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Publié par ERASME

Dans un discours prononcé à Oviedo le 24 octobre 2025, Mario Draghi a tenté de (re)lancer l’idée d’un « Fédéralisme pragmatique » (1) à partir d’un double constat :

- « Since 2007, we have not changed our governance. Today, we are a European confederation that simply cannot cope with such demands »
- « new, pragmatic federalism is therefore the only viable path forward » 
Au vu de la notoriété du personnage et du crédit accordé à ses analyses et propositions, cette déclaration mérite d’être relevée. 
La brièveté de ce texte ne permettait pas à son auteur de détailler cette notion de « fédéralisme pragmatique ». Il fournit cependant deux pistes de réflexion :
- « A federalism that is issue-based, flexible and able to act outside the slowest mechanisms of EU decision-making » 
- « It would be built by coalitions of the willing around shared strategic interests » 
Un débat ancien mais une nouvelle approche ... 
Certains diront que cette idée et ce concept ne sont guère nouveaux et qu’une abondante littérature sur ce thème existe depuis au moins …une vingtaine d’années, plus particulièrement suite au grand élargissement de 2004/2006.
De fait, de multiples analyses et études ont tenté de résoudre la question d’une « Union de plus en plus diverse et de moins en moins unie » - sans que ni les dispositions des Traités (coopérations renforcées) ni des procédures spéciales (Schengen, Union monétaire) ne parviennent à régler l’ensemble du problème.
C’est probablement en prenant acte de cette impasse que M. Draghi propose une approche « pragmatique » et « flexible » basée, semble-t-il, sur différentes catégories de questions (« issues ») et de groupes d’États membres participants (« coalition of the willing »). 
Et, il faut le noter, M. Draghi insiste pour maintenir/intégrer cette approche au sein du concept d’ensemble de « fédéralisme » - opposé à celui de « confédéralisme » qu’il juge insuffisant et inopérant. 
… qui mériterait d’être précisée ...
C’est probablement en s’inspirant de ses travaux sur « la compétitivité européenne », que M. Draghi est parvenu à ce constat et à cette proposition. Et c’est sans doute en prenant acte de la persistance de blocages dans les différents domaines abordés qu’il tente à présent de définir une nouvelle approche sans toutefois en préciser les contours institutionnels et décisionnels.  
Et c’est bien ici que le bât blesse. Aussi longtemps que les contours du « fédéralisme pragmatique » ne feront pas l’objet de propositions en bonne et due forme de révision ou de compléments des traités, le débat ne s’engagera pas. Au mieux, dans certains domaines spécifiques, des modalités ad hoc de coopération permettront de progresser - mais cela se fera au détriment de la cohérence et de la clarté de l’ensemble de l’entreprise. 
Il est dommage que M.Draghi semble se résigner aux « legal constraints of the EU Treaties » car on voit mal comment une approche même pragmatique permettrait de se libérer de ces contraintes. 
D’autant plus que certaines dispositions des Traités pourraient servir de base à la proposition M. Draghi, moyennant certains aménagements tous comptes faits assez limités
… par exemple en référence aux coopérations renforcées 
On peut prendre l’exemple du mécanisme des coopérations renforcées (art. 20 TUE et art. 326 à 334 TFUE) qui a précisément été conçu dans un but de flexibilité tant en matière de champs d’action que d’États participants. 
Certes, ce mécanisme - dans sa forme actuelle - n’a pas donné lieu à d’avancées spectaculaires et s’est trouvé relégué au magazine des accessoires inopérants. Toutefois, une re-lecture attentive montrerait qu’une modification limitée et ciblée de certaines de ses dispositions suffirait peut-être à en faire un outil adapté à l’objectif visé par M. Draghi. Et ce, sans pour autant provoquer des émois souverainistes ou des craintes de déclassement parmi les États membres. 
Mais ce n’est qu’un exemple. Une réflexion plus approfondie permettrait de dégager d’autres pistes. L’essentiel est de lancer l’exercice en s’inspirant des principes de flexibilité et de pragmatisme avancés par M. Draghi. La Commission Von der Leyen - bien consciente des blocages actuels et des risques de fragmentation - serait la mieux placée pour en prendre l’initiative avec le probable soutien du Parlement et d’un bon nombre d’États membres.  
Les passages concernés du discours 
Voici les passages du discours de M. Draghi concernant plus particulièrement la proposition de « fédéralisme pragmatique » ( notre sélection et sur lignage) :

«  Since 2007, we have not changed our governance. Today, we are a European confederation that simply cannot cope with such demands.

It leaves responsibilities at the national level that can no longer be delivered effectively there. 

This is not only because of the legal constraints of the EU Treaties

Beyond declarations, and out of necessity, the future of Europe must be a journey towards federalism.

A new, pragmatic federalism is therefore the only viable path forward.

This is a federalism that is issue-based, flexible and able to act outside the slowest mechanisms of EU decision-making.

It would be built by coalitions of the willing around shared strategic interests—recognising that Europe’s diverse strengths do not require every country to move at the same pace.

Imagine countries with strong tech sectors agreeing on a common regime that enables their firms to scale rapidly.

Nations with advanced defence industries pooling R&D and funding joint procurement.

Industrial leaders co-investing in critical sectors such as semiconductors, or in grid infrastructure that lowers energy costs.

This pragmatic federalism would allow those with higher ambitions to act with the speed, scale and intensity of other global powers. » 

 
Jean-Guy Giraud
25 - 10 2025
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