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Regards citoyens

Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !

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Analyse filmique approfondie de L’Enlèvement (2023) de Marco Bellocchio

Contexte historique et narratif : l’affaire Mortara comme prisme universel

L’Enlèvement (Rapito) s’inspire d’un événement réel, l’affaire Mortara, survenue en 1858 à Bologne. Le film raconte l’enlèvement d’Edgardo Mortara, un enfant juif de sept ans, par les soldats du Pape Pie IX, sous prétexte qu’il aurait été baptisé en secret par sa nourrice chrétienne. Cette décision, fondée sur une loi canonique médiévale selon laquelle un baptême, même secret, soustrait l’enfant à l’autorité parentale, plonge la famille Mortara dans un drame intime et politique. Marco Bellocchio, à travers ce récit, explore non seulement une tragédie familiale, mais aussi une crise de civilisation : celle de l’affrontement entre la loi divine et la loi humaine, entre l’autorité pontificale et les aspirations laïques de l’Italie en voie d’unification.

Le film s’inscrit dans une veine historique chère au réalisateur, qui y déploie une reconstitution scrupuleuse des États pontificaux à l’aube de leur déclin. L’intrigue s’étend sur plusieurs années, montrant l’évolution d’Edgardo, élevé dans la foi catholique, tandis que ses parents, Momolo et Marianna Mortara, se battent pour sa restitution. Le procès de l’inquisiteur Feletti en 1860, puis l’annexion de Bologne au royaume de Sardaigne en 1859, servent de toile de fond à une réflexion sur le pouvoir, la foi et la raison. Bellocchio évite toute dramatisation superflue, préférant une approche sobre, presque documentaire, qui laisse émerger la complexité morale des personnages et des institutions.

Mise en scène et esthétique : le classicisme au service de l’émotion

Bellocchio adopte une mise en scène classique, mais d’une précision chirurgicale. Les plans sont souvent fixes ou légèrement mobiles, privilégiant des cadrages serrés sur les visages pour capter les émotions les plus subtiles. Les décors et costumes, somptueux, restituent avec justesse l’Italie du XIXe siècle, sans tomber dans le folklore. La photographie, sobre et élégante, utilise des lumières naturelles pour souligner la gravité des scènes, notamment lors des confrontations entre les Mortara et les autorités ecclésiastiques.

Un des choix les plus marquants réside dans l’utilisation de la musique. Bellocchio intègre des extraits de L’Île des morts de Rachmaninov, une œuvre symphonique aux accents morbides et dramatiques, qui vient sublimer les moments clés du film. Cette partition, composée en 1909, crée un pont temporel entre l’époque du récit et celle de sa réception, renforçant l’universalité des thèmes abordés : la mort symbolique de l’enfance, la perte, et la résilience face à l’arbitraire du pouvoir.

Narration et structure : une linéarité immersive

Le film se déroule de manière linéaire, sans flashbacks ni ellipses brutales, ce qui permet au spectateur de s’immerger pleinement dans l’expérience des personnages. Bellocchio utilise cependant des séquences oniriques pour exprimer l’intériorité des Mortara, notamment celle de la mère, Marianna, qui imagine la présence de son fils lors de repas familiaux. Ces moments, filmés avec une grande délicatesse, offrent une respiration émotionnelle dans un récit par ailleurs très rigoureux.

La structure narrative repose sur une tension permanente entre l’intime et le politique. Les scènes de famille, filmées dans des intérieurs étroits, contrastent avec les vastes espaces des palais pontificaux, où se jouent les destins des États et des individus. Cette opposition visuelle et thématique souligne l’asymétrie du pouvoir : d’un côté, la fragilité des Mortara, de l’autre, l’immuabilité apparente de l’Église.

Thèmes et enjeux : foi, pouvoir et identité
1. La question de la foi et de la conversion forcée

Le cœur du film réside dans la confrontation entre la foi comme conviction intime et la foi comme instrument de pouvoir. Edgardo, arrachée à sa famille, est soumis à une éducation catholique stricte, destinée à effacer son identité juive. Bellocchio montre avec subtilité comment l’enfant, d’abord terrifié, finit par intérioriser sa nouvelle identité, sans pour autant renoncer totalement à ses origines. Cette ambiguïté est rendue par des plans où Edgardo, devenu adolescent, semble à la fois étranger et familier à sa famille, lors de leurs rares rencontres.

