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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 22:29

C’est une réunion de crise, comme l’organisation en a peu connu ces dernières semaines. Le conflit syrien a fait irruption ce soir à l’Alliance atlantique. Une réunion d’urgence des ambassadeurs des 28 (le NAC) a, en effet, été convoquée, suite au bombardement syrien en territoire turc qui a fait 5 morts et 9 blessés dans une localité frontalière. Une réunion placée sous l’article 4 du Traité (consultation en cas de menace) et non sous l’article 5 (clause de solidarité). Ce n’est en effet pas la première fois que cette localité était visée. Un premier tir d’obus avait eu lieu le 26 septembre dernier détruisant une maison.Et les Turcs entendaient ‘marquer le coup’ pour éviter une nouvelle fois

Condamnation de l’acte agressif

Entamée à 21h30, la réunion devrait se terminer très rapidement, selon les dernières informations obtenues au QG de l’Alliance. Le représentant turc a informé ses autres collègues de la situation, selon mes dernières informations. Et les ambassadeurs ont exprimé leur soutien à la Turquie. Un projet de déclaration des 28 a été approuvé, condamnant « l’acte agressif » de la Syrie et soutenant la Turquie. Lors de la réunion, plusieurs alliés ont d’ailleurs salué la réponse mesurée turque qui a visé des cibles syriennes militaires uniquement.

Le précédent de juin

Le conseil des ambassadeurs de l’Alliance s’était déjà réuni lors de la destruction en vol d’un avion turc par la DCA syrienne, fin juin. Aucune suite n’avait vraiment été donnée après une déclaration de condamnation (lire : Avion turc abattu : l’OTAN condamne et observe). Et pour cause… Selon certaines informations, le dossier transmis par les Turcs à leurs alliés était « léger ». De source militaire, on précisait alors que le tir qui a atteint l’avion turc démontrait sa très forte proximité avec la Syrie. En bref, il avait violé l’espace aérien syrien. Ce qui constitue une faute grave en droit international, surtout en période de tension. Et celle-ci pouvait être en droit de répliquer, voire d’abattre l’appareil si elle l’estimait « hostile », car pouvant viser des intérêts stratégiques nationaux. Il existe d’autres méthodes pour faire face à une telle menace, par exemple l’accompagnement hors du sol. Mais le délai imparti était très court (il aurait fallu que des avions syriens décollent…). En clair, si la Turquie était en droit d’informer ses alliés de l’incident, elle pouvait savoir fort bien qu’aller trop loin risquait de se retourner contre elle. Dans le cas soumis, aujourd’hui, les faits sont plus clairs et laissent planer moins d’ambiguité sur une « provocation » turque.

(*) Article 4 : « Les parties se consulteront chaque fois que, de l’avis de l’une d’elles, l’intégrité territoriale, l’indépendance politique ou la sécurité de l’une des parties sera menacée. »

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 07:37

Regards-citoyens.com publie ici, avec l'aimable autoristion de son auteur, l'article que le Vice-Amiral d'Escadre Xavier Païtard, Représentant militaire permanent de la France auprès de l'Union européenne et de l'OTAN vient de publier dans le numéro 752 de l'été 2012 de la revue Défense nationale (http://www.defnat.com/)Les Sommets des chefs d’État et de gouvernement de l’Otan constituent les étapes successives qui cadencent l’évolution de l’Alliance atlantique. Chacun est l’occasion d’une impulsion politique qui marque l’orientation stratégique de l’organisation et fixe les priorités pour les capacités militaires et les partenariats à développer.

À la suite des Sommets historiques de Strasbourg Kehl et de Lisbonne(1),le Sommet de Chicago devait être celui des promesses tenues, celui de la démonstration

des progrès réalisés par l’Alliance dans la mise en oeuvre du nouveau concept stratégique, de la stratégie en Afghanistan et des capacités critiques dont la défense antimissile.

Essentielles pour assurer le succès de ce Sommet sur le sol américain, ces avancées étaient tout particulièrement attendues par les États-Unis, dans le fief du président Obama dont la campagne électorale doit convaincre une opinion publique de plus en plus interrogative sur l’intérêt de l’Otan.

Des orientations de Lisbonne validées par les faits

Au titre du concept stratégique, l’opération Unified Protector en Libye a démontré la plus-value tant politique qu’opérationnelle des partenariats, la nécessité des réformes et l’importance pour les alliés européens de contribuer effectivement en engageant leurs propres capacités. Concernant les partenariats, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Maroc et la Jordanie ont cautionné le bien-fondé de l’intervention en Libye aux yeux du monde arabo-musulman. Les deux premiers ont également contribué directement aux opérations aériennes. La Suède a par ailleurs fourni une contribution militaire plus importante que la plupart des alliés. 

Concernant les réformes, la nécessité d’adapter rapidement la structure militaire en la rendant directement utilisable, plus souple d’emploi et plus réactive a été réaffirmée. Il suffit de rappeler en l’occurrence que le Commandement interarmées de Naples (JFC - Joint Force Command) s’est révélé inadapté pour conduire l’opération en Libye et qu’il a fallu créer une structure ad hoc renforcée par des spécialistes divers, notamment dans les domaines du ciblage ou de la communication stratégique. 

S’agissant de l’équilibre transatlantique, le retrait des Américains des missions offensives a laissé les Européens en première ligne tant pour le contrôle politique (exercé par le couple franco-britannique) que pour la contribution militaire (frappes aériennes, emploi des hélicoptères, recueil du renseignement). Il a également rendu plus évidente la nécessité pour les Européens de réduire leur dépendance aux Américains pour certaines capacités-clés, autrement dit de se doter d’un éventail capacitaire plus complet pour être en mesure d’intervenir seuls, s’ils le doivent, pour répondre aux crises de leur voisinage. C’était d’ailleurs cette attente d’un meilleur équilibre entre Américains et Européens qui avait motivé la liste des capacités critiques au Sommet de Lisbonne. 

