Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !
10 Mai 2025
Depuis 1949, à neuf reprises, l’élection des chanceliers allemands par le Bundestag avait presque relevé de la formalité. D’où la surprise de voir Friedrich Merz, le dixième, échouer au premier tour, n’obtenant la majorité nécessaire pour accéder à la chancellerie qu’au second scrutin, quelques heures plus tard. Ce revers historique traduit bien l’état d’esprit actuel en Allemagne, entre inquiétude et ironie. Merz – qui voulait rompre avec son image d’éternel second, et incarner stabilité et fiabilité pour l’avenir du pays – se retrouve en difficulté sur ces deux plans avant même son entrée en fonction.
Sans surprise, l’extrême droite de l’AfD s’est empressée de réclamer de nouvelles élections, arguant de la fragilité de la nouvelle coalition. Mais le plus significatif est que Merz a en effet dû compter, au second tour, sur les voix des Verts et de Die Linke. La leçon, pour lui comme pour les conservateurs de la CDU/CSU, est claire : gouverner durablement le pays et lutter efficacement contre l’extrême droite impliquera de nouer des alliances stables et constructives avec l’ensemble des forces attachées à un État constitutionnel et social – et non de se livrer à un pas de deux avec l’AfD pour obtenir des majorités opportunistes.
La difficile entrée en scène de Merz tombe d’autant plus mal qu’il revient à la nouvelle coalition d’engager le pays dans un tournant majeur (sur les questions budgétaires, de sécurité et de défense), à l’heure où la relation transatlantique est plus turbulente que jamais. Dans une Europe appelée non seulement à affirmer ses valeurs mais désormais aussi à les défendre, ses partenaires européens comptent sur l’Allemagne, en même temps que son leadership pourrait lui être disputé. À cette échelle, les péripéties de l’élection de Merz apparaissent presque comme le moindre de ses défis.