Le réalisateur évite tout manichéisme : Pie IX, bien que figure d’autorité intransigeante, est dépeint comme un homme convaincu de la justesse de ses actes, agissant au nom d’une vérité absolue. Cette complexité morale est l’un des points forts du film, qui invite le spectateur à interroger les fondements de la croyance et de l’obéissance.

2. Le pouvoir et ses limites

L’Enlèvement est aussi une méditation sur les limites du pouvoir temporel et spirituel. L’Église, représentée par Pie IX et ses cardinaux, incarne une institution en crise, dont l’autorité est de plus en plus contestée par les mouvements nationalistes italiens. Le film montre comment l’affaire Mortara, bien que victoire apparente pour le Vatican, accélère en réalité son déclin politique. Les scènes de débat au sein du clergé, où certains prônent la modération face à l’intransigeance du Pape, illustrent cette fracture interne.

3. L’identité et la mémoire

À travers le personnage d’Edgardo, Bellocchio explore la question de l’identité comme construction sociale et personnelle. Le film pose une question universelle : peut-on être à la fois soi et un autre ? Edgardo, ballotté entre deux mondes, incarne cette tension entre héritage et assimilation. Les dernières scènes, où il semble avoir choisi sa voie, laissent planer un doute : s’agit-il d’une véritable conversion ou d’une survie psychologique face à l’aliénation ?

Réception et postérité : un film nécessaire

L’Enlèvement a été salué par la critique pour sa rigueur historique, sa profondeur psychologique et sa maîtrise formelle. Présenté en compétition au Festival de Cannes 2023, il a remporté plusieurs récompenses, dont le Ruban d’argent du meilleur film et du meilleur réalisateur, ainsi que des prix pour le scénario, les costumes et la photographie. Le film a également marqué le public par sa capacité à rendre accessible une page méconnue de l’histoire européenne, tout en soulevant des questions toujours actuelles sur la laïcité, la tolérance et les abus de pouvoir.

Analyse multidimensionnelle : une œuvre à la croisée des disciplines
Approche philosophique et métaphysique

Le film interroge la notion de vérité et de légitimité. Qui a le droit de décider de l’identité d’un individu ? La scène où Edgardo est baptisé en secret, sans le consentement de ses parents, pose la question de la validité d’un acte religieux accompli dans l’ombre. Bellocchio, sans donner de réponse, invite à réfléchir sur les fondements de l’autorité morale et religieuse.

Approche anthropologique

L’affaire Mortara est un cas d’école pour étudier les mécanismes de l’exclusion et de l’assimilation. Le film montre comment une communauté (ici, la communauté juive de Bologne) peut être marginalisée par une institution dominante, et comment les individus tentent de résister ou de s’adapter. Les réactions des autres enfants juifs, des voisins, et même des soldats pontificaux, offrent un panorama des attitudes face à l’oppression.

Approche politique

L’Enlèvement est aussi un film sur la naissance de l’État-nation italien. Les États pontificaux, dernier bastion du pouvoir temporel de l’Église, sont ici dépeints comme une entité en déliquescence, incapable de s’adapter aux aspirations modernes. Le film illustre comment des affaires apparemment locales (comme l’enlèvement d’un enfant) peuvent avoir des répercussions nationales, voire internationales, en alimentant les mouvements révolutionnaires.

Conclusion : une fresque humaine et historique

L’Enlèvement de Marco Bellocchio est bien plus qu’un film historique : c’est une méditation sur la condition humaine, la foi, le pouvoir et l’identité. À travers une narration fluide et une mise en scène sobre, le réalisateur parvient à donner une dimension universelle à une affaire en apparence locale. Le film, par sa rigueur et son humanisme, s’inscrit dans la grande tradition du cinéma italien, tout en offrant une réflexion intemporelle sur les conflits entre tradition et modernité.