En Afghanistan, la stratégie de transition de la sécurité confiée à l’armée et à la police afghanes pour 2014 semble bien engagée, même si les résultats restent fragiles. Nos efforts de formation (Train Advise Assist) portent leurs fruits. Les forces de sécurité nationales afghanes sont de plus en plus capables et autonomes. 

La mission de l’Otan après 2014 est maintenant définie et elle exclut les missions de combat. Son financement est promis. Pour autant, des incertitudes de long terme demeurent, comme le rôle du Pakistan, qui abrite toujours les sanctuaires insurgés, le processus de réintégration-réconciliation avec les taliban ou bien encore la constitution d’un État afghan financièrement viable avec un développement économique pérenne dans un contexte défavorable de corruption et de narcotrafics. 

Néanmoins, cette opération majeure, la plus importante que l’Otan ait jamais eue à conduire, rend plus crédible l’Alliance et renforce la solidarité transatlantique puisqu’en dépit d’objectifs stratégiques différents, tous les alliés restent engagés. Il y a aussi les nombreux bénéfices opérationnels et d’interopérabilité tirés par les armées et il convient là encore de souligner l’importance des partenaires (2).

Des lacunes capacitaires qui peinent à trouver des solutions pérennes

Les capacités militaires de la plupart des alliés déclinent nettement depuis la fin de la guerre froide, et le processus s’aggrave depuis la crise économique. Si l’initiative Smart Defence tente de compenser ce phénomène par le biais de coopérations multinationales, seule la volonté des nations serait à même d’inverser cette tendance. 

Une partie des alliés ne compte déjà plus au plan opérationnel avec des armées bonzaï ou spécialisées en niches. S’il s’agit essentiellement pour le moment des plus « petits » États, les tendances observées dans des pays de taille moyenne sont inquiétantes. Si les coupes budgétaires s’y poursuivaient, les capacités militaires de l’Alliance se réduiraient rapidement à celles de la « Quinte » (3). 

S’agissant de la défense antimissile balistique des territoires, la déclaration à Chicago de la capacité intérimaire, basée sur la contribution américaine (EPAA) (4) est une avancée symbolique mais des problèmes de fond persistent. Les Russes considèrent toujours les phases finales (5) de l’EPAA comme une menace directe contre leur dissuasion ; ce qui met à mal toute la politique orientale de l’Alliance. 

Par ailleurs, des voix commencent à s’élever au Congrès américain contre ce « cadeau » fait aux Européens qui n’y contribuent financièrement en fin de compte que très peu. Les alliés risquent de se diviser entre ceux qui voient la défense antimissile se financer au détriment de capacités classiques indispensables, et ceux pour qui elle constitue le nouveau ciment de l’esprit collectif de défense. 

Quoi qu’il en soit, il reste à trancher les questions essentielles liées au coût et au type de financement (fonds communs, contribution en nature, etc.), au retour industriel et au contrôle politique via des règles d’engagement antimissile bien difficiles à agréer à l’avance alors que le temps de décision dans l’exécution se compte en minutes. 

Des difficultés institutionnelles qui pourraient bouleverser les équilibres en place 

Le blocage politique turco-chypriote actuellement insoluble met les relations Otan-UE au « point mort ». Les accords dits de « Berlin + » sont probablement inapplicables à l’avenir pour les opérations de l’Union européenne. En théorie, ce blocage devrait impliquer la mise en place au sein de l’Union européenne d’une capacité permanente de planification et de conduite des opérations civiles et militaires, ce qui demeure la condition pour l’émergence d’une Europe de la défense. 

Mais ce sujet est toujours une ligne rouge britannique. 

L’opération en Libye a par ailleurs montré l’inanité d’une acception mal comprise de la non-duplication des moyens, qu’elle soit entre Américains et Européens ou entre l’Otan et l’UE. Les Européens devront en effet être de plus en plus capables d’agir de façon autonome dans leur espace d’intérêt sans avoir recours par nécessité aux capacités américaines. 

Quelle évolution pour la relation transatlantique ? 

Le rééquilibrage américain vers l’Asie-Pacifique ne peut que susciter des interrogations de la part des Européens, même s’il est annoncé qu’ils demeurent des partenaires stratégiques de choix des Américains. La question principale est celle du rôle de l’Alliance atlantique et de l’Europe dans ce changement de perspective. 

Les Américains portent-ils leur attention à l’Ouest-Pacifique dans une logique d’alliance, c’est-à-dire avec l’Otan « à bord », ou bien entendent-ils s’y impliquer avec leurs alliés du Pacifique en laissant à l’Otan et aux Européens le soin de s’occuper de leur « arrière-cour »?  

Le rôle futur de l’Otan et la place d’une Europe de la défense en complément dépendent évidemment de la réponse à cette question qui n’est pas tranchée à ce stade dans le débat américain. 

Il apparaît cependant de plus en plus que les priorités stratégiques des alliés évoluent différemment pour les uns ou les autres. Les Américains souhaitent une Alliance capable d’intervenir loin de ses frontières, alors que les alliés méditerranéens sont plus préoccupés par les crises en Méditerranée, au Moyen-Orient voire en Afrique et que les anciens pays du bloc de l’Est restent attentifs à une menace potentielle russe. Après dix ans d’engagement en Afghanistan, il convient aussi d’observer les réserves croissantes des alliés européens pour des opérations militaires lointaines, coûteuses en hommes et en argent et impopulaires. 

Vers plus d’autonomie stratégique des Européens? 

