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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 21:30

Dans un article publié dans l'édition du quotidien Le Monde en date du 18 mars sous le titre « La France dans l'OTAN, fidèle à son destin », le ministre des affaires étrangères et européennes Bernard Kouchner justifie la décision des autorités françaises de procéder à la réintégration de la France dans les structures militaires intégrées de l'Otan.

Cherchant à contribuer à nourrir le débat ouvert en France à cet égard de points de vue aussi éclairés que contradictoires, je propose au lecteur d'en prendre connaissance ci-après.

" Installer plus de France en Europe, mettre plus d'Europe dans l'Alliance atlantique est un choix qui engage notre nation. Sécurité, indépendance, Europe sont les maîtres mots de notre démarche. Les observateurs ont rappelé les diverses étapes qui, après le geste majeur du général de Gaulle en 1966, ont orchestré une scission qui n'en était pas tout à fait une, puis ce retour qui n'en est pas tout à fait un.

Ils ont pesé les subtilités de fonctionnement de l'Alliance pour évaluer les pertes supposées de notre souveraineté. Ils ont détaillé les méandres d'un fonctionnement collectif qui laisse à chaque pays la plus totale autonomie dans la décision de participer ou non à des opérations conjointes.

On a beaucoup parlé de l'OTAN ; nous n'avons pas assez parlé de la France. Avons-nous encore la capacité de faire entendre notre voix dans les affaires du monde ? Notre participation au commandement intégré ne retirera rien à notre indépendance, rien non plus à notre engagement européen. Alliés exigeants des Etats-Unis, bâtisseurs ambitieux de l'Europe, nous demeurerons fidèles à nous-mêmes, jaloux surtout de notre liberté et fiers d'une identité que nous tenons à préserver.

Nous n'oublions pas pour autant les combats et les valeurs qui ont fait cette identité. La France, aujourd'hui, ne se réduit ni à son autonomie nucléaire, ni à sa puissance militaire. Elle se nourrit au contraire de notre aptitude à voir au-delà de nous-mêmes et à fédérer autour de nous, pour des combats communs, des peuples libres partageant nos valeurs.

L'identité de la France tient désormais moins aux soldats de l'an II qu'à ceux qui écrivirent un jour d'août 1789 "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits". Est-ce là un manque d'ambition sur cette planète anxieuse où les crises nous guettent, où les racismes menacent ? Dans un monde éclaté, dont les conflits seront de plus en plus diffus et de moins en moins prévisibles, conséquences du changement climatique, de la malnutrition, du manque d'eau, du manque de sécurité énergétique ou de menaces terroristes nourries de nouvelles technologies, plus personne ne prétend agir seul.

Les Etats-Unis eux-mêmes, que certains accusaient hier d'être une hyperpuissance égoïste et aveugle, se tournent désormais vers l'Europe pour partager une responsabilité inévitablement collective. Nous ne pouvons pas décevoir.

Si la France doit mener des combats, elle ne pourra le faire qu'en élargissant le cercle de ses alliés. Si elle veut continuer d'influer sur la scène internationale, elle n'y parviendra que par la conviction. Pour une nation attachée au multilatéralisme et au dialogue, c'est une question de légitimité autant que d'efficacité.

La crise géorgienne de l'été 2008 a rappelé au monde la capacité d'initiative de la France et de l'Europe. Ce que nous avons entrepris alors, le dialogue difficilement renoué par le président de la République entre pays en guerre, c'est à l'Europe que nous le devons, à la solidité de nos alliances et à notre capacité à entraîner nos partenaires, malgré des divergences, dans un mouvement commun.

Il pourrait sembler séduisant de nous abstraire de ces contraintes. Le geste solitaire, le verbe déclamatif sont des tentations pour celui qui sent sa puissance menacée. Je crois pour ma part à la force d'initiative d'un pays qui continue de parler au monde, aux plus pauvres en particulier qui attendent que la France fasse entendre sa musique particulière, mais également qu'elle agisse.

Faire entendre sa voix, c'est d'abord disposer d'une tribune où convaincre nos alliés, infléchir éventuellement leurs idées et nous opposer pourquoi pas, hier comme demain, si la nécessité s'en présente, à une opération aventureuse.
Agir, c'est se confronter au risque du réel. La France accepte aujourd'hui une responsabilité plus grande. Elle revendique un rôle décisif et forcément difficile dans les affaires complexes du monde. Elle accepte surtout l'incertitude et le danger, quand il est si confortable de se réfugier dans la dénonciation des errements des autres. Les temps changent vite, les exigences demeurent.

Il y a dix ans, j'étais au Kosovo quand les troupes françaises ont été engagées dans l'une des deux opérations de l'OTAN aujourd'hui en cours. J'ai pu mesurer alors la difficulté, pour une armée membre d'une coalition, de ne pas disposer de toutes les informations utiles et de ne pas avoir accès aux vrais centres de commandement.

Mais j'ai pu constater surtout, dans les visages des civils secourus par l'armée française, dans l'accueil réservé à nos hommes et à notre drapeau, que la place de la France était plus que jamais au coeur de ces opérations (ONU, OTAN, UE) où se joue tout simplement notre conception de la dignité humaine.

En refusant cette responsabilité, la France ne serait pas seulement infidèle à ses alliés. Elle serait surtout infidèle à elle-même, à sa grandeur et à sa vocation. Il s'agit d'un choix qui engage l'identité de notre nation. Un choix d'alliance et de valeurs. Et davantage encore le choix d'un destin. "

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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 16:11

Par une lettre, en date du 16 mars 2009, le Président N. Sarkozy a communiqué à Mirek Topolanelk, Premier ministre de la République tchèque, et Président en exercice du Conseil européen, ainsi qu'à José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne les propositions franco-allemandes  pour le Conseil européen de printemps dans la perspective du sommet du G20 qui se tiendra à Londres le 2 avril 2009. 

Les termes de cette correspondance sont les suivants :

" [...]

Par la présente lettre, la France et l'Allemagne entendent contribuer à la préparation du Conseil européen de printemps et permettre que s'affirme la voix commune des Européens dans la perspective du G20. Ce n'est qu'ensemble que notre voix sera assez forte pour assurer notre intérêt commun en ramenant nos économies sur la voie du développement durable dans le monde globalisé d'aujourd'hui.

A la veille de réunions importantes, nous sommes profondément convaincus que nous devons saisir la chance historique unique qui nous est offerte de régler les causes profondes de la crise actuelle au sommet du G20 à Londres le 2 avril prochain, telles qu'elles ont été identifiées lors du sommet de Washington. La première priorité est de bâtir une nouvelle architecture financière globale. L'Union européenne doit affirmer une position commune et prendre la tête sur ce sujet.

L'approche coordonnée établie sous les présidences française et tchèque [...] a puissamment contribué à limiter l'impact économique de la récession globale en cours. Avec un total de plus de 400 milliards d'euros (autour de 3,3 % du PNB de l'UE), le programme européen de relance permet d'aider l'économie à traverser la crise. Il génère de nouveaux investissements, il soutient la demande, il préserve des emplois et représente un apport significatif pour raviver l'économie mondiale. Avec ce plan, l'Europe est aux avant-postes dans la lutte contre la récession. Lors du Conseil européen, nous devrions donner à nos citoyens, à nos partenaires et au monde de l'entreprise un message fort de confiance dans la taille et dans l'efficacité de nos plans de relance.

La stabilité et le bon fonctionnement des marchés financiers sont cruciaux pour la croissance et l'emploi. Sur la base de l'acquis du sommet préparatoire de Berlin en février, nous sommes déterminés à obtenir au sommet de Londres des résultats concrtes pour le renforcement de la régulation financière internationale et nous attendons que la mise en oeuvre du plan d'action du G20 soit suivie par le FMI et le FSF pour assurer une responsabilité accrue. L'Union européenne doit proposer que tous les "hedge funds" et autres fonds susceptibles de créer un risque systémique fassent l'objet d'un enregistrement, d'une régulation et d'une supervision appropriés. Nous devons travailler à un mécanisme de sanctions effectif pour se protéger des risques que font courir les juridictions non coopératives qu'il faudra désigner. En outre, nous devrions encourager des politiques salariales transparentes et durables.

L'effet pro-cyclique des exigences actuelles en termes de capitaux amplifie la crise en réduisant encore les capacités des banques à prêter. les effets sur l'industrie sont particulièrement néfastes. Au-delà de l'accélération de la révision de Bâle II et des règles comptables pour faire en sorte que les banques puissnt avoir un volant de ressources supplémentaires le momen venu, l'Union européenne et le G20 devraient appeler à des mesures rapides pour limiter ces effets pro-cycliques. Nous demandons aux différents groupes de travail et institutions actifs dans ce domaine (le FSF, la comite de Bâle sur la supervision bancaire, la Commission européenne) de faire les propositions ou les recommandations appropriées.

