quatre objectifs :

 1/ Elaboration d'un outil de connaissances pour l'Année Polaire Internationale sous la forme d'une encyclopédie des régions polaires réalisée sous le conseil scientifique de l'Institut Polaire Français Paul-Emile Victor en coédition avec le Centre de Recherche et de Documentation Pédagogique de Paris.

2/ Lancement de la première édition du Festival Polaire qui se tiendra en Bretagne les 21-22-23 juillet 2007. Cette manifestation scientifique et culturelle réunira des scientifiques de haut-niveau, des artistes, des écrivains, des photographes et des grands voyageurs.

3/ Animation d'un site Web bilingue (français, anglais) destiné à assurer une veille des travaux, analyses, campagnes et résultats de la recherche polaire à l'attention du citoyen non spécialiste.

4/ Création d'un comité scientifique chargé d'élaborer par delà les divergences d'interprétations et compte tenu de la complexité des phénomènes en jeu, un diagnostic représentant un consensus autour de la question du réchauffement de l'Arctique et de l'Antarctique dont on saît qu'ils sont à l'avant-poste du réchauffement climatique de notre pla
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.


Les experts :

Dans le cadre de ses activités, l'association s'appuie sur un comité d'experts élus par le conseil d'administration et sollicités pour surveiller la qualité scientifique des documents produits par l'association. Il est composé de :


 - Thierry Aubin , directeur de recherches au CNRS, Laboratoire de Neurobiologie de l'Apprentissage, de la Mémoire et de la Communication à l'Université Paris XI Orsay.
 - Guy Bordin , Membre du Centre d'Etude et de Recherches sur les Littératures et les Oralités dans le Monde (CERLOM) à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) et membre du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative de Université Paris X, Nanterre.
 - Vincent Coudé du Foresto , astronome adjoint à l'Observatoire de Paris-Meudon (LESIA).
 - Yvon Csonka , Président du International Arctic Social Sciences Association (IASSA), professeur à l'Université de Greenland, Greenland.
 - Igor Dmitrenko , University of Alaska Fairbanks, Fairbanks, Alaska, USA.
 - Christophe Ferrari , Professeur des Universités, Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement, membre de l'Institut Universitaire de France.
 - Yves Frenot , Directeur-adjoint de l'Institut Polaire Français Paul-Emile Victor.
 - Jean-Claude Gascard , directeur de recherche au Laboratoire d'Océanographie et du Climat : Expérimentations et Approches Numériques (LOCEAN) de l'université PIerre et Marie Curie, coordinateur du programme européen Damocles.
 - Christophe Guinet , Chargé de Recherches au CNRS, Coordinateur français du programme SEaOS, responsable du programme ANR 2007 IPSOS-SEAL.
 - Marie-Noëlle Houssais , Chargée de recherches au CNRS, au Laboratoire d'océanographie dynamique et de climatologie de l'université Paris 6 Pierre et Marie Curie, membre du comité d'experts du Cercle Polaire.
 - Pierre Jouventin , Directeur de Recherche au CNRS, responsable de l'équipe « Ecologie Comportementale ».
 - Jean Jouzel , directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace, vice-président du groupe I du GIEC.
 - Marc Lachièze-Rey , Directeur de recherches au CNRS.
 - Frédéric Lasserre , Professeur à l'université de Laval (Québec), directeur de l'Observatoire de Recherches Internationales sur l'Eau (ORIE), chercheur à l'Institut québécois des Hautes Etudes internationales (IQHEI), chercheur associé à la Chaire Raoul Dandurand en Etudes Stratégiques et diplomatiques (UQAM) et à l'Observatoire européen de géopolitique (OEG).
 - Claude Lorius , Médaille d'or du CNRS, Président du comité de l'Académie des sciences pour l'Année Polaire Internationale
 - Peter Minnett , Professor at the University of Miami, Meteorology and Physical Oceanography, Rosenstiel School of Marine Atmospheric Science.
 - Jean-Robert Petit , ingénieur de recherches au Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l'Environnement, responsable du programme ANR 2007 LAC VOSTOK.
 - Vladimir Randa , Directeur de recherche au CNRS au Laboratoire de Langues et Civilisations à Tradition orale (LACITO) et chargé de cours à l'INALCO.
 - Pierre Taverniers , prévisionniste à Meteo France, diplomé de l'INALCO en langues et cultures de l'Arctique.
 - Michèle Thérrien , Professeur des universités à l'Institut National des Langues Orientales (INALCO) à Paris.
 - Paul Tréguer , Directeur de l'Institut universitaire européen de la Mer, professeur émérite à l'Université de Bretagne Occidentale, directeur scientifique du réseau européen d'excellence Eur-océans.
 - Jérôme Weiss , Directeur de Recherches au CNRS, membre du laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement (LGGE) à Grenoble.


Pour plus d'information : http://www.lecerclepolaire.com/
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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 07:47

CONFERENCE DE PRESSE CONJOINTE DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ET EUROPEENNES, BERNARD KOUCHNER, ET DE L'AMBASSADEUR CHARGE DES NEGOCIATIONS INTERNATIONALES POUR LES POLES ARCTIQUE ET ANTARCTIQUE, MICHEL ROCARD

 (Paris, 30 mars 2009)


Bernard Kouchner. C'est un plaisir pour moi, non pas de présenter Michel Rocard, c'est inutile, mais de l'avoir à mes côtés ou, plutôt, d'être à ses côtés.

