Faut-il boycotter le Nobel d’économie tant qu’il servira à blanchir des agendas politiques ?
La question d’un boycott du « Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel » (son nom officiel) est légitime, surtout quand on observe comment ce prix a été utilisé pour , blanchir des réformes impopulaires, ou célébrer des théories qui servent les intérêts financiers avant le bien commun.
Voici une analyse des arguments pour et contre un boycott, ainsi que des alternatives pour dépolitiser (ou repolitiser différemment) ce prix.
1. Pourquoi boycotter le Nobel d’économie ?
- Origine controversée : Contrairement aux autres Nobel (médecine, physique, etc.), ce prix n’a pas été créé par Alfred Nobel, mais par la , pour célébrer son 300ᵉ anniversaire. Il est souvent critiqué comme un « faux Nobel », conçu pour donner un vernis scientifique à des idées servant le capitalisme financier.
- Biais idéologique : Les lauréats sont majoritairement des économistes libéraux, néoclassiques ou pro-marché (Milton Friedman, Eugene Fama, Jean Tirole, etc.), tandis que les critiques du système (comme Hyman Minsky, Joan Robinson, ou Thomas Piketty) sont sous-représentés ou ignorés. Le prix récompense souvent des travaux qui justifient les dérégulations, les inégalités, ou la financiarisation de l’économie.
- Exemples frappants :
- : Son prix a légitimé les politiques de dérégulation et de réduction de l’État, appliquées ensuite par Thatcher et Reagan, avec des conséquences sociales dramatiques.
- Eugene Fama (2013) : Récompensé pour sa théorie des marchés efficients, juste avant la crise de 2008… qui a prouvé le contraire.
- Philippe Aghion (2025) : Son prix arrive alors que ses théories sur la servent à justifier des réformes (flexibilité du travail, austérité) qui aggravent les inégalités en France. Le timing suggère une volonté de cautionner un agenda politique en crise.
- Effet pervers : Le Nobel donne une auréole de neutralité scientifique à des choix politiques controversés, rendant toute critique illégitime aux yeux du grand public.
- Silence sur les échecs : Aucun lauréat n’a été récompensé pour avoir prédit ou évité les crises financières (2008, dette grecque, etc.). Pourtant, des économistes comme (qui avait anticipé 2008) ou Ann Pettifor (spécialiste de la dette) n’ont jamais été considérés.
- Absence de diversité : Le prix est dominé par des hommes blancs des universités américaines (Harvard, Chicago, MIT), avec une surreprésentation des approches pro-marché. Les économistes féministes, écologistes, ou hétérodoxes sont marginalisés.
- Liens avec Wall Street : Beaucoup de lauréats ont des connexions avec des banques ou des fonds d’investissement (ex. : Lars Peter Hansen, conseiller pour Dimensional Fund Advisors ; Jean Tirole, lié à la Banque mondiale). Ces liens brouillent la frontière entre recherche et intérêts privés.
- Financement des think tanks : Des institutions comme le NBER (National Bureau of Economic Research) ou le CEPR, qui influencent les choix du Nobel, sont financées par des banques et des fonds (BlackRock, Goldman Sachs). Cela crée un biais systémique en faveur des théories favorables aux marchés.
2. Arguments contre un boycott
- Exemples positifs :
- : Récompensée pour ses travaux sur la lutte contre la pauvreté via des méthodes expérimentales. Son prix a mis en lumière des approches concrètes et humanistes.
- William Nordhaus (2018) : Primé pour ses travaux sur l’, qui ont influencé les politiques environnementales.
- Angus Deaton (2015) : Ses recherches sur les inégalités et la consommation ont éclairé les débats sur la redistribution.
- Potentiel de changement : Un boycott pourrait priver de visibilité des économistes critiques qui pourraient un jour être récompensés (ex. : Piketty, Mazzucato).
- Effet limité : Les médias et les gouvernements continueront à citer le Nobel comme une référence, même en cas de boycott. Exemple : les politiques libérales invoquent encore Friedman ou Hayek, malgré leurs critiques.
- Risque de marginalisation : Les économistes hétérodoxes pourraient perdre une tribune pour faire entendre leurs idées. Mieux vaut infiltrer les institutions (comme le fait Piketty avec son World Inequality Lab) que les boycotter.
- Alternative : la réforme : Plutôt que de boycotter, certains proposent de (élargir le comité de sélection, intégrer des critères éthiques, etc.).
- Cible mal placée : Le Nobel n’est qu’un symptôme d’un problème plus large : la et l’académie. Boycotter le prix sans s’attaquer aux think tanks, aux médias économiques, ou aux lobbies (comme BlackRock) aurait un impact limité.
- Stratégie plus large nécessaire : Il faut aussi :
- Dénoncer les conflits d’intérêts (ex. : les liens entre lauréats et banques).
