Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !
4 Février 2009
C'est un lieu commun que de reconnaître à la France un statut à part dans cette partie de la
Méditerranée que l'on a pour habitude d'appeler le 'Proche Orient' (à l'est et proche de qui, sinon de l'Europe et de la Méditerranée).
Il en est un autre que de reconnaïtre également que ce statut ne lui est pas accordé uniquement en raison de son rôle central, aux
côtés et en appui des diasporas juives engagées dans la démarche sioniste, dans l'aventure historique de l'Exodus et dans la création de l'Etat d'Israël,
ni-même en raison des responsabilités et mandats internationaux particuliers qu'elle a eu à exercer in situ, tant au Liban et en Syrie, qu'un peu plus plus loin,
au Maghreb dont sont issus de nombreux isréaliens, mais bien avant, notamment à la faveur des épisodes les plus divers qui ont marqué l'expédition d'Egypte initiée par
un Directoire rêvant d'apporter les Lumières modernes aux peuples de cette terre des Lumières antiques tout en cherchant à en chasser le principal ennemi de la Révolution
française : la Grande Bretagne, autre Pays qui bénéficie également d'un statut à part dans cette région.
Fait suffisamment singulier pour être relevé comme il se doit, ce statut lui a été accordé tout à la fois par les différentes
générations de dirigeants politiques et d'élites de toutes sortes et par les populations de l'ensemble des Pays du Proche Orient, et ce, quelles que soient les
époques et les aléas de l'histoire.
Et si la France jouit toujours aujourd'hui d'un tel statut - comme de la confiance et du prestige qui lui sont associés -, elle le doit sans aucun
doute aux nombreux héritages, notamment culturels et politiques, qu'elle a su léguer à ces Pays, au point que la plupart des Pays de cette sous-région ont cherché à devenir et sont
devenus membres de l'association des Pays francophones.
Elle le doit tout autant à la rigueur, à la permanence - et, partant, à la prévisibilité
- et à la modération de ses positions - et postures - diplomatiques vis-à-vis des crises et des conflits locaux et sous-régionaux comme des différents protagonistes
impliqués dans ces mêmes crises et conflits ; en attestent par exemple la (relative) sagesse de sa 'politique arabe' dans cette zone où les passions les plus
irrationnelles l'emportent si souvent sur la raison, ou encore sa position traditionnellement "non hostile", voire "favorable", vis-à-vis de la 'cause palestinienne', autant
que l'assistance humanitaire et politique qu'elle a su (oser) apporter à son leader charimatique et historique, Abou Ammar (Yasser Arafat,de son vrai nom : Mohamed Abdel
Raouf Arafat al-Qudwa al-Husseini) ; caractéristique que la France partage avec d'autres Etats européens tels que l'Allemagne.
Elle le doit naturellement aussi aux relations extrêmement denses qu'entretiennent les membres des différentes composantes de sa propre
communauté juive avec l'ensemble des Pays du pourtour méditerranéen, au-delà même d'Israêl.
Elle le doit indubitablement également à son statut de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, un membre qui a fait, à plusieurs reprises, la preuve de son libre arbitre
chaque fois qu'il a jugé nécessaire de ne pas manifester sa solidarité à tel ou tel protagoniste d'une crise ou d'un conflit objet d'une résolution dudit Conseil.
Elle le doit enfin au rôle central qu'elle a joué - et joue encore - dans la création des conditions requises pour permettre à l'Etat
d'Israêl de garantir sa propre sécurité en toute autonomie.
Aussi, forte de cette relation historique sans équivalent avec l'ensemble des parties à la crise, la France ne pouvait-elle que se trouver
en tête du peloton des Etats qui ont choisi la voie de la responsabilité et de l'initiative lorsqu'à éclater ce que les observateurs, redevenus prudents, appellent désormais "la crise de
Gaza".
Dès le début du conflit, la France s'est mobilisée. Au titre de la Présidence française du Conseil de l'Union euroépenne, elle a condamné dès le 27
décembre les tirs de roquettes contre le sud d'Israël et le refus par le Hamas de reconduire la trêve. Parallèlement, la France a condamné l'usage disproportionné de la force par Israël,
rappelant qu'il n'y avait pas de solution militaire au conflit israélo-palestinien. Le 30 décembre, le Ministre des affaires étrangères a convoqué ses homologues à Paris pour une réunion
informelle extraordinaire sur Gaza.
Une coopération étroite s'est établie avec la nouvelle présidence
tchèque, dont la France appuie pleinement les efforts (cf. par exemple la participation à la mission européenne conduite par M. Schwarzenberg, en Égypte, en Israël, dans les Territoires
palestiniens et en Jordanie).
Lors de son déplacement au Proche-Orient (les 5 et 6 janvier), le Président de la République s'est entretenu avec l'ensemble des parties. Le 06 janvier,
les Présidents français et égyptien ont présenté une initiative de paix pour la sortie de crise. Parallèlement, le Conseil de sécurité, présidé par le Ministre français des affaires étrangères, a
adopté le 08 janvier la résolution 1860 par 14 voix sur 15 (abstention des Etats-Unis) par laquelle il « appelle à un cessez-le-feu immédiat, durable et pleinement respecté, menant au retrait
complet des forces israéliennes à Gaza. ».
La France est restée en contact au plus haut niveau avec tous les acteurs concernés pour appuyer les discussions entre l'Egypte et le Hamas, d'une part,
et entre l'Egypte et Israël, d'autre part.
