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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 14:39

The moves toward more cross-border cooperation on defense purchases at the European Union summit concluding Friday are "a very positive step forward," said Tom Enders, chief executive of Airbus parent European Aeronautic Defence & Space Co.

Mr. Enders, a frequent and harsh critic of how European politicians handle military spending, said declarations at the gathering calling for greater cooperative buying, organization and certification of military equipment and services offer "a sign that the political will exists" to take action.

EU countries, under financial pressure amid the economic crisis, have been cutting military spending but have failed to boost efficiency by pooling their purchases. Mr. Enders and other industry leaders, as well as some defense officials, have long called for greater cooperation on European security.

Conclusions agreed at the summit recommend steps to harmonize military standards and certification and increase the volume of multicountry military procurement. The summit was the first since 2008 dedicated to defense and security issues.

"More European programs with common specifications and certifications are needed to sustain the European defense-industrial and technology base," Mr. Enders said in a written response to questions from The Wall Street Journal. "At stake is the autonomy of European defense and jobs and growth of an industrial high-tech sector in Europe."

Major powers including China, Russia and the U.S. are either boosting military spending or trying to refocus for greater efficiency. Mr. Enders said Europe faces a choice:

"We take action or we become dependent on our allies," he said "Europe has taken its head out of the sand to look at the reality of its security and defense."

While the summit shifts the tone in EU discussions of defense cooperation, it won't remedy Europe's inefficient military acquisitions quickly. European militaries have already launched many projects jointly, but complex management and conflicting demands to maintain jobs in many countries have increased the cost of equipment such as the Eurofighter military jet, of which EADS is one producer.

Write to Daniel Michaels at daniel.michaels@wsj.com

Source : http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052702304367204579269850383727022

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 14:02

Le lecteur trouvera ci-après les versions française et anglaise des conclusions du Conseil européen des 19 et 20 décembre 2013.

http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_Data/docs/pressdata/fr/ec/140267.pdf

140245-conclusions conseil européen-19&20dec2013 140245-conclusions conseil européen-19&20dec2013

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 13:29

Les questions de politique étrangère ont dominé la fin du dernier Conseil européen de l’année. La France estime avoir obtenu des avancées significatives sur le financement des opérations extérieures.  

 

Pas de financements européens pour l’intervention de la France en Centrafrique (RCA), mais la porte reste ouverte au lancement d’une mission de l’UE dans le pays, en soutien de l’opération française lancée en urgence début décembre.

A l’issue du Conseil européen consacré à la défense le 20 décembre à Bruxelles, les chefs d’État et de gouvernement se sont entendus pour réfléchir à la pertinence et la forme d’une action européenne en RCA. Une décision sera prise à l’occasion d’un conseil des ministres des Affaires étrangères le 20 janvier 2014, alors que de nouveaux heurts ont éclaté à Bangui dans la nuit.

Dans ses conclusions, le Conseil « affirme la disponibilité de l'UE à examiner l'utilisation des instruments pertinents pour contribuer aux efforts en cours visant à la stabilisation du pays, y compris dans le cadre de la Politique de Sécurité et de défense commune, dans ses deux dimensions militaire et civile ».

La charge a échu à  la Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères Catherine Ashton, qui devra présenter une proposition pour prise de décision dès janvier 2014. Un délai « particulièrement court », selon Paris.

Un compromis dont s’est félicité le président François Hollande. « Ce matin, il s’agissait d’obtenir le soutien unanime des États membres sur l’opération lancée en Centrafrique, nous l’avons eu » a affirmé le Président. « Je considère que mes demandes ont été largement satisfaites », a-t-il poursuivi.  

En effet, dès la première journée de travail, François Hollande avait annoncé avoir obtenu une révision du mécanisme de financement des opérations extérieures de l’UE, une demande centrale de son agenda. Cette dernière devra intervenir au cours du premier semestre 2014, sur la base de propositions de Catherine Ashton.

L’intervention française a d’ailleurs été officiellement saluée par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. « L’intervention de la France a permis d'éviter le désastre d'une guerre civile, voire même peut-être un génocide » a-t-il rappelé.

Mais si les soutiens politiques à l’intervention n’ont pas manqué, les États membres sont restés plus prudents sur leur volonté d’intervention aux côtés de la France.  

A l’issue du sommet, la chancelière allemande a coupé court à toute possibilité d’envoi de troupe allemande en Centrafrique. « J’ai dit au président français que nous n’enverrions pas  de troupes. Nous devons toujours discuter au sujet des types de soutien nous pouvons apportez » a détaillé Angela Merkel ;

Au rang des pays disposés à participer directement à l’opération en Centrafrique, on compte, la Pologne « qui a donné un accord de principe » a affirmé, François Hollande, ainsi que la Belgique et l’Estonie sur certaines actions.

Mais le renvoi de la question de l’intervention sous bannière européenne au prochain conseil des affaires étrangères en janvier 2014 devrait repousser d’autant toute décision définitive de ces pays.

Source : http://www.euractiv.fr/avenir-europe/la-france-sauve-la-face-sur-la-c-news-532551

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 23:30

A la lecture des copieuses conclusions du Conseil européen dédiées à la défense, comment ne pas être déçu par l'absence de réponses concrètes à la hauteur des défis posés à une Union européenne qui ne cesse de se vouloir un acteur global dans le monde, alors même qu'aucune référence à une vision ni de sa place dans le monde post-occidental, ni de ses propres intérêts et objectifs  stratégiques et que simultanément, la référence à l'Otan et à la complémentarité avec cette organisation multilatérale aux objectifs et intérêts d'une toute autre nature y est récurrente ?

Comment ne pas être tenté de reprocher aux chefs d'Etat et de gouvernement présents lors de ce Conseil de s'être soumis in fine - sans combattre - aux revendications minimalistes et aux limites rouges britanniques ?

Comment ne pas être tenté de leur reprocher de n'avoir à aucun moment envisager d'aborder sérieusement le sujet complexe du financement, par la voie budgétaire ou par celle d'autres instruments financiers, des processus structurants de mutualisation et de consolidation et des capacités clé qui sont listés dans ces conclusions ? D'où proviendront les crédits nécessaires pour les financer ? 

Qui à part eux, en lien avec les formations du Conseil appropriées et avec le Parlement européen autant que de besoin, sera demain en mesure d'apporter des réponses concrètes au défi politique et stratégique considérable que constitue cet enjeu financier ? Personne ! Leur silence en la matière a de quoi inquiéter les plus raisonnables ....

Comment ne pas être tenté de voir dans ce Conseil européen une nouvelle manifestation de l'impuissance de l'Union européenne à s'affirmer comme un acteur souverain  capable de s'affranchir de ces relations 'spéciales' qui ont jusqu'ici fortement entravé son autonomie de décision et d'action ?

Et pourtant, en même temps, en l'état actuel de l'Union, comment ne pas partager le sentiment exprimé par le président de la Fondation Robert Schuman, Jean-Dominique Giuliani, qui appelle à ne pas tirer sur les pianistes (cf. Défense européenne: ne tirez pas sur les pianistes ! ) ! Des pianistes qui semblent ne pas avoir la maitrise  complète de toute les partitions qu'il ont la mission et l'obligation irréductible de jouer au nom et dans l'intérêt des citoyens européens qu'ils représentent !

Prenons acte des rendez-vous donnés à la Commission, à la Haute Représentante, à l'Agence européenne de défense et aux Etats membres !

Une « feuille de route » détaillée fixant des objectifs et des dates a été  fixée « C’est le début d’un processus » avertit un diplomate européen. L’Agence européenne de défense – dont c’est un peu la grande consécration à ce sommet – est chargée de plusieurs tâches, notamment étudier l’idée de marchés publics en commun. Et la Commission européenne priée de plancher sur l’instauration d’incitations fiscales – sous forme d’une exonération de TVA – pour les projets industriels menés en coopération européenne. Un projet porté par de nombreux pays (France, Belgique et pays latins).

Apportons leur les assistances nécessaires pour qu'en juin 2015, lorsque le Conseil examinera l'état des avancées requises par ce Conseil européen de décembre, nous n'ayons pas une nouvelle fois ce sentiment amère d'un rendez-vous manqué !

Et félicitons nos chefs d'Etat et de gouvernement ainsi que les ministres des finances et commissaires concernés pour avoir faire faire un bond en avant considérable à l'Union bancaire, bond dont la BITD saura certainement tirer parti le moment venu !

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 23:24

Les questions de défense sont suffisamment essentielles pour être laissées à l'écart des polémiques. 

La réunion d'un Conseil européen qui leur sera spécialement consacré doit donc être regardé avec objectivité et réalisme comme une bonne nouvelle.
Dans ce domaine, en effet, les certitudes sont connues depuis longtemps:
Les Européens ne partagent pas tous la même vision du monde ni la même conception de l'usage de la force dans les relations internationales. 
Les industries de défense ne sauraient être organisées comme le marché des petits pois et selon les mêmes principes de concurrence et d'ouverture. Elles n'ont que des clients étatiques. 
La souveraineté en la matière ne peut être partagée qu'avec l'assurance d'une défense plus forte et surtout politiquement assumée par des pouvoirs légitimes et démocratiquement désignés. 
Ce ne sont donc pas les traditionnelles institutions communautaires qui doivent la réguler. Seule une coopération volontaire des Etats peut y réussir. Mais elles peuvent les y aider. 
Pendant que le monde réarme, l'Europe désarme bien que ses dépenses de défense cumulées occupent encore le deuxième rang mondial. N'ayant pas d'ennemi déclaré, elle pense ne jamais plus en avoir, ce qui n'est pas vraiment conforme aux enseignements de l'histoire.
Ces constats doivent nous conduire à apprécier la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement sur la défense pour ce qu'elle est: une avancée significative.
Les services de Mme Ashton, l'Agence européenne de défense, les ministres, ont bien travaillé. 
Ils font des propositions concrètes qui devraient permettre de mutualiser certains moyens militaires sans porter atteinte à la capacité d'agir des Etats, mobiliser les crédits de recherche européens au profit de la sécurité européenne, lancer quelques innovations.
Manquent bien sûr à ces projets de vrais programmes d'équipements, financés dans le long terme et soutenant les technologies européennes, trop souvent initiées et supportés en Europe par les seuls acteurs économiques. 
On attend aussi une véritable stratégie européenne renouvelée et l'urgence en sera partagée au Sommet à propos de la sécurité maritime. 90% du commerce européen, le 1er dans le monde, passe par la mer. L'essentiel de nos ressources énergétiques et minérales du futur y dorment encore inexploitées. Il est temps d'en assurer la sécurité, le libre accès et pas seulement au plus près de nos côtes. Une stratégie maritime européenne ambitieuse est attendue pour le mois d'avril 20014. Elle est urgente.
Enfin sera évidemment évoquée l'actualité. L'Europe est interpellée par le monde: Syrie, Iran, Afrique, Ukraine, Russie.
A cet égard, deux pays se distinguent particulièrement.
Des soldats français sont engagés en Afrique et la France peine à faire partager l'urgente nécessité d'être présents là où nos intérêts et nos principes sont en cause.  La France porte un message que l'Europe ne peut ignorer et elle doit elle-même redoubler d'efforts  pour mieux le faire partager par ses partenaires.
Enfin, le Royaume-i s'oppose à toute avancée européenne en la matière et préfère les accords bilatéraux, ce que la France a intelligemment exploité, ou l'OTAN, confrontée au "pivot asiatique" de l'Amérique et peu utile envers l'Afrique ou d'autres causes lointaines.
On attend du Conseil européen quelques décisions modestes et pragmatiques. Mais réunir les chefs d'Etat et de gouvernement pour évoquer ces grandes questions d'intérêt majeur est déjà un événement. La seule chose qu'on puisse regretter est qu'ils ne le fassent pas plus souvent!
Cet éditorial est également paru sur mon site: www.jd-giuliani.eu