- Promouvoir des prix alternatifs (comme le pour l’économie hétérodoxe).
- Réformer l’enseignement de l’économie pour y intégrer des approches critiques (féministe, écologiste, marxiste).
3. Alternatives au boycott : que faire à la place ?
- Médiatiser les conflits d’intérêts :
- Révéler les liens entre lauréats et institutions financières (ex. : Aghion et les cercles libéraux, Tirole et la Banque mondiale).
- Exiger la transparence sur les financements des think tanks qui influencent le comité Nobel (comme le NBER).
- Organiser des contre-événements :
- Comme le fait le World Social Forum ou Attac, organiser des conférences parallèles pour discuter des limites du Nobel et promouvoir d’autres approches (ex. : économie écologique, décroissance).
- Exemples existants :
- Prix Leontief (Tufts University) : Récompense des économistes hétérodoxes (comme Ha-Joon Chang ou James K. Galbraith).
- Prix de la Fondation Balzan : Prime des travaux en sciences sociales critiques.
- (« Nobel alternatif ») : Honore des figures engagées pour la justice sociale et environnementale.
- Proposition : Lancer un « Prix pour une », avec un (ONG, universitaires critiques, syndicats).
- Exiger une diversification du comité :
- Intégrer des économistes féministes, écologistes, ou du Sud global (ex. : Jayati Ghosh, Kate Raworth).
- Élargir les critères pour récompenser des travaux sur les inégalités, l’écologie, ou les alternatives au capitalisme.
- Conditionner la légitimité du prix :
- Exiger des lauréats qu’ils déclarent leurs liens d’intérêts (comme en médecine).
- Refuser les prix sponsorisés par des institutions financières (ex. : la Banque de Suède pourrait être invitée à clarifier ses liens avec le secteur bancaire).
- Stratégie « judo » : Comme le fait Thomas Piketty, utiliser la notoriété du Nobel (ou son absence) pour dénoncer ses biais.
- Exemple : Si Piketty avait reçu le Nobel, il aurait pu en profiter pour critiquer son orientation libérale. Son absence même peut servir à mobiliser l’opinion sur les lacunes du prix.
- Médiatiser les « oubliés » du Nobel :
- Mettre en avant des économistes ignorés par le comité (comme Mariana Mazzucato sur le rôle de l’État, ou Dani Rodrik sur la mondialisation).
4. Conclusion : boycotter ou subvertir ?
- Ne pas boycotter systématiquement, mais dénoncer les biais chaque fois que le prix récompense des théories néfastes (comme en 2025 avec Aghion).
- Soutenir et médiatiser les prix alternatifs (Leontief, Right Livelihood) pour équilibrer le débat économique.
- Exiger la transparence :
- Sur les liens d’intérêts des lauréats.
- Sur les financements des institutions qui influencent le comité Nobel.
- Utiliser le Nobel comme levier pour discuter des alternatives (ex. : « Et si le Nobel récompensait enfin Piketty ou Mazzucato ? »).
Le vrai problème n’est pas le Nobel en soi, mais l’hégémonie d’une pensée économique qui naturalise les inégalités et la financiarisation. Pour changer cela, il faut :
- Démocratiser l’expertise : Rendre accessible au grand public les débats économiques (via des médias indépendants, des MOOCs critiques).
- Soutenir les économistes engagés : Comme Kate Raworth (), Jason Hickel (décroissance), ou Éloi Laurent (justice sociale).
- Réformer les institutions : Exiger que les banques centrales, les gouvernements, et les universités intègrent des approches pluridisciplinaires (sociologie, écologie, histoire) dans leurs analyses.
Oui, il faut boycotter le Nobel d’économie… mais de manière ciblée et explicative :
- Boycotter les lauréats dont les travaux servent clairement des agendas politiques ou financiers (comme Aghion en 2025, ou Fama en 2013).
- En revanche, soutenir les lauréats qui œuvrent pour le bien commun (comme Duflo ou Nordhaus), tout en exigeant une réforme du processus de sélection.
- Promouvoir activement des alternatives pour montrer que l’économie n’est pas une science neutre, mais un champ de bataille idéologique.
Exemple d’action concrète :
- Refuser de citer Aghion comme « Nobel » dans les débats publics, en expliquant pourquoi (liens avec Macron, légitimation de réformes inégalitaires).
- Soutenir des pétitions pour diversifier le comité du Nobel (comme celle lancée par des économistes féministes en 2020).
Le Nobel d’économie est un symptôme d’un système où l’expertise est captée par les élites. Le boycotter sans proposer d’alternatives reviendrait à abandonner le terrain. L’enjeu est de repolitiser l’économie : en révélant ses biais, en promouvant d’autres voix, et en exigeant que la science économique serve l’émancipation, et non la domination financière.
Source : Mistral AI / Le Chat
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