Le Ministre des affaires étrangères a présidé le 15 janvier un dîner de suivi de la conférence de Paris avec les trois co-présidents (MM. Blair et
Stoere, Mme Ferrero-Waldner), pour évoquer la situation à Gaza.
Le Président de la République, qui a co-présidé avec le Président Moubarak le sommet de Charm al Cheikh (18 janvier) auquel participaient notamment le
Président M. Abbas, la chancelière A. Merckel, le Premier ministre G. Brown, a annoncé la disponibilité de la France à participer à des mesures concrètes pour lutter contre le trafic d'armes vers
Gaza (envoi d'une frégate au large de Gaza dans les eaux internationales le 24 janvier) et la nécessité de relancer immédiatement la dynamique des négociations pour aboutir à la création d'un
Etat palestinien.
A Bruxelles, sous l'impulsion de la France, les conclusions du Conseil Affaires générales et Relations extérieures (CAGRE) du 26 janvier mentionnent le « plan de travail de l'Union Européenne
pour un cessez-le-feu durable à Gaza » que nous avons élaboré avec nos partenaires du Quint (EU Work Plan).
La France appelle à la consolidation du cessez-le-feu qui passe en priorité par la fin de la contrebande d'armes, la réouverture des points de passage, la reconstruction de Gaza et la
réconciliation palestinienne. Il ne peut y avoir de solution militaire à Gaza.
La France a condamné avec la plus grande fermeté les bombardements par l'armée israélienne d'hôpitaux palestiniens et de bâtiments de l'UNRWA, dont des écoles. La France a condamné de la manière
la plus ferme les tirs de roquettes. Comme nous l'avions dit au Conseil des droits de l'homme à Genève, nous étions disposés à la création d'une commission d'enquête de l'ONU sur les violations
du droit international humanitaire commises par toutes les parties. Les autorités israéliennes et les Nations unies ont annoncé l'ouverture d'enquêtes, dont nous attendons les résultats.
La France soutient l'initiative égyptienne d'organiser rapidement au Caire une conférence (début mars) pour identifier les besoins urgents à Gaza (humanitaires et de reconstruction) et mobiliser
l'ensemble des pays donateurs, aux côtés de l'Autorité palestinienne, qui doit assurer la maîtrise et la supervision de toute l'entreprise de reconstruction. Reconstruire Gaza, c'est d'abord
s'assurer que le blocus sera levé. S'assurer que les biens, services, investissements, équipements, pourront rentrer dans ce territoire de manière pérenne et sûre.
Lors du dîner de suivi de la conférence de Paris, le 15 janvier, le ministre a confirmé la poursuite de la mobilisation des donateurs afin de répondre aux besoins prioritaires énoncés par
l'Autorité palestinienne et accompagner le plan de réforme et de développement présenté par Salam Fayyad lors de la conférence de Paris (17 décembre 2007).
La France, en relation avec l'Egypte et Israël, va contribuer, aux côtés d'autres pays européens, à la lutte contre les trafics d'armes à destination de Gaza (déploiement d'une frégate
porte-hélicoptères, actions complémentaires contre la contrebande des armes par voie maritime et terrestre).
La France et l'Union européenne sont disposées à prendre toutes leurs responsabilités. L'Europe a toujours dit, à nouveau le 26 janvier lors du CAGRE, qu'elle était disposée à reprendre sa
mission à Rafah (EUBAM) et, au besoin, à l'étendre aux autres points de passage si la sécurité était assurée.
La France soutient de longue date les efforts de médiation égyptiens en faveur d'une réconciliation inter-palestinienne (les conclusions du CAG du 26 janvier encouragent cette
réconciliation).
Pour la France, cette réconciliation passe notamment " par la constitution d'un gouvernement d'entente nationale qui sera chargé de préparer les élections présidentielle et législatives.
Il n'y a pas d'autre voie pour restaurer la nécessaire unité du peuple palestinien. Nécessaire, car il n'y aura pas d'accord de paix avec une partie seulement du peuple palestinien, ni d'Etat
palestinien viable sans Gaza. La France se dit prête à travailler avec un tel gouvernement qui respectera les principes du processus de paix et s'engagera dans les négociations avec Israël pour
aboutir à la création d'un Etat palestinien vivant aux côtés d'Israël dans la paix et la sécurité ".
S'agissant des contacts à proprement parler avec le Hamas, le Président de la République a redit que " la France n'entretenait pour l'instant aucun dialogue avec ce mouvement, qui figure
sur la liste européenne des organisations terroristes ". Il appelle le Hamas " à choisir la voie politique et à respecter les principes fondamentaux du processus de paix, au premier
chef la renonciation à la violence ". " A cette condition ", comme l'a souligné le Ministre des affaires étrangères, " la France pourra discuter avec lui ".
Pour la France, enfin, " une sortie durable de la crise passe par la relance du processus de paix. Il n'y a pas d'alternative à la reprise des négociations en vue de la création d'un Etat
palestinien viable, indépendant et démocratique, vivant en paix aux côtés d'Israël dans des frontières sûres et reconnues. La résolution 1850 du CSNU a rappelé le caractère irréversible de ce
processus. Cette paix doit être fondée sur le principe de l'échange de la terre contre la paix, sur les résolutions du Conseil de sécurité et sur l'initiative arabe de paix, base essentielle d'un
règlement global et durable au Proche-Orient ".
Comme le Président de la République l'a indiqué à Charm al Cheikh le 18 janvier, " une conférence internationale de paix doit rapidement permettre de concrétiser cette ambition en 2009
".