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Les motivations du pape Pie IX concernant l’enlèvement d’Edgardo Mortara — et, plus largement, celles sous-tendant les enlèvements d’enfants juifs dans les États pontificaux — s’enracinent dans une doctrine théologique et juridique précise, ainsi que dans un contexte politique et idéologique marqué par une intransigeance religieuse extrême.

1. Fondement doctrinal : le baptême secret et la « supériorité du droit divin »

Au cœur de l’affaire Mortara se trouve la doctrine du baptême secret (ou ondoiement), reconnue par l’Église catholique. Selon cette pratique, un baptême administré en secret — même sans le consentement des parents — confère à l’enfant une identité chrétienne irréversible. Dès lors, l’Église s’estimait légalement et moralement tenue de soustraire l’enfant à son milieu familial juif pour le « sauver » de ce qu’elle considérait comme une apostasie (le retour à la pratique du judaïsme par ses parents). Pie IX et ses conseillers invoquaient ainsi un « droit supérieur à tout droit humain » : une fois baptisé, l’enfant appartenait à l’Église, et toute éducation non catholique était jugée illégitime, voire dangereuse pour son âme.

Cette position reposait sur :

  • L’ondoiement : un baptême d’urgence, valide même s’il est administré par un laïc (comme la nourrice Anna Morisi, qui avait ondoyé Edgardo alors qu’il était malade, croyant le sauver des limbes).
  • L’irréversibilité du baptême : selon la théologie catholique, le sacrement imprime une marque indélébile sur l’âme, indépendamment de la volonté de l’intéressé ou de ses parents.
  • L’obligation morale de l’Église : Pie IX considérait qu’il avait le devoir de protéger Edgardo d’une éducation « erronée », même si cela impliquait de briser les liens familiaux. Sa réponse aux supplications des Mortara fut un « Non possumus » (« Nous ne pouvons pas »), formule héritée des premiers siècles du christianisme, signifiant que la décision relevait de l’ordre divin et non humain.
2. Contexte politique : affirmation de l’autorité pontificale face au Risorgimento

L’enlèvement d’Edgardo Mortara s’inscrit dans une période de crise pour les États pontificaux. Au milieu du XIXe siècle, l’Italie est en pleine ébullition nationaliste (le Risorgimento), et le pouvoir temporel du pape est de plus en plus contesté. Pie IX, après une phase libérale au début de son pontificat (1846-1848), a adopté une ligne ultra-conservatrice, notamment après les révolutions de 1848 qui avaient menacé son autorité.

  • Réaffirmer le pouvoir de l’Église : En appliquant avec rigueur la loi canonique sur les baptêmes secrets, Pie IX envoyait un message clair : l’Église ne céderait pas aux pressions modernes ou laïques, même si cela signifiait défier l’opinion publique internationale. L’affaire Mortara devint ainsi un symbole de la résistance du Vatican aux idéaux libéraux et nationalistes.
  • L’inquisition comme outil : L’enlèvement fut orchestré par Pier Gaetano Feletti, inquisiteur de Bologne et neveu du pape, ce qui illustre le rôle central de l’Inquisition dans la mise en œuvre de cette politique. Les États pontificaux maintenaient des lois interdisant aux enfants chrétiens (même baptisés en secret) de vivre dans des foyers non catholiques, sous peine de sanctions.
3. Dimension personnelle et symbolique : Pie IX et Edgardo, une relation paternaliste

Pie IX développa une relation presque paternelle avec Edgardo, qu’il renomma « Pio » en son honneur. Le pape voyait en lui un « fils spirituel », un symbole de la victoire de la foi sur l’hérésie. Cette dimension personnelle renforçait sa conviction : Edgardo était un « sauvé », et son éducation catholique était une preuve de la justesse de sa politique. Le fait qu’Edgardo finisse par embrasser pleinement le catholicisme (il devint prêtre en 1872) fut présenté par le Vatican comme une validation divine de ses choix.

