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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 16:46

Regards-citoyens entend promouvoir les initiatives les plus marquantes que ce soit en faveur de la poursuite de l'oeuvre de construction européenne autour d'une vision positive et constructive de ce qu'emporte le besoin d'Europe comme exigences et comme sources fécondes de progrès et d'épanouissement individuels et collectifs.

Ce blog voulant servir de caisse de résonnance à ces initiatives et aux messages qu'ils portent, il reprend à son compte le mot de Notre Europe (www.notre-europe.eu) du 19 mars 2009.

" Le choc systémique provoqué par les plus graves crises financière et économique des soixante dernières années rappelle avec vigueur le « besoin d'Europe », titre d'une grande conférence publique avec la participation de Jacques Delors, Joschka Fischer, Pierre Hassner, Tommaso Padoa-Schioppa, Guy Verhofstadt et d'autres personnalités européennes, co-organisée par Notre Europe
et le Nouvel Observateur le 30 mars 2009 au théâtre du Rond Point des Champs-Elysées (cf. http://www.notre-europe.eu/fr/agenda/publication/colloque-besoin-deurope/). L'urgence de la situation rend plus que jamais nécessaire une prise de décisions coordonnée de la part des Européens, afin d'enrayer le cercle vicieux de la récession. Cela vaut sur le plan régional comme sur la scène mondiale. Les débats du Forum transatlantique l'ont rappelé : pour progresser, la gouvernance mondiale réclame un nouveau leadership UE/Etats-Unis qui ne se matérialisera jamais sans une Europe forte.

Mais c'est sur le temps long que cette Europe se construit. Pour y participer, plusieurs chantiers sont ouverts - en tête desquels l'amélioration de la gouvernance de l'UE. Mario Monti tire ainsi les enseignements du processus de ratification du Traité de Lisbonne et propose des solutions pour éviter qu'à nouveau, la ratification des Traités puisse mener dans l'impasse l'ensemble des membres de l'UE, si l'un d'eux rencontre un obstacle.

A plus brève échéance, le calendrier de l'Union convoque les citoyens aux urnes du 4 au 7 juin prochains, pour élire leurs représentants au Parlement européen. Depuis trente ans, ce rendez-vous essentiel de la démocratie européenne n'a cessé de voir chuter le taux de participation, alors que dans le même temps le Parlement a gagné en compétences (budgétaires, législatives et politiques). Pour remédier à cette tendance, l'étude « La démocratie au sein de l'UE et le rôle du Parlement européen », propose quelques pistes afin de renforcer les liens entre les Européens et leurs institutions.

Enfin, au-delà des réformes institutionnelles, l'action commune pourrait se trouver améliorée substantiellement au terme de la révision des perspectives financières en 2009 , si les négociations du cadre financier post-2013 trouvaient une issue positive . Pour encourager un débat politique ambitieux, avant ces discussions budgétaires, les experts, diplomates, représentants de la Commission et du Parlement, invités par Notre Europe et le think-tank belge Egmont en décembre dernier ont débattu de la PAC, de sa participation aux objectifs de l'UE et de son budget. Nous publions la synthèse de leurs débats. "

 

 

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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 13:52


Les principes de l’action de la France en matière de lutte contre la prolifération, de maîtrise des armements et de désarmement

L’action de la France en matière de lutte contre la prolifération, de maîtrise des armements et de désarmement prend en compte cette double responsabilité. Elle est guidée par des principes constants : prévenir les menaces à la paix, respecter le droit de légitime défense, refuser la course aux armements et progresser vers un désarmement général et complet. Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies et Etat doté de l’arme nucléaire au sens du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), la France a des responsabilités particulières pour la préservation et le renforcement de la paix et de la sécurité internationales 

L’action de la France en matière de lutte contre la prolifération, de maîtrise des armements et de désarmement prend en compte cette double responsabilité. Elle est guidée par des principes constants : prévenir les menaces à la paix, respecter le droit de légitime défense, refuser la course aux armements et progresser vers un désarmement général et complet.


La France s’est résolument engagée en faveur du régime de non-prolifération nucléaire.

La France est particulièrement attachée à la pérennité du TNP, qui est un élément essentiel du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Quarante ans après sa signature, il est de notre devoir d’en préserver l’intégrité face aux nouveaux défis et aux nouvelles menaces.

Nous devons tous être conscients du niveau de sécurité que nous offre le TNP, en limitant les risques de prolifération des armes nucléaires, en favorisant le désarmement et en encourageant le développement des usages pacifiques de l’énergie nucléaire. Ces trois piliers ont tous leur importance en soutien de l’objectif de non-prolifération qui est celui du traité. La France reste pleinement déterminée à obtenir la réalisation de tous les objectifs du traité.

La France participe de manière sérieuse et approfondie au processus d’examen du TNP et prépare activement la prochaine Conférence d’Examen qui se tiendra au printemps 2010. Elle s’attachera à ce que la Conférence de 2010 s’interroge sur les moyens de faire face avec efficacité au phénomène de la prolifération nucléaire, promeuve le développement responsable des utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire et aborde de manière concrète et pragmatique la question du désarmement.

La France mène une action concrète en soutien des trois piliers du TNP : non-prolifération, désarmement, usages pacifiques de l’énergie nucléaire


1-  Non-prolifération

La France est convaincue que c’est dans la prolifération nucléaire que réside, depuis la fin de la Guerre Froide et le changement de contexte stratégique, le facteur principal susceptible d’accroître les risques d’une guerre nucléaire. Pour prévenir le risque d’une guerre nucléaire, c’est donc aujourd’hui en premier lieu dans la lutte contre la prolifération nucléaire que nous devons concentrer nos efforts.

La France ne les ménage pas, en particulier pour trouver à la crise iranienne une solution diplomatique qui réponde aux préoccupations fortes exprimées par la communauté internationale. L’Iran a presque accumulé le stock d’uranium faiblement enrichi lui permettant, après nouvel enrichissement, de faire un engin nucléaire. Il continue de refuser de répondre aux questions de l’Agence internationale de l’énergie atomique de Vienne sur des activités pouvant être liées à la conception des armes nucléaires. Il a réalisé récemment des progrès préoccupants dans son programme balistique (mise en orbite d’un satellite en février 2009). Nous souhaitons empêcher l’Iran d’obtenir une capacité nucléaire militaire, qui serait très déstabilisante pour la région et détruirait le régime de non-prolifération. Pour y parvenir, la France mise, avec nos partenaires européens, américain, russe et chinois, sur une approche alliant dialogue et fermeté. Nous voyons se dessiner une fenêtre d’opportunité en 2009 pour essayer d’obtenir le lancement de négociations sur le dossier nucléaire iranien, notamment avec l’arrivée d’une nouvelle administration américaine.. La France espère que les Iraniens sauront saisir cette opportunité. Notre priorité va au dialogue et à la négociation. Mais c’est à l’Iran de faire un choix, entre la coopération et un isolement croissant.

En outre, à l’occasion de sa présidence de l’Union européenne, la France s’est engagée de manière déterminée en faveur de l’adoption de nouveaux axes d’action de l’UE en matière de lutte contre la prolifération, qui renforceront l’efficacité de la stratégie de l’UE de 2003. En effet, pour être efficace, notre action contre la prolifération doit également reposer sur une coopération opérationnelle déterminée afin d’entraver les transferts illicites, de contrôler encore plus efficacement les exportations, de lutter contre les réseaux clandestins, de réprimer le financement de la prolifération et de réduire le risque de jonction entre le terrorisme et les armes de destruction massives.

2- Désarmement

La priorité que représente le traitement de la prolifération ne fait pas oublier à la France ses engagements en matière de désarmement nucléaire et de désarmement général et complet.

Ainsi que le Président de la République l’a souligné dans son discours de Cherbourg le 21 mars 2008, la France respecte pleinement ses obligations au titre du TNP, en particulier son article VI. Elle a un bilan exemplaire et une approche claire en matière de désarmement nucléaire. Son engagement se traduit en actes concrets et ne se limite pas aux discours et promesses.

La France a pris dans ce domaine, depuis le début des années 1990, des décisions irréversibles, sans équivalent de la part des autres puissances nucléaires : la France a été, avec le Royaume-Uni, le premier Etat doté d’armes nucléaires à ratifier, il y a 10 ans déjà, le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) ; elle a été le premier Etat à avoir décidé la fermeture et le démantèlement de ses installations de production de matières fissiles pour les armes nucléaires ; elle est le seul Etat à avoir démantelé, de manière transparente, son site d’essais nucléaires ; elle est le seul Etat à avoir démantelé tous ses missiles nucléaires sol-sol (abandon et démantèlement du système d’armes sol-sol balistiques du plateau d’Albion et des systèmes d’armes sol-sol de courte portée Pluton et Hadès) ; elle est le seul Etat à avoir réduit volontairement d’un tiers le nombre de ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.

La France n’a jamais participé à la course aux armements et applique le principe de stricte suffisance. Nous avons également pris plusieurs mesures pour réduire les niveaux d’alerte opérationnelle de nos forces nucléaires afin qu’ils soient maintenus au niveau le plus bas possible, requis pour préserver la crédibilité de la dissuasion.

La France entend continuer de contribuer activement au désarmement, comme en témoigne l’annonce par le Président de la République d’une réduction d’un tiers du nombre d’armes nucléaires, de missiles et d’avions de la composante aéroportée.

Le Président de la République a également consenti des gestes de transparence sans précédent de la part d’un Etat doté de l’arme nucléaire :

     -   il a précisé quelle sera la taille de notre arsenal après la réduction annoncée ci-dessus, en indiquant qu’il comprendra moins de 300 têtes nucléaires. Il s’agit de notre arsenal total, la France n’ayant pas d’autres armes que celles de ses stocks opérationnels ;

     -    par ailleurs, le Président a décidé d’inviter des experts internationaux à venir constater le démantèlement de nos installations de production de matières fissiles pour les armes nucléaires. C’est ainsi que la France a organisé une visite de ses anciennes installations militaires de Pierrelatte et Marcoule le 16 septembre 2008 pour des représentants de plus d’une quarantaine de pays membres de la Conférence du désarmement, puis le 16 mars pour des think tanks. C’est la première fois qu’un Etat doté de l’arme nucléaire ouvre ainsi les portes de ses anciennes installations de production de matières fissiles pour les armes nucléaires ;

      -    le Président a par ailleurs rappelé qu’aucune des armes nucléaires de la France n’était ciblée contre quiconque.

Soulignant que la réciprocité est la base même de la sécurité collective et du désarmement, le Président de la République a également proposé à la communauté internationale des propositions ambitieuses. A l’occasion de la présidence française de l’Union européenne, la France s’est engagée pour que, sur cette base, l’Union européenne  présente un plan d’action en matière de désarmement, dans la perspective de la Conférence d’examen du TNP de 2010.  Ce plan d’action en matière de désarmement a été endossé par les 27 chefs d’Etat et de gouvernement lors du Conseil européen de décembre (à l’occasion de la Déclaration sur le renforcement de la sécurité internationale).

