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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 19:19

La chancelière allemande Angela Merkel a soutenu samedi une proposition visant à fermer les 17 centrales nucléaires du pays d'ici 2022.

S'exprimant lors d'un meeting de la CSU, le parti bavarois allié à son Union chrétienne-démocrate (CDU), Merkel a jugé raisonnable cette échéance.

" Je pense que le calendrier proposé par la CSU est un bon calendrier ", a dit Merkel.

Le gouvernement prévoit d'annoncer sa décision le 6 juin.

La chancelière allemande est revenue sur la décision de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires du pays après le séisme et le tsunami du 11 mars au Japon qui ont fortement endommagé la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi.

Elle a également imposé un moratoire de trois mois sur les activités des sept plus anciennes centrales nucléaires du pays.

En raison de ce moratoire et des travaux de maintenance, seules quatre des 17 centrales allemandes fonctionnaient samedi 21 mai.

 

Source : Reuters

 

 

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 12:53

Grâce à un appui de 225 millions d'euros provenant du Mécanisme de financement du partage des risques (MFPR) de l'UE, créé par la Commission européenne et la Banque européenne d'investissement (BEI), l'Europe lancera en 2012 un satellite de télécommunications innovant : ALPHASAT.  

La BEI accorde à Inmarsat un crédit de 225 millions d'euros en vue de la construction et du lancement de ce satellite, dont le coût devrai atteindre quelque 598 millions d'euros. Ce crédit provient du MFPR géré conjointement par la Commission européenne et la BEI (cf. Le mécanisme de financement avec partage des risques (MFPR) de la BEI - Des capacités de prêt supplémentaires pour soutenir l’innovation en Europe), qui bénéficie du soutien financier du 7ème programme-cadre de RDT - PCRD - de l'UE (1 milliard d'euros) et de ressources propres de la BEI (1 milliard d'euros). la contribution de l'ESA, qui représente environ 230 millions d'euros, réside dans la mise à disposition de la plate-forme ALPHABUS.

Le MFPR facilite l'accès des entreprises privées ou des organismes publics au financement de la recherche, du développement et de l'innovation. Il couvre des projets dont l'ambition et la complexité entravent le financement par des sources privées, malgré l'importance de leurs retombées potentielles en termes de croissance économique, de créations d'emplois, de compétitivité et de progrès social.

La mission ALPHASAT est une entreprise commune de l'Agence spatiale européenne (ESA) et d'Inmarsat Plc, une société britannique spécialisée dans les communications par satellite. Un accord concernant ce projet a été signé le 22 avril à Bruxelles par Philippe Maystadt, président de la BEI, et Perry Melton, directeur général d'Inmarsat, en présence de Maire Goeghenan Quinn, Commissaire européen en charge de la recherche, de l'innovation et de la science, et de Magali Vaissière, directrice des télécommunications et des applications intégrées de l'ESA.

Le prototype ALPHASAT sera le premier satellite à bénéficier d'une plate-forme de nouvelle génération mise au point par l'ESA et le CNES. Il permettra à des zones reculées d'Europe, d'Afrique et du Moyen-Orient d'accéder aux services de communication de données et de communication vovale à grande vitesse. Les utilisateurs mobiles des secteurs maritime, aéronautique et terrestre pourront en faire usage dans toutes sortes de situations, et il facilitera notamment le travail des services médicaux et des services d'urgence. Les organismes de recherche disposeront d'un accès libre à Alphasat. dans un premier temps, celui-ci hébergera quatre applications développées par plusieurs universités, entreprises et organisations spatiales européennes s'occupant de recherceh aéronautique, terrestre et maritime.

Bel exemple de ce que l'Union devrait développer pour "sauver" des projets stratégiques comme Galiléo et Iter (cf. Où en est le programme européen Galiléo ? (2) ), et que la politique européenne des capacités et de l'armement pourrait généraliser pour l'ensemble des grands projets d'équipements à haute valeur ajoutée européenne selon des modalités appropriées aux secteurs de la sécurité et de la défense (cf. Dans le contexte actuel des finances publiques de ses Etats membres, l'UE peut-elle assurer un développement approprié des capacités requises par celui de la PSDC ? ).