Le leadership européen observé lors de la crise libyenne pourrait-il devenir un modèle dans cette optique ? Il a en effet laissé imaginer des Européens plus responsables et déterminés qui entraînent l’Otan à agir dès lors que ces Européens seraient animés d’une volonté politique forte et que cette volonté se déclinerait en capacités crédibles. 

Cette vision aujourd’hui audacieuse a le mérite de faire apparaître les deux conditions d’une émancipation stratégique européenne : renouer avec l’idée du hard power, celle du soft power ne sachant suffire à l’émancipation, et abandonner un principe mal compris de non-duplication pour au contraire combler les lacunes européennes dans les domaines capacitaires où les Européens se reposent sur les contributions américaines. 

Le rôle de la Smart Defence et de la Connected Forces Initiative pour les nations  

Le concept de Smart Defence se traduit au fond par deux tendances, l’une portant à une mutualisation maîtrisée des capacités que la France soutient, et l’autre poussant les nations à plus d’intégration dans une alliance omnipotente.  

Dans le premier modèle, les nations restent pleinement responsables de leurs investissements et conservent dans le giron national les équipements majeurs. 

Elles recherchent des économies sur l’environnement (6) des forces. Ainsi les Pays-Bas et la Belgique ont pu conserver leurs frégates et chasseurs de mine en mutualisant le commandement de la mer du Nord, le soutien et la formation. Ils envisagent maintenant d’étendre ce modèle à l’aviation et aux forces terrestres. 

De telles avancées ne peuvent se fonder que sur une vision partagée d’intérêts communs, politiques et industriels. Les accords franco-britanniques de Lancaster House pourraient être regardés sous ce prisme, de même que les projets européens de Pooling and Sharing, notamment celui des ravitailleurs en vol. Les intérêts industriels représentent un enjeu majeur pour les nations et le maintien d’un esprit de défense. Il est illusoire de croire à un redressement des investissements dans les pays qui ne recueilleraient pas pour fruit de cet effort des bénéfices directs pour leur industrie, notamment en emplois. Or, la réduction du marché intérieur américain dans les années à venir va justifier une offensive des industries américaines de défense sur tous les projets communs occidentaux. Sans fair purchasing sharing, il ne saurait y avoir de rééquilibrage du burden sharing transatlantique. 

Le deuxième modèle, intégrationniste, correspond en réalité à des mutualisations poussées à l’extrême où les capacités-clés seraient acquises de façon collective, en multinational avec des coûts de fonctionnement financés en commun. 

Il introduit des difficultés inévitables sur les questions de souveraineté et de libre emploi des capacités. Il aboutit immanquablement dans une « déresponsabilisation » des nations qui seraient alors tentées de s’exonérer de leurs devoirs militaires par une simple contribution financière. Ce serait une menace certaine pour la solidarité de l’Alliance. 

Néanmoins, dans le but de préserver l’interopérabilité de nos forces dans le long terme dans une perspective où les opérations de combat auront pris fin après le retrait d’Afghanistan, l’initiative des forces connectées met l’accent sur l’entraînement et la formation en commun dans des centres certifiés par l’Otan ainsi que sur le développement d’interfaces techniques pour que tous les systèmes puissent s’utiliser selon un principe de Plug and Play. La structure de standardisation de l’Otan et la Nato Response Force seront à cet effet les instruments premiers de cette initiative.

La position unique de la France 

La France reste un des derniers alliés à conserver des capacités sur l’ensemble de l’éventail militaire, de la dissuasion nucléaire aux moyens de posture militaire permanente et aux capacités d’intervention lointaine. Elle a fait en Libye la démonstration remarquée de sa cohérence opérationnelle. 

Cependant, elle n’échappe pas à la crise et aux contraintes budgétaires. Ses choix futurs appelleront par conséquent plus de partages et mutualisations avec, au bout du compte, l’acceptation de partager les décisions de concevoir et d’agir, donc de revoir le périmètre de sa souveraineté en capacités militaires. Pour elle cette évolution n’est concevable qu’au sein de la communauté de destin et d’intérêt que porte l’Union européenne. On ne peut partager sa souveraineté et réduire son autonomie en acceptant des dépendances qu’entre Européens. C’est une vision cohérente avec les intérêts stratégiques européens. C’est aussi l’intérêt objectif de notre Alliance atlantique qui réclame, à l’instar des hauts responsables américains, des Européens plus consistants dans leurs contributions militaires et plus responsables dans leurs engagements. 

C’est aussi la clé du repositionnement de la France à sa juste place dans l’Otan. 

De cette position unique de la France au sein de l’Otan peut résulter une conscience européenne responsable au sein de l’Alliance. Le Sommet de Chicago restera celui de l’intention affichée d’une Alliance rééquilibrée par des Européens plus responsables. Cette intention louable sera-t-elle suivie d’effets ? 

(1) Le concept stratégique, articulé autour de trois piliers (défense collective, gestion des crises et partenariats) ; la stratégie dite « de Lisbonne » pour l’Afghanistan (transition aux forces de sécurité afghanes pour fin 2014) ; une liste de capacités critiques dont l’Alliance doit se doter (dont le système AGS - Alliance ground surveillance) ; la défense antimissile balistique des territoires (DAM) agréée ; la décision de réformer la structure à la fois militaire et civile et la prise en compte des nouvelles menaces (cyber, piraterie, terrorisme, armes de destruction massive, réseaux d’énergie). 

(2) 22 représentés au sein de la Force internationale d’assistance et de sécurité (Fias) pour une coalition inégalée de 51 pays. 

(3) États-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie. 

(4) European Phased Adaptative Approach. 

(5) Phases 3 et 4 de l’EPAA. 

(6) Formation, entraînement, logistique, système de commandement, soutiens, etc.

