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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 08:48

Dans un ouvrage publié chez Hachette Littérature en 1998 sous le titre " La face cachée du Gaullisme", Nicolas Tenzer porte un regard critique sur la figure autant que sur la pensée et l'action du Général De Gaulle.

Que l'on partage ou non tout ou partie des thèses qu'y expose son auteur, cet ouvrage mérite d'être lu ou relu au moment où se décide la réintégration de la France dans les structures militaires intégrées de l'Otan.

En voici sa présentation officielle telle qu'elle est proposée sur le site d'Hachette.


" De Gaulle continue à régenter la politique française.

Qu'on rejette son action et sa pensée ou qu'on en cultive la référence, le Général exerce encore sur la vie publique une domination souveraine qui en fait le "grand homme" français du XXe siècle, auquel nul n'ose se comparer.

Nicolas Tenzer montre qu'il faut en finir avec le complexe gaullien. Non pour dénier à l'hôte de Colombey une supériorité en son temps, ni pour réhabiliter ses adversaires les plus indignes. Mais pour juger les fondements de son action, alors que son héritage, pesant et équivoque, entrave aujourd'hui l'action politique.

Aux yeux de l'auteur, il est devenu absurde de singer le gaullisme qui, en dehors du Général, n'existe sans doute pas. Ses copistes feraient bien de se dégager de ses cadres de pensée, en matière de politique étrangère comme dans le domaine institutionnel, et de rompre avec sa vision de l'histoire de France, sa marginalisation de la société et ses mythologies qui nous ont trop longtemps dissimulé la politique réelle.

Mais renoncer aux schémas gaulliens, à droite comme à gauche, n'est pas facile : revisiter De Gaulle suppose une maturité, un ton juste, une distance critique et, nécessairement, une banalisation de cette grande figure historique.

Au moment où l'on célèbre le 40e anniversaire de la Cinquième République, voici la réflexion roborative d'un esprit indépendant
. "

Nicolas Tenzer, ancien élève de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm et de l’ENA, est président du Centre d’étude et de réflexion pour l’action politique (CERAP) et directeur de la revue Le Banquet. A la fois intellectuel et haut fonctionnaire, ancien chef de service au Commissariat général du Plan, on lui doit des ouvrages salués par la critique et le public (notamment Le tombeau de Machiavel, Flammarion, 1997, La face cachée du gaullisme, Hachette Littératures, 1998, Les valeurs des Modernes, Flammarion, 2003 et France : la réforme impossible ?, Flammarion, 2004) et des centaines d’articles scientifiques et destinés au grand public. Auteur de rapports officiels qui ont inspiré la réforme de l’Etat en France et à l’étranger, il a à deux reprises audité notre politique internationale. Il vient de passer un an et demi à parcourir le monde dans le cadre d’une mission interministérielle dont est issu le présent ouvrage.

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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 22:27

Aux termes des 4èmes Rencontres méditerranéennes d'Horizons-Méditerranée - HM - (cf. le lien sur ce blog) qui se sont tenues le 7 novembre 2008, Elie Barnavi (Conseiller scientifique du Musée de l'Europe), Dominique David (Directeur exécutif de l'IFRI) et Antoine Sfeir (Directeur des Cahiers de l'Orient) ont accepté de débattre, dans les salons du Press Club de Paris, de la question suivante : « Comment, dans un cadre euro-méditerranéen, agir prioritairement pour contribuer à créer les conditions d’un apaisement des relations en Méditerranée ? »
Je ne résiste pas au désir de revenir, comme un par retour sur image, sur l'excitation intellectuelle dont a fait montre Antoine Sfeir et sur l'assaut qui en résulta lorsque, lors de la séance de débat avec la salle, je me suis permis de manifester une désapprobation polie à son injonction selon laquelle "l'Allemagne n'était en rien concernée par le projet d'Union pour la Méditerranée !".
Car je suis intimement convaincu qu'Antoine Sfeir avait prémédité son mauvais coup à l'endroit de l'Allemagne ! Au point que je me demande encore aujourd'hui si j'ai bien agi en lui cédant mon siège au Conseil d'administration d'HM tant il nous a alors montré sa capacité à faire preuve de cette intolérance qu'il se plait tant à combattre dans ses discours ! 
M'avoir pris publiquement à partie comme il l'a fait m'oblige à revendiquer d'user d'une sorte de droit de réponse ex post, loin des micros ! Un droit de réponse qui ne pouvait m'être accordé lors de cette table ronde, m'obligeant à me contenter d'applaudir à la réaction toute aussi pesée qu'appuyée de Dominique David, à l'égard d'un propos aussi excessif que stupide !
Quel "crime" de lèse majesté avais-je pu donc bien commettre pour susciter une telle réaction ?
Celui de convoquer le commerce comme justification de ce "méfait" en évoquant à mots couverts, au premier rang du public, des données statistiques 'imparables' (d'où cet agacement sans doute !) : en terme d'échanges commerciaux de l'UE avec les Pays tiers méditerranéens, il ressort d'un document officiel publié par les autorités françaises au printemps 2008 que c'est l'Allemagne qui arrive en tête du hit parade européen, en valeur abolue, et la Belgique, en volume d'échanges par habitant !  !
Au nom de quoi la France, l'Italie, l'Espagne, la Grèce ou le Portugal seraient-ils davantage concernés par l'expérience d'une Union pour la Méditerranée que l'Allemagne ?
Au nom de quoi donc non seulement l'Allemagne, mais d'autres Pays comme la Belgique, la Pologne, la Grande Bretagne, les Pays Bas, la Suède, etc. devraient-ils être tenus écartés d'un tel processus ?
Au nom de quelle idéologie, et de quelle vérité révélée (sic !) les considération objectives ayant trait au commerce entre les nations devraient-elles être bannies dès lors que l'on cherche à rapprocher les hommes autant que leurs horizons, surtout lorsque l'on se fixe comme levier d'action la réalisation de projets concrets comme c'est le cas avec l'UpM ?
Au nom de quoi donc l'Allemagne aurait-elle dû en être tenue à l'écart !
Pour avoir porté en sein au cours de ce XXème siècle de démence le nazisme et l'antisémitisme - antisémitisme dont le sens profond comme l'origine du terme sont bien ceux qu'Elie Barnavie a rappelés à cette occasion -, la dénonciation si appuyée d'Antoine se justifiant alors par son adhésion pleine et entière aux valeurs et droits universels ?
Pour avoir été, par son crime odieux contre l'humanité, la véritable "responsable", et pis encore, la "coupable" de l'existence sur cette terre de Palestine d'un Etat d'Israël qui "a volé aux pays arabes leurs juifs, pour leur plus grand malheur" ?
Ou encore, pour être la terre et la patrie de ces Askhenazes étrangers à une Méditerranée interdite à ceux qui ne seraient pas nés sur ses rives !
Si Antoine Sfeir avait été présent lorsqu' Elie Barnavi, dans d'autres circonstances, a décrit comment sa ville d'adoption, Tel Aviv, dont les bâtisseurs étaient pourtant totalement étrangers à cette Méditerranée pour n'être pas nés sur ses rives, s'est progressivement transformée en authentique ville méditerranéenne, qu'aurait-il alors soupirer en antisioniste militant qu'il est - et qu'il a le droit de revendiquer d'être, là n'est pas la question - ?
Il y a longtemps que je m'interroge sur les raison profondes qui participent à nourrir ce contentieux toujours présent, même dans le non-dit, entre Azkhenazes, Sépharades et ces juifs qui ne sont ni venus d'Allemagne, ni d'Espagne !