Dans ce plan d’action, nous mettons l’accent sur deux priorités de court terme, qui contribueraient de manière décisive au renforcement du régime multilatéral de maîtrise des armements : l’entrée en vigueur du TICE et l’ouverture de négociations, à la conférence du désarmement, sur un traité dit cut off, interdisant la production de matières fissiles pour les armes nucléaires. Nous demandons également à tous les Etats concernés de démanteler leurs installations d’essais nucléaires, car nous sommes convaincus qu’il s’agit là de gestes très concrets et sérieux en faveur du désarmement. Nous appelons également les puissances nucléaires à s’entendre sur des mesures de confiance et de transparence. Nous demandons l’ouverture de consultations sur un traité interdisant les missiles sol-sol de portées courte et intermédiaire. Un nouvel accord de maîtrise des armements entre les Etats-Unis et la Russie, prévoyant de nouvelles réductions des arsenaux nucléaires, constituerait également une avancée importante, dans la mesure où ces deux pays possèdent encore près de 96 % du stock mondial d’armes nucléaires.

Le Président de la République a fait part au Secrétaire général des Nations Unies le 5 décembre dernier de ce plan d’action de l’Union européenne, afin que tous les Etats rejoignent l’UE pour le promouvoir et le réaliser.

Nous ne pourrons en effet continuer à avancer sur la voie du désarmement que si la volonté de progresser est unanimement partagée. La poursuite du désarmement repose sur la confiance, la transparence et la réciprocité.

Par ailleurs, nous ne devons pas nous limiter à la seule question du désarmement nucléaire. Nous devons prendre en compte l’ensemble des conditions politiques et stratégiques qui le rendent possible et en déterminent le rythme de progrès. En particulier, les préoccupations de certains pays ne concernent probablement pas uniquement les postures et arsenaux nucléaires, mais aussi la défense anti-missile ou les capacités conventionnelles.

3- Usages pacifiques de l’énergie nucléaire


Il existe une demande croissante, notamment de la part de pays en développement, d’accès à l’énergie nucléaire civile, dans un contexte de préoccupation grandissante pour la sécurité énergétique et le changement climatique. Nous devons y répondre mais, dans le même temps, nous devons aussi faire en sorte que le développement de l’énergie nucléaire intervienne dans les meilleures conditions de sûreté, de sécurité, et de non prolifération.

La France attache une importance particulière au développement des applications civiles de l’énergie nucléaire dans le cadre de l’article IV du TNP. A l’heure où de plus en plus de pays souhaitent se doter de capacités électro-nucléaires, la France, en conformité avec ses engagements pris au titre de l’article IV du TNP, est prête à répondre à ces attentes, en faisant bénéficier de son expertise reconnue tout pays qui respecte scrupuleusement l’ensemble de ses engagements de non prolifération nucléaire, notamment ceux découlant du TNP.

La France estime que, loin d’être contradictoires, le renforcement du régime de non-prolifération et le développement de l'énergie nucléaire civile vont de pair. Pour sa part, la France est pleinement engagée en faveur d’un développement sûr et responsable de l'énergie nucléaire. 

La France s’efforce de promouvoir des solutions pragmatiques à court ou moyen-terme pour prévenir les risques liés à la diffusions de technologies sensibles : en proposant l’adoption au groupe des fournisseurs nucléaires (NSG) de critères pour les exportations de technologies sensibles (enrichissement et retraitement), en travaillant sur des mécanismes multilatéraux concrets et réalistes pour garantir la fourniture de combustible nucléaire, en mettant en oeuvre des contrôles aux exportations efficaces et en développant des technologies innovantes résistantes à la prolifération. En particulier, à l’occasion de sa présidence de l’Union européenne, la France s’est engagée, conjointement avec ses partenaires européens, en faveur d’une participation financière (jusqu’à 25 millions d’euros) et technique de l'Union européenne à la constitution d’une banque de combustible nucléaire sous l'égide de l'AIEA. En outre, consciente de l’importance d’un environnement réglementaire, technique et humain adéquat, la France s'est dotée d’une Agence spécialisée, l’Agence France Nucléaire International (AFNI), pour accompagner les pays accédant au nucléaire dans la mise en place des infrastructures nécessaires au développement sûr et efficient des usages civils de l'énergie nucléaire, avec une priorité sur la formation.


Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies et Etat doté de l’arme nucléaire au sens du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), la France a des responsabilités particulières pour la préservation et le renforcement de la paix et de la sécurité internationales 

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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 12:05

Au moment où l'Alliance atlantique et son organisation associée, l'OTAN, entreprennent une profonde refondation, il parait sage de prendre la mesure des autres grands mouvements stratégiques qui ont anticipé ou qui accompagnent cette nouvelle dynamique stratégique transatlantique.

Parmi ces grands mouvements figurent non seulement la montée en puissance de l'Organisation de Coopération de Shangaï (dont la présentation fait l'objet d'un autre article de Regards-citoyens ; cf. http://www.regards-citoyens.com/article-29533384.html) mais également le renforcement d'une autre organisation importante en matière de sécurité collective : l'Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTCS).

L'OTSC est créée le 7 octobre 2002, à l'occasion des réformes de la CEI, sur les bases du Traité de sécurité collective (TSC) signé le 15 mai 1992 par six États membres de la CEI (sur onze), traité qui avait pour objectif de déployer une architecture de Sécurité sur 4 zones de sécurité distintes et coordonnées au sein de la CEI. 

Le but de l'OTSC, à long terme, est de devenir une véritable organisation politico-militaire analogue à l'OTAN et de s'assurer que ses alliés sont prêts à combattre contre un ennemi commun au nom des intérêts communs.

L'OTCS dipose d'un Conseil de sécurité collective ainsi que d'autres institutions intergouvernementales. Elle recourt à un système de présidence tournante sur une base annuelle. Actuellement, c'est l'Arménie qui a la responsabilité de cette présidence.


Malgré le déclin de la CEI, l'OTSC reste très active en Asie centrale et apparaît désormais comme le complément politico-militaire de la Eurasec, qui regroupe la Russie, la Biélorussie, l'Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l'Ouzbékistan (qui a réintégré l'organisation en 2006) et le Tadjikistan.

Cette organisation ne semble pas pâtir, pour le moment, de la montée en puissance de l'Organisation de Coopération de Shangaï à laquelle ses membres appartiennent également, à l'exception de l'Arménie.

Dernier membre ayant rejoint l'OTSC (en 2006) après avoir quitté le TCS en 1999, l'Ouzbékistan a préconisé la fusion de l'OTSC et de l'Eurasec, considérant que l'Eurasec et l'OTSC ont des agendas similaires et font souvent doublon. De son côté, la Russie a reconnu que la question d'une éventuelle fusion de l'OTSC et de l'Eurasec méritait d'être examiné.

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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 19:33

Regards-citoyens.com s'emploie à apporter à ses lecteurs des éléments d'analyse qui ont vocation à leur donner une capacité supplémentaire pour exercer pleinement leur citoyenneté sur tous les registres qui alimentent le débat démocratique et requièrent une implication de l'Etat.
Parmi ces registres, la course aux armements nucléaires, la dissuasion et la prolifération nucléaires occupent une place singulière .
Plusieurs articles disponibles sur ce blog y consacrent des analyses spécifiques (cf. les rubriques suivantes : ainsi que )

Un livre vient de paraître aux éditions Actes Sud qui aborde la question des armements nucléaires d'une manière critique, au sens le plus exigeant et démocratique du terme. Ce livre signé par Georges Le Guelde et intitulé "Les armes nucléaires, mythses et réalités" est préfacé par Michel Rocard, ancien Premier ministre français.
Cette préface expose un point de vue des plus autorisé sur la nécessité de débattre de cette question majeure de manière à permettre aux décideurs politiques de disposer de toutes les cartes qui leur sont indispensables pour statuer en pareille matière. 
Au-delà du regard à la fois politique, stratégique et technique - très riche - porté par Michel Rocard sur cette question, cette préface présente la singularité d'appeler à les citoyens à s'approprier les enjeux qui y sont associés et à faire entendre leurs voix dans les enceintes appropriées ; ne serait-ce que pour étayer les processus de décisions politiques d'une véritable assise démocratique contradictoire et opposable aux expertises et influences de toutes factures qui ne manquent pas d'apporter des biais aux analyses de référence.

Elle concourt à justifier l'ouverture de débats citoyens sur ces questions, n'en déplaise aux protagonistes de ce registre à part, où le secret défense sert parfois d'alibi à un obscurantisme de fait qui nourrit les suspicions, tout en appelant à l'ouverture de débats d'experts contradictoires analogues à celui dont rend compte l'article de ce blog intitulé : "Assessing the value of security strategy reviews" (cf. http://www.regards-citoyens.com/article-29519792.html).


" Voici un livre essentiel. Je crains que sa nature et son volume ne lui assure pas les millions de lecteurs que son sujet et sa thèse mériteraient. Mais il reste que de toutes façons ces choses doivent être dites, qu'en matière d'armements nucléaires il est encore plus important que partout ailleurs que la démocratie joue pleinement son rôle, et que sur ce sujet elle en est fort incapable par manque absolu d'information.

Vous tenez donc entre les mains une histoire politique et institutionnelle des arsenaux nucléaires. Ils existent depuis plus d'un demi-siècle. Ce livre est la première histoire qui en ait été écrite en France. Elle est incomplète bien sûr, centrée sur les Deux Grands, la France et l'Angleterre sont traitées rapidement, et la Chine à peine évoquée : ce sont les Deux Grands qui sont au cœur de cette histoire. Pour les Etats-Unis les sources de Georges Le Guelte sont largement officielles, pour l'Union Soviétique puis la Russie, les documents sont plus rares, car la langue constitue un premier obstacle, et les archives sur ce sujet, ouvertes pendant quelque temps après la fin de la guerre froide, sont vite redevenues inaccessibles.
Notre auteur est en quelque sorte un diplomate nucléaire, longtemps chargé de ces questions à la Direction des Relations Internationale du Commissariat à l'Energie Atomique et pendant 4 ans Secrétaire du Conseil des Gouverneurs de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique de Vienne. Il était donc fort bien placé pour défricher ce redoutable sujet.

Depuis fort longtemps, l'humanité s'essaye à penser l'art de la guerre avec les outils de la raison. Sun Tzu, le grand auteur chinois, a écrit son inoubliable « Art de la guerre » voici quelques 2.500 ans. Guibert pour la France, Clauzewitz pour l'Allemagne, ont écrit aux 18ème et 19ème siècles : l'effort de raisonner la guerre n'a rien de contemporain.