Au niveau du secteur financier, un effort accru de stabilité, de transparence et de supervision est nécessaire. A cet égard, nous accueillons favorablement le rapport Larosière ainsi que la communication de la Commission proposant un ambitieux nouveau programme de réforme pour le secteur financier. Pour contribuer au développement de standards internationaux, l'Union européenne doit agir résolument vers un cadre réglementaire européen sur les bases des recommandations du groupe Larosière. les premières mesures devront être adoptées d'ici juin.

L'Union européenne devrait soutenir une nouvelle charte de l'activité économique durable comme cadre de travail des Etats et des institutions internationales. Elle devrait être basée sur les principes du marché tout en visant à assurer une économie mondiale stable, socialement équilibrée et respectueuse du développement durable. A terme, elle devrait aboutir à l'établissement d'une structure de gouvernance mondiale.

A court terme, les mesures économiques et financières actuelles peuvent présenter un risque de distorsion de la concurrence et d'entrave à la libre circulation des biens, des services et des investissements. En conséquence, nous demandons à la Commission européenne de suivre attentivement les risques d'atteinte à la compétition loyale au sein du marché intérieur comme à l'égard de nos partenaires internationaux et d'en tenir informé le Conseil. Nous devrions en outre souligner notre engagement à ne pas lever de nouvelles entraves aux échanges, insister auprès de nos partenaires internationaux pour qu'ils renoncent à de telles mesures et conclure rapidement le cycle de Doha.

L'endettement public excessif menace sur le long terme la stabilité globale. Des finances publiques saines demeurent ainsi cruciales pour la crédibilité et la stabilité de l'Union européenne. Nous devons nous engager à consolider nos finances publiques en appliquant le Pacte de stabilité et de croissance. La consolidation des efforts devra être accélérée au fur et à mesure que l'économie se redressera, pour assurer la rédiction rapide des déficits sous la valeur de référence. Tout en reconnaissant que nous devons faire face à des défis croissants, nous devons renouveler notre engagement à revenir aussi tôt que possible, conformément au Pacte et en rythme avec le rétablissement de l'économie, à nos objectifs budgétaires de moyen terme.

La solidarité et la responsabilité sont des notions clés de l'Union européenne. Dans cet esprit, la France et l'Allemagne se félicitent que l'Union européenne ait montré sa disponibilité et sa capacité à aider les Etats membres en difficulté. Les deux pays réaffirment que la zone euro n'est pas un club fermé.

[...] "



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Published by Patrice Cardot - dans La France et ses partenaires
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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 15:25

La rubrique "Bibliothèque européenne" du Bulletin Quotidien Europe n°9841/812 daté du 17 février 2007 propose une récension d'ouvrages récents consacrés aux questions monétaires, économiques et financières dont deux d'entre eux font l'objet d'une présentation sur ce blog.

Il s'agit de :

- "Between Growth and Stability, The Demise and Reform of the European Union's Stability and Growth Pact", ouvrage collectif sous la direction de Leila Simona et de Bernard Casey (Elgar Publishing : www.e-elgar.com - 2008 - IBSN 978-1-84720-206-2), objet du présent article ;

et de :

- "Les Unions monétaires en droit international", de Moustapha Lô Diatta (Presses Universitaires de France : www.puf.com ; Collection " Publications de l'Institut universitaire de hautes études internationales de Genève" - 2007 - IBSN 2-13-055915-8), objet d'un second article.

 "Between Growth and Stability, The Demise and Reform of the European Union's Stability and Growth Pact" (récension de Thomas Bauwen)

Lorsqu'il fut adopté en 1997 à Amsterdam, le Pacte de croissance et de stabilité imposait aux Etats membres des critères de convergence économique à respecter en vue de l'achèvement de l'Union conomique et monétaire. Ces critères étaient alors considérés comme incontournables, à tel point que le Pacte était présenté comme le "gardien de la force et de la crédibilité de la future Union économique et monétaire".

Pourtant, en 2003, c'est la douche froide : la France et l'Allemagne n'arrivent plus à suivre et font exploser les limites fixées par le Pacte, menant à la réforme de 2005, avec des règles assouplies sur plusieurs points.

Selon les auteurs de cet ouvrage, cette réforme peut être assimilée à un véritable échec du Pacte. Pourquoi ? selon eux, parce que - et c'est ce qu'ils s'attachent à démontrer - "les évènements de novembre 2003 et les changements apportés au Pacte de croissance et de stabilité en mars 2005 configurent un instrument politique et économique différent de celui qui avait été approuvé originellement". Exit donc, le "gardien" sur lequel était censé reposer toute l'architecture économique et monétaire de l'Union.

Ce constat entraine automatiquement une série de questions primordiales. Quels ont été les effets de la "disparition" du Pacte sur l'UEM ? Quel a été le rôle des Etats membres dans la crise ? Quelle fut la réaction des marchés financiers ? La chute du Pacte est-elle un signal de crise de l'intégration européenne dans son ensemble ? Le Pacte réformé apporte-t-il des solutions adaptées aux problèmes de 2003 ?

Tout au long des six contributions qui le composent, ce bel ouvrage, écrit sous la direction de deux grands économistes de Londres, tente d'apporter des réponses à ces questions en se concentrant sur la question de la crédibilité. Combinant les perspectives économique et politique, il cherche plus exactement à "trouver une solution aux dilemmes posés par la coordination de la politique budgétaire dans le contexte d'une zone monétaire commune" et à analyser la crédibilité de ce type d'accords économiques internationaux. Pour ce faire, les théories économiques et politiques existantes sont d'abord recensées, expliquées et approfondies afin de réconcilier ensuite chacun des deux champs d'analyse au sein d'un modèle économique intégré.

Pour sa part, le deuxième chapitre est consacré à la dépendance du système monétaire européen à "l'ordre financier néolibéral transnational qui déplace les contradictions socio-économiques des Etats-Unis vers d'autres parties du monde, incluant l'Europe".

Constituant sans doute l'un des plus intéressants de cet ouvrage, le troisième chapitre répond à la question de la survie de la monnaie unique après l'estompement de la règle budgétaire censée assurer sa pérennité. Comment, en effet, expliquer ce constat paradoxal ? Les auteurs y parviennent à l'aide d'une version "incorporée" de la théorie intergouvernementaliste de Moravsik : selon eux, le maintien de l'UEM s'explique assez simplement par la volonté des groupes socio-économiques dirigenats des Etats membres les plus puissants de continuer à croire en la crédibilité des régimes des taux de change.

Une autre question posée par les auteurs, non moins intéressante, est celle de la crédibilité de la Banque centrale européenne d'un point de vue allemand. Comment expliquer, en effet, que la pays qui a inspiré les règles de la Banque de Francfort ait échoué dans sa tentative de suivre ces mêmes règles ?   L'auteur de ce chapitre remet en question, preuves à l'appui, les explications classiques du déséquilibre causé par la réunification allemande et des problèmes posés par une règle budgétaire imposée "par le haut".

Pour terminer, les deux derniers chapitres sont consacrés au Pacte réformé. A partir d'une analyse des futurs défis à relever par celui-ci et de ses capacités à y parvenir en fonction des critères de crédibilité, de flexibilité et de légitimité, les auteurs affirment que, même avec des ambitions revues à la baisse, le nouveau Pacte est loin d'être inutile. Néanmoins, son efficacité dépendra largement "de la capacité des Etats membres de la zone Euro à développer des cadres budgétaires nationaux complémentaires et à promouvoir des réfromes structurelles", en attendant la nécessaire mais si difficile à réaliser Union politique. 

Très complet et basé sur une analyse économique et politique pointue, "Between Growth and Stability, The Demise and Reform of the European Union's Stability and Growth Pact" est sans aucun doute un ouvrage indispensable tant pour les étudiants que pour les économistes chevronnés, à l'heure où la crise économique et financière que traverse l'Union européenne amène plus que jamais à poser la question d'une véritable gouvernance économique européenne.







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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 13:56

Les auteurs de ce blog puisent une partie de leurs informations européennes dans les publications de l'Agence Europe, à savoir : le Bulletin Quotidien Europe ainsi que Europe, Diplomatie et Défense.

Agence Europe est une agence de presse internationale (http://www.agenceurope.com/FR/GobalFrameset.html).

Depuis plus de 50 ans, Agence Europe est considérée dans le monde comme LA source (certains disent la Bible) de l'information sur l'intégration économique et politique européenne.

Entreprise privée, fondée en 1953 à Luxembourg (où venait de s'installer la Communauté européenne du Charbon et de l'Acier) par des professionnels de l'information, indépendante de tout pouvoir national ou autre, politique ou économique, elle a acquis rapidement une renommée mondiale.