Lorsque j'étais en charge des questions européennes au ministère de la Recherche, il y a une dizaine d'années, un collègue, d'origine azkenaze, me dit à propos d'un autre collègue, séfarade, directeur de la mission scientifique et technique : "tu ne vas quand même pas te laisser avoir par ce petit juif" !

J'ai ressenti dans les propos d'Antoine le même trouble que celui que j'avais pu éprouver alors !

C'est par cet appel à ma mémoire d'un fait aussi anecdotique et pourtant si révélateur que celui là que s'est réveillé quelquechose de ma conscience intime qui m'a conduit à refuser de "reconnaitre" ce qu'Antoine tentait de m'imposer, avec force intolérance ..... !

Refuser cette Allemagne dans l'UpM, c'est pour moi la même chose que de refuser de faire l'Union européenne avec elle ! Moi qui suit né à la frontière franco-allemande, qui ai parcouru tous les cimetières militaires de Champagne et de Lorraine pendant ma plus tendre enfance, qui ai choisi d'embrasser le métier des armes pour servir la France autant que la Paix sous l'empire d'une admiration sans borne non seulement pour mon Pays, pour son histoire, pour sa culture, et pour des figures historiques de la dimension du Général de Gaulle et du Maréchal Liautey, je ne peux accepter que l'on cherche à diviser à nouveau la France et l'Allemagne pour prétendre bâtir une "Union méditerranéenne" sur des bases des plus fantaisistes !

Refuser cette Allemagne dans l'UpM, c'est aussi pour moi refuser pour de mauvais prétextes de tenter de réconcilier autour d'une identité méditerranéenne en partage les athées, les agnostiques, les différentes familles chrétiennes et musulmanes, Azhenazes, Sépharades et tous ces autres juifs dont l'histoire est encore bien plus riche en enseignements sur la voie qui devrait être empruntée pour rendre non seulement possible mais viable ce futur que l'on prétend vouloir bâtir avec tant de fougue !

Lorsque l'on convoque la mémoire historique, ne doit-on pas aussi puisser dans cet art populaire qui s'est forgé au cours des siècles pour déceler ce qu'est une identité faite de différences et de métissages, qu'il s'agisse des costumes, musiques, outils artisanaux, rites ou bijoux que l'on finit un jour par qualifier de traditionnels, tous ces matériaux du quotidien des êtres qui nourrissent et façonnent l'identité la plus solidement ancrée dans l'imaginaire des individus qui sont nés sur une même terre, d'où qu'ils viennent ?

Ayant eu le bonheur de découvrir l'histoire profonde de ces peuples juifs et berbères qui ont marqué l'histoire de la Méditerranée méridionale occidentale lorsque j'ai eu le très grand honneur de servir au Maroc, j'ai appris, grâce à Haïm Zafrani, que "l'antisémitisme de l'Europe médiévale et moderne est étranger à l'histoire de la pensée musulmane au Maghreb, au Maroc notamment".

Haïm Zafrani est mort en 2004. On lui doit des ouvrages remarquables comme "Poésie juive en Occident musulman" (ouvrage dont la lecture procure un sentiment d'accomplissement que je n'ai jamais aussi profondément éprouvé ailleurs), "Les traducteurs d'Espagne et de Provence", "Éthique et mystique, Judaïsme en terre d'Islam" ou "Kabbale, vie mystique et magie".
On lui doit aussi "2000 ans de vie juive au Maroc" et "Juifs d'Andalousie et du Maghreb", autant d'ouvrages qui tendraient à donner raison à Antoine Sfeir lorsqu'il évoque la perte cruelle pour les Etats arabes qu'a pu constituer le départ de "leurs" juifs vers Israêl.
Cet homme admirable a essayé de dire tout au long de sa vie ce qui a réuni les Juifs et les Arabes et n'a cessé de rappeler qu'il « faut aujourd'hui s'armer de force et de détermination pour anéantir le monstre du fanatisme et de l'intolérance. Mais il faut y associer un peu de générosité et d'amour ».

J'aurais aimé qu'Antoine Sfeir s'inscrive dans sa lignée ! Y compris lorsqu'il évoqua l'Allemagne !

