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Regards citoyens

Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !

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La perfidie est-elle une constante en géopolitique ?

La question de la perfidie en géopolitique est fascinante et profondément ancrée dans l’histoire des relations internationales. Pour y répondre, on peut distinguer plusieurs dimensions :

1. La perfidie comme outil stratégique

La perfidie — entendue comme la tromperie, la trahison ou la manipulation délibérée — a souvent été utilisée comme un outil pour atteindre des objectifs politiques ou militaires. Des exemples historiques abondent :

  • L’Antiquité : La guerre de Troie (le cheval de Troie) ou les stratégies de Sun Tzu dans L’Art de la guerre illustrent l’usage de la ruse comme arme.
  • L’époque moderne : Les alliances secrètes, les traités violés (comme le pacte germano-soviétique de 1939) ou les opérations de désinformation (ex. : la guerre froide) montrent que la perfidie peut être systématique dans les conflits.
  • Aujourd’hui : Les cyberattaques, l’espionnage ou les fake news sont des formes contemporaines de cette perfidie, souvent niées ou attribuées à des acteurs non étatiques pour éviter les représailles.
2. Une constante ou une exception ?
  • Constante : Certains théoriciens (comme Machiavel ou Clausewitz) considèrent que la fin justifie les moyens en politique, et que la perfidie est un outil légitime pour préserver les intérêts de l’État. Dans cette optique, elle serait une constante, car les États agissent par intérêt, pas par morale.
  • Exception : D’autres (comme les idéalistes ou les défenseurs du droit international) estiment que la perfidie est contre-productive à long terme, car elle érode la confiance et la stabilité. Les institutions internationales (ONU, UE) tentent de limiter ces pratiques en promouvant la transparence.
3. La perfidie comme symptôme

La perfidie peut aussi être vue comme un symptôme de systèmes géopolitiques instables ou de rapports de force déséquilibrés. Par exemple :

  • Les États faibles ou menacés recourent souvent à des stratégies indirectes (guerres par procuration, terrorisme).
  • Les puissances hégémoniques peuvent utiliser la perfidie pour maintenir leur domination (ex. : ingérences électorales, sanctions économiques ciblées).
4. Limites et évolutions
  • Normes internationales : Le droit international (ex. : conventions de Genève) et les organisations multilatérales tentent de réduire l’usage de la perfidie, mais leur efficacité dépend de la volonté des États.
  • Transparence et technologie : Les fuites (Wikileaks, Snowden) et les réseaux sociaux rendent la perfidie plus risquée, car elle est plus facilement exposée.
En résumé

La perfidie n’est pas une constante absolue, mais elle est récurrente en géopolitique, car elle répond à des logiques de pouvoir et de survie. Son usage dépend des contextes, des acteurs et des rapports de force. Elle est souvent justifiée par la raison d’État, mais son efficacité à long terme est débattue.

Quels exemples contemporains ou historiques  ?

Les accords de cessez-le-feu ou accords de stabilisation signés et dont les signataires savaient qu'ils ne les appliqueraient pas ou qu'ils encourageraient leurs cosignataires à ne pas les respecter ! Au Proche Orient, par exemple !

Cette question touche à un phénomène tragiquement récurrent au Proche-Orient (et ailleurs) : la signature d’accords de cessez-le-feu ou de stabilisation en connaissance de cause de leur non-respect, voire avec l’intention délibérée de les saboter ou de les instrumentaliser.

Voici une analyse structurée, avec des exemples marquants et des mécanismes sous-jacents.