Installée ensuite à Bruxelles, Agence Europe a mis sur pied une équipe multinationale de journalistes spécialisés qui traitent l'information dans l'optique qui lui est propre, c'est-à-dire européenne, sans pour autant négliger les aspects qui touchent aux intérêts nationaux ou sectoriels.

Sa connaissance des problèmes et des hommes, l'expérience acquise pendant la construction de l'Europe, sont autant d'atouts qui en font l'instrument de travail privilégié de milliers d'abonnés dans le monde.


Agence Europe S.A.
Sales & Marketing
Rue de la Gare 36
B-1040 Bruxelles
Tél. +32-2-737 94 94
Fax +32-2-736 37 00

info@agenceurope.com

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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 17:08

Lors d'un entretien avec Françoise Fressoz et Patrick Roger dont rend compte le quotidien Le Monde dans son édition du 17 mars (disponible sur Lemonde.fr), l'ancien Premier ministre et ancien Secrétaire général de l'Elysée Dominique de Villepin commente une nouvelle fois la décision des autorités gouvernementales françaises de réintégrer la France dans les structures militaires intégrées de l'OTAN.

Les termes de cet entretien tels qu'ils figurent dans Le Monde sont repris ci-après.

" Le gouvernement engage sa responsabilité devant l'Assemblée nationale, mardi 17 mars, sur une déclaration de politique étrangère. Il évite ainsi un vote sur la réintégration par la France du commandement intégré de l'OTAN décidée par Nicolas Sarkozy. L'ancien premier ministre Dominique de Villepin critique cette décision.

Pourquoi êtes-vous hostile à la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN ?
On a présenté cette décision comme le résultat d'un processus continu de régularisation. Ce n'est pas mon point de vue. Au fil des années, nous avons pris, c'est vrai, des initiatives pour maximiser la contribution de la France au fonctionnement de l'OTAN, mais avec toujours le même souci : préserver notre position originale et singulière au sein de l'organisation. Ce qu'on nous propose aujourd'hui est une rupture politique et symbolique.

Vous voulez absolument être le défenseur du gaullisme ?
Je m'exprime moins au nom d'une fidélité ou d'une doctrine qu'au nom d'une expérience et d'une conviction. L'OTAN ne doit pas devenir une ONU bis ou le bras armé de l'Occident.

M. Chirac avait envisagé cette réintégration lorsque vous étiez Secrétaire général de l'Elysée.
Oui, mais c'était en 1995, dans un contexte très particulier, juste après la chute du mur de Berlin, l'effondrement de l'URSS et la fin de la guerre froide. Les attentats du 11 septembre et la guerre en Irak ont changé la donne. Le concept de "guerre contre le terrorisme" est une aberration. La peur a conduit à renouer avec la dangereuse logique des blocs. La position originale de la France permettait de la contrecarrer. Même en 1995, je n'étais pas personnellement favorable à cette réintégration, car j'ai toujours pensé que l'indépendance de la France était intimement liée à notre singularité et à notre vocation diplomatique de pont entre l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud. La France n'est pas un pays comme les autres du fait de son histoire, de sa présence outre-mer, de son statut de membre du Conseil de sécurité. Tout cela nous confère des devoirs et des responsabilités, comme nous avons pu le faire en Irak. Le risque qui nous guette, c'est un rétrécissement de notre ambition et une banalisation de la voix de la France, alors même que l'affirmation de notre spécificité constituait un élément de notre identité et une garantie de protection.

Si la France avait réintégré le commandement militaire de l'OTAN, elle n'aurait pas pu avoir un message fort sur l'Irak ?
Dans cette crise, il y a eu deux aspects. L'un, consensuel, a consisté à ne pas envoyer de troupes en Irak ; l'autre, beaucoup plus audacieux, a été d'empêcher les Etats-Unis, nos très proches alliés, d'utiliser la légitimité onusienne pour valider la guerre. Nous avons mené un combat et cherché à convaincre nos partenaires qu'il y avait un risque majeur d'affrontement avec le monde arabe et l'islam. C'était le devoir de la France d'éviter ce choc entre l'Orient et l'Occident. Beaucoup d'hommes politiques ne nous suivaient pas et plaidaient pour que la France ne fasse pas de vagues. Je crains que, désormais, nous ne puissions plus nous autoriser cette audace.

Le contexte a changé. N'est-il pas temps d'évoluer ?
Je ne veux pas faire de procès d'intention à Nicolas Sarkozy. Nous aurons très vite l'occasion de vérifier si nous sommes capables ou non de préserver une position originale. Ainsi en Afghanistan, Barack Obama a décidé d'augmenter la présence militaire américaine. Saurons-nous faire prévaloir notre propre vision ? En 2001, les choses étaient claires, il s'agissait de lutter contre un sanctuaire du terrorisme ; aujourd'hui, l'échec est patent. La présence de troupes étrangères coalise contre elles une grande partie des forces de ce pays. J'estime qu'il n'y a pas de solution militaire et qu'il faut entrer dans un processus de désengagement, couplé avec une nouvelle stratégie régionale et un fort soutien économique et social.

Ne faut-il pas renoncer à la singularité française, qui irrite nombre de nos partenaires, pour relancer l'Europe de la défense ?
Le président de la République fait ce pari. Je crains que l'inverse ne se produise. Dans l'immédiat, le signal que nous donnons est un renforcement atlantique dont la politique européenne de défense n'est qu'un élément marginal. Là encore, les tests concrets viendront très vite. Quid de l'agence européenne de défense ? De la constitution d'un état-major européen ? De la création d'une force d'intervention rapide qui était censée atteindre l'objectif de 50 000 à 60 000 hommes ? Nous en sommes extrêmement loin.

M. Fillon a-t-il raison d'engager la responsabilité du gouvernement sur ce sujet ?
D'un côté, il reconnaît l'importance du sujet ; de l'autre, il limite la liberté d'expression de la majorité en déplaçant la question. Ce n'est plus un vote pour ou contre la réintégration mais pour ou contre le gouvernement. La question mérite pourtant un débat de fond au-delà des clivages partisans. Je déplore que vole en éclats le consensus qui existait sur notre politique de défense. Tout cela me paraît malvenu en période de crise. Concentrons-nous plutôt sur l'essentiel : la réponse économique et sociale aux inquiétudes et souffrances des Français. Je crains que l'action du président de la République ne soit entachée aujourd'hui d'une trop grande dispersion et de confusion.

Que devrait-il faire ?
Revenir à un équilibre institutionnel plus conforme à notre Constitution et à nos traditions. Nous avons besoin d'un président qui défende une vision, soit capable de rassembler. En se substituant au premier ministre, il a du mal à jouer ce rôle de sage attaché à sa fonction. Et il prend le risque de voir sa légitimité contestée. Par la force des choses, le mécontentement se tourne vers celui qui semble détenir tous les leviers et prendre toutes les décisions. Dans ce contexte, s'ouvrir à des personnalités fortes, capables de marquer un rassemblement plus large, serait un bon signal. La majorité ne manque pas de talents désireux de servir, à l'image d'Alain Juppé.

Faut-il changer de politique ?
Il faut rassembler le pays autour de ses valeurs fondamentales : l'indépendance, les principes républicains, le sens de l'intérêt général. C'est nécessaire pour retrouver la confiance des Français. Cela ne relève pas d'une simple stratégie de communication. Il faut reconnaître certaines erreurs commises sur le plan institutionnel et politique et en tirer les leçons. C'est en faisant preuve d'écoute et d'humilité que l'on peut avancer.

Cela veut dire en finir avec la rupture ?
La rupture était une erreur. Elle a été un moyen de conquête mais elle ne correspond pas à la réalité du pays et, aujourd'hui, en temps de crise, elle est devenue dangereuse. On a le sentiment qu'il y a une idéologie au pouvoir qui obscurcit la capacité à avancer en rassemblant. Seul doit prévaloir l'intérêt de la France et des Français. "

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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 17:00

Robert Chaouad, chercheur associé à l'IRIS, spécialiste des questions européennes, a publié le 23 février 2009 un article intitulé " Fragmentation européenne " (cf. http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article822) dont la qualité du propos incite à lui donner de l'écho !

Chose faite ici-même puisque cet article est repris ci-après.

" Qu'il semble déjà loin l'automne européen, un automne auquel certains commentateurs s'étaient plu à donner les couleurs d'un printemps, tant la réaction européenne à la crise financière et économique mondiale avait été saluée comme une (re)naissance politique européenne. Occupant l'espace laissé vacant par des Etats-Unis momentanément absents, jouant les premiers rôles dans la proposition et la formulation de réponses à apporter à la crise financière, inspirant un sommet du G 20 à Washington le 15 novembre, l'Union européenne, par le biais de la présidence française du Conseil européen, aurait exercé, à cette occasion, un leadership dans la gestion des affaires mondiales.