Cette Allemagne qui a su réconcilier sa mémoire avec l'Histoire autant qu'avec l'Avenir, notamment lorsque Angela Merkel a su solliciter, et de quelle manière, le Pardon du peuple juif à la Knesset !

Puissent Horizons Méditerranée, et ceux qui oeuvrent au développement de l'Union pour la Méditerranée, ne jamais favoriser les atteintes à la raison ! Ni les insultes au Passé comme à l'Avenir !
Comme m'y poussent probablement aussi la profondeur et la sincérité de mon engagement en faveur d'une construction européenne qui puiserait indéfiniment dans les ressorts de la recherche d'un pardon définitif entre les ennemis d'hier, allemands et français en tête, "le sel" et "l'encens" de son essor vers une "Union plus parfaite" (pour reprendre la belle formule de Barack Obama dans son si remarquable discours du 18 mars à Philadelphie !). 

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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 19:05

Dans un ouvrage publié chez Grasset sous le titre " Quand le France disparaît du monde ", Nicolas Tenzer porte un regard critique sur l'évolution de la place de la France dans le monde, contrairement à ce qu'une coquille dans le titre qui figure sur la couverture de l'ouvrage peut laisser à penser.

Que l'on partage ou non tout ou partie des thèses qu'y expose son auteur, cet ouvrage mérite d'être lu au moment où se décident non seulement la réintégration de la France dans les structures militaires intégrées de l'Otan, mais également, au-delà, la nouvelle géométrie géopolitique des institutions multilatérales en charge de la régulation internationale.

En voici sa présentation officielle telle qu'elle est proposée sur le site d'Hachette.


" De de Gaulle à Sarkozy, les dirigeants français ont toujours rêvé d’une grande politique étrangère. Mais avons-nous les moyens de notre puissance et de notre influence ?

Venant de parcourir plus d’une vingtaine de pays et ayant rencontré 1300 personnes dans le cadre d’une mission officielle, Nicolas Tenzer lance un cri d’alarme. Au-delà des gesticulations et des postures, la France s’efface du monde.

Incapable de structurer durablement des relations intellectuelles en profondeur avec les principaux lieux de pensée mondiaux, elle se marginalise sur la scène internationale des idées. Ne se donnant pas les moyens de conquérir des marchés d’expertise de centaines de milliards d’euros, elle voit son poids économique et son influence, notamment en matière de normes techniques et juridiques, se réduire. Prompte à tenir de beaux discours dans les enceintes internationales, elle ne parvient pas à nouer des relations de travail avec les organisations internationales au-delà du verbe. Chantant les louanges de la francophonie et de l’exception culturelle, elle n’a pas les moyens de sa politique. Intendance déficiente, querelles administratives subalternes, repliement sur soi, manque de leadership, il faut regarder la réalité en face : la France n’a pas de stratégie internationale digne de ce nom et, quand elle prétend en dessiner une, elle ne la traduit pas en actes. Pendant ce temps, Britanniques, Allemands, Canadiens, Nordiques, Espagnols et bien sûr Américains, de manière moins clinquante et plus pragmatique, marquent des points.

Cette sortie du jeu international est-elle inéluctable ? Non, mais la fenêtre de tir est courte. Nous avons tout au plus deux ou trois ans pour agir. Alors que nous avons des moyens humains de qualité et des capacités intellectuelles reconnues, les élites politiques et administratives seraient responsables devant l’histoire si elles préféraient les apparences de la « grandeur » à la décision. Après avoir lu ce livre, personne ne pourra plus dire : « Nous ne savions pas ».
"

Nicolas Tenzer, ancien élève de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm et de l’ENA, est président du Centre d’étude et de réflexion pour l’action politique (CERAP) et directeur de la revue Le Banquet. A la fois intellectuel et haut fonctionnaire, ancien chef de service au Commissariat général du Plan, on lui doit des ouvrages salués par la critique et le public (notamment Le tombeau de Machiavel, Flammarion, 1997, La face cachée du gaullisme, Hachette Littératures, 1998, Les valeurs des Modernes, Flammarion, 2003 et France : la réforme impossible ?, Flammarion, 2004) et des centaines d’articles scientifiques et destinés au grand public. Auteur de rapports officiels qui ont inspiré la réforme de l’Etat en France et à l’étranger, il a à deux reprises audité notre politique internationale. Il vient de passer un an et demi à parcourir le monde dans le cadre d’une mission interministérielle dont est issu le présent ouvrage.

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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 13:05
Hypatia est l'une des 70 génies femmes dont Rita Levi-Motalcini, neurobiologiste qui fut lauréate en 1986 du prix Nobel, a fait le portait dans son livre intitulé "Le tue antenate (Tes ancêtres)" (éditions Gallucci).

Philosophe et mathématicienne grecque née à Alexandrie (Égypte) en 370 et morte en 415 dans sa ville natale.

Fille de Théon d'Alexandrie, elle fit ses études de sciences, de philosophie et d'éloquence à Athènes, avant de revenir se fixer à Alexandrie où elle ouvrit une école.

Elle y commentait Platon et Aristote ainsi que les oeuvres de grands mathématiciens, l'Arithmétique de Diophante, les Sections coniques d'Apollonios de Pergame, les Tables de Ptolémée.

Hypatia devint le symbole de la science pour les païens et fut la cible des luttes entre chrétiens et non chrétiens.

En 412 elle fut expulsée d'Alexandrie par le patriarche Cyril.

Elle mourut massacrée par la foule excitée contre elle par des moines fanatiques chrétiens de Nitrian et partisans de Cyril. Hypatia fut mises en ièces - littéralement, puisqu'elle fut déchiquetée avec des tessons de poterie - et les lambeaux de sa chair furent brûlés sur la place publique.

Hypatia fut la première femme - juive - qui apporta une contribution substantielle au développement des mathématiques.