 

 

 

 

 

 

 

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 08:38

EADS devrait instaurer des mécanismes de protection dans son capital afin d'éviter des prises de contrôle non souhaitées par la France et par l'Allemagne, déclare son président exécutif au Monde.

Le groupe européen d'aéronautique et d'espace dispose actuellement d'un actionnariat équilibré entre la France et l'Allemagne, dont Louis Gallois se dit le garant dans un entretien publié jeudi 31 mars par le quotidien.

L'Etat français et le groupe de médias Lagardère  ont des participations respectives de 15% et 7,5% et un total de 22,5% des droits de vote. Du côté allemand, le constructeur aéronautique Daimler détient 15% du capital et 22,5% des droits de vote.

" Pour le long terme, la meilleure solution est probablement de banaliser les participations de référence et d'instaurer des mécanismes de protection pour éviter des prises de contrôle non souhaitées par la France et par l'Allemagne ", explique Louis Gallois.

" Cela permettrait à chacun de gérer ses parts à sa convenance, dégagé de préoccupations de souveraineté ", ajoute-t-il.

Daimler a annoncé son intention de se désengager, au moins partiellement, d'EADS à moyen terme, tandis que Lagardère, dont la stratégie consiste à céder ses participations minoritaires, a indiqué qu'il ne céderait pas sa part dans le groupe avant l'an prochain.

Le ministre de l'Economie allemand Rainer Brüderle a déclaré fin février que la création d'une "golden share", qui donnerait à Paris et à Berlin un droit de veto sur les décisions stratégiques du groupe, pourrait être une solution si Daimler décidait de se désengager du capital d'EADS.

Louis Gallois, dont le mandat expire en 2012, a également écarté l'idée que la réorganisation récente de Cassidian, le pôle défense et sécurité, soit le prélude à une scission de cette division d'EADS.

" Soyons clairs : tant que je serai là, cela ne se produira pas", déclare-t-il. "Ce serait néfaste tant pour EADS que pour les activités de défense ".

 

Source : Reuters

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 11:29

Les centrales nucléaires européennes devront être testées, et les résultats rendus publics. C'est ce qu'a conclu le Conseil européen réuni jeudi et vendredi à Bruxelles. Si un consensus semble émerger sur la nécessité de ces évaluations, leurs modalités restent à préciser.
Autorités nationales ou groupes d'experts multinationaux, plusieurs options existent pour mener à bien ces tests. La France a d'ores et déjà indiqué par la voix de son président Nicolas Sarkozy que "les autorités de chaque pays doivent tester leurs propres centrales" [Euractiv], chargeant dans la foulée l'Autorité de sûreté nucléaire de conduire un audit.
L'incertitude demeure également en ce qui concerne les critères retenus, et les possibilités sont nombreuses, comme le souligne La Croix : "simulations de pannes de courant, de catastrophes naturelles, de défaillances des circuits de refroidissement ou des groupes électrogènes…". Le commissaire à l'Energie Günther Oettinger a toutefois indiqué vouloir "les normes de sécurité les plus élevées" [AFP].
Le "mode d'emploi" de ces tests sera publié en juin par la Commission européenne, qui vise une mise en œuvre à l'automne pour des résultats publiés en fin d'année. En cas d'échec, plusieurs pays ont déjà annoncé qu'ils fermeraient les centrales concernées, c'est le cas de l'Allemagne, de la France ou encore de l'Espagne. Pour Le Point, "les enjeux sont énormes. 24 nouveaux réacteurs sont en projet dans l'UE, dont six sont déjà en construction : deux en Bulgarie, un en Finlande, un en France et deux en Slovaquie".
Cette décision s'inscrit dans un contexte d'inquiétude grandissante autour des risques liés au nucléaire, et notamment en Allemagne et en Italie ou des manifestations ont eu lieu le week-end dernier. "En Allemagne, plus de 200 000 manifestants ont défilé pour réclamer la fermeture des 17 réacteurs actuellement en activité dans le pays" [Euronews]. De même à Rome, "des milliers de personnes ont manifesté samedi contre l’atome. Le nucléaire civil italien, abandonné en 1987 par référendum après Tchernobyl, devait faire l’objet d’un nouveau vote en juin" [La Croix].