 

 

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Published by Jean-Dominique Giuliani - dans Politiques et actions externes de l'UE
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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 22:35

Partie I, points 1 à 22 des conclusions du Conseil européen (déjà adoptés)      

I. POLITIQUE DE SÉCURITÉ ET DE DÉFENSE COMMUNE    

1. La défense est une question importante. Une politique de sécurité et de défense commune (PSDC) efficace contribue à renforcer la sécurité des citoyens européens et concourt à la paix et à la stabilité dans notre voisinage et dans le monde en général. Toutefois, l'environnement stratégique et géopolitique de l'Europe évolue rapidement. Les budgets consacrés à la défense en Europe sont limités, ce qui a pour effet de restreindre la capacité à développer, déployer et  maintenir des capacités militaires. La fragmentation des marchés européens de la défense nuit à la pérennité et à la compétitivité de l'industrie européenne de la sécurité et de la défense.    

2. L'UE et ses États membres doivent assumer davantage de responsabilités face à cette situation difficile s'ils veulent contribuer au maintien de la paix et de la sécurité dans le cadre de la PSDC en coopération avec les principaux partenaires, tels que les Nations unies et l'OTAN.    

La PSDC continuera à se développer en pleine complémentarité avec l'OTAN dans le cadre agréé du partenariat stratégique entre l'UE et l'OTAN et dans le respect de leur autonomie de décision et de leurs procédures respectives. Il faut pour cela disposer des moyens nécessaires et maintenir un niveau suffisant d'investissements. Aujourd'hui, le Conseil européen s'engage résolument à ce qu'une PSDC crédible et efficace continue d'être développée, conformément au traité de Lisbonne et aux possibilités qu'offre celui-ci. Le Conseil européen demande aux États membres d'approfondir la coopération en matière de défense en améliorant la capacité de mener des missions et des opérations et en tirant pleinement parti des synergies afin d'améliorer le développement et la disponibilité des capacités civiles et militaires requises, en s'appuyant sur une base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) plus intégrée, plus durable, plus innovante et plus compétitive. Cet effort aura également, pour l'industrie européenne dans son ensemble, des retombées positives sur le plan de la croissance, de l'emploi et de l'innovation.    

3. Dans le prolongement des conclusions du Conseil européen de décembre 2012, un travail important a été entrepris par la Commission, la Haute Représentante, l'Agence européenne de défense et les États membres. Le 25 novembre 2013, le Conseil a adopté des conclusions substantielles, que le Conseil européen fait siennes (Council conclusions on Common Security (Brussels, 25 November 2013).  

4. Sur cette base, le Conseil européen a recensé un certain nombre d'actions prioritaires qui s'articulent autour de trois axes: augmenter l'efficacité, la visibilité et l'impact de la PSDC, accroître le développement des capacités et renforcer l'industrie européenne de la défense.  

a) Augmenter l'efficacité, la visibilité et l'impact de la PSDC    

5. Ces dernières années, des progrès ont été accomplis dans plusieurs domaines liés à la PSDC.    

Les nombreuses missions et opérations civiles et militaires de gestion de crises menées dans le monde entier témoignent concrètement de l'attachement de l'Union à la paix et la sécurité internationales. Dans le cadre de la PSDC, l'Union déploie aujourd'hui plus de sept mille personnes affectées à douze missions civiles et quatre opérations militaires. L'Union européenne et ses États membres peuvent exercer au niveau international une capacité sans équivalent à combiner de manière cohérente des politiques et des instruments se rapportant à un large éventail de domaines qui vont de la diplomatie, de la sécurité et de la défense au financement, au commerce, au développement et à la justice. Rendre cette approche globale de l'UE encore plus efficace et effective, y compris dans le cadre de son application à la gestion de crises par l'UE, constitue une priorité. Dans ce contexte, le Conseil européen accueille avec intérêt la présentation de la communication conjointe de la Commission et de la Haute Représentante.  

6. L'Union reste fermement déterminée à travailler en étroite coopération avec ses partenaires mondiaux, transatlantiques et régionaux. Il conviendrait d'intensifier cette coopération, dans un esprit de renforcement mutuel et de complémentarité.    

7. Le Conseil européen souligne qu'il importe d'apporter un soutien aux pays et organisations régionales partenaires, en mettant à leur disposition, selon les besoins, des actions de formation, des conseils, des équipements et des ressources, afin qu'ils puissent améliorer progressivement leur capacité à prévenir ou à gérer des crises par eux-mêmes. Le Conseil européen invite les États membres, la Haute Représentante et la Commission à assurer la plus grande cohérence possible entre les actions menées par l'Union et celles menées par les États membres à cet effet.    

8. L'UE et ses États membres doivent être en mesure de planifier et de déployer les moyens civils et militaires appropriés rapidement et efficacement. Le Conseil européen souligne qu'il faut améliorer les capacités de réaction rapide de l'UE, notamment en accroissant la flexibilité et la déployabilité des groupements tactiques de l'UE, en fonction de ce que décident les États membres. Il y a lieu d'examiner sans tarder les aspects financiers des missions et opérations de l'UE, y compris dans le cadre de la révision du mécanisme Athena, en vue d'en améliorer le système de financement, sur la base d'un rapport de la Haute Représentante. Le Conseil européen invite la Commission, la Haute Représentante et les États membres à veiller à ce que les procédures et les règles applicables aux missions civiles offrent plus de souplesse à l'Union et lui permettent d'accélérer le déploiement de ces missions.    

9. De nouveaux défis en matière de sécurité continuent de voir le jour. La dimension intérieure et la dimension extérieure de la sécurité de l'Europe sont de plus en plus imbriquées. Pour que l'UE et ses États membres puissent faire face, en concordance avec les efforts de l'OTAN, le Conseil européen préconise:  

• de définir en 2014 un cadre d'action de l'UE en matière de cyberdéfense, sur la base d'une proposition élaborée par la Haute Représentante, en coopération avec  la Commission et l'Agence européenne de défense;  

• d'élaborer d'ici juin 2014 une stratégie de l'UE en matière de sécurité maritime, sur la base d'une communication conjointe de la Commission et de la Haute Représentante et compte tenu des avis des États membres, et d'élaborer ensuite des plans d'action pour relever les défis qui se posent dans le domaine maritime;  

• de multiplier les synergies entre la PSDC et les acteurs du domaine de la liberté, de la sécurité et de la justice pour s'attaquer aux problèmes horizontaux tels que la migration illégale, la criminalité organisée et le terrorisme;    

• de continuer à développer le soutien qu'apporte la PSDC aux États et régions tiers afin de les aider à mieux gérer leurs frontières;  

• de renforcer davantage la coopération pour relever les défis en matière de sécurité énergétique.  

Le Conseil européen invite la Haute Représentante à évaluer, en coopération étroite avec la Commission, les conséquences des changements intervenus sur la scène internationale et à rendre compte au Conseil, dans le courant de 2015 et après consultation des États membres, des défis qui attendent l'Union et des possibilités qui s'offriront à elle.      

b) Accroître le développement des capacités    

10. La coopération dans le domaine du développement des capacités militaires est cruciale si l'on veut maintenir les capacités essentielles, remédier aux lacunes et éviter les doublons.    

La mutualisation de la demande, la consolidation des exigences et la réalisation d'économies d'échelle permettront aux États membres d'utiliser plus efficacement les ressources disponibles et de garantir l'interopérabilité, y compris avec les principales organisations partenaires telles que l'OTAN. Des approches coopératives, dans le cadre desquelles les États membres ou les groupes d'États membres qui le souhaitent développent des capacités sur la base de normes communes ou arrêtent des modalités d'utilisation, de maintenance ou de formation communes, tout en ayant accès aux capacités en question, permettront aux participants de bénéficier d'économies d'échelle et d'une efficacité militaire accrue.    

11. Le Conseil européen reste déterminé à assurer la disponibilité des capacités essentielles et à combler des insuffisances critiques grâce à des projets concrets élaborés par les États membres avec l'appui de l'Agence européenne de défense. Gardant présent à l'esprit que les capacités sont détenues et exploitées par les États membres, il relève avec satisfaction les éléments suivants:  

• mise au point de systèmes d'aéronefs télépilotés (RPAS) à l'horizon 2020-2025: travaux préparatoires en vue d'un programme relatif à une nouvelle génération de RPAS européens de moyenne altitude et longue endurance; mise en place d'une communauté d'utilisateurs de RPAS entre les États membres participants qui possèdent et exploitent ces RPAS; synergies étroites avec la Commission européenne dans le domaine réglementaire (en vue d'une première intégration des RPAS dans le système aéronautique européen d'ici 2016); financement approprié des activités de R&D à partir de 2014;  

• développement de la capacité de ravitaillement en vol: réalisation de progrès en vue d'accroître la capacité globale et de réduire la fragmentation, en particulier dans le cadre de la création d'une capacité d'avions multirôles de ravitaillement en vol et de transport, s'accompagnant de synergies dans les domaines de la certification, de la qualification, du soutien en service et de la formation;    

• télécommunications par satellite: travaux préparatoires en vue de la prochaine génération de télécommunications gouvernementales par satellite, dans le cadre d'une étroite coopération entre les États membres, la Commission et l'Agence spatiale européenne; création d'un groupe d'utilisateurs en 2014;

• cyberespace: élaboration d'une feuille de route et de projets concrets axés sur la formation et les exercices, amélioration de la coopération civilo-militaire sur la base de la stratégie de cybersécurité de l'UE, ainsi que protection des moyens dans le cadre des missions et opérations de l'UE.    

12. Il y a lieu de faciliter la coopération en renforçant la transparence et le partage d'informations dans le domaine de la planification de la défense, afin de permettre aux responsables de la planification et de la prise de décisions au niveau national d'envisager une plus grande convergence des besoins capacitaires et des calendriers. Afin de favoriser une coopération plus systématique et s'inscrivant dans le long terme, le Conseil européen invite la Haute Représentante et l'Agence européenne de défense à présenter d'ici la fin de 2014 un cadre d'action approprié, en parfaite cohérence avec les processus de planification existants de l'OTAN.  