4. Précédents et pratique systématique

L’affaire Mortara n’était ni un cas isolé ni une exception :

  • D’autres enfants juifs, comme Giuseppe Coen en 1864, furent enlevés pour les mêmes raisons sous Pie IX, et placés dans des maisons de catéchumènes (comme la Casa dei Catecumeni à Rome), où ils étaient éduqués dans la foi catholique, souvent sans espoir de retour dans leur famille.
  • Ces pratiques s’inscrivaient dans une tradition multiséculaire de l’Église, qui considérait les Juifs comme des sujets de deuxième zone dans les États pontificaux, soumis à des restrictions (comme l’obligation de vivre dans des ghettos) et à une pression constante pour la conversion.
5. Réactions et conséquences : un scandale international

L’enlèvement d’Edgardo Mortara provoqua une onde de choc en Europe et en Amérique du Nord, alimentant l’anticléricalisme et l’antisémitisme moderne. Les journaux libéraux et protestants dénoncèrent l’arbitraire du Vatican, tandis que les milieux catholiques conservateurs défendirent Pie IX comme un défenseur de la foi. L’affaire contribua à discréditer les États pontificaux et à accélérer leur déclin, culminant avec la prise de Rome par les troupes italiennes en 1870.

Synthèse : une politique à la croisée du dogme et du pouvoir

Les motivations de Pie IX étaient donc à la fois théologiques, politiques et symboliques :

  • Théologiques : Sauver les âmes des enfants baptisés en secret, même au prix de la séparation familiale.
  • Politiques : Affirmer l’autorité du pape face aux mouvements nationalistes et libéraux.
  • Symboliques : Faire d’Edgardo un exemple de la puissance de la foi catholique, et un outil de légitimation de son pontificat.

Cette affaire révèle une vision du monde où la loi divine prime sur les droits humains, et où l’Église s’arrogeait le droit de décider du destin des individus, indépendamment de leur volonté ou de celle de leurs familles.

La persistance de l’Inquisition en Italie — et plus précisément dans les États pontificaux — jusqu’à la fin du XIXe siècle, alors qu’elle avait disparu ou s’était fortement affaiblie ailleurs en Europe, s’explique par une combinaison unique de facteurs politiques, religieux, juridiques et historiques. Voici une analyse structurée de cette singularité :

1. Le contexte politique : les États pontificaux, dernier bastion du pouvoir temporel du pape
a. Un État théocratique isolé

Les États pontificaux (centrés sur Rome) étaient le dernier État européen où le pape exerce à la fois un pouvoir spirituel et temporel (politique, judiciaire, militaire). Contrairement à d’autres régions d’Europe, où la Réforme protestante, les monarchies nationales ou les révolutions libérales avaient sécularisé le pouvoir et limité l’influence de l’Église, les États pontificaux sont restés sous contrôle direct du Vatican jusqu’en 1870.

  • Absence de Réforme protestante : En Italie, la Contre-Réforme catholique (XVIe siècle) a renforcé l’autorité de l’Église, notamment grâce à l’Inquisition romaine, créée en 1542 par Paul III pour lutter contre le protestantisme. Cette institution est devenue un outil central du pouvoir papal, bien au-delà de sa mission initiale.
  • Résistance aux Lumières et aux révolutions : Alors qu’en France, en Espagne ou dans les États allemands, les monarchies ou les républiques ont progressivement aboli les tribunaux inquisitoriaux (souvent sous la pression des idées libérales ou nationalistes), les papes — notamment Pie IX (1846-1878) — ont maintenu l’Inquisition comme symbole de leur opposition aux valeurs modernes (laïcité, liberté de conscience, nationalisme).
b. La restauration après 1815

Après la chute de Napoléon et le Congrès de Vienne (1815), les États pontificaux sont rétablis, et avec eux, l’Inquisition. Pie VII, puis Pie IX, ont restauré et renforcé les tribunaux du Saint-Office, notamment pour :