 

 

 

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 10:03

S'il y a une leçon à tirer du sommet de l'OTAN réuni dimanche 20 et lundi 21 mai à Chicago, c'est bien celle-là : tout le monde veut quitter l'Afghanistan - au plus vite. L'Afghanistan lasse, déçoit et, chaque jour qui passe, paraît toujours aussi éloigné de la paix.
 
Plus de dix ans après l'intervention des forces de l'OTAN dans ce pays, le bilan est pour le moins mitigé, pour ne pas dire négatif : les Afghans sont encore en guerre les uns contre les autres, l'insurrection des talibans n'a pas été écrasée, et le pouvoir central, celui du président Hamid Karzaï, ne cesse de dire pis que pendre de ses alliés occidentaux.
 
Après avoir cru, au début de son mandat, que les Etats-Unis, qui fournissent le gros des 130 000 soldats de l'OTAN présents sur place, devaient viser une victoire militaire, Barack Obama a changé d'avis. Il reste sceptique au discours de ses généraux et a pris la décision de partir. Le retrait américain a déjà commencé ; il sera achevé à la fin 2014. La plupart des autres contingents auront quitté le pays un an plus tôt. La France, elle, entend que l'essentiel de ses troupes combattantes - elle a le cinquième contingent sur place, 3 600 hommes - soit rapatrié fin 2012. Elle s'inscrit dans le mouvement général voulu par M. Obama, même si elle le précipite un peu.
 
Le sommet de Chicago, qui entérine ce mouvement, conduit à poser une question brutale : s'agit-il d'une débandade ? Ce calendrier progressif, qui donne l'impression d'un retrait organisé, masque-t-il un fiasco ?
 
M. Obama fait un double pari. Il compte que la police et l'armée afghanes, entraînées à marche forcée par les Occidentaux, seront en mesure de remplir leur tâche. Elles devront empêcher tout retour d'Al-Qaida dans le pays et interdire aux talibans de prendre le pouvoir par la force.
 
Les Afghans devront avoir progressé sur la voie de la réconciliation nationale. Il s'agit ici d'ouvrir une négociation avec les talibans pour les ramener dans la vie politique du pays.
 
Les deux termes de ce pari sont pour le moins aléatoires. Sur le terrain, les talibans poursuivent leur guerre cruelle. Ils préparent leur offensive d'été. Ils sont toujours appuyés par les services secrets de l'armée pakistanaise. Celle-ci abrite, protège et conseille leur état-major, auquel elle fournit de solides bases arrière. Le Pakistan veut imposer à Kaboul un pouvoir qui lui soit proche.
 
Plusieurs fois annoncée, la perspective d'une négociation avec les talibans s'éloigne chaque jour davantage. Le Pakistan n'en veut pas. Les groupes talibans qu'il manipule ont entrepris une campagne d'assassinats à l'encontre de toutes les personnalités afghanes susceptibles de favoriser un tel dialogue.
 
Il y avait deux questions à poser à Chicago. Le régime Karzaï veut-il, oui ou non, de la présence des forces de l'OTAN jusqu'en 2014 ? Le régime pakistanais doit-il, oui ou non, être traité en ennemi ? Elles n'ont pas été posées. Dommage. Cela diminue le sérieux des décisions annoncées à Chicago.

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 08:50

C’est précisé en toutes lettres dans la déclaration publiée durant le Sommet de l’OTAN à Chicago. L’Alliance atlantique reste « une alliance nucléaire aussi longtemps qu’existeront des armes nucléaires ». « Les armes nucléaires sont une composante essentielle des capacités globales de dissuasion et de défense de l’OTAN, aux côtés des forces conventionnelles et des forces de défense antimissile ». Les conditions dans lesquelles un recours à l’arme nucléaire « pourrait être envisagé sont extrêmement improbables » poursuit ce texte. Mais « aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, l’OTAN restera une alliance nucléaire ».

La contribution franco-britannique reconnue

Et d’ajouter : « La garantie suprême de la sécurité des Alliés est apportée par les forces nucléaires stratégiques de l’Alliance, en particulier celles des États-Unis ; les forces nucléaires stratégiques indépendantes du Royaume-Uni et de la France, qui ont un rôle de dissuasion propre, contribuent à la dissuasion globale et à la sécurité des Alliés ». Un classique mais qui pour ces deux pays était une condition sine qua none à l’acceptation du bouclier anti-missiles. Et il est précisé que « les Alliés concernés (ceux faisant partie du groupe des Plans nucléaires) feront en sorte que tous les éléments composant la dissuasion nucléaire de l’OTAN restent sûrs, sécurisés et efficaces ».

L’engagement de non prolifération

Ces Etats ont garanti « le non-recours ou la non‑menace de recours à l’arme nucléaire contre des États non dotés d’armes nucléaires qui sont parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et qui se conforment à leurs obligations de non-prolifération nucléaire ». Une garantie destinée à rassurer les Etats qui sont sinon opposés, du moins fortement réticents, à l’arme nucléaire (en partie à cause d’une opinion publique hostile).

Seule évolution : les comités de l’alliance vont « mener une réflexion sur la manière d’assurer une participation aussi large que possible des Alliés concernés (faisant partie du groupe des Plans nucléaires donc France exclue "officiellement"... voir à cet égard Ma propre lecture de quelques enjeux clé de la réforme en cours de l'Alliance atlantique (nouvelle édition) ) à leurs arrangements pour le partage du nucléaire, notamment au cas où l’OTAN devrait décider de réduire sa dépendance à l’égard des armes nucléaires non stratégiques stationnées en Europe ».

