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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 11:04
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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 06:18

Discours du Général de Gaulle prononcé à la radio de Londres le 18 juin 1940. Cet appel n'a pas été enregistré.

« Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat.
Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi.
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui.
Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.
Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des Etats-Unis.
Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.
Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.
Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres. »

Source : http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/1940-1944-la-seconde-guerre-mondiale/l-appel-du-18-juin/documents/le-texte-de-l-appel-du-18-juin-1940.php

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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 06:37

L'Europe communautaire fête son soixante quatrième anniversaire. Le 9 mai 1950, en proposant à l'Allemagne fédérale et aux autres pays européens qui voulaient s'y joindre de créer une Communauté d'intérêts pacifiques, Robert Schuman accomplit un acte historique. Non seulement il effaçait, en tendant la main aux adversaires de la veille, les rancunes de la guerre et le poids du passé, mais en outre il mettait en route un processus totalement nouveau dans l'ordre des relations internationales, en proposant à des vieilles nations de retrouver ensemble, par l'exercice en commun de leurs souverainetés, l'influence que chacune d'elles se révélait impuissante à exercer seule.

Voici le texte intégral de la proposition, lancée par Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, et considéré comme l'acte de naissance de l'Union européenne.

La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent.
La contribution qu'une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques. En se faisant depuis plus de vingt ans le champion d'une Europe unie, la France a toujours eu pour objet essentiel de servir la paix. L'Europe n'a pas été faite, nous avons eu la guerre.

L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée. L'action entreprise doit toucher au premier chef la France et l'Allemagne.
Dans ce but, le gouvernement français propose immédiatement l'action sur un point limité mais décisif.

Le gouvernement français propose de placer l'ensemble de la production franco-allemande de charbon et d'acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d'Europe.    

La mise en commun des productions de charbon et d'acier assurera immédiatement l'établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne, et changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes.

La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l'Allemagne devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. L'établissement de cette unité puissante de production ouverte à tous les pays qui voudront y participer, aboutissant à fournir à tous les pays qu'elle rassemblera les éléments fondamentaux de la production industrielle aux mêmes conditions, jettera les fondements réels de leur unification économique.

Cette production sera offerte à l'ensemble du monde sans distinction ni exclusion, pour contribuer au relèvement du niveau de vie et au développement des oeuvres de paix. L'Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de l'une de ses tâches essentielles: le développement du continent africain.

Ainsi sera réalisée simplement et rapidement la fusion d'intérêts indispensable à l'établissement d'une communauté économique qui introduit le ferment d'une communauté plus large et plus profonde entre des pays longtemps opposés par des divisions sanglantes.

Par la mise en commun de productions de base et l'institution d'une Haute Autorité nouvelle, dont les décisions lieront la France, l'Allemagne et les pays qui y adhéreront, cette proposition réalisera les premières assises concrètes d'une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix.

Pour poursuivre la réalisation des objectifs ainsi définis, le gouvernement français est prêt à ouvrir des négociations sur les bases suivantes.

La mission impartie à la Haute Autorité commune sera d'assurer dans les délais les plus rapides : la modernisation de la production et l'amélioration de sa qualité, la fourniture à des conditions identiques du charbon et de l'acier sur le marché français et sur le marché allemand, ainsi que sur ceux des pays adhérents, le développement de l'exportation commune vers les autres pays, l'égalisation dans le progrès des conditions de vie de la main-d'oeuvre de ces industries.

Pour atteindre ces objectifs à partir des conditions très disparates dans lesquelles sont placées actuellement les productions des pays adhérents, à titre transitoire, certaines dispositions devront être mises en oeuvre, comportant l'application d'un plan de production et d'investissements, l'institution de mécanismes de péréquation des prix, la création d'un fonds de reconversion facilitant la rationalisation de la production. La circulation du charbon et de l'acier entre les pays adhérents sera immédiatement affranchie de tout droit de douane et ne pourra être affectée par des tarifs de transport différentiels. Progressivement se dégageront les conditions assurant spontanément la répartition la plus rationnelle de la production au niveau de productivité le plus élevé.

A l'opposé d'un cartel international tendant à la répartition et à l'exploitation des marchés nationaux par des pratiques restrictives et le maintien de profits élevés, l'organisation projetée assurera la fusion des marchés et l'expansion de la production.

Les principes et les engagements essentiels ci-dessus définis feront l'objet d'un traité signé entre les Etats et soumis à la ratification des parlements. Les négociations indispensables pour préciser les mesures d'application seront poursuivies avec l'assistance d'un arbitre désigné d'un commun accord; celui-ci aura charge de veiller à ce que les accords soient conformes aux principes et, en cas d'opposition irréductible, fixera la solution qui sera adoptée.

La Haute Autorité commune chargée du fonctionnement de tout le régime sera composée de personnalités indépendantes désignées sur une base paritaire par les gouvernements; un président sera choisi d'un commun accord par les gouvernements; ses décisions seront exécutoires en France, en Allemagne et dans les autres pays adhérents. Des dispositions appropriées assureront les voies de recours nécessaires contre les décisions de la Haute Autorité.
Un représentant des Nations Unies auprès de cette autorité sera chargé de faire deux fois par an un rapport public à l'ONU, rendant compte du fonctionnement de l'organisme nouveau, notamment en ce qui concerne la sauvegarde de ses fins pacifiques.

L'institution de la Haute Autorité ne préjuge en rien du régime de propriété des entreprises. Dans l'exercice de sa mission, la Haute Autorité commune tiendra compte des pouvoirs conférés à l'Autorité internationale de la Ruhr et des obligations de toute nature imposées à l'Allemagne, tant que celles-ci subsisteront.

Source : schuman-fr schuman-fr

Voir également : http://europa.eu/abc/symbols/9-may/decl_fr.htm

 

 

 

 

 

 

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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 11:03

Regards-citoyens.com propose ci-après à ses lecteurs une liste de sites qui présentent différentes conceptions des origines de la guerre de 1914 - 1918 :

 * http://fr.wikipedia.org/wiki/Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale

 * Les origines de la Première Guerre Mondiale, analysées sous un angle marxiste, par Carl Pépin :
    http://www.grande-guerre.org/article.php?num=43

 * Jean Birnbaum - 1914-1918, guerre de tranchées entre historiens :
    http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3230,36-749539,0.html

 * Les origines de la première guerre mondiale : le concept de Pont terrestre eurasiatique, réponse à la crise stratégique d’aujourd’hui :
 http://www.solidariteetprogres.org/article1651.html

 * http://fr.ambafrance-us.org/spip.php?article400

 * Autopsie d'un désastre, par Erice Branca (lespectacledumonde.fr)  

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 11:02

Pour les première et deuxième parties de cet article, voir :

 * La place centrale de " l'action d'ensemble " dans l'oeuvre du Général Lyautey au Maroc : une leçon utile à tirer de l'Histoire ! - Première partie - 