 

 

 

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 09:17

L'énergie nucléaire peut être libérée de deux façons : en cassant des noyaux atomiques lourds ou en fusionnant des noyaux très légers, ce qu'on appelle respectivement la fission et la fusion nucléaire. Si la fission est contrôlée depuis longtemps pour la production d'électricité, ce n'est pas encore le cas de la fusion. Cette réaction est difficile à réaliser car il faut rapprocher deux noyaux qui ont tendance naturellement à se repousser. Pour arriver à la fusion thermonucléaire, il faut notamment atteindre des températures de l'ordre de 100 millions de degrés !

Maîtriser sur Terre la fusion de noyaux légers, tels que le deutérium et le tritium, ouvriraient la voie à des ressources en énergie quasiment illimitées. Grâce aux machines appelées « tokamak », les chercheurs expérimentent depuis plusieurs années la fusion par confinement magnétique. Aujourd'hui la communauté scientifique internationale s'apprête, en France à Cadarache, à construire le plus important tokamak jamais réalisé. C'est le projet ITERqui devrait permettre de démontrer la faisabilité scientifique et technologique de l'énergie de fusion.

 

Pour en savoir plus sur ce sujet, voir notamment http://www.cea.fr/energie/dossier_iter/la_fusion_controlee

 

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 22:15

Toutes les installations nucléaires sont conçues pour résister aux séismes selon une méthode très rigoureuse.

Tout d'abord, on cherche le " séisme historique " , c'est à dire le séisme le plus important jamais survenu dans l'histoire de la région. Ensuite, on suppose que va se produire, juste sous la centrale, un séisme d'une énergie double, appelé " séisme majoré de sécurité ". L'installation est alors conçue pour ne subir aucun dommage menaçant la sûreté lors d'une telle catastrophe naturelle. Les matériels font l'objet de tests rigoureux réalisés dans des laboratoires d'essais sismiques, en particulier à l'aide de tables vibrantes.

Les risques d'inondations, d'explosions, de tempêtes, de chutes d'avions - même s'il est interdit de survoler les installations nucléaires à basse altitude - sont traités de la même façon. Ils sont pris en compte dans la conception des bâtiments des réacteurs, selon la nature de l'environnement de la centrale : analyse des crues, protection des bâtiments contre les ondes de chocs, mise hors d'eau des matériels.

 

Pour en savoir plus : http://www.site-gamma.fr/qu_re_nuc.php

 

 

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 15:49

Le réacteur de Fukushima est dit à eau bouillante (REB). Contrairement aux réacteurs français, à eau sous pression (REP), il n'y a pas d'échange thermique entre un circuit primaire en eau liquide et un circuit secondaire en eau vapeur, ce qui est un gage de simplicité. En cas d'accident de perte de réfrigérant (perte d'eau primaire), il est nécessaire, dans ces deux types de réacteurs à eau, d'injecter de l'eau dans la cuve pour assurer le maintien sous eau du combustible de façon à prévenir sa dégradation pouvant aller jusqu'à sa fusion.

" C'est ce mécanisme qui a été mis en défaut par le séisme, puis le tsunami ", expliquait Thierry Charles, directeur de la sûreté des usines nucléaires à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), samedi 12 mars à 9 heures du matin. Le tremblement de terre a entraîné la mise à l'arrêt automatique du réacteur, dont le coeur doit cependant continuer à être refroidi. Mais le tsunami a partiellement noyé le site, mettant hors d'usage les groupes d'alimentation électrique diesel qui sont censés prendre le relais. " C'est pourquoi, hier (vendredi 11 mars), l'exploitant a fait venir des groupes diesel externes ", précisait-il.

Mais ces opérations n'ont pas empêché le niveau de l'eau dans le coeur de diminuer, par transformation de l'eau liquide en vapeur. Les autorités ont décidé de relâcher une partie de celle-ci dans l'environnement pour faire baisser la pression dans l'enceinte de confinement, ce qui explique l'élévation du niveau de la radioactivité dans l'environnement immédiat de la centrale et l'évacuation des populations dans un rayon de 10 km.