C'était le temps où Gordon Brown, le Premier ministre britannique, inspirait le plan de sauvetage bancaire de ses homologues européens et où la présidence française de l'UE s'activait pour voir émerger un plan de relance économique qui pourrait être qualifié d'« européen ». Le temps d'une entente cordiale retrouvée et renforcée. C'était un temps, également, où faire le bilan d'une présidence de l'UE était tout à coup devenu un sport national, rompant quelque peu avec les pratiques du passé. A l'exception peut-être des « initiés », qui se souvient, en effet, de la présidence britannique du second semestre 2005, inaugurée par un discours du Premier ministre d'alors, Anthony Blair, devant le Parlement européen, discours consacré par les commentateurs comme porté par le souffle de la modernité ? Qui se souvient des résultats de la présidence allemande du premier semestre 2007, menée sous l'impulsion de la chancelière Angela Merkel et saluée comme une présidence réussie ? Qui se souvient, enfin, du pays qui a assuré la présidence de l'UE au premier semestre 2008 ?

Sans préjuger du sort que l'avenir réservera à la dernière présidence française de l'UE, on peut malgré tout en conserver, pour aujourd'hui, le souvenir de commentaires particulièrement élogieux. Mais là encore, c'était un temps, pas si lointain, où, face à la crise financière et économique, l'Union était présentée comme un bloc uni et solidaire à l'intérieur duquel le plan de relance économique européen pouvait être décliné au singulier. C'était le temps des commentaires euphoriques à propos de l'« Europe-qui-parle-d'une-seule-voix-sur-la-scène-mondiale ».

Depuis, ces discours sont venus se fracasser sur la réalité économique, industrielle, budgétaire et sociale des Etats membres de l'UE. Où l'on semble alors redécouvrir la structure hétérogène des économies nationales européennes et des conditions de leur performance économique. L'Europe unifiée économiquement, celle du marché unique, n'a pas gommé les stratégies et les spécificités économiques et industrielles nationales, elle a fourni un cadre normatif global à leur développement concurrentiel. La réalité de cette structuration de l'activité économique a momentanément été recouverte d'un vernis européen par des discours politiques et médiatiques homogénéisant célébrant la coopération européenne, et ce au moment où tentaient de s'organiser à Paris et à Bruxelles des réponses à la crise. Malgré le plan européen pour la relance économique présenté par la Commission européenne le 26 novembre 2008 à Bruxelles(1), cette rhétorique européenne n'a pas fait illusion bien longtemps devant l'organisation nationale des plans de relance économique. Comme l'attestait déjà, par ailleurs, dès le mois de novembre, la baisse de la TVA unilatérale opérée par le Royaume-Uni.

On semble s'étonner, ces derniers jours, de redécouvrir que sous la « voix européenne » de l'automne 2008 s'agitait malgré tout la cacophonie étatique. Comment pourrait-il en être autrement ? Les critiques fusent contre l'absence de leadership de la Commission européenne (organe communautaire majeur censé incarner l'intérêt européen) et la timidité de son action. Mais qu'attendre réellement d'une institution politiquement affaiblie et déclinante depuis une dizaine d'années, idéologiquement peu encline à l'interventionnisme et budgétairement sans ressource significative propre pour proposer un plan de relance ambitieux (c'est ce que José Manuel Barroso, le président de la Commission, a tenté d'expliquer à des parlementaires européens, mardi 17 février, en évoquant le plafonnement par les Etats du budget communautaire autour de 1 % du PIB de l'UE).

Par ailleurs, comment fustiger le retour des égoïsmes nationaux et agiter le chiffon rouge du protectionnisme national lorsque l'on a applaudi quelques mois plus tôt une pratique d'action internationale de l'UE qui faisait la part belle à l'activisme des grands Etats et à une coopération intergouvernementale restreinte ? Autrement dit, comment regretter le manque de solidarité et de coordination des plans de relance des Etats européens sans remarquer que les dispositifs de gestion de la crise actuelle à l'échelle européenne, plus encore que par le passé peut-être, confortent la prééminence des grands Etats et entérinent des fractures et des divisions entre Etats membres de l'UE. Qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore, en pratique, et par-delà les réalités économiques nationales structurelles, le schéma politique qui gouverne le traitement européen de la crise et l'évolution actuelle de l'UE produit le repli national qu'il entend pourtant combattre.

Du G 4 (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni) à Paris, le 4 octobre 2008, au G 20 de novembre 2008 (réunissant notamment les quatre pays européens membres du G 8 précédemment cités plus l'Espagne et les Pays-Bas), de la réunion inédite des quinze chefs d'Etat et de gouvernement de l'Eurogroupe (plus le Royaume-Uni), le 12 octobre 2008, à la réunion du 22 février 2009 des six pays européens du G 20(2) en vue de la préparation du sommet du 2 avril à Londres, ou encore de la volonté du président français de voir convoquer, en ce début d'année, un nouveau sommet de l'Eurogroupe au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement (plutôt qu'un sommet à 27) au mini-sommet des pays d'Europe centrale qui se tiendra avant le Conseil européen finalement convoqué pour le 1er mars (3), une logique interétatique fragmentaire structure plus que jamais les pratiques politiques européennes, reléguant au second plan le niveau communautaire comme espace de coordination des réponses nationales à la crise globale. Non que cet espace, avec ses logiques propres, soit exempt de responsabilités ou encore qu'il soit la panacée, mais ce déclassement actuel est surtout le signe et le révélateur de fractures européennes bien plus graves peut-être que les dissensions institutionnelles des dernières années. Fractures que l'on retrouve par ailleurs, aujourd'hui, dans les outrances du président tchèque Vaclav Klaus, président sans pouvoir interne réel mais qui s'offre les enceintes européennes comme caisse de résonance à ses critiques.

C'est donc indirectement une logique intergouvernementale qui fut célébrée et légitimée par les discours politiques et médiatiques de l'automne 2008, qui croyaient voir émerger au milieu de la crise financière un acteur européen unifié susceptible d'exercer un leadership à l'échelle globale. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes européens que de constater, quatre mois plus tard, que c'est dans la gestion de problèmes de nature économique que l'UE connaît actuellement ses tensions les plus fortes et les plus inquiétantes ".


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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 16:18

Olivier Kempf, rédacteur en chef adjoint de la revue Défense nationale et Sécurité collective, enseignant à Sciences-Po dans le cycle franco-allemand et animateur du blog de géopolitique www.egea.over-blog.comvient de publier le 15 mars sur son blog un article intitulé "A propos du dicours de N. Sarkozy sur l'OTAN"dont le contenu est repris ci-après.
(cf.
http://www.egeablog.net/dotclear/index.php?post/2009/03/15/A-propos-du-discours-de-M.-Sarkozy-sur-l-Otan) 

" 1/ Ainsi, le président de la République a prononcé mercredi le discours <annonçant officiellement le retour de la France dans l'organisation intégrée (l'OTAN, stricto sensu, à ne pas confondre avec l'Alliance Atlantique,
Je ne me prononcerai pas sur l'opportunité de ce retour (débat vain, car ce retour est anecdotique) pour analyser en détail les propos du président.
(copyright Élysée)

2/ "Et ce que j'ai découvert avec le Premier ministre et avec le gouvernement, c'est qu'alors que nous sommes dans l'OTAN, car nous y sommes, il y a bien peu de personnes qui le savent." Fichtre : si les conseillers du président sont incapables de lui expliquer la différence entre Alliance et organisation, nous ne sommes pas sortis de l'auberge. Pourrait-on demander une certaine clarté du débat, et donc l'emploi des mots appropriés ? Commencer son discours par une telle erreur factuelle encourage l'agacement....

3/ "J'avais dit l'année dernière que ce mouvement vers l'Alliance passait d'abord par une relance de la défense européenne. Qui peut contester que c'est une réalité?". Au passage, remarquons que le compte-rendu du Monde donne un texte légèrement différent : "J'avais dit l'année dernière que ce mouvement vers l'Alliance passait d'abord par une relance de la défense européenne. C'est fait."
Sans être désobligeant, il faut bien constater qu'il n'y a pas eu les avancées annoncées l'an dernier : on attendait plus, et la création d'un Erasmus militaire paraît bien faible comme symbole d'une relance de la défense européenne. Quant à l'opération Atalante, remarquons juste qu'elle a relevé une force navale alliée, qui patrouillait sur zone depuis plusieurs semaines.
Qu'est-ce à dire ? Que la condition de la relance de la défense européenne, affirmée il y a un an, a été abandonnée en cours de route. Honnêtement, cela affaiblit le plaidoyer. Le sobre et laconique "c'est fait" signifie, pas sa brièveté, que le pari ne fonctionne pas autant qu'on l'avait espéré. Ou plutôt, que si l'Europe de la défense progresse, ce n'est pas au travers des institutions mais des actions concrètes : c'est aujourd'hui que l'EUFOR passe la main à la MINURCAT au Tchad, preuve que l'UE est capable de monter des opérations compliquées, logistiquement difficiles, et surtout de les finir

3bis/ ''Tout se passe comme si on cachait les faits aux Français ; des faits que j'avais mis en avant pendant la campagne présidentielle, je ne prends personne en traitre. J'ai toujours pensé profondément que l'intérêt national de la France devait nous conduire à ce rapprochement''. Là, le PR travestit un peu la réalité. M'intéressant à l'OTAN depuis longtemps, c'est peu dire que j'ai scruté ses déclarations de campagne sur les affaires de défense, et notamment son entretien accordé à la revue de l'IHEDN. Or, il n'y a pas fait la plus petite allusion au retour dans l'Otan. Il n'a commencé à se dévoiler qu'au moment de son premier discours des ambassadeurs, le 27 août 2007, et encore, sans être d'une clarté aveuglante. Il avait précisé les choses dans un entretien au NYT, où il posait justement la condition d'avancées en matière de PESD en préalable au retour dans l'Otan : j'avais signalé la chose dès novembre 2007 dans le numéro de Défense Nationale spécial OTAN. Depuis, les choses se sont accélérées, et chacun sait bien que c'est M. Sarkozy qui a poussé à ce rapprochement, malgré la réticence de M. Fillon.

