Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !
21 Août 2023
" L’affirmation de l’État est toujours suspectée d’en être l’absolutisation indue de la part de son auteur, alors dénoncé comme étatiste, et, de même, celle de la nation d’exprimer sa dangereuse exaltation chez le belliqueux nationaliste. Dans l’un et l’autre cas se trahirait la négation sous-jacente d’autres moments essentiels de la coexistence humaine. Dans le premier cas, par l’étatisme, de la société civile, et, dans le second cas, par le nationalisme, de celle-ci et des autres nations.
Il n’en va pas de même pour ce qui est de l’affirmation de cet autre grand lieu de la relation politique entre les hommes que constitue la patrie. Car le patriotisme est toujours jugé positif et n’a pas d’autre porteur, selon l’opinion commune, que, tout simplement (dans l’heureux et symptomatique défaut du mot « patriotiste » !), le patriote ; l’affirmation de la patrie ne ferait tort à rien et ne deviendrait jamais un excès. La déferlante actuelle d’un social avide de se fluidifier et de se libérer en un sociétal rend quasi maudits les termes d’« État » et, plus encore – en raison de sa connotation d’une identité limitante naturelle –, de « nation », mais elle épargne, de façon remarquable, la spontanée fraternisation patriotique.
Dans cette mesure, l’évocation de la problématisation fichtéenne du rapport rationnel entre État, nation et patrie peut revêtir un intérêt très actuel. Car Fichte fait s’accomplir l’existence humaine terrestre dans cette fondation quasi céleste d’elle-même qu’est un patriotisme consacré en quelque sorte religieusement et métaphysiquement, mais un patriotisme qui, tout en dépassant et rejetant l’étatisme et le nationalisme – contrairement à ce qu’on a seul retenu, quant au premier, de sa philosophie initiale de l’État, et, quant au second, de ses Discours à la nation allemande – requiert, au fond, pour l’essentiel, l’affirmation de l’État et de la nation comme moments nécessaires de la vie communautaire des hommes.
Certes, la conception fichtéenne de l’État et, plus encore, celle de la nation, sont originales et discutables, et il ne s’agit pas, pour nous, de nous mettre à l’école de Fichte ou de nous confier à son éducation. Mais l’exemple fichtéen d’une intégration rationnelle, sous l’autorité fondatrice du patriotisme, de l’État et de la nation eux-mêmes pleinement reconnus en leur positivité limitée car ainsi fondée, ne peut que stimuler l’opinion contemporaine à surmonter, dans le jugement qu’elle porte sur les trois grandes dimensions de la vie communautaire réelle ou objective, l’unilatéralisme paresseux, peureux ou tendancieux, en tout cas idéologique, auquel elle s’abandonne trop souvent.
Dans un tel souci de tirer parti, dans le présent, de façon tout à la fois compréhensive et critique, des enseignements fichtéens, on examinera tout d’abord en quel sens le patriotisme célébré par Fichte lui fait relativiser et limiter l’affirmation, en premier lieu, de l’État et du droit réalisé par celui-ci, dans leur propre gestion, puis, en second lieu, de la nation elle-même, qu’on a reproché au philosophe de diviniser. Ensuite, on soulignera la justification patriotique fichtéenne de cette affirmation, et de l’État et de la nation en tant que leur relativité conditionnerait nécessairement la vie absolue du patriotisme.
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Voir l'article : Fichte : l’État, la nation et la patrie