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Regards citoyens

Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !

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La mondialisation est morte : Jacques Sapir explique pourquoi l'Occident refuse de voir la réalité (Fréquence populaire média)

 

La fin d’un mythe : la mondialisation comme illusion et son déni occidental

L’échange entre Jacques Sapir et Georges Kuzmanovic, diffusé le 30 janvier 2026, s’articule autour d’un constat désormais incontournable : la mondialisation, telle qu’elle a été conçue depuis les années 1990, est morte. Ce basculement ne relève pas d’une rupture soudaine, mais de l’aboutissement logique d’une série de crises successives — financières, sanitaires, géopolitiques — que les élites occidentales ont systématiquement ignorées ou minimisées. L’analyse de Sapir, ancrée dans une lecture historique et stratégique, révèle comment ce déni persistant a précipité l’effondrement d’un ordre unipolaire et l’émergence d’un monde multipolaire, marqué par le retour brutal des rapports de force.

1. Davos 2026 : l’acte de décès officiel de la mondialisation

Le sommet de Davos, souvent perçu comme le temple de l’idéologie mondialiste, a paradoxalement servi de cadre à la reconnaissance explicite de sa fin. Les propos de Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, illustrent cette prise de conscience tardive : l’ordre économique et politique qui a prévalu depuis la chute du mur de Berlin est désormais obsolète. Sapir souligne que cette déclaration n’est pas une surprise, mais la confirmation d’un processus engagé depuis des décennies. La crise financière de 2008, la pandémie de Covid-19, et surtout l’échec des politiques néolibérales à intégrer les puissances émergentes dans un système dominé par l’Occident ont accéléré cette transition. Pourtant, l’Europe, en particulier, persiste dans son refus de reconnaître cette réalité, préférant maintenir un discours incantatoire sur la « coopération internationale » et les « normes universelles ».

2. L’aveuglement européen face aux BRICS et aux institutions alternatives

L’un des points les plus marquants de l’analyse de Sapir réside dans la critique de l’incapacité européenne à percevoir les BRICS comme une alternative crédible. Alors que ces pays ont progressivement construit des institutions parallèles — banques de développement, mécanismes de coopération monétaire, accords commerciaux — l’Occident, et surtout l’Union européenne, continue de les disqualifier a priori. Cet aveuglement s’inscrit dans une logique quasi coloniale : toute institution non occidentale est systématiquement présentée comme illégitime ou inefficace, sans examen sérieux de ses mécanismes ou de ses résultats. Sapir montre comment cette attitude reflète une crise de légitimité plus profonde, où l’Europe, incapable de se réinventer, se réfugie dans un imaginaire de supériorité morale et institutionnelle.

3. Le Groenland : révélateur des contradictions stratégiques occidentales

L’analyse du Groenland et de l’Arctique offre une illustration concrète des limites de la puissance occidentale. Sapir rappelle que la stratégie américaine dans la région, loin d’être une réaction à une menace chinoise ou russe, s’inscrit dans une continuité historique de contrôle militaire et économique. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont systématiquement cherché à dominer cette zone, via le NORAD ou des bases stratégiques, pour des raisons à la fois géopolitiques (contrôle des routes maritimes) et économiques (ressources naturelles). La tentative de Donald Trump d’acheter le Groenland en 2019, souvent présentée comme une lubie, s’inscrit en réalité dans cette logique impériale de longue date. Pourtant, l’Europe, et notamment la France, continue de sous-estimer ces enjeux, préférant se concentrer sur des théâtres d’opération secondaires (comme l’Ukraine) plutôt que sur des zones où se joue l’avenir de la souveraineté stratégique.

4. L’OTAN et l’Ukraine : le récit stratégique en lambeaux

Sapir consacre une partie importante de son analyse à la crédibilité déclinante de l’OTAN et au discours occidental sur l’Ukraine. Il montre comment la guerre en Ukraine a révélé les limites physiques, industrielles et politiques de la projection de puissance européenne et américaine. L’incapacité à fournir des armements en quantité suffisante, la dépendance aux chaînes d’approvisionnement asiatiques, et surtout l’absence de vision stratégique cohérente ont sapé la légitimité de l’Alliance atlantique. Plus encore, le récit occidental sur l’Ukraine — présenté comme un combat pour la « démocratie » et les « valeurs libérales » — s’effrite face à la réalité d’un conflit où les intérêts géopolitiques priment sur les principes. Sapir souligne que cette dissonance entre le discours et la pratique accélère la perte d’influence de l’Occident, tandis que d’autres puissances, comme la Chine ou la Russie, capitalisent sur cette faiblesse pour imposer leurs propres normes.

5. La souveraineté comme horizon indépassable

Face à ces constats, Sapir conclut que la souveraineté économique et stratégique redevient la clé de lecture centrale du monde contemporain. La fin de la mondialisation ne signifie pas un retour à l’isolement, mais l’émergence d’un système où les États doivent repenser leur autonomie dans des domaines critiques : industrie, énergie, défense, monnaie. L’Europe, en particulier, est confrontée à un choix binaire : soit elle accepte son déclassement en restant dépendante des États-Unis et des chaînes de valeur asiatiques, soit elle engage une reconquête de sa souveraineté, en repensant ses alliances, ses institutions et ses priorités stratégiques. Sapir insiste sur le fait que cette reconquête ne peut se faire sans une rupture idéologique avec le dogme néolibéral, qui a précarisé les classes moyennes et affaibli les États.

6. Le déni occidental : entre imaginaire colonial et impuissance

L’un des enseignements les plus frappants de cette analyse réside dans la persistance du déni occidental. Sapir explique ce phénomène par deux facteurs principaux :

  • Un imaginaire colonial persistant : l’Occident, et surtout l’Europe, continue de se percevoir comme le centre du monde, incapable d’accepter que d’autres puissances puissent proposer des modèles alternatifs viables.
  • Une impuissance stratégique : confrontée à la complexité du monde multipolaire, l’Europe préfère se réfugier dans des incantations (la « communauté internationale », les « valeurs universelles ») plutôt que d’affronter la nécessité de réformes structurelles.

Ce déni, selon Sapir, n’est pas seulement un aveu de faiblesse, mais un accélérateur de déclin. En refusant de voir la réalité, l’Occident se condamne à subir les règles d’un jeu qu’il ne maîtrise plus.

Postface : une leçon de lucidité pour les stratégistes

L’apport majeur de Jacques Sapir réside dans sa capacité à lier une analyse économique fine à une lecture géopolitique et historique. Son diagnostic, bien que sévère, offre une grille de lecture indispensable pour comprendre les dynamiques contemporaines. Pour les décideurs et les stratégistes, trois enseignements majeurs se dégagent :

  1. La fin de l’unipolarité est irréversible : l’Occident doit accepter que son hégémonie passée ne reviendra pas, et que la coopération future devra se construire sur des bases nouvelles, plus équilibrées.
  2. La souveraineté n’est pas une option, mais une nécessité : sans autonomie industrielle, monétaire et militaire, l’Europe sera réduite à un statut de puissance secondaire.
  3. Le déni est une stratégie perdante : refuser de voir la réalité ne fait que retarder l’inévitable, tout en affaiblissant la capacité à y répondre.

Cette analyse, par sa rigueur et son absence de concession aux illusions, s’impose comme un outil précieux pour quiconque cherche à anticiper les défis du XXIᵉ siècle. Elle rappelle surtout que la lucidité, même douloureuse, reste la première des vertus stratégiques.

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