Elle inventa l'astrolabe et le planisphère, et enseigna la philosophie sur les places et dans les rues de la cité.
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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 12:47

Dans un article publié dans l'édition du quotidien Le Monde en date du 7 mars sous le titre « L'OTAN veut une coopération forte avec Moscou », Laurent Zecchini présente un état de lieux des travaux engagés dans la perspective du sommet de Strasbourg-Kehl programmé les 3 et 4 avril, immédiatement après la seconde réunion, à Londres, du G20 (le 2 avril).

Cherchant à contribuer à nourrir le débat ouvert en France à cet égard de points de vue aussi éclairés que contradictoires, je propose au lecteur d'en prendre connaissance ci-après.

" En intervenant pour la première fois, jeudi 5 mars, devant ses homologues de l'Alliance atlantique, Hillary Clinton savait que la reprise des relations de l'OTAN avec la Russie passe mal auprès de plusieurs pays d'Europe de l'Est, notamment les Baltes et la République tchèque. la secrétaire d'Etat américaine a donc insisté sur le seul argument de nature à apaiser leurs inquiétudes : la réaffirmation du mécanisme de la défense collective de l'Alliance (article 5 du traité de Washington). Avec la Russie, a-t-elle insisté, "il est temps d'explorer un nouveau départ".

Cette double insistance est au coeur du projet de "Déclaration sur la sécurité de l'Alliance" que les chefs d'Etat de l'OTAN adopteront lors de leur sommet de Strasbourg et Kehl (Allemagne), les 3 et 4 avril, lequel marquera le 60e anniversaire de l'organisation atlantique. Ce texte, présenté par Jaap De Hoop Scheffer, secrétaire général de l'OTAN, dont Le Monde a obtenu une copie, servira de base à l'élaboration du nouveau "concept stratégique", qui est au fond la justification de l'existence de l'Alliance, de ses missions, de sa zone d'influence et de ses partenariats. Une fois finalisé, ce document sera adopté plus tard, probablement lors du sommet de Lisbonne, fin 2010.

C'est donc un long processus politique qui s'amorce, dont l'enjeu est de remplacer le concept stratégique de 1999, encore très marqué par la guerre froide. Le texte dont les ministres ont débattu mercredi, porte déjà l'empreinte des priorités de la nouvelle administration Obama, et tranche parfois nettement avec la vision de celle de George Bush.

Il souligne ainsi la nécessité d'"une relation de coopération forte entre l'OTAN et la Russie", qui doivent "renforcer leur aptitude à travailler ensemble en tant que partenaires dans des domaines d'intérêt commun". Nous attachons "une grande importance au Conseil OTAN-Russie", soulignent les chefs d'Etat. "Nous invitons la Russie à exploiter pleinement ce cadre pour traiter de ses initiatives sécuritaires et nous affirmons notre intérêt particulier de voir la Russie s'engager pour assurer l'avenir du régime international de maîtrise des armements", ajoutent-ils.

Pour autant, il n'est pas question d'accorder à la Russie un quelconque droit de veto à l'adhésion de nouveaux pays à l'Alliance, comme l'ont craint les pays d'Europe de l'Est. "La porte de l'OTAN restera ouverte à toutes les démocraties européennes désireuses et capables d'assumer les responsabilités et les obligations liées au statut de membre. Personne à l'extérieur de l'Alliance n'aura un quelconque droit de veto sur ce processus", est-il souligné. Ce rappel va dans le sens de ce que souhaitent l'Ukraine et la Géorgie, dont l'enthousiasme à rejoindre l'OTAN a été quelque peu douché par la prudence de pays tels que la France et l'Allemagne, soucieux de préserver leurs relations avec Moscou. Quant aux Baltes, ils seront rassurés par l'"engagement immuable (des chefs d'Etat) à l'égard de la défense collective", laquelle permet à chaque allié de bénéficier d'"une solidarité qui est indivisible".

En réaffirmant la pérennité des principes, "des valeurs, des objectifs et des obligations" qui fondent l'OTAN, les vingt-six en profitent pour souligner que celle-ci a été créée "pour relever tous les défis, sans exception, qui pèsent sur notre sécurité", une manière de répliquer à ceux pour qui l'Alliance atlantique, organisation de la guerre froide, n'a plus de raison d'être.

De même, le débat récurrent sur les limites de sa zone géographique est tranché : l'organisation doit faire face aux nouveaux défis, "notamment le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive, la sécurité énergétique et les cyberattaques, ainsi que l'instabilité et les menaces émanant des Etats faillis, en dehors de la zone géographique couverte par le traité".

Pour équilibrer cette vocation à intervenir tous azimuts, le projet insiste sur une approche multilatérale, laquelle est privilégiée par les Européens et, apparemment, par l'administration Obama. L'OTAN, est-il souligné, est "un élément seulement d'un réseau d'acteurs de la sécurité". Ainsi, elle "continuera d'agir dans l'intérêt et en vertu du mandat des Nations unies" et les chefs d'Etat s'engagent à oeuvrer sur la base de la déclaration commune ONU-OTAN signée en septembre 2008.

Le projet rencontre les souhaits des Européens s'agissant de la défense européenne, et tout indique qu'il tient compte en particulier de la perspective du retour de la France dans la structure militaire intégrée de l'Alliance, qui doit être entériné lors du sommet de Strasbourg.

"L'OTAN, est-il indiqué, reconnaît également l'importance d'une défense européenne plus forte et plus performante et soutient les efforts que déploie l'UE (Union européenne) pour renforcer ses propres capacités et son aptitude à relever les défis de sécurité communs. Les rôles joués par l'OTAN et par l'UE dans le maintien de la sécurité aux niveaux européen et international sont complémentaires et se renforcent mutuellement. Notre priorité sera donc de faire évoluer les relations OTAN-UE vers un véritable partenariat stratégique."