13. Le Conseil européen se félicite des modèles coopératifs existants, tels que le commandement européen du transport aérien (EATC), et encourage les États membres à étudier les moyens de reproduire le modèle de l'EATC dans d'autres domaines.  

14. Le Conseil européen se félicite des progrès accomplis en matière de coopération grâce au code de conduite de l'Agence européenne de défense relatif à la mutualisation et au partage.  

Il préconise de concevoir de nouvelles mesures incitatives et approches novatrices en faveur de la coopération, y compris par l'examen de mesures fiscales ne créant pas de distorsions sur le marché, en conformité avec la législation européenne existante. Il invite l'Agence européenne de défense à étudier des moyens permettant aux États membres de coopérer de façon plus efficace et rationnelle dans le cadre de projets de passation de marchés mutualisés, et à faire rapport au Conseil d'ici la fin de 2014.  

15. Compte tenu du recours fréquent aux missions, qui par nature sont civiles, le Conseil européen demande que le développement des capacités civiles s'intensifie et souligne qu'il importe de mettre pleinement en oeuvre le plan de développement des capacités civiles.    

c) Renforcer l'industrie européenne de la défense     

16. L'Europe doit disposer d'une base industrielle et technologique de défense (BITDE) plus intégrée, plus durable, plus innovante et plus compétitive pour pouvoir assurer le développement et le soutien de ses capacités de défense, ce qui pourra aussi lui permettre d'accroître son autonomie stratégique et sa capacité à agir avec des partenaires. La BITDE devrait être renforcée afin de garantir l'efficacité opérationnelle et la sécurité d'approvisionnement, tout en préservant sa compétitivité à l'échelle mondiale et en stimulant la création d'emplois, l'innovation et la croissance dans l'ensemble de l'UE. Ces efforts devraient associer toutes les parties prenantes, ouvrir des possibilités pour l'industrie de la défense au sein de l'UE, être équilibrés et respecter pleinement le droit de l'UE. Le Conseil européen souligne qu'il convient de continuer à développer les compétences nécessaires considérées comme essentielles pour l'avenir de l'industrie européenne de la défense.  

17. Un marché de la défense qui fonctionne bien et qui repose sur l'ouverture, l'égalité de traitement et de chances et la transparence pour tous les fournisseurs européens revêt une importance cruciale. Le Conseil européen accueille avec intérêt la communication de la Commission intitulée "Vers un secteur de la défense et de la sécurité plus compétitif et plus efficace". Il note que la Commission entend élaborer, en étroite coopération avec la Haute Représentante et l'Agence européenne de défense, une feuille de route concernant la mise en oeuvre. Il souligne qu'il importe de mettre en oeuvre et d'appliquer correctement et dans leur  intégralité les deux directives de 2009 dans le domaine de la défense, l'objectif étant entre autres d'ouvrir le marché pour les sous-traitants de toute l'Europe, de réaliser des économies d'échelle et de permettre une meilleure circulation des produits liés à la défense.

Recherche - double usage    

18. Afin de garantir la compétitivité à long terme de l'industrie européenne de la défense et de se doter des capacités modernes nécessaires, il est essentiel de conserver l'expertise en recherche et technologie (R&T) dans le domaine de la défense, en particulier en matière de technologies critiques. Le Conseil européen invite les États membres à accroître leurs investissements dans des programmes de recherche en coopération, en particulier les investissements communs, et à développer au maximum les synergies entre la recherche au niveau national et celle qui est menée au niveau de l'UE. Les activités de recherche dans le domaine civil et dans le domaine militaire sont complémentaires, y compris en ce qui concerne les technologies clés génériques  et les technologies en matière d'efficacité énergétique. Le Conseil européen se félicite par conséquent que la Commission ait l'intention d'évaluer de quelle manière les résultats obtenus dans le cadre du programme "Horizon 2020" pourraient aussi bénéficier aux capacités industrielles de défense et de sécurité. Il invite la Commission et l'Agence européenne de  défense à coopérer étroitement avec les États membres afin d'élaborer des propositions visant  à stimuler davantage la recherche portant sur les applications à double usage. Une action préparatoire sur la recherche liée à la PSDC sera mise en place; parallèlement, et dans toute la mesure du possible, des synergies avec les programmes de recherche nationaux seront recherchées.    

Certification et normalisation      

19. La mise au point de normes et de procédures de certification pour les équipements de défense permet de réduire les coûts, d'harmoniser la demande et d'accroître l'interopérabilité.    

L'Agence européenne de défense et la Commission établiront d'ici la mi-2014 une feuille de route pour l'élaboration de normes industrielles dans le domaine de la défense, sans double emploi avec les normes existantes, en particulier les normes de l'OTAN. En liaison avec la Commission et les États membres, l'Agence européenne de défense élaborera également des options pour réduire le coût de la certification militaire, y compris en améliorant la reconnaissance mutuelle entre les États membres de l'UE. Elle devrait faire rapport au Conseil sur ces deux questions d'ici la mi-2014.    

PME  

20. Les PME sont un maillon important de la chaîne d'approvisionnement dans le secteur de la défense, et elles constituent une source d'innovation et un catalyseur essentiel de la compétitivité. Le Conseil européen insiste sur l'importance que revêt pour les PME l'accès transfrontière aux marchés et souligne qu'il convient d'exploiter pleinement les possibilités qu'offre la législation de l'UE en matière de sous-traitance et de délivrance de licences générales de transfert; il invite la Commission à étudier les possibilités de mesures additionnelles en vue d'ouvrir les chaînes d'approvisionnement aux PME de tous les États membres. Le soutien aux réseaux régionaux de PME et aux groupements ("clusters") stratégiques revêt également une importance primordiale. Le Conseil européen accueilleavec satisfaction les propositions de la Commission visant à promouvoir un meilleur accès des PME aux marchés de la défense et de la sécurité et à encourager une forte participation de celles-ci aux futurs programmes de financement de l'UE.    

Sécurité d'approvisionnement

21. Le Conseil européen souligne l'importance que revêtent les arrangements sur la sécurité d'approvisionnement pour le développement de la planification et de la coopération à long terme ainsi que pour le fonctionnement du marché intérieur de la défense. Il se félicite de l'adoption récente, au sein de l'Agence européenne de défense, d'un arrangement-cadre amélioré sur la sécurité d'approvisionnement et invite la Commission à élaborer, avec les États membres et en coopération avec la Haute Représentante et l'Agence européenne de défense, une feuille de route pour un régime global en matière de sécurité d'approvisionnement applicable dans l'ensemble de l'UE, qui prenne en compte la mondialisation des chaînes d'approvisionnement critiques.      

d) Prochaines étapes      

22. Le Conseil européen invite le Conseil, la Commission, la Haute Représentante, l'Agence européenne de défense et les États membres, dans leurs domaines de compétence respectifs, à prendre des mesures résolues et vérifiables pour mettre en oeuvre les orientations présentées ci-dessus. Le Conseil européen évaluera en juin 2015 les progrès concrets accomplis sur toutes ces questions et fournira de nouvelles orientations, sur la base d'un rapport du Conseil fondé sur des contributions de la Commission, de la Haute Représentante et de l'Agence européenne de défense.    

________________________

Version anglaise :  European Council conclusions on Common Security and Defence Policy - 19 December 2013:
http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_Data/docs/pressdata/en/ec/140214.pdf

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 19:02

Quand la BCE admet entre les lignes qu'elle a un plan pour nous sortir de la crise : la déflation et les chômeurs

Alors que l’emploi fait partie des objectifs assignés à la BCE par le Traité européen, Benoit Cœuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a sous-entendu jeudi 12 décembre devant un parterre d'investisseurs que le chômage de masse dans les pays du sud de l'Europe ne représentait pas un problème et était au contraire un moyen de juguler les différentiels d'inflation.


Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/bce-admet-entre-lignes-qu-elle-plan-pour-sortir-crise-deflation-et-chomeurs-mathieu-mucherie-932447.html#uQ7gzKbA2UtIPiI8.99

Quand la BCE admet entre les lignes qu'elle a un plan pour nous sortir de la crise : la déflation et les chômeurs

Alors que l’emploi fait partie des objectifs assignés à la BCE par le Traité européen, Benoit Cœuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a sous-entendu jeudi 12 décembre devant un parterre d'investisseurs que le chômage de masse dans les pays du sud de l'Europe ne représentait pas un problème et était au contraire un moyen de juguler les différentiels d'inflation.


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4/ Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a affirmé lundi dernier que Sabine Lautenschläger, actuelle vice-présidente de la Bundesbank, serait une bonne candidate pour succéder à Jörg Asmussen. Personne ne trouve à y redire. Sabine ne connaît pourtant rien à la politique monétaire, et tout le monde le sait. Le casting dysfonctionnel en zone euro se poursuit. Alors qu’il faut des diplômes et des expériences pour s’installer comme mâcon ou comme réparateur de chaudières ou comme coiffeur, on considère que l’on peut devenir banquier central comme ça, au feeling. Pendant ce temps, les américains confirment Yellen et recrutent Fischer. Devinez quel coté de l’Atlantique va réduire le chômage dans les années à venir et quel coté va continuer à en faire une solution contre l’inflation (cette inflation qui potentiellement ressusciterait peut-être un jour via les salaires ou via le pétrole ou via d’autres trucs non monétaires qui seront agités pour la cause) ?

5/ J’ai un exemple tous les jours ces derniers temps. J’écris un bouquin sur le sujet. Pas sûr qu’il soit très lu dans un pays où on peut fin 2013 titrer sans rire, au 1er degré, dans un journal sérieux, que la BCE "prend acte de la désinflation en zone euro".  

Conclusion, hélas provisoire

Les provocations vont continuer. Comment pourrait-il en aller autrement : elles fonctionnent. Le triangle d'impossibilité créé par la Bundesbank entre Francfort, Berlin et Karlsruhe fonctionne comme un triangle des Bermudes où les (rares) critiques se perdent comme dans un trou noir. La BCE va donc poursuivre son free riding vis-à-vis de la Fed, sa stratégie au bord du gouffre face aux Etats de la périphérie et son travail de sape pour ruiner l’employabilité d’un quart de la population afin de tuer dans l’œuf toute velléité (fantasmagorique) de revendication salariale. La vanité de l'Asset Quality Review et l'incohérence temporelle du grand bluff sur l'OMT ne seront pas exposées au grand public. Le représentant en France de Benoit Coeuré, un certain François Hollande, est plutôt mal barré tant qu’il perpétuera le complexe d’infériorité monétaire de la France vis-à-vis de l’Allemagne (un complexe que Milton Friedman il y a 20 ans jugeait infondé, indigne d’un grand pays comme le notre et à terme mortifère). Qu’il est loin le temps où Paul Volcker pouvait déclarer victoire sur l’hydre inflationniste arrivé à 4 %/an, où François Mitterrand pouvait déclarer à la télévision que les technocrates ne dirigeraient jamais la politique monétaire en Europe ('Aujourd'hui l'Europe', TF1, 3 septembre 1992), où Helmut Schmidt pouvait déclarer dans la vertueuse RFA que le pays pouvait dans tous les cas tolérer 5 % d’inflation plus facilement que 5 % de chômage si tant est que le choix existe. Mais je vous parle d’un temps que les jeunes chômeurs européens de moins de 30 ans ne peuvent pas connaître.



