La Knesset a organisé un événement en l’honneur de certaines familles des personnes qui avaient été tuées ou prises en otage lors du pogrom du 7 octobre 2023 et pendant la guerre qui a suivi à Gaza. Cet hommage a plus particulièrement été l’occasion de distinguer les proches de captifs et les proches de victimes qui ont soutenu la politique de guerre qui a été mise en œuvre par le gouvernement pendant le conflit au sein de l’enclave côtière.
Ainsi, les familles qui avaient manifesté chaque semaine contre le gouvernement pendant toute la durée de la guerre n’ont pas été conviées.
Cet événement, qui a été organisé par Ohad Tal, député du parti Hatzionout HaDatit, à l’extrême droite de l’échiquier politique, a voulu être « un événement rendant hommage à ceux qui ont remonté le moral de la nation pendant la guerre de la renaissance ». Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est adressé aux participants par visioconférence à cette occasion.
Le Premier ministre et d’autres membres du gouvernement qui étaient présents ont fait l’éloge des personnes distinguées – les membres des forums Tikva et Gvura, qui s’étaient opposés aux accords conclus avec le Hamas qui visaient à mettre un terme à la guerre. Ces accords prévoyaient notamment de remettre en liberté les prisonniers palestiniens incarcérés au sein de l’État juif pour atteinte à la sécurité nationale en échange de la libération progressive des captifs retenus dans la bande de Gaza.
Ces groupes s’étaient opposés aux accords de cessez-le-feu qui avaient été finalisés au mois de novembre 2023 et au mois de janvier 2025 – mais ils avaient soutenu l’accord négocié par les États-Unis, au mois d’octobre 2025. Ce dernier avait prévu la remise en liberté simultanée de tous les otages et il s’était inscrit dans le cadre d’un plan plus large appelant au désarmement du Hamas.
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui a pris part à l’événement de lundi, a estimé que les membres des deux groupes « se sont opposés aux voix appelant à la défaite et à la capitulation, qui ont affaibli la nation et renforcé – malgré les meilleures intentions – le Hamas », selon le quotidien Haaretz.
Le ministre d’extrême droite a ajouté que ces « voix » avaient prolongé les souffrances des otages.
Le forum Tikva – qui regroupait une minorité de familles d’otages – avait été créé en opposition à l’organisation-cadre des proches de captifs et de victimes du 7-Octobre, le Forum des familles d’otages et de disparus, qui organisait chaque samedi soir des manifestations qui appelaient à la conclusion d’un accord susceptible d’ouvrir la porte à la libération des captifs.
Les affiches préparées par le Forum Gvura – des posters qui représentaient des soldats tombés au combat et qui appelaient à combattre le Hamas « jusqu’à la victoire » – faisaient également contrepoids à celles du Forum des familles d’otages, qui mettaient en avant les personnes retenues en captivité à Gaza et qui sommaient le gouvernement de « les ramener à la maison ».
Le Forum des familles d’otages et de disparus a dénoncé cet événement en diffusant lundi un communiqué établissant que « la grande majorité des familles d’otages a intentionnellement été écartée de l’événement ».
« Cette exclusion s’inscrit dans le cadre d’une tentative dont l’objectif est d’effacer le souvenir des grands échecs enregistrés lors du 7-Octobre, d’effacer le souvenir de la lutte menée par les otages contre le traitement qui leur a été réservé par le gouvernement pendant leur longue captivité, au cours de laquelle 46 otages ont été assassinés », a-t-il souligné dans son communiqué.
« Il aurait été plus approprié d’inviter toutes les familles des otages », a poursuivi le Forum. « Le retour des otages, sur une période qui a duré plus de deux ans, a été une période de vive émotion et d’exaltation pour toute la nation israélienne ».
« Grâce à la détermination du Forum qui est descendu dans les rues, semaine après semaine, pour soutenir cette lutte à la fois morale et éthique, 254 otages ont pu rentrer chez eux, certains pour guérir de leur calvaire et d’autres pour être enterrés dignement », a-t-il continué.