ainsi que 

 * La place centrale de " l'action d'ensemble " dans l'oeuvre du Général Lyautey au Maroc : une leçon utile à tirer de l'Histoire ! - Deuxième partie - !
... / ...                                                      
L'un des permiers actes de l'occupation fut de tracer tout autour des villes de larges routes bien empierrées. Routes stratégiques, routes économiques et pistes provisoires, sortirent du même coup sous la pioche des services du génie. le but était de relier par un réseau deplus en plus serré les centres d'échanges et de multiplier le va-et-vient de la zone commerçante, en la reliant aux zones militaires.
De Rabat à Fez et à Marrakech, la piste d'abord, puis le petit rail stratégique à voie étroite, qui précède la voie ferrée définitive, la route ensuite. Tout cela se suit ou se superpose, et l'indigène marocain prouve une fois de plus ses facultés d'adaptation en se hâtant d'adopter, chaque fois qu'il le rencontre, le dernier perfectionnement.
A peine la route établie, il quitte la piste, et défile lentement sur la voie nouvelle avec ses chameaux et ses ânes. Dès que les wagonnets crculent, il n'hésite pas à faire voyager ses produits par le rail auquel il confie également sa famille et lui-même.
Rien ne l'étonne, ou du moins, rien ne lui arrache un geste d'étonnement. Sa passion pour l'auto fut immédiate. Homme des villes et des plaines, agriculteur ou commerçant, d'habitudes pacifiques, il ne s'effraie pas aisément. le goût du danger subsiste encore en lui car, comme le dit l'adage arabe : " Le Tunisien est une femme, l'Algérien est un homme, le Marocain est un guerrier ". 
Il est aussi un incorrigible curieux, de compréhension rapide, capable de soutenir l'effort prolongé du travail et, même s'il se trouve être de souche plébéienne et paisible, il garde encore en lui un peu de l'âme du conquérant. Tout ceci forme, dans son ensemble, une population très spéciale, très vivante, à cent lieues de l'éternelle lassitude qui anémie les gens de l'Orient méditerranéen et le fellah d'Egypte ; ceux-ci ne se résignent qu'au minimum de l'effort ; le Marocain a des muscles plus solides et son activité est intense.
Ce qui reste des populations décimées par une hygiène si longtemps insouciante et par les razzias périodiques forme un noyau d'hommes solides, résistants, duts à la peine, économes de leurs deniers, fort prévoyants. Pour les contenir, il fallait leur montrer du même geste la force prête à sévir maisprête aussi à protéger.
Ces laborieux à la fois audacieux et prudents, réfléchis et impulsifs, suivent attentivement la leçon des faits. Immédiatement ils comprirent les raisons d'être de la route et du dispensaire et mirent à profit ce que le maître du moment leur accordait. Tout les intéressa, ils pressèrent à la consultation médicale aussi bien qu'au marché, et ce sens si précis de l'occasion fugitive qui les porte à la saisir, avant qu'elle ne s'échappe, devint pour le Protectorat un très grand argument.
Ils n'ont pas de fanatisme sincère ; âprement jaloux de leurs coutumes et de leurs traditions, passionnément attachés à leur vie locale, ils admettront que le maître étranger relève de leurs villes, répare leurs enceintes et fasse de l'ordre dans leur désordre, mais un geste maladroit suffit à déchainer l'émeute qui, de suite, crée de l'irréparable ; la grande force du général Lyautey fut d'arrêter ce geste.
La ligne Fez, Meknès, Rabat, Casablanca, Marrakech, au long de laquelle l'oeuvre et s'enchaine, sera toujours l'armature centrale d'une construction qui s'étend déjà bien au-delà des limites de la première heure. Mais, lors même que le Maroc actuel se trouverait deux fois élargi, cette armature demeurera le centre vital de l'empire, sa grande région de richesse et d'influence. Les trois millions et demi d'indigènes qui peuplent le Maroc français sont répartis, aux trois quarts, sur ce grand foyer d'influence. Dès les premiers mois, le Protectorat concentra là son effort économique. Il y obtint ses premiers résultats, opérant par des bonds progressifs vivement menés.
A Rabat, centre des services, le Bureau des Etudes Economiques élargissait rapidement les baraquements des premières heures, le public s'y pressait de plus en plus nombreux ; tout un personnel spécial était formé sur place pour organiser dans chacun des grands centres marocains un bureau semblable qui devait centraliser les questions économiques particulières à la région. Toutes ces décisions urgentes qui s'imposaient entrainaient une série d'études : ouverture d'un port sur le Sebou, rendement commercial des ports de Rabat et de Casablanca, utilisation de Fedalah comme port de débarquement ; cette mise au point des questions économiques appelait une réorganisation administrative et financière immédiate ; la révision des domaines, des biens maghzen ne pouvait plus être différée. Il s'agissait de répartir à nouveau et de consolider un tiers du Maroc pacifié. Les biens habous, ces fondations pieuses si nombreuses sur terre islamique, étaient également en détresse ; il fallait en surveiller la gérance, tout en sauvegardant les intentions des donateurs. Ces divers contrôles entrainaient un remaniement complet du cadastre, une réforme profonde de la justice indigène.
Avant tout, il importait d'organiser la justice française, ce qui seul pouvait permettre la suppression des capitulations et des juridictions consulaires dont les fréquents abus étaient intolérables. Les " protégés ", ces parasites des consultats et des légations, se recrutaient dans les pires éléments des populations citadines, parmi ces bandes d' " outlaws " que les régimes en décadence laissent se former autour d'eux. La plupart des clients de ces juridictions consulaires avaient un lourd passé, des appétits énormes. L'Allemagne recrutait dans leurs rangs ses partisans et ses intermédiaires les plus résolus. Neutraliser leurs intrigue était fort difficile ; la confusion de luttes diplomatiques les abritant toujours en temps voulu. Il fallait opposer à ces éléments flottants une juridiction française qui devait s'adapter au pays, se plier à ses exigences et s'assouplir aux nécessités des différentes régions tout en gardant sa claire ordonnance.
Cette organisation judiciaire apparaissait, dès la première accalmie, comme une part essentielle de l'action protectrice, peut-être la plus pressante. L'accord franco-allemand de 1911 admettait la suppression des juridictions consulaires, mais sous cette réserve que le Protectorat fût en état dde les remplacer par des tribunaux assurant aux étrangers toutes les garanties nécessaires.
Le Résident Général se trouvait aux prises avec les difficultés d'une triple législation : capitulations, Protectorat, autorités chérifiennes, chacune ayant son code particulier. Un pareil état de fait ne pouvait se prolonger sans interrompre à tout moment la marche de l'organisation. L'antinomie intolérable entre le régime des capitulations et celui du Protectorat s'aggravait à mesure que l'essor économique s'amplifiait. Un statut judiciaire, applicable à tous, pouvait seul amener les puisances à renoncer aux droits de juridiction qui étaient la négation même du Protectorat qu'elles avaient accepté.
Il s'agissait encore d'organiser les tribunaux de telle daçon que les étrangers fussent désireux d'en devenir justiciables.
Le code Napoléon, légèrement modifié et adpaté, fut mis en pratique avec une procédure relativement simplifiée. Il devint ainsi, dirent les jurisconsultes français et étrangrs, un modèle de clarté et de législation rapide. Sous cette forme renouvelée, il apparaissait comme le plus souple et le plus moderne des instruments de juridiction. Des juges de paix à pouvoirs très étendus, doublés de secrétaires-greffiers, supprimaient les notaires, les huissiers et toute la coûteuse procédure des tribunaux européens. La grande réduction des frais judiciaires fut appréciée de tous, bientôt les juridictions consulaires tombèrent d'elles-mêmes.
Ce monument historique, très hardi, contenait une série de codes établis par les premier juristes de France, sur des traditions essentiellement françaises mais tenant compte, dans la plus large mesure, des progrès accomplis à l'étranger et des conditions particulières du Maroc.
Ces codes étaient d'une netteté, d'une équité indiscutables, les solutions se rapprochaient presque toujours des dernières formules adoptées par la Convention internationale de la Haye.
Le Maroc français, sitôt doté de sa législation nouvelle, mit à létude le remaniement complet de la justice indigène, question des plus délicates pour laquelle tout le tact et la science des spécialiste en droit mulsuman n'était pas de trop
. Le vieux Maroc cruel et fermé s'adaptait cependant avec une docilité inattendue (cf. Dépêche marocaine, 22 mai 1913). Son excellente mémoire enregistrait les leçons reçues, il n'en gardait pas rancune. Les tribus rudement châtiées la veille venaient le lendemain participer à la vie courante. Nous avions éveillé ce grands corps engourdi, il acceptait le présent et ses bénéfices.
On lui avait murmuré : " vous serez comme le fellah réduit en esclavage ", mais les évènements démentaient ces fâcheux propos ; l'indigène marocain ne croit guère qu'aux faits palpables. Il voyait, autour de lui, chaque maître de ses profits, et le mouvement laborieux dont il était l'un des rouages convenait à son esprit pratique. Il profitait des travaux municipaux activement conduits dans les villes, de l'outillage agricole, et s'intéressait aux expériences tentées dans les jardins d'essais ; rien ne lui échappait dans cette mise nen valeur méthodique du pays.
Se serait-il désintéressé de l'effort, lui opposant son hostilité, que la conception du Protectorat s'effondrait comme tant d'autres tentatives. Le mot du Général au début des grands travaux : " J'aime les guerres coloniales parce qu'elles ne sont pas destructives mais constructives "acquérait déjà sa signification complète. L'oeuvre pacifique se propageait à travers tout l'empire.
Le Protectorat entrait en possesssion de outes ses directions : travaux militaires, travaux urbains, postes et télégraphes, voies ferrées, transports automobiles sillonnaient le Maroc. Jamais de promesses, des réalisations.
[...]









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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 10:58

Pour la première partie de cet article, voir La place centrale de " l'action d'ensemble " dans l'oeuvre du Général Lyautey au Maroc : une leçon utile à tirer de l'Histoire ! - Première partie - 
.../...