4/ "Le Général de GAULLE lui-même définissait notre Alliance en 1966 comme « celle des peuples libres d'Occident ». Mais l'Alliance est aussi, on ne le dit jamais, un traité d'alliance entre les nations européennes elles-mêmes. 21 des 27 nations membres de l'UE sont membres de l'Alliance." Le PR souligne quelque chose qui est la plupart du temps oubliée : l'Alliance atlantique est d'abord un outil européen, qui permet à ceux-ci d'intéresser l'Amérique à leur sort. Chronologiquement, l'UO de 1948 (transformée en 1954 en UEO) a précédé l'Alliance de 1949. Mais c'est cette dernière qui a eu du succès, car elle servait un lien transatlantique dont les Européens sont les premiers bénéficiaires.

5/ "Dans le contexte de la crise des euromissiles, en juin 1983, le Président de la République d'alors était François MITTERRAND. Un Conseil atlantique s'est tenu à Paris pour la première fois depuis le retrait français.". Attention, il faut bien préciser ici qu'il s'agit d'une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord en format ministériel : qu'il s'agit donc d'une réunion de l'Alliance et que la France a donc toujours participé à ces réunions du CAN en format ministériel. Et que le signal politique n'est pas aussi important que le PR veut bien le dire. On rappellera qu'un sommet des chefs d'Etat et de Gouvernement de l'Alliance s'est tenu à Paris en 1997, à l'occasion de la signature de l'Acte fondateur OTAN-Russie.

6/ "En 1993, Président François MITTERRAND, nous avons recommencé à assister au Comité militaire, et en 1996, Président Jacques CHIRAC, nous y avons repris pleinement notre place". Là encore, le Comité militaire appartient-il à la structure intégrée, ou est-il un mécanisme politique ? Les experts en débattent. Selon moi, il est l'interface entre le pur politique (le Conseil de l'Atlantique Nord, avec des ambassadeurs qui dépendent du Quai d'Orsay, et des réunions en format MAE ou MinDef), et le pur militaire (la structure intégrée avec les commandements stratégiques, autrefois ACLANT et ACE, aujourd'hui ACO et ACT). Le CM réunit les représentants des CHODs( Chiefs of Defense) c'est à dire des CEMA. Il est politico-militaire.

7/ "Et nous ne placerons pas de contingent en permanence sous commandement allié en temps de paix." Ce point est essentiel car il constituait un des deux points clef du retrait français de 1966,avec le nucléaire. Toutefois, le PR fait une promesse facile, car il n'y a pratiquement plus de Contingent national placé en permanence sous commandement de l'Otan : je ne vois que les deux groupes de forces navales permanentes, et encore, il s'agit de navires placés là à la décision des Etats (l'un d'eux a d'ailleurs été envoyé immédiatement dans le golfe d'Aden, au moment des affaires de piraterie, bien avant Atalante). En fait, l'histoire de l'Alliance de l'après-guerre froide est celle d'une lente renationalisation des politiques nationales, tous les pays reprenant leurs billes et retirant donc leurs contingents. C'est d'ailleurs la raison principale qui me fait dire que ce retour est anecdotique : car en fait , tous les Alliés sont devenus très français......

8/ "Nous voulons renforcer le partenariat stratégique entre l'Union européenne et l'OTAN." C'est en fait une demande otanienne : car les spécialistes s'aperçoivent aujourd'hui que l'UE a dans les faits plus de moyens que l'OTAN, grâce à ces piliers et sa structure civilo-militaire. Ainsi, chacun s'époumone sur Berlin + et l'accès par l'UE aux moyens de l'Otan. C'est ne pas savoir que ce mécanisme n'a pas été très concluant quand il a été testé, et qu'aujourd'hui, c'est l'alliance qui demande un Berlin + à l'envers, demandant à accéder aux moyens européens (civilo-militaires, police, justice, et financiers).

9/ "Mais notre Alliance n'est pas une auberge : y entrer, cela implique de partager nos valeurs, de pouvoir en assumer les responsabilités et de contribuer effectivement à la sécurité des alliés et à la stabilité du continent". Si quelques uns avaient encore des doutes, le PR maintient son opposition à l'accueil prochain de la Géorgie et de l'Ukraine.

10/ En conclusion : Bien sûr, le discours est intéressant. Mais il n'apprend pas grand chose de nouveau. Cela rend-il le retour dans l'Otan moins convaincant ? Non, mais on aurait préféré une argumentation plus pertinente : le monde a changé, et l'Otan a changé. Rien ne s'oppose donc à notre retour qui sera un multiplicateur de puissance. Surtout à l'heure où les Américains se réintéressent enfin à l'Alliance, qu'ils avaient négligée pendant huit ans de présidence Bush, et alors qu'elle va devoir se prononcer sur la nouvelle architecture de sécurité européenne.
Alors, incontestablement le retour est un pari : en fait, celui du maintien de l'alliance. Soit elle se perpétue, et nous aurons notre part de la nouvelle direction. Soit elle se délite, et on ne pourra nous reprocher son effacement. Peu de choses à perdre, beaucoup à gagner.
"
 

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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 14:20

Dans l'édition du quotidien Le Monde en date du 23 octobre 2001, Hubert Vedrine a signé un article intitulé "Israéliens, Palestiniens, il faut bouger" qu'il me parait utile de remettre en perspective à la veille de la 5ème édition du Forum de Paris dont le thème, cette année, est : Sauvons la Méditerranée !
(cf. l'article consacré au Forum de Paris sur ce blog : http://www.regards-citoyens.com/article-28544468.html) !!

" Le conflit israélo-palestinien, et donc israélo-arabe, demeure irrésolu depuis des décennies. Certes, depuis 1993 et les accords d'Oslo, une Autorité palestinienne a pu s'installer à Gaza et à Ramallah. Mais le problème d'organisation de la coexistence en paix des deux peuples reste entier ; même, depuis un an et, plus encore, depuis la disparition traumatisante des espérances de Camp David-Taba, il s'aggrave.
Déjà 669 morts palestiniens, 178 morts israéliens, des milliers de blessés. C'est peu dire que les deux camps ne sont font plus confiance. Il s'est creusé entre eux, même entre les plus courageux partisans de la paix, un fossé de défiance apparemment infranchissable que les drames récents approfondissent encore. Les Israéliens semblent ne plus croire qu'à la répression et à la force militaire pour les délivrer du cauchemar des attentas terroristes et de l'angoisse de l'encerclement. Les Palestiniens sont désespérés et poussés à bout par l'asphyxie économique, les humiliations permanentes, les provocations des colons ou de l'armée. Leur amertume finit par se retourner contre leurs propres dirigeants.

Et pourtant, il y aura toujours côte à côte, au Proche-Orient, des Israéliens et des Palestiniens qui n'auront d'autre choix que de cœxister. Les Israéliens ne pourront pas chasser les Palestiniens, ni l'inverse ! Ils le savent tous, mais n'arrivent pas à en tirer les conséquences. Il n'y a toujours pas accord entre eux pour arrêter l'engrenage et recommencer à chercher une vraie solution.

Laquelle ? Seule, comme la France le préconise depuis 1982, l'Union européenne depuis 1999 et les Etats-Unis dorénavant, une solution claire et franche, la création d'un Etat palestinien viable, permettra de sortir de ce drame et de commencer à bâtir un nouveau Proche-Orient.

Cela supposera, de la part des Israéliens, de se résoudre à l'évacuation de l'essentiel des territoires occupés et donc des colonies, et à la reconnaissance d'une capitale palestinienne à Jérusalem Est - c'est-à-dire, en gros, ce qui se dessinait, il y a un an, entre Camp David et Taba.

