Ces conflits collectifs homicides qui ne sont pas des guerres, par Christophe Darmangeat (Penser c'est chouette)
Christophe Darmangeat, anthropologue social, a offert un article remarquable à Penser c’est chouette :
Il y présente la classification qu’il a inventée pour répertorier les différentes formes de conflits collectifs homicides identifiées lors des recherches pour son livre Casus belli - La guerre avant les États.
Deux récits ethnographiques lui permettent de démontrer que le terme de guerre n’est pas satisfaisant pour désigner ces formes de conflits homicides collectifs :
Chez les Amérindiens de culture iroquoienne, des expéditions étaient menées par une dizaine d’hommes, à des centaines de kilomètres de leur territoire, dans le seul but de ramener quelques prisonniers qui seraient sacrifiés ou adoptés.
« Un exemple entre mille est celui des Maenga de Nouvelle-Guinée décrits par Michel Panoff. Lorsqu’un meurtre avait été commis au sein du village et que l’auteur de l’homicide assumait publiquement la responsabilité de son geste, on organisait un “combat à l'intérieur du village” (yaling enga maga lona). Tous les hommes valides s’armaient et se répartissaient en deux camps, l’un censé venger le mort, l’autre défendant la cause du meurtrier. Le combat durait jusqu’à ce qu’une femme chargée de cette fonction l’interrompe par le rite approprié. Ensuite, la paix était rétablie. »
Après l’étude de centaines de récits de conflits collectifs homicides à travers les cultures et les époques, Christophe Darmangeat en a tiré une matrice.
Les conflits peuvent être résolutifs ou non résolutifs : « Ont-ils pour but de vider une querelle ou un conflit ? »
Les conflits peuvent être discrétionnaires ou conventionnaires : « Les combats font-ils l’objet d’une convention préalable entre les deux camps ? »
L’article nous entraîne ensuite faire un tour chez nos différents ancêtres pour détailler et illustrer chacune des quatre formes de conflits répertoriées par la matrice avec des exemples :
Des vengeances perpétuelles, discrétionnaires et non résolutives, des Tupinamba au conventionnaire et résolutif “combat dans le village” des Maenga, en passant par la conventionnaire et non résolutive guerre fleurie des Aztèques.
Le travail de Christophe Darmangeat permet de mettre en évidence que la quête du gain économique ne constitue pas du tout la seule motivation des conflits collectifs.