  • Réprimer les mouvements libéraux et nationalistes (comme le Risorgimento, qui visait à unifier l’Italie au détriment des États pontificaux).
  • Contrôler les idées subversives (carbonarisme, maçonnerie, socialisme naissant), perçues comme des menaces contre l’ordre religieux et politique.
2. La nature spécifique de l’Inquisition romaine
a. Une institution centralisée et adaptable

Contrairement à l’Inquisition médiévale (disparue au XVe siècle) ou à l’Inquisition espagnole (abolie en 1834), l’Inquisition romaine (ou Saint-Office) était :

  • Un tribunal permanent, directement rattaché au pape, avec une juridiction universelle sur tous les catholiques.
  • Moins violente que ses équivalents espagnols ou portugais : elle privilégiait la surveillance idéologique, la censure (via l’Index des livres interdits) et les peines spirituelles (excommunication, rétractation publique) plutôt que les exécutions massives. Les condamnations à mort étaient rares (environ 1 250 sur 50 000 à 75 000 affaires jugées entre 1542 et 1870).
  • Un outil de soft power : Elle servait à discipliner les élites intellectuelles (universitaires, clergé, nobles) et à censurer les idées (galiléisme, jansénisme, libéralisme).
b. Une légitimité renforcée par la Contre-Réforme

L’Inquisition romaine a été institutionnalisée par la bulle Licet ab initio (1542) de Paul III, dans le cadre de la Contre-Réforme. Son rôle était de :

  • Protéger la doctrine catholique face aux hérésies (protestantisme, mais aussi déismes, matérialismes).
  • Affirmer la suprématie du pape sur les Églises locales, en centralisant la répression des écarts dogmatiques.

Cette centralisation a permis à l’Inquisition romaine de survivre aux critiques et aux pressions extérieures, car elle était indissociable du pouvoir pontifical lui-même.

3. L’absence de pression externe suffisante
a. Un isolement géopolitique
  • Pas de révolution libérale réussie : Contrairement à la France (1789), à l’Espagne (1820) ou aux États allemands (1848), les États pontificaux ont résisté aux révolutions. La Républicaine romaine de 1849 (inspirée par Mazzini) a été écrasée par les troupes françaises de Louis-Napoléon Bonaparte, restaurant le pouvoir de Pie IX.
  • Soutien des puissances conservatrices : L’Autriche, la France (sous Napoléon III) et la Prusse ont souvent soutenu le pape contre les mouvements nationalistes italiens, par crainte de la propagation des idées révolutionnaires.
b. Un contrôle strict de la société
  • Censure et répression : L’Inquisition romaine a interdit les journaux libéraux, surveillé les universités, et persécuté les opposants politiques (comme les carbonari). Ce contrôle a limité l’émergence d’un mouvement de contestation interne suffisant pour la faire tomber.
  • Ghettoïsation des Juifs : Les États pontificaux maintenaient des ghettos juifs (comme celui de Rome, aboli seulement en 1870) et des lois discriminatoires, ce qui a aussi ralenti les réformes sociales.
4. La fin de l’Inquisition en Italie : 1870, un tournant politique

L’Inquisition romaine a cessé de fonctionner en 1870 pour une raison politique : la prise de Rome par les troupes italiennes (20 septembre 1870), qui a mis fin aux États pontificaux et au pouvoir temporel du pape.

  • Perte du pouvoir territorial : Sans État, le pape (Pie IX, puis Léon XIII) n’a plus eu les moyens de maintenir une police religieuse. Le Saint-Office a survécu comme institution (il a été renommé Congrégation pour la Doctrine de la Faith en 1965), mais son rôle s’est limité à la surveillance doctrinale interne à l’Église, sans pouvoir coercitif sur les laïcs.
  • Intégration à l’Italie unifiée : Le nouveau royaume d’Italie (proclamé en 1861) a aboli les tribunaux inquisitoriaux et imposé des lois laïques, mettant fin à leur juridiction.
5. Comparaison avec le reste de l’Europe
 