 

Voir le texte de la déclaration : DeclDissuasDéfensChicago@OTAN120520 DeclDissuasDéfensChicago@OTAN120520

 

Voir cet article sur mon blog : http://www.bruxelles2.eu/marches-de-defense/armes-marches-de-defense/lalliance-atlantique-reste-une-alliance-nucleaire.html

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 14:29

Dans une interview donnée au quotidien allemand Die Welt, Thomas De Maizière, le ministre allemand de la Défense, avertit de ne pas se faire trop d’illusion sur la Smart Défense, les projets de pooling and sharing de l’OTAN. « La Smart défense paraît à beaucoup comme une sorte de pochette surprise pour économiser de l’argent. C’est une illusion. Certains croient qu’ils auront alors une compétence gratuitement, qu’ils n’ont pas. D’autres se disent qu’ils vont recevoir l’argent des autres pour une compétence dont ils disposent. La vérité est la suivante: la Smart Défense ne permet pas d’économiser de l’argent, mais peut-être de réduire les dépenses futures. Donc, si j’ai un conseil, c’est celui là : tout essayer, mais tourner sa langue trois fois avant de faire de grandes annonces ! »

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 11:37

Leon Panetta, Secrétaire américain à la Défense, a annoncé le prochain retrait de 7000 soldats américains d'Europe parmi les 81 000 soldats qui y sont actuellement basés.

M. Panetta a ajouté que cette décision, prise " en étroite coopération avec [les] alliés européens ", n'aurait pas d'influence sur les engagements américains au sein de l'OTAN.

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 10:35

La leçon de l’inflexion stratégique américaine a été immédiatement tirée par le … ministre britannique de la Défense. Présent à Washington, le jour-même de la présentation par Barack Obama et Leon Panetta, Philip Hammond a tenu, dans un discours prononcé à l’Atlantic Council, à poser ses marques sur la réforme future de l’OTAN. Il explique aussi tout l’intérêt pour les Etats-Unis de garder un oeil sur l’Europe comme de continuer à investir dans l’Alliance Atlantique ; mais il engage aussi les Européens à faire, sans concession, leur examen de conscience, pour réformer le fonctionnement de l’OTAN. De quoi engager publiquement le débat pour le sommet de l’Alliance à Chicago.

Le Royaume-Uni, fille ainée de l’Alliance Atlantique

Le ministre a tout d’abord vigoureusement répété son attachement et sa croyance en l’avenir de l’Alliance atlantique. Son discours n’est pas pour rien intitulé « NATO the case for collective defence in 21st Century ». La « défense collective est la seule réponse pratique dans le monde où nous vivons » – explique-t-il – au moment où se posent des contraintes économiques et fiscales. Le fait que d’autres régions du monde voient leur puissance et leur influence augmenter est plutôt une raison de « renforcer l’Alliance Nord Atlantique que de l’affaiblir ». Et l’exemple de la Libye l’a prouvé, l’OTAN reste « le seul mécanisme de coordination réaliste » quand une action multinationale est requise. Faisant appel aux mannes de l’amitié anglo-américaine (de la Magna carta signée il y a 800 ans à Runnymede à la participation de Churchill à la conférence d’Arcadia en 1942), il a répété que la déclaration de Truman en 1949 — sur la sécurité et le bien-être de chacun (qui) dépend de la sécurité et du bien-être de tous — était toujours d’actualité « aujourd’hui » encore. Les intérêts communs l’emportent sur les quelques divergences, a-t-il affirmé. Et de citer la présence de la Royal Navy dans le Golfe d’Arabie pour garder et de l’intérêt britannique à voir sauvegarder les voies maritimes. L’occasion aussi de durcir le ton à l’égard de l’Iran – « toute tentative de fermer le détroit d’Hormuz serait illégale et condamnée à l’échec ». Mais l’essentiel n’est sans doute pas là.

Le problème est européen et politique, non pas américain et militaire

Le ministre britannique a reconnu sans ambages : oui il y a un problème européen dans l’Alliance. « Nous devons reconnaître que ce problème existe dans l’objectif de le résoudre ». Et toute une série de questions, soulevées déjà par Robert Gates et Leon Panetta, sur le futur de l’Alliance sont pertinentes, selon lui : « pourquoi l’Alliance doit lutter pour déployer des capacités alors qu’existent une force importante numériquement ? Voyons nous le début d’une alliance à deux vitesses avec certains alliés moins volontaires que d’autres pour participer aux opérations ? Et…  une question à 64.000 $ « combien de temps l’opinion publique de nos nations va investir proportionnellement plus dans la capacité de défense pour subventionner la défense de ceux qui investissent moins ». « C’est le problème des Européens, pas des Américains. C’est un problème politique, pas militaire » a-t-il asséné.

Revoir les procédures de l’Alliance

Ce n’est pas une « question d’argent », mais de « priorités », et de faire tomber des barrières. Reprenant une idée déjà développée à Gand par un de ses prédécesseurs, il défend l’idée d’un examen collectif, au sein de l’OTAN, « des réductions déjà planifiées, de leur impact sur les capacités actuelles et de voir comment ces capacités peuvent être soutenues ». Il faut aussi examiner comment les Alliés peuvent agir mieux ensemble pour les opérations hors article 5. Il semble étrange – souligne-t-il – que les nations qui ne font pas partie de l’OTAN peuvent utiliser le quartier général du Shape pour conduire des opérations de l’UE – dans un processus appellé Berlin Plus – alors que les Alliés de l’OTAN ne peuvent entreprendre de telles opérations s’il n’y a pas de consensus à 28. Enfin, il faut voir comment les non-membres peuvent contribuer aux opérations de l’OTAN. « Nous devons capitaliser les expériences de la Libye et l’Afghanistan qui ont montré combien de façon intelligente l’OTAN peut être utilisée pour incorporer les contributions extérieures ». Il défend, enfin, les différentes initiatives multilatérales : le nouveau groupe nordique des Nations – qui inclut outre le Royaume-Uni, les pays baltes et nordiques, l’Allemagne, la Pologne et les Pays-Bas – ; le traité franco-britannique ; les autres partenariats (le Royaume-Uni a signé 3 traités de défense, 26 protocoles (MoU : Memorandums of Understanding) (*)

Le débat pour le prochain sommet de Chicago est engagé.

