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Regards citoyens

Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !

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Facteurs immatériels de la Défense et de la Sécurité, par Pierre Lacoste

Il est difficile de dégager en quelques pages des points de repère significatifs du rôle et de l’importance relative des facteurs immatériels dans les questions de défense et de sécurité. D’abord en raison de la multitude des approches d’ordre philosophique, sociologique ou historique, et puis parce qu’il faut prendre en compte l’influence des concepts, des idéologies et des cultures propres à chaque peuple et à chaque nation.

Les « forces morales » ont toujours joué le plus grand rôle dans les défis et dans les orages de la guerre. Mais les militaires n’ont pas l’exclusivité. Toutes les professions, toutes les organisations connaissent des périodes de crise faites d’épreuves, de risques, de menaces et de combats : la plupart des facteurs immatériels de la sécurité et de la défense se rapportent donc aux facteurs humains. Qu’on évoque l’art de la guerre ou le génie des hommes d’Etat ou bien l’habileté des grands chefs d’entreprises, il faut prendre en compte l’opposition fondamentale entre « les perturbateurs » responsables des désordres et des destructions et les « pacificateurs » qui œuvrent pour le bien commun, la paix et la sécurité. Au delà de cette simplification binaire qui concerne tous les enjeux et toutes les options, les réalités sont autrement complexes. Les plus objectifs des historiens ne parviennent pas toujours à distinguer le vrai du faux pour dénoncer les mensonges de l’histoire. Certains romanciers qui, à la manière de Balzac, ont le talent de décrire les péripéties de la comédie humaine, sont souvent bien plus près de la vérité que les experts des universités (Nb : J.E.Hoover a été pendant plus de quatre décennies l’inamovible patron du FBI. J’ai lu plusieurs ouvrages sur son action très contestable à la tête d’une des principales institutions en charge de la sécurité aux Etats-Unis. Mais c’est « La malédiction d’Edgard », le roman de Patrick Rambaud, qui me semble avoir le mieux cerné la vérité du personnage). Pour approfondir la connaissance des facteurs immatériels on ne saurait se passer des œuvres de la littérature, du théâtre et du cinéma.

 

La fin de la Guerre froide et celle des conflits de la décolonisation ont bouleversé les schémas bipolaires des grandes guerres inter étatiques et des révolutions du siècle précédent. Pendant plus de quarante années l’opposition politique radicale entre les démocraties occidentales et le monde soviétique a polarisé les opinions publiques, les relations internationales et les forces armées. Aux Etats-Unis, le communisme était le diable ; pour  Moscou la capitalisme était l’ennemi ! Ronald Reagan avait obtenu l’appui de ses concitoyens  pour engager les dépenses militaires faramineuses qui ont contribué à épuiser l’économie soviétique alors qu’elles ont, au contraire, largement participé au développement des nouvelles technologies, dont celles de l’information et de la communication. A l’exemple d’Internet elles sont à l’origine des formidables gains de productivité de l’Amérique dans les décennies suivantes.
Nb : Brejnev avait cru, sur la foi de renseignements manipulés par le KGB, que les Américains étaient sur le point de lancer une attaque surprise contre l’Union Soviétique. Mais le « téléphone rouge » installé à la suite de la crise des missiles de Cuba en 1962, et les « mesures de confiance » qui ont suivi l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev, ont largement contribué à désamorcer les velléités guerrières des « faucons » du Kremlin.

Pour tenter de concrétiser le foisonnement des approches et des perspectives d’un tel sujet, je me propose de prendre des exemples parmi les évènements qui font l’actualité du mois de Juin 2009, au moment où je rédige cet article, en les plaçant dans des rubriques qui sont autant d’invites à approfondir certaines questions pour poursuivre éventuellement des débats et des études pluridisciplinaires conformes à l’esprit et aux traditions de l’IHEDN .