Cette insistance facilite la tâche de Nicolas Sarkozy, qui doit convaincre que le retour de la France dans la structure militaire intégrée est équilibré par la perspective d'avancées significatives de la défense européenne.
"

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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 08:08

Au cours de son déplacement à Washington des 2 et 3 mars, le ministre français de la Défense Hervé Morin s'est exprimé sur le retour de la France dans les structures militaires intégrées de l'Otan, mais sans l'annoncer formellement.

S'exprimant devant un influent forum de réflexion de Washington, le Centre d'études stratégiques et internationales (Center for Strategic and International Studies, CSIS), M. Morin a souligné la disposition de Paris à "rénover" sa relation avec l'Alliance atlantique, tout en insistant sur la volonté de la France de rester "un allié indépendant et libre des Etats-Unis" et sur le fait que cette indépendance n'est "ni négociable ni discutable".

Le Président Nicolas Sarkozy pourrait annoncer le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l'Otan d'ici au sommet du 60e anniversaire de l'Alliance, les 3 et 4 avril à Strasbourg (France) et Kehl (Allemagne).

Il en aura l'occasion dès le 11 mars à Paris, lors d'un colloque de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) inscrit à son agenda.

La perspective de ce retour dans des structures quittées avec fracas par le général de Gaulle en 1966 fait cependant grincer des dents sur la scène politique intérieure française. Certains dans la majorité y voient une manière de brader l'héritage gaulliste tandis que l'opposition dénonce une initiative susceptible de ruiner l'image d'indépendance de la France (cf. notamment le point de vue de Louis Gautier repris sur ce blog dans un article intitulé : Le retour dans le bercail atlantique est inopportun et inefficace).

A Washington, M. Morin s'est attaché à rassurer. La France, a-t-il relevé, participe dès à présent à 36 comités des 38 que compte l'Otan et compte déjà 120 militaires dans les états-majors de l'Alliance.

Pour M. Morin, il s'agit de mettre fin à une "situation paradoxale". La France, a-t-il fait valoir, "participe à toutes les opérations militaires de l'Otan depuis 1995", en est "un acteur majeur, son quatrième contributeur et a commandé des opérations de l'Alliance au Kosovo ou en Afghanistan". Pour autant, elle ne figure pas "dans les structures qui lui permettraient de participer à la rédaction et à l'écriture du scénario", a-t-il déploré.

Les deux instances de l'Otan dont la France est toujours absente sont le "comité des plans de défense" qui fixe la contribution militaire de chaque pays membre en fonction des besoins exprimés par l'Alliance et le "groupe des plans nucléaires", son "autorité suprême" sur les questions de dissuasion.

M. Sarkozy avait suspendu la réintégration dans l'Otan à une relance de l'Europe de la défense. "C'est fait", a assuré le ministre de la Défense, en dressant le bilan de la présidence française de l'Union européenne au second semestre 2008.

M. Morin a cependant énuméré toute une série de préalables à cette réintégration.

Des officiers européens, et notamment français, doivent se voir confier "un certain nombre de commandements importants et stratégiques aujourd'hui détenus par des officiers américains", signe d'une "européanisation de l'Otan".

Dans le même esprit, M. Morin attend de la nouvelle administration Obama qu'elle reconnaisse, comme George Bush en son temps, que "l'Europe de la défense est une nécessité". Un "message" positif des Britanniques, "l'autre puissance militaire européenne avec la France" est également souhaité.

Elargissant son discours à la relation entre l'Union européenne et l'Otan, M. Morin a souligné la nécessité "d'un partenariat transatlantique rénové entre une Amérique ouverte aux autres et une Europe qui se renforce". "L'intérêt bien compris des Etats-Unis, c'est d'avoir des alliés européens forts", a-t-il insisté. L'enjeu, selon lui, est "une Otan qui fasse plus de place à l'Europe".

Enfin, M. Morin a appelé à une "rénovation de l'alliance" qui passe selon lui par "un nouveau concept stratégique".

Les opérations militaires de stabilisation en Afrique doivent rester le domaine de l'Union européenne plutôt que de l'Otan, a ainsi estimé M. Morin, tout comme l'alliance doit demeurer "un système de sécurité collective entre Européens et Américains" et non "devenir progressivement un instrument du maintien de la paix au service de l'ONU". "L'élargissement infini de l'Alliance atlantique c'est son affaiblissement", a-t-il par ailleurs mis en garde.


NB : Outre l'article de Louis Gautier évoqué dans le corps de cet article, le lecteur trouvera sur ce blog deux autres articles dédiés à ce même sujet ; un premier article intitulé : " De la position de Michèle Alliot-Marie en faveur du retour de la France dans les structures militaires intégrées de l'OTAN " et un second intitulé : " Une bonne alliance euro-américaine ! Par Jean Dufourcq "

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 19:08

Alors que la réflexion philosophique, l'analyse sociologique, la critique politique et sociale et le débat démocratique semblent faire l'objet d'un certain ostracisme dans les organes, milieux et cercles qui disposent de facto ou de jure des pouvoirs et des instruments nécessaires pour redonner du sens à un projet européen qui vacille, je propose sur ce blog une série d'articles qui a pour objet de faire œuvre de témoignage d'un nouvel engagement des Européens « par le dialogue, la découverte et le bonheur du voyage ».

Ce nouvel article propose une seconde recension partielle du texte de Michel Aglietta, Professeur d'économie à l'Université de Pais X Nanterre et Conseiller scientifique au CEPII, intitulé "Croissance potentielle, perspective macro-financière et stragéie de l'Union", contribution à l'ouvrage collectif dirigé par Philippe Herzog, Président de Confrontations-Europe et intitulé : « A la recherche de l'intérêt européen ». 

Par sa clarté, sa lucidité et sa précision, ce texte contribue incontestablement à une compréhension plus aisée des grands mouvements et des chocs auxquels l'économie européenne est confrontée, ainsi que des voies d'effort par lesquelles elle pourra rebondir, à condition qu'elles soient effectivement empruntées par ceux qui exercent les responsabilités correspondantes.