[1] Dans le droit fil des idées de l’ancien président de la BCE, Jean-Claude Trichet qui avait imaginé que "les autorités européennes aient le droit d’opposer leur veto à certaines décisions de politique économique nationale. Cette compétence pourrait en particulier concerner les principaux postes de dépenses budgétaires et les facteurs déterminants pour la compétitivité du pays". "Construire l’Europe ? Bâtir ses institutions", Intervention de Jean-Claude Trichet à l’occasion de la remise du Prix Charlemagne 2011 à Aix-la-Chapelle, le 2 juin 2011.

[2] Le Parlement européen est très remonté contre les émissions de Co2 et contre la peine de mort aux Etats-Unis. A la différence de ce qui se passe en Suède (où tous les décideurs de la Riksbank sont nommés par le Parlement), il ne joue aucun rôle dans le processus de nomination des membres de la BCE, à l’exception d’une procédure indicative de ratification des nominations pour une partie du comité. Et, à la différence de ce qui se passe outre-Atlantique, le Parlement n’a pas le pouvoir d’amender les décisions de la BCE. La taxation sur les transactions financières (un sujet lilliputien, non monétaire, et qui fait se retourner James Tobin dans sa tombe) est en ce moment le seul sujet qui oppose les euro-députés et la BCE. Les euro-députés qui questionnent Mario Draghi sur les sujets qui fâchent se comptent sur les doigts de la main du capitaine Crochet. A noter que le Parlement pourrait en théorie demander à la BCE de changer son objectif d’inflation (cet objectif qui a fait tant de mal, le 2 %/an sur un indice de biens&services conceptuellement dépassé) car ce dernier n’est inscrit nulle part dans le Traité : en droit, la BCE serait dans l’obligation de s’incliner. Mais dire que l’hypothèse héroïque d’un réveil des euro-députés sur ce dossier ne trouble pas trop les nuits de la BCE est un doux euphémisme.


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4/ Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a affirmé lundi dernier que Sabine Lautenschläger, actuelle vice-présidente de la Bundesbank, serait une bonne candidate pour succéder à Jörg Asmussen. Personne ne trouve à y redire. Sabine ne connaît pourtant rien à la politique monétaire, et tout le monde le sait. Le casting dysfonctionnel en zone euro se poursuit. Alors qu’il faut des diplômes et des expériences pour s’installer comme mâcon ou comme réparateur de chaudières ou comme coiffeur, on considère que l’on peut devenir banquier central comme ça, au feeling. Pendant ce temps, les américains confirment Yellen et recrutent Fischer. Devinez quel coté de l’Atlantique va réduire le chômage dans les années à venir et quel coté va continuer à en faire une solution contre l’inflation (cette inflation qui potentiellement ressusciterait peut-être un jour via les salaires ou via le pétrole ou via d’autres trucs non monétaires qui seront agités pour la cause) ?

5/ J’ai un exemple tous les jours ces derniers temps. J’écris un bouquin sur le sujet. Pas sûr qu’il soit très lu dans un pays où on peut fin 2013 titrer sans rire, au 1er degré, dans un journal sérieux, que la BCE "prend acte de la désinflation en zone euro".  

Conclusion, hélas provisoire

Les provocations vont continuer. Comment pourrait-il en aller autrement : elles fonctionnent. Le triangle d'impossibilité créé par la Bundesbank entre Francfort, Berlin et Karlsruhe fonctionne comme un triangle des Bermudes où les (rares) critiques se perdent comme dans un trou noir. La BCE va donc poursuivre son free riding vis-à-vis de la Fed, sa stratégie au bord du gouffre face aux Etats de la périphérie et son travail de sape pour ruiner l’employabilité d’un quart de la population afin de tuer dans l’œuf toute velléité (fantasmagorique) de revendication salariale. La vanité de l'Asset Quality Review et l'incohérence temporelle du grand bluff sur l'OMT ne seront pas exposées au grand public. Le représentant en France de Benoit Coeuré, un certain François Hollande, est plutôt mal barré tant qu’il perpétuera le complexe d’infériorité monétaire de la France vis-à-vis de l’Allemagne (un complexe que Milton Friedman il y a 20 ans jugeait infondé, indigne d’un grand pays comme le notre et à terme mortifère). Qu’il est loin le temps où Paul Volcker pouvait déclarer victoire sur l’hydre inflationniste arrivé à 4 %/an, où François Mitterrand pouvait déclarer à la télévision que les technocrates ne dirigeraient jamais la politique monétaire en Europe ('Aujourd'hui l'Europe', TF1, 3 septembre 1992), où Helmut Schmidt pouvait déclarer dans la vertueuse RFA que le pays pouvait dans tous les cas tolérer 5 % d’inflation plus facilement que 5 % de chômage si tant est que le choix existe. Mais je vous parle d’un temps que les jeunes chômeurs européens de moins de 30 ans ne peuvent pas connaître.



[1] Dans le droit fil des idées de l’ancien président de la BCE, Jean-Claude Trichet qui avait imaginé que "les autorités européennes aient le droit d’opposer leur veto à certaines décisions de politique économique nationale. Cette compétence pourrait en particulier concerner les principaux postes de dépenses budgétaires et les facteurs déterminants pour la compétitivité du pays". "Construire l’Europe ? Bâtir ses institutions", Intervention de Jean-Claude Trichet à l’occasion de la remise du Prix Charlemagne 2011 à Aix-la-Chapelle, le 2 juin 2011.

[2] Le Parlement européen est très remonté contre les émissions de Co2 et contre la peine de mort aux Etats-Unis. A la différence de ce qui se passe en Suède (où tous les décideurs de la Riksbank sont nommés par le Parlement), il ne joue aucun rôle dans le processus de nomination des membres de la BCE, à l’exception d’une procédure indicative de ratification des nominations pour une partie du comité. Et, à la différence de ce qui se passe outre-Atlantique, le Parlement n’a pas le pouvoir d’amender les décisions de la BCE. La taxation sur les transactions financières (un sujet lilliputien, non monétaire, et qui fait se retourner James Tobin dans sa tombe) est en ce moment le seul sujet qui oppose les euro-députés et la BCE. Les euro-députés qui questionnent Mario Draghi sur les sujets qui fâchent se comptent sur les doigts de la main du capitaine Crochet. A noter que le Parlement pourrait en théorie demander à la BCE de changer son objectif d’inflation (cet objectif qui a fait tant de mal, le 2 %/an sur un indice de biens&services conceptuellement dépassé) car ce dernier n’est inscrit nulle part dans le Traité : en droit, la BCE serait dans l’obligation de s’incliner. Mais dire que l’hypothèse héroïque d’un réveil des euro-députés sur ce dossier ne trouble pas trop les nuits de la BCE est un doux euphémisme.


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Alors que l’emploi fait partie des objectifs assignés à la BCE par le Traité européen, Benoit Cœuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a sous-entendu jeudi 12 décembre devant un parterre d'investisseurs que le chômage de masse dans les pays du sud de l'Europe ne représentait pas un problème et était au contraire un moyen de juguler les différentiels d'inflation.

Il existait jadis des limites aux pouvoirs des banquiers centraux. Une époque révolue où les taux d’intérêt et les prix des actions étaient déterminés par les marchés, où les Etats pouvaient conduire une politique budgétaire sans demander l’autorisation de Francfort, où les Traités étaient à peu près respectés, où l’industrie financière n’était pas un terrain d’expérimentations pour de nouveaux superviseurs incompétents, où l’esprit critique était encore suffisamment vivace pour que les provocations verbales et les OPA institutionnelles de personnes non élues et au bilan dramatiquement mauvais ne soient pas complètement impunies. Les choses ont changé. Dans un univers de banquiers centraux de plus en plus indépendants, les normes se sont déplacées, le pouvoir n’est plus là où on le situait et (chose très récente)les apparatchiks de la BCE ne prennent même plus le temps de cacher leurs chantages. Je ne sais pas si c’est une stratégie du type "lettre volée" à la Edgar Poe, mais la communication de la BCE de ses dernières semaines défie l’entendement, défie les normes démocratiques et défie toutes les règles de prudence élémentaire jusqu’ici à peu près en vigueur dans ce milieu ("Notre indépendance dépend de notre capacité à ne pas dépasser nos limites", Helmut Schlesinger, Président de la Bundesbank, 1992) : jugez plutôt :

1/ Devant des investisseurs (et si j’en crois un compte rendu de la Deutsche Bank), Benoit Coeuré a déclaré le 12 décembre, je cite : "Deflation in the south is part of the adjustment and is not in itself an issue", c'est-à-dire : la déflation des PIIGS n’est pas notre problème, le chômage de masse n’est pas un problème mais une solution, un moyen de juguler les différentiels d’inflation. Notons que ce processus d’ajustement (parfois baptisé "dévaluation interne" pour faire joli, si les gens savaient !!) prendra plusieurs décennies. Pas grave pour les 26 % de chômeurs : Weidmann de la Bundesbank a déjà prévenu l’année dernière que la crise serait longue, 10 ans au minimum, donc rien ne presse et tout est under control. Pour rappel, les chômeurs du Sud sont de vrais chômeurs, pas des travailleurs au black comme dans les années 80 ; faute de demande. Pour rappel, l’emploi fait partie des objectifs assignés à la BCE par le Traité européen (à condition de le lire). Et pour rappel l’agrégat monétaire M3 est à 1,4 % sur 12 mois en zone euro, contre une norme théorique BCE à 4,5 %... mais passons.

Il faut une bonne dose de morgue aristocratique pour balancer benoîtement une formule pareille en public (est-ce un nouveau ballon d’essai ?). Au passage, Benoit Coeuré fait mine de croire en creux à l'inflation par les salaires, thèse réfutée depuis des décennies par la théorie comme par la pratique. On savait que l’œuvre de Milton Friedman était victime d’un autodafé permanent à Francfort, mais tout de même ; quand un de mes élèves me parle d’une inflation non monétaire je le saque impitoyablement et il doit repasser tous ses examens, un réflexe monétariste de base qui soit dit en passant a un peu sauvé la Bundesbank dans les années 70 comparativement aux autres banques centrales.


Et dire que Benoit Coeuré est l’un des membres les plus "colombes" de la BCE, un des plus pragmatique, un des plus instruits, en un mot un des moins allemands. Que dirait-il aux investisseurs s’il faisait partie du clan des durs de durs ? Il proposerait un retour de l’esclavage en Espagne ou du droit du cuissage en Italie ?