Pays/Région Fin de l’Inquisition Cause principale Contexte
Espagne 1834 Abolition par la régente Marie-Christine Libéralisme et guerres carlistes
Portugal 1821 Révolution libérale Influence des Lumières
France e siècle (XIVe-XVe) Centralisation royale (Philippe le Bel) Conflit entre roi et pape
États pontificaux 1870 Chute du pouvoir temporel du pape Unification italienne et fin des États pontificaux
6. Explications complémentaires : un symbole de résistance
  • Symbolique idéologique : Pour Pie IX et ses successeurs, maintenir l’Inquisition était un marqueur de résistance contre la modernité. Le pape considérait que laïciser l’État ou abandonner l’Inquisition aurait signifié capituler face au libéralisme et au nationalisme.
  • Manque d’alternatives : Dans un État où l’Église contrôlait l’éducation, la justice et la police, aucune force sociale (bourgeoisie, prolétariat) n’était assez forte pour imposer une réforme.
  • Légitimité historique : L’Inquisition romaine était perçue comme une institution millénaire, liée à la défense de la foi. Son abolition aurait été vécue comme une trahison par les conservateurs catholiques.
Conclusion : une survivance liée à l’exception pontificale

L’Inquisition a perduré en Italie jusqu’à la fin du XIXe siècle parce que les États pontificaux étaient le dernier territoire européen où le pape régnait en souverain absolu, combinant pouvoir spirituel et temporel. Dans ce contexte :

  1. Politique : Le pape utilisait l’Inquisition pour contrer les mouvements libéraux et nationalistes.
  2. Religieux : Elle était un outil de contrôle doctrinal, centralisé par Rome.
  3. Juridique : Son abolition aurait signifié la fin du pouvoir temporel du pape, inacceptable pour la curie romaine.
  4. Historique : Son maintien était un symbole de résistance contre la modernité.

Ailleurs en Europe, la séparation des Églises et des États, les révolutions libérales et l’émergence des nationalismes avaient déjà rendu l’Inquisition obsolète. En Italie, elle a disparu non par réforme, mais par la force — avec la chute des États pontificaux en 1870.

La relation financière entre le Vatican et la famille Rothschild au XIXe siècle, notamment sous le pontificat de Pie IX, s’explique par une conjonction de nécessités économiques, de pragmatisme politique et de réalités géopolitiques, malgré les tensions idéologiques évidentes entre une institution catholique ultra-conservatrice et une dynastie bancaire juive, symbole du capitalisme moderne.

1. Contexte historique : le Vatican en crise financière

Au milieu du XIXe siècle, les États pontificaux traversent une période de profondes difficultés financières :

  • Dépenses militaires et administratives : Les guerres napoléoniennes, puis les révolutions de 1848 (notamment la brève République romaine de Mazzini en 1849) ont épuisé les ressources du Vatican. La restauration des États pontificaux après 1850 a nécessité des investissements massifs pour reconstruire l’administration, l’armée et les infrastructures.
  • Système fiscal inefficace : Les États pontificaux souffraient d’une fiscalité archaïque, d’une corruption endémique et d’une économie peu dynamique, incapable de générer suffisamment de revenus pour couvrir les dépenses.

Face à cette situation, le cardinal Giacomo Antonelli (secrétaire d’État de Pie IX et architecte de la politique financière du Vatican) a dû chercher des solutions extérieures pour éviter la faillite.

2. Les Rothschild : des banquiers incontournables en Europe

La famille Rothschild, grâce à son réseau bancaire transnational (Londres, Paris, Francfort, Vienne, Naples), était devenue la principale source de financement des États et des monarchies européennes au XIXe siècle. Leur expertise en matière de :

  • Emprunts souverains (ils finançaient déjà la Grande-Bretagne, la France, l’Autriche, la Prusse, etc.)
  • Gestion de la dette publique
  • Placement d’obligations sur les marchés internationaux

en faisait des partenaires indispensables pour tout État en quête de liquidités, y compris le Vatican

3. Les prêts des Rothschild au Vatican : une alliance de raison
a. Le premier prêt (1832, sous Grégoire XVI)

Dès 1832, le Vatican avait déjà contracté un emprunt auprès des Rothschild pour faire face à ses dettes. Ce premier prêt avait permis de stabiliser temporairement les finances pontificales, mais la situation s’était à nouveau dégradée dans les années 1840-1850.