" La crise financière va durablement affecter l'Europe. La phase descendante du cycle immobilier s'amorce avec un an de retard sur les Etats-Unis, le désendettement et la hausse du coût du crédit découlent déjà de la crise de la titrisation.

La particularité de l'année 2007 est le passage de difficultés liées à des actifs adossés au marché immobilier américain, à une crise générale de l'évaluation financière du risque de crédit. Il se dessine une remise en cause de la finance mondiale sans précédent depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

L'absence de discipline de marché sur les acteurs de la titrisation est surtout le révélateur d'un manque d'évaluation autonome de la part des investisseurs censés porter le risque disséminé. A cet égard, l'opacité dans laquelle s'est faite la titrisation de gré à gré, arrangée conjointement par les banques d'investissement et les agences de notation, rendait illusoire la possibilité d'une évaluation autonome et contradictoire des investisseurs. La perte d'information tout au long de la chaîne de titrisation a été une raison majeure de l'accumulation de risques cachés. En quelque sorte, tout s'est passé comme si la relation entre les investisseurs institutionnels et la nébuleuse bancaire (banques d'investissement et banques parallèles de marché que sont les conduits, véhicules spéciaux et hedge funds) s'est inversée. Loin d'exercer la discipline de marché, les investisseurs ont été à la remorque des opérations de la structuration des crédits sur laquelle ils n'ont eu aucune influence. Remettre la finance sur ses pieds, c'est-à-dire sous le contrôle des investisseurs apporteurs du capital est l'enjeu de la réponse à la crise.

La titrisation s'est développée parce que les changements de ce régime du crédit sont allés jusqu'à transformer le modèle bancaire. Celui-ci est passé du principe « initier les crédits et porter le risque » au principe « initier et vendre le risque ». Les banques prétendaient faire du profit sans risque et économiser du capital grâce à la titrisation. Exploité à l'extrême sans aucune précaution prudentielle, ce modèle dégrade l'information tout au long de la chaîne des transferts de risques et suscite l'aléa moral et les conflits d'intérêts. L'imbrication des banques, des intermédiaires de marché non régulés et à levier très élevé (conduits, SIV, hedge funds) et des investisseurs institutionnels provoque un risque de contrepartie généralisé sur des marchés de gré à gré. Celui-ci donne à la crise son caractère dramatique. L'ignorance de l'ampleur et de la localisation des pertes entraîne la réticence à faire circuler la liquidité. Crise de valorisation et crise de confiance vont ensemble.

La crise massive de l'évaluation des produits complexes a montré que le risque était transféré à l'aveugle sur les agents économiques qui auraient dû en être protégés. L'inefficience des modes de gouvernance actuels de la finance dérégulée met en perspective une question centrale : quels doivent être les principes guidant le comportement d'investisseurs financiers diversifiés qui, du fait de leurs engagements de passif, ont un horizon d'investissement de long terme ? reconstruire une régulation financière est d'autant plus critique que l'on attend de ces investisseurs une impulsion dans le financement de l'innovation au sein de stratégies financières diversifiées pour protéger leur passif.

Les engagements sociaux des grands investisseurs et les interventions des Etats dans les processus de capitalisation sont des forces qui vont en sens contraire de la « marchéisation » généralisée des risques. Elles peuvent contribuer à stabiliser la finance de marché et à réconcilier la logique financière avec une économie réelle où les actifs immatériels (en particulier le capital humain) voient leur importance croître en tant que sources de croissance.

Les grands investisseurs institutionnels sont appelés à devenir les acteurs prépondérants de la finance. Cette évolution est inscrite dans les tendances les plus lourdes de la démographie et dans la nécessité de nouer un contrat social intergénérationnel dans les pays développés. La raison est dirimante. La finance de marché est incapable d'assumer les risques financiers liés à l'accroissement de l'espérance de vie et au capital humain. Parce que celui-ci est inhérent à la personne humaine qui n'est pas aliénable, il est impossible que les individus puissent émettre des obligations contre leur capital humain en collatéral. C'est la raison même de la contractualisation de l'épargne sous l'égide des investisseurs institutionnels. Il leur revient de surmonter une externalité dynamique rédhibitoire. Ce rôle crucial des investisseurs financiers à long terme ne pourra aller sans la garantie des Etats, dont la contrepartie est un contrôle prudentiel de la gestion des actifs à partir des contraintes du passif.

Pour que les investisseurs institutionnels puissent contrôler les risques de leur gestion d'actifs, de nombreux changements doivent se produire pour mettre fin au laxisme actuel de la régulation prudentielle. D'abord la transparence de l'information, sans laquelle ce n'est même pas la peine de parler de discipline de marché, doit concerner tous les intermédiaires selon des règles communes. Banques d'investissement, hedge funds, agences de notation devront communiquer les éléments de leurs stratégies, les compositions des pools d'actifs titrisés, les hypothèses faites sur les caractéristiques de risque, les méthodes par lesquelles les notes sont atteintes. Ensuite, les leviers bancaires doivent être limités et cela doit englober la totalité de la population des banques, y compris les banques parallèles. Toutes doivent être soumises à des ratios de capital et supervisées par les banques centrales qui doivent retrouver le rôle prudentiel prépondérant qu'elles n'auraient jamais dû abandonner. Enfin la procyclicité généralisée qui est inscrite dans la finance par les normes comptables, par les modèles d'évaluation des provisions pour risque non anticipé, par le ratio de capital réglementaire de Bâle, par les incitants des rémunérations des professionnels, devra être limitée par des règles macro-prudentielles à négocier au plan international.