Enfin, au sujet de la "forward guidance" sur les taux d’intérêt qui serait "data driven", voilà bien un concept oxymorique, comme "démocratie nord coréenne" ou "réforme de l’Etat en France" par exemple. Par définition une technologie de pré-engagement se moque des nouvelles conjoncturelles au jour le jour !! Certes B. Coeuré n’est pas le seul à s’engager dans ce travestissement des concepts, dans cette parodie de Kydland&Prescott. Mais parfois j’ai envie de crier : au secours, Orwell, reviens !   

2/ Mario Draghi fait encore plus fort (logique, c’est le boss de Benoit Coeuré) : il reconnait au détour d’une question, dans sa conférence de presse du 5 décembre, qu’à la BCE, au sein du comité de politique monétaire, là où en théorie "1 Etat = 1 voix" ou presque, ils ne votent "pas souvent" (ce qui, en langue BCE, signifie : "pratiquement jamais"). Silence radio de toute la presse. Aucune réaction des politiques. Aucun scandale. C’est pourtant : a/ une violation caractérisée du Traité européen (il est vrai que sa virginité n’est plus à ça près), et au passage ça fait 14 ans que ça dure : à quoi sert le million de juristes européens, je me le demande, b/ un aveu révélateur : on comprend mieux pourquoi la BCE est la dernière banque centrale du monde développé à refuser la diffusion des Minutes de son Comité, et surtout on comprend mieux pourquoi la Bundesbank ne risque pas d’être mise un jour en minorité sur un sujet important. Au passage, comment évaluer nos décideurs monétaires si on ne connait pas l’historique de leurs décisions ? comment croire alors qu’ils apprendront de leurs erreurs ?  

Sur sa lancée, Mario Draghi a réitéré : la BCE est prête à agir si nécessaire. Mais il n’a donné aucune indication à propos des instruments qui seraient utilisés. “The level of preparedness is pretty high on all (policy options)” ("Notre degré de préparation à toute éventualité est plutôt élevé"), on doit se contenter de ça sur les marchés. Et il a ajouté ensuite, attention les yeux : “Which instruments would we deploy against which contingency? We haven’t really done any reflection on that” ("Quels outils nous utiliserions, et contre quelles éventualité ? Nous n'y avons pas vraiment réfléchi"). Comme le note Scott Sumner : s’il vous plaît prenez tout votre temps avant de réfléchir aux solutions, il n’y a pas le feu au lac, ce n’est pas comme si la zone euro vivait une récession depuis 6 ans. La presse française est un peu moins ironique que Scott Sumner en ce jeudi 5 décembre 2013. Un journal bien connu ose le sous-titre suivant : la BCE "prend acte de la désinflation en zone euro". Fantastique.

Draghi n’en est pas à son premier coup de sonde pour tester la profondeur de l’indifférence des européens sur les questions sérieuses, la taille lilliputienne du débat monétaire en zone euro et la disparition du sens critique chez ses contemporains en général et chez les journalistes en particulier. Lors d’une interview au Wall Street Journal quelques jours avant le lancement de la seconde LTRO (Long term refinancing operations, ndlr) début 2012, l’homme n’avait pas hésité à déclarer que le "modèle social européen était déjà mort" (ce qui est certes exact mais de quoi il se mêle ?). Il présenta aussi le pacte budgétaire comme un moyen permettant aux gouvernements européens de commencer à "se libérer de la souveraineté nationale"[1]. Il faut dire que son prédécesseur a ouvert la voie, en grand. Le coup d’Etat contre Berlusconi de 2011 via les écarts de taux est un modèle ; les bolchéviks n’étaient que des amateurs. Selon la lettre adressée au gouvernement italien, publiée dans la presse, "une réforme constitutionnelle visant à durcir la législation fiscale serait également appropriée". Mario Draghi vient de confirmer dans sa conférence du 5 décembre que l’Espagne avait eu aussi droit à son ultimatum maison. Suite à l’enquête réalisée par le Médiateur européen à la demande d’un avocat espagnol, l’on sait que la lettre adressée au gouvernement espagnol n’exigeait pas l’intégration d’une "règle d’or" dans la Constitution, ce qui fut pourtant fait début septembre 2011 contre l’avis des syndicats qui demandaient l’organisation d’un référendum sur ce sujet. Mais le contenu de la lettre ne sera jamais diffusé au médiateur. Selon El Pais, "la BCE lui en a refusé l'accès, arguant qu'une telle divulgation porterait préjudice à l'intérêt public en ce qui concerne la politique économique et monétaire de l'Union européenne ou d'un État membre". Dois-je préciser que l’aveu tardif de Draghi n’a engendré aucune réaction politique ou médiatique ? Non ? Bravo, vous commencez à comprendre qui décide et comment. Et si vous comptiez encore vous déplacer pour les élections européennes de juin 2014, sachez que les officiels BCE précisent bien dans tous leurs road shows cet hiver devant les banquiers qu’ils sont très peu concernés par cet évènement[2].  

3/ Tandis que les précédents stress tests utilisaient la règlementation de Bâle, et donc la pondération risque zéro pour les actifs souverains, la BCE a suggéré que les banques devront provisionner le risque de certaines dettes souveraines. Etant donné les montants en jeu, le traitement de cette question aura des répercussions titanesques. Tout le monde sur les marchés technicise la question, ce qui évacue selon moi la dimension tragique : la BCE entérine le fait (impensable avant fin 2009 !) qu’un Etat de la zone euro émetteur d’une dette libellée en euros puisse faire faillite comme une vulgaire république bananière endettée en monnaie étrangère. Ce faisant la BCE ne joue pas seulement avec le feu. Elle trahit l’esprit du "whatever it takes" de l’été 2012, elle viole une nouvelle fois la notion de prêteur en dernier ressort, et en plus elle le fait avec des trémolos fédéralistes dans la voix. 


4/ Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a affirmé lundi dernier que Sabine Lautenschläger, actuelle vice-présidente de la Bundesbank, serait une bonne candidate pour succéder à Jörg Asmussen. Personne ne trouve à y redire. Sabine ne connaît pourtant rien à la politique monétaire, et tout le monde le sait. Le casting dysfonctionnel en zone euro se poursuit. Alors qu’il faut des diplômes et des expériences pour s’installer comme mâcon ou comme réparateur de chaudières ou comme coiffeur, on considère que l’on peut devenir banquier central comme ça, au feeling. Pendant ce temps, les américains confirment Yellen et recrutent Fischer. Devinez quel coté de l’Atlantique va réduire le chômage dans les années à venir et quel coté va continuer à en faire une solution contre l’inflation (cette inflation qui potentiellement ressusciterait peut-être un jour via les salaires ou via le pétrole ou via d’autres trucs non monétaires qui seront agités pour la cause) ?

5/ J’ai un exemple tous les jours ces derniers temps. J’écris un bouquin sur le sujet. Pas sûr qu’il soit très lu dans un pays où on peut fin 2013 titrer sans rire, au 1er degré, dans un journal sérieux, que la BCE "prend acte de la désinflation en zone euro".  

Conclusion, hélas provisoire

Les provocations vont continuer. Comment pourrait-il en aller autrement : elles fonctionnent. Le triangle d'impossibilité créé par la Bundesbank entre Francfort, Berlin et Karlsruhe fonctionne comme un triangle des Bermudes où les (rares) critiques se perdent comme dans un trou noir. La BCE va donc poursuivre son free riding vis-à-vis de la Fed, sa stratégie au bord du gouffre face aux Etats de la périphérie et son travail de sape pour ruiner l’employabilité d’un quart de la population afin de tuer dans l’œuf toute velléité (fantasmagorique) de revendication salariale. La vanité de l'Asset Quality Review et l'incohérence temporelle du grand bluff sur l'OMT ne seront pas exposées au grand public. Le représentant en France de Benoit Coeuré, un certain François Hollande, est plutôt mal barré tant qu’il perpétuera le complexe d’infériorité monétaire de la France vis-à-vis de l’Allemagne (un complexe que Milton Friedman il y a 20 ans jugeait infondé, indigne d’un grand pays comme le notre et à terme mortifère). Qu’il est loin le temps où Paul Volcker pouvait déclarer victoire sur l’hydre inflationniste arrivé à 4 %/an, où François Mitterrand pouvait déclarer à la télévision que les technocrates ne dirigeraient jamais la politique monétaire en Europe ('Aujourd'hui l'Europe', TF1, 3 septembre 1992), où Helmut Schmidt pouvait déclarer dans la vertueuse RFA que le pays pouvait dans tous les cas tolérer 5 % d’inflation plus facilement que 5 % de chômage si tant est que le choix existe. Mais je vous parle d’un temps que les jeunes chômeurs européens de moins de 30 ans ne peuvent pas connaître.

 


[1] Dans le droit fil des idées de l’ancien président de la BCE, Jean-Claude Trichet qui avait imaginé que "les autorités européennes aient le droit d’opposer leur veto à certaines décisions de politique économique nationale. Cette compétence pourrait en particulier concerner les principaux postes de dépenses budgétaires et les facteurs déterminants pour la compétitivité du pays". "Construire l’Europe ? Bâtir ses institutions", Intervention de Jean-Claude Trichet à l’occasion de la remise du Prix Charlemagne 2011 à Aix-la-Chapelle, le 2 juin 2011.

[2] Le Parlement européen est très remonté contre les émissions de Co2 et contre la peine de mort aux Etats-Unis. A la différence de ce qui se passe en Suède (où tous les décideurs de la Riksbank sont nommés par le Parlement), il ne joue aucun rôle dans le processus de nomination des membres de la BCE, à l’exception d’une procédure indicative de ratification des nominations pour une partie du comité. Et, à la différence de ce qui se passe outre-Atlantique, le Parlement n’a pas le pouvoir d’amender les décisions de la BCE. La taxation sur les transactions financières (un sujet lilliputien, non monétaire, et qui fait se retourner James Tobin dans sa tombe) est en ce moment le seul sujet qui oppose les euro-députés et la BCE. Les euro-députés qui questionnent Mario Draghi sur les sujets qui fâchent se comptent sur les doigts de la main du capitaine Crochet. A noter que le Parlement pourrait en théorie demander à la BCE de changer son objectif d’inflation (cet objectif qui a fait tant de mal, le 2 %/an sur un indice de biens&services conceptuellement dépassé) car ce dernier n’est inscrit nulle part dans le Traité : en droit, la BCE serait dans l’obligation de s’incliner. Mais dire que l’hypothèse héroïque d’un réveil des euro-députés sur ce dossier ne trouble pas trop les nuits de la BCE est un doux euphémisme.


Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/bce-admet-entre-lignes-qu-elle-plan-pour-sortir-crise-deflation-et-chomeurs-mathieu-mucherie-932447.html#eu2fzhtQPIiBYmV7.99

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 15:40

Allocution prononcée lors du Conseil européen par Martin Schulz, Président du Parlement Européen (19 décembre 2013)

- texte préparé -

  

Union bancaire  

Mesdames, Messieurs,  

Nos ministres des finances ont arrêté tôt ce matin des décisions relatives à l'Union bancaire, sur lesquelles je souhaiterais m'attarder. Ce mardi, le Parlement européen a une nouvelle fois pris clairement position sur ces questions, à une majorité écrasante indépendamment des groupes politiques, dans le cadre du rapport Ferreira. Je suis de nouveau tenu de présenter cette position clairement et sans équivoque, car le Parlement européen est co-législateur.