" Les informations sont parcellaires ", indiquait M. Charles, qui constate que les déclarations de l'autorité de sûreté japonaise et celles de l'exploitant Tepco ne concordent pas totalement, le second indiquant que la fonte du coeur n'est pas en cours.

" On est à la frontière de la fusion ", estimait samedi matin Thierry Charles. Tout dépendait désormais de la capacité de Tepco à injecter de l'eau de refroidissement dans le coeur. S'il n'y parvenait pas, la fusion pourrait avoir lieu " en quelques heures ", indiquait l'expert. La question de l'impact sanitaire et environnemental dépendrait ensuite totalement de l'état de l'enceinte de confinement, " mais on ne le connaît pas ", notait Thierry Charles. Quelques minutes plus tard, on apprenait que le bâtiment était en partie détruit.

 

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 10:17

Dans les économies développées, où les gains de productivité ont fortement ralenti, l'innovation est le principal vecteur de la croissance et de la compétitivité.

Dans les pays avancés, à l'échelle des entreprises comme des politiques économiques, une conception scientifique et technocentrée de l'innovation a longtemps prévalu. Au sommet de Lisbonne (2000), la stratégie qui se proposait de faire de l'Union européenne (UE) "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde" fut un concentré de cette idéologie : hors des investissements massifs dans la recherche-développement (R & D) et les nouvelles technologies, point de salut.

Mais en négligeant les besoins du marché et en abandonnant les secteurs traditionnels aux pays les moins développés, on a sous-évalué le potentiel d'innovation dans les entreprises à faible ou moyenne intensité de recherche. Celles où, selon les critères de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le ratio R & D sur production ne dépasse pas les 3 %, contre plus de 5 % pour les secteurs considérés comme "high-tech".

Or, non seulement "la société de la connaissance" ne saurait se réduire au développement des technologies les plus avancées, mais encore ce sont les secteurs traditionnels (appareils ménagers, industrie alimentaire, papier, bois, meubles, métallurgie, plastique...), où les PME sont majoritaires, qui jouent toujours le rôle le plus important dans l'innovation, la croissance et l'emploi.

C'est ce que l'étude des dynamiques de PME (y compris artisanales) montrait au milieu des années 2000 dans les travaux du programme européen Pilot ("Innovation in low and medium technology industries", Research Policy, vol. 38-3, 2009).

Ce constat fut réitéré dans les plus récentes publications de l'OCDE (La Stratégie de l'OCDE pour l'innovation, 2010). Les premiers établissaient que les activités à basse et moyenne intensité technologique comptaient pour environ 97 % de l'ensemble des activités économiques du Vieux Continent, et plus de 75 % de l'emploi manufacturier - proportions qui n'ont pas changé en Europe occidentale depuis 1980 -, tout en générant une part significative de leur chiffre d'affaires dans les produits nouveaux et la modernisation.

Les secondes remarquaient que la proportion de sociétés n'investissant pas en R & D, mais susceptibles de concevoir des produits, des procédés et des marques, d'investir dans les stratégies marketing ou de développer des formes alternatives de management, représentait entre un tiers et la moitié des firmes innovantes dans les pays de l'OCDE.

Un nouveau modèle
D'où la nécessité de porter aujourd'hui attention aux processus d'innovation spécifiques aux PME et d'élargir les catégories officielles des activités innovantes au-delà de la R & D interne et de la seule dimension technologique.

Un nouveau modèle de l'innovation pourrait alors émerger, qui fasse toute sa place à la capacité des entreprises, notamment des plus petites, à absorber, utiliser et faire circuler des connaissances produites à l'extérieur, y compris en recombinant empiriquement des éléments de technologie avancée.

Cela suppose, de la part des sociétés, une habileté à mobiliser des compétences pratiques, souvent tacites et difficiles à imiter, à faire travailler ensemble une multiplicité d'acteurs dont l'hétérogénéité déborde largement le couple laboratoire de recherche-application en entreprises. Cela exige aussi de compléter les classifications officielles - elles mesurent en général les niveaux d'intensité technologique à travers de grands agrégats sectoriels - par des segmentations plus fines.

