La France soumise (siglée LVMH)
Bernard Arnault doit être satisfait. L'homme le plus riche de France, patron du très puissant géant du luxe LVMH, a obtenu gain de cause. Ses appels à tout faire pour préserver la paix commerciale entre l'Union européenne (UE) et les Etats-Unis ont été entendus. Il lui faudra en revanche absorber 15% de tarifs douaniers, en réduisant les marges sur tout ce que son groupe vend à ses clients américains: champagne, spiritueux, maroquinerie, parfums, articles de mode... Avec, cerise sur le gâteau transatlantique, l'ouverture annoncée pour 2027 d'une nouvelle usine Louis Vuitton sur le site d'Alvarado, au Texas, au sud-ouest de Dallas.
Le problème est que cette France cajoleuse de Trump ne ressemble guère à celle d'Emmanuel Macron, chantre de la souveraineté européenne, ou à celle de François Bayrou, qui parle d'un «jour sombre» et de «soumission». Je résume: le patron le plus emblématique de la France compétitive au niveau international, avec ses marques luxueuses qu'il aime qualifier «d'ambassadrices», est donc en fait, selon le Premier ministre, le partisan d'un pays soumis à la loi du plus fort. Une fois de plus, le «en même temps» macroniste vire à l'impossible grand écart.
J'écris ces lignes avec, en tête, un souvenir olympique, un an après le début des JO parisiens de l'été 2024: celui des médailles offertes aux athlètes victorieux dans un coffret LVMH. Fabriquées par l'atelier Chaumet, ces «malles» devaient incarner la France. Or, deux mois plus tard, une fois la flamme olympique éteinte, une centaine de ces médailles ont commencé à rouiller. Les champions récompensés ont même parlé de «peau de crocodile». La médaille commerciale décrochée par Trump aux dépens de l'UE est-elle du même métal?