Avec l'apparition de l'armement nucléaire, l'effort s'intensifie. Les conditions d'emploi éventuel de ces armes, la maîtrise des situations politiques et stratégiques qui l'appelleraient, le contrôle des situations éventuellement créées par leur usage ont fait l'objet de considérables études. Les mathématiques, la recherche opérationnelle et la philosophie furent appelées à compléter la géopolitique et la stratégie pour ces travaux. En France tout particulièrement, la dissuasion du faible au fort fut méticuleusement analysée, et encadrée dans une rationalité précise et convaincante. Il faut citer les Généraux Gallois et Poirier mais ils ne sont de loin pas seuls. De ce fait, l'impression se répandit que plus que tous autres ce domaine était régi de manière exigeante par la raison. Et en plus, cela a marché : nous sommes sortis de la guerre froide sans guerre chaude, ce qui est un immense succès de l'intelligence humaine au regard de l'histoire. Donc il devrait être vrai que la raison a conduit des deux côtés le pilotage de l'aventure nucléaire militaire et notamment la fourniture de son matériel.

Ce livre est la démonstration éclatante du contraire. On aurait pu penser que la nature et le nombre des armes et de leurs vecteurs auraient été calculés, tout au long du demi-siècle en cause, en fonction de l'arsenal de l'autre, des possibilités de contre mesures et de l'intention stratégique : intimider, paralyser partiellement ou totalement, détruire, partiellement ou totalement... Eh bien non. Vous allez découvrir une histoire différente.

Une date charnière dans cette histoire a été 1957, et la mise en orbite par les Soviétiques de Spoutnik, le premier satellite artificiel de l'histoire. Les Américains sont apeurés et catastrophés. Sur le plan militaire, Spoutnik signifie que l'URSS sait fabriquer des vecteurs de longue portée, et pour la première fois, le territoire des Etats-Unis ne sera plus invulnérable. Pour l'opinion publique, Spoutnik veut dire que les Soviétiques ont dépassé les Américains dans le secteur aérospatial, où ils pensaient être pour toujours les meilleurs. Sur le plan politique, est-ce que cela signifie que le communisme est plus efficace que le capitalisme ? C'est au moins la façon dont le lancement de Spoutnik risque d'être traduit par les pays, surtout dans le Tiers Monde, qui hésitent entre les deux systèmes.
Eisenhower lance alors la construction de missiles intercontinentaux et prend d'autres mesures pour assurer la sécurité des Etats-Unis. Les constructeurs américains en profitent pour proposer des missiles de portée intermédiaire, en affirmant qu'ils seront disponibles avant les engins intercontinentaux. Grâce à un lobbying acharné, ils font avaliser leur idée. En réalité, leurs missiles ne sont pas disponibles avant les engins intercontinentaux, et ils sont inutiles, puisque leur portée ne leur permet pas d'atteindre l'URSS. La diplomatie américaine se met alors au service des industriels pour proposer ces missiles (Jupiter et Thor) aux Européens, qui n'en veulent pas. Elle finit pas les imposer à la Grande-Bretagne, à l'Italie et à la Turquie. Les Soviétiques s'alarment de voir arriver des engins qui pourraient atteindre leur territoire en quelques minutes, et l'une des raisons pour lesquelles ils installent des SS-4 à Cuba en 1962 est leur volonté de rétablir l'équilibre. C'est d'ailleurs ce que dira MacNamara. La crise des fusées de Cuba, l'une des plus graves que le monde ait connues depuis 1945, et qui aurait pu avoir des conséquences irréversibles, a ainsi pour origine la pression commerciale que les constructeurs de Thor et de Jupiter ont exercée sur l'Administration Eisenhower, sur le Congrès et sur le Pentagone.

Dans les mois qui suivent, Khrouchtchev continue ses rodomontades (les missiles sortent des usines comme des saucisses, dit-il devant l'Assemblée Générale de l'ONU), relayé par les services de propagande soviétiques. Aux Etats-Unis, tous ceux qui font commerce de la peur sont trop contents de les prendre au sérieux, et ils dénoncent l'existence d'un « missile gap » au détriment des Etats-Unis. C'est un des points majeurs de la campagne électorale de 1960 et, dès son arrivée à la Maison Blanche, Kennedy annonce que les Etats-Unis vont construire 600 missiles sol-sol Minuteman et 25 sous-marins. Ce sont des chiffres énormes, puisqu'à l'époque, les Américains n'ont en tout et pour tout qu'environ 80 missiles.
Quelques mois plus tard, en septembre, les Américains acquièrent la certitude qu'il existe bien un énorme « missile gap », mais il est à leur avantage. La peur éprouvée par la population américaine n'était pas justifiée, il n'y a aucun besoin de 600 missiles Minuteman et de 25 sous-marins pour se protéger du danger soviétique. Malgré cela, en décembre, MacNamara annonce la construction non pas de 600, mais de 1000 Minuteman, et de 41 sous-marins au lieu de 25. Cette décision se situe après Cuba, c'est-à-dire après que les Etats-Unis aient pu constater qu'ils avaient déjà tous les moyens nécessaires pour dissuader l'URSS. La construction d'un énorme arsenal n'a pas pour but de faire face à la menace soviétique, mais de rassurer l'opinion américaine et de lui rendre confiance dans son pays. Les Etats-Unis sont les plus forts, et malgré Spoutnik, les Soviétiques n'ont aucune chance de les concurrencer.

Pourtant, dès qu'il arrive au pouvoir, Brejnev accepte que l'objectif de l'URSS soit d'atteindre la parité avec l'arsenal américain. A partir de cette date, les deux pays admettent que le nombre de missiles et d'ogives représente l'instrument de mesure de leur puissance et de la valeur de leur régime politique.
Les Soviétiques atteindront leur but au début des années 1970, et depuis, aucun des deux pays n'a voulu céder le pas à l'autre. Dans SALT I, SALT II, START I, START II, et dans le traité signé en mai 2002, leur préoccupation essentielle est qu'aucun des deux Etats n'ait plus de missiles ou d'ogives que l'autre. Cette obsession de la parité avec l'arsenal américain a été un des facteurs les plus importants de l'effondrement du régime communiste. Pourtant elle subsiste aujourd'hui : les Russes considèrent toujours que l'égalité des arsenaux montre qu'ils sont restés une superpuissance, sur un pied d'égalité avec les Etats-Unis. Pour les Américains, il n'est pas question que le vainqueur de la guerre froide ait moins d'armes que le vaincu, même si les militaires assurent que certaines d'entre elles ne sont plus utiles.

A la fin des années 1960, les deux gouvernements conviennent de négocier un arrêt de la course aux armements. A la même date, les industriels américains mettent au point les « missiles à ogives multiples indépendantes », ou MIRV, qui permettent à chaque missile d'emporter entre 4 et 14 petites fusées qui se dirigeront vers autant d'objectifs différents. Au lieu de pouvoir détruire une seule ville, chaque missile peut ainsi en anéantir une dizaine. Au début, les militaires sont réticents, mais une nouvelle campagne de promotion les persuade que c'est le meilleur moyen de contourner les limitations que les politiques veulent imposer à l'augmentation du nombre des armes.
De cette façon, en 1972, la main gauche de l'Administration américaine, celle d'une politique raisonnable, signe l'accord SALT I qui définit un plafond que les deux arsenaux ne doivent pas dépasser. La main droite, qui ne peut pas résister au lobby militaro-industriel, autorise la mise en service des MIRV, qui va exactement dans le sens opposé. Les Soviétiques suivent la même voie quelques années plus tard. De sorte qu'en 1980, après vingt ans de « détente », aucun des deux pays n'a pris l'avantage sur l'autre, et les deux arsenaux sont toujours à égalité. Mais chacun possède cent fois plus d'engins explosifs qu'au moment de la crise de Cuba où les deux pays étaient sur le point de se faire la guerre. Simplement, en 1962, chacun ne pouvait infliger à l'autre que des dommages irréparables. En 1980, ils sont capables d'anéantir plusieurs fois la planète.

Depuis les années 1950, les Soviétiques d'abord, puis les Américains, ont pensé que le moyen de se débarrasser de la menace des armes nucléaires serait de construire un système capable de détruire les missiles avant qu'il atteignent leur cible. Mais les chercheurs ne parviennent pas à mettre au point un dispositif efficace. En 1972, les deux superpuissances signent un traité qui prend acte de cet échec.
Le projet renaît pourtant de façon spectaculaire sous le mandat de Ronald Reagan, avec l'Initiative de Défense Stratégique, qui a l'inconvénient de ne pas se plier aux lois de la physique. Mis aux oubliettes pour cette raison, il ne disparaît pas, même avec la fin de la guerre froide. Les Américains le reprennent dans les années 1990 pour se défendre contre les « rogue States » et leurs « armes de destruction massive ». Devenu l'une des priorités de George W. Bush, malgré la poursuite des échecs techniques, c'est l'une des principales sources de tension avec la Russie. Son utilité pour défendre l'Europe contre l'Ian ne convainc pas tous les Américains, puisque l'ancien conseiller pour la sécurité de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski en disait récemment : « c'est un système qui ne fonctionne pas encore, contre une menace qui n'existe pas encore, pour défendre des gens qui n'ont rien demandé ».

On pourrait multiplier les exemples de ce décalage entre la réalité et le discours officiel. Le plus important concerne évidemment la dissuasion nucléaire présentée, particulièrement en France, comme le moyen infaillible d'éviter les guerres sans avoir à prendre aucun risque. Il est vrai qu'aucun décideur raisonnable ne peut déclencher un conflit qui conduirait à la destruction de son pays et à sa propre disparition. Mais il n'est pas vrai que la dissuasion soit un remède infaillible. Même si tous les chefs d'Etat agissaient toujours de façon parfaitement rationnelle, les exemples ont été nombreux, pendant la guerre froide, où une méprise, la défaillance d'un équipement, ou un accident matériel ont bien failli avoir des conséquences irréversibles. L'un des plus graves est survenu en 1983, où un officier soviétique a vu à trois reprises sur son écran de contrôle le lancement de missiles américains. IL aurait dû donner l'alerte, et la riposte aurait été immédiate. Heureusement, le colonel Stanislav Petrov a eu le sang-froid de penser qu'une attaque surprise américaine impliquerait un grand nombre de missiles et pas seulement les cinq qu'il pouvait voir. L'incident était effectivement dû à une défaillance du système de détection soviétique, et en récompense pour avoir sauvé la vie de ses concitoyens, le colonel Petrov a dû prendre une retraite anticipée.
Tous les gouvernements ont toujours eu la hantise d'une attaque préventive, et le rôle des états-majors est de se préparer à cette éventualité. Tous les chefs d'Etat, dans les pays possesseurs d'armes, sont informés, dès leur entrée en fonctions, des procédures qu'ils auraient à suivre en cas de conflit nucléaire. C'est Ronald Reagan qui a le mieux traduit ses réactions après cette expérience. « Vous êtes informé que les missiles soviétiques ont été lancés. Et vous êtes assis là, sachant qu'il n'y a maintenant aucun moyen de les arrêter ...et vous n'avez pas d'autre réponse possible que d'appuyer sur le bouton avant qu'ils arrivent, pour que les Soviétiques meurent aussi, pendant que nous, Américains sommes tous condamnés à mourir ».