 

Philippe Trouvé est professeur au groupe ESC Clermont-Ferrand

 

Voir également les articles des rubriques :

 * Technologies et entreprises en action et en débat

 * UE, formation, recherche, technologie & industrie

 

 

 

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:23

Suicides, souffrance au travail : alors que les risques psychosociaux sont devenus un enjeu dans les entreprises comme dans la société, Yves Clot, professeur de psychologie du travail au Conservatoire National des Arts et Métiers qui a publié récemment Le travail à cœur. Pour en finir avec les risques psychosociaux  revient sur ce qui lui apparaît comme une impasse dans un entretien exclusif pour Metis.

Vous êtes responsable d'une filière de formation de psychologues du travail.

Pourquoi la prise en compte des risques psychosociaux (RPS) est-elle une fausse piste ?

Je regarde sans aucune arrogance le travail de tous ceux qui sont engagés dans une approche en termes de RPS ou de stress. On n'y échappe pas facilement aujourd'hui. Simplement, j'ai écrit ce livre, parce que la promotion de cette nouvelle catégorie de gestion des risques affecte l'exercice de notre métier. A partir d'un accord interprofessionnel sur le stress signé en 2008 s'installe un drôle de consensus autour de l'idée que les travailleurs n'auraient plus les ressources nécessaires pour faire face aux exigences de l'organisation. J'ai proposé de retourner le problème : et si on se mettait à considérer que ce sont les organisations qui n'ont plus les ressources pour répondre à l'exigence des salariés de faire un travail de qualité ? Alors, ce ne sont plus les travailleurs qui sont trop « petits », fragiles et à « soigner ».

C'est le travail et l'organisation qu'il faut soigner. C'est elle qui est trop étriquée et qui pousse de plus en plus de professionnels à endurer un travail ni fait ni à faire. Beaucoup de capacités et d'engagements sont gâchés, les ressources psychologiques et sociales des salariés sont gaspillées, leur énergie perdue dans des organisations qui la dissipe. Du coup, en schématisant bien sûr, il reste deux voies possibles ; soit on donne un nouveau destin à ces Ressources Psycho-Sociales refoulées, soit on ajoute à la « petitesse » des organisations actuelles une couche de gestion supplémentaire : la gestion des Risques Psycho-Sociaux. Mais c'est une couche de protocoles supplémentaire sur les protocoles existants. Comme vous le voyez, il y a RPS et RPS !  

De surcroît, s'ajoute un problème bien français que les travaux de Dominique Méda et Lucie Lavoine ont montré qui ont croisé en la matière les enquêtes et statistiques européennes : un attachement particulier des Français à la valeur et à l'utilité sociale du travail. Et c'est parce que les organisations ne leur donnent plus les moyens de faire un travail défendable à leurs propres yeux que beaucoup de gens en font une maladie. On ne règlera pas ce problème par une cicatrisation sociale bâclée. W. Biermann disait je crois : « Pas moyen que les plaies se ferment sous les pansements dégoûtants ». Et pourtant la souffrance au travail devient un « dossier » comme un autre, recyclée dans l'organigramme : du Droit pour se protéger contre la « faute inexcusable » imputable à l'employeur, de la Psychologie pour la prise en charge individuelle des « sinistrés » du travail, un modèle toxicologique du risque qui transforme la question du travail en péril sanitaire, un beau défi social en épidémie. 

Cette approche de la gestion des risques est-elle en train de l'emporter ? Y a-t-il des alternatives ? 

Les standards de Bien-être qui se mettent en place dans certaines entreprises - collecte d'indices, formation de « signalants », cellules de veille sanitaire, peut virer au « despotisme compassionnel si on ne s'attaque pas aux problèmes ordinaires du travail réel. Après la cellule d'écoute psychologique et la victimologie ira-t-on jusqu'à l'obligation de soins ? Ira-t-on jusqu'à demander, comme dans certaines entreprises japonaises, au salarié nouvellement embauché de s'engager par écrit à ne pas se suicider ? On l'imagine mal en France. Mais l'hygiénisme qui cherche actuellement à « pasteuriser » le travail plutôt que de le transformer a de beaux jours devant lui, à moins de faire le pari inverse : celui qui va chercher la santé où elle est, dans les ressources insoupçonnées chez ceux qui travaillent. Les salariés ont davantage besoin de se reconnaître dans ce qu'ils font, plutôt que d'obtenir une reconnaissance faussée de leur plainte, cette plainte leur permet juste de supporter l'insupportable. Mieux vaut prendre le parti du travail de qualité, du travail bien fait plutôt que de chercher à ouvrir des « couloirs humanitaires » dans des organisations qui le maltraite.