Le projet d'emprunt marocain admis par le gouvernement, - le vote allait en êtr retardé par une longue sériue d'interruptions malencontreuses, - s'élevait à 230 millions.
Les dettes du Makhzen étaient de 25 millions, la créance du gouvernement français atteignait 70 millions ; ceci formait pour le passif seul du Makhzen un total de 95 millions.
C'était un gros chiffre, mais la liquidation de ce lourd passé s'imposait.
Les 135 millions restants se répartissaient ainsi :
 - 10 millions d'indemnité pour les victimes des évènements de Fez et de Marrakech ;
 - 50 millions pour les travaux du port de Casablanca déjà bien avant d'adjudication ;
 - 26 millions 250 000 francs pour les routes, ce chapitre essentiel de la pénétration marocaine.
 - 15 millions pour les services publics, chiffre modeste qui devait être forcément dépassé, mais nul ne pouvait alors prévoir l'extension si rapide de l'action protectrice ;
 - 10 millions pour les hôpitaux et les dispensaires. L'énergie et le dévouement du corps médical allaient exploiter ces ressources à l'extrême, et l'un des arguments principaux de notre présence au Maroc allait être l'assitance médicale aux indigènes ;
 - Il fallait encore compter 10 millions pour les écoles et les collèges ;
 - 5 millions pour les postes, télégraphes et téléphones ;
 - 2 millions pour les forêts ;
 - 800 000 francs pour les irrigations et les champs d'essai ;
 - 50 000 francs pour la carte du Maroc ;
 - 2 500 000 francs pour le cadastre ;
 - 3 250 000 pour les travaux des villes.
Cette répartition des 230 millions de l'emprunt, énumérée ainsi, ne paraît qu'une sèche nomenclature du budget administratif. Elle contenait cependant de quoi faire rêver tous ceux que le Maroc avait déjà conquis par sa forte emprise, et si, à notre époque, tout se résume par le chiffre, ce chiffre-là semblait plus qu'une promesse : il était un programme en plaine réalisation. Devant toute cette activité, le " mektoub " musulman, l'inéluctable " c'était écrit ", contemplait avec intérêt l'allant français. Celui-ci ne cherchait pas à le contraindre et se bornait à entraîner par la contagion de l'exemple et les avantages du travail à deux. Le fatalisme indigène trouvait aussi chez le nouveau maître deux vertus qu'il admire : le brio et le sentiment des réalités. Conquis pas ces deux facteurs, il consentait à s'émouvoir et donnait un effort sans lequel la protection ne pouvait agir.
La répartition du Maroc en régions administratives distinctes, pourvues chacune d'une large autonomie, favorisa dès les premiers mois les effets de l'association. A Fez, Meknès, Rabat, Casablanca, Marrakech, surces cinq territoire aussi résolument acquis aux bénéfices de la tranquillité que les banlieuses de Paris ou de Londres, des populations que rien ne rapprochait encore conservaient leurs coutumes et leurs juridictions locales. Tout se passait à l'opposé de nos méthodes algériennes : " Les résultats obtenu permirent, en 1913, c'est-à-dire après moins d'une année de Protectorat, d'envisager l'installation d'une administration civile, en Chaouïa et dans le Gharb, ainsi que dans la banlieue Rabat ". (cf. L'histoire et l'organisation du Protectorat, par M. Henri Gaillard. Conférences franco-marocaines, tome 1er).
Il était déjà loin, ce passé qui datait d'hier, lorsque le Sultan et son Makhzen, suivis du coffre aux archives, se promenaient entre les différentes capitales chérifiennes, à la tête d'une harka qui razziait tout sur son passage. Aujourd'hui les cinq grandes croisées de routes des plaines marocaines, ces carrefours où viennent aboutir les échanges, se trouvaient sillonnées par les premières voies de pénétration, le rail allait les unir, chacune recevait, dans une répartition à peu près égale, les organismes nécessaires à toute vie civilisée. On créait ainsi, peu à peu, un Maroc homogène, englobant les grandes régions agricoles et forestières, le pays makhzen, ses villes et ses richesses. Le système vital de l'empire, actionné pour la première fois par une seule impulsion, trouvait enfin ce qui lui avait toujours manqué jusqu'ici : un noyau central protégé contre l'invasion.
Le Sultan et le Makhzen apprenaient à vivre et, si leurscasses se remplissaient moins vite qu'auparavant, elles acquéraient par contre cette faculté inattendue de conserver quelques réserves.
Les cinq grandes régions chérifiennes : Fez, Meknès, Rabat, Casablanca, Marrakech, étaient organisées simultanément, ce qui privait la résistance de son procédé le plus familier : le désordre reprenant ses droits sitôt que le vainqueur se tourne vers un nouvel obstacke. La simultanéité, l'impulsion pareille, partout à la fois, allaient éviter ce perpétuel reflux de la guerre. En accordant ainsi, d'un même coup, au pays pacifié les mêmes privilèges, le Protectorat s'assurait un nombre considérable de partisans qui lui épargnaient le sort de toutes les occupations précédentes, rejetées à la côté après une résistance plus ou moins longue.
Les rivalités chroniques des grands centres cédaient devant la force du régime protecteur. Ainsi pour les gens de Rabat-Salé, de Fez ou de Meknès il n'y avait plus de honte à s'entendre. Une force supérieure les y contraignait, l'honneur était sauf.
A Paris, tous ces mots : " pacification, chemins de fer, ports, voies de pénétration, politique indigène " que prodiguaient, très fiers de leur science nouvelle, les touristes arrivant de Rabat ou de Casablanca, semblaient dénués de signification. L'oeuvre semblait inconnue de ceux qui ne s'en étaient pas approchés.
L'action marocaine ne s'entrevoyait que vaguement, à travers les dépêches parlant d'opérations militaires ou relatant la marche des colonnes, leurs pertes, leurs combats : le reste semblait l'inévitable redite de toute oeuvre coloniale. Mais le Maroc eut l'heureux destin de s'attirer l'appui de quelques personnalités qui s'attachèrent à lui et plaidèrent pour lui devant le Parlement, avec une conviction ardente, aux moments les plus critiques. Ce fut sa chance
.
C'est qu'il suffisait d'aller sur place, de le voir au travail pour devenir son meilleur partisan, et si le Protectorat fut, à ses débuts, méconnu par la foule, ses quelques amis et les pionniers de la première heure le soutinrent ardemment. Indifférent aux blâmes et aux éloges, emporté par sa propre impulsion, il se hâtait dans sa progression rapide, sachant qu'il fallait, avant tout, doubler les étapes.
Le budget enfin à peu près établi, le rail militaire lancé provisoirement comme agent de liaison entre les différents centre, il devenait possible de vivre et de respirer, mais sans perdre la vitesse acquise.
Chaque fois qu'une menace troublait le ciel marocain, Fez était, pour le Résident Général, le baromètre enregistreur de son entente avec le monde musulman, et c'est sur Fez que se portait toute sa vigilance. Les efforts des premiers instants étaient continués. La municipalité indigène, le Medjless, tenait ses premières promesses et s'adaptaient aux innovations qui lui étaient imposées. Les notables indigènes discutaient avec les officiers européens sur pied d'égalité. Ceux-ci avaient pour consigne de ne pas ordonner, mais de persuader. Fez apprenait les principes sanitaires dont elle ignorait jusque-là les premiers rudiments, et s amétamorphose surprenait tous ses habitués.
On cessa d'y mourir à toute occasion, les hôpitaux et les dispensaires luttèrent contre les maux affreux qui décimaient une population résignée à tout, sauf à construire ailleurs que sur des collines d'immondices. Les épidémies qui, sans raison apparente, la ravageaient d'un bout à l'autre de l'année, furent enrayées. L'oeuvre médicale de notre domination à Fez occupa certainement, dans la conquête marocaine, l'une des premières places; Il en fut ainsi dans toutes ces grandes cités de la plaine, dont le nom revient forcément à chaque page de l'histoire du Protectorat. Raconter l'une, c'est raconter l'autre. Si leurs physionomies diffèrent, si leurs façons d'être ne se ressemblent pas, le lien français qui les unit a sur chacun posé sa marque. C'est lui quileur donne ce même trait si frappant qui partout apparaît au premier abord, ainsi que cette netteté, cette ferme élégance d'une maison parfaitement ordonnée.

... / ...

Pour la troisième partie de cet article, voir : La place centrale de " l'action d'ensemble " dans l'oeuvre du Général Lyautey au Maroc : une leçon utile à tirer de l'Histoire ! - Troisième partie -






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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 10:50

Considérant que son contenu présente un réel intérêt à l'heure où les "épopées" militaires connaissent toutes, sans exception, des issues des plus improbables quand elles ne s'avèrent pas tout simplement dramatiques pour les populations indigènes autant que pour les forces d'occupation / pacification / libération ..., je propose ici la reprise fidèle d'un chapitre (le chapitre III intitulé : L'action d'ensemble) de l'édition de 1919 du livre de Berthe Georges-Gaulis intitulé : La France au Maroc - L'oeuvre du Général Lyautey publié chez Armand Colin.