Et cela supposera de la part des Palestiniens de prendre des engagements contraignants garantissant aux Israéliens que l'accord leur apportera la sécurité et que ni les mécanismes de retour de réfugiés - plusieurs solutions existent - ni les capacités militaires du futur Etat palestinien ne représenteront pour eux une menace.

On objectera qu'Israël ne veut toujours pas de cette solution et que les esprits sont, de part et d'autre, plus éloignés que jamais de tout dialogue ; que des forces visibles ou cachées s'emploient à étouffer dans l'œuf toute reprise d'un processus de paix et même à faire prévaloir le pire, comme on l'a vu depuis la rencontre Pérès - Arafat malgré leurs efforts ; ou à exiger délibérément des préalables irréalisables.

Sans doute. Mais peut-on se résigner à ce que les Palestiniens s'enfoncent, pour notre honte, dans des conditions de vie abjectes avec pour seul horizon un haine sans nom ? Et que, pour notre désespoir, et le leur, les Israéliens n'aient plus jamais d'autre perspective que l'angoisse et une répression de plus en plus militarisée, là où l'exemplarité démocratique de ce pays devrait au contraire entraîner le Proche-Orient tout entier ?

Ce serait intolérable pour eux, et pour nous. Il y va aussi de la paix et de la sécurité internationale ? Il faut régler ce problème qui n'a que trop duré.

Cela a toujours été difficile d'agir de l'extérieur su le conflit du Proche-Orient, chaque camp ayant tendance à récuser l'intervention de tout pays, ou organisation, qui ne s'aligne pas par avance sus ses positions. Pourtant, malgré ces préventions, le dialogue s'intensifie. Tous les protagonistes, y compris. Ariel Sharon, reconnaissent aujourd'hui la France et l'Europe comme des interlocuteurs légitimes et acceptent de parler franchement ave eux. D'autre part, les positions des Européens sont aujourd'hui très homogènes. La coordination est bonne entre nos initiatives et la démarche, de plus en plus affirmé, du président Bush et de Colin Powell.

Ce qui est maintenant urgent, c'est d'enclencher le processus, en débloquant les verrous qui les paralysent. J'ai dit à Ariel Sharon : "Vous avez raison de chercher avant tout, comme tout votre gouvernement la sécurité pour les Israéliens, c'est votre mandat et votre responsabilité, nous respectons votre engagement sue ce point. Mais vous n'obtiendront pas la sécurité ainsi, de façon purement militaire. Cessez de conditionner la recherche d'une solution politique à l'impossible obtention préalable d'un arrêt complet des violences. Rouvrez les discussions sur une solution politique, votre coalition dût-elle protester. Personne ne vous contestera le droit de continuer à combattre le terrorisme avec une détermination inchangée, même après que les négociations auront repris. Personne n'incarne autant que vous l'exigence de sécurité pour Israël. Faites-en un levier pour la paix."


Et je dis qu président de l'Autorité palestinienne, et à tous les dirigeants palestiniens : "Vous allez devoir décider de coexister vraiment avec l'Etat d'Israël, en éliminant du discours et du projet palestiniens toujours ambiguïté sur les frontières, la sécurité, l'identité future. Préparez-vous. Le monde entier va bientôt vous demander des garanties et des engagement précis."

Qu'est-ce que le monde attend maintenant, de façon pressante, des deux parties ?

- Des Israéliens, l'arrêt total des opérations militaires anti-palestiniennes ; le gel véritable des colonies, y compris de leur pseudo-croissance naturelle ; la levée des mesures d'asphyxie financière des territoires ; l'acceptation de l'ouverture des négociations politiques.

- Des Palestiniens, un engagement total de la police palestinienne contre les organisations et réseaux terroristes ; la mobilisation de toutes les autorités palestiniennes pour combattre réellement les incitations à la haine anti-israélienne dans les livres, les médias, les discours.

- Des deux, un accord pour des négociations politiques, sans préalable, l'acceptation d'un mécanisme international impartial d'observation. Cela permettrait de mettre en œuvre les conclusions de la Commission Mitchell et, plus encore, d'aller au-delà, c'est-à-dire à des négociations politiques.

Les obstacles à ces avancées décisives sont bien connus, ils se situent à l'intérieur des systèmes israélien ou palestinien de décision, et souvent dans la psychologie de leurs dirigeants.
En général, les Israéliens refusent une présence internationale par principe et pour la raison suffisante que les Palestiniens l'exigent ; ils acceptent encore moins une médiation internationale, qu'ils récusent par avance comme partiale, sauf celle des Etats-Unis, et encore. Les Israéliens refusent toute pression, même amicale. Et le système politique israélien ne facilite pas le chois courageux. Pourtant, cette action internationale pourrait être précieuse pour les Israéliens, depuis une meilleure surveillance du terrain, tuile contre le terrorisme, jusqu'à la présence active dans les négociations, pour obtenir et solenniser les engagements pris pour le respect futur de la sécurité et de l'identité d'Israël.
Quant au mode de fonctionnement de l'Autorité palestinienne, outre qu'il frustre les Palestiniens avides de modernité et de démocratie, il favorise le report à toujours plus tard des engagements qu'il faudra pourtant prendre à l'égard des Israéliens. Aux dirigeants de futur Etat palestinien de se montrer hommes d'Etat.
Aujourd'hui, il s'agit pour les Israéliens et les Palestiniens de sortir ensemble de l'impasse. Ils doivent accepter que les Américains, de plus en plus déterminés à ne plus laisser les choses en l'état, la France, engagée pour la paix au Proche-Orient depuis si longtemps, les autres Européens, la Russie, les pays arabes, notamment l'Egypte, la Jordanie, le secrétaire général des Nations unis, d'autres encore, les aident à surmonter dans chaque camp des obstacles ou des oppositions internes devenus insupportables, mais sans doute impossibles à franchir sans une aide extérieure.
Si je ne propose pas, à ce stade, de nouvelle initiative diplomatique, c'est parce que plusieurs formules de relance des négociations sont déjà sur la table, et disponibles. C'est aussi parce que, sans une volonté authentique d'aboutir, aucune ne donnera de résultat.
Je m'adresse aux Israéliens et aux Palestiniens, aux hommes d'Etat israéliens et palestiniens : il faut bouger ! Faisons-le tous ensemble. Hors de cela, il n'y a que le malheur comme perspective. "

NB : D'autres articles d'Hubert Védrine sont disponibles sur son blog : www.hubertvedrine.net.

Quelles suites ont été réservées à ce vibrant appel du ministre des affaires étrangères Hubert Vedrine alors en fonction ?
Sept années plus tard, les colons israéliens ont abandonné la bande de Gazza, rendant ainsi de facto possible l'opération « défensive » baptisée « Plomb durci » lancée à l'arrivée de l'hiver par Tsahal en réponse à des tirs de roquettes en provenance de cette bande de terre improductive dominée par les membres et les sympathisants du Hamas, alors que le président élu B. H. Obama attendait avec une impatience difficilement dissimulée l'heure de son investiture, que l'Etat d'Israël et l'Union européenne, de plus en plus préoccupée à manifester formellement son ambition de devenir un acteur global dans le monde, venait de conclure un accord historique, au grand dam des Parlementares européens, et enfin, que l'Union pour la Méditerranée venait de produire une première déclaration politique augurant de jours meilleurs en Méditerranée ! !

Est-il vraiment nécessaire de préciser ce qu'il est advenu de ces belles et nobles intitiaves ??
La Communauté internationale proteste et proteste encore ! Le Conseil de Sécurité des Etats-Unis adopte de nouvelles résolutions  ... ! Autant de .... paroles aux vents,  de jets de bouteilles à la mer, de coups d'épée dans l'eau, de rêves d'hommes éveillés et d'écrits sur le sable !!
L'Alliance atlantique se réforme à l'instar du système économique et financier international, contraint et forcé de bouger ses propres lignes par une série de crises qui n'en finit pas de révéler ses scandales et ses catastrophes !