Dans cette longue histoire, ce ne sont pas toujours les politiques qui furent les plus déraisonnables. Les limitations d'arsenaux, les réductions de volumes, les dénucléarisations de certains espaces (Amérique Latine, Afrique, Pacifique Sud, fonds sous-marins, espace extra-atmosphérique), l'arrêt des essais, l'ouverture de négociations visant à interdire la fabrication de matières radioactives à usage militaire, tout cela fut plutôt des idées de politiques qu'il a fallu imposer à des industriels et à des généraux réticents...
Les responsables politiques se sont surtout efforcés au moins de réduire les risques. Dès 1958, l'Irlande dépose à l'ONU un projet de traité pour interdire l'acquisition d'armes par les pays qui n'en possèdent pas. Cette initiative est relayée par un discours resté célèbre de Kennedy en 1963 « Nous sommes actuellement quatre puissances détentrices de l'arme nucléaire. Si nous ne faisons rien, nous serons vingt ou vingt-cinq dans 20 ans ». C'est après sa mort en novembre 1966 l'idée est reprise, et les négociations du Traité de Non Prolifération nucléaire dit TNP sont réellement lancées. Dans l'intervalle, l'explosion de la première bombe chinoise en 1964 alerte fortement les Etats-Unis et l'Union Soviétique, car elle leur fait prendre conscience de ce qu'ils ne seraient sans doute pas sortis si bien de la crise des fusées de Cuba si les SS-4 au lieu de rester à la disposition de Khrouchtchev étaient passés sous le commandement de Fidel Castro, et si les Jupiter étaient devenus propriété turque. La négociation fut menée tambour battant à Genève, et le Traité mis à la signature le 1er juillet 1968. Les 40 signatures nécessaires à son entrée en vigueur sont atteintes le 05 mars 1970. La France et la Chine refusent toutes deux de signer, elles ne le feront qu'en 1992. Petit à petit la plupart des Etats membres des Nations-Unies le signent. Font toujours exception aujourd'hui l'Inde, Israël et le Pakistan.

Ce Traité ne concerne en rien la quantité d'armes détenues par chacune des cinq nations reconnues détentrices d'armes pour avoir pratiqué leur premier essai avant 1967 : les Etats-Unis, l'Union Soviétique devenue la Russie, le Royaume-Uni, la France et la Chine. Mais il tente d'empêcher tous les autres pays d'y accéder. Contrairement au pronostic contenu dans la phrase de John Kennedy citée plus haut, seul Israël puis l'Inde et le Pakistan, réussiront à se doter d'armes nucléaires, malgré les mesures protectrices ou interdictrices du Traité. C'est en fait un grand succès. Il est largement dû à l'intelligence de la stratégie mise en œuvre. A tout pays qui le signe et accepte les inspections de ses installations nucléaires civiles demandées par l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (sise à Vienne et chargée des vérifications nécessaires à l'application du Traité), le Traité offre l'aide technique et financière internationale pour construire chez lui les équipements nécessaires à la production d'électricité nucléaire. Ce succès dans la limitation de la prolifération explique pourquoi presque tous les Etats l'ont rejoint, y compris la France et la Chine, et pourquoi il fut en 1995 renouvelé sans limitation de durée et à l'unanimité de ses signataires.

Malheureusement la déraison semble avoir de nouveau saisi les dirigeants des grandes puissances. En dépit de l'article 6 du Traité de Non Prolifération qui comporte un engagement formel de rechercher par la négociation le désarmement nucléaire et le désarmement complet, aucun des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité n'a manifesté la moindre intention de respecter cet engagement. Chacun a plus ou moins explicitement confirmé que l'armement nucléaire restait la clé de sa sécurité, bien que la guerre froide ait pris fin et qu'il n'existe plus d'antagonisme absolu entre puissances majeures sur les formes de l'organisation sociale. De fait, c'est même avant le renouvellement unanime du TNP en 1995 que la méfiance avait repris toute sa place dans les relations internationales et que la course aux armements, d'abord nucléaires, avait été ré-ouverte.
C'est en effet en 1990 que le Pacte de Varsovie a été dissout, et la question aurait très bien pu être posée de supprimer le Pacte Atlantique, puisqu'avait disparu la menace à laquelle il entendait s'opposer. La réponse américaine à cette situation fut le contraire : la Russie restant un objet de méfiance les Etats-Unis maintiennent l'OTAN en vie, décident de lui donner une nature un peu moins exclusivement stratégique et donc un peu plus politique, et décident surtout d'ouvrir la possibilité de l'adhésion à toutes les Républiques issues de la domination soviétique, ce que la Russie considère comme un acte d'hostilité. Les européens membres de l'OTAN, ont laissé faire sans même poser de questions. Vers 1993 ou 1994, le vieux diplomate américain George Kennan -l'un des grands organisateurs des équilibres diplomatiques de la guerre froide- alors âgé de plus de 85 ans, sortit d'une longue retraite silencieuse pour écrire dans la presse que l'occident venait à ses yeux de commettre sa plus grave erreur diplomatique depuis un demi-siècle.

Que l'OTAN soit désormais complétée de quelques Etats membres de plus, dont quelques voisins de la Russie (Hongrie, Pologne et République Tchèque adhèrent en avril 1999, puis, en juin 2004 Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie et Slovénie) ne change pas grand-chose à l'équilibre géostratégique international. En revanche, que la nouvelle Russie « décommunisée », humiliée de ne pas voir reconnue sa place parmi les démocraties, n'ait eu de cesse, après avoir remis brutalement de l'ordre chez elle, que de redresser son appareil militaire et d'entreprendre une vigoureuse politique de réarmement, voilà qui ouvre une nouvelle période dangereuse. La méfiance inspire le rejet, puis la haine, et fonde l'argumentation qui va justifier la multiplication des armes. C'est ainsi que le monde est reparti pour un tour. Il y a toujours en service, au moment où sort ce livre, au moins autant d'armes déployées qu'il y en avait en 1972, à un moment où on ne pouvait imaginer l'effondrement du communisme et le disparition de l'antagonisme entre les deux formes d'organisation de la société.

De plus, et surtout après l'arrivée à la Maison Blanche de George W. Bush et des néo-conservateurs qui l'entouraient, les diplomaties américaine et russe ont multiplié depuis quelques années les mises en cause de la diplomatie nucléaire internationale suivie jusqu'alors (Traité ABM, démilitarisation de l'espace). Dans ce contexte c'est le TNP lui-même dont l'application est aujourd'hui en grand danger.
Le nombre d'Etats manifestement désireux d'arriver à se doter d'une capacité nucléaire même minimale demeure faible, mais il n'est pas nul. Le cas de la Libye semble réglé positivement. Ceux de la Corée du Nord et de l'Iran sont une des préoccupations majeures actuelles de la communauté internationale. Des soupçons pèsent sur la Syrie. Et surtout le Pakistan vit une crise interne telle que ses installations militaires peuvent tomber sous le contrôle de forces religieuses fanatiques.

Dans de telles conditions, il est logique et légitime que la lutte contre la prolifération soit devenue une préoccupation internationale de premier plan. Mais qu'il s'agisse de contrôler toutes les installations nucléaires existantes, qu'il s'agisse, à la face du monde, d'interdire tout transport d'objets ou de matières liés à l'usage explosif de la radioactivité ou de contrôler rigoureusement toute manutention et tout commerce de choses de ce genre, il est clair qu'une lutte efficace contre la prolifération ne peut être que mondiale.
C'est d'abord vrai des systèmes de contrôle et de vérification nécessaires. Il y faut la coopération du plus grand nombre possible de nations, ce à quoi l'engagement formel du Conseil de Sécurité peut aider. Mais c'est plus vrai encore de l'attitude à avoir devant les proliférants. Toute sanction, a fortiori toute frappe, mise en œuvre par une puissance détentrice officielle de l'arme nucléaire à l'encontre d'un état ou d'un groupe d'hommes suspecté de se l'être appropriée ou de chercher à le faire, risque d'être contestée, considérée comme élément d'un règlement de comptes politique. Une telle dispute ouvrirait la voie à un conflit encore plus large et serait en tous cas très préjudiciable à l'effet de la sanction.
La clé de la lutte contre la prolifération est de toute évidence la légitimité internationale au nom de laquelle elle est poursuivie. Sans l'aval du Conseil de Sécurité, il n'est pas de système de contrôle possible, et toute pression contre une entité proliférante sera un acte de conflit et non une sanction légitime.

La recherche d'une solution aux deux crises actuellement les plus graves, la Corée du Nord et l'Iran, passe par un rapprochement entre les Etats-Unis et la Russie. Il exige l'abandon ou au moins le report du projet américain de défense anti-missiles, et l'arrêt de l'élargissement de l'OTAN. Au-delà de ces deux crises, le renforcement du régime de non-prolifération exige que les cinq Etats dotés d'armes respectent leur engagements et commencent les opérations d'élimination de leurs arsenaux.
Pour y parvenir, les politiques se trouvent confrontés à l'opposition du complexe militaro-industriel, dont les méthodes ont été récemment dénoncées par le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates. Elles consistent à diviser la fabrication d'un engin en un grand nombre d'opérations, réalisées dans différents Etats du pays. Pour faire adopter leur produit, ou empêcher qu'il soit éliminé, les industriels envoient à chaque membre du Congrès un dossier qui détaille le montant des taxes, ou le nombre des emplois, qui seront gagnés ou perdus dans sa circonscription selon que l'appareil sera construit ou non. Le secrétaire à la Défense constatait que, grâce à cette technique, le F-22, fabriqué dans 48 Etats, est soutenu par 96 sénateurs, alors que c'est un appareil conçu dans les années 1980 pour triompher des avions soviétiques, et qui n'a plus aucune utilité.
Le discours de Robert Gates pose la question de savoir si, dans un régime démocratique, les membres du Parlement ont uniquement la tâche de défendre les intérêts matériels des électeurs de leur circonscription, ou s'ils doivent avoir le souci de l'intérêt général du pays. Mais plus largement, il soulève la question de la responsabilité des politiques dans les abus de confiance commis par l'appareil de propagande des Etats. Il est évident que les politiques ne peuvent pas être naïfs, la vie internationale est faite de conflits, au milieu desquels leur premier devoir est d'assurer la sécurité de leur population. Mais leur mission est de maintenir une position raisonnable entre une conception angélique des rapports entre Etats et une vision d'un monde peuplé d'ennemis combattants, et de représentants du Mal, qu'il faut exterminer jusqu'à ce qu'il ne reste plus que « deux Américains et un Soviétique ».
Malheureusement, d'autres facteurs renforcent encore l'action de l'industrie d'armement. Condoleezza Rice affirmait, en 2002, que l'objectif des Etats-Unis était de dissuader tout autre Etat de rivaliser un jour avec la puissance des Etats-Unis et de leurs alliés. Elle affirmait ainsi que le rôle des armes nucléaires est surtout de traduire la volonté de domination et de suprématie de son pays. Elle traduit aussi le sentiment d'une assez grande partie de l'opinion américaine, qui ne votera jamais pour un candidat qui n'est pas considéré comme « un dur » sur les questions militaires, une opinion qui veut se sentir supérieure aux autres pays, et ne connaît pas d'autres moyens d'exprimer sa supériorité que de posséder des armes capables d'anéantir en un instant des dizaines de millions d'être humains. Elle exprimait aussi les aspirations d'une partie de la population de l'Inde, du Pakistan, de l'Iran, de la Russie, et de beaucoup d'autres pays.
Aujourd'hui, les armes nucléaires ne sont un moyen de défense contre aucune menace prévisible. Pourtant les cinq Etats qui en sont dotés se préparent à les conserver pour une période indéfinie, c'est-à-dire en l'absence même de tout danger susceptible de leur fournir ne serait-ce qu'un semblant de justification. Il n'est pas acceptable que, pour une période indéfinie, l'avenir de l'humanité reste tributaire, à chaque instant, d'une défaillance technique ou d'une erreur humaine, pour satisfaire la vanité ou l'amour-propre d'une partie de la population. Il n'est pas de tâche plus pressante que d'essayer d'empêcher cette évolution contraire à toute espèce de rationalité. "