                                                                                              ******************

" Pacifier et organiser, tout à la fois, mener d'un seul trait cette double direction, la faire une et la poursuivre d'après une même méthode, voilà l'idée maîtresse qui dirigea la pénétration marocaine et provoqua ses résultats rapides.
Jusqu'alrs, tous les conquérants s'étaient heurtés contre le mur berbère. Rome, les dynasties arabes, les premiers Chérifs, le Makhzen avaient usé leurs forces contre ce bloc qu'ils ne pouvaient désagréger. La conquête s'étendait sans laisser aucune trace durable, elle détruisait, elle passait.
L'histoire du vieux Maroc est une longue redite, le vainqueur eut toujours tort et se volatilisa, on ne sait trop comment, sous les rayons brûlants du soleil africain. Cette fois encore, si la formule coloniale courante avait été mise en oeuvre comme elle le fut en Algérie, cinquante ans d'efforts et de combats auraient certainement laissé les clans montagnards en possession paisible de leurs repaires. L'action d'ensemble dissémina la résistance par son double effet.
Conduire d'un même geste l'effort économique et politique, c'était décupler le prestige des armes et lui permettre enfin d'avoir un lendemain. Pour saisir la hardiesse de ce plan, adapté à des circonstances si complexes, il fut feuilleter la grnde presse de 1913, y surprendre l'ironique bienveillance des amis, la haine triomphante des ennemis, et retrouver, chez les uns comme chez les autres, cette conviction, que l'effort possible à mener sur un terrain limité : Haut-Tonkin, Madagascar, confins algéro-marocains, allait se heurter, devant un aussi gros morceau, à toutes les vicissitudes. Cependant, cette audace si vivement attaquée allait venir à bout du plus fameux des nids de guêpes que le vieux monde eût légués à sa descendance.
L'infiltration méthodique procéda par une série d'actes à la fois mesurés et rapides, amorcés d'après un plan nettement défini, accomplis d'un seul trait. Jamais il n'y a d'ébauche, la ligne jetée sur le papier est définitive. - L'action civile et l'action militaire vont du même pas alerte et sûr. Elles ont pour lien la simultanéité.
Conquête militaire et action politique gardent cetet vive allure, ces coups directs et adroits qui tous portent juste et ce même principe plus ou moins apparent : ne jamais tenter ce que l'on n'est pas certain d'accomplir. Préparer soigneusement l'investissement, mais, une fois l'assaut donné, aboutir. Quel que soit le terrain d'influence ou de combat, l'indigène ne doit jamais se sentir le plus fort.
Vaincu par les armes, apprivoisé par la persuasion, ses éléments indécis se rallieront les premiers, le prestige du succès séduira les autres, enfin l'appât de l'association fructueuse en bénéfices tangibles dissipera les dernières résistances.
La conquête s'attachera ainsi, peu à peu, les têtes de clans, l'élite directrice : oulémas de Fez, grands caïds du Sud, chefs des tribus de l'Atlas. Elle créera partout le marché, le contact entre proteteurs et protégés, par l'échange commercial et par le dispensaire indigène. Elle posera ces foyers d'entente jusqu'aux entrées de la dissidence ; mais quelle conviction, quelle énergie pour s'engager à fond sur ce bled incertain où tant d'autres s'étaient égarés après quelques victoires éphémères !
Dès ses premiers pas, l'action conquérante se posait en pacificatrice : ce fut son grand argument contre les remous de la rébellion. Elle organisait sans retard ce qu'elle venait d'acquérir et montrait aux insoumis la zone nouvellement déblayée comme un exemple de ce que peuvent obtenir l'ordre et le travail solidement protégés. Tout ceci est fort bien, à condition que le conquérant s'impose à lui-même une impitoyable discipline et n'ofre aucune prise aux remarques du plus observateur, du plus ironiste et du plus subtil des primitifs. Le Berbère a le sens critique remarquablement aiguisé.
La méthode appliquée au Maroc, méthode si simple et si claire pour laquelle tout gain de terrain est définitif et déclenche, sans retard, le jeu de l'organisation, unit deux formules contradictoires. Elle les amalgame tout en prenant à chacune la hardiesse ou l'habileté qui les caractérisent. L'action militaire devient politique et, par là, souple et prudente, l'action politique acquiert la force et le prestige de l'action militaire. Ce ne sont plus deux rivales qui cherchent à se nuire, mais deux associées travaillant en véritable accord. Dès 1912, ce fut la grande originalité de l'oeuvre. Une seule tactique, une seule stratégie civile et militaire, voilà ce que l'on retrouve à chaque tournant difficile de ces premières années de Protectorat.
Que de protestations accueillirent cette manière toute nouvelle d'organiser !
C'est que " l'esprit des hommes de gouvernement, à son degré supérieur de puissance et de clarté, est le génie des ensembles. Leur force est là, et, pour ceux qui sont grands, leurs lacunes mêmes, souvent à demi volontaires, viennent de là. Ce qu'on croit qu'ils méconnaissent n'est souvent que ce qu'ils négligent comme contrariant leur vue générale, mais trop secondaire ou trop accidentel, à leurs yeux, pour que la vérité de leur vue d'ensemble en soit altérée (Cf. Etudes et portraits littéraires du XVIIème siècle, par Emile Faguet). "
Le général Lyautey quitta Paris, le 20 janvier 1913, après une grande bataille parlementaire. Il venait d'obtenir le principe de l'emprunt qui devait " liquider le passé tout en préservant l'avenir " et rentrait au Maroc avec des pouvoirs encore plus étendus. C'était la certitude de pouvoir agir dans une indépendance relative. Il venait d'obtenir du pays, fort anxieux déjà de ses destinées immédiates, tout ce que celui-ci pouvait encore donner aux efforts extérieurs. Les promesses de l'emprunt permettaient d'agrandir le programme des grands travaux ; la second phase commençait.
Une importante nouvelle militaire l'accueillit à Casablanca : la prise de la Kasbah du caïd Anflous, dont la défection avait un instant compromis tout l'équilibre du front Sud. la culbute du nid d'aigle réputé imprenable effaçait le récent échec du détachement Massoutier. Celui-ci était resté à peu près seul, au moment critique, en face des dissidents, les contingents indigènes ayant tourné bride.
Aussi, dorénavant, les forces locales ne seront-elles plus utilisées ; les troupes sénégalaises combleront, dans le Sud, l'extrêe pénurie des effectifs métropolitains. Le commandement de la zone frontière était confié au général Brulard. Le partisan mahdiste El Hiba, le vaincu de Marrakech, " l'homme bleu ", l'agent toujours fidèle de l'Allemagne et grand meneur de guerre sainte, se réfugiait à Taroudant, sur le versant Sud de l'Atlas, et le général Lyautey réitérait une fois de plus ses directives : " Quand on devra agir, ce sera toujours par mesures irrésistibles, en ne dispersant pas les efforts, en évitant tout risque, en négligeant les affaires de détail afin de se réserver pour les buts qui en valent la peine, en ne se laissant pas entrainer par des appels intéressés et divergents, en ne perdant jamais de vue les situations générales du Maroc et du pays, en sachant limiter et sérier l'effort. "
Toutes les zones indécises, toutes ces marches frontières, placées sur les premières ondulations des grands contreforts de l'Atlas, continuaient à vivre sous la progression lente et mesurée de la conquête militaire. Le général Brulard montrait aux populations flottantes du Sous les troupes d'occupation. Il promenait ses colones d'un bout à l'autre de son secteur, ce léger rideau de figurants tenait en respect les masses hostiles, le prestige des armes françaises étant considérable.
De temps à autre, les Glaoua, nos grands vassaux du Sud, lançaient leur harkas contre les harkas d'El Hiba. En 1913, comme en 1918, il ne pouvait être question, pour nous, d'en finir d'un seul coup, nos ressources étant strictement limitées. Temporiser, maintenir à notre profit une situation indécise, élargir progressivement " la tâche d'huile " et poursuivre adroitement la marche, telles étaient les règles du jeu.
Au Tadla, toute l'action se bornait à maintenir la couverture protectrice de la Chaouïa ; derrière l'échelonnement du frêle cordon militaire, la grande zone des cultures prenait son plein essor.
Dans la région de Meknès, l'agitation chronique se reformait et deux tribus très belliqueuses qui sont aujourd'hui nos meilleurs auxiliaires, les Beni M'Guild et les Beni M'Tir, nous harcelaient sans répit. Un cercle d'investissement s'organisait contre leurs attaques ; le colonel Henrys - l'un des officiers les plus experts en politique indigène - allait obtenir l'apisemen d'un centre en perpétuel bouillonnement et rallier au Protectorat des partisans de choix.
Sur la Moulouya, jusqu'aux avancées orientales, toujours ardemment disputées, le réseau des postes tressait des mailles nouvelles. C'était bien là le noeud de la pacification marocaine, le trait d'union entre deux fragments d'un même territoire qu'avait autrefois sectionné un partage maladroit. Il fallait avoir combattu longuement sur les confins oranais pour connaître les données du problème. Le général Lyautey le connaissait sous son double aspect, et son plan de pacification marocaine tenait compte de toutes ses modalités.
La progression des armes partout assurée, le principe de l'emprunt admis, il devenait possible d'attaquer de front l'oeuvre économique. Tous l'attendaient, tous la réclamaient, les services du Protectorat fonctionnaient, l'heure de l'éclosion complète était venue.
Celà signifiait-il que Paris arrêtait ses attaques ? Non, très certainement.
[...]
Dans toutes nos actions militaires, c'est l'oeuvre individuelle qui toujours apparait, c'est elle que l'on retrouve avec sa ferme empreinte, son indéfinissable originalité, ses résultats durables. Oeuvre individuelle et désintéressée, qui fera bon marché du profit immédiat, voilà ce qui partout la caractérise.
Au Maroc, les questions vitales se posaient toutes à la fois, il était imposssible d'en écarter aucune. L'organisation esquissée dès les premiers instants avait assumé de lourdes charges en promettant d'agir sans retard. Cet engagement liait le Protectorat et, déjà, l'échéance était là.
Les entraves des traités s'aplanissaient quelque peu, le gouvernement allemand venait d'adhérer aux conventions internationales du 30 mars 1912, qui plaçaient le Maroc sous la tutelle française. Le texte du traité franco-espagnol était mis sous les yeux de la Commission des Affaires étrangères et le rapporteur du traité, M. Noulens, faisait l'historique de nos relations avec l'Espagne depuis 1900 (cf. Bulletin de l'Afrique française, février 1913). Il rappelait les accords de 1902 et 1904 conclus entre la France et l'Espagne, la convention de 1904 signée avec l'Angleterre, convention qui réglait les litiges soulevés par les questions égyptiennes et marocaines. Le rapporteur, résumant l'ensemble des évènements survenus au Maroc depuis 1904, en montrait toutes les répercussions possibles sur nos rapports avec l'Espagne.
M. Jonnart, alors ministre des Affaires étrangères, exposait à son tour la situation si spéciale du Haut Résident français qui, bien qu'investi de la représentation diplomatique du Sultan, pour tout ce qui concernait l'empire chérifien, devait cependant traiter, en chaque circonstance, d'égal à égal avec le résident espagnol. Celui-ci était - théoriquement - seul maître dans sa zone d'influence et d'action. En réalité, c'est à peine s'il arrivait tout juste à s'y maintenir, en ne se hasardant pas au-delà des limites de quelques postes tenus par ses soldats.
Cette anomalie du Maroc, réparti en deux sphères d'influence de dimension et d'activité si disproportionnées, apparaissait, vue de Paris, un cs à peu près insoluble ; les discussions parlementaires n'y pouvaient rien changer. Par contre, sur place, devant la logique des faits, ces débats oratoires semblaient tout académiques et sans rapport direct avec la réalité. Entre la politique coloniale et la politique métropolitaine, mille interprétations opposées s'interposent et l'optique diffère totalement. Pour agir au loin, il est indispensable de s'abstraire des jugements hâtifs ou contradictoires qui s'abattent en fule sur chaque oeuvre, à peine est-elle commencée.
Pour s'organiser en grand et relier - quels que soient l'époque et le lieu - ce qui fut à ce qui doit être, ne faut-il pas oublier les discussions extérieures, se créer une ambiance spéciale, favorable à l'action, seule riposte effective à toutes les attaques ? C'est la rapidité même de cette action qui permit d'obtenir du Maroc, dans un délai si court, la mise en mouvement de l'ensemble.
Le général Lyautey avait dit en quittant Paris : " Les cinq premiers mois du Protectorat ont été consacrés au déblaiement, nous avons déblayé très loin. de Fez à Marrakech, la paix française, base du développement matériel et social du Maroc, s'impose par la victoire à qui ne l'accepte pas. A présent, il faut construire. "