  Premièrement, nous voulons que le rôle d'instance de décision en matière de résolution des problèmes des banques revienne  à la Commission.

Deuxièmement, nous voulons que la méthode communautaire constitue la base juridique de l'union bancaire, notamment pour le fonds de résolution. Nous rejetons l'idée d'un nouvel accord intergouvernemental.


Pendant la phase transitoire, durant laquelle un fonds de résolution alimenté par les prélèvements sur les banques ne serait pas encore mobilisable ou serait peut-être trop petit pour les très grandes banques ou plusieurs banques, nous voulons une solution faisant du mécanisme européen de stabilité l'assureur de dernier ressort, en appui au fonds de résolution. Comme il existe des règles strictes en ce qui concerne le recours aux fonds publics par le mécanisme européen de stabilité, le risque que celui-ci ne soit utilisé comme solution de secours en cas de nécessité serait gérable - les avantages, quant à eux, seraient importants et manifestes: un apaisement supplémentaire des marchés et une stabilisation des banques, qui rendront la survenue de cas extrêmes encore moins probable. Cette réassurance doit également fonctionner à long terme.


Une union bancaire digne de ce nom présente trois caractéristiques:

- un contrôle intégré permettant à la Banque centrale européenne de surveiller les banques de la zone euro;

- un mécanisme de résolution unique traitant rapidement, efficacement et en toute indépendance les problèmes identifiés par la Banque centrale européenne.

Rapidement, afin d'éviter le recours aux deniers publics.  

Indépendant, pour être crédible face aux marchés.

Efficace, pour ne pas faire grimper les coûts inutilement.

- une réassurance qui intervient en cas de nécessité extrême, dans le pire des cas et lorsque les ressources du fonds sont insuffisantes, en cas de menace d'une crise systémique.


Les accords intervenus au Conseil cette semaine mènent vers  une direction inquiétante:


Au lieu d'une instance indépendante et rapide de décision, le pouvoir décisionnel est attribué aux États membres. Le Financial Times a calculé que l'étude d'un cas entraînerait la participation de neuf comités et 126 personnes au maximum. C'est comme si, lorsqu'un blessé est amené aux urgences, on convoquait d'abord le conseil d'administration de l'hôpital plutôt que d'administrer les premiers secours! Le critère est simple: s'il n'est pas possible de résoudre les problèmes d'une banque en un week-end pour éviter un retrait massif des dépôts, cela veut dire que le système est trop compliqué. Il est en effet question d'un mécanisme de résolution "unique" et non d'un mécanisme de résolution "multiple". En d'autres termes, c'est la Commission qui doit jouer un rôle central, non des comités opaques poussés par des intérêts peu transparents. Sinon, il faudrait dire que l'opération a réussi, mais que le patient est mort.


En lieu et place d'un fonds de résolution unique, on se dirige pendant la phase transitoire vers un fonds alimenté par des fonds nationaux. Les pays en seront responsables au moins pour les dix années à venir. En définitive, c'est une fois de plus le contribuable qui devra mettre la main à la poche. Cela contredit clairement l'idée fondamentale de l'union bancaire – des banques qui sauvent des banques! Les banques et les établissements de crédit doivent assumer leurs erreurs.


Si les décisions du Conseil Ecofin deviennent réalité, non seulement les effets positifs d'une union bancaire ne se réaliseront pas , mais des effets négatifs pourraient en outre se produire:

- surcoût pour les États membres en raison des restructurations forcées et des éventuelles recapitalisations. Cela alourdirait encore la dette;

- incitation des banques à réduire leur besoin de recapitalisation en réduisant les risques, ce qui se traduirait par l'annulation de crédits existants et l'octroi moindre de nouveaux crédits. La pénurie de crédits – l'un des obstacles majeurs à la reprise économique – ne ferait ainsi que s'aggraver;

- perte de confiance des marchés, en raison de l'absence de solution de secours représentée par le mécanisme européen de stabilité, qui peut être activé en période de crise;

- la crédibilité de la Banque centrale européenne se verrait abîmée – alors même que c'est  l'institution qui jouit du maximum de confiance en raison de son action rapide et efficace durant la crise!   Sans mécanisme robuste de résolution, la Banque centrale européenne pourrait hésiter à révéler les problèmes des banques et serait tentée de maintenir des banques en vie à l'aide d'injections de liquidités;

- si le mécanisme de résolution prend la forme proposée par le Conseil Ecofin, avec droits de veto nationaux, cela sapera la transparence et la légitimité de l'action de l'Union européenne. Le moteur de la Communauté ne saurait se résumer à une confrontation des grands États membres face aux petits, des forts face aux faibles. L'équilibre équitable des intérêts entre tous doit demeurer le but de l'Union européenne. Il convient également de réfléchir à ceci: plus un système est lent et inefficace, plus il revient cher en définitive à tous les protagonistes. 


Si nous appliquions en l'état les décisions du Conseil Ecofin relatives à l'Union bancaire, alors nous ne laisserions pas seulement passer une chance: ce serait la plus grande erreur jamais commise dans la lutte contre la crise. Si la résolution des problèmes des banques ne fonctionne pas correctement, cela pourra menacer la stabilité financière. Une union bancaire doit être faite correctement ou pas du tout.


C'est pourquoi le Parlement européen rejettera les décisions du Conseil Ecofin en l'état. 


Coordination des politiques économiques

M

esdames, Messieurs,


La crise nous a permis de comprendre que nous avons besoin d'une coordination plus étroite des politiques économiques. Mais nous avons encore un long chemin à parcourir.


Nous devons mettre fin au jeu des accusations. Il est intolérable d'adopter ici, au Conseil, les recommandations par pays dans le cadre du rapport annuel sur la croissance - pour ensuite, au pays, vitupérer contre le "diktat de Bruxelles". Le semestre européen est un bon instrument pour la coordination plus étroite des politiques économiques. Le Parlement européen souhaite un engagement politique en faveur de la coopération des politiques économiques et déplore, dans le même temps, son manque de dimension sociale. 

 

Le Parlement européen utilise au maximum les droits qui sont les siens dans le cadre du semestre européen. Pendant la semaine parlementaire, nous consultons les parlements nationaux, parce que nous voulons renforcer leur participation à la phase nationale. Nous pensons cependant également , que la transparence et la responsabilité démocratique doivent encore être renforcées au niveau européen pour une plus grande acceptation et, de la sorte, un plus grand succès du semestre. 


Partenariats de convergence

 

Mesdames, Messieurs,


Dans le cadre du pacte budgétaire, vous vous êtes engagés à veiller à une plus grande convergence des politiques économiques des États membres et à coordonner ex-ante toutes les grandes réformes économiques.


Lors du sommet de l'année passée, vous avez déclaré vouloir conclure des accords contraignants entre les États membres, le Conseil et la Commission dans le cadre du semestre européen dans la perspective d'une meilleure coordination économique et mettre en place un mécanisme de solidarité capable de soutenir financièrement les États membres confrontés à des difficultés sociales dans la mise en œuvre des programmes de réforme.


La prochaine étape sera de définir concrètement les modalités de ce processus.


Le Parlement européen tient tout particulièrement à trois points. 


Tout d'abord, la légitimité démocratique.


Nous préférons parler de partenariats de convergence plutôt que d'accords contractuels. Ces partenariats de convergence ne seront légitimes démocratiquement que lorsque le Parlement européen et les parlements nationaux, en tant que législateurs, seront pleinement associés et pourront assumer leur fonction de contrôle.


C'est pourquoi les partenariats de convergence doivent être intégrés dans le semestre européen et le Parlement européen doit participer à la définition des critères et des orientations des partenariats de convergence en qualité de co-législateur. Nous estimons que les orientations de convergence devraient se limiter à un petit nombre d'objectifs de réforme centrales et tenir compte de la dimension sociale de façon équilibrée. 


Les programmes nationaux de réforme élaborés sur la base de ces orientations de convergence doivent être discutés et adoptés publiquement par les parlements nationaux. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons garantir la responsabilité démocratique dans ce processus. C'est la seule manière de voir les parlements nationaux accepter ces programmes, étape nécessaire pour leur mise en œuvre efficace.


Si les partenariats de convergence ne sont pas pleinement légitimés démocratiquement, voire en cas de sentiment, chez les citoyens, qu'il s'agit là de mesures dictées par "Bruxelles", alors l'Union sera confrontée à une nouvelle grave perte de confiance. Le risque que les gouvernements de l'Union européenne fassent "porter le chapeau" à celle-ci pour les décisions qu'ils ont eux-mêmes prises est -l'expérience le démontre- bien réel. 


Deuxièmement, la solidarité.


Les députés européens sont convaincus qu'une meilleure coordination économique doit aller de pair avec un mécanisme de solidarité afin d'atténuer les difficultés sociales lors du processus de réforme. Un tel mécanisme de solidarité doit faire partie du budget de l'Union, sans dépasser toutefois les plafonds du cadre financier pluriannuel. En clair, cela signifie qu'il doit s'agir de nouveaux fonds, provenant par exemple des États membres ou de fonds propres comme la taxe sur les transactions financières, et alloués à une ligne dédiée du budget de l'Union européenne. Les compétences budgétaires du Parlement européen doivent ce faisant être pleinement respectées. C'est pourquoi nous insistons pour être associés à toutes les discussions relatives à la conception du mécanisme de solidarité.


Nous avons beaucoup réfléchi, au Parlement européen, sur la manière dont ce mécanisme de solidarité pourrait être financé. Certains doutaient qu'il serait possible de trouver un financement suffisant et rapide.  Si seuls les partenariats de convergence sont mis en place, sans que nous disposions en parallèle du mécanisme de solidarité, cela anéantirait l'effet souhaité de la "carotte et du bâton". Le "bâton" est déjà là, mais la "carotte" n'a même pas encore été récoltée. Des partenariats de convergence sans mécanisme de solidarité se heurteront à l'opposition du Parlement européen. 


Troisièmement, l'unité de l'Union.


Le Parlement européen souhaiterait rappeler que tous les efforts visant à renforcer l'union économique et monétaire ne sauraient entraîner une division de l'Union européenne. La participation à une coordination économique renforcée doit au contraire rester ouverte, sur une base volontaire, à tous les États hors zone euro.  


Ces questions étant encore ouvertes et controversées parmi vous, nous comprenons que vous ayez retiré ce sujet des conclusions et que vous l'ayez reporté au sommet de juin. 


Migrations


Lors du dernier sommet, nous avons mené des discussions intensives sur les problèmes de Lampedusa. Malheureusement, cela n'a pas encore été suivi de beaucoup d'effets. Pour le moment, seule la Task Force Méditerranée a formulé des recommandations, c'est pourquoi je souhaiterais vous inviter à faire preuve de davantage d'ambition et à proposer des solutions à la hauteur du problème.


