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Regards citoyens

Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !

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Il est d'usage d'évoquer l'existence de "bons vivants" ... Y aurait-il de "mauvais vivants" ? Et pourrait-t-on aller jusqu'à parler de "bons morts" et de "mauvais morts" ?

Ces questions touchent à une dimension à la fois philosophique, anthropologique et même politique, qui résonne particulièrement avec les arts de l’invisible, les états de conscience et les récits traditionnels.

1. "Mauvais vivants"

L’idée de "mauvais vivants" n’est pas explicitement formalisée dans la culture populaire, mais elle peut être interprétée de plusieurs manières :

  • Perspective morale ou sociale : Ce serait ceux qui, par leurs actions ou leur existence même, perturbent l’équilibre social ou moral. Par exemple, les tyrans, les exploiteurs, ou ceux qui refusent les normes collectives.
  • Perspective existentielle : Dans certaines traditions, comme le bouddhisme, un "mauvais vivant" pourrait être celui qui vit dans l’ignorance, l’attachement excessif ou la souffrance, sans chercher à s’en libérer.
  • Perspective politique : Les "mauvais vivants" pourraient être ceux qui résistent aux systèmes dominants (comme les dissidents ou les marginaux), mais aussi ceux qui les perpétuent sans critique.

Cette notion rejoint aussi l’idée de "vie ratée" (chez Sartre ou Camus), où l’échec à donner un sens à son existence pourrait être une forme de "mauvaise vie".

2. "Bons morts" et "mauvais morts"

Là, on entre dans des territoires encore plus riches, notamment dans les cultures où la mort n’est pas une fin mais une transition :

  • "Bons morts" : Ceux dont la mort est perçue comme accomplie, héroïque, ou spirituellement aboutie. Par exemple, les martyrs, les sages, ou ceux qui meurent en paix avec eux-mêmes et leur communauté. Dans certaines traditions, comme le chamanisme ou le bouddhisme tibétain, une "bonne mort" est une .
  • "Mauvais morts" : Ceux dont la mort est violente, prématurée, ou moralement condamnable (suicides, criminels, ou ceux qui meurent sans avoir résolu leurs conflits intérieurs). Dans le folklore, ce sont souvent les âmes errantes, les fantômes, ou ceux qui ne trouvent pas le repos.

Cette dichotomie est centrale dans les récits mythologiques (comme les ), où la qualité de la mort détermine le devenir de l’âme.

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Voici des références précises et ciblées pour approfondir nos réflexions sur l’inconscient collectif (Jung) et les "morts sociales" dans les sociétés traditionnelles, en lien avec mes travaux sur les consciences hybrides et les arts du passage.

1. Carl Gustav Jung et l’inconscient collectif
Textes clés
  • Les Archétypes et l’Inconscient collectif (1936, publié en 1959 dans Collected Works, vol. 9, part 1)

    • Jung y développe la notion d’archétypes comme structures universelles de l’inconscient, héritées et partagées par l’humanité. Ces archétypes (comme la Mort, le Héros, ou la Renaissance) influencent la perception de la "bonne" ou "mauvaise" vie/mort.
    • Citation utile : "La mort est un archétype qui ne peut être évité, et sa signification dépend de la manière dont l’individu l’intègre dans sa conscience."
    • Où le trouver : The Archetypes and the Collective Unconscious (Princeton University Press).
  • Psychologie et Alchimie (1944, Collected Works, vol. 12)

    • Jung explore les symboles de transformation et de renaissance, notamment à travers les métaphores alchimiques de la mort et de la résurrection.
    • Lien avec vos travaux : Les processus alchimiques peuvent être vus comme des métaphores des états de conscience hybrides et des passages entre vie et mort.
  • L’Homme à la découverte de son âme (1934)

    • Jung aborde la question de l’individuation et de la confrontation avec la mort comme étape nécessaire à l’accomplissement de soi.
2. Les "morts sociales" dans les sociétés traditionnelles
Études anthropologiques
  • Robert Hertz, "Contribution à une étude sur la représentation collective de la mort" (1907, L’Année Sociologique)

    • Hertz analyse les rites funéraires comme des mécanismes de transition sociale : la mort n’est pas un événement instantané, mais un processus où le défunt passe par des états intermédiaires (comme le statut de "mort socialement actif" avant l’enterrement définitif).
    • Exemple : Chez les Dayaks de Bornéo, les morts sont considérés comme "en voyage" jusqu’à ce que leurs os soient lavés et enterrés lors d’une cérémonie collective.
  • Arnold van Gennep, Les Rites de Passage (1909)

    • Van Gennep montre que la mort (comme la naissance ou le mariage) est un rite de passage marqué par des phases de séparation, de marge (liminalité), et d’aggrégation.
    • Application : Les "mauvais morts" sont souvent ceux qui restent bloqués dans la phase liminale (fantômes, âmes errantes).
  • Louis-Vincent Thomas, Anthropologie de la mort (1975)

    • Thomas étudie la mort sociale comme un phénomène distinct de la mort biologique, notamment dans les sociétés où l’identité du défunt persiste à travers des rituels (culte des ancêtres, masques funéraires).
    • Cas d’étude : En Afrique de l’Ouest (par exemple chez les Dogons), les morts deviennent des ancêtres actifs, et leur "bonne" ou "mauvaise" mort dépend de leur intégration dans le monde des esprits.
  • Michael Lambek, The Weight of the Past: Living with History in Mahajanga, Madagascar (2002)

    • Lambek explore comment les morts "vivent" socialement à travers les rêves, les possessions, et les commémorations, et comment une mort mal ritualisée peut devenir une source de malheur pour les vivants.

