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Publié par ERASME

Si Abel et Caïn réapparaissaient en 2025, leur regard sur la fraternité humaine serait probablement teinté d’une profonde ambivalence, entre consternation et lueur d’espoir.

Leur histoire — celle du premier meurtre de l’humanité, né de la jalousie, de l’injustice perçue et de l’échec du dialogue — résonnerait avec les fractures contemporaines, mais aussi avec les tentatives de réconciliation.

Voici comment ils pourraient juger la fraternité humaine aujourd’hui :

1. La fraternité trahie : un monde de divisions et de violences
  • Caïn verrait dans le monde de 2025 une confirmation de ses pires craintes : la persistance de la rivalité, de l’exclusion et de la violence systémique. Les guerres (Ukraine, Soudan, Yémen), les inégalités économiques criantes (1% contre 99%), les discriminations raciales ou religieuses, et même les conflits familiaux ou communautaires lui rappelleraient son propre geste fatal. Il constaterait que la "marque de Caïn" — symbole de l’exil et de la culpabilité — est devenue collective : l’humanité porte le poids de ses divisions, souvent justifiées par la peur de l’autre ou la soif de pouvoir.
  • Abel, lui, serait frappée par l’indifférence face à la souffrance. Les migrants noyés en Méditerranée, les victimes oubliées des conflits, les travailleurs exploités, ou encore la destruction de la nature (symbole d’une terre à protéger, comme ses troupeaux) lui apparaîtraient comme des sacrifices invisibles, répétés sans que personne ne les "entende" vraiment — comme son propre sang criant vers le ciel (Genèse 4:10).
2. Les nouvelles formes de fratricide
  • Technologie et déshumanisation : Tous deux seraient horrifiés par la manière dont la technologie amplifie la violence (drones, cyberattaques, désinformation) ou crée de nouvelles formes d’exclusion (algorithmes discriminants, bulles sociales sur les réseaux). Caïn y verrait un outil pour étendre sa "marque" ; Abel, une manière de rendre la souffrance encore plus anonyme.
  • Écologie et prédation : La crise climatique leur apparaîtrait comme une trahison de la fraternité élargie — non seulement entre humains, mais entre l’humanité et le vivant. Caïn reconnaîtrait dans l’exploitation effrénée des ressources le même refus de partager ; Abel, dans la disparition des espèces, un écho de sa propre fin.
  • Mémoire et impunité : Les génocides non reconnus, les crimes coloniaux non réparés, ou les violences policières impunies leur sembleraient des répétitions de leur drame : l’impossibilité de faire le deuil, et donc de reconstruire la fraternité.
3. Les lueurs de fraternité : résistances et réconciliations

Malgré tout, ils remarqueraient aussi des signes d’espoir, des tentatives pour briser le cycle de la violence :

  • Mouvements de solidarité : Les mobilisations pour les réfugiés (comme les "corridors humanitaires"), les luttes antiracistes (Black Lives Matter), ou les initiatives de justice restaurative leur montreraient que des humains refusent d’être des Caïns.
  • Art et mémoire : Les œuvres d’artistes comme Ai Weiwei (sur les migrants) ou les mémoriaux comme celui de Berlin leur apparaîtraient comme des tentatives de rendre visible l’invisible, de faire entendre les voix étouffées — comme celle d’Abel.
  • Dialogues improbables : Les rencontres entre anciens ennemis (comme en Afrique du Sud avec la Commission Vérité et Réconciliation, ou entre Israéliens et Palestiniens dans des projets communs) leur prouveraient que la fraternité peut se réinventer, même après l’irréparable.
  • Spiritualités engagées : Des figures comme le pape François (avec son encyclique Fratelli Tutti), ou des penseurs comme Edgar Morin (sur la "politique de civilisation"), leur offriraient un langage pour repenser la fraternité comme un choix actif, et non un donné.
4. Leur jugement : un miroir tendu à l’humanité
  • Caïn pourrait dire : "Vous avez multiplié mes crimes, mais vous avez aussi inventé des manières de les surmonter. La question n’est pas de savoir si vous êtes mes frères, mais si vous osez le devenir — malgré tout."
  • Abel murmurerait peut-être : "Votre fraternité est incomplète tant que vous ne pleurez pas ceux que vous ne voyez pas. Mais chaque larme versée pour un inconnu est une graine de rédemption."

Leur verdict serait sans doute un appel :

  • À reconnaître les fratricides modernes (économiques, écologiques, numériques).
  • À créer des rituels de réconciliation (justice transitionnelle, éducation à l’empathie).
  • À inventer une fraternité qui inclut les morts et les vivants, les humains et les non-humains.
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