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Pour la deuxième partie de cet article : La place centrale de " l'action d'ensemble " dans l'oeuvre du Général Lyautey au Maroc : une leçon utile à tirer de l'Histoire ! - Deuxième partie -







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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 12:03

Contrairement au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, où prédominent les responsabilités de l'Allemagne hitlérienne, l'embrasement de 1914 échappe à une cause unique. Personne n'avait intérêt à un conflit généralisé, mais chaque grande puissance jouait avec le feu...
Quand, le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France sous un faux prétexte – le survol de Nuremberg par un avion français, qui aurait largué des bombes – l’occasion est trop belle pour ne pas voir dans ce geste la conclusion logique du militarisme prussien. A Paris, Londres et Saint-Pétersbourg, unis depuis 1907 dans la Triple-Entente, les gouvernements voient dans ce dénouement la justification a posteriori de leur rapprochement « défensif ». Mais au petit jeu de savoir « à qui le crime profite », Berlin, Vienne et Rome, associées depuis 1882 dans la Triplice, n’en sont pas moins fondées à voir dans l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, le 28 juin 1914, à Sarajevo, capitale de la Bosnie, la preuve que la Russie, soutenue par la France et l’Angleterre, utilise l’hypernationalisme serbe pour remodeler à sa main les Balkans aux dépens des empires centraux et faire ainsi oublier son humiliante défaite de 1905 face aux Japonais.

« Si le tort n’était que d’un seul côté, disait La Rochefoucauld, les querelles ne dureraient jamais longtemps. » Rarement maxime ne s’est mieux appliquée aux relations internationales qu’à la veille de la Grande Guerre. Car aucune interprétation « totale » ne s’impose pour expliquer comment la civilisation la plus accomplie en même temps que la plus prospère de la planète, a pu, en une période si ramassée, s’engager avec tant de résolution dans la voie du suicide collectif. Et surtout pas la thèse marxiste, dont on connaît le leitmotiv : la Première Guerre mondiale est la conséquence directe de la course aux armements, elle-même fille du capitalisme qui, comme chacun sait, « porte la guerre comme la nuée porte l’orage » (Jaurès). Si le leader socialiste n’avait pas tort de considérer que les « masses » seraient les premières victimes du conflit, enrôlées qu’elles étaient au service d’intérêts bien éloignés de leurs préoccupations quotidiennes – d’où la noblesse de son combat pour empêcher l’irréversible – il n’en négligeait pas moins un aspect décisif : la psychologie des Etats qui n’avaient pas attendu les Krupp (en Allemagne), les Schneider (en France) ou les Guest (en Angleterre) pour se faire la guerre.  

Comme l’écrit Pierre Renouvin dans sa magistrale Crise européenne et la Première Guerre mondiale (PUF, 1969), si « la course aux armements, par un enchaînement inévitable, mène à la guerre [elle n’est] que le résultat d’une situation antérieure et des inquiétudes qu’elle a provoquées. [Elle] est un effet plus qu’une cause. »    

Causes économiques, alors ? Certes, la concurrence commerciale entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne est exacerbée à la veille du conflit. La croissance rapide de la flotte allemande (celle de guerre, mais aussi de commerce) inquiète les Anglais qui ont entendu sans plaisir excessif le Kaiser déclarer que l’avenir du Reich était sur mer. Mais les documents aujourd’hui en notre possession (toutes les archives connues sont désormais exploitées) démontrent qu’à Londres, comme à Berlin, les milieux économiques sont vent debout contre la guerre. L’ambassadeur d’Allemagne le constate, en juillet 1914 encore, dans un rapport à son gouvernement : c’est à la City que le pacifisme souffle le plus fort. Comment s’en étonner, quand on sait que la prospérité britannique repose d’abord sur la liberté des transactions internationales ? Si le besoin d’assurer celle-ci peut provoquer des guerres (comme en Chine, au xixe siècle, pour ouvrir de nouveaux marchés), un conflit généralisé est, au contraire, le plus sûr moyen de ruiner le commerce. Le raisonnement vaut aussi pour l’Allemagne où les progrès foudroyants de la production avaient été tels, depuis la fin du xixe siècle, que celle-ci avait tout à gagner à prolonger une paix favorable à ses exportations. Quant à la France, deuxième puissance coloniale après l’Angleterre, c’est plutôt à l’endroit de celle-ci qu’elle pourrait avoir des griefs depuis l’affaire de Fachoda (1898) qui l’a privée de la maîtrise du bassin du Nil. En 1914, le souvenir des manœuvres d’intimidation de la Royal Navy devant Brest est encore dans toutes les têtes, de même que le mot du Kaiser rêvant tout haut à une guerre franco-anglaise : « La situation devient intéressante ! » C’est pourtant aux côtés de la France que, le 4 août, la Grande-Bretagne entre en guerre sans ciller, après que l’armée allemande eût violé la neutralité belge pour foncer droit sur Liège, puis sur Paris.    

Loin de procéder d’une cause unique, la grande ordalie de 1914 est donc, d’abord, la conséquence d’un jeu de puissances qui, jusqu’alors, s’équilibrait subtilement mais qui soudain, s’est modifié sous l’effet d’un précipité chimique : la décomposition des Balkans, prétexte à l’irruption sur le théâtre centre-européen d’un Empire russe à peine en meilleur état que celui des Habsbourg.    

Déterminant est en effet le rôle de la Russie. Depuis un siècle et demi, celle-ci a été presque constamment mise en échec en Europe centrale par la politique autrichienne. Affaibli par la révolution de 1905, bouté hors d’Extrême-Orient par les Japonais (là même où Guillaume II n’avait cessé de l’inciter à aller combattre le « péril jaune »), Nicolas II voit dans la montée du nationalisme serbe, l’occasion rêvée de s’imposer, en champion des Slaves, dans le conflit qui oppose, depuis onze ans, Belgrade à Vienne. Indépendants des Turcs depuis 1882, les Serbes vivaient jusqu’en 1903 dans l’orbite de l’Empire autrichien, qui lui-même possédait des minorités serbes. Mais en 1903, un coup d’Etat renverse le roi Alexandre Ier de Serbie, sauvagement assassiné puis défenestré, auquel succède Pierre Ier, de la dynastie rivale des Karageorgévitch. Pro-russe, allié de la France, celui-ci ne cesse de prôner le regroupement, sous son autorité, et avec le parrainage du grand frère russe, des minorités serbes de l’empire. En 1908, Vienne réagit en annexant purement et simplement la Bosnie-Herzégovine, nominalement turque, mais que le congrès de Berlin (1878) a confié à son administration ; de nombreux Serbes y vivent, et réclamaient leur rattachement à la Serbie. Pour Belgrade, c’est une humiliation. Le choc en retour aura lieu le 28 juin 1914 avec l’attentat de Sarajevo. On connaît la suite : l’accusation, aussitôt portée par Vienne, de l’implication de Belgrade dans le complot (les preuves n’en seront réellement établies qu’en 1919) ; l’ultimatum autrichien du 17 juillet enjoignant la Serbie d’accepter l’envoi à Belgrade d’enquêteurs impériaux ; puis, le 25 juillet, le refus des Serbes, poussés par les Russes à refuser tout accommodement. Le 28 juillet, Belgrade est bombardée. Le 30, la Russie mobilise sans en référer à ses alliés français et britanniques. Et le 1er août, Vienne et Berlin déclarent la guerre à Saint-Pétersbourg.  