Le pouvoir des images

Le dixième anniversaire des manifestations d’étudiants qui protestaient sur la place Tien An Men de Pékin contre la corruption des cadres du parti communiste chinois, a été l’occasion de rediffuser l’image extraordinaire d’un homme seul face à un char d’assaut. Cette image a fait le tour du monde, c’est tout un symbole. Mais un symbole qui n’a pas eu la même signification dans les opinions publiques des démocraties occidentales et dans l’esprit des dirigeants du Comité Central du Parti Communiste chinois ! Ce qui pose la question fondamentale des perceptions et des « représentations ». La connaissance objective des réalités est rarement partagée par tous ceux qui reçoivent une même information. Qu’elle soit orale, écrite ou visuelle, - discours, sermon ou harangue, - tract, journal, ou document, - dessin, photo ou film, l’information donne lieu à des sensations et à des appréciations variables selon la position, la culture, les préjugés, les circonstances. Chacun la reçoit à travers ses propres filtres, avec ses propres limites. Souvent elle est tout simplement perdue, ignorée, comme quand un récepteur radio est éteint ou n’est pas calé sur la bonne fréquence.
On connaît beaucoup d’exemples de manipulation par l’image. Staline faisait périodiquement retoucher les photos officielles dans la Grande Encyclopédie soviétique pour faire disparaître les visages des pionniers de la Révolution qu’il avait physiquement éliminés après des procès iniques et truqués. La publicité commerciale qui envahit les paysages urbains et les écrans de télévision n’est elle pas une sorte de manipulation des consommateurs ? ….
Le pouvoir immatériel de l’information se manifeste sous d’autres formes et sur tous les supports. Dans le champ politique, les recettes éprouvées de la propagande et de la censure figurent parmi les plus anciennes techniques. Dans le monde des affaires les « lobbyistes » en jouent pour développer leurs stratégies d’influence. Les applications stratégiques de la « mondovision » ont été illustrées en 1991 quand CNN a diffusé, depuis Bagdad, les images des premiers bombardements américains de la Guerre du Golfe. Quelque temps plus tard les Arabes ont répliqué en créant la chaîne Al Djezira. On assiste maintenant à la multiplication des actions de «  guerre cybernétique » sur Internet. Dans les nouvelles conflictualités les « champs de bataille de l’information » ont une place privilégiée.  

Le pouvoir des discours

Les déclarations du Président Obama au monde musulman à l’occasion de son voyage au Moyen Orient, soulignent l’importance des orientations politiques dans la conduite des affaires internationales et la gestion des conflits. Vis à vis de l’Islam le contraste avec le comportement de son prédécesseur est évident. Les ultra conservateurs de l’administration de G.W.Bush avaient délibérément exploité le ressentiment du peuple américain après les attentats du 11 Septembre 2001. En reprenant le thème utilisé par Ronald Reagan contre le « communisme athée », en qualifiant l’Union Soviétique  d’Empire du mal, ils ont engagé les Etats Unis dans une croisade contre le terrorisme. Privés d’un ennemi à leur mesure depuis la dissolution de l’URSS, ils ont aussi cessé de jouer le rôle d’arbitre indépendant dans le conflit Israélo-arabe. Et ils se sont imprudemment lancés dans une guerre désastreuse contre l’Irak de Saddam Hussein.
Les slogans simplistes sont les plus efficaces pour mobiliser les foules. Les extrémistes fanatiques de l’Islam n’ont pas manqué d’exploiter à leur tour le thème des croisades en stigmatisant les « infidèles » et le « Grand Satan ». Les églises évangéliques américaines, qui représentent une importante fraction de l’électorat, ont contribué pour leur part à convaincre leurs concitoyens du bien fondé de la « destinée historique » des Etats-Unis pour le triomphe du bien contre le mal.
Les appels à la raison du Président Obama parviendront-ils à modifier les comportements des acteurs d’un conflit vieux de plus d’un demi siècle ? C’est loin d’être assuré. Le fanatisme des enragés, bien qu’ils soient minoritaires, demeure le plus grand obstacle à l’établissement de la paix. Et les facteurs immatériels ne sont évidemment pas les seuls à entrer en ligne de compte dans des situations aussi compliquées que celles du Moyen Orient
Il est incontestable que certaines déclarations ont marqué l’histoire. Aux heures sombres de l’été de 1940,  l’appel du 18 Juin du général de Gaulle et celui de Winston Churchill galvanisant les Britanniques pour résister au péril nazi sans leur cacher que ce serait dans « le sang et des larmes », ont largement contribué à la victoire des démocraties. Les discours ne sont rien s’ils ne sont pas suivis d’actions concrètes.. En l’occurrence le comportement des combattants alliés a été à la hauteur du charisme de ces deux hommes d’Etat d’exception.