Vous le savez, la situation est différente selon les pôles mais elle est également préoccupante. En Arctique, le réchauffement climatique permet ou permettra le développement de nouvelles activités. Michel Rocard précisera tout cela : l'exploitation du sous-sol, la navigation, la pêche, qui vont accroître et qui accroissent déjà la compétition entre Etats souverains riverains. Tout cela confère donc à la région une importance économique et stratégique majeure qui, entre autres, fait peser des menaces sur l'environnement.

Le dispositif juridique en place permet de répondre à un certain nombre de ces questions, des ces problèmes, d'en résoudre, mais il ne permet pas de faire convenablement face à tous les défis auxquels est brutalement confrontée cette région. Une meilleure gouvernance de l'Arctique devient indispensable. C'est pourquoi nous avons fait appel à Michel Rocard, et il est très remarquable de sa part qu'il ait accepté de servir l'intérêt général dans ce contexte.

Un certain nombre de débats sont en cours, notamment au sein de l'Union européenne, Michel Rocard sort d'ailleurs d'un long travail au Parlement européen. La Commission a rendu publique, à la fin du mois de novembre, une communication dessinant les contours d'une politique arctique de l'Union européenne. Cette ébauche est appelée à être précisée au cours de la Présidence suédoise du Conseil qui débutera au mois de juillet. Le ministère des Affaires étrangères allemand a organisé, les 12 et 13 mars, une Conférence internationale sur cette gouvernance arctique.

Il y a aussi des débats hors de l'Union européenne, notamment au Etats-Unis. Michel Rocard sera le 6 avril à Washington, les commémorations marqueront là-bas le cinquantième anniversaire du Traité de l'Antarctique. Hillary Clinton a souhaité y associer les membres du Conseil Arctique pour une réflexion élargie sur l'avenir et la gouvernance des pôles, et nous y voyons un signe prometteur.

Nous avons voulu que la France, dans ces débats, puisse faire entendre sa voix et valoir son expérience.

J'ai proposé à Michel Rocard de remplir cette mission, le président de la République le lui a offert. Il travaillera ici, au Quai d'Orsay et je serai très heureux qu'il y soit installé. Il pourra s'appuyer, au sein de ce ministère, sur une équipe de diplomates couvrant l'ensemble des aspects du problème : juridiques, énergétiques, climatiques, économiques, environnementaux et, bien sûr, politiques.

Je suis très heureux que la nouvelle organisation de ce ministère permette de l'accueillir dans des conditions optimales car tous ces aspects sont contenus dans la nouvelle Direction des Affaires globales. Ce sera alors l'occasion de vérifier son efficacité bien que cette réforme vienne seulement de se mettre en place.

Michel Rocard a 20 ans d'expérience des questions polaires. Alors qu'il était Premier ministre et moi son ministre, au sein de ses deux gouvernements, il fut, avec son homologue australien, le promoteur du Protocole de Madrid, en 1991, sur la protection de l'environnement en Antarctique.

L'initiative de ce protocole est née des refus français et australiens de ratifier la Convention de Wellington, en 1988, qui permettait l'exploitation des ressources minérales en Antarctique.

Vous avez à cette époque, Monsieur le Premier ministre, Monsieur l'Ambassadeur, par votre activité patiente, donner à beaucoup d'entre nous une admirable leçon de diplomatie.

Avec le recul, chacun peut percevoir une admirable leçon certes, mais aussi une efficacité, un profond mouvement novateur dans cette démarche, la tension des enjeux à long terme en particulier, l'art d'intervenir assez tôt pour que ces enjeux soient pris en compte lorsque les positions ne sont pas encore figées et que l'avenir est encore jouable.

Cet intérêt n'a pas été démenti au Parlement européen. Michel Rocard y a créé un Groupe parlementaire consacré aux affaires arctiques. Il a co-rédigé, dans ce cadre, la résolution "gouvernance arctique", approuvée le 9 octobre dernier.

Cette résolution a ouvert la voie à la communication de la Commission européenne qui pose les premiers jalons d'une politique européenne de l'Arctique, puis à la résolution du Conseil des ministres européens du mois de décembre 2008.

J'ai insisté sur ces aspects de l'activité politique de Michel Rocard car ils étaient directement liés à ces questions et c'est ce qui lui a valu, très précisément, non seulement de servir l'intérêt général, mais de le servir dans une matière, sur une discipline, dans une direction sur lesquelles il a bien des conseils à nous donner et une expérience qui m'autorise à lui dire : Monsieur l'Ambassadeur, soyez le bienvenu dans cette Maison.


Michel Rocard - Monsieur le Ministre, Mon Cher Bernard, merci beaucoup.

C'est vrai que j'ai un véritable plaisir à accepter cette mission et à entrer dans le cadre de cette Maison que je n'avais connue que par "en-dessus", si j'ose dire, avec sympathie aussi mais qui m'échappait un peu.