L’Allemagne, de son côté, porte la responsabilité d’avoir poussé l’Autriche vers la guerre contre la Serbie, tout en espérant, jusqu’au bout, que le conflit resterait régional. Une circulaire du gouvernement allemand à ses ambassadeurs note, le 24 juillet : « Toute intervention d’une autre puissance, vu la diversité des obligations d’alliances, entraînerait des conséquences incalculables. » Incalculables est le mot. Mais alors, pourquoi avoir sauté le pas en s’engageant corps et biens auprès de Vienne ? L’ubris pangermaniste de Guillaume II, qui connaît mieux que quiconque les faiblesses de son allié autrichien, est assurément l’autre cause déterminante du conflit : en cas de victoire de la Triplice, qui aurait pu empêcher le Kaiser d’imposer à l’Autriche, exsangue quoiqu’il arrive, un Anschluss avant la lettre ? Il faut « renflouer » l’Autriche, dit alors le Kaiser. La renflouer avant de l’avaler ?    

Est-ce à dire que la Grande-Bretagne et la France n’ont porté aucune responsabilité ? Si les Britanniques sont restés, jusqu’au bout, en arrière de la main, ils n’en restent pas moins fidèles à leur politique de toujours : affaiblir l’Etat européen le plus apte à dominer le continent. En ce début de xxe siècle, l’Allemagne de Guillaume II a remplacé dans ce rôle la France de Napoléon. Quant à la France, la germanophobie de ses élites est au moins équivalente à la gallophobie des pangermanistes qui, provocation suprême, ont fait de l’Alsace-Lorraine, annexée en 1871, le laboratoire de leur doctrine. « Herr Jaurès ! » a lancé Maurras quand le fondateur de l’Humanité a eu le mauvais goût de se rendre à Berlin, en 1913, pour parler devant un parterre d’ouvriers allemands acquis au désarmement. « Le nationalisme, résume Barrès, est un protectionnisme. » Une discipline de l’esprit visant à résoudre « toutes les questions par rapport à la France ».    

Sans aller si loin qu’eux, de Gaulle lui-même raconte, dans ses Mémoires de guerre, combien la perspective d’un conflit franco-allemand, qui permettrait de laver l’humiliation de Sedan, comblait son patriotisme de jeune Saint-Cyrien : « Je dois dire que ma prime jeunesse imaginait sans horreur et magnifiait à l’avance cette aventure inconnue. En, somme, je ne doutais pas que la France dût traverser des épreuves gigantesques, que la vie consistait à lui rendre, un jour, quelque service signalé et que j’en aurais l’occasion. »    

Mais plus que des ardeurs nationalistes, expansionnistes ou séparatistes qui, en 1913-1914, se conjuguent pour transformer l’Europe en un funeste bouillon de culture, c’est bien de la force implacable des alliances que va surgir la tragédie. « On lie les bœufs par les cornes et les hommes par les traités », écrivait Loysel, le plus grand légiste du XVIe siècle. Il arrive qu’à force d’être trop liées, les nations aussi partent sans protester à l’abattoir.    

Source : http://www.lespectacledumonde.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=594:autopsie-dun-desastre&catid=29:dossier&Itemid=55  

Voir également : Les origines de la Première Guerre Mondiale, analysées sous un angle marxiste, par Carl Pépin  

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 09:05

L’historien français Nicolas Offenstadt et son collègue allemand Gerd Krumeich analysent pour « La Croix » le besoin qu’a la France de commémorer le centenaire de la « Grande guerre ».

