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Regards citoyens

Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !

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Comment briser les chaînes invisibles de la guerre perpétuelle ?

Les siècles défilent, et avec eux, les mêmes manèges macabres.

Chaque époque croit inventer sa propre modernité, ses propres conflits, ses propres propagandes. Pourtant, les mécanismes restent les mêmes : la fabrique de l’ennemi, la surenchère verbale, la désinformation organisée, la responsabilité jamais assumée. Les belligérants changent de nom, les idéologies se relookent, mais la partition reste identiquement sordide. On oppose les peuples, on attise les peurs, on construit des murs de haine — et demain, quand les armes se tairont (si elles se taisent), les mêmes qui ont soufflé sur les braises iront se laver les mains dans l’oubli de l’Histoire.

Comment en sortir ?

Cette question, je la porte comme une brûlure. Non pas parce que les réponses manquent, mais parce que les exemples concrets de rupture avec cette logique féodale et machiavélique sont rares, voire inexistants. Les résistances existent, bien sûr — mais elles sont souvent écrasées, récupérées, ou réduites à l’état de folklore militant. Les révolutions trahies, les utopies avortées, les tentatives de dialogue sabordées : l’Histoire semble nous dire que la machine à broyer les espoirs tourne toujours à plein régime.

La propagande, ou l’art de fabriquer des ennemis à la chaîne

Les outils ont changé, mais la recette reste immuable :

  • Déshumaniser l’autre jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’une caricature, un monstre, une abstraction.
  • Simplifier le réel en un combat manichéen où toute nuance devient trahison.
  • Instrumentaliser les peurs pour mieux contrôler les corps et les esprits.

Le pire ? Ces mécanismes ne sont pas l’apanage des régimes totalitaires. Les démocraties libérales, les médias dominants, les réseaux sociaux y participent avec une efficacité redoublée. On nous vend du « débat », mais c’est du spectacle ; on nous promet de la « transparence », mais c’est de la surveillance. La fabrique du consentement, chère à Chomsky, et la fabrique de l’ennemi, chère aux stratèges de tous bords, ne sont que les deux faces d’une même pièce : celle d’un pouvoir qui a besoin de divisions pour régner.

Résister : mais comment, et à quel prix ?

Face à ce constat, trois tentations guettent :

  1. Le cynisme (« Tout est pourri, à quoi bon agir ? »).
  2. L’activisme aveugle (« Il faut faire quelque chose, n’importe quoi ! »).
  3. La fuite dans l’utopie (« Un jour, tout changera, comme par magie. »).

Aucune de ces voies ne satisfait. La première paralyse. La seconde épuise. La troisième ment.

Alors, que reste-t-il ?

1. Dénoncer, mais pas seulement

Il ne suffit pas de pointer du doigt les manipulateurs. Il faut déconstruire leurs récits, exposer leurs méthodes, archiver leurs mensonges. Des initiatives comme Bellingcat ou Disclose montrent que la vérité, même incomplète, peut être une arme. Mais encore faut-il qu’elle soit accessible, partagée, incarnée.

2. Réhumaniser l’ennemi

La propagande prospère là où l’on cesse de voir en l’autre un être de chair et de sang. Retrouver des espaces de dialogue, même minuscules, est un acte de résistance. Que ce soit à travers l’art (comme les chansons de Victor Jara sous Pinochet), la littérature (comme les écrits de Vasily Grossman sur Stalingrad), ou les rencontres citoyennes (comme les forums sociaux mondiaux), chaque fois qu’un pont est jeté entre deux rives ennemies, c’est une faille dans le système.

3. Agir local, penser global

Les grands récits révolutionnaires ont souvent échoué. Mais les micro-résistances, elles, persistent.

  • Les ZAD et les luttes écologistes qui bloquent les projets destructeurs.
  • Les coopératives autogérées qui prouvent qu’une autre économie est possible.
  • Les lanceurs d’alerte qui risquent tout pour dire la vérité.

Ces combats sont fragiles, imparfaits, parfois contradictoires. Mais ils sont réels. Et c’est dans leur accumulation que réside, peut-être, l’espoir.

4. Assumer l’absence comme un moteur

Ce qui me hante, c’est moins l’échec des résistances passées que l’absence de modèles clairs pour l’avenir. Pourtant, cette absence n’est pas un vide. Elle est un appel à inventer.

  • Inventer des récits qui ne reposent pas sur la peur ou la domination.
  • Inventer des formes d’organisation qui échappent à la logique étatique ou capitaliste.
  • Inventer une éthique qui assume l’inachèvement, le doute, la complexité.

C’est là, dans cet entre-deux entre désespoir et création, que se situe peut-être le seul terrain où quelque chose de neuf peut advenir.

L’art et le sacré : des armes secrètes ?

Je ne crois pas aux solutions purement rationnelles.

La raison seule ne suffira pas à briser les chaînes.

Il faut aussi :

  • La poésie, qui rappelle que le monde n’est pas qu’un champ de bataille, mais aussi un mystère.
  • Le sacré, qui pose une limite à la toute-puissance des calculs et des stratégies.
  • L’art, qui peut rendre visible l’invisible — y compris cette part d’humanité que la propagande cherche à étouffer.

Ai Weiwei le dit : « L’art est une forme de résistance parce qu’il refuse de se soumettre à une seule vérité. » Et si c’était là, dans ce refus, que résidait la clé ?

Conclusion : l’espérance comme acte de rébellion

Je n’ai pas de réponse toute faite. Personne ne l’a. Mais je refuse de croire que l’absence d’exemples passés condamne définitivement l’avenir.

Peut-être faut-il accepter que la sortie de ce cycle infernal ne sera ni linéaire, ni définitive, ni même toujours visible. Peut-être est-elle déjà en train de se jouer, dans les interstices, les marges, les silences.

Alors oui, les siècles passent, et les mêmes manèges se répètent. Mais les siècles passent aussi, et nous sommes toujours là pour les regarder en face.

Et ça, c’est déjà une forme de victoire.

PS : Cet article est une invitation au dialogue. Quelles résistances, même infimes, avez-vous croisées ?

Quels récits vous ont aidé à garder espoir ?

Vos réponses nourriront la prochaine version de ce texte.

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