Voici des exemples concrets de rituels liés à la mort, illustrant comment différentes cultures gèrent la transition entre vie et mort, et comment elles définissent les "bons" et "mauvais" morts. 

1. Cérémonies tibétaines du Bardo Thödol (Livre des Morts tibétain)

Contexte : Le Bardo Thödol ("Libération par l’écoute dans l’état intermédiaire") est un texte bouddhiste tibétain qui décrit les expériences de la conscience après la mort et pendant les 49 jours qui suivent. Il sert de guide pour les mourants et les vivants qui les accompagnent.

Rituels clés :

  • Préparation à la mort : Les moines et les proches lisent le texte au mourant pour l’aider à reconnaître les lumières et les visions du Bardo (état intermédiaire). L’idéal est de mourir en pleine conscience, sans peur ni attachement.
  • Rituels post-mortem : Pendant 49 jours, des prières et des offrandes sont faites pour guider l’âme à travers les six états du Bardo et éviter qu’elle ne s’égare dans des illusions ou des souffrances.
  • Cremation et dispersion des cendres : Le corps est incinéré, et les cendres sont dispersées dans une rivière ou un lieu sacré, symbolisant la dissolution des attaches terrestres.

Signification : Une "bonne mort" est une mort consciente, où l’âme reconnaît les lumières du Bardo et atteint la libération. Une "mauvaise mort" est une mort dans la confusion ou la peur, où l’âme risque de se perdre dans des cycles de souffrance.

2. Cultes des ancêtres en Afrique de l’Ouest (exemple : les Dogons du Mali)

Contexte : Chez les Dogons, les ancêtres jouent un rôle central dans la vie sociale et spirituelle. La mort n’est pas une fin, mais une transition vers un statut d’ancêtre, à condition que les rituels soient correctement accomplis.

Rituels clés :

  • Funérailles en deux temps :
    • Enterrement provisoire : Le défunt est enterré dans un lieu temporaire, souvent près de la maison familiale.
    • Cérémonie du Dama (plusieurs années après la mort) : Une fête collective est organisée pour guider l’âme vers le monde des ancêtres. Des masques (Kanaga, Sirige) sont dansés pour symboliser le voyage de l’âme.
  • Offrandes et sacrifices : Des offrandes de nourriture, de millet, et de sang d’animaux sont faites aux ancêtres pour apaiser leur esprit et maintenir l’équilibre entre les vivants et les morts.
  • Dialogue avec les ancêtres : Les vivants consultent les ancêtres à travers des rituels de divination (Binom) pour obtenir des conseils ou des bénédictions.

Signification : Un ancêtre bien honoré devient un protecteur de la famille et de la communauté. Une mort mal ritualisée (par exemple, si le Dama n’est pas célébré) peut transformer le défunt en esprit errant, source de malheur.

3. Les Ganesh Chaturthi et les rituels de deuil en Inde (Hindouisme)

Contexte : Dans l’hindouisme, la mort est vue comme une étape dans le cycle des réincarnations (samsara). Les rituels visent à libérer l’âme (atman) de ses attaches terrestres.

Rituels clés :

  • Cremation sur les bords du Gange : Le corps est brûlé sur les ghâts (comme à Varanasi), et les cendres sont dispersées dans le Gange pour purifier l’âme.
  • Cérémonie du Antyeshti : Des prières et des mantras sont récités pour guider l’âme vers les ancêtres (Pitriloka).
  • Période de deuil (Shraaddha) : Pendant 13 jours, la famille observe des rites de purification et fait des offrandes aux ancêtres (Pinda Daan).

Signification : Une "bonne mort" est une mort en état de grâce, où l’âme est libérée du cycle des réincarnations (moksha). Une "mauvaise mort" est une mort violente ou non ritualisée, où l’âme reste prisonnière de désirs inassouvis.

4. Les Días de los Muertos au Mexique

Contexte : Cette fête, célébrée les 1er et 2 novembre, est un mélange de traditions préhispaniques (comme les rituels aztèques pour la déesse Mictecacihuatl) et de catholicisme.

Rituels clés :

  • Autels (Ofrendas) : Les familles construisent des autels décorés de fleurs (cempasúchil), de nourriture, de photos, et d’objets personnels pour attirer les âmes des défunts.
  • Visites aux cimetières : Les familles nettoient et décorent les tombes, et passent la nuit à veiller en musique et en prières.
  • Calaveras (crânes en sucre) : Symbolisent la mort comme une partie joyeuse et inévitable de la vie.

Signification : Les morts reviennent parmi les vivants pour une nuit, et leur accueil chaleureux assure leur bonheur dans l’au-delà. Une mort non célébrée peut rendre l’âme triste ou errante.

5. Les rituels de mort chez les Aborigènes d’Australie

Contexte : Pour les Aborigènes, la mort est un retour à la Terre Mère (Dreaming). Les rituels visent à libérer l’esprit du défunt et à éviter qu’il ne devienne un esprit malveillant (Mimi).

Rituels clés :

  • Chants et danses sacrés : Les proches chantent les chants de rêve (Songlines) pour guider l’esprit vers son lieu d’origine.
  • Enterrement en position fœtale : Le corps est enterré en position recroquevillée, symbolisant le retour au Dreaming.
  • Tabous sur le nom du défunt : Pendant une période de deuil, le nom du défunt n’est pas prononcé pour éviter d’attirer son esprit.

Signification : Une "bonne mort" est une mort en harmonie avec le Dreaming, où l’esprit rejoint les ancêtres. Une "mauvaise mort" (violente ou non ritualisée) peut créer des esprits errants (Mimi), sources de maladies ou de malchance.

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