Pandémies et accidents aériens

L’apparition d’une nouvelle souche du virus H1N1 mobilise les autorités de l’OMS et des services sanitaires nationaux. Ils font œuvre de pédagogie, de vigilance et de responsabilité dans la mise en œuvre des mesures de précaution et de prévention. Certes ils font appel aux facteurs émotionnels, comme le souvenir des épidémies meurtrières du passé et la peur de leurs conséquences. Mais en cherchant à découvrir les causes, ils n’ont pas pour autant désigné des boucs émissaires.
La catastrophe de l’Airbus d’Air France au large du Brésil, illustre les différences d’attitudes entre les journalistes et les professionnels de l’aviation civile. Les premiers, à l’écoute du public, ont d’abord mis l’accent sur les victimes et sur leurs proches, échafaudé des hypothèses sans fondements précis, sans oublier celle du terrorisme. Les seconds recherchent des indices concrets pour se livrer aux analyses les plus rigoureuses. D’un côté la priorité au sentiment, à l’émotion, à l’exploitation médiatique d’un événement sensationnel ; de l’autre le professionnalisme au service de la sécurité du transport aérien.
C’est ici l’occasion d’insister sur une caractéristique essentielle des risques naturels et des accidents involontaires où le facteur humain n’est pas la cause première. A l’opposé,  lorsque les risques et les menaces sont délibérément provoqués par la volonté d’individus agissant seuls ou collectivement, le facteur humain prend une part prépondérante. Dans toutes les situations qui opposent les hommes entre eux, dans toutes les relations où dominent l’esprit de compétition, d’hostilité, comme dans la lutte contre les activités illicites et criminelles, les questions de défense et de sécurité mettent en jeu des facteurs immatériels bien plus subtils.
L’analyse, la prévention, la détection, le traitement des risques accidentels, relèvent de démarches scientifiques, objectives et rationnelles qui n’intègrent pas l’hostilité délibérée  d’adversaires conscients et organisés. Par contre quand des soldats sont opposés à un parti ennemi, ils ont recours aux recettes éprouvées de « l’art militaire » et au savoir faire de leurs anciens, pour mettre en œuvre les tactiques défensives ou offensives, les mesures de protection et les ruses propres à l’usage de la force armée. De même pour les policiers qui traquent des criminels ou des truands et qui sont tenus de tenir compte de l’habileté, des astuces, de la ténacité de leurs adversaires (Nb : La crainte des risques partagés a souvent dissuadé les belligérants de recourir aux moyens de la guerre chimique ou biologique. Le caporal Hitler avait gardé un souvenir horrifié des gaz de combat du temps de la guerre des tranchées. Il a refusé d’y recourir entre 1939 et 1945. - De même les combattants et les victimes de la Deuxième Guerre Mondiale, témoins des conséquences des bombardements contre les cités et des effets terrifiants des deux premières bombes atomiques à Hiroshima et à Nagasaki, ont eu la sagesse de miser sur l’efficacité de la dissuasion nucléaire pour éviter de déclencher un troisième conflit planétaire).
Un autre paradoxe fondamental se manifeste à travers ces deux affaires. Il oppose d’un côté les progrès des sciences et des techniques au service du bien des personnes et de la sécurité des sociétés, et de l’autre le constat des échecs répétés de toutes les tentatives visant à instituer la paix entre les hommes, leurs familles, leurs clans et leurs nations.
 
La crise financière.

La crise américaine des prêts hypothécaires et l’éclatement de la bulle financière en 2008 sont encore loin d’avoir produit tous leurs effets en Juin 2009. Parmi les causes immatérielles de ce véritable séisme économique, l’arrogance et la cupidité de beaucoup de responsables du monde de la finance, ont incontestablement joué un rôle déterminant. En dépit des signes avant coureurs et des avertissements de quelques uns de leurs pairs, ils ont fermé les yeux sur des risques inconsidérés. Si l’idéologie de la dérégulation et la référence à la seule loi du marché a prévalu, n’est-ce pas en grande partie parce qu’elles ont permis aux initiés d’accumuler des profits insensés ? Dans cette version moderne du culte du Veau d’Or, cette crise est une rupture historique, d’une ampleur comparable à celle de la faillite du modèle soviétique. En voulant supprimer toutes les mesures de contrôle et de régulation de la finance internationale, les dogmatiques d’une économie de marché sans entraves ont en quelque sorte repris à leur compte le slogan des anarchistes de la pseudo révolution de 1968 : « il est interdit d’interdire ». Et ils en ont largement profité.
Le capitalisme sera-t-il capable de se réformer comme il avait su le faire en s’attaquant aux monopoles des trusts à la fin du 19ème siècle ? Les excès et les dérives, les privilèges exorbitants des paradis fiscaux et les pratiques de blanchiment et de recyclage de « l’argent sale », seront-ils efficacement combattus ? On peut en douter quand on observe les réticences de la Grande Bretagne dont beaucoup d’anciennes « colonies de la couronne » figurent parmi les plus actifs des « paradis réglementaires » en s’appuyant sur des règles constitutionnelles adéquates, différentes de celles de la métropole. La criminalité en col blanc est incontestablement, avec la corruption, un des facteurs immatériels qui perturbent le plus les circuits de l’économie..