Je n'ai pas grand chose à ajouter à ce que M. Kouchner vient de vous dire. Vous aurez sans doute des questions. Il est vrai que mon arrivée dans cette affaire s'est fait par l'Antarctique et c'est parce que la communauté scientifique se souvenait de ce coup de poker réussi que des scientifiques sont revenus me chercher pour me demander de m'occuper de l'Arctique, lorsque j'étais parlementaire européen. D'où le débat qui a commencé. Puis, j'ai quitté cette fonction de parlementaire européen

Me voilà disponible et c'est au Quai d'Orsay que M. Kouchner s'est dit, saisi d'ailleurs par le Cercle Polaire, c'est-à-dire par un groupe scientifique dont je salue la présence de son président parmi nous, qu'il y avait matière à une mission que le président de la République a bien voulu me confier. Je suis heureux d'accepter une mission bien délimitée, parfaitement technique, qui n'implique de ma part aucune espèce de signification politique d'ensemble sur le gouvernement que je sers, au fond, comme fonctionnaire.

Peut-être un mot de plus sur cette affaire de l'Antarctique : une première remarque car, tout d'abord, la Convention, le pacte, le Traité qui régit l'Antarctique dit de Washington date de l'année 1959. Il a été ensuite complété par trois protocoles. Le premier d'entre eux est de l'année 1972 et concerne la protection des phoques. Le second est, je crois, de 1978 et concerne la protection de la faune et de la flore marine, tout cela n'étant pas très efficace. Et le troisième protocole fut signé dans la première moitié de l'année 1988. J'étais donc Premier ministre mais je n'en ai rien su. Le travail traditionnel est automatique et la France, comme l'Australie d'ailleurs, avaient signé le troisième protocole qui s'appelait le Protocole sur l'exploitation Des ressources minérales de l'Antarctique.

Le chef d'Etat de l'Australie étant la Reine d'Angleterre, qui ne fait de voyages internationaux que pour le Royaume-Uni, il est admis par le protocole international que lorsque le Premier ministre d'Australie se déplace, on lui réserve un traitement de chef d'Etat. Au cours d'une visite d'Etat à Paris, au mois de juin 1989, lors d'une pause café après deux réunions, il me dit : " Michel, as-tu vu cette catastrophe, nous avons signé un protocole qui prévoit comment exploiter les ressources minérales en Antarctique, cela vaut mieux que le non-droit qui présidait auparavant, puisque n'importe qui pouvait faire absolument n'importe quoi, mais que l'on en était empêché par le froid et les conditions techniques. Néanmoins, me dit mon ami Bob Hawke, le Premier ministre d'Australie, mon Parlement écologique a tourné vert, jamais nous ne ratifierons cela, je ne sais pas quoi en faire, tout le monde s'en moque, tout le monde l'ignore, toi-même tu n'es pas au courant. "

Or la France était signataire sous ma fonction. Nous convenons alors, ici, tous les deux, d'annoncer ensemble - ce fut l'unique fois dans l'Histoire où la France et l'Australie ont fait une démarche diplomatique conjointe, il n'y en a pas eu d'autres depuis, il n'y en avait jamais eu d'autres avant -, avec l'accord du président de la République immédiatement consulté bien sûr, d'avertir le monde entier que nos deux pays tombaient d'accord pour ne pas envoyer à la ratification ce troisième protocole du Traité de l'Antarctique et de demander la réouverture de négociations plus approfondies et plus complètes.

Le Traité de Madrid suit et se trouve négocié en moins de deux années et demie. C'est le plus rapide en négociation de toute l'histoire internationale, moins de trois ans entre l'émission d'une idée et sa traduction dans un Traité. Le troisième protocole déclare l'Antarctique, terre de science, réserve naturelle, patrimoine de l'humanité intégralement protégé avec interdiction de mettre en exploitation des ressources minérales quelconques, ceci pour 50 ans, renouvelable par tacite reconduction. C'est donc non modifiable. Comme l'a dit Jacques-Yves Cousteau lui-même bon expert, l'Antarctique est sauvé.

Reste que les dispositifs d'applications et de vérifications de ce Traité sont un peu imparfaits : il n'y avait pas de touriste il y a 20 ans, dix mille touristes il y a dix ans, 40.000 touristes l'été dernier, la montée est exponentielle et comme il y a peu de points d'escales, cette invasion touristique est un vrai danger. Il reste quelques problèmes de surveillances, de coordination scientifique et puis surtout, peut-être, de plafonnement du tourisme ou de durcissement des règles.

Il y aura toujours des choses à aller voir et il n'est pas question d'abandonner une responsabilité de surveillance, nous sommes, la France dans le secrétariat du Traité.

Mais, c'est en Arctique que les choses bougent. C'est six mille ans d'histoire explorés par nos historiens, rien, le néant, la poésie, la recherche scientifique et le désintérêt général de la planète et depuis quatre ans, tout bouge à une allure infernale.

La première découverte, celle du GIEC, le réchauffement climatique d'une part existe et d'autre part, il n'est pas homogène sur l'ensemble de la planète. Si l'on considère qu'il est de 0,6° C tout au long du XXème siècle, il est, dans la région arctique, de 2° C. C'est ce qui explique que la glace des pôles se mette à fondre beaucoup plus rapidement que d'habitude.

D'où, seconde conséquence et second fait, on va vers l'ouverture, chaque année, des deux voies circum polaires le long de la Sibérie ou le long du Nord-Canada pour faire transiter le commerce, nos navires, l'Europe vers le Japon, l'Europe vers la Californie, en contournant le pôle Nord plutôt par le Canal de Suez ou le Canal de Panama, selon votre destination, ce qui fait économiser cinq à six mille kilomètres de routes navales.