Permettez-moi de souligner deux domaines dans lesquels des progrès concrets peuvent être réalisés:


Premièrement, il est urgent de conclure les négociations relatives aux règles contraignantes de grande qualité pour les missions coordonnées par Frontex au cours de la législature actuelle.

 

Deuxièmement, le Parlement se félicite de l'accent mis sur la réinstallation des personnes qui ont besoin d'une protection internationale. Nous disposons désormais de nouvelles mesures incitatives financières à cette fin et invitons tous les États membres à y avoir recours. 


Ukraine


Mesdames, Messieurs,


Le Parlement européen a déployé de nombreux efforts, ces dernières années, pour contribuer au dialogue et au renforcement de la démocratie en Ukraine. La mission Cox-Kwaśniewski que j'ai moi-même initiée a produit toute une série d'effets positifs et reste toujours prête à agir lorsqu'elle peut être utile. Nous sommes tout aussi déçus que vous face à la décision du gouvernement ukrainien de ne pas signer l'accord d'association à Vilnius. Nous pensons toutefois qu'il est préférable de laisser à l'Ukraine la porte des négociations ouverte, ne serait-ce qu'en raison des mouvements démocratiques qui ont lieu dans le pays, et que nous ne devrions pas abandonner à leur sort.  


Politique européenne de sécurité et de défense - Mise en commun et partage


Mesdames, Messieurs,


Le Parlement européen se félicite de ce que vous ayez consacré ce sommet à la politique européenne de sécurité et de défense. Dans un monde en mutation rapide, un monde dans lequel de nouvelles puissances apparaissent et de nouveaux risques voient le jour, l'Union européenne doit assumer plus de responsabilités pour protéger la population en Europe. 

Nous sommes confrontés à de nouveaux dangers.

Des dangers qui ne connaissent pas de frontières.

Des dangers qui s'immiscent dans la vie quotidienne des citoyens.

Des dangers auxquels aucun État ne peut plus faire face seul.


 - De nouvelles menaces asymétriques, par exemple dans le domaine de la cybersécurité, du terrorisme international, de la criminalité organisée ou de la piraterie internationale.


- Des instabilités régionales à notre porte, par exemple au Proche-Orient et en Afrique du Nord.


- De nouveaux risques qui sont le fruit de nouveaux modèles d'interdépendance, par exemple dans les domaines de la sécurité énergétique, de la migration ou du changement climatique.   

                                                                                   

Les tâches se multiplient. Pourtant, les dépenses de sécurité et de défense diminuent. Depuis la fin de la guerre froide, les budgets de la défense des États membres de l'Union européenne ont été constamment amputés. En 2001, les États membres de l'Union européenne consacraient encore 251 milliards d'euros à la défense; en 2012, ce chiffre n'était plus que de 190 milliards d'euros. Cela représente encore beaucoup d'argent. Pourtant, malgré ces investissements impressionnants, les résultats ne sont pas à l'avenant.


Militairement, nous sommes toujours dépendants des États-Unis.


Souvent, nous ne sommes même pas en mesure de mener une opération militaire sans le soutien des États-Unis. nous ne sommes souvent pas équipés pour faire face aux défis dans des situations de conflit.  


Cette situation se trouve encore aggravée par le fait que les États-Unis, qui se considèrent de plus en plus comme une puissance centrée sur le Pacifique, pourraient se dégager toujours davantage de leur rôle de puissance protectrice de l'Europe. Les États-Unis, dans leur directive de 2012 sur la défense américaine, nous demandent en tout cas un engagement plus fort en déclarant que nous ne devrions plus être des "consommateurs" mais des "producteurs" de sécurité. 


Les Européens n'ont d'autre choix que d'accepter une plus grande responsabilité pour leur propre sécurité.


Et nous devrons en faire plus avec moins de ressources.


Nous ne pourrons y parvenir qu'ensemble. 


Grâce à une coopération renforcée, nous pouvons accroître l'efficacité et l'impact de notre politique de sécurité et de défense. Car la politique actuelle du "chacun pour soi" est à l'origine de surcoûts, de structures parallèles et, dès lors, de problèmes de compatibilité en cas d'engagements communs. 


Le Parlement européen soutient des lors une politique de "pooling and sharing" ("mise en commun et partage") qui est l'avenir de la politique de défense: dépenser moins d'argent, mais le dépenser mieux, ensemble. Partager ce que nous avons et l'utiliser d'une manière plus efficace. 

 

À l'heure actuelle, en Europe, nous avons affaire à 28 industries et marchés fragmentés. Les trois quarts des projets d'achat ne font pas l'objet d'appels d'offres européens, car les pays invoquent des régimes dérogatoires au nom de la "sécurité nationale".  

 

Concrètement cela veut dire que:  

 

Nous disposons de 16 grands chantiers navals pour les navires de guerre – contre deux aux États-Unis.  


Nous avons 19 types différents de blindés de combat d'infanterie et 14 types de chars de combat  - contre un type de chaque aux États-Unis. Soulignons que les États-Unis dépensent trois fois plus pour la défense que l'Union européenne !  


Conséquence de ce marché intérieur morcelé: à court terme, impossibilité de faire des économies par la mise en commun des commandes et la production de masse. À long terme, des coûts d'entretien élevés. 


Les choses doivent changer! Au final, c'est le contribuable qui paie la facture des surcoûts et des structures parallèles. Comme le montre une étude du Parlement européen, chaque année, on pourrait économiser au moins 26 milliards d'euros grâce à la coopération. Probablement beaucoup plus, en fait. Alors que les caisses publiques sont vides, un tel gaspillage n'est pas acceptable !  


Dans le cas des troupes et des capacités également, la mise en commun et le partage sont dans notre intérêt à tous. Actuellement, les forces européennes sont encore organisées sur une base nationale. Chaque pays forme et entretient son personnel sur une base nationale. Dès lors, les principes, la logistique et les structures de commandement divergent, parfois considérablement. Cela entraîne des problèmes de compatibilité en cas d'engagement commun, de surcapacités coûteuses et de doublons. Nos soldats sont de plus en plus privés de ce qui rend les armées modernes, rapides, mobiles: des avions ravitailleurs, des moyens de transport, des moyens informatiques, des renseignements, des moyens de communication.

 

Aucun pays européen n'est plus en mesure de mobiliser à lui seul des troupes dont la force, les capacités et l'équipement technique soient à la hauteur des conflits contemporains.  


Ensemble, en revanche, nous en sommes capables.


Lors d'opérations multinationales, tout le monde ne doit pas être en mesure de tout faire.


Chacun apporte sa contribution.


Si chaque pays se spécialise en se concentrant sur des capacités et des équipements spécifiques, alors ces capacités et équipements peuvent être utilisés lors de missions sous la forme de modules.


Cela économise de l'argent. Cela permet  de meilleurs résultats. 


D'autant que les pays de l'Union européenne continuent à consacrer la majeure partie de leur budget de la défense aux dépenses de personnel.


C'est de l'argent que nous n'avons pas pour le matériel. Nous mettons ainsi les soldats en danger lors d'engagements risqués, car le manque de matériel peut leur coûter la vie.


C'est de l'argent que nous n'avons pas pour l'innovation. Nous compromettons ainsi notre compétitivité, notamment en ce qui concerne la technologie à double usage.


Permettez-moi de citer quelques projets que l'on devrait aborder dans le cadre d'une politique de mise en commun et de partage: hélicoptères de transport, ravitaillement en vol, surveillance maritime, protection contre les risques chimiques, biologiques et nucléaires.  


L'Agence européenne de la défense, en particulier, pourrait jouer un rôle important dans l'amélioration de la coordination des capacités pour éviter les doubles emplois et les programmes parallèles dans les États membres et, de la sorte, permettre au contribuable d'économiser de l'argent. De même, le manque de flexibilité à l'intérieur des processus de décision au sein de l'Union est, comme par le passé, un véritable handicap. Nous ne mettons toujours pas suffisamment en œuvre les instruments prévus dans le traité de Lisbonne (article 46) pour une coopération structurée. Le Parlement européen est favorable à l'institution d'un Conseil des ministres de la défense.


Mesdames, Messieurs,


Pour relever les nouveaux défis, il est particulièrement important de renforcer le volet préventif de notre politique de défense et de sécurité. Les conflits violents n'éclatent pas du jour au lendemain; ils sont le plus souvent précédés d'une détérioration progressive de la situation. En tant que puissance "d'influence", l'Union européenne est bien placée pour adopter, dans la prévention des crises, dans la réaction rapide aux crises et dans le soutien à la stabilisation et à la démocratisation dans notre voisinage, une approche globale, alliant des instruments diplomatiques, économiques et militaires. Pourtant, nous constatons encore et toujours que l'Europe ne fait pas pleinement usage de ses possibilités. Le nombre et le délai de mise en place des missions et opérations de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC), ainsi que le développement des moyens civils et militaires ne sont pas suffisants, compte tenu de l'insécurité croissante dans le voisinage de l'Union.


Si nous voulons que cela change, si nous voulons défendre nos intérêts et nos valeurs, si nous voulons assurer la sécurité de nos citoyens, alors - c'est ce que dit la majorité du Parlement européen - nous avons besoin d'un quartier général pour les missions civiles et militaires à Bruxelles et nous avons besoin de troupes prêtes à intervenir.  


Mesdames, Messieurs,


Je comprends qu'il n'est pas simple d'expliquer à sa population que dans un secteur aussi sensible que la politique de défense et de sécurité, nous devons coopérer plus étroitement au niveau européen. La protection de la population est traditionnellement une mission fondamentale et, par là-même, une base de légitimation de l'État nation. Cependant, nous ne pouvons fermer les yeux devant la réalité: le monde a changé et notre existence est liée à ce monde. Nous sommes obligés d'unir davantage nos forces pour protéger nos citoyens.

 

Les gens le savent. Trois Européens sur quatre se prononcent en faveur d'une politique européenne de la défense.


Ce sommet peut être le point de départ d'une nouvelle politique européenne de la défense et de la sécurité.


Attelons-nous à une nouvelle stratégie européenne de sécurité.


Une stratégie qui se concentre sur le cœur des intérêts, des missions et des capacités de l'Union européenne.


Une stratégie qui met en commun et partage les ressources. Mieux vaut la coopération que les rivalités nationales. 


Je vous remercie de votre attention.

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 15:31

         


Premier chancelier social-démocrate (1969-1974) de l’après-guerre, les Allemands célèbrent aujourd’hui, vendredi 18 décembre 2013, le centenaire de la naissance de Willy Brandt. A cette occasion, Sauvons l’Europe donne la parole à Hélène Miard-Delacroix, historienne et biographe de ce grand dirigeant européen.

Henri Lastenouse: On connaît Willy Brandt comme l’homme et « le Nobel » de « l’Ostpolitik », et moins comme un acteur de la construction européenne. Pourtant, quelle cohérence tirer de son parcours sur ces sujets ? Avec le recul de l’historien, peut-on voir en lui l’homme qui réconcilie l’Allemagne avec (toute) l’Europe ?