Du terrorisme au Big Brother

Jamais avant les attentats du 11 Septembre les Américains n’avaient subi une attaque d’aussi grande ampleur sur leur propre sol, jamais leur sanctuaire national n’avait été violé.  En dépit des avertissements de leurs meilleurs experts en terrorisme et d’une tentative avortée contre le World Trade Center en 1993, suivie de plusieurs attentats contre leurs soldats au Liban, leurs ambassades en Afrique et un de leurs navires de guerre à Aden, les politiciens et les hauts fonctionnaires de Washington n’avaient pas pris cette menace au sérieux (Nb : Je ne connais pas de meilleur témoignage que celui de Richard Clarke, ancien responsable de l’anti-terrorisme et de la gestion des crises à la Maison Blanche sous quatre présidents des Etats-Unis. Depuis Ronald Reagan jusqu’à G.W.Bush. c’est lui qui dans les minutes qui ont suivi l’attaque du 11 Septembre et dans les jours suivants, a dirigé les  opérations. Son livre, publié en français sous le titre « Contre tous les ennemis », est le récit des évènements, heure par heure et le rappel de ses vaines tentatives, pendant plusieurs années, pour inciter les responsables à prendre au sérieux les risques encourus.  Il révèle, mieux que les commissions d’enquête ultérieures du Congrès, l’état d’esprit et le comportement des dirigeants de l’équipe présidentielle. Quand il rapporte que la première réaction de Donald Rumsfeld a été de dire « on va cogner », il témoigne du désarroi du responsable de la plus grande armée du monde ). Convaincus de la supériorité absolue des armes et des technologies américaines, il n’ont pas compris la nature des nouvelles conflictualités. Ils ont été victimes de « l’orgueil de la puissance » capable d’aveugler ceux qui parviennent au sommet du pouvoir. La lois sur la Sécurité intérieure, la création d’un ministère de l’Intérieur, la multiplication des mesures de contrôle, menacent les libertés individuelles des bons citoyens. Au Royaume Uni désormais hérissé de milliers de caméras, ils sont surveillés en permanence. Le « Big Brother » de Georges Orwell serait-il de retour ? Vindicatifs et arrogants, les responsables de l’administration républicaine ont engagé les Etats-Unis dans des opérations sans issue comme en Irak, pratiquant des « stratégies d’apprentis sorciers » en faisant confiance aux personnages les plus douteux qui se font passer pour des amis de l’Amérique. Dans beaucoup d’autres pays, comme aux Etats-Unis les comportements des dirigeants et les réactions des opinions publiques peuvent effectivement être qualifiés de facteurs immatériels des politiques de défense et de sécurité. 

Services secrets – Renseignement - Intelligence.   

Parmi les activités guerrières, celles des services de renseignement militaires sont incontestablement nécessaires. Les révélations des années soixante sur la Deuxième guerre mondiale et depuis peu, sur la Guerre froide, ne permettent plus d’ignorer les détails de leurs modalités, de leurs échecs et de leurs succès. La France de 2009 est en voie de rattraper son retard culturel, explicable pour l’essentiel par le désastre de 1940 et par les vicissitudes des guerres de décolonisation et de notre politique intérieure. Personne ne conteste non plus que le renseignement soit nécessaire aux services de police, des douanes et de la gendarmerie pour lutter contre les activités criminelles et illégales et pour garantir le maintien de l’ordre républicain. Dans les nouvelles formes de conflictualité, dont le terrorisme est la manifestation la plus spectaculaire, et dans le continuum défense- sécurité extérieure- sécurité intérieure, qui caractérise notre époque, tous les services secrets de l’Etat sont sollicités en permanence.
Le Livre Blanc de 2008 a consacré la reconnaissance de leurs missions dans le cadre de la fonction stratégique « anticipation et réactivité ». Mais nous n’avons pas encore compris que le sens du mot renseignement devrait être le même chez nous que celui du mot « Intelligence » chez les anglo-saxons. Que ce concept recouvre d’autres fonctions que celles de « l’espionnage » comme c’est le cas dans d’autres traditions nationales, par exemple en Chine, où il s’intègre dans l’ensemble des facteurs immatériels de la culture nationale. Qu’il ne faut pas confondre les fonctions propres au « cycle du renseignement », la recherche d’informations confidentielles, leur analyse et leur  synthèse pour répondre aux attentes des décideurs, avec d’autres activités clandestines, qui sont loin d’être « immatérielles », comme celles du contre espionnage et des actions clandestines. Au service d’un gouvernement « l’Intelligence » intègre tous les aspects de la connaissance au profit des autorités légitimes.    
Ces observations s’appliquent aussi au monde de l’économie et aux compétitions dans les domaines de la finance, de l’industrie et du commerce dans  cadre multinational. La prolifération des organismes « non-étatiques » qui interfèrent avec les services d’Etat, notamment au profit d’intérêts privés et de stratégies d’influence ou de désinformation, rend encore plus compliquées les problématiques actuelles de l’Intelligence et de leurs dimensions « immatérielles ».  