Ce sera donc un avantage énorme. La réduction du coût n'est pas à ce niveau, d'abord parce que, pour passer dans l'Arctique, il y a des icebergs et il faut renforcer les coques des navires - donc un coût énorme - , deuxièmement, parce que les assurances vont naturellement prendre d'autres dispositions et troisièmement parce que, du passage de bateaux explorateurs à une flotte régulière permettant à dix ou quinze mille par an d'y aller, il faut naturellement des instruments de remorquages, de traitements des accidents ou de surveillance maritime.

On aura du piratage et, comment traiter les marées noires, comment traiter les accidents de toutes sortes qui peuvent se produire ? Probablement même, il faudra construire des ports, au moins à mi-distance sur chacune de ces grandes côtes, sachant que le Canada est une suite d'îlots. Mais, on ne sait pas sous quel régime mettre cette surveillance.

Troisième problème, on a également découvert que l'océan Arctique recelait des réserves souterraines de pétrole et de gaz pour environ le quart de toutes les réserves mondiales.

Il est évident que les yeux s'ouvrent, que les riverains, - et les riverains ne sont pas des pays marginaux puisque les riverains, ce sont la Russie, les Etats-Unis, le Canada, la Norvège et le Danemark, pour le compte du Groenland.

Incidemment, le Groenland demandera probablement son indépendance diplomatique dans les quelques années qui viennent. Il en a le droit depuis le mois de juin dernier, après le référendum qui a prévu cette situation.

C'est au milieu de tout cela qu'il faut chercher à améliorer les conditions de gouvernance. J'ajoute un dernier point, c'est que l'océan Arctique est, bien entendu, l'océan principal de patrouille des sous-marins nucléaires qui se dissuadent mutuellement, de la Russie sur les Etats-Unis, c'est bien là que l'on se tire les uns sur les autres, ce n'est pas du fond de l'océan Indien ou du Pacifique, c'est l'océan Arctique, la grande densité. Ce qui pose aussi de manière particulière l'hypothèse d'accidents, car la surveillance des raisons de tels accidents fera peser quelques charges sur les conditions d'exercices des remorquages, des sauvetages, etc. Où en est-on pour arriver à tout cela ?

On ne sait pas quel droit s'applique, certains ont dit - j'ai même lu cette phrase durant mes responsabilités parlementaires - : " c'est une zone de non-droit ". Ce n'est pas vrai.

J'avais commis là une erreur, il y a des droits partiels, l'organisation maritime internationale a compétence là aussi pour les accidents mais, territorialement, il n'y a rien de mis en place.

La Convention internationale de Montego Bay de 1982 sur le Droit de la mer s'applique au "monde entier", elle n'a pas de disposition territoriale, elle n'est donc pas un cadre suffisant pour supporter tout cela.

Mais c'est l'amorce d'un cadre juridique possible.

Il faut donc faire l'inventaire des questions complémentaires nouvelles qui vont se poser, voir comment les traiter, respecter le souci des cinq pays riverains qui ont ensemble, en mai 2008, publié un communiqué qui indiquait en substance que la surveillance et la protection de l'Arctique leur incombent.

Quatre de ces pays riverains sont nos alliés à travers l'OTAN. L'un d'entre eux, le Danemark, est même membre de l'Union européenne. Avec le dernier, la Russie, la situation n'est pas bonne parce que l'habitude s'est prise dans nos opinions publiques de reconstruire une espèce de méfiance vis-à-vis d'une Russie pourtant en train d'apprendre la démocratie chez elle - on n'est plus chez les staliniens. Lorsque le Pacte de Varsovie a implosé, la réponse occidentale a été de maintenir la méfiance et non pas de dissoudre le Pacte atlantique, qui était né d'une réponse au Pacte de Varsovie. Nous l'avons maintenu et les Américains ont pris la décision, devant laquelle aucun Européen ne s'est jamais opposé, de l'élargir aux pays frontaliers de la Russie. La Russie a ressenti cela comme une mise en méfiance, non justifiée jusqu'à présent. Il n'y a pas de désaccord massif sur le mode d'organisation socio-économique et nous aurons à traiter avec nos voisins et partenaires russes, en faisant tomber si possible cette méfiance car il n'y a là qu'une co-gouvernance que l'on puisse envisager.

Mon principal adversaire dans la mission que je viens de recevoir et qui est difficile, sera cette attitude culturelle de diabolisation de la Russie qui monte un peu partout et qui parfois a de l'écho jusque dans vos colonnes parce que beaucoup de gens pensent ainsi. Il faut faire tomber cette méfiance et trouver des conditions de coopération.

Il y a donc une incertitude sur le droit qui s'applique, sur la délimitation des questions nouvelles à se poser et dans quel ordre les poser pour obtenir, d'abord, des consensus et créer entre tous les riverains, à travers ces consensus, un type de relations qui permettent d'aborder les choses suivantes, de plus en plus difficiles.