Si elle est aidée par les autorités publiques de régulation, la prépondérance des investisseurs institutionnels pourra s'affirmer sur la finance et faire jouer les facteurs de stabilité qui sont inhérents à une vue de long terme : préservation de la valeur réelle de la richesse accumulée, forces de retour vers la moyenne, allocation stratégique flexible dans l temps, approche cœur satellite pour séparer les poches risquées et gestion actif passif. "

 

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 10:47

Regards-citoyens propose une série d'articles qui a pour objet de faire œuvre de témoignage d'un nouvel engagement des Européens « par le dialogue, la découverte et le bonheur du voyage ».
Cet article propose une première recension partielle du texte de Michel Aglietta, Professeur d'économie à l'Université de Pais X Nanterre et Conseiller scientifique au CEPII, intitulé "Croissance potentielle, perspective macro-financière et stragéie de l'Union", contribution à l'ouvrage collectif dirigé par Philippe Herzog, Président de Confrontations-Europe et intitulé : « A la recherche de l'intérêt européen ». 
Par sa clarté, sa lucidité et sa précision, ce texte contribue incontestablement à une compréhension plus aisée des grands mouvements et des chocs auxquels l'économie européenne est confrontée, ainsi que des voies d'effort par lesquelles elle pourra rebondir, à condition qu'elles soient effectivement empruntées par ceux qui exercent les responsabilités correspondantes.
" Au plan monétaire, la différence entre la politique américaine et celle de la zone euro ne se trouve pas tant dans les objectifs à moyen terme que dans la flexibilité américaine pour gérer le cycle. Le « risk management » américain est ce qui permet de créer un contre choc expansif et donc de faire croître temporairement l'économie au-dessus de son potentiel ; ce qui est indispensable pour maintenir l'économie sur son « trend » de croissance. Au contraire, en Europe, la croissance ne dépasse jamais le potentiel. Dès qu'il est atteint, la BCE s'alarme des tensions inflationnistes [Pacte de stabilité et de croissance et priorité accordée à l'objectif de lutte contre l'inflation dans le concept stratégique pour la politique monétaire obligent !]. Sans récupération par une croissance temporairement supérieure à la tendance antérieure, la perte de production est définitive.

Les taux d'intérêt à court terme de la zone euro ne s'écartent pas du tout des objectifs de moyens termes de la BCE, tels qu'ils résultent d'une estimation économétrique établissant une relation dite de long terme. L'insensibilité aux chocs réels est totale. C'est le contraire pour la Réserve fédérale. La gestion anticyclique pour stabiliser l'économie sur sa tendance de long terme conduit à de grandes variations du taux d'intérêt court par rapport à ce que serait son évolution si la Fed s'en tenait à agir du seul point de vue de son arbitrage inflation / croissance.
Au-delà de la réactivité aux chocs récessifs, la doctrine des banquiers centraux européens est restée celle des années 1980. Elle n'a pas pris en compte la globalisation qui a transformé l'environnement de la politique monétaire.
Dans l'industrie, par oppositions aux secteurs primaires, la flexibilité de l'offre est quasi parfaite à cause de surcapacités de production mondiale considérables. Un excès de demande interne provoque une hausse des importations, pas des prix. L'excès structurel de ressources mondiales d'étend, bien sûr, au marché du travail. Ainsi a-t-on pu observer que la vive hausse des prix des matières premières en 2008 a provoqué une baisse du salaire réel, non pas un « effet de second tour ».
Nature globale de l'inflation, prépondérance des prix d'actifs dans la dynamique de l'inflation, régime de crédit débridé qui a fini par aboutir à l'implosion d'un système de titrisation sans qu'aucune autorité monétaire ou prudentielle n'y ait trouvé à redire, « bail out » généralisé qui a fait des banques centrales les otages des banques d'investissement, tout cela sonne le crépuscule d'une doctrine monétaire qui s'est ossifiée en dehors des conditions qui l'avaient engendrée.
Si la globalisation crée un défi non résolu aux politiques monétaires, les défaillances des politiques budgétaires sont bien plus graves. En étudiant les enjeux d'un relèvement de la croissance potentielle, on a observé les carences budgétaires : insuffisances criantes des dépenses de R&d et d'éducation supérieure, créatrices d'innovation. Le budget européen [..] est incapable de financer des grands projets porteurs de croissance endogène. Pire, les distorsions de concurrence par la manipulation des prix de transfert des entreprises mondialisée pour faire apparaître les profits dans les paradis fiscaux déstructurent les tissus économiques régionaux.
Il importe de rappeler que dix ans après son instauration la zone euro n'est pas une union monétaire. C'est, en effet, l'un des résultats le mieux établis de la macroéconomie internationale que la coopération budgétaire active est inhérente au fonctionnement efficace d'une zone monétaire optimale constituée d'états séparés.
De fait la zone euro se trouve dans des conditions opposées de celles du bon fonctionnement d'une zone monétaire : coopération inexistante entre banque centrale et gouvernements entraînant l'absence de policy mix agrégé, pas de gestion contracyclique des chocs récessifs, pas de solidarité budgétaire contre les chocs asymétriques. Les déficits ne sont pas des outils de politique économique. Ils sont subis, sont toujours trop élevés et sont sans effet pour sortir les pays du marasme.
Si la zone euro ne constitue pas une unité économique, il existe nécessairement des mécanismes cachés de dévaluation compétitive. C'est la concurrence fiscale qui en tient lieu et qui exerce la force la plus destructrice. La baisse agressive de la pression fiscale dans un certain nombre de pays de l'union met les modèles sociaux en concurrence, au mépris de la démocratie. La concurrence fiscale menée par les petits pays, mais aussi par l'Allemagne, dont l'essentiel du dynamisme de la demande est externe, bloque les recettes fiscales nécessaires pour conduire les politiques d'augmentation de l'offre de travail et de promotion de l'innovation dans les autres pays. Les politiques de surenchères à la baisse des coûts de production poursuivies simultanément dans tous les pays par la course à la baisse des impôts se neutralisent en termes de compétitivité, mais exercent une influence dépressive sur l'ensemble de la zone (cf . Jean-Paul Fitoussi et Jacques Le Cacheux, Rapport sur l'état de l'Union européenne 2005, Presses de Sciences Po, Fayard, 2005, chapitre 3). "
 […]
" La crise financière a mis fin à la croissance d’une économie américaine tirée par un endettement augmentant systématiquement beaucoup plus vite que le PIB pour financer une consommation croissant systématiquement plus vite que les revenus. La crise financière a été la manière dont l’insoutenabilité de ce régime s’est dénouée. Il faut donc se garder de croire que le même régime de crédit débridé pourrait reprendre. Les flux de capitaux vont s’inverser parce que les écarts de croissance entre les pays émergents et les pays occidentaux vont s’élargir. Les marchés financiers du dollar et de l’euro vont être des marchés où les pays du reste du monde vont lever des capitaux pour financer l’augmentation de leur taux d’investissement interne (Inde et Brésil, par exemple). Le partage des levées de capitaux entre les marchés de l’euro et du dollar dépendra des coûts du capital anticipés et comparés, ajustés des risques perçus. Des variations non anticipées dans ces conditions financières comparées auraient des répercussions sur l’instabilité des taux de change. Il s’ensuit que la politique monétaire de la zone euro devra incorporer les conséquences de la montée du rôle de devise clé de cette monnaie. "