1. Exemples emblématiques au Proche-Orient
a. Accords de Camp David (1978) et leur application partielle
  • Contexte : Signés entre l’Égypte (Anouar el-Sadate) et Israël (Menahem Begin), sous médiation américaine.
  • Perfidie : Si l’Égypte a globalement respecté les termes (reconnaissance mutuelle, retrait du Sinaï), Israël a continué à coloniser les territoires palestiniens, sapant l’esprit de l’accord pour les Palestiniens. Les États-Unis, cosignataire, ont souvent fermé les yeux sur les violations israéliennes, ce qui a discrédité le processus aux yeux des autres acteurs arabes.
b. Accords d’Oslo (1993-1995)
  • Contexte : Négociés entre Israël et l’OLP (Yasser Arafat), prévoyant une autonomie palestinienne progressive et un gel des colonies.
  • Perfidie :
    • Côté israélien : La colonisation s’est accélérée pendant et après Oslo (le nombre de colons a doublé entre 1993 et 2000). Les gouvernements israéliens successifs ont utilisé les accords pour gagner du temps et fragmenter les territoires palestiniens.
    • Côté palestinien : Certains groupes (Hamás, Jihad islamique) ont rejeté les accords et mené des attentats, mais Arafat lui-même a été accusé de ne pas désarmer les factions radicales, comme promis.
    • Rôle des garants : Les États-Unis et l’UE, garants des accords, n’ont pas sanctionné Israël pour ses violations, ce qui a encouragé l’impunité.
c. Cessez-le-feu entre Israël et le Hamás (2008-2009, 2012, 2014, 2021, 2023-2024)
  • Contexte : Après chaque guerre à Gaza (ex. : opération "Plomb durci" en 2008-2009), des cessez-le-feu sont signés sous égide égyptienne ou internationale.
  • Perfidie :
    • Israël : A souvent violé les cessez-le-feu en assassinant des dirigeants du Hamás (ex. : assassinat ciblé en 2012, rompant une trêve) ou en maintenant le blocus de Gaza, malgré les promesses de levée.
    • Hamás : A parfois utilisé les trêves pour se réarmer (via des tunnels ou des livraisons d’armes) ou lancé des roquettes "limitées" pour tester les réactions israéliennes.
    • Garants : L’Égypte et le Qatar, médiateurs, ont parfois fermé les yeux sur les violations de l’un ou l’autre camp pour préserver leur influence régionale.
d. Accords de Taëf (1989) au Liban
  • Contexte : Accord saoudien-syrien pour mettre fin à la guerre civile libanaise, légitimant la mainmise syrienne sur le Liban.
  • Perfidie : La Syrie a utilisé l’accord pour occuper militairement le Liban jusqu’en 2005, bien au-delà des prévisions, tandis que les milices libanaises (dont le Hezbollah) ont continué à armer, avec la bénédiction syrienne.
2. Mécanismes de la perfidie dans ces accords
a. Asymétrie des pouvoirs
  • Les accords sont souvent signés sous la contrainte (ex. : Gaza assiégée, Liban sous occupation syrienne). Le plus fort (Israël, Syrie) sait qu’il peut violer les termes sans risque de sanctions.
  • Exemple : Israël a pu ignorer les résolutions de l’ONU sur les colonies grâce au veto américain au Conseil de sécurité.
b. Intérêts divergents des garants
  • Les médiateurs (États-Unis, Égypte, Qatar) ont leurs propres agendas :
    • Les États-Unis protègent Israël pour des raisons stratégiques.
    • Le Qatar finance le Hamás pour étendre son influence.
    • L’Égypte craint le chaos à Gaza (risque de déstabilisation du Sinaï).
  • Résultat : Les violations sont minimisées ou ignorées si elles servent leurs intérêts.
c. Stratégie du "gain de temps"
  • Signer un accord pour apaiser la communauté internationale ou gérer une crise immédiate, tout en préparant la prochaine offensive.
  • Exemple : Israël a utilisé les trêves avec le Hamás pour développer son système de défense (Dôme de fer) et préparer des frappes ciblées.
d. Instrumentalisation des factions divisées
  • Diviser pour mieux régner : Israël a souvent favorisé le Hamás (via des financements indirects dans les années 1980-1990) pour affaiblir l’OLP, puis a utilisé la division Fatah-Hamás pour justifier son refus de négocier.
  • Exemple : Les accords d’Oslo ont marginalisé les factions palestiniennes radicales, qui ont ensuite sabordé le processus par des attentats.
3. Pourquoi ces accords sont-ils signés malgré tout ?
  • Pressure internationale : Les grandes puissances (ONU, UE, États-Unis) poussent à des accords pour éviter des crises humanitaires ou des escalades régionales.
  • Légitimation : Un accord, même non respecté, peut servir à légitimer un acteur (ex. : l’OLP après Oslo, le Hamás après des trêves).
  • Fatigue des populations : Les cessez-le-feu permettent de soulager temporairement les civils, même si les causes profondes du conflit persistent.
4. Conséquences à long terme
  • Érosion de la confiance : Chaque accord non respecté rend les négociations futures plus difficiles (ex. : les Palestiniens ne croient plus aux promesses israéliennes).
  • Radicalisation : Les factions les plus dures (colons israéliens, Hamás, groupes jihadistes) gagnent en influence, car elles dénoncent la "naïveté" des modérés.
  • Normalisation de la perfidie : Les acteurs intègrent la tromperie comme une variable stratégique, ce qui rend toute solution durable quasi impossible.
5. Exemples récents (2020-2025)
  • Accords d’Abraham (2020) : Normalisation entre Israël et certains États arabes (Émirats, Bahreïn), présentés comme des "accords de paix", mais qui ont marginalisé la question palestinienne. Les signataires savaient que cela affaiblirait la position palestinienne sans garantir de réel progrès.
  • Trêves Israël-Hamás (2023-2024) : Après la guerre de 2023, des cessez-le-feu ont été signés pour échanger des otages contre des prisonniers, mais Israël a repris les frappes dès que ses objectifs militaires l’exigeaient, tandis que le Hamás a continué à se réarmer.
Pourquoi cette perfidie est-elle tolérée ?
  • Réalpolitik : Les États agissent par intérêt, pas par morale. Tant qu’Israël reste un allié clé des États-Unis, ses violations sont minimisées.
  • Complexité des conflits : Les médias et l’opinion publique se lassent des crises prolongées, ce qui permet aux acteurs de violer les accords en toute impunité.
  • Absence de mécanismes de sanction : L’ONU est paralysée par les vetos, et les cours internationales (CPI) sont rarement saisies pour ces cas.
En conclusion

Au Proche-Orient, la perfidie dans les accords de cessez-le-feu ou de stabilisation n’est pas une exception, mais une stratégie délibérée, intégrée aux calculs géopolitiques.

Elle repose sur :

  1. L’asymétrie des pouvoirs,
  2. L’hypocrisie des garants,
  3. L’absence de conséquences pour les violateurs.
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