Il n'est pas du tout invraisemblable, par exemple, que nous devions commencer par le droit de la pêche puisque tout le considérable attirail du droit international en matière de pêche est territorialisé partout, mais que cette terrritorialisation ne comporte pas l'océan Arctique, lequel pourtant, à cause du réchauffement climatique, pourrait bien voir arriver des reflux de poissons venant du Pacifique et de l'Atlantique, à titre principal. Nous allons avoir besoin d'une extension du droit de la pêche. Pourra-t-elle ou pas trouver une base légale dans des traités déjà existants ? Cela fait partie des questions qu'il faut aller explorer avec délicatesse et prudence avec tous ces partenaires.

Mais, bien sûr, une des premières choses est d'assurer la sécurité là-bas. Sera-t-il possible de confier la sécurité maritime, remorquage, traitement des accidents, traitement des marées noires, etc. à un organisme international commun ? Faudra-t-il faire confiance à des lois nationales dans chacun de ces pays ? Nous ne le savons pas encore. Cela dépendra beaucoup de l'attitude du Danemark et, peut-être, de la Norvège.

J'espère qu'il y aura une diplomatie européenne commune. Le Parlement européen est en effet le tout premier organisme collégial qui se soit occupé de ce problème et qui ait posé la question de la gouvernance arctique. Je crois même que la résolution de mai 2008 du Conseil arctique est une réponse aux premières démarches du Parlement européen qui, incidemment, se ressaisit et vote de nouveau sur ce problème jeudi prochain. Nous aurons une deuxième résolution un peu plus précise que la première et qui pourra servir de base d'envoi.

Monsieur le Ministre, je serai donc amené à vous demander l'autorisation de faire fonctionner la diplomatie française dans un cadre étroitement corrélé sinon discipliné à l'Union européenne.


Bernard Kouchner - Monsieur le Premier Ministre, vous avez mon autorisation, j'aime à ce qu'on l'entende.


Michel Rocard - Tout cela me laisse penser que cette mission n'a rien de facile. L'Antarctique, c'était presque facile : pas un électeur, rien que des manchots et les plus proches continents très loin.

L'océan Arctique, c'est de l'eau, à la différence de l'Antarctique qui est une terre, avec des riverains extrêmement proches et tout-puissants. A travers le Danemark, l'Union européenne est pays riverain. Nous sommes donc négociateurs de plein droit. Mais je m'attends à d'extraordinaires difficultés. Ce qui fait que je me considère comme honoré de m'être vu confier cette mission, je vous en remercie infiniment, Monsieur le Ministre, mais cela va être un sacré travail.

Mesdames, Messieurs, je suis à votre disposition pour toute question complémentaire.


Bernard Kouchner - Vous aurez compris que M. Rocard était spécialiste de cette question et que le choix est bon.


Q - Monsieur Rocard, vous avez décrit une situation d'une complexité extraordinaire. M. Kouchner a évoqué la notion de négociations au pluriel. Quel est le but de cet exercice, d'avoir une conférence ou de mettre un peu d'ordre dans cette complexité ? Comment organiser cet exercice ? Le G20, par exemple, est-il un modèle à cet égard, ou bien les pays directement concernés, ou encore une sorte d'organisation comme les Nations unies ? Comment s'organiser, avec quels pays, avec quel agenda ?


R
- M. Rocard - Je commencerai par votre deuxième question pour ne pas y répondre. J'ai la chance, et c'est un peu l'une des raisons pour lesquelles cette responsabilité m'est confiée, d'avoir une relative expérience. Et j'ai appris notamment, c'est vrai en matière sociale ou en matière fiscale, mais en matière internationale encore davantage, que la procédure est complètement décisive. Par conséquent, je me garderai bien de lancer la France dans l'arrogance de proposer une procédure. C'est sur la procédure que je commencerai par chercher un accord de nos partenaires. Quand cet accord sera obtenu, ratifié par mon ministre, nous pourrons lancer le travail sur le fond.

Il me faut vous dire autre chose. Tout ce que j'ai fait de mieux dans ma vie publique, je l'ai réussi parce que j'avais gardé la discrétion, sinon le secret, sur toutes les intentions jusqu'à ce qu'elles mûrissent. Il est essentiel en démocratie que la presse soit informée de tout et juge de tout mais pas nécessairement pendant le travail, mais plutôt après, quand on a à la fois les avantages et les inconvénients et que la finition d'une négociation permette d'en évoquer les avantages. Sinon on a que les inconvénients pendant qu'on en parle. Je ne vous ferais, donc pas, part de ma stratégie. Mais il est certain que nous essaierons de lancer, à partir de l'Union européenne, une procédure qui fasse l'accord. D'où votre première question qui est la finalité.

Il y a tout à la fois. L'ouverture de l'inquiétude est environnementale. Le réchauffement climatique fait des dommages infiniment plus grave dans l'Arctique que n'importe où ailleurs proportionnellement à l'état précédent. C'est ce qui ouvre les voies de navigation, qui change toute la géographie de l'Arctique et même sa stratégie, puisque le réchauffement climatique est aussi permissif que des patrouilles de sous-marins nucléaires renforcées.

Mais il est peut-être sage de commencer autrement. Je crois que l'attaque par le problème de la sécurité maritime sera la première à permettre que les pays riverains de l'Arctique se rendent compte que l'ouverture de voies maritimes pour le monde entier, y compris la Chine - vous avez vu dans la presse que la Chine commence à s'intéresser sérieusement à l'Arctique. Pourquoi ? Parce qu'elle sait aussi qu'elle aura beaucoup de navires à y faire passer - oblige à trouver une nouvelle gouvernance de la sécurité. Le mot traité a été avancé ici ou là, c'est moi-même qui l'ai écrit dans une résolution du Parlement européen. Cela va peut-être revenir jeudi. C'est un mot peut-être trop anticipé.