(*) On admirera l’ordre, respecté, dans lequel Philip Hammond place les différents partenariats…

 

Cet article a été préalablement publié sur mon blog : http://www.bruxelles2.eu/defense-ue/defense-ue-droit-doctrine-politique/philip-hammond.html


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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 06:57

Le 20 novembre 2010, les chefs d'État et de gouvernement des pays membres de l'Alliance atlantique en endossant le nouveau concept de l'OTAN ont décidé de "développer une capacité de défense antimissile afin de protéger les territoires, les populations et les forces de l'Alliance" tout en invitant "la Russie à coopérer avec les Alliés" sur ce futur système.

L'ALLIANCE A DÉSORMAIS EN CHARGE LA MISSION DAMB

Le compromis de Lisbonne se fonde sur le principe d'une extension progressive des fonctions du programme Active Layered Theatre Ballistic Missile Defense (ALTBMD) afin d'englober, à l'horizon 2018-2020, la protection des territoires et des forces.

De fait, cette décision est historique, tant il y a encore quelques années la seule mention d'une protection antibalistique de territoire soulevait d'importantes inquiétudes chez certains Alliés, en particulier la France. Cette dernière a su, au prix d'une réflexion longue, faire co-exister sa posture de dissuasion avec la perspective du déploiement d'un système à présent perçu comme utile à sa sécurité. On ne peut que se féliciter de voir Paris aborder un sujet aussi riche et complexe avec une attitude plus ouverte et pragmatique même si sa position devra être consolidée pour faire face aux échéances.
Toutefois, il faut s'interroger sur le fait que, confrontée à une pression américaine très forte en termes de calendrier comme de solutions techniques et opérationnelles, l'administration française soit en mesure de résister, en particulier en l'absence de soutien pour une position singulière parmi les alliés européens.
Le consensus de façade cache en effet difficilement les divergences politiques de fond entre les Alliés et celles qui continuent à exister avec la Russie, malgré l'enthousiasme du Secrétaire Général.
Quelques points méritent plus particulièrement d'être relevés du fait de leur importance :

· En premier lieu, l'évaluation de la nature et du développement de la menace balistique pourrait continuer à poser des problèmes. Quelles que soient les positions prises par les uns et les autres, le fait est qu'il faudra parvenir à mettre d'accord l'ensemble des participants – y compris la Russie – afin de dimensionner les capacités du système que ce soit en termes de C2 ou du point de vue des senseurs et des intercepteurs (aspects quantitatif et qualitatif). Un consensus de fond existe entre les Alliés sur la réalité du développement et l'aggravation à venir de la menace de théâtre tant en termes de performances que de volume et de risques d'emploi : le choix de l'ALTBMD comme fondation de la future capacité de défense du territoire et des populations s'impose si l'on considère à la fois ces perspectives mais également le fait qu'il s'agit de l'évolution logique des capacités de théâtre qui devront peu à peu se dimensionner pour prendre en compte des systèmes adverses de portée et de sophistication croissantes.

· Par ailleurs, il existe un profond hiatus entre les alliés sur la question de la posture nucléaire et sur le rôle des défenses antimissiles. Nos partenaires allemands semblent considérer que dans la recherche d'un désarmement complet, il est possible de substituer aux armes nucléaires les défenses antimissiles pour parvenir à un niveau de sécurité équivalent. Cette perception – illusoire quand on considère que l'étendue des menaces auxquelles la posture de dissuasion s'adresse dépasse largement le cadre de la défense antimissile – est également de nature à ralentir la progression d'un projet commun de protection antibalistique.

· Moscou, enfin, continue de faire valoir ses préoccupations sur l'évolution à moyen et long termes d'un système qu'il considère comme menaçant sa sécurité. Même si les inquiétudes russes sont alimentées par l'absence de progrès sur la coopération prévue par le sommet de Lisbonne – qui résulte d'ailleurs autant des atermoiements américains que des lignes rouges russes –, elles sont aussi le symbole de la défiance qui continue de caractériser pour l'essentiel les relations entre l'Europe et la Russie. Elles sont aussi alimentées par le fait que Moscou considère que la seule menace balistique réaliste résulte du développement de capacités de courte et de moyenne portées par les pays proliférants.

D'ores et déjà, la réunion des ministres de la Défense en juin 2011 a entériné un plan d'action permettant en théorie de remplir les objectifs fixés par le sommet de Lisbonne en matière de défense antimissile. Les ministres de la Défense se sont également entendus pour que l'Alliance propose aux chefs d'État l'activation dès le sommet de Chicago d'une capacité intérimaire qui devra offrir une première protection aux populations dans l'attente des premiers résultats de l'extension du programme ALTBMD prévus en 2016 : d'ici là ce sont essentiellement les moyens américains déployés dans le cadre de l'EPAA et le système de commandement et de contrôle de la Missile Defense américaine (C2BMC) qui fourniront la base de la défense antimissile de l'Alliance sous le contrôle opérationnel de SACEUR. Cependant, dès 2014, le système de commandement de l'Alliance pour les opérations aériennes – qui devra devenir celui de la future capacité antimissile – répondra, grâce à ses évolutions, à la mission de Missile Defense. Il reste à savoir dans quelles conditions la convergence entre les deux systèmes de commandement sera effectivement obtenue.

Le Secrétaire Général, en proposant une extension à la mission de défense du territoire du projet ALTBMD, dont il estime le coût à 200 millions d'euros, s'inscrit ainsi dans une logique de participation minimale des Européens au programme américain qui consisterait à garantir une interopérabilité logicielle pour un système sous comman-dement uniquement américain.