Une passion française
 Peut-on dire qu’il y a vraiment, aujourd’hui, une passion française pour 14-18 ?
 Nicolas Offenstadt : 14-18 est l’une des périodes qui ont, en France, la plus grande résonance dans les mémoires populaires. C’est une période qui touche tout le monde, pas seulement les érudits. Le phénomène est massif et fascinant. Il se manifeste par plusieurs symptômes.
Il se traduit, par exemple, au sein de milliers de familles, par des activités de mise en valeur des souvenirs liés aux aïeux qui ont fait la guerre : recueil des documents (lettres, carnets) et des objets personnels, entretien des tombes et monuments aux morts.
La présence de la Grande Guerre ne cesse, par ailleurs, d’être très importante dans toutes les formes d’art, qu’il s’agisse du cinéma – rappelons-nous le succès d’Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet ou de Joyeux Noël de Christian Carion –, de la littérature – pas une rentrée sans plusieurs romans ayant 14-18 pour cadre –, voire de la bande dessinée, de la chanson ou même du rock.
 Gerd Krumeich : Je constate, en effet une vraie passion française pour 14-18. Chez les Français, la période fait l’objet d’un devoir de mémoire et suscite un grand entrain. Chaque petit Français le sait : elle est un élément fondateur de l’identité française. Il ne faut pas oublier que la Première Guerre mondiale s’est déroulée en grande partie en France. En Allemagne, ce désir passionné de commémorer la Grande Guerre n’existe pas.
Refoulement de 39-45 et expérience partagée
 Pour quelle raison les Français ont-ils tant besoin   de commémorer la Grande Guerre, cent ans après ?
 G. K : Je l’explique par le besoin collectif de refouler la Seconde Guerre mondiale. Les Français ont, certes, souffert de la Seconde Guerre mondiale, mais pas de la même manière que durant la première. Durant la seconde, il y a eu la trahison de Vichy et de très mauvais instincts ont été réveillés par les Allemands, même s’il convient de balancer le constat. La France a mis du temps à comprendre que tout n’avait pas alors été importé. Il persiste en France un certain refoulé pour cette histoire plus récente, qui permet de se replonger autant dans un passé plus lointain. Cela explique pourquoi la Grande Guerre y est restée grande et la plus grande encore – par le nombre de participants et les conséquences – y est restée « petite ».
 Ce serait donc pour se consoler de la défaite de 1940   que les Français glorifieraient autant 14-18 ?
 G. K. : En partie. Pour la France, la Seconde Guerre mondiale a été une débandade à plusieurs niveaux. C’est une chose qu’elle n’a jamais aimé se rappeler. Il y a aussi le fait que la France n’a pas eu, à l’issue du second conflit, autant de morts que durant le premier : les cimetières militaires ou civils liés à 39-45 n’y sont pas aussi instaurés qu’en Allemagne ou en Russie.
 N. O. : Je ne suis pas tellement d’accord avec cette analyse psychanalytique. Je vois plutôt deux autres explications. La première est d’ordre général : aujourd’hui, nous vivons dans un pays qui – comme d’ailleurs aussi l’Allemagne – a besoin de passé, qu’il soit proche ou lointain – et en consomme beaucoup sous diverses formes – allant de la lecture d’ouvrages à la présence des reconstitutions historiques. Nous sommes dans un temps où le passé est une ressource et rassure, parce que l’avenir est opaque et que les références traditionnelles – spirituelles ou politiques – sont affaiblies.
 Pourquoi 14-18 est-elle   l’une des principales périodes sur lesquelles les Français   aiment à revenir ?
 N. O. : Elle est une expérience collective partagée. Presque toutes les familles de France ou des ex-colonies gardent la mémoire d’un ancêtre qui a connu cette expérience.
 G. K. : Il faut aussi ajouter que la Première Guerre mondiale s’est surtout déroulée en France.
 N. O. : 14-18 est une référence quasi automatique pour tout Français. Chacun peut toucher cette expérience du doigt au travers de souvenirs familiaux matériels consistant en des documents – lettres, carnets, photos – et des objets d’artisanat de tranchée – douilles, pipes ou autres objets sculptés, etc. Enfin, l’image positive donnée aujourd’hui du poilu supplante le tout.
La sacralisation du « poilu »
 Une image positive du poilu…   à ce point ?
 N. O. : Le poilu est devenu un personnage de l’histoire de France quasiment incontestable, quel que soit l’angle sous lequel vous l’abordez. Il est ainsi aussi bien victime d’un commandement arbitraire que des conditions générales de la guerre, combattant acharné ou désobéissant, habité par la foi ou désespéré. Chacun peut s’y projeter, qu’il soit militariste ou antimilitariste, chrétien, communiste ou autre. À chacun son poilu. Aucune autre figure historique française ne propose autant de modèles positifs. Y compris durant la Seconde Guerre mondiale.
 G. K. : L’expérience du poilu français est désormais partagée mais, durant la guerre, elle ne l’était pas tant que cela : dans le sud de la France, par exemple, elle pouvait être considérée avec un certain détachement. Aussi la bonne question est : comment l’unicité de cette expérience s’est-elle construite ? Tout Français incorporable a servi et fait une vraie expérience de guerre. C’est la bataille de Verdun menée par Pétain qui a, par la suite, permis l’enclenchement du processus d’idéalisation du poilu.
 N. O. : On a sans doute exagéré l’unité des soldats dans les tranchées. Les rapports de classe pouvaient y être très tendus : les intellectuels avaient ainsi beaucoup de mal à se fondre dans la troupe. Les clivages régionaux n’y ont pas, non plus, été toujours surmontés. Il n’empêche que tous les soldats du front ont vécu ensemble la sortie de la tranchée pour donner l’assaut ou l’expérience des bombardements.
G. K. : Cette unicité de l’expérience des poilus est sans doute d’autant plus forte, dialectiquement parlant, qu’elle est venue après ces tensions.
N. O. : Après la guerre, ces expériences ont été fédérées notamment dans les luttes communes des associations d’anciens combattants pour obtenir avec succès des pensions et retraites. Ce fut l’un des plus grands mouvements associatifs de la « société civile » dans la France du XXe siècle.
G. K. : Et puis tous les partis, de gauche comme de droite, étaient d’accord pour dire : « Plus jamais ça ! »
 Peut-on parler d’une sacralisation du poilu ?
 N. O. : Oui. Le poilu est devenu une figure héroïque sacralisée. Sa légende s’est construite petit à petit. Elle s’est resserrée, dans les années 2000, sur les derniers survivants, et notamment le dernier, Lazare Ponticelli, décédé en 2008.
 G. K. : Cette légende s’est construite d’autant plus facilement que, dans chaque commune, un monument aux morts de la Grande Guerre rappelle leur sacrifice.
La parenthèse des années 1960-1970
 N’y a-t-il pas eu un basculement dans la construction de cette légende ? Dans les années   1960-1970, le poilu n’avait pas bonne réputation auprès    des jeunes générations…
 N. O. : Il y a eu en effet un revirement mémoriel. Le poilu revient aujourd’hui parce qu’on a besoin de passé. Dans les années 1960-1970, on était davantage tourné vers l’avenir, c’étaient les Trente Glorieuses, une partie de la jeunesse aspirait à une révolution mondiale et à de nouvelles sociétés, le tiers-monde faisait entendre sa voix : le poilu était alors renvoyé à un patriotisme daté.
À quel moment situer   le revirement ?
 G. K. : Je le situe en 1978, avec la publication des Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier (1914-1918), qui a eu beaucoup d’écho à l’époque. C’est une période où, comme en Allemagne, les jeunes générations commençaient à être intéressées plus par le vécu et la souffrance des soldats que par les causes, les conséquences et les responsabilités du conflit. Depuis, le public veut aussi savoir pourquoi tant de soldats ont couru en 1914 pour se faire massacrer.
 N. O. : Le revirement a été couronné en 1998, année du 80e anniversaire de l’armistice où Paroles de poilus, ensemble d’extraits de lettres et de carnets publié par l’écrivain Jean-Pierre Guéno et le journaliste Yves Laplume, a rencontré un grand succès. C’est aussi l’année où, au sommet de l’État, en la personne du premier ministre Lionel Jospin, la question des mutins fusillés a été évoquée publiquement.
 Pourquoi ce besoin, si grand,   du passé ? La France a-t-elle si peur de l’avenir,   de la mondialisation ? A-t-elle un problème d’identité ?
N. O. : Ce recours au passé signifie bien sûr que la société française s’interroge sur son avenir. Il y a des milliers de projets de commémoration dans les départements et régions. La Grande Guerre est une ressource parce que son souvenir s’accompagne également d’une mythification du lien social qui a fait que, malgré les difficultés et les divergences, la société d’alors a fait corps.
G. K : Exactement. Pour les Français, 14-18 est une grande guerre parce qu’elle a, pour eux, du sens. Ce n’est pas le cas de la Seconde Guerre mondiale.
14-18 pour l’Allemagne, les pays d’Europe de l’Est et la Russie
Y a-t-il en Allemagne le même engouement qu’en France   pour 14-18 ?
G.K. : En Allemagne, c’est tout le contraire. Jamais, depuis bientôt cinquante ans que je travaille sur le sujet, je n’ai vu un tel décalage entre nos deux pays. Chez nous, nous ne commémorons pas 14-18. Cela ne nous concerne pas, ce n’est pas notre histoire.
N.O. : Un ami allemand me disait que, en Allemagne, l’intérêt pour la « Grande Guerre » est quasiment équivalent à celui des Français pour la guerre de 1870 : autrement dit, très faible !
G. K. : Il faut bien comprendre que, pour nous, Allemands, notre histoire commence, pour ainsi dire, en 1945. Dans ma jeunesse, nous nous intéressions à 14-18 dans l’optique de comprendre la République de Weimar, le nazisme, Hitler et la Seconde Guerre mondiale. Nous ne nous penchons pas sur la Première Guerre mondiale pour elle-même. Si on s’accorde ailleurs à dire qu’elle fut la première grande catastrophe du XXe siècle, les Allemands ne la considèrent pas comme telle pour leur histoire. Cela est vrai des Allemands issus de la RFA comme de la RDA.
Ne lit-on pas en Allemagne Orages d’acier  d’Ernst Jünger  ou  À l’Ouest rien de nouveau  d’Erich Maria Remarque ?
G. K. : Ces livres ne sont pas très lus, à la différence de ce qui se passe en France. En 2007, il y a eu une réédition d’À l’Ouest rien de nouveau peu remarquée. Quand j’ai proposé à un grand éditeur de constituer un corpus des grands romans de 14-18 parus dans les années vingt et trente, il m’a répondu qu’il ne trouverait pas de public pour ce projet. Autre signe de notre désintérêt, notre rapport aux monuments aux morts. En France, ils occupent une place centrale. En Allemagne, on a oublié bien souvent où ils se trouvent.
N. O. : Il y a cependant un intérêt personnel grandissant des Allemands pour cette période, comme l’a montré le succès d’« Europeana », ce programme de numérisation des archives familiales liées à 14-18 qui doit s’appliquer en France en ce mois de novembre.
G. K. : C’est vrai, mais cela reste individuel. Il ne faut y voir aucune tentative collective de se réapproprier 14-18 comme partie importante, voire initiale de notre histoire.
La France et l’Allemagne   ne partagent donc pas le même intérêt pour 14-18. À chaque pays, au fond, son rapport   à la Grande Guerre ?
N. O. : Le souvenir de la Première Guerre mondiale, son rôle dans la construction des identités, est très variable selon les pays. Il y a ceux pour qui elle s’inscrit dans une longue histoire, comme la France. Il y en a d’autres pour qui elle est fondatrice de la nation ou occupe une place forte dans le récit national, comme l’Australie, le Canada et les pays d’Europe qui ont émergé à la fin de la guerre.
G. K. : Je constate un intérêt de plus en plus prononcé pour la Grande Guerre dans les pays d’Europe de l’Est comme la Pologne, la Bulgarie et la Serbie. En Pologne, sous le régime communiste, il était interdit d’en parler. Savez-vous qu’à Verdun, les Polonais ont perdu 70 000 soldats ? La moitié est tombée au côté des Français, l’autre, du côté des Allemands.
N. O. : On assiste, dans les pays issus du bloc communiste, à une renationalisation du passé. L’intérêt pour la Grande Guerre s’inscrit dans cette montée des nationalismes. La Russie de Poutine n’échappe pas à ce mouvement. L’un des enjeux de la commémoration du centenaire de 14-18 réside dans le rôle qu’elle va jouer dans la redéfinition des identités nationales et aussi régionales.

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Nicolas Offenstadt : Né en 1967 à Suresnes, il est maître de conférences à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne. Il s’est fait connaître en 1999 par une étude sur Les Fusillés de la Grande Guerre et la Mémoire collective (chez Odile Jacob). Puis il a travaillé la question de l’image des poilus. Il participe à l’animation du Collectif de recherche international et de débat sur 14-18. Il a beaucoup d’intérêt pour l’histoire de l’Allemagne, où il se rend souvent. Il est aussi spécialiste du Moyen Âge. Dernier ouvrage : La Grande Guerre, carnet du centenaire (chez Albin Michel, avec André Loez).

Gerd Krumeich : Né en 1945, il est professeur émérite à l’université Heinrich-Heine de Düsseldorf, sa ville natale. Il a fait une partie de ses études supérieures à Paris. Il a consacré en 1975, en Allemagne, une thèse sur les armements et la politique en France avant la Première Guerre mondiale. Il est vice-président du Centre international de recherche de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne (Somme), à la création duquel il a participé. Il est aussi spécialiste de Jeanne d’Arc. Dernier ouvrage : Cicatrices. La Grande Guerre aujourd’hui (chez Tallandier, avec Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean Richardot).

RECUEILLI PAR PAULA BOYER, ANTOINE FOUCHET et LAURENT LARCHER

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 00:47

Regards-citoyens.com propose à ses lecteurs de prendre connaissance de l'analyse, sous un angle marxiste, des origines de la Première Guerre Mondiale proposées par Carl Pépin.