Ce que nous visons est une amélioration de la gouvernance. Si elle se trouve dans des protocoles qui existent déjà, tant mieux. D'ailleurs, la gouvernance de l'Antarctique, qui tient beaucoup plus au troisième protocole plus encore qu'à son traité, résulte d'un protocole. On se moque, donc, un peu de la solennité de la procédure, ce qu'il nous faut c'est que cette procédure existe.

La sécurité navale sera une première chose et probablement la pêche aussi. Il est nécessaire que nous encadrions les droits de pêches avec des quotas, des volumes, etc. à la zone de l'océan Arctique dans le prolongement de ce qui est déjà fait. Ce qui veut dire sans doute que la partie gouvernance de l'océan Arctique du point de vue de la pêche pourrait bien n'être pas soumise au même régime juridique que celui d'un traité global sur sa sécurité.

Puis il y a le troisième problème. On va se mettre à exploiter du pétrole férocement, et un peu tout le monde. Le Groenland y songe beaucoup, la Norvège est limitrophe et la Russie ne rêve que de cela. La Russie a même fait une revendication territoriale considérable.

J'ai oublié de citer ce problème : la Convention internationale sur le Droit de la mer de Montego Bay en 1982 prévoit et définit ce que veulent dire, en terme de souveraineté, les limites territoriales. Il y a deux limites territoriales de chaque Etat maritime, une à 12 miles où l'eau est considérée comme relevant de sa loi nationale. Sécurité, traitement des accidents, la souveraineté nationale s'exerce absolument sur les douze premiers miles marins en mer. Le mile marin fait 1852 m, cela nous donne vingt et un kilomètres. Il y a une deuxième limite qui est à 200 miles nautiques, celle-là continue d'affecter la souveraineté nationale, les règlements de sécurité et de navigation, mais elle considère, qu'en ce qui concerne la pêche ou d'autres éléments, c'est la négociation nationale qui doit s'appliquer moyennant accord avec le reste du monde, donc des conventions particulières.

Cette Convention sur le Droit de la mer prévoit qu'il est possible à tout pays de demander l'extension de cette limite de 200 miles nautiques jusqu'à continuité du plateau sous-marin s'il est en continuité avec les 200 premiers miles nautiques. C'est à ce titre que la Russie a déposé l'année dernière deux revendications distinctes, dont la somme couvre 36 % de la surface de l'océan Arctique et inclut le pôle Nord pour la plus grande de ces deux revendications. La petite revendication territoriale couvrant une réserve pétrolière que l'on estime à la moitié des réserves de l'Arabie Saoudite, sinon davantage. Je vous rappelle aussi que la Russie s'est amusée à déposer sur le sous-sol du pôle Nord, qui est à 4200 mètres sous l'eau, une reproduction en titane de son drapeau national qui a été déposée comme signe de cette revendication devant le comité compétent du droit de la mer.

En foi de quoi les Etats-Unis sont en train de préparer une demande symétrique mais la géologie leur est moins favorable. La Norvège fait également une demande contestant l'argument russe que la zone demandée par la Russie est la prolongation d'une fameuse dorsale de Lomonosov qui traverse à peu près le tiers de l'océan Arctique.

Il s'agit aussi d'inclure cette vision des choses et ce que signifient ces revendications qui, incidemment, peuvent avoir des conséquences de nature militaire. L'extension russe peut vouloir dire une intention de placer du matériel militaire en dessous. Il vaudrait mieux arriver à négocier une affaire pacifique dans ce dossier. C'est, d'ailleurs, une raison de plus de chercher une bonne entente avec la Russie et non pas traiter cela agressivement.

Voilà où nous en sommes. Mais l'entrée dans le problème par la sécurité maritime d'abord, puis par la pêche, me paraît être le fil conducteur de cette affaire.

Naturellement, la vraie finalité est d'assurer la protection environnementale. Tout le monde y est sensible. La mentalité écologique et les organisations écologiques se développent à toute allure. Même au sein de la Russie, ils ont connu des procès devant leur justice, il existe une défense des écologistes russes. Bref, nous ne partons pas dans une terre désertique de ce point de vue-là. Mais je ne suis pas sûr que ce soit une bonne entrée diplomatique dans la mesure où jusqu'à présent la plupart des nations considéraient que la préservation de l'environnement était certes fort importante mais relevait de leur compétence nationale. Nous aurons probablement cette réponse au début. Or, cette réponse ne suffit pas en matière de sécurité et ne tient pas la route en matière de pêche. Voilà comment je sens les choses aujourd'hui. Mais laissez-moi travailler, il va falloir analyser dans le détail les sensibilités de fond puis procédurières de chacun des Etats membres, de les faire accepter à nos partenaires de l'Union européenne. Il y en a pour pas mal de mois, sinon d'années, à défricher ce labyrinthe discret, secret et codé juridiquement.


Q - Sans nous révéler de secret, on sait que vous allez à Washington le 6 avril, est-ce que vous avez d'autres visites prévues à l'ONU, à Moscou, au Canada ?


