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Regards citoyens

Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !

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Pourquoi tant de passion pour la " froide vérité " ? par Bernadette Bensaude-Vincent et Gabriel Dorthe - AOC media

" ... L’orientation pragmatique efface graduellement la frontière entre science et politique soigneusement instaurée dans la première étape. Cette frontière n’est donc pas marquée une fois pour toutes. Dans la pratique, la circulation entre science et pouvoir est constamment renégociée, en fonction des circonstances et contingences. Pour assurer l’autorité des experts, il n’est donc guère pertinent d’invoquer toujours les principes d’indépendance et de transparence. Il serait plus efficace de refonder l’expertise sur d’autres piliers.
Tout d’abord assumer la dépendance effective de la recherche scientifique et de l’expertise à l’égard du politique. Relever le défi lancé par les climatosceptiques qui utilisent cet argument pour semer le doute sur le consensus des communautés scientifiques exige qu’on cesse de se draper dans un rêve de pureté pour accepter de poser le problème en termes politiques. Ceci ne discrédite pas les pratiques de recherche et d’expertise, mais permet de souligner les limites que le régime actuel de politique scientifique, piloté par des appels à projets ciblés et mis sous pression de concurrence et de productivité, impose aux institutions scientifiques. Des pans entiers de science non faite (undone science), qui ont été abandonnés parce qu’incompatibles avec les priorités de financement, seraient pertinents pour faire face aux défis actuels. Par exemple l’entomologie a été délaissée comme science vieillotte et serait bien utile pour substituer du biocontrôle aux pesticides.
Ensuite, pour répondre aux préoccupations des politiques et des citoyennes, il faut non seulement souligner les lacunes à combler, les pans de recherche non faite (ce qui se fait déjà dans certaines agences comme l’Anses), mais aussi montrer les limites des modèles produits en explicitant les hypothèses qui les sous-tendent. Il faut en quelque sorte ouvrir la boîte noire de la production de connaissances et du processus d’expertise qui transforme ces connaissances en outils de décision. Partager les incertitudes que les scientifiques affrontent quotidiennement au lieu de les dissimuler sous prétexte d’une prétendue aversion du public pour l’incertitude.
Enfin, il serait utile de reconnaître que l’expertise est une activité hybride, délicate, dont il faut prendre soin. Les expertes que l’on voudrait au-dessus de la mêlée, proférant la vérité du haut d’une forteresse, se trouvent en réalité prises dans un entrelacs de données scientifiques et de considérations sociales ou politiques. Les appels à l’autorité renouvelée de l’expertise dissimulent en fait une très grande fragilité de ses avis qui peuvent soit cautionner des choix politiques autoritaires, soit être retardés, ou bien mis au placard et passés sous silence par les décideurs ; comme le dénonce une récente tribune signée par des centaines de scientifiques. La complainte selon laquelle les politiques manquent de culture scientifique est largement répandue, mais il apparaît de plus en plus que les scientifiques manquent d’une formation politique à la diplomatie pour négocier avec les décideurs. Pour réchauffer la vérité, il est nécessaire de faire le deuil du mythe de la neutralité, de plonger les sciences dans la mêlée et d’en assumer les conséquences."

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