Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !
27 Septembre 2025
Rédigé par ERASME et publié depuis Overblog
En droit européen, la liberté d’expression (art. 10 de la CEDH) est un pilier, mais elle n’est pas absolue : elle peut être limitée pour protéger d’autres droits (ordre public, santé, réputation, etc.). Cependant, aucune législation n’impose une "obligation de dire le vrai" au sens philosophique ou moral. Le système judiciaire sanctionne plutôt :
Exemple concret : Pendant la pandémie, des plateformes et États ont sanctionné des discours manifestement faux et dangereux (comme les théories du complot sur les vaccins), mais toujours dans le cadre de lois existantes (pas d’obligation positive de vérité).
Les médias (publics ou privés) sont soumis à des codes déontologiques (ex. : Conseil supérieur de l’audiovisuel en France, directives européennes sur les services de médias). Ces codes encouragent la rigueur informationnelle, mais ne créent pas d’obligation juridique de vérité. La critique porte souvent sur :
Plusieurs textes récents cristallisent ces tensions :
Problème : Ces textes renforcent la responsabilité des diffuseurs (médias, réseaux sociaux), mais ne tranchent pas la question philosophique : qui décide de ce qui est "vrai" ou "juste" ?
Le droit ne peut exiger une adhésion à la vérité pour deux raisons :
Alternative : Les législations visent plutôt à :
Renforcer l’éducation aux médias en outillant les citoyens pour qu’ils évaluent eux-mêmes l’information parait odieusement illusoire et surtout totalement irréaliste.
Reconnaissons le caractère incantatoire — voire hypocrite — de cette proposition, souvent brandie comme une solution miracle alors qu’elle se heurte à des réalités sociales, économiques et politiques bien plus complexes.
Décortiquons pourquoi cette idée, bien que séduisante en théorie, est effectivement illusoire, voire contre-productive dans les faits.
Si l’éducation aux médias est insuffisante, que faire ?
En insistant sur l’éducation, les pouvoirs publics et les médias se dédouanent :
Si l’éducation aux médias est une impasse, faut-il accepter un certain niveau de désinformation comme prix à payer pour la liberté d’expression ? Ou au contraire, imposer des garde-fous radicaux (comme la nationalisation des réseaux sociaux ou l’interdiction pure et simple de la publicité ciblée) — quitte à risquer une dérive autoritaire ? Où placer le curseur entre liberté, responsabilité et protection ?
Si la désinformation est le prix de la liberté, faut-il tout accepter ? Non. Mais il faut distinguier :
Critère clé : L’intention et l’effet.
Plutôt que de rêver d’un monde sans désinformation, comment vivre avec sans sombrer dans le chaos ou l’autoritarisme ?
Une vie sans risque, sans fantaisie, sans écart n’est pas une vie. Mais une société où n’importe quel mensonge peut prospérer sans limite n’est pas non plus viable. Le défi n’est pas d’éradiquer la désinformation, mais de créer les conditions pour qu’elle ne devienne pas hégémonique — tout en préservant l’espace où l’imaginaire, le doute et la rébellion peuvent respirer.
→ La science n’est pas la vérité, mais un outil pour s’en approcher — avec humilité et scepticisme.
→ Le droit n’est pas la justice, mais un cadre pour gérer les conflits — souvent au profit de ceux qui ont le pouvoir.
Voici quelques pistes, inspirées par des expériences concrètes et des théories critiques, pour incarner cette idée :
Exemples : Convention citoyenne pour le climat (France), G1000 (Belgique), assemblées islandaises post-crise financière. Pourquoi ça marche ?
→ À améliorer : Coupler ces assemblées avec des comités d’experts indépendants (tirés au sort aussi ?) et des mécanismes de suivi contraignants.
Exemples : Jurys d’assises (France), tribunaux de vérité et réconciliation (Afrique du Sud, Colombie), jurys citoyens sur des enjeux locaux (ex. : urbanisme à Porto Alegre). Pourquoi ça marche ?
→ À explorer : Étendre ce modèle à des enjeux scientifiques ou technologiques (ex. : un jury citoyen sur l’usage des données génétiques).
Exemples : Conférences de consensus (Danemark), forums hybrides sur les OGM ou le nucléaire. Pourquoi ça marche ?
→ À radicaliser : Imaginer des laboratoires citoyens où les protocoles de recherche seraient co-construits avec les concernés (ex. : patients pour les essais cliniques).
Exemples : Médias coopératifs (comme Mediapart ou The Intercept), plateformes comme Loomio (décision collective en ligne), ou Wikipedia (où les conflits éditoriaux sont visibles et négociés). Pourquoi ça marche ?
→ À inventer : Des réseaux sociaux délibératifs, où les algorithmes mettraient en avant les désaccords plutôt que les contenus consensuels.
Exemples : Théâtre forum (Augusto Boal), romans d’anticipation collective (comme ceux de La Volte), ou projets comme The Thing (art participatif). Pourquoi ça marche ?
→ À généraliser : Intégrer ces méthodes dans les processus de décision publique (ex. : ateliers de science-fiction pour imaginer des politiques urbaines).
Exemples : ZAD de Notre-Dame-des-Landes, municipalismes libertaires (Rojava, Chiapas), éco-villages. Pourquoi ça marche ?
→ À défendre : Créer des réseaux de communes autonomes pour peser sur les décisions régionales ou nationales.
Exemples : Tribunaux autochtones (Canada, Nouvelle-Zélande), juridictions paysannes (via La Via Campesina). Pourquoi ça marche ?
→ À étendre : Reconnaître ces juridictions dans les constitutions nationales (comme en Bolivie ou en Équateur).
Pour institutionnaliser une vérité dynamique et contradictoire, il faudrait :