R - Michel Rocard - Ce sera ma tâche chaque fois que le sujet viendra à l'ordre du jour, mais je ne pousserai pas dans le sens qu'avait évoqué votre précédent questionnaire, à créer un organisme spécial. Cela ne pourra être que le résultat, et pas le seul possible.

La prochaine réunion est à la fin du mois d'avril à Tromsoe en Norvège - Tromsoe est à 150 km du Cap Nord. C'est à Tromsoe que le gouvernement norvégien qui préside le Conseil arctique en ce moment réunit ce Conseil arctique. Nous, la France, sommes observateurs au Conseil arctique et naturellement l'Union européenne, le Danemark étant membre, membre permanent du Conseil arctique. J'irai donc à Tromsoe où il y aura d'une part une première journée de travail organisée par le gouvernement norvégien or-formalis sous la présidence et avec l'introduction d'Al Gore, le vice-président des Etats-Unis qui vient donner son sentiment. Le lendemain, le 29 avril se tient le Conseil arctique auquel j'assisterai pour le compte de la République.


Q - Pardonnez-moi, il fallait que je vous pose cette question. Tout à l'heure vous vous présentiez comme un simple fonctionnaire au service du Quai d'Orsay. Est-ce que, après M. Kouchner, Jack Lang, émissaire spécial à Cuba, vous estimez que vous êtes une belle prise ?


R - Bernard Kouchner - Merci, Monsieur, d'être obligé très valeureusement de poser la question, il n'y sera pas répondu sauf par une petite remarque. Le mot "prise" en ce qui concerne un ancien Premier ministre et après ses réponses éminemment précises ne convient pas. Il n'y a pas de "prise", il n'y a pas de politique, surtout pas politicienne. Il y a le bonheur de travailler avec quelqu'un compétent sur un sujet qui concerne le monde entier et l'intérêt général de la France, de l'Europe et de la planète. Merci de prendre cela au pied de la lettre. Il n'y a pas l'ombre d'un souci. Je réponds à la place de Michel Rocard, mais si vous voulez qu'il réponde à sa façon, c'est à lui de le faire.

R - Michel Rocard - Je dirais simplement que j'ai été heureux d'accepter cette mission parce que j'avais le sentiment que j'étais bien le seul responsable français qui s'était occupé de ces questions, ce qui me vaut déjà une compétence - qu'il m'aurait fallu quelques mois pour acquérir ce qui aurait été du temps perdu - mais, surtout une autorité faite d'autres, car la réussite de notre pari sur l'Antarctique était un coup diplomatique assez fameux même si à l'époque il n'impressionnait personne, il est resté très discret. C'est tout de même un coup superbe et l'on s'en souvient. Je ne me sens pris par rien.


Q - Bonjour, vous avez mentionné qu'il faudrait peut être plafonné les touristes, est-ce que vous pourriez élaborer un petit peu qui sont ces touristes et comment est-ce que l'on pourrait les plafonner ?


R - Je me garderais bien de répondre à votre question puisque la réponse doit être de consensus international, on verra bien. Le problème qui se pose est celui d'examiner dans quelles conditions le tourisme fait ou ne fait pas des dégâts relatifs et toxiques à la tranquillité de la faune et au respect du peu de flore - enfin c'est surtout de la faune qu'il s'agit. Il faut d'abord se mettre d'accord là-dessus et ensuite probablement demander le sentiment à tous les opérateurs touristiques et aux gouvernements en cause, puis on verra bien. Je me garderai d'en dire davantage mais je ne peux ne pas dire qu'il y a un problème. Je ne pense pas que l'Antarctique soit capable de supporter 150.000 touristes, parce que bien entendu on ne va pas au cœur des icebergs, les parties fréquentables, celles qui sont abordables l'été, c'est-à-dire sans trop de glace ne sont pas énormes. Il y a, donc, un problème de densité maximale dont il faut saisir la communauté internationale. Ma ligne ne sera jamais de provoquer par des positions rigidifiées à l'avance.


R - Bernard Kouchner - Merci beaucoup./.

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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 18:29

Dans cinq mois, la France assurera la présidence de l'Union européenne. Elle disposera alors de six petits mois pour faire aboutir l'un des dossiers clés de l'Europe, qui conditionnera à la fois sa sécurité et son identité politique pour les décennies à venir : la « défense européenne ».

Vieux rêve de la diplomatie française depuis plus d'un demi-siècle, d'abord avec le projet de CED (Communauté européenne de défense), puis avec le plan Fouchet, l'ambition française de doter l'Europe d'une capacité de défense autonome apparaît aujourd'hui aussi indispensable qu'inatteignable.

Indispensable parce que l'après-guerre froide, loin d'avoir fait disparaître la guerre, n'a fait que voir se multiplier des menaces nouvelles (terrorisme, prolifération, déstabilisation et conflits multiples à la périphérie de l'Union), tandis que le mécanisme de défense atlantique (Otan) apparaît aussi obsolète que fragilisé par l'échec de l'aventure américaine en Irak. Tout, dès lors, dans le contexte stratégique de ce début de XXIe siècle, devrait inciter les Européens à s'unir en matière de défense, comme ils l'ont déjà fait en matière douanière, économique ou monétaire.

Et pourtant, l'objectif apparaît aujourd'hui plus inatteignable que jamais.