Pourtant, deux évènements majeurs intéressant en premier chef le Proche Orient sont intervenus depuis lors :
Primo, la droite et l'extrême droite israéliennes ont balayé le Parti travailliste lors des dernières élections ...., cette situation suscitant les plus grandes inquiétudes quant au renvoi aux callenques grecques de feu le "processus de paix" et les espoirs de tous ces peuples de la région auxquels la Politique et la Religion pourraient bien finir par apparaître comme deux manifestations du diable en Terre Sainte contre l'Esprit, ou, à défaut (notamment chez les laïcs, les athées et les agnostiques et chez les croyants "récalcitrants" malgré la pression des radicalismes de tous poils dont ils font quotidiennement l'objet) comme deux expressions d'un même projet funeste contre le coeur et la raison réunis !
Secundo : " Une controverse agite le landernau washingtonien, la nomination de l'ambassadeur Chas Freeman comme directeur du National Intelligence Council (NIC) par l'amiral Blair, nouveau directeur du renseignement national - nomination non soumise à approbation parlementaire. Se livre une bataille rangée d'influence entre pro-israéliens et les voix plus modérées qui considèrent qu'un rééquilibrage de la position US est nécessaire, y compris celles qui ne partagent les vues de Freeman, dont le franc parler a fait la réputation - et qui considère que la Hamas doit être tenu comme interlocuteur.
Le commentateur républicain Rich Lowry dans le New York Post ou d'autres dans le Wall Street Journal, auxquels ont répondu avec force 14 anciens ambassadeurs (!)au nom de la confrontation des idées et de la libre expression d'opinions différentes du "mainstream", ont vivement critiqué ce choix. Il est vrai que celui-ci exprime une rupture avec la ligne traditionnelle d'amitié sans condition des USA avec Israël, à l'heure du retour de Nethanyahou. Alors que c'est l'Asie qui a ouvert le mandat d'Hillary Clinton, le Proche-Orient n'a pas tardé à s'imposer comme le centre de la controverse sur la politique étrangère de la nouvelle administration.
Devant la levée orchestrée de boucliers, la nomination de Freeman dévoile un principe simple de la politique américaine, pour reprendre les termes d'autres observateurs: quel soutien aux politiques controversées du vieil allié est nécessaire comme "condition" d'une nomination dans toute administration? Cela a une conséquence plus simple encore: une injonction de la Maison-Blanche contre le choix de l'amiral Blair pourrait être interprétée comme l'abandon de toute velléité de réorientation de la politique américaine dans la région, qui est pourtant indispensable à l'influence américaine et à un réglement déjà improbable du conflit. Les premiers signes étaient plutôt encourageants avec la désignation de George Mitchell comme envoyé spécial, mais la controverse en cours prend un tour inattendu qu'il est intéressant de suivre. " (cf. l'article de Yannick Mireur intitulé : Bataille d'influence - yannick-mireur.blogspot.com/2009/03/bataille-dinfluence.html).
Probable objectif caché des différentes parties au sampiternel conflit israélo-palestinien soucieux de donner toujours plus de publicité internationale à leur cause, la communauté internationale lui accorde à nouveau une certaine centralité dans son agenda !
Etait-ce vraiment nécessaire d'en passer par autant de cynisme, de violences et de drames si cette centralité retrouvée ne sert à rien, une fois encore ?

 



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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 14:04

Dans l'édition du quotidien Le Monde en date du 17 Janvier 2003, Hubert Vedrine a signé l'article suivant dont l'actualité souligne la justesse du propos !

" Au moment où l'on célèbre le 40ème anniversaire du Traité franco-allemand, Hubert Védrine estime que le moteur franco-allemand est toujours nécessaire mais est devenu insuffisant.

Ces dernières années, alors que l'Union européenne peinait, des voix se sont régulièrement élevées pour que renaisse le couple franco-allemand, que le moteur se remette en marche. Cela paraît engagé, et il faut souhaiter que cela se confirme. Cela dit, on ne ressuscitera pas l'état du monde et de l'Europe des grandes époques de Gaulle-Adenauer, Schmidt-Giscard ou Kohl-Mitterrand.

Au cours des décennies passées, les dirigeants français et allemands ont su surmonter leurs divergences pour faire prévaloir régulièrement une volonté européenne commune. Ils ont atteint leurs objectifs -la paix, le grand marché, l'euro, des politiques communes, une construction européenne irréversible - et changé ainsi avec d'autres le cours de l'histoire.

Mais ce faisant, par leur succès mêmes, ils ont contribué à créer une Europe au sein de laquelle la France et l'Allemagne n'auront plus exactement le même rôle. Ne serait-ce qu'en raison de l'effet de nombre dû aux élargissements successifs et de tous les événements survenus depuis dix ans : réunification allemande, élargissement, globalisation, et des changements de mentalité des Européens, y compris d'ailleurs des Français et des Allemands par rapport à l'époque de l'Europe à douze, qui en découlent.

On l'a bien vu depuis la ratification de Maastricht. Il n'en reste pas moins qu'à la veille de deux années décisives pour l'Europe, une entente solide, réaliste et active entre la France et l'Allemagne demeure aujourd'hui indispensable, et même irremplaçable. Et qu'elle est redevenue possible depuis que, en 2002, les électeurs ont tranché de part et d'autre.

Le préalable à toute relance était bien sûr que la France et l'Allemagne n'entravent pas elles-mêmes, par des positions antagonistes, de nouveaux progrès européens. Au conseil européen d'octobre 2002, le chancelier Schröder et le président Chirac ont ainsi opportunément levé un obstacle qui, sinon, aurait empêché tout accord budgétaire et agricole et compromis le conseil de Copenhague. Une solution de transition a été trouvée jusqu'en 2006. Cela a permis de voir plus loin.

Au-delà de ce compromis, pour pouvoir entraîner à nouveau les autres Européens, l'Allemagne et la France devront se mettre d'accord et faire des propositions sur les grands sujets européens du moment. La reforme des institutions de l'Union élargie est le plus important d'entre eaux, la clef des progrès politiques à venir. Or les conceptions française et allemandes sont différentes, il ne serait pas viable de simplement les additionner, d'où la nécessite d'associer esprit de compris et innovation.

On peut citer bien d'autres domaines de convergence souhaitable, comme le financement du budget et des politiques communes, au-delà de 2006. Le gouvernement économique, notamment pour la zone euro. Les orientations générales des politiques sociales, qui définissent largement en pratique la variante européenne des sociétés démocratiques libérales. Les questions de justice, de police et d'immigration. La politique extérieure européenne, de sécurité et de défense, ce qui nécessite d'accorder les violons sur au moins trois questions sensibles : le niveau des budgets de la défense, les rapports avec les Etats-Unis et le mode de décision, c'est-à-dire la combinaison de la majorité et de l'unanimité, et le calcul de la majorité qualifiée, ainsi que le rôle du "ministre des affaires étrangers" de l'UE.

Il y a aussi la question des frontières et de l'identité européenne et son corollaire, la nature du partenariat de voisinage stratégique qui pourrait être propose aux pays voisins de l'UE qui n'auront pas vocation, même à long terme, à l'intégrer. La préparation conjointe de l'anniversaire du traite de 1963 et le dîner à Paris du 14 janvier ont fait avancer les choses sur plusieurs de ces points, notamment sur la défense, les questions JAI (justice et affaires intérieures), les institutions.

C'est bien par des propositions européennes convaincantes, plus encore que par des initiatives symboliques, même si elles sont bienvenues, ou des décisions à simple protée bilatérale, que l'Allemagne et la France retrouveront dans l'Europe élargie une capacité d'entraînement. Car les autres Etats membres ont change eux aussi. S'ils déplorent toujours les désaccords franco-allemands préjudiciables à l'Union dans son ensemble quand il s'est produit, s'ils se réjouissent de les savoir surmontés, s'ils sont ouverts à des propositions, ils ne sont plus disposés à s'aligner d'emblée sur une position uniquement parce qu'elle aurait été arrêtée par l'Allemagne et la France.

Avec les élargissements successifs et le passage du temps, le système européen est devenu plus multilatéral, plus instable, c'est moins qu'avant une "communauté". On y gère en commun avec pragmatisme des intérêts entremêlés, mais l'utilitarisme y est aussi for que l'esprit de camaraderie. Les initiatives franco-allemandes devront donc plus tenir compte à l'avenir des propositions des autres Européens sans négliger pour autant la propension de ceux-ci à évoluer. Allemagne et France vont retrouver un rôle essentiel mais ne redeviendront probablement pas le moteur exclusif de l'UE. Indépendamment même de la Commission, dont les pouvoirs seront peut-être accrus, d'autres Etats, grands ou petits, ne l'entendraient pas de cette oreille.

La France et l'Allemagne devront donc être des entraîneurs, des inspirateurs volontaristes, sans prétendre être des locomotives exclusives, convaincre plutôt qu'imposer. Les rôles de la Grande-Bretagne (irremplaçable dans la politique européenne de sécurité et de défense PESD), de l'Italie, de l'Espagne, de la Pologne, et, à vrai dire, de tous les autres, en plus de ceux de la Commission et du Parlement, doivent être pris en compte dans cette relance.

Pour exercer leur influence dans ce contexte nouveau, la France et l'Allemagne devront aussi se préoccuper de convaincre les peuples, et pas seulement leurs gouvernements. En fait, on ne trouve plus aujourd'hui en Europe que très peu d'hostilité antieuropéenne globale, attitude définitivement "ringardisée". En revanche, il y a beaucoup des critiques sur le fonctionnement de l'Europe, et les idées pullulent et divergent sur la meilleure façon de parachever sa construction.