b. Le deuxième prêt (début des années 1850, sous Pie IX)

Après la chute de la République romaine (1849) et la restauration des États pontificaux, Pie IX et Antonelli ont renouvelé leur confiance dans les Rothschild pour un deuxième emprunt majeur. Les motivations étaient les suivantes :

  • Urgence financière : Le Vatican avait besoin de fonds pour :
    • Reconstituer son armée (notamment la garde suisse et les troupes pontificales).
    • Financer des travaux publics (routes, bâtiments administratifs).
    • Stabiliser sa monnaie (le scudo pontifical).
  • Absence d’alternatives : Les autres banques européennes (souvent liées à des monarchies protestantes ou libérales) étaient réticentes à prêter au Vatican en raison de son conservatisme politique et de son hostilité aux idées modernes. Les Rothschild, bien que juifs, étaient neutres sur le plan religieux et professionnels : pour eux, un client solvable était un client, quelles que soient ses convictions.
  • Avantages mutuels :
    • Pour le Vatican : accès à des taux d’intérêt compétitifs et à une expertise financière sans équivalent.
    • Pour les Rothschild : prestige (prêter au pape était un gage de respectabilité) et opportunités d’affaires (le Vatican était un débiteur fiable, malgré ses difficultés).
4. Une relation paradoxale : pragmatisme vs idéologie

Cette collaboration financière peut sembler paradoxale au regard des positions de Pie IX :

  • Antisémitisme institutionnel : Le pape maintenait des lois discriminatoires contre les Juifs dans les États pontificaux (ghettos, restrictions professionnelles, etc.). Pourtant, il n’a pas hésité à s’endetter auprès d’une famille juive, ce qui a suscité des critiques internes au sein de l’Église, où certains voyaient d’un mauvais œil le recours à des « pratiques bancaires juives ».
  • Hostilité au libéralisme : Pie IX condamnait les idéaux libéraux et modernes (comme en témoigne son Syllabus des erreurs de 1864), mais il a dû s’adapter aux réalités économiques de son temps en faisant appel à la finance internationale, dominée par des acteurs comme les Rothschild.

Ce pragmatisme s’explique par la primauté de la survie politique : pour Pie IX, sauver les États pontificaux (et donc le pouvoir temporel de l’Église) justifiait des compromis, même avec des acteurs qu’il méprisait idéologiquement.

5. Conséquences et postérité
  • Dépendance financière : Ces emprunts ont renforcé la dépendance du Vatican envers les marchés financiers internationaux, une situation qui perdurera bien au-delà du XIXe siècle.
  • Scandales et controverses : L’affaire a alimenté les théories du complot antisémites (notamment l’idée d’une « mainmise juive » sur le Vatican) et a été instrumentalisée par les opposants au pape, tant libéraux que cléricaux
  • Héritage durable : Les Rothschild sont restés des partenaires financiers majeurs du Vatican jusqu’au XXe siècle, et cette relation a contribué à normaliser les liens entre l’Église et la haute finance, malgré les tensions idéologiques persistantes.
Pourquoi cette relation est-elle évoquée dans L’Enlèvement ?

Dans le film de Bellocchio, cette dette envers les Rothschild est mentionnée comme un symbole des contradictions de l’époque :

  • Elle illustre l’hypocrisie d’un Vatican qui, d’un côté, persécutait les Juifs (comme dans l’affaire Mortara), et de l’autre, dépendait financièrement d’une famille juive pour sa survie.
  • Elle souligne aussi la fragilité des États pontificaux, dont le déclin était déjà en marche, et que même des gestes symboliques forts (comme l’enlèvement d’Edgardo) ne pouvaient masquer.

Cette alliance financière pose des questions toujours actuelles sur les rapports entre pouvoir spirituel et pouvoir économique.

NDLR : Cette analyse filimique a été réalisée au travers un dialogue entre l'auteur de cet article et l'IA générative de type LLM Mistral AI / Le Chat

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