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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 18:52

Dans un précédent article intitulé : "Les réformes institutionnelles du Traite de Lisbonne" (cf. http://www.regards-citoyens.com/article-29183564.html), Regards-citoyens.com a présenté les travaux engagés au sein de la commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen sur les différentes questions soulevées par ces réformes qui appellent des réponses avant la mise en oeuvre du traité, laquelle suppose préalablement une issue positive au processus encore inachevé de ratification !
Parmi les questions en suspens qui appellent des réponses claires à la veille des élections européennes, figurent notamment celles qui portent sur les conditions de mise en place des nouvelles dispositions ayant trait au Parlement européen dont certaines ont une incidence considérable sur le mode de sélection et l'établissement des acteurs clés de l'Union européenne que sont le Président de la Commission européenne (cf. sur ce blog les articles qui y sont consacrés), le collège des Commissaires au sein duquel prendra place le futur Vice-Président de la Commission également Haut Représentant de l'Union européenne pour les relations extérieures et la politique de Sécurité.
Outre les enjeux qui sont attachés à la maîtrise par le Parlement européen du renouvellement de la Commission européenne, il en est d'autres, tout aussi importants, qui ont trait à la définition du rôle spécifique du Parlement européen dans la mise en oeuvre progressive du traité de Lisbonne, aux conséquences du retard de la mise en oeuvre du traité sur le fonctionnement de l'Union dans des domaines où des décisions stratégiques font actuellement l'objet de négociations à l'échelle internationale, ainsi qu'à la spécification des conditions d'exercice des relations institutionnelles qu'évoque, sans les organiser, le traité à l'égard du PE et des Parlements nationaux  (protocoles de coopération, etc.).
Les différents rapports issus des travaux évoqués ci-dessus proposent à ces différents égards des esquisses de solutions qui ont rencontré un soutien quasi unanime au sein des commissions spécialisées où ils ont été examinés. Aussi  est-il important, voire même impératif, que le débat parlementaire se poursuive jusqu'à son terme.
Rappelons que :
  - le rapport Dehaene estime que : a) la désignation du nouveau président de la Commission européenne devrait intervenir tout de suite après les élections européennes, alors que la nomination des nouveaux commissaires interviendrait après le nouveau référendum irlandais, car, à ce moment-là, le nombre des commissaires et les pouvoirs du Président seront connus ; b) le nouveau PE sera élu selon les dispositions du traité de Nice (736 députés, dont 99 Allemands), mais les députés supplémentaires prévus par le traité de Lisbonne (pour parvenir au chiffre de 751) seront déjà élus par anticipation et auront un statut d'observateurs jusqu'à l'entrée en vigueur du nouveau traité. Afin de maintenir pour l'Allemagne le chiffre de députés (qui, selon le traité de Lisbonne, passerait à 96), le nombre total devrait être porté à 754 par une révision du traité ;
  - le rapport Leinen identifie et commente les nouveaux pouvoirs conférés au Parlement européen par la voie du nouveau traité (nouveaux pouvoirs dont il est utile de rappeler qu'ils lui sont attribués par les Etats membres, en vertu de leur compétence exclusive en matière d'attribution des compétences à l'Union européenne) concernant le budget de l'UE, la politique agricole commune, la justice, la politique commerciale, etc.. Dans tous ces domaines, le Parlement européen deviendra colégislateur sur un pied d'égalité avec le Conseil ;
  - le rapport Brock précise ls modalités et les objectifs du futur dialogue permanent entre le Parlement européen et les Parlements nationaux, y compris la possibilité de contrôler ensemble la PESC et la PSDC en vertu, notamment, des pouvoirs budgétaires respectifs. Ce rapport suggère de mettre en place "un réseau permanent" des commissions parlementaires spécialisées européennes et nationales, qui contribuerait à la création d'un espace politique européen rapprochant les citoyens des instances de l'Union.
Eu égard à l'importance que tout système démocratique doit attacher à la transparence de ses processus d'élaboration des décisions que prennent les institutions en leur nom et pour leur compte, les citoyens européens ne peuvent que requérir de la Conférence des Présidents du Parlement européen qu'elle inscrive l'examen de ces rapports, suivi d'un vote, à l'ordre du jour des derniers travaux en séance plénière du Parlement européen avant les élections européennes !
Le Parlement européen montrerait alors aux électeurs européens, comme aux citoyens du monde qui regardent vers l'Europe, qu'aucun obstacle ne peut entraver sa volonté de satisfaire aux exigences démocratiques qui sont attachées au principe de sécurité juridique (cf. autre article de ce blog intitulé "La sécurité juridique : un principe démocratique au service des citoyens ! Plaidoyer en faveur de sa bonne application au traité de Lisbonne !" http://www.regards-citoyens.com/article-29296833.html ) !

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 22:35

Dans le n° 204 de EUROPE DIPLOMATIE & DEFENSE en date du 3 mars 2009, Olivier Jehin, rédacteur en chef de l'Agence Europe (www.agenceurope.com), a publié un éditorial intitulé "Sé pa tout pyébwa ki gonmyé" (diction créole qui signifie : "tous les arbres ne sont pas des gommiers" ; autrement dit : il ne faut pas tout confondre).

Cet éditorial examine, à l'aune de la crise que vient de traverser la Guadeloupe,  la question relative à un octroi "automatique" d'un statut d'indépendance comme mode de réglement de différend.

Eu égard à la multiplication de revendications régionalistes, autonomistes et indépendantistes en Europe, et ailleurs dan le monde, une telle investigation mérite qu'on s'y attarde. En voici les termes.

"Les troubles que vient de connaître la Guadeloupe et plus encore un propos entendu à Bruxelles me
conduisent aujourd'hui à réagir, tout en évitant d'aborder la question parisienne de la crise et les visites de certaines personnalités dans l'archipel. La semaine dernière, un Européen (non français) qui n'a jamais mis les pieds en Guadeloup, m'a expliqué qu'il ne comprenait pas pourquoi la France s'accrochait à ses "confettis d'un empire colonial d'un autre âge". Pour lui, cela ne faisait que coûter de l'argent à la France et au budget communautaire, sans rien rapporter. Conclusion : puisqu'ils sont mécontents, il n'y a qu'à leur donner l'indépendance !

Voilà qui peut paraître simple et même sympathique, à condition toutefois qu'il y ait une véritable revendication d'indépendance soutenue par une majorité de la population. Or, il se trouve traditionnellement moins d'indépendantistes en Guadeloupe qu'en Martinique ou en Corse.
Mais ce qui est plus important encore, c'est que le conflit est d'abord social et directement lié à une économie de transferts, qui ressemble plus à une forme de subventionnement indirect de la grande distribution et d'entreprises de transport et de tourisme, qui, pour la plupart, ont leur siège social en métropole, qu'à une économie normale telle que nous la connaissons en Europe. C'est cela qu'il faut changer. En d'autres termes, la Guadeloupe a besoin d'une véritable politique de développement économique et social.

Au-delà de cela, ce qui me choque surtout c'est le choix automatique de l'indépendance comme mode de réglement de tout différend. Il ne faut pas faire 7000 ou 10 000 km pour rencontrer des vélléités régionalistes, autonomistes, indépendantistes : elles pullulent en Europe, de la Padanie à la Galicie en passant par la Flandre et l'Ecosse ... Faut-il organiser l'indépendance de toutes ces entités ? C'est une vraie question.

Certains imaginent conduire sur les décombres des Etats d'aujourd'hui une nouvelle Europe centralisée, où la Commission européenne, devenue gouvernement, aurait en face d'elle un Parlement européen tel qu'on le connaît, et une deuxième chambre, le Conseil regroupant plus d'une centaine de représentants des entités régionales élevées au rang d'Etat. Mais à quel prix ! Croit-on vraiment que c'est en favorisant le repli sur soi et le morcellement que l'on fera de l'Europe une puissance de paix, un facteur de stabilité dans le monde du XXIème siècle ? Est-ce en privant l'Europe des "confettis" (pour reprendre l'expression de mon interlocuteur) qui lui sont apparentés par l'histoire et la culture qu'on l'aidera à jouer ce rôle ? Certes, non. Pour mémoire, ces territoires en font la plus vaste puissance maritime mondiale et la mer reste encore largement inexplorée. Ils lui permettent de peser sur la protection des ressources halieutiques et de l'environnement de la planète. Et cela est également vrai pour la forêt guyanaise, un territoire qui fait deux fois la superficie de la Suisse et d'où décollent les fusées européennes ...

Qu'on ne se méprenne pas : par principe, je suis favorable aux indépendances qui sont viables, voulues et assumées. Mais je ne pense pas que le morcellement des Balkans et/ou du Caucase soit un modèle à promouvoir.

Ce qui est au coeur de la construction européenne, c'est le rassemblement des hommes et la solidarité entre les peuples. C'est la seule voie qui conduise à la paix.

Si ou tann, ou pé kompwann (*)."

(*) Entendre, c'est comprendre

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 22:19

Dans un article intitulé "Topologie furtive" (cf. http://www.espacestemps.net/document4543.html), Jacques Levy, professeur de géographie et d’aménagement de l’espace à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, directeur du laboratoire Chôros et de l’Institut du développement territorial (Inter), professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, apporte la preuve scientifique qu'en Cisjordanie, le système militaire israélien est loin de se limiter à la Barrière de sécurité et aux colonies effectivement peuplées.

