Le mutisme de Kaja KALLAS, haute représentante de l’Union européenne, face au durcissement du blocus et aux nouvelles menaces américaines contre Cuba n’est pas anodin d'autant qu'on l'entend beaucoup sur d'autres enjeux. Il dit l’essentiel : l’Europe vote chaque année contre l’embargo à l’ONU, mais se tait quand celui-ci est concrètement renforcé. Entre principes affichés et actes politiques, le fossé est béant.
En France, le gouvernement a dénoncé l’initiative américaine. Mais autour, c’est le vide. Silence du Parti socialiste, mutisme du centre, retrait de la droite — ce qui est moins surprenant - comme si l’ensemble des partis dits « de gouvernement » redoutaient davantage les réactions de Donald Trump que l’injustice faite à un peuple.
Plus troublant encore : le traitement médiatique. Le Monde peut ainsi consacrer deux pages à la crise cubaine sans une ligne sur le rôle central du blocus renforcé. On décrit les pénuries et l’exode, mais on tait la cause structurelle. La souffrance est dépolitisée, transformée en fatalité.
Rappeler cela n’est pas approuver le gouvernement cubain. C’est refuser une hypocrisie commode. D’autant que sous Barack Obama, une ouverture réelle avait commencé, porteuse d’espoirs concrets pour la population, brutalement brisés ensuite.
Le blocus n’est pas un détail diplomatique : c’est une punition collective. L’accepter par le silence, c’est renoncer à toute cohérence morale.
On peut critiquer La Havane sans accepter l’asphyxie d’un peuple.