Jamais en effet l'écart budgétaire n'aura été aussi grand entre Européens et Américains dans le domaine de la défense : les Vingt-Sept ensemble totalisant moins de 40 % du budget du Pentagone, tandis que cet écart atteint 1 à 10 en matière de recherche et développement militaire.

Jamais les grands programmes d'armement conçus et fabriqués en commun entre Européens n'ont été aussi rares. Et jamais les désaccords politiques n'ont été aussi patents sur les objectifs et les missions : qu'il s'agisse de l'avenir de la dissuasion nucléaire (sujet tabou entre tous parmi les Européens), de la défense antimissile, des « objectifs de forces » (ceux d'Helsinki, 60 000 hommes déployables sur une année ont été abandonnés), comme des missions affectées à d'éventuelles interventions en commun. Ces derniers jours, le lancement ô combien laborieux de l'« Eufor Tchad-RCA » pour le Darfour (3 700 soldats européens dont 2 100 Français, mais zéro Allemand et zéro Britannique) est le symbole même de ce désert stratégique européen.

La France devrait-elle alors se résigner à ce constat d'impuissance européenne et choisir soit de se réfugier dans le repli national, soit au contraire dans l'alignement atlantiste ?

Parce qu'aucune de ces options n'est tenable pour l'avenir, la présidence de l'Union par Nicolas Sarkozy doit être au contraire l'occasion de démontrer que malgré les blocages actuels, la révolution géopolitique dans laquelle nous sommes entrés impose un véritable saut qualitatif en matière de sécurité commune. Et que, plus prosaïquement, le volontarisme politique peut une fois encore triompher de l'inertie. Après tout, le traité simplifié voulu, inventé par le candidat Sarkozy avant même son élection et que le Congrès ratifiera à Versailles dans quelques jours, n'est-il pas la preuve tangible du caractère irremplaçable de la force d'impulsion française dans la construction européenne ? Cette force d'impulsion, la France doit à nouveau la mettre au service de la défense commune.

En réconciliant la France avec l'Amérique dès son élection et en signalant que défense européenne et Otan sont désormais compatibles du point de vue de la France, le président Sarkozy a d'ores et déjà levé le préalable majeur à l'émergence d'une défense commune entre Européens. Tant que, en effet, ces derniers soupçonnaient la France (et pas toujours à tort) de vouloir défaire l'Otan et bouter dehors le grand allié américain en proposant une défense européenne alternative à l'Alliance, l'idée même d'une défense européenne commune était de facto condamnée. Ce préalable est désormais levé, et les Britanniques eux-mêmes en Irak comme les Polonais avec l'affaire de la défense antimissile, ont compris à leurs dépens le caractère parfois erratique (!) de certaines initiatives stratégiques américaines.

Le moment est donc venu pour la présidence française de se préparer sérieusement à articuler les principaux axes, aussi concrets que possible, d'une future architecture de défense européenne.

Qu'il me soit permis d'en proposer ici huit afin d'ouvrir ce débat.

En premier lieu, un préalable méthodologique s'impose. La défense commune n'avancera qu'autour d'un noyau dur de « coopération renforcée », un G6 composé des nations principales : France, Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, Italie et Pologne, les autres pouvant rejoindre le groupe « pionnier » à tout moment.

En second lieu, ce groupe adoptera solennellement un objectif de convergence budgétaire fixé à 2 % du PNB pour les budgets de défense.

En troisième lieu, ce groupe annoncera un objectif industriel : celui d'abandonner l'exception militaire au grand marché (le fameux article 296) avec l'idée au contraire de faire de l'industrie de défense un véritable marché commun, les commandes d'armement nationales donnant lieu à des marchés publics européens ouverts prioritairement aux industries européennes d'armement.

En quatrième lieu, l'adoption d'un objectif de force d'intervention commune de 60 000 hommes, chacune des nations du G6 affectant 10 000 hommes à un commandement unifié.

En cinquième lieu, l'annonce d'une européanisation des bases militaires à l'extérieur aujourd'hui mises en œuvre par tel ou tel État membre.

En sixième lieu, le lancement de programmes communs structurants indispensables pour l'avenir (espace, communication et renseignement, défense antimissile).

En septième lieu, la mise en œuvre d'un plan commun de protection des populations en cas d'attaque terroriste au moyen d'armes non conventionnelles (chimiques, bactériologiques ou nucléaires).

En huitième lieu, enfin, la définition d'une politique européenne commune de désarmement et de contrôle des armements : réduction du niveau des stocks nucléaires, garanties de sécurité, création d'une banque européenne du combustible nucléaire à la disposition des pays émergents soucieux de se doter de capacités électronucléaires civiles.

Chacun des axes proposés ci-dessus est à la portée des États du G6. Ensemble, ils peuvent constituer l'armature d'une véritable défense commune des Européens face aux défis géopolitiques du XXIe siècle.

Une fois adoptés, ils serviront de socle à une relation d'alliance rééquilibrée avec les États-Unis d'Amérique, dès la seconde moitié de 2009, une fois installée la prochaine Administration américaine.

La balle est désormais dans le camp des Européens. À la France de la lancer en premier.

Pierre Lellouche est député et conseiller de Paris, délégué général de l'UMP pour la défense.

(Article paru dans l'édition datée du 31 janvier 2009 du quotidien Le Figaro)

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