Face à ce qui s’apparente à un massacre politique coordonné, l’ONU et ses satellites ont offert au monde un spectacle consternant : celui de la diplomatie du communiqué tiède, du rapport prudent, de la condamnation formulée à mi-voix. Une bureaucratie des bons sentiments qui se hâte lentement alors que des vies sont brisées.
Amnesty, Médecins sans frontières, Hwr, la Croix-Rouge — autant de noms synonymes d’indignation sélective lorsqu’il s’agit d’affronter un régime autoritaire doté d’un appareil répressif solide. Ces organisations ne manquent jamais de condamner les démocraties occidentales, souvent pour des fautes réelles mais marginales, parce que c’est facile, peu risqué et politiquement rentable.
Mais dès qu’il s’agit de pointer un régime comme celui de l’Iran, rien ne semble plus compliqué. Les déclarations deviennent prudentes, sybillines, parfois absentes. La compassion est calibrée, conditionnée, enveloppée dans une neutralité de façade.
Quant à l’Union européenne, elle confirme une fois de plus son incapacité à dépasser la diplomatie procédurale pour défendre des principes. Elle se mobilise avec ferveur pour les normes environnementales, la concurrence et les subventions agricoles — mais lorsque des milliers de civils sont abattus pour avoir réclamé liberté et dignité, Bruxelles s’égare dans ses couloirs institutionnels.
Ce contraste est d’autant plus troublant que l’Europe prétend incarner un modèle de civilisation fondé sur la défense des droits humains. Quelle crédibilité reste-t-il à ce discours lorsque les victimes ne se trouvent ni sur son territoire, ni dans sa zone d’influence ?
Le terme est fort, mais il s’impose : la lâcheté. Non pas la lâcheté individuelle, mais une lâcheté structurelle, nourrie par le relativisme, le cynisme et la peur d’affronter ceux qui ne respectent ni la parole, ni le droit international.
Ce qui se joue en Iran dépasse un soulèvement national. C’est un test géopolitique : un test pour savoir si les institutions construites après 1945 ont encore la capacité morale de défendre l’idée la plus simple qui soit — qu’aucun peuple n’est voué à l’oppression.
L’Histoire est pleine de moments où la vérité dérange avant de s’imposer. Les 12 000 morts des manifestations iraniennes — si ce chiffre se confirme — ne sont pas une statistique, mais une accusation lancée contre l’architecture internationale censée empêcher précisément ce genre d’atrocités.
L’Occident, qui parle sans cesse de valeurs, doit choisir : soit accepter que ces valeurs ne valent que pour lui-même, dans les limites de son confort politique ; soit retrouver le courage d’appeler les régimes pour ce qu’ils sont, et d’agir en conséquence — diplomatiquement, économiquement, stratégiquement.
Parce qu’une chose est certaine: le silence n’est pas neutre. Il prend toujours le parti du bourreau