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Fête nationale des Etats-Unis : La Déclaration d’indépendance de 1776
4 Juillet 2025
Rédigé par Jean-Philippe Immarigeon et publié depuis
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Ceux qui plus tard signèrent la Déclaration d’indépendance de 1776 pensèrent parfaire leur séparation du monde. On y trouve à la fin cette phrase concernant la rupture des liens avec leurs « frères de la Grande-Bretagne » : « Nous devons nous rendre à la nécessité qui commande notre séparation et les regarder de même que le reste de l’humanité, comme des ennemis dans la guerre et des amis dans la paix. » Ce n’est pas simplement de Londres et du roi George III que les Insurgents veulent se séparer en coupant le cordon ombilical du régime anglais, c’est du reste de la communauté des nations. Ils entendirent même se séparer de ceux avec qui ils refusaient d’emblée et par principe de cohabiter : les primo-occupants du continent. L’identité des treize colonies se bâtit tout autant sur la guerre avec le tuteur colonial que sur le massacre des tribus indiennes, « ces sauvages sans pitié », écrivit Thomas Jefferson dans la Déclaration d’indépendance, en accusant le roi d’Angleterre de les armer contre les colons – comme l’avait fait précédemment le roi de France (le tomahawk et la pratique du scalp étant, paraît-il, des inventions françaises). C’est du moins ainsi que l’historiographie américaine présente les choses, accusant les Indiens d’être ce que nous appellerions aujourd’hui des « collaborateurs », ce qui servit de justification à de premiers massacres dans les territoires du nord-ouest. On a négligé comme relevant de l’accessoire ces appels au génocide, alors qu’ils constituent une des premières manifestations de ce délire paranoïaque qui conduit les Américains à se retrancher régulièrement derrière le phantasme du complot....
C’est dans cet esprit qu’est rédigée la Déclaration d’indépendance de 1776 et sa laborieuse démonstration de l’illégitimité du roi et du parlement de Londres 37. On ne peut appréhender la faiblesse de l’argumentaire de Thomas Jefferson si l’on fait l’impasse sur cette influence. Car la Déclaration est comparable, dans sa structure psychologique et dans sa teneur, à la celle faite aux princes et au peuple allemands de Martin Luther : c’est une réfutation. Même rupture avec l’autorité d’un monarque, qu’il soit roi, empereur ou pape, pour se remettre directement entre les mains de Dieu, même justification laborieuse de la nécessité de remplacer un lien tutélaire par un autre, puisque la déclaration affirme d’emblée la légitimité et le fondement naturel du pouvoir politique en tant que principe, et qu’il faut bien ensuite retourner cette affirmation contre le roi George. Et même dénonciation paranoïaque du Mal symbolisé, on l’a vu, par l’Indien sur la frontière, contre lequel Jefferson lance un appel à l’extermination. ...
La Déclaration d’indépendance de 1776 est un parfait exemple de cette revendication adolescente : que disent-ils d’autre, ces colons, en invoquant la poursuite du bonheur, si ce n’est que le « père anglais » les empêche d’être heureux, les empêche de vivre leur vie, de faire ce qu’ils veulent ? Le texte de Jefferson ressemble à la lettre qu’un mineur laisserait derrière lui avant de fuguer.