Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !
1 Décembre 2025
Les siècles défilent, et avec eux, les mêmes manèges macabres.
Chaque époque croit inventer sa propre modernité, ses propres conflits, ses propres propagandes. Pourtant, les mécanismes restent les mêmes : la fabrique de l’ennemi, la surenchère verbale, la désinformation organisée, la responsabilité jamais assumée. Les belligérants changent de nom, les idéologies se relookent, mais la partition reste identiquement sordide. On oppose les peuples, on attise les peurs, on construit des murs de haine — et demain, quand les armes se tairont (si elles se taisent), les mêmes qui ont soufflé sur les braises iront se laver les mains dans l’oubli de l’Histoire.
Comment en sortir ?
Cette question, je la porte comme une brûlure. Non pas parce que les réponses manquent, mais parce que les exemples concrets de rupture avec cette logique féodale et machiavélique sont rares, voire inexistants. Les résistances existent, bien sûr — mais elles sont souvent écrasées, récupérées, ou réduites à l’état de folklore militant. Les révolutions trahies, les utopies avortées, les tentatives de dialogue sabordées : l’Histoire semble nous dire que la machine à broyer les espoirs tourne toujours à plein régime.
Les outils ont changé, mais la recette reste immuable :
Le pire ? Ces mécanismes ne sont pas l’apanage des régimes totalitaires. Les démocraties libérales, les médias dominants, les réseaux sociaux y participent avec une efficacité redoublée. On nous vend du « débat », mais c’est du spectacle ; on nous promet de la « transparence », mais c’est de la surveillance. La fabrique du consentement, chère à Chomsky, et la fabrique de l’ennemi, chère aux stratèges de tous bords, ne sont que les deux faces d’une même pièce : celle d’un pouvoir qui a besoin de divisions pour régner.
Face à ce constat, trois tentations guettent :
Aucune de ces voies ne satisfait. La première paralyse. La seconde épuise. La troisième ment.
Alors, que reste-t-il ?
Il ne suffit pas de pointer du doigt les manipulateurs. Il faut déconstruire leurs récits, exposer leurs méthodes, archiver leurs mensonges. Des initiatives comme Bellingcat ou Disclose montrent que la vérité, même incomplète, peut être une arme. Mais encore faut-il qu’elle soit accessible, partagée, incarnée.
La propagande prospère là où l’on cesse de voir en l’autre un être de chair et de sang. Retrouver des espaces de dialogue, même minuscules, est un acte de résistance. Que ce soit à travers l’art (comme les chansons de Victor Jara sous Pinochet), la littérature (comme les écrits de Vasily Grossman sur Stalingrad), ou les rencontres citoyennes (comme les forums sociaux mondiaux), chaque fois qu’un pont est jeté entre deux rives ennemies, c’est une faille dans le système.
Les grands récits révolutionnaires ont souvent échoué. Mais les micro-résistances, elles, persistent.
Ces combats sont fragiles, imparfaits, parfois contradictoires. Mais ils sont réels. Et c’est dans leur accumulation que réside, peut-être, l’espoir.
Ce qui me hante, c’est moins l’échec des résistances passées que l’absence de modèles clairs pour l’avenir. Pourtant, cette absence n’est pas un vide. Elle est un appel à inventer.
C’est là, dans cet entre-deux entre désespoir et création, que se situe peut-être le seul terrain où quelque chose de neuf peut advenir.
Je ne crois pas aux solutions purement rationnelles.
La raison seule ne suffira pas à briser les chaînes.
Il faut aussi :
Ai Weiwei le dit : « L’art est une forme de résistance parce qu’il refuse de se soumettre à une seule vérité. » Et si c’était là, dans ce refus, que résidait la clé ?
Je n’ai pas de réponse toute faite. Personne ne l’a. Mais je refuse de croire que l’absence d’exemples passés condamne définitivement l’avenir.
Peut-être faut-il accepter que la sortie de ce cycle infernal ne sera ni linéaire, ni définitive, ni même toujours visible. Peut-être est-elle déjà en train de se jouer, dans les interstices, les marges, les silences.
Alors oui, les siècles passent, et les mêmes manèges se répètent. Mais les siècles passent aussi, et nous sommes toujours là pour les regarder en face.
Et ça, c’est déjà une forme de victoire.
PS : Cet article est une invitation au dialogue. Quelles résistances, même infimes, avez-vous croisées ?
Quels récits vous ont aidé à garder espoir ?
Vos réponses nourriront la prochaine version de ce texte.