 

Les silences du non-dit

On peut relever beaucoup de paradoxes dans la société de l’information. En voici quelques exemples.

  - En dépit des intentions louables du « Free Information Act » de la Constitution des Etats-Unis, le pouvoir de l’argent domine dans les médias américains et il est un des principaux moteurs des pratiques électorales.
  - « L’Omerta », la loi du silence, est le premier atout des systèmes mafieux. Elle leur permet de résister et de survivre à toutes les attaques. Les mafias offrent un modèle parfait de « résilience ».
  - En politique internationale, la prolifération des mini, micro, et des « pseudo » Etats souverains, dont quelques uns sont des Etats-voyous avérés, illustre les hypocrisies de l’ONU.
  - Comment expliquer, sinon par des raisons politiques et idéologiques, la décision des journalistes occidentaux qui couvraient la guerre américaine au Vietnam et qui ont délibérément choisi de ne pas rendre compte du génocide cambodgien de Pol Pot ?
  - En France, au premier semestre de 2009, les désordres de l’Université auraient pu dégénérer, si le gouvernement était tombé dans les pièges qui lui étaient tendus. Le savoir faire révolutionnaire s’appuie sur des principes stratégiques avérés : tactiques de la taupe, slogans, désinformation, votes à mains levées, A.G. manipulées, en vue d’amorcer le cycle « provocation répression. Ces désordres ont mis en lumière les vulnérabilités de la jeunesse étudiante et les carences des quelques enseignants et cadres des universités qui ont refusé d’exercer leurs responsabilités civiques et professionnelles.  (Nb : Dans les années trente, Julien Benda avait publié, sous le titre « La trahison de clercs », un essai qui dénonçait les écrits de Maurras, coupable de complaisances pour les dictatures nazie et fascistes. La même formule mériterait de revenir à l’ordre du jour pour stigmatiser le comportement de certains intellectuels, faiseurs d’opinion, hauts fonctionnaires  ou chefs d’entreprises qui trahissent à la fois l’image qu’ils affichent et leurs devoirs de citoyens et de responsables )

Ces paradoxes, ces interrogations, sont autant de sujets de réflexion et d’étude des problématiques du « non-dit ». On attribue beaucoup de pouvoirs occultes aux services secrets, aux « sociétés secrètes », à divers réseaux occultes. Il faudrait s’intéresser surtout aux effets du silence délibéré, du silence implicite qui fausse les représentations dans l’esprit de nos concitoyens.

Pour conclure,

 

Dans les années soixante dix, j’ai eu l’occasion d’appliquer les principes de la prospective aux problèmes concrets de la défense et de la sécurité de la France. J’en ai retenu que, pour porter son regard vers l’avenir, il faut d’abord avoir analysé les facteurs permanents, les « invariants », issus de l’expérience du passé. Et qu’il faut ensuite dégager les « faits porteurs d’avenir » résultant de l’observation des conjonctures du présent. Les hommes d’Etat, les partis politiques, les universitaires, les entrepreneurs,…ont, dans chacun de leurs domaines, des ambitions et des projets. Pour que la prospective ne soit pas un catalogue de promesses démagogiques ou utopiques, il faut qu’elle s’appuie sur des options réalisables qui entraînent l’adhésion des citoyens afin de réunir des majorités aussi larges que possible.

Je crois qu’à côté des « avenirs souhaitables », la prospective doit aussi s’attacher à rappeler qu’il y a des « avenirs inacceptables » : plus jamais de génocides, plus jamais d’esclavagisme, plus jamais de Shoah ! Cette approche, complémentaire de la précédente, est également plus réaliste, plus susceptible de recueillir l’approbation des citoyens de bonne volonté. Depuis peu certains sujets, comme le  réchauffement climatique et le développement durable, sont pris en compte dans la plupart des grands pays. J’ai évoqué la mobilisation contre le risque de pandémie de la « grippe A ». Les tentatives de régulation de la finance internationale, la lutte contre le terrorisme et le piratage en mer sont des signes encourageants d’une prise de conscience planétaire au profit du « plus jamais çà ! ». N’est-ce pas le commencement de la sagesse ?

(Article paru dans la revue Défense : http://www.cybel.fr/html/Communaute/defense/index.php)

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