Mais est-ce vraiment ce qui l'emporte aujourd'hui dans les stratégies publiques ou syndicales ?

Pas vraiment. Ce n'est pas la même chose de construire une stratégie autour du travail bien fait, de fixer les lignes jaunes de ce qui est acceptable, pour que le travail soit fait dans les règles de l'art et de revendiquer la reconnaissance de la souffrance au travail. Dans le premier cas, on considère que les salariés sont capables de prendre en charge le développement de leur métier en tournant l'action vers eux. Dans l'autre, on se tourne vers les directions en réclamant d'agir pour prendre en charge les victimes de l'organisation, ce qui confirme que l'organisation du travail est la prérogative exclusive de la direction. Il est vrai que s'engager sur le terrain de la qualité du travail apparaît souvent aux syndicats comme un risque de « perdre son âme ». C'est pourtant, il me semble, retrouver une fonction sociale tout autre que celle d'un « syndicalisme de services », ce qui arrange les pouvoirs publics, qui ont la vue courte. Aux employeurs la conception de la performance et de l'efficacité dans la guerre économique ! Aux syndicats le rôle d'ambulanciers de l'intensification ! Mais aujourd'hui ce fonctionnement des relations professionnelles à la française abîme autant la santé que l'efficacité !

Vous semblez pessimiste. Peut-on espérer que ce pouvoir d'agir dont vous parlez prenne le dessus ?

Du côté des dirigeants, j'observe que cette question monte très haut et qu'elle est prise au sérieux. Certains ont pris la mesure de ces blocages systémiques. Et il est urgent que les dirigeants débattent entre eux sur le sens de la performance comme l'a proposé le rapport remis au Premier ministre François Fillon par H. Lachmann, M. Penicaud et C. Larose. L'enjeu ce n'est pas la qualité de la vie au travail, mais la qualité du travail tout court. Cela peut entraîner une sorte d'alliance de producteurs au-delà de la tyrannie court-termiste du financier. Au passage, si les syndicats s'étaient avancés dans cette voie, on n'en serait pas là sur le dossier des retraites. Si on ne touche pas au travail, ce n'est pas à 60 mais à 30 ans que les gens vont vouloir partir !

Vous pensez que les salariés se réconcilieraient avec leur entreprise sur cet enjeu de qualité du travail ? 

Les travailleurs sont capables de s'engager sur cette piste très rapidement, d'après ce que je constate  lors des interventions de mon équipe en psychologie du travail, ou d'autres et notamment d'ergonomes. La zone de développement potentiel est grande quand on voit la vitesse à laquelle les opérateurs s'en emparent, mais aussi les cadres de proximité et en général tous ceux qui sont au front ! Cette énergie-là est source de santé, mais elle est contrariée par la crise du système de relations professionnelles à la française. Ce dont nous manquons, c'est de controverses, de disputes sur la qualité du travail et c'est ce type de conflits qu'il faut instituer. Or il n'y pas de lieu aujourd'hui pour le faire ; d'un côté on discute finances et emploi, de l'autre santé. En fait la qualité du travail devrait être un axe central de ré-institutionnalisation des relations professionnelles et je crains que la rénovation des institutions représentatives du personnel (IRP) n'aille pas dans ce sens. 

 

Pour la suite de cet article :

http://www.metiseurope.eu/yves-clot-le-travail-souffre-c-est-lui-qu-il-faut-soigner_fr_70_art_28903.html

 

 

 

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 08:53

En 1965, Gordon Moore, le cofondateur d'Intel, énonce sa célèbre "loi" : le doublement, tous les deux ans, du nombre de composants par puce électronique. Il prophétise ainsi la puissance exponentielle des ordinateurs et la baisse de leur coût. A l'époque, il ne se doute sûrement pas qu'un tel défi conduira l'industrie des semi-conducteurs à inventer, malgré la compétition qui y règne, un mode de coopération original centré sur l'innovation collective.