Motivé par un profond désir de vérité vis-à-vis d'un discours pacifiant appelant à la création d'un Etat palestinien viable dans les frontières actuelles, il a établi cette preuve à l'aide d'une analyse topologique conduite sur la base de l’impressionnant travail de repérage et de classement effectué par  l'agence des Nations-Unies OCHA et actualisé en permanence.

Cette analyse a permis d’identifier notamment :

1) La Barrière de sécurité, parfois mur de béton de neuf mètres, parfois barrage électronique, parfois encore vaste couloir multifonctionnel comprenant deux voies de rocade, qui serpente selon d’étranges circonvolutions le long de la « Ligne verte » de 1949 en grignotant au passage quelques lambeaux de territoire cisjordanien. Elle englobe l’ensemble de Jérusalem-Est, 12% de la Cisjordanie et 80% des colons, en s’avançant parfois de vingt kilomètres à l’intérieur du territoire palestinien.

2) Les checkpoints, qui cassent les systèmes de mobilité en allongeant les distances-temps à la fois par l’imposition de longs détours et par le temps d’attente aléatoire aux postes de contrôle.

3) Les implantations officielles (« settlements ») ou apparemment spontanées (« outposts »), mais dont l’existence et le développement seraient impossibles sans l’appui logistique (eau, électricité, sécurité) de l’État. Sauf de rares exceptions au sud la Judée et au nord de la Samarie, on peut toujours voir, d’un sommet de colline occupé, un autre sommet occupé parfois seulement par quelques mobile-homes et miradors.

4) Les restrictions à l’usage du réseau routier de base, certaines voies étant interdites aux Palestiniens et de nombreux chemins d’accès aux villages étant bloqués par des tranchées, des mottes de terre, des amas de pierres ou des blocs de béton. Cela a en particulier pour conséquence d’empêcher une exploitation agricole normale des terroirs avoisinant les villages.

5) Les zones militaires, qui couvrent une grande partie de l’est de la Cisjordanie, en appliquant une définition extensive de la zone frontalière orientale.

6) L’espace cultivé par les Israéliens, concentré dans la Vallée du Jourdain, une zone d’agriculture à haute valeur ajoutée notamment lorsque la technicité s’unit à ses conditions climatiques favorables.

7) Les réserves naturelles, qui empêchent un usage agricole du sol et gèlent tout développement urbain.

Jacques Levy révèle ainsi que "ce à quoi nous assistons, c’est à un spatiocide, qui, poussé à son terme, supprimerait la relation au territoire des Palestiniens, mettant en cause leur définition comme« peuple », de la même manière, il est amusant de le noter, qu’il est discutable de parler de « peuple » juif pour désigner la communauté à principe ethno-religieux qui, à travers le Monde, se réclame du judaïsme. L’état de Palestinien ne désignerait plus un habiter effectif mais simplement une origine géographique mémorielle, comme c’est le cas pour les réfugiés ou les émigrés. Ceux qui resteraient sur place n’en seraient pas pour autant les habitants. Ils deviendraient des réfugiés palestiniens supplémentaires, in situ. Les Palestiniens perdraient non seulement la perspective de former une nation dotée d’un État, mais même celui d’avoir, dans leur viatique, un ici qui leur soit propre."

En même temps, il montre que "La politique de peuplement israélien de la Cisjordanie reste fragile : moins de 300 000 colons hors Jérusalem, dont de nombreux « Russes » appâtés par une vie matérielle subventionnée et « Américains », dévots illuminés, en lesquels les autres Israéliens ont du mal à s’identifier. Les implantations compactes sont peu nombreuses et, pour la plupart, situées en bordure de la « Ligne verte ». Cela ouvre la voie à des compromis raisonnables. Plus encore, peut-être, le feuilletage de l’espace en couches distinctes favorise des solutions transitoires permettant éventuellement, du point de vue israélien, d’établir lentement un climat de confiance sans avoir à lâcher la proie pour l’ombre et, du point de vue palestinien, de gagner quelque chose sans avoir besoin de l’arracher par la force."

Quoiqu'il en soit, au travers de cette investigation topologique des plus éclairante, Jacques Levy nous convainc qu'observer la Cisjordanie offre l’occasion de découvrir un extraordinaire laboratoire géographique ; et sans le vouloir, certainement, que l'Etat palestinien viable ne peut pas être imaginé dans les frontières actuelles.

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 18:09

La recherche d'une manifestation publique de grande ampleur d'un désaccord collectif vis-à-vis d'une politique menée par un Etat pousse parfois à recourir au "boycott intellectuel" ! Expression en apparence pacifique d'un refus radical de cautionner une politique, une posture ou une initiative jugée "inacceptable", cette forme de boycott constitue in fine une arme - une arme du silence - ourdie ostensiblement vers celui que l'on entend stigmatiser pour sa violence !

Est-ce acceptable ? Est-ce moral ? Est-ce conforme aux convictions que l'on entend manifester et/ou défendre ? Est-ce juste ? Notamment lorsqu'il s'agit d'un boycott intellectuel infligé à Israël au risque de sanctionner et de stigmatiser tout un Peuple, toute une Nation, sans nuance aucune !

Weekly Standard publie à cet égard la réponse apportée par Erin Sheley, magistrat et écrivain, dans un article intitulé "War of silence : the intellectual boycott of Israël hits the United States", en réaction au boycott culturel et académique qui vient d'être décidé et mis en oeuvre aux Etats-Unis à l'égard d'Israël par un collectif universitaire de grande ampleur ; article dont Regards-citoyens publie le contenu ci-après. Le lecteur disposera ainsi d'éléments d'analyse utiles pour se forger une opinion à l'égard du recours au boycott intellectuel.

"In late January, a group of American university professors launched the U.S. Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel, the first American effort of its kind. Part of the broader Boycott, Divestment, and Sanction (BDS) movement against Israel, the boycott calls for its adherents to, among other things, "refrain from participation in any form of academic and cultural cooperation, collaboration or joint projects with Israeli institutions," to "advocate a comprehensive boycott of Israeli institutions at the national and international levels," and to "promote divestment and disinvestment from Israel by academic institutions and place pressure on [their] own institution[s] to suspend all ties with Israeli universities."

The boycott, spearheaded in part by University of Southern California Professor of English David Lloyd, follows on the heels of several similar attempts made by British professors since 2002; the latest, proposed by the British University and College Union lecturers' conference, disappeared after the threat of litigation under Britain's discrimination laws. Though the U.S. effort is far narrower in scope (the statement has only 250 individual American signatories thus far) it is significant as the first organized effort of this kind in the U.S., where unfettered academic debate has traditionally been fostered by a much more robust constitutional right to free speech than Great Britain's. (Indeed, when Harvard Law School Professor Alan Dershowitz and Nobel Laureate Steven Weinberg drafted a petition responding to the proposed UCU boycott, calling for professors to decline to participate in any activity from which Israeli academics were excluded, it garnered thousands of endorsers, including Columbia President Lee Bollinger, UC Berkeley President Robert Birgeneau, and New York University President John Sexton.)

Despite the comparatively low number of signatories, the USACBI puts an official face on what many students already experience as a monolithic anti-Israel narrative supported by professors across American campuses: a narrative that, most perniciously, obscures the harm inflicted upon the Palestinians by their own leaders, as well as gross human-rights violations by the leaders of the rest of the Arab world. As Ruth Wisse, Professor of Yiddish and comparative literature at Harvard, says, "being against the Jewish nation was a great feature of leftism since Karl Marx" and this impulse to "be against something," coupled with the natural instinct of activist students to seek a single scapegoat for the plight of an undeniably oppressed people, results in a dramatically simplified story, in which Israelis become the "only group that you can safely aggress against with no price to be paid." All this despite the role of Arab nations themselves in keeping Palestinians victimized.

Endorsers of the USACBI (speaking in their individual capacities in commenting for this article) frequently invoke the distinction between Israel as an occupier and Palestine as an occupied territory, and the obvious military disparity between the two, to justify the apparent bigotry in targeting Israeli scholars for retribution. On the subject of Palestinian violence against Israel, James Fetzer, Professor Emeritus of Philosophy at the University of Minnesota, argues that "the comparison is not meaningful. We have fighter jets and heavy tanks, artillery and bombs versus rocks and an occasional rocket, which may have symbolic significance but seldom inflicts any real damage." Even setting aside the points-of-view of the victims of "symbolic" rockets and, even more dramatically, ignoring the roles of Hamas and the rest of the Arab nations in perpetuating the Palestinians' plight, the idea of silencing all intellectual discourse with an entire nation is troubling for two obvious reasons. First, it assumes that no value exists in scholarly exchange so long as all parties cannot agree with the political principles of a particular side (which is to say that no legitimate scholarly exchange should ever occur at all). Second, it ascribes a particularized, presumptively malicious viewpoint to an entire nationality. As Professor Dershowitz notes, "many of the people who want boycotts claim that Israel is inflicting collective punishment on the Palestinians but a boycott is essentially punishing every Israeli academic without regard to what their views may be." The notion of a boycott in this context is uniquely disturbing to the extent it can be construed to apply solely to Israeli Jews and, thus, is religion-based. (The proposed British boycott would have exempted "Israeli academics and intellectuals who oppose the colonial and racist policy of their state," which could be taken to mean only those who did not believe in Israel's right to exist at all.)

USACBI endorsers appear to vary widely on the dangers of closing off debate with their Israeli colleagues. Eleanor Doumato, a Fellow at Brown University's Watson Institute, describes this as "a huge concern," though one partially justified by the alienation of Israeli peace groups within their own country. Another signatory said this was the first question she asked before endorsing the boycott, but was assured by those in leadership roles that "the boycott targets Israeli institutions as opposed to Israeli individuals." Other signatories say up front that they don't care how the boycott affects individual Israeli scholars: Gray Brechin, a geologist at UC Berkeley, states he has "no problems with that," as "[t]he Israeli academics who support their government's policies and incremental annexation of the occupied territories far outweigh those who do not." Cal State Fullerton Professor of Accounting Paul Foote simply says "Israeli thinkers who agree with my positions on the issues are not in the majority in Israel."

University of Washington Professor Raya Fidel believes that "most Israeli thinkers who agree with my position support the boycott," and that "if they are not worried of being isolated, there is no reason for me to be concerned." Somewhat more precisely, James Holstun, Professor of English at SUNY Buffalo, explains that "we have weighed the possible inconvenience to anti-Occupation Israeli academics against the probable good in the struggle to end the murderous Israeli Occupation non-violently [and] have found the probable good outweighs the possible inconvenience."