Il convient de souligner à ce stade que la poursuite et la finalisation du programme ALTBMD (800 millions d'euros) est d'une importance cruciale pour permettre aux forces armées européennes de disposer d'un socle commun permettant l'interopérabilité de leurs moyens de défense antimissiles avec ceux des Américains notamment dans le cas d'un engagement hors des frontières européennes.
De fait, la mise en oeuvre pratique du projet initié par les chefs d'État n'est pas plus simple que sa concrétisation politique à court terme, s'agissant de questions dont l'impact opérationnel et stratégique se ressentira vraisemblablement longuement.

Elle aura du reste des conséquences importantes en termes techniques et financiers à moyen et long termes.


Référence de cet article :  Note de la FRS n° 15/11, Camille Grand et Bruno Gruselle, 11 octobre 2011

Pour lire la suite de la note, rendez-vous sur le site de la FRS

 

Voir également :

 * Il est plus que temps de rationaliser les dépenses d'équipements militaires des Etats européens surendettés !

 * http://www.bruxelles2.eu/defense-ue/defense-ue-droit-doctrine-politique/le-salut-de-leurope-de-la-defense-en-chine.html

 

 

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 06:49

L'ambassadeur de la Russie à l'Otan, Dmitri Rogozine, se montre très critique envers l'Alliance atlantique et ce «droit d'ingérence» dont elle s'est dotée. 

Interview par Pierre Rousselin.

L'ambassadeur de Russie à l'Otan, Dmitri Rogozine, était à Paris cette semaine pour évoquer le projet de bouclier antimissile de l'Otan. Il propose que l'Otan et la Russie aient chacune leur propre système de ­défense. Proche de Vladimir Poutine et représentant du courant nationaliste russe, il pourrait jouer un rôle dans la campagne des législatives de décembre. 

LE FIGARO. - Où en sont les négociations sur le bouclier antimissile en Europe ?

Dmitri ROGOZINE. - Les États-Unis avaient offert à la Russie une coopération sur ce bouclier antimissile mais aucune coopération de fait ne nous a été proposée. Une véritable coopération permettrait de rétablir la confiance en Europe et d'économiser beaucoup d'argent en période de crise. En fait, l'Otan a toujours peur de la Russie et refuse de surmonter l'héritage de la guerre froide.

Que proposez-vous ?

Puisqu'un seul bouclier antimissile intégré a été refusé, nous proposons que chacun ait son propre système. Le dispositif de l'Otan assurerait la sécurité des pays de l'Otan, à condition que son rayon d'action ne touche pas le territoire russe. Nous proposons aussi d'établir un lien entre nos systèmes d'alerte parce que le temps de réaction à un tir de missile n'est que de quelques secondes. Sans interconnexion, tout lancement d'un intercepteur pourra être considéré par la Russie comme une agression potentielle. Nous demandons enfin la garantie que notre potentiel nucléaire n'est pas menacé.

Cela va à l'encontre du système de l'Otan qui, dans sa troisième phase de déploiement, prévoit des intercepteurs en Pologne…

Le rayon d'action de ces intercepteurs, basés en Pologne ou dans la mer Baltique, ira jusqu'à l'Oural alors que la menace est censée venir de pays du Moyen-Orient ou d'Asie. Si l'Iran n'est qu'un prétexte pour déployer des intercepteurs au nord et menacer la Russie, nous voulons que cela soit dit clairement.

Quelle est la réaction de vos interlocuteurs européens ?

Leur passivité est étonnante. Ils trouvent nos arguments raisonnables, mais affirment que cela doit être discuté avec Washington. Pourtant, les Américains négocient avec la Pologne. Quand un accord sera signé personne ne demandera l'avis des autres Européens.

En Libye et en Syrie, la Russie soutient les régimes en place. La diplomatie russe n'est-elle pas en train de perdre son prestige au Moyen-Orient ?

Nous ne nous sommes pas fait d'illusions sur Kadhafi, mais nous ne partageons pas votre vision du monde arabe. Vous pensez que c'est le rendez-vous de l'islam et de la démocratie. Nous croyons que c'est un choix entre un tyran et al-Qaida. En Tchétchénie, c'est ce qui s'est passé. Et puis, nous n'avons pas aimé la façon dont l'Otan s'est servi de la résolution de l'ONU pour poursuivre des objectifs qui n'avaient rien de commun avec elle. Ce qui est préoccupant, c'est que l'Otan se dote d'un droit d'ingérence qui est du domaine exclusif de l'ONU.

Vous vous êtes inquiété des conséquences d'un retrait de l'Otan d'Afghanistan pour la stabilité en Asie centrale. Souhaitez-vous que l'Otan reste longtemps en Afghanistan ?

L'Otan s'est donné une tâche qu'elle doit mener jusqu'au bout. Après avoir agité la fourmilière, nous ne voulons pas que l'Otan nous laisse face à face avec les chiens de la guerre. Une fois que l'Otan sera partie, ils se répandront au Tadjikistan et en Ouzbékistan et cela deviendra notre problème.

La Russie est-elle un pays européen ?

Elle l'est davantage que d'autres pays européens. Nous avons propagé la culture européenne jusqu'à Vladivostok alors que l'espace culturel européen est en train d'être réduit par les cultures venues du sud. Berlin n'est-elle pas la troisième ville turque dans le monde ? Si on veut intégrer d'autres cultures, il ne faut pas perdre ses propres valeurs culturelles. C'est ce que nous faisons en Russie.

