Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !
17 Novembre 2009
Le président français Nicolas
Sarkozy et son homologue brésilien
Luiz
Inacio Lula da Silva ont décidé, samedi 14 novembre, de se
jeter dans la bataille en vue du sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique. Leur adversaire désigné ? Le "G2", constitué du président américain Barack
Obama et de son homologue chinois Hu Jintao, soit les deux
plus gros pollueurs de la planète.
Le président américain n'a pas voulu que les dirigeants européens se joignent à la réunion du Forum de coopération Asie-Pacifique (APEC), les 14 et 15
novembre à Singapour, pour tenter de dénouer la négociation. Pis, l'APEC a refusé de prendre des engagements contraignants de réduction des émissions de gaz à effets de serre. Par la voix de son
conseiller, Michael Froman, M. Obama a fait savoir que le sommet de Copenhague, qui se tiendra du 7 au 18 décembre, ne serait qu'une étape. Les
Américains accepteraient de signer un accord portant sur l'aide aux pays pauvres frappés par le réchauffement, mais souhaitent reporter à plus tard les engagements contraignants de réduction des
émissions de CO2.
M. Sarkozy s'y refuse. Rêvant de prendre en
tenaille les Etats-Unis et la Chine, il veut forger une alliance entre pays industrialisés, grands pays émergents et pays les plus touchés par le réchauffement climatique (Afrique non
méditerranéenne, Etats insulaires menacés, Asie du sud-est...). Les engagements unilatéraux pris, vendredi 13 novembre, par le Brésil, après ceux de l'Union européenne, confortent sa
stratégie.
Le géant latino-américain est le premier
grand pays émergent à s'engager de la sorte. Il ne va pas ralentir son expansion économique, mais s'engage à réduire de 80 % la déforestation de l'Amazonie, à contrôler les effets de l'élevage et
de l'agriculture sur la savane, à limiter l'utilisation des nitrates dans l'agriculture.
Ces mesures devraient permettre de réduire
la croissance attendue des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020 de 36 % à 39 %, a annoncé Dilma
Roussef, chef de la Maison civile, équivalent brésilien du
premier ministre et dauphine de M. Lula.
L'effort proposé par le Brésil "est
équivalent à la proposition qu'a envoyée M. Obama au Congrès américain", a affirmé le président brésilien, qui était reçu, samedi, à l'Elysée. "Nous n'avons pas le droit de permettre que
le président Obama et le président Hu Jintao puissent célébrer un accord en prenant pour base les seules réalités de leurs pays", a-t-il mis en garde, annonçant qu'il téléphonerait lundi 16
novembre à M. Obama, pendant la visite de ce dernier en Chine. "La première économie du monde doit être à la hauteur de ses responsabilités", a surenchéri M. Sarkozy. "Nous
n'accepterons pas de prendre des engagements et que d'autres disent : on verra demain."
A un mois du sommet de Copenhague, M.
Sarkozy et M. Lula veulent faire grossir leurs troupes. "Avec le président Lula, on va faire le tour de la planète pour convaincre, parce que le monde est multipolaire", a annoncé le
président français, qui compte faire adopter le plan qu'a concocté son ministre de l'écologie, Jean-Louis
Borloo. Baptisé "Justice-climat", ce texte d'une dizaine de
pages prévoit des financements de 450 milliards d'euros sur vingt ans, dont les trois quarts alloués à l'Afrique.
Destiné à aider les pays du sud à réussir
leur transition énergétique et à lutter contre les dégâts du réchauffement, il comporte un vaste plan de développement de l'énergie solaire, des projets de reforestation et de lutte contre
l'érosion, des aides aux pays menacés par la montée du niveau des océans. Le tout serait financé par une taxe de 0,01 % sur les transactions financières qui rapporterait 20 milliards d'euros par
an.
M. Sarkozy doit rencontrer jeudi 19
novembre à Bruxelles, avant le Conseil européen, la chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre danois Lars
Lokke Rasmussen, hôte de la conférence, pour consolider la
position de l'Union européenne. Il se rendra ensuite au Brésil, où M. Lula compte convaincre les dix pays du bassin amazonien, qui se rencontreront à Manaus, fin novembre, de prendre des
engagements analogues à ceux de son pays.
Le 27 et le 28 novembre, il s'agira de
persuader les pays du Commonwealth, qui doivent se réunir à Trinité et Tobago, dans les Caraïbes. Le premier ministre britannique Gordon
Brown a convié M. Sarkozy à s'y rendre. L'enjeu est de
rallier les pays d'Afrique anglophone, l'Australie, le Canada la Nouvelle-Zélande et surtout l'Inde.
New Delhi est un acteur incontournable.
Pour convaincre le deuxième pays le plus peuplé du monde, M. Borloo, qui a rencontré le premier ministre indien Manmohan
Singh vendredi 13 à New
Delhi, veut le "découpler" de la Chine. Son plan d'aide
concerne les pays qui émettent moins de deux tonnes de CO2 par an et par habitant : l'Inde est à 1,2 et la Chine à 4,5 tonnes. Pour mémoire, les Etats-Unis sont à 19 tonnes, l'Europe à
10.
M. Sarkozy envisage enfin de se rendre en
Afrique, alors que son ministre de l'écologie a également rencontré, vendredi 13, le premier ministre éthiopien Meles
Zenawi, chef de file des Africains.
Le président français hésitait à se lancer
dans la bataille de Copenhague. Mais il a fait du réchauffement climatique un enjeu de politique intérieure, avec l'introduction d'une taxe carbone impopulaire. Après avoir promu l'émergence du
G20, il espère finaliser les engagements climatiques lorsqu'il présidera ce forum, ainsi que le G8, en 2011... Juste avant l'élection présidentielle de 2012.