L'approbation des opinions à cette construction telle qu'elle se poursuit est de plus en plus tiède. Une des sources de cette distanciation est peut-être cette impression que ressentent une partie des Européens de dépossession démocratique et civique, le processus européen paraissant se développer inéluctablement sans vrai contrôle ni décision démocratique, et sans qu'il soit possible de corriger sa trajectoire.

Le despotisme éclairé des premières décennies de la construction européenne, justifie par l'histoire, et la simple répétition d'arguments pro-européens bien intentionnés mais technocratiques et paternalistes, ne sont plus pertinents ni suffisants pour dissiper ce malaise ou combler cette attente. Cela ne sert à rien de nier cette réalité politique, il faut au contraire l'aborder carrément et en débattre.

Pour enrayer cette désaffection, qui risque de prendre de l'ampleur en 2004 lors de la ratification du traité constitutionnel, pour tarir les sources possibles du populisme, il ne faut pas se contenter de faire de la "propagande" pro-européenne ni s'offusquer des interpellations critiques. Il faut au contraire en tenir compte et dire donc une bonne fois pour toutes qui fait quoi en Europe, ce qu'elle est et donc ce que seront ses ultimes frontières, ce qu'elle est et donc ce que seront ses ultimes frontières, ce qu'est sont projet pour elle-même, et aussi ce qu'elle veut incarner dans le monde globalisé.

Sur le plan institutionnel crucial, le problème politique peut-être énoncé ainsi : il faut doter l'Union élargie d'institutions efficaces sans éloigner plus le pouvoir des citoyens, au contraire, ni alimenter un sentiment de dépossession identitaire ou de perte de contrôle démocratique.

L'Allemagne et la France n'ont pas les mêmes traditions ni les mêmes conceptions sur ces sujets. Et ni l'une ni l'autre ne pourra les abandonner purement et simplement, parce qu'il ne s'agit pas d'attitude de circonstance ni de caprice. C'est aussi un atout : leur accord peut préfigure celui des vingt-cinq. Donc il y aura compromis, vraisemblablement en préservant dans ses grandes lignes l'équilibre du triangle communautaire institutionnel, lequel, après tout, a permis tous les progrès accomplis jusqu'ici avec quelques innovations. Ce compromis central, d'ailleurs déjà dessine, comportera une définition précise des compétences du président de la Commission, de celles du président du Conseil nouvelle manière qui remplacerait la présidence tournante, de leur mode de désignation, des rapports entre eux, comme entre eux et le Parlement européen. L'ensemble devant être viable.

En même temps, la France et l'Allemagne devraient peser de tout leur poids pour qu'aboutisse l'énorme travail de simplification et de clarification entrepris par le président Giscard d'Estaing et la Convention. Et pour que soit précise aussi, au nom la subsidiarité, ce qui restera national ou le redeviendra - car cela ne doit pas être impossible _ ainsi que ce qui restera ou deviendra communautaire.

Si l'action combinée de la France et de l'Allemagne assure le succès de la Convention et donc celui de la CIG, si au bout du compte chaque citoyen européen comprend désormais ou il se situe dans cet ensemble ; s'il se sent renforce comme Européen sans être diminue comme Allemand, comme Français ou autre ; s'il retrouve confiance dans l'utilité de son vote et impression que l'Europe répond concrètement à ses attentes ; si, de ce fait, la ratification du futur traité constitutionnel est acquise ; si la France et l'Allemagne ont également obtenu que les mécanismes de décision à géométrie variable soient assez souples pour que les Etats membres les plus décidés ne soient pas entravés dans leur volonté d'aller plus loin, alors... leur force d'entraînement redeviendra irrésistible et leur leadership historique
. "

D'autres articles d'Hubert Védrine sont disponibles sur son blog : www.hubertvedrine.net.


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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 16:31

Au cours du Conseil ECOFIN du 10 mars, les ministes des Finances de l'Union européenne sont parvenus à établir les "termes de référence" qui ont guidé la position des Européens lors de la réunion des ministres des Finances et des gouverneurs de banques centrales du G20 qui s'est tenue le 14 mars, dans le cadre de la préparation du Sommet du G20 du 2 avril, à Londres.

Selon le document reprenant les messages des Vingt-sept, l'Union européenne rappelle la nécessité de promouvoir des solutions globales et d'éviter toute forme de protectionnisme.

Quatre priorités apparaissent en matière de coordination internationale des politiques macroéconomiques :

   - restaurer le fonctionnement des marchés du crédit et faciliter les financements nécessaires à l'économie réelle (une mise en oeuvre en temps utile et coordonnée des mesures de recapitalisation, de garanties et de traitement des actifs dépréciés des banques est nécessaire) ;
   - garder les marchés ouverts (les dévaluations compétitives des monnaies sont à éviter) ;
   - développer une initiative mulitlatérale pour le financement du commerce ;
   - continuer la coordination internationale des mesures budgétaires (qui doivent être réversibles).

L'Union européenne devrait tout faire pour que "tous les marchés, les produits et les acteurs financiers soient réglementés ou soumis à une surveillance", estime le Conseil ECOFIN ; lequel énonce plusieurs initiatives allant dans ce sens :

   - soumettre toutes les institutions financières posant un risque systémique ou ayant accès à des régimes publics de gestion de crise à la réglementation (par exemple, les fonds spéculatifs et les fonds de capital-investissement) ;
   - obliger les banques à constituer en période de croissance des réserves à utiliser en cas de crise ;
   - encadrer les activités des agences de notation de crédit.

Une réforme des règles comptables internationales, notamment l'application du principe de "juste retour" ("fair value"), apparait indispensable de même que l'élaboration de principes guidant la rémunération dans le secteur financier afin d'éviter la prise de risque excessive.

Quant au cadre de gestion d'une crise financière, il devra être renforcé en vue de garantir la prise en charge maximale des coûts par le secteur privé et d'améliorer les instruments publics d'intervention.

Les ministres souhaitent une amélioration de la coopération internationale pour mieux lutter contre "l'évasion fiscale, le crime financier, le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme". "Nous devons protéger le système financier contre les juridictions opaques, non coopératives et mal réglementées, y compris les centres off-shores", estiment-ils.

Ils appellent à la constitution d'une liste des juridictions concernées et d'un régime de sanctions qui pourraient, par exemple, empêcher la vente de produits financiers issus des juridictions en collaboration accrue entre le FMI et le Forum sur la stabilité financière (FSF) afin d'élaborer un mécanisme d'alerte précoce identifiant les risques systémiques inhérents au secteur financier. Devraient enfin être créés "d'ici à fin 2009 au plus tard" des collèges de superviseurs pour toutes les institutions financières transfrontalières.

Le rôle du FMI doit être renforcé :

   - les Etats membres de l'Union européenne soutiennent l'objectif de doublement des ressources de l'institution de Bretton-Woods et "sont prêts à contribuer à une hausse temporaire, si nécessaire". Les ressources additionnelles devraient être mobilisées par de nouveaux accords d'emprunt (NAB) mais la hausse des quotas ne constitue pas une solution viable ;
   - le FMI doit également jouer un rôle important pour la prévention des crises (ses recommandations devraient être mieux suivies) et la surveillance du secteur financier ;
   - ses instruments et sa gouvernance (même si ce n'est pas la question la plus urgente) doivent être réformés.

Enfin, s'agissant des banques multilatérales de développement, trois priorités se dégagent :

   - préciser la délimitation de leurs resposnabilités et de leur coopération avec le FMI ;
  - disposer d'un capital adéquat et d'instruments suffisamment flexibles (NB : les ressources de la Banque mondiale apparaissent suffisantes mais l'Union européenne appelle à en renforcer la gouvernance);
  - augmenter leur soutien au secteur privé.

L'ensemble de ces recommandations tombent sous le sens ! Toute personne un peu au fait des questions financières est en droit de se demander pourquoi elles n'ont pas été formulées et surtout, concrétisées, dès les premiers signaux faibles de la crise financière !

En France, notamment, l'Inspection générale des Finances, dont nombre de ses membres occupent alternativement des positions élevées dans les secteurs monétaire, financier et bancaire publics et privés, aurait été bien inspirée de se manifester en ce sens en temps et en heure !

Ceci étant, "mieux vaut tard que jamais !".

Au-delà de cette manifestion de "solidarité active" des élites politiques et financières européennes sous la contrainte d'une obligation de résultats lors de la seconde réunion du G20, il apparait nécessaire de donner de nouvelles impulsions à l'économie mondiale, au-delà des recommandations présentées ci-dessus, en mobilisant davantage le société civile, conformément à la volonté exprimée à cet égard lors de la consultation entreprise sur le travail du président de la Commission d'experts sur la réforme du système monétaire et financier international (cf. "Civil Society Consultation on the Work of the President of the UN General Assembly’s Commission of Experts on Reforms of the International Monetary and Financial System!" http://www.un-ngls.org/spip.php?article745) !

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