 

(Article rédigé en fonction des analyses de Jacques Droz dans :
Les causes de la Première Guerre mondiale. Essai d’historiographie
(collection « Points-Histoire », Paris, Éditions du Seuil, 1997, 207 pages).

 

« Chaque période historique possède ses lois propres » (Karl Marx)

 

Introduction

Ceux qui lisent l’histoire et qui sont mis au fait d’un événement historique se questionnent souvent sur la ou les causes de ce dernier. On cherche à savoir quel fut l’élément déclencheur ou les raisons immédiates qui provoquèrent une série d’événements. Mais a-t-on idée de s’interroger plutôt sur le contexte créant un climat typique pour démarrer un ou des événements ? Le contexte et les circonstances globales qui conduisent les faits à se produire peuvent se définir comme étant ses origines. Tout comme les causes, les origines s’interprètent de plusieurs façons selon les thèses et les manières de penser les événements historiques. Il était donc important d’établir cette distinction entre causes et origines avant d’aborder l’objet de cet article.

L’objet en question s’attarde sur les origines de la guerre de 1914-1918, mais vu selon la théorie de Karl Marx, dont Lénine fut le représentant le plus fidèle pendant le conflit. Pourquoi la théorie marxiste ? Comme l’écrivait l’historien français Jacques Droz, il importait de considérer les origines de la guerre par la voie marxiste du capitalisme international afin de changer des méthodes traditionnelles cherchant plutôt les origines du conflit sur les fondations des histoires nationales (1). Autrement dit, pourquoi ne par chercher à comprendre les origines de la guerre en expliquant cette dernière par un agencement de relations économiques (et politiques par le fait même) qui auraient entraîné, par la concurrence sur les marchés internationaux de l’époque, des tensions entre les grandes puissances ? Comme le veut la théorie marxiste, la guerre de 1914-1918 pourrait ainsi s’expliquer dans un cadre où les règles et des lois suivent un processus aboutissant inévitablement à une conflagration générale. Donc, la guerre ne serait nullement un produit du hasard et des intrigues politiques, mais de quelque chose qui suit un cycle « calculé », avec conscience ou non, avant 1914.

Le point de vue de Lénine

Selon Lénine, la guerre n’était en fait que le résultat de l’inégal développement des économies mondiales, d’une lutte pour les marchés et du choc des impérialismes. Pour appuyer ses thèses, Lénine dénonçait les buts de guerre « hypocrites » des grandes puissances : la France voulant détruire le militarisme allemand, l’Allemagne désireuse de mettre fin au régime réactionnaire des Tsars, etc. Lénine affirmait que les véritables enjeux de cette guerre étaient plutôt de s’emparer des territoires voisins, de masquer d’éventuelles révolutions par l’envoi au front de millions de paysans et d’ouvriers, de ruiner l’ennemi, etc. (2). Sous un autre angle, il était question du choc des impérialismes. Quand Lénine écrivait en 1916 son ouvrage Impérialisme, Stade suprême du Capitalisme, il voulait mettre en lumière le fait que l’accumulation de richesses augmente la puissance et que cette même puissance se frotte inévitablement à une semblable, d’où une guerre est à prévoir si aucune entente n’est trouvée. Bref, la guerre est simple selon Lénine. Il s’agit, suite à plusieurs décennies de capitalisme, d’une accumulation de tensions et de rivalités à bases économiques et non de la méchanceté de tel ou tel homme d’État. Qui en est victime au bout du compte ? Le prolétariat ouvrier et paysan.

Prolétariat contre capitalisme/impérialisme, selon les historiens Lasswell, Jerussalimski et Freymond

« Les gouvernements d’Europe occidentale ne peuvent jamais être parfaitement sûrs qu’un prolétariat conscient de ses intérêts de classe ne réponde à l’appel du clairon » (3). Sur cette citation de l’historien américain Lasswell, son homologue soviétique Jerussalimski (en 1951) rappelait que Lénine a vu juste dans le caractère impérialiste de la guerre et que l’on pouvait s’attendre à un revirement de la part des classes opprimées contre l’État. Selon la théorie marxiste, le prolétariat ouvrier et paysan n’avait pas à s’impliquer, s’il eut fait valoir ses droits, dans un conflit où seuls les intérêts capitalistes et impérialistes étaient en jeu. On mentionne à nouveau le choc des impérialismes dans les enjeux d’avant 1914. Cependant, l’historien français Freymond apporte des objections aux thèses de Lasswell et de Jerussalimski. Le prolétariat ne fut pas impliqué entièrement dans une guerre où les caractères impérialistes et capitalistes avaient cours uniquement. Son principal argument réside dans le fait que l’Angleterre et les États-Unis étaient parvenus avant 1914 à des accords pour concilier leurs intérêts et éviter du coup une accumulation de tensions. Bien que ces deux pays aient pu s’entendre par la voie diplomatique, la théorie marxiste pense que l’Allemagne n’avait d’autre choix que le recours à la guerre afin de faire valoir sa place dans le monde.

L’avarice allemande seule responsable ?

À contre-courant, l’historien français Raymond Aron ne fait pas retomber la faute de la guerre sur le capitalisme industriel. Il s’agirait en fait de « l’avarice millénaire » (ex. : tensions dans les Balkans, vieille rivalité franco-allemande, etc.) qui serait responsable du conflit à dimension mondiale. Toujours selon Aron, les peuples d’Europe n’auraient pas été conduits à la guerre s’ils avaient adopté la rationalité économique (4). Autrement dit, la guerre est un produit de longue date et « normal ». Tout comme les guerres européennes précédentes, cette guerre de 1914 s’insère dans un cadre similaire, mais avec la particularité que les hommes d’État découvrirent trop tard la dimension industrielle qu’aillait prendre le conflit. Certes, Aron est à contre-courant si l’on prend sa thèse dans une perspective marxiste, mais ce dernier ne nie pas l’influence de l’économie sur la guerre. Il considère que l’économie est un petit morceau du casse-tête posé par les origines du conflit de 1914.

La guerre capitaliste et impérialiste vue par Hallgarten

Au début des années soixante, à la même époque que Aron, l’historien Hallgarten tenta de revenir à la théorie marxiste sur les origines de la guerre. Il voulait redéfinir, dans un premier temps, la part du facteur économique dans les décisions politiques. Hallgarten voulait montrer les liens unissant les milieux d’affaires aux politiciens, de sorte que le pouvoir politique subit l’influence directe du capitalisme. De plus, l’historien évoqua ce que j’appelle les « rongeurs de pouvoir », c’est-à-dire tous les milieux de la presse écrite, des ligues militaires et politiques (les pangermanistes par exemple), des étudiants, etc. L’influence de ceux-ci se traduit souvent par les accusations qui leur sont portées d’avoir empoisonné la vie politique, les problèmes étatiques et redonner de l’eau au moulin des idées impérialistes. Comme l’écrit Hallgarten: « (…) la préservation de la paix dépendait de plus en plus de la détermination résolue chez les dirigeants de sacrifier leur réputation de patriotes sur l’autel de l’humanité. » (5)

Conclusion

« (…) le développement de l’impérialisme multiplie en fait les rencontres concurrentielles et les heurts d’intérêts que ne peuvent dissimuler que de passagers compromis » (6). Voilà la théorie marxiste : la guerre comme résultat d’un mariage entre le capitalisme et l’impérialisme, auquel le prolétariat est entraîné dans une sorte de « ménage à trois explosif ». Il faut certes apporter des nuances. Dans cet essai d’historiographie, la théorie marxiste en est une parmi d’autres pouvant apporter des réponses aux origines de la Première Guerre Mondiale. J’aurais sans doute pu utiliser des sources un peu plus variées pour cet exposé, mais l’ouvrage de Jacques Droz est un livre d’historiographie synthétisant très bien les différentes opinions sur le contexte d’avant-guerre.

Somme toute, la guerre, dans l’analyse marxiste, aurait-elle pu être évitée ou du moins localisée ? Si l’on se fie aux dires de Karl Marx avec ses lois historiques, la guerre aurait, techniquement, pu être évitée en effet. Le philosophe pensait que le capitalisme et l’impérialisme s’inséraient dans un cadre ajusté en fonction de lois spécifiques de l’époque. À ces lois, les hommes devraient s’adapter en conséquence. Par contre, il faut prendre également en considération les intérêts nationaux, les intrigues diplomatiques, le jeu des alliances, etc., pour définir l’attitude des hommes dans les origines du conflit. Pour tout cela, les historiens s’aventurent en terrain glissant quand ils veulent trouver les réponses exactes aux origines de la guerre de 1914-1918. Rien n’est « coulé dans le béton » comme l’on dit…

 

Notes :

1 – Jacques Droz, Les causes de la Première Guerre mondiale. Essai d’historiographie, Paris, Éditions du Seuil, 1997, page 42.
2 - Idem., page 43.
3 - Ibid., page 46.
4 - Ibid., page 47.
5 - Ibid., page 48.
6 - Ibid., page 50.

 

© Anovi 

 

Source : http://grande-guerre.org/?p=446

 

Voir également : Autopsie d'un désastre, par Erice Branca (lespectacledumonde.fr)  

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