L’entretien débute par une mise au point rigoureuse sur les déclarations du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot qui évoquait un effondrement complet de l’économie russe et plus d’un million de morts du côté russe. Jacques Sapir démontre, données à l’appui, que ces affirmations sont largement exagérées : les pertes russes seraient proches de 250 000 soldats, et l’économie russe reste excédentaire, maintenant une balance commerciale positive malgré les sanctions.
Sur le plan militaire, Sapir décrit une guerre d’attrition où la Russie cherche avant tout à épuiser les forces ukrainiennes plutôt qu’à conquérir massivement du territoire. Il alerte sur la crise interne des effectifs ukrainiens, avec près de 20 000 désertions par mois, laissant craindre un effondrement des lignes à moyen terme, possiblement dès le premier trimestre 2026.
L’entretien aborde aussi les nouveaux équilibres nucléaires mondiaux : la fin imminente du traité START, l’apparition d’armes nucléaires russes à propulsion nucléaire (missiles et drones sous-marins à autonomie prolongée) et les risques d’escalade qu’elles impliquent pour la sécurité globale.
Sapir élargit ensuite l’analyse au plan international, à travers le voyage diplomatique de Donald Trump en Asie, marqué par plusieurs revers face à la montée en puissance de la Chine et des BRICS – notamment l’Inde, l’Indonésie et la Malaisie – qui consolident leurs liens économiques et industriels avec la Russie. L’exemple emblématique : le transfert de production aéronautique civile russo-indien, symbole de la résilience et de la souveraineté technologique de Moscou.
Enfin, Jacques Sapir dénonce le verrouillage médiatique et politique français, qui empêche un débat réaliste sur la guerre et les mutations géopolitiques en cours. Il appelle à rompre avec la désinformation, à réévaluer la stratégie européenne et à reconnaître l’émergence d’un monde multipolaire, dans lequel la Russie joue un rôle structurant.