 

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 13:57

Le président américain Ronald Reagan déclarait à ses généraux, il y a un quart de siècle, que "la défense n'est pas une question budgétaire : on dépense autant qu'il le faut". La fin justifiait les moyens et les enjeux de la guerre froide étaient tels qu'ils primaient sur la discipline comptable.

Aujourd'hui, un tel discours semblerait impossible à tenir : on ne peut plus dire, comme le général de Gaulle au sujet de l'intendance, que les budgets "suivront". A l'heure où le niveau d'endettement des Etats membres de l'Alliance atlantique s'approche de seuils critiques, leur viabilité budgétaire devient un véritable enjeu stratégique.

Loin de se voir sanctuarisés par la conduite de plusieurs opérations alliées simultanées, les moyens militaires de beaucoup de nos nations sont déjà touchés par les conséquences des efforts budgétaires. Peut-on pour autant prendre diamétralement le contre-pied du président Ronald Reagan et ne financer les programmes de défense qu'a minima, sans prendre en compte la réalité des enjeux de sécurité ? Poser la question, c'est à moitié y répondre.

Certes, le nombre des conflits s'est considérablement réduit, mais, contrairement à ce que pourrait laisser croire un effet d'optique eurocentré, le monde ne se démilitarise pas, bien au contraire. L'augmentation constante, depuis une dizaine d'années, des dépenses militaires à un rythme mondial moyen de 5 % par an montre une planète très éloignée des rêves de paix perpétuelle ou de fin de l'histoire.

Cette évolution est qualitative autant que quantitative : on assiste à l'acquisition par de nombreux acteurs - étatiques et, plus inquiétant, non étatiques - de moyens maritimes, aériens, voire de destruction massive jadis réservés à un club fermé de puissances. Demain, de nouveaux défis de sécurité pourraient apparaître, nourris des progrès dans le cyberespace, la miniaturisation, l'intelligence artificielle ou les biotechnologies.

Lors du sommet de Lisbonne en novembre, les pays de l'OTAN ont déjà clairement indiqué qu'ils refusaient le choix impossible entre la discipline budgétaire et la sécurité de leurs populations. Le signe sans doute le plus visible de cette détermination est la décision de doter l'Europe d'une défense antimissile qui, en complément de l'indispensable dissuasion, préservera à l'avenir le continent d'un éventuel chantage balistique. Et ces pays se sont engagés à continuer à consacrer à la défense un niveau de budget "suffisant", tout en affichant une ferme volonté de réforme afin que chaque euro dépensé le soit à bon escient.

Soyons clairs : cette réforme est cruciale pour que l'Alliance puisse faire face aux surprises stratégiques à venir. L'OTAN peut et doit donc aider ses membres dans leurs efforts de rationalisation.

D'abord en montrant elle-même l'exemple, comme elle le fait en s'engageant dans une diminution d'un tiers des effectifs de sa structure de commandement. Ensuite, en aidant les nations à mettre à profit leur aptitude à travailler ensemble, développée depuis soixante ans par la mise en commun de capacités.

La clef, dans l'avenir, sera de s'appuyer sur la confiance mutuelle pour concilier les impératifs de la solidarité avec ceux de la souveraineté. La solidarité interdit certes aux pays membres de délaisser leur effort de défense - aucune alliance ne pourrait fonctionner si certains pays se comportaient en "passagers clandestins" - mais, surtout, elle ouvre des perspectives de coopération susceptibles d'améliorer considérablement l'efficience de nos armées en proposant une réduction intelligente des coûts sans perte de crédibilité.

L'Alliance s'y emploie comme créateur de synergies, entre ses membres et avec le monde industriel.

L'initiative du secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, sur les approches multinationales va d'ailleurs dans ce sens pour permettre le renforcement des capacités de défense des pays de l'OTAN tout en préservant leurs intérêts nationaux.

Les exemples de réussite abondent, notamment dans le soutien à certains matériels communs. Une autre piste particulièrement prometteuse est celle de la formation : déjà, une quinzaine de "centres d'excellence", pilotés par une nation mais ouverts aux stagiaires de toute l'Alliance et de nombreux pays partenaires, permettent une rationalisation dans des activités aussi diverses que la conduite des opérations aériennes (en France) ou la lutte contre les bombes artisanales (en Espagne). Cette formule peut, j'en suis convaincu, être étendue à de nombreux autres domaines.

Et, pourtant, ces travaux de mutualisation seraient bâtis sur du sable s'ils négligeaient de reconnaître les impératifs de la souveraineté des Etats en matière de défense. L'intervention de l'Alliance en Libye a rappelé que l'OTAN fonctionnait certes sur un consensus politique, mais surtout sur la base du choix souverain de chacun de participer ou non aux opérations.

Selon leur nature, certaines initiatives multinationales ne pourront se faire qu'à la condition d'une très forte convergence stratégique, à l'image de celle qui fonde les accords franco-britanniques de Lancaster House. Et ces convergences seront d'autant plus efficaces qu'elles se conjugueront avec des efforts similaires de l'Union européenne.

La rationalisation de nos outils de défense est urgente. Elle doit se faire avec méthode et sang-froid. L'enjeu - la sécurité et la résilience de nos nations dans ces temps incertains - mérite la mobilisation de tous les acteurs, des Etats aux industriels, sans omettre d'impliquer nos concitoyens.

Y manquer ferait courir le risque de transformer une crise économique et financière en une véritable vulnérabilité en matière de sécurité et de défense. Concilier solidarité et souveraineté, tel sera le défi majeur des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Alliance au sommet de Chicago qui se tiendra en mai 2012.

 

Stéphane Abrial, général d'armée aérienne, est actuellement commandant allié pour la transformation (ACT) au sein de l'OTAN

 

Voir également à ce sujet, notamment : Il est plus que temps de rationaliser les dépenses d'équipements militaires des Etats européens surendettés !

 

 

 

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