As widely diverging as these views are in terms of acknowledging harm to "innocent" individuals (and as consistently as they all ignore the pervasive harm-not only in Israel but in American classrooms-of the perceived religious discrimination inherent in the boycott) they all share one disturbing commonality: the idea that disagreement is a valid justification for shutting off academic discourse in its entirety. The comments suggest that the greatest fear, if any, is the inadvertent shunning of like-minded thinkers, not the broader harm of silencing scholarly discussion as a general end. The extreme form of this attitude was typified by the least thoughtful response I received from one of the signatories: a professor, outraged at my "arrogant effrontery" in asking the questions at all, asked, seemingly seriously, "why would I wish to communicate with you on this or any other matter?"

Critics of the USACBI point out, of course, the absence of similar boycotts of other nations-notably China-guilty of widespread human-rights abuses, including those directed at non-violent religious minorities. Of the twelve signatories who responded to my question on this issue, only two indicated that they would support a similar academic boycott of China. Professor Holstun noted that, "in the case of China, given political disempowerment of most Chinese, including most academics, an academic boycott would be unlikely to exercise much pressure on behalf of religious and civil rights." But of course many of the well-funded China research centers in the U.S. work directly with the Chinese government, such as the China Law Center at Yale Law School which works with government entities as well as Chinese academic groups to try to support China's legal reform process through a range of collaborative projects. Whatever one believes about China's treatment of the Tibetans-and of its own dissenting citizens-such institutions draw interest and funding precisely because of the perceived collateral utility of working towards the development of the rule of law in a dictatorship interested primarily in enhancing its economic well-being, which necessarily involves the coming together of thinkers who disagree strongly on deeply important issues.

One cannot escape the fact that academic boycotts of Israel seek to marginalize a narrow community of scholars based on nationality and religion, while scholars of other countries with far worse records on human rights remain exempt. This is of course partially because there would be no academy at all were all scholars to boycott all countries whose governments they criticized. Professor Fidel argued in response to the China case, for example, "I do not support violations of human rights in any country, but the U.S. has its own violations, that are not much worse than those in China." While some American academics doubtless would support a boycott of our own universities for just that reason, most would not likely voluntarily cut themselves off from scholarly exchange with each other and with the rest of the world. As Professor Wisse notes, "America is large and can absorb ideological hits; for Jews these have very immediate, harsh and threatening consequences."

But the fundamental problem with an academic boycott transcends even these important concerns over racial and religious discrimination. The fact is that any attempt to close scholarly debate to any subset of institutions will necessarily prevent the individual minds in those institutions from contributing to solutions to international problems, and most especially with respect to those problems that form the basis for the boycott in the first place. Professor Fetzer, who signed the USACBI and supports a one-state solution to the Israeli-Palestinian conflict, states he believes-and hopes-that one day "Muslims and Jews, Arabs and Israelis can live together in peace and harmony, which appears to be the only moral and just solution." It is difficult to imagine that harmony can be derived from an official ban on "cultural cooperation [or] collaboration" with all but those who subscribe to a single narrative of an infinitely complicated geopolitical situation.
"

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 17:01

Le numéro du Courrier international (www.courrierinternational.com) en date du 25 mars 2009 publie un article de Yediot Aharonot (ידיעות אחרונות, Les dernières nouvelles, www.ynetnews.com, le premier des trois grands quotidiens israéliens avant Maariv et Haaretz) où Noam Hayot, Officier israélien, membre de Shovrim Shtika, exprime son point de vue sur le "code moral de l'armée israélienne" tel qu'il ressort de ce qu'il a pu apprécier de son application sur le terrain pendant l'opération "Plomb durci". Cet article fait suite à l'affirmation du ministre de la défense, Ehud Barak, selon laquelle "Tsahal est l'armée la plus morale du monde".

Regards-citoyens, qui saisit cette occasion pour saluer le caractère intangible de la liberté d'expression dans cet Etat démocrate, y compris pour ses militaires lorsque les combats ont cessé, propose à ses lecteurs d'en prendre connaissance ci-après.

" Durant la dernière opération de l'armée israélienne à Gaza, la hiérarchie militaire n'a pas appelé les soldats à faire preuve de retenue devant les civils palestiniens

Les troupes israéliennes ont-elles vraiment violé le "code moral" de Tsahal ? Les militants de l'organisation Shovrim Shtika [Briser le silence, une organisation de soldats ayant servi dans les Territoires occupés] sont en train de recueillir un nombre impressionnant de témoignages auprès des soldats et des officiers qui ont participé à l'opération Plomb durci [attaque israélienne contre Gaza en décembre 2008 et janvier 2009]. Ce qui commence à ressortir des récits de combattants d'unités très diverses, c'est que ce "code moral" n'a pas été violé, mais que son énoncé a tout simplement été révisé par les officiers supérieurs israéliens qui ont planifié et déclenché l'attaque sur Gaza. Il y a quelques mois, invité à la Mekhina [école d'instruction préparatoire au service militaire] d'Oranim [un village de Galilée], par d'anciennes recrues, j'avais projeté un film amateur réalisé par un soldat et où l'on voyait d'autres soldats battre des Palestiniens à un barrage. "Voilà ce que la force fait de vous", leur avais-je expliqué. "Et n'attendez surtout pas de votre hiérarchie militaire qu'elle veille au respect des valeurs humaines."

Face à des jeunes recrues fraîchement sorties du lycée et qui suivent une instruction sur des collines idylliques, il est difficile de rendre l'atmosphère qui règne aux barrages. Je leur ai donc expliqué qu'on pourrait leur donner l'ordre d'abattre tout individu marchant dans les rues de Naplouse durant les opérations nocturnes de l'armée israélienne. J'ai également tenté de rendre palpable l'atmosphère qui régnait dans mon unité en octobre 2000, au barrage de Kissoufim, dans la bande de Gaza : tout le monde voulait tuer, et beaucoup. Quant aux instructions qui nous étaient transmises oralement, elles n'étaient pas faites pour nous retenir. C'était même tout le contraire.

Les soldats qui sont récemment revenus du champ de bataille et ont osé dire la vérité démontrent que les ordres restent inchangés et que tout désir de retenue reste exceptionnel et voué à l'échec. La suite du scénario est rodée depuis des années. Pressée par les médias et l'opinion, la justice militaire va promettre d'enquêter, mais l'instruction sera menée à charge contre de simples conscrits que l'on fera taire. Les conclusions de ces enquêtes sont connues d'avance et n'attendent plus qu'à être publiées : les forces armées israéliennes ont veillé en permanence au respect des valeurs supérieures de la morale et les cas incriminés n'ont été que des exceptions. Ensuite, les porte-parole de l'armée monteront en épingle le cas de ces rares soldats qui ont décidé de ne pas abattre de civils palestiniens et n'ont pas hésité à mettre leurs vies en danger. Peut-être même nous édifiera-t-on sur le cas de cet ambulancier israélien qui a administré les premiers soins à un Palestinien de Gaza. Au final, l'enquête sera clôturée et les soldats qui ont osé témoigner se verront reprocher d'avoir pris le risque de salir leur unité en se focalisant sur un incident isolé. Il n'empêche. Le portrait d'ensemble qui commence à ressortir des témoignages que nous sommes en train de recueillir auprès des combattants de Gaza est extrêmement grave. Il apparaît en effet que c'est uniquement parmi les soldats de terrain qu'il s'est trouvé des éléments modérateurs pour atténuer la portée des ordres venus d'en haut et qui poussaient les engagés à tuer pour tuer et à détruire pour détruire.

Je suggère à Tsahal et à ses porte-parole de plancher sur un scénario novateur pour les mois à venir. Il serait ainsi bon que l'armée, tout comme l'échelon politique et l'opinion israélienne, se penche franchement sur les valeurs de notre état-major et sur la moralité des ordres reçus par nos soldats, plutôt que de s'acharner à jeter l'opprobre sur quelques "individus isolés". Il serait également bon que, nous tous, nous commencions à nous interroger sur l'objectif réel de l'opération Plomb durci et sur l'état d'esprit que les responsables de l'armée ont entretenu parmi nos soldats. Quels étaient les ordres ? Et comment était désignée la population palestinienne ?

Dans quelques mois, lorsque le recueil complet des témoignages sera publié, il ne sera plus possible d'incriminer uniquement les simples soldats. Certes, certains d'entre eux ont manifestement éprouvé du plaisir à assassiner de simples civils. "C'est ça qui est chouette à Gaza, tu vois quelqu'un sur un chemin et il ne faut même pas qu'il ait une arme pour que tu puisses tout simplement lui tirer dessus", raconte d'ailleurs un soldat. D'autres ont joué à qui détruirait le plus de maisons. Mais tous ont obéi aux ordres et ont agi en fonction d'un état d'esprit entretenu par Tsahal. Les véritables exceptions dans cette histoire, ce sont ces rares soldats qui s'abstiennent de tuer des civils, de détruire des maisons et de piller des biens. Et ceux qui, plus rares encore, sont prêts à dire la vérité à l'opinion israélienne
.
"

Si Tsahal est effectivement l'armée la plus morale du monde - pourquoi en douterions-nous ? -, alors les media devraient davantage enquêter sur l'application in situ du code moral des armées actuellement en opération ailleurs dans le monde !

Au nom de la civilisation !






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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 16:07

Dans son édition du 24 mars, le quotidien Le Monde publie le texte d'une intervention  du Président B. H. Obama prononcée à la Maison Blanche devant une trentaine de grands quotidiens internationaux dans la perspective du Sommet du G20 du 2 avril prochain.

Le lecteur trouvera ci-après les termes de cet article tels qu'ils figurent dans Le Monde.

" Nous vivons une période de défis économiques mondiaux auxquels on ne peut répondre par des demi-mesures ou les efforts d'un seul pays, quel qu'il soit.

Il est aujourd'hui de la responsabilité des leaders du G20 de prendre des mesures audacieuses, ambitieuses et coordonnées qui non seulement permettront à l'économie de se redresser, mais ouvriront une ère nouvelle d'engagement économique capable d'empêcher à l'avenir une telle crise de se reproduire.

Personne ne peut nier qu'une action urgente doit être entreprise. La crise du crédit, doublée d'une perte de confiance, s'est propagée à travers les frontières et fait sentir ses effets partout dans le monde. Pour la première fois depuis une génération, l'économie mondiale se contracte et le commerce ralentit. Des centaines de milliards de dollars ont été perdus, les banques ont cessé de prêter et plusieurs dizaines de millions de personnes, à travers le monde, vont perdre leur emploi. La prospérité de l'ensemble des pays est menacée, mais aussi la stabilité des gouvernements et la survie de ceux qui habitent les régions les plus vulnérables de la planète.