 

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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 09:40

Regards-citoyens reproduit ci-après le texte du communiqué du Service de presse de la Commission européenne relatif à l'adoption d'un avis du SCENIHR sur les développements les plus récents en matière d'évaluation du risque dans le domaine des nanomatériaux.

" The Commission's independent Scientific Committee on Emerging and Newly Identified Health Risks (SCENIHR) has recently published its opinion on the most recent developments in the risk assessment of nanomaterials. The opinion builds on and confirms earlier ones published in 2006 and 2007.

In this latest opinion, SCENIHR indicates that methodologies to assess exposure to manufactured nanomaterials to humans and the environment and the identification of potential hazards require further development. For lack of a general approach, SCENIHR maintains its earlier recommendation to perform risk assessment case-by-case for each nanomaterial.

The SCENIHR's opinion, citing a number of laboratory studies, identifies some nanomaterials that present hazards to human health and the environment. In particular, carbon nanotubes that resemble asbestos fibres, would pose the same risk. In addition, some studies illustrate that some nanoparticles (NPs) can penetrate cells, generate free radicals, interact with DNA, and interfere with protein assembly. At present, the Commission has no evidence that these hazards exist outside the laboratory but more research is needed on the risk of nanomaterials used in materials available today. As a response to these important findings, SCENIHR calls for co-ordinated research strategies to address these issues and provide comparable and reliable risk assessment data.

SCENIHR also stresses that nanomaterials are similar to chemicals in that some may be toxic and some may not. The SCENHIR opinion contributes to current discussions on several legislative EU proposals dealing with nanomaterials. Furthermore, the Commission is planning to hold a scientific hearing on this SCENHIR opinion.

The Commission has been financing research and development projects on nanotechnology since 1998. It will convene the EuroNanoForum 2009 on 2-5 June under the Czech EU Presidency.

Concerning risk assessment, the Commission is organizing a meeting to promote information exchange and networking between national risk assessment bodies on 17 March 2009.

It will hold the 3rd Nano "Safety for Success" Dialogue on 3-4 November 2009, global conference to review the latest developments in nanotechnology including safety issues.

Various actions and events that are being organised on the field make part of the European Action Plan on nanoscience and nanotechnologies (2005-2009).
"


Link to the opinion :
 http://ec.europa.eu/health/ph_risk/committees/04_scenihr/scenihr_opinions_en.htm#nano

A layman version of the 2006 opinion is available at :
 
http://ec.europa.eu/health/opinions2/en/nanotechnologies/index.htm

SANCO website on nanotechnologies :
 
http://ec.europa.eu/health/ph_risk/nanotechnology/nanotechnology_en.htm

European Action Plan on nanoscience and nanotechnologies: " Nanosciences and nanotechnologies: An action plan for Europe 2005-2009 " [COM(2005) 243]
 
http://cordis.europa.eu/nanotechnology/actionplan.htm

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 14:32

Le 16 février 2009 s'est tenu à Bruxelles à l'initiative de SDA (cf. sur le blog l'article qui présente SDA : http://www.regards-citoyens.com/article-29210195.html), un séminaire de haut niveau sur le thème : "Assessing the value of security strategy reviews".

Deux sessions ont permis d'aborder ce sujet de manière ouverte et contradictoire :

Session I : After the recent ESDP review, what should we expect of the NATO summit ?

The "review" by Javier Solana of his 2003 European Security Strategy (ESS) endorsed by EU leaders last December was, most analysts seemed to agree, far from radical. It underlined Europe's growing role as a force for global stability and drew attention to new security-related challenges like climate change, access to energy, cyber attacks and piracy on the high seas. But it skated lightly over such sensitive issues as EU-NATO relations other than to say their strategic partnership must be deepened. Can we now expect NATO to use its 60th anniversary summit in April to draw a more detailed map of the West's security interests and commitments ? With its ISAF mission in Afghanistan failing to deliver either security or reconstruction, is a restatement of NATO's security doctrine overdue ?

Session II : Are security strategies a growing embarrassment to policymakers ?

When the European Security Strategy was set forth five years ago it marked an important step in the EU's development. In the absence of clear-cut treaty commitments by member states to the Union's defence and security activities, the ESS provided a much-needed political basis for the drive to improve its defence industries and extend its military outreach. And although NATO has a very firm treaty base, of course, it was fashioned for Cold War challenges rather than 21st Century ones. With transatlantic and NATO-EU relations increasingly complex and volatile, are such security doctrines more a potential source of trouble than a foreign policy bedrock ? How strong a case is there for radical and complementary reviews of both the ESS and NATO doctrines ?


La synthèse des débats a été publiée dans un document consultable à l'adresse suivante : 
http://www.securitydefenceagenda.org/Portals/7/2009/Publications/Report%20security%20strategy%20reviews.pdf 

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