Le forum a conclu en rappelant que le corps sans vie du sergent-chef Ran Gvili se trouvait encore au sein de l’enclave côtière. « Il n’y aura pas de véritable victoire et le Hamas ne sera pas vaincu tant qu’il y aura encore un otage israélien à Gaza », a affirmé le groupe.
Les familles qui ont été écartées de l’événement ont aussi réagi au niveau individuel. Rafi Ben Shitrit, dont le fils, le sergent-chef Shimon Alroy Ben Shitrit, avait été tué lors du pogrom du 7-Octobre alors qu’il combattait des terroristes du Hamas dans le sud d’Israël, a écrit sur le réseau social X : « Il y a des héros de première classe et des héros de deuxième classe ».
Ben Shitrit est membre du Conseil d’octobre – un groupe qui regroupe des familles endeuillées et des familles d’otages qui réclament toutes la mise en place d’une commission d’enquête nationale sur les défaillances qui ont entouré le massacre commis par le Hamas. Le gouvernement refuse les appels en faveur de l’établissement d’un tel panel, dont les membres seraient désignés par des responsables du système judiciaire israélien. Il a pris la décision de créer, à la place, une commission dont les membres seront nommés par les politiques.
Hannah Cohen, dont la nièce Inbar Haiman avait été assassinée le 7-Octobre – son corps sans vie avait ensuite été retenu en otage pendant deux ans à Gaza – a écrit sur Facebook : « Que notre fille ait été abandonnée, assassinée et enlevée, puis renvoyée dans un cercueil, deux ans plus tard – c’était la dernière chez les femmes – n’a pas suffi pour vous. Vous continuez à enfoncer le couteau dans la plaie ».
Izhar Shay, dont le fils Yaron avait été tué alors qu’il luttait contre des hommes armés du Hamas, le 7-Octobre, a écrit : « Le gouvernement israélien et ses représentants à la Knesset continuent de faire la distinction entre un sang et un autre sang, une douleur et une autre douleur, des personnes endeuillées et d’autres personnes endeuillées. Je ne me sens pas insulté par vous, Dieu m’en préserve. Parce que je vous méprise ».
Shay – ancien membre de la Knesset et ancien ministre des Sciences et des Technologies qui était retourné travailler dans le secteur privé en 2021 – a fait remarquer que sa famille n’avait pas non plus été invitée à la cérémonie de commémoration officielle qui avait été organisée en hommage aux victimes tombées au champ d’honneur le jour du pogrom.
« Relisez ceci et intériorisez-le bien : nous sommes la famille d’un soldat, d’un héros qui est tombé au combat après avoir sauvé la vie de centaines de personnes, le 7-Octobre, mais cela n’a pas suffi pour que nous soyons invités à la cérémonie officielle de l’État en mémoire des victimes », a-t-il écrit.
Pour sa part, le ministre des Finances Bezalel Smotrich a déclaré à Haaretz qu’il était légitime « de rendre hommage à certaines personnes et à certains groupes qui, à nos yeux, se sont positionnés du bon côté ».
« Il y a eu ceux qui, pendant deux ans, ont mené une campagne dangereuse, une campagne de faiblesse et d’abandon, qui a été à la fois irresponsable et destructrice… au prix du sang versé, et il y a eu ceux qui ont choisi de donner de la force, de placer l’État d’Israël en tête de leur liste de priorités, même s’ils avaient des enfants de l’autre côté des lignes ennemies », a-t-il ajouté.
Le ministre d’extrême droite a ajouté que les familles des forums Tikva et Guvra, « qui ont résisté à des épreuves auxquelles aucun d’entre nous n’aurait pu résister », ont apporté à l’élite politique une « validation morale ».
Il a appelé le ministre de l’Éducation, Yoav Kisch, à décerner le Prix Israël, la plus haute distinction civile du pays, aux membres des deux groupes.