Ce dispositif, l'International Technology Roadmap for Semi-conductors (ITRS), a fait l'objet d'une recherche détaillée qui montre que l'innovation de rupture n'exige pas seulement de choisir de nouvelles normes industrielles. Elle requiert aussi une exploration des voies techniques les plus audacieuses (Patrick Cogez, Pascal Le Masson, Benoît Weil, "The management of new common goods for collective growth in ecosystems : roadmapping for disruptive innovation in the semiconductor industry", Proceedings of the IPDM Conference, Murcia 2010).

Une société peut développer de nouveaux produits en s'appuyant sur ses compétences et celles de ses fournisseurs. Mais face à une innovation de rupture, elle aura besoin que ses fournisseurs et ses clients se coordonnent avec elle pour explorer ces voies inconnues, voire que des industriels d'autres secteurs s'attaquent à ces pistes.

Ainsi, la conception de voitures électriques demande l'exploration de techniques et de services qui, hier, se situaient hors du secteur automobile. Or, au milieu des années 1980, l'industrie des semi-conducteurs se heurte aux ruptures croissantes qu'implique la loi de Moore et engage moult coopérations qui aboutiront à l'actuel ITRS. Fondée sur le volontariat et la cooptation, l'association s'est imposée depuis 1993 comme une référence mondiale pour l'identification des nouvelles voies techniques.

Outre le soutien des associations industrielles nationales (Etats-Unis, Europe, Asie), elle doit son succès aux règles originales de son fonctionnement. Car elle ne veut pas être un organisme de normalisation, mais un espace d'échanges et d'innovation. En effet, pour identifier les techniques qui permettront de suivre la loi de Moore, il faut cerner les "verrous" pour lesquels des solutions audacieuses doivent être favorisées. Ainsi, les propositions de l'ITRS serviront de repères à l'industrie et à la recherche universitaire, créant un cercle vertueux entre la formulation de concepts et la production des connaissances fondamentales adaptées à leur mise en oeuvre.

Explication d'un paradoxe
Une telle coopération dans l'innovation peut surprendre. Chacun ne pourrait-il y trouver des idées à bon compte ? Et, pourquoi partager les idées les plus intéressantes ? En pratique, l'ITRS repose sur des groupes d'experts où le mauvais joueur sera vite repéré. Surtout, la loi de Moore exige une telle maîtrise des interdépendances techniques qu'un industriel ne pourra valoriser ses idées sans l'accord et le travail de ses partenaires.

Mais, l'ITRS ne désigne pas "les gagnants ou les perdants" et ses publications présentent toutes les voies techniques, en précisant leur part d'inconnu et en laissant chacun conduire les développements commerciaux de son choix.

Au fondement de l'ITRS, il y a un bien commun à tous : les promesses de la loi de Moore. Mais, la réalisation de ce potentiel exige que les idées les plus inédites et les recherches les plus avancées soient partagées. Ainsi s'explique le paradoxe d'une innovation coopérative proche des guildes du Moyen Age, au coeur du capitalisme le plus high-tech et le plus concurrentiel du XXIe siècle.

 

Armand Hatchuel est professeur à Mines ParisTech

 

Voir également à ce sujet :

 * R&D et crise économique: les grandes entreprises de l'UE réduisent moins l'investissement que les américaines, mais l'Europe reste à la traîne

 * Retour sur images : Relancer et financer la recherche stratégique (Revue Défense nationale, octobre 2003)

 * Suivre l'actualité des innovations majeures dans le monde

 * JRC Strategy 2010-2020 : Summary

 * Union européenne : programme IDEES, recherche exploratoire et Conseil européen de la Recherche

 

 

 

 

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Penser pour agir !

" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime !
 "
 

(Voltaire)

 

" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller

jusqu'au bout de sa pensée "

(Léon Blum)

 

"La démocratie est d'abord un état d'esprit"

(Pierre Mendès France)  

 

 

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