Nous avons une fois pour toutes appris que la bonne marche de l'économie américaine est inextricablement liée à celle de l'économie mondiale. On ne peut pas séparer les mesures qui restaurent la croissance à l'intérieur de nos frontières de celles qui la soutiennent à l'extérieur. Si les citoyens des autres pays ne peuvent consommer, les marchés se tarissent - comme le montre la chute récente de nos exportations, la plus importante en près de quatre décennies, qui a directement entraîné la perte de nombreux emplois américains. Et si nous continuons à laisser les établissements financiers du monde agir avec la même désinvolture et la même irresponsabilité, nous resterons prisonniers du cycle des bulles et des éclatements de bulles. C'est pourquoi le prochain sommet du G20 à Londres aura un impact direct sur le redressement américain.

Mon message est clair: les Etats-Unis sont prêts à assumer leur leadership, et nous appelons nos partenaires à se joindre à nous, conscients de l'urgence et soucieux de l'objectif commun. Du bon travail a déjà été accompli, mais beaucoup plus reste à faire. Notre leadership est fondé sur une prémisse simple: nous sommes résolus à agir avec détermination pour sortir l'économie américaine de la crise et réformer nos mécanismes de régulation, et nos actions seront renforcées par les mesures complémentaires prises à l'étranger.

Grâce à l'exemple qu'ils donneront, les Etats-Unis pourront œuvrer au redressement global et reconstruire la confiance dans le monde ; et si le sommet de Londres contribue à impulser une action collective, nous parviendrons à établir un redressement solide qui nous permettra d'éviter de nouvelles crises.

Nos efforts doivent commencer par des mesures immédiates destinées à stimuler la croissance. Les Etats-Unis ont d'ores et déjà adopté l'American Recovery and Reinvestment Act - l'ensemble de mesures pour l'emploi le plus spectaculaire intervenu depuis une génération. D'autres membres du G20 ont également mis en place des plans de relance; ces initiatives doivent être poursuivies et consolidées jusqu'à ce que la demande soit rétablie. Tout en agissant, nous devons nous engager collectivement à encourager le libre-échange et la liberté des investissements, tout en résistant aux tentations protectionnistes qui ne feraient qu'aggraver la crise.

En deuxième lieu, nous devons restaurer le crédit dont dépendent entreprises et particuliers. Aux Etats-Unis même, nous déployons tous les moyens pour stabiliser notre système financier. Cela passe par une évaluation honnête des bilans de nos plus grandes banques, et devrait permettre à terme de rétablir les prêts qui permettront aux Américains de se remettre à consommer, de garder leur logement et de développer leurs entreprises. Ce mouvement devra être amplifié par les actions de nos partenaires du G20. Ensemble, nous pouvons adopter un cadre commun qui insiste sur la transparence et la responsabilité, et qui s'attache à restaurer le flux du crédit qui est la sève vitale d'une économie mondiale prospère. De concert avec les institutions multilatérales, le G20 devrait s'employer à financer le commerce afin de relancer les exportations et de créer des emplois.

Troisièmement, nous avons l'obligation économique, sécuritaire et morale de tendre la main aux pays et aux populations les plus gravement menacés. Si nous leur tournons le dos, les souffrances entraînées par cette crise seront plus vives encore, et notre propre redressement sera retardé du fait que les marchés susceptibles d'accueillir nos produits se rétréciront encore plus, entraînant par là même des pertes supplémentaires d'emplois américains.

"JE SAIS QUE L'AMÉRIQUE PORTE UNE PART DE RESPONSABILITÉ"

Le G20 devrait déployer rapidement des ressources afin de stabiliser les marchés émergents, renforcer substantiellement les moyens d'urgence du Fonds monétaire international (FMI) et aider les banques régionales de développement à accélérer les prêts. Dans le même temps, l'Amérique procédera à des investissements nouveaux et conséquents en matière de sécurité alimentaire afin d'aider les plus pauvres à surmonter les jours difficiles qui s'annoncent.

Mais si ces actions doivent nous permettre de sortir de la crise, nous ne pouvons nous contenter d'un retour au statu quo. Nous devons mettre un terme à la spéculation effrénée et à notre tendance à vivre au-dessus de nos moyens; nous devons en finir avec le mauvais crédit, les banques surendettées et l'absence de tout contr%vec la même désinvolture et la même irresponsabilité, nous resterons prisonniers du cycle des bulles et des éclatements de bulles. C'est pourquoi le prochain sommet du G20 à Londres aura un impact direct sur le redressement américain.

Mon message est clair: les Etats-Unis sont prêts à assumer leur leadership, et nous appelons nos partenaires à se joindre à nous, conscients de l'urgence et soucieux de l'objectif commun. Du bon travail a déjà été accompli, mais beaucoup plus reste à faire. Notre leadership est fondé sur une prémisse simple: nous sommes résolus à agir avec détermination pour sortir l'économie américaine de la crise et réformer nos mécanismes de régulation, et nos actions seront renforcées par les mesures complémentaires prises à l'étranger.

Grâce à l'exemple qu'ils donneront, les Etats-Unis pourront œuvrer au redressement global et reconstruire la confiance dans le monde ; et si le sommet de Londres contribue à impulser une action collective, nous parviendrons à établir un redressement solide qui nous permettra d'éviter de nouvelles crises.

Nos efforts doivent commencer par des mesures immédiates destinées à stimuler la croissance. Les Etats-Unis ont d'ores et déjà adopté l'American Recovery and Reinvestment Act - l'ensemble de mesures pour l'emploi le plus spectaculaire intervenu depuis une génération. D'autres membres du G20 ont également mis en place des plans de relance; ces initiatives doivent être poursuivies et consolidées jusqu'à ce que la demande soit rétablie. Tout en agissant, nous devons nous engager collectivement à encourager le libre-échange et la liberté des investissements, tout en résistant aux tentations protectionnistes qui ne feraient qu'aggraver la crise.

En deuxième lieu, nous devons restaurer le crédit dont dépendent entreprises et particuliers. Aux Etats-Unis même, nous déployons tous les moyens pour stabiliser notre système financier. Cela passe par une évaluation honnête des bilans de nos plus grandes banques, et devrait permettre à terme de rétablir les prêts qui permettront aux Américains de se remettre à consommer, de garder leur logement et de développer leurs entreprises. Ce mouvement devra être amplifié par les actions de nos partenaires du G20. Ensemble, nous pouvons adopter un cadre commun qui insiste sur la transparence et la responsabilité, et qui s'attache à restaurer le flux du crédit qui est la sève vitale d'une économie mondiale prospère. De concert avec les institutions multilatérales, le G20 devrait s'employer à financer le commerce afin de relancer les exportations et de créer des emplois.

Troisièmement, nous avons l'obligation économique, sécuritaire et morale de tendre la main aux pays et aux populations les plus gravement menacés. Si nous leur tournons le dos, les souffrances entraînées par cette crise seront plus vives encore, et notre propre redressement sera retardé du fait que les marchés susceptibles d'accueillir nos produits se rétréciront encore plus, entraînant par là même des pertes supplémentaires d'emplois américains.

"JE SAIS QUE L'AMÉRIQUE PORTE UNE PART DE RESPONSABILITÉ"

Le G20 devrait déployer rapidement des ressources afin de stabiliser les marchés émergents, renforcer substantiellement les moyens d'urgence du Fonds monétaire international (FMI) et aider les banques régionales de développement à accélérer les prêts. Dans le même temps, l'Amérique procédera à des investissements nouveaux et conséquents en matière de sécurité alimentaire afin d'aider les plus pauvres à surmonter les jours difficiles qui s'annoncent.

Mais si ces actions doivent nous permettre de sortir de la crise, nous ne pouvons nous contenter d'un retour au statu quo. Nous devons mettre un terme à la spéculation effrénée et à notre tendance à vivre au-dessus de nos moyens; nous devons en finir avec le mauvais crédit, les banques surendettées et l'absence de tout contrôle qui nous condamne à ces bulles qui finissent inévitablement par éclater. Seule une action internationale coordonnée pourra empêcher les prises de risque irresponsables qui ont provoqué cette crise. C'est pourquoi je suis déterminé à saisir cette occasion pour procéder à une réforme en profondeur de nos dispositifs de régulation et de supervision.

Tous nos établissements financiers - ceux de Wall Street comme ceux du reste du monde - doivent se plier à un contrôle sérieux et obéir à des règles de conduite communes. Tous les marchés devraient être dotés de normes de stabilité et de transparence. Un encadrement précis des besoins en capitaux propres devrait nous protéger de nouvelles crises. Nous devons prendre des mesures énergiques contre les paradis fiscaux et le blanchiment d'argent.

Une transparence et une responsabilisation rigoureuses doivent faire cesser les abus, tout comme l'on doit mettre fin aux rémunérations déraisonnables. Au lieu des mesures dispersées qui ont rendu possible la course à l'abîme, nous devons définir clairement des incitations à la responsabilité capables de favoriser une course vers le haut.

Je sais que l'Amérique porte une part de responsabilité dans le gâchis auquel nous sommes tous confrontés. Mais je sais aussi que nous n'avons pas à faire le choix entre un capitalisme qui nous condamne à ces bulles qui finissent inévitablement par éclater. Seule une action internationale coordonnée pourra empêcher les prises de risque irresponsables qui ont provoqué cette crise. C'est pourquoi je suis déterminé à saisir cette occasion pour procéder à une réforme en profondeur de nos dispositifs de régulation et de supervision.

Tous nos établissements financiers - ceux de Wall Street comme ceux du reste du monde - doivent se plier à un contrôle sérieux et obéir à des règles de conduite communes. Tous les marchés devraient être dotés de normes de stabilité et de transparence. Un encadrement précis des besoins en capitaux propres devrait nous protéger de nouvelles crises. Nous devons prendre des mesures énergiques contre les paradis fiscaux et le blanchiment d'argent.

Une transparence et une responsabilisation rigoureuses doivent faire cesser les abus, tout comme l'on doit mettre fin aux rémunérations déraisonnables. Au lieu des mesures dispersées qui ont rendu possible la course à l'abîme, nous devons définir clairement des incitations à la responsabilité capables de favoriser une course vers le haut.

Je sais que l'Amérique porte une part de responsabilité dans le gâchis auquel nous sommes tous confrontés. Mais je sais aussi que nous n'avons pas à faire le choix entre un capitalisme chaotique et impitoyable et une économie étatique oppressante. C'est là une fausse alternative qui ne servira ni les Américains ni aucun autre peuple.

Le sommet du G20 nous fournit un forum en vue d'une coopération économique mondiale d'un nouveau genre. Le temps est venu de travailler ensemble afin de restaurer la croissance soutenue que seuls peuvent procurer des marchés ouverts et stables qui favorisent l'innovation, encouragent l'esprit d'entreprise et apporte des occasions favorables.

Les pays du monde ont des intérêts communs. Les Etats-Unis sont prêts à participer à un effort mondial en vue de créer des emplois et d'impulser une croissance durable. Ensemble, nous pouvons tirer les leçons de cette crise et construire une prospérité sûre et pérenne pour le XXIe siècle. "

© Global Viewpoint/Le Monde

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