Hélène Miard-Delacroix : Il est vrai que Willy Brandt tient sa célébrité de ce geste de l’agenouillement au mémorial du ghetto de Varsovie, le 7 décembre 1970. Cette image est d’une exceptionnelle simplicité et est immédiatement compréhensible par tous, elle a fait le tour du monde et elle symbolise cette politique de réconciliation qui a valu le prix Nobel de la Paix à Willy Brandt en 1971. Il est vrai aussi que cette Ostpolitik, cette politique à l’Est, a suivi une logique propre : il s’agissait à la fois de normaliser les relations de l’Allemagne fédérale avec des populations qui avaient été victimes du nazisme et d’établir des relations de bon voisinage avec des pays devenus communistes – mais qui, pour Brandt, faisait complètement partie de l’Europe. Vis à vis de l’Allemagne de l’Est, la RDA, l’objectif particulier était de permettre des échanges entre les deux populations allemandes afin d’éviter qu’elles deviennent étrangères l’une à l’autre et afin d’abaisser le niveau de tension dont les Allemands de l’Est subissaient les effets. Tout cela est vrai.

Il est faux en revanche que la politique à l’Ouest de Brandt, la politique de construction européenne, n’aurait été menée par Bonn que pour assurer ses arrières. On a prétendu que Brandt aurait cherché à obtenir la bénédiction des Alliés occidentaux pour sa politique à Est en donnant des gages de bonne conduite à l’Ouest. Ce type d’analyse révèle surtout la méfiance qu’a provoquée le choix ouest-allemand de prendre en main ses relations avec ses voisins d’Europe centrale. Or la cohérence de la politique de Brandt à l’Est et à l’Ouest est évidente. Elle l’est par la concomitance des initiatives sur les deux « fronts » : la relance européenne au sommet de La Haye les 1er et 2 décembre 1969 et, ensuite, la recherche des compromis avec la France sur la PAC s’agencent avec les différentes étapes de l’Ostpolitik. La cohérence est claire aussi si l’on écoute bien les déclarations de Brandt : après avoir affirmé dans son discours de politique générale d’octobre 1969 vouloir que les Allemands soient « un peuple de bons voisins à l’intérieur et à l’extérieur », il précise dans les mois suivants que « l’Ostpolitik commence à l’Ouest » et, comme il l’écrit à Pompidou, que l’Ostpolitik n’est que « la composante orientale de la politique européenne ». Depuis la fin de la guerre il a plaidé pour la construction européenne, parlant des États-Unis d’Europe dès 1939, bien avant que Monnet et Schuman lancent en 1950 leur offensive en faveur d’une mise en commun des productions de charbon et d’acier. À cette époque Brandt a été ouvertement à contre-courant de son parti le SPD, alors très hostile à la construction de cette Europe à l’Ouest. Si avec le temps, Brandt s’est éloigné de l’idée d’États-Unis d’Europe au sens littéral il est resté convaincu de l’indispensable construction comme facteur de paix et de prospérité. Ses années de gouvernement ont permis de commencer à réaliser le triptyque, formulé par Pompidou : achèvement, approfondissement, élargissement.

Quelle place prennent en Allemagne les célébrations du centenaire de sa naissance, à l’heure pour le SPD d’une grande coalition avec Angela Merkel ? Selon vous, sa « place » dans l’histoire allemande contemporaine fait-elle encore débat ?

Le hasard du calendrier fait que le centenaire de la naissance de Willy Brandt tombe la même année que le 150e anniversaire de la fondation du SPD qui a été fêté dignement au printemps dernier. Tous les partis ont rendu hommage au plus ancien parti d’Allemagne qui a connu des périodes fastes et des temps plus difficiles. En cette fin d’année 2013, le centenaire de Brandt a lieu précisément au moment où le SPD décide de s’engager dans une nouvelle grande coalition avec les chrétiens-démocrates d’Angela Merkel. Beaucoup y cherchent une source d’inspiration et d’espoir, alors qu’on sait combien le SPD est sorti affaibli de sa dernière expérience de grande coalition, entre 2005 et 2009. Face aux réticences que provoque ce mauvais souvenir récent, la mémoire de Brandt apporte un autre enseignement : le SPD peut gagner à s’allier avec une CDU qui est au pouvoir depuis longtemps, et sortir vainqueur d’une grande coalition comme ce fut le cas en 1969 lorsque Brandt réussit à former un gouvernement avec les libéraux après avoir travaillé pendant trois ans avec la CDU de Kurt Georg Kiesinger.
La place de Willy Brandt dans l’histoire allemande ne fait aujourd’hui plus débat et il a rejoint le panthéon des grands hommes politiques. Il a pourtant été la personnalité, puis le chancelier, qui a le plus polarisé dans les années 1960, 1970 et 1980. Il a été aussi adulé par ses partisans que détesté et insulté par ses détracteurs. Aujourd’hui il fait l’unanimité. Il suffit pour s’en convaincre de remarquer à quelle fréquence est évoqué son nom, sont vantées ses valeurs et sont citées ses formules : « oser plus de démocratie », par exemple.

A son décès, Willy Brandt a privilégié Felipe Gonzales comme « héritier politique ». Par ailleurs, François Mitterrand l’aurait visité le jour même de sa victoire présidentielle en 1981. Comment évaluer son action et son influence au sein de la Social-Démocratie en Europe ?

C’est une vraie rencontre qui a eu lieu avec Felipe Gonzales. Willy Brandt a beaucoup œuvré pour aider la gauche espagnole et portugaise à s’imposer au sortir des dictatures qu’ont connues leurs pays. Dans ces deux pays mais aussi en Amérique du Sud comme en Europe, on ne reconnaîtra jamais assez l’action qu’a menée Willy Brandt à la présidence de l’Internationale socialiste après sa démission de la chancellerie en 1974. À son initiative, ces années ont permis une meilleure prise de conscience du patrimoine commun et des valeurs communes des partis socialistes, et ainsi la création de solidarités qui ne soient pas que théoriques. On y a aussi beaucoup débattu de la nature de la social-démocratie, au détour d’âpres discussions sur les options acceptables. Ainsi l’union de la gauche par le rapprochement avec les communistes, promue par François Mitterrand, n’a pas fait l’unanimité. La relation de Willy Brandt avec François Mitterrand est complexe, comme la plupart de celles qu’a entretenues le socialiste français avec ses amis. Aussi est-il difficile de les résumer en quelques mots. On peut retenir une grande proximité et une inspiration commune. Mais leur intimité s’est affaiblie dans leur désaccord au sujet du stationnement des euromissiles en 1983. Willy Brandt a soutenu alors le mouvement pacifiste, essentiellement sans le souci de retenir la jeunesse dans le SPD, tandis que François Mitterrand a été, comme Helmut Schmidt, radicalement favorable au rétablissement de l’équilibre des forces en Europe. Le discours de Mitterrand au Bundestag en janvier 1983 a été vécu par Brandt comme une trahison personnelle. Pour conclure sur l’influence de Willy Brandt dans la social-démocratie en Europe : elle est indiscutable et elle complète, pour les valeurs et l’inspiration, l’action de Jacques Delors.

Votre ouvrage vous a fait « côtoyer » Willy Brandt. Au cours de votre travail, de quelle manière le personnage vous a t il surpris ?

Hélène Miard-Delacroix : En tant qu’historienne, je connaissais déjà très bien la figure et les archives de Willy Brandt pour avoir travaillé pendant plusieurs années sur l’histoire des relations franco-allemandes, sur l’action d’Helmut Schmidt et sur les relations entre PS et SPD. Le travail que j’ai mené pour écrire cette biographie m’a conduite à étudier plus encore son parcours personnel et à approcher de plus près l’homme, avec ses doutes et ses faiblesses. J’ai moins été surprise que confortée dans ma conviction que le monde politique est rude et que des actions décisives, parce qu’elle font bouger les choses, sont d’autant plus admirables qu’elles ne sont reconnues que bien des années plus tard. Je suis toujours frappée par le fait que la plupart des politiques n’agissent que pour obtenir des gains à très court terme. La « surprise » que nous livre Willy Brandt est que la vision et les convictions pèsent plus que le maintien à un poste dirigeant. En ce sens, il a été exemplaire.

Hélène Miard-Delacroix enseigne actuellement l’histoire et la civilisation de l’Allemagne contemporaine à la Sorbonne. Son domaine de recherche est l’histoire de l’Allemagne du 19e au 21e siècle ainsi que les relations franco-allemandes et la construction européenne. Elle a publié le 30 octobre dernier chez Fayard une biographie de Willy Brandt

Henri Lastenouse est Secrétaire général de Sauvons l’Europe

Source : http://www.sauvonsleurope.eu/willy-brandt-beaucoup-dallemands-ont-vu-en-lui-ce-quils-auraient-peut-etre-prefere-etre/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=willy-brandt-beaucoup-dallemands-ont-vu-en-lui-ce-quils-auraient-peut-etre-prefere-etre

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 14:51

Le Premier ministre britannique, David Cameron, devrait sonner le clairon à l’entrée du Conseil européen qui démarre cet après-midi à Bruxelles. C’est « no » à l’Europe de la Défense. Au cours d’une visite surprise des troupes britanniques en Afghanistan lundi (16 décembre), David Cameron s’est dit « prêt à bloquer un plus grand rôle de l’Union européenne dans la coordination de la politique de défense ».  Au 10 Downing street (la résidence du Premier ministre), on craint « qu’un mouvement de l’UE porte atteinte à l’OTAN ».

Les Etats-membres au premier rang, l’OTAN au second 

Les responsables britanniques veulent, par là, adresser un message clair : l’Union européenne ne doit pas « s’immiscer » dans le domaine de la défense, compétence des Etats Membres. Et s’il y a une organisation compétence pour le faire, c’est l’OTAN et non l’UE qui doit coordonner cette politique. « Le rôle de la politique de sécurité et de défense commune de l’UE, mis en place il y a quatre ans, devrait s’appuyer sur l’action de l’Etat » rappelle ainsi une source britannique, proche du Premier ministre nos collègues la BBC. « L’OTAN est le fondement de notre défense collective. Toute action de l’UE devrait être complémentaire, mais pas le reproduire ». Un propos qui confirme le papier diffusé par les Britanniques à Londres il y a déjà plusieurs semaines (détails dans le Club. Lire : L’OTAN la pierre angulaire, l’Europe le cale-pied (Lidington)

Voir les commentaires de Nicolas Gros-Verheyde sur son site : http://www.bruxelles2.eu/defense-ue/defense-ue-droit-doctrine-politique/david-sonne-la-charge-heroique.html

NDLR Regards-citoyens.com : une telle attitude, qui constitue une constante de la position britannique à l'égard de l'union politique, justifie à elle seule le bien fondé de l'option suivante proposée par Regards-citoyens.com : Mettons en oeuvre une coopération renforcée dans le domaine de la Politique étrangère et de sécurité commune de l'UE, condition sine qua non de l'établissement de la coopération structurée  

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