Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !
8 Septembre 2012
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Commissaire européen,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Je m'exprime devant vous pour la première fois depuis mon élection à l'occasion de cette Conférence des ambassadeurs, qui est
devenue plus qu'un rite, une tradition, un rendez-vous. C'est parce que je sais le rôle qui est le vôtre dans la définition et dans la mise en œuvre de notre diplomatie, que j'entends vous
exposer les principes qui guident la politique étrangère de la France dont j'ai confié la charge à Laurent FABIUS et les réponses que j'apporte aux grandes questions de la période.
Ce qui caractérise, à mes yeux, le monde tel qu'il est aujourd'hui, c'est son instabilité, un ordre ancien a disparu, mais aucun
autre n'a encore émergé. Des puissances nouvelles se sont affirmées, fortes de leur population, de leur économie, mais encore réticentes à prendre toute leur place et toutes leurs
responsabilités. Les blocs ont depuis longtemps disparu, mais de nouveaux ensembles se cherchent, fondés sur la géographie, les intérêts, les proximités culturelles, mais sans cohérence entre
eux.
De nouvelles menaces se sont accumulées, le terrorisme qui n'a pas disparu et qui a même gagné d'autres terrains comme en
Afrique, la drogue qui devient le fléau majeur de la décennie à venir, les grandes pandémies qui se propagent en ignorant les frontières, le détournement des nouvelles technologies de
l'information qui peuvent donner le meilleur, mais aussi le pire par rapport aux libertés individuelles.
Mais l'instabilité, elle est également économique et financière. La crise touche désormais tous les pays, y compris les
émergents, qui paraissaient invulnérables, et fragilise encore davantage les plus pauvres. La régulation internationale, tant proclamée depuis tant d'années, révèle ses insuffisances face aux
excès de la finance. La croissance du commerce mondial se ralentit et nous voyons ressurgir des pratiques protectionnistes dangereuses.
Les cours des matières premières connaissent une volatilité qui n'obéit plus simplement à des causes naturelles, il en existe,
mais à des mouvements spéculatifs, les marchés agricoles sont devenus des marchés financiers. Les considérations géopolitiques sont plus importantes que jamais dans la détermination du prix des
carburants. Nous le constatons aujourd'hui, aux dépens même de la croissance mondiale et du pouvoir d'achat des ménages.
A l'instabilité s'ajoute l'incertitude, celle qui pèse sur l'environnement, sur le climat, sur la biodiversité. Convenons, là
encore, avec lucidité, qu'après l'échec de Copenhague, le dernier Sommet de Rio sur le développement durable a montré que la mobilisation des Etats restait bien en-deçà des attentes.
Mais la plus grave des incertitudes tient au risque de la prolifération nucléaire et à ses conséquences, et aussi aux peurs
légitimes qu'une telle prolifération peut inspirer et aux réactions préventives qu'elle peut provoquer, menaçant directement la paix. L'incertitude, c'est aussi la permanence des conflits, dont
le règlement est chaque jour différé comme au Proche-Orient.
Certes, le monde est aussi porteur d'espoir, il y a la vitalité des peuples, leur aspiration démocratique, les exigences d'une
bonne gouvernance et la capacité d'innovation que trouvent toujours les êtres humains. Il y a des lignes qui bougent et des dictateurs qui tombent. En cela, le monde évolue dans un sens qui est
celui du progrès.
C'est tout l'enjeu des printemps arabes, dès lors que les formations politiques qui se réclament de l'islam s'engagent à
garantir les libertés, notamment celles des femmes, à respecter l'alternance, à protéger les minorités, qu'elles soient culturelles ou religieuses. Il leur appartient, à ces pays qui font œuvre
de transition, d'en faire la démonstration et à nous d'encourager le mouvement, sans défiance, mais avec vigilance.
Dans ce monde instable, incertain, mais aussi nouveau, il me revient de déterminer la place de la France, ce qu'elle doit faire
et surtout ce qu'elle peut faire.
Je partirai de ce qui fait notre identité historique, géographique, politique, celle qui nous permet d'être écoutés, attendus,
espérés et surtout utiles.
Je partirai donc de nos valeurs universelles, dont la France a éclairé le monde et qui doivent continuer à déterminer son action
internationale. Ces valeurs sont celles des droits de l'Homme, de la démocratie, de la justice internationale, de la laïcité, de l'égalité entre les femmes et les hommes.
En défendant ces valeurs partout dans le monde, la France porte une conception des relations avec les Etats et affiche une
confiance dans les sociétés. C'est quand la France est frileuse ou silencieuse qu'elle recule. Voilà pourquoi nous servons nos propres intérêts quand nous affirmons notre attachement à la
démocratie, à la lutte contre la corruption et au respect du droit.
La France est un pont entre les nations, y compris les émergentes, entre le Nord et le Sud, entre l'Orient et l'Occident. Notre
pays est un acteur et un médiateur du dialogue entre les civilisations.
C'est son indépendance qui la rend précieuse au monde.
La France est une puissance mondiale, nous sommes un des rares pays qui dispose encore d'un très large éventail d'actions, doté
d'une capacité nucléaire, un pays constamment impliqué dans la vie internationale par sa responsabilité de membre permanent du Conseil de sécurité.
Nous fondons notre démarche sur le droit, en s'inscrivant dans le long mouvement de l'organisation de la société internationale.
Je veux continuer, au nom de la France, à faire de l'organisation des Nations unies l'instance centrale de la gouvernance mondiale pour préserver la paix, mais aussi pour protéger les
populations. Une organisation capable de prononcer des sanctions et de les faire appliquer en saisissant la justice internationale contre les dictateurs et les crimes les plus graves.
Nous nous inscrivons dans la légalité internationale et je confirme ici que notre pays ne participe à des opérations de maintien
de la paix ou de protection des populations qu'en vertu d'un mandat et donc d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies.
Faut-il encore -- c'est la question qui est posée encore aujourd'hui -- que les membres du Conseil de sécurité prennent leurs
responsabilités pour lui permettre de prendre des décisions. Car, le blocage du système conduit, soit à son contournement, soit à son impuissance. C'est pourquoi je dis à la Russie et à la Chine
que dans la crise syrienne, leur attitude affaiblit notre capacité à accomplir le mandat que la Charte des Nations unies nous a confié.
Je souhaite faire avancer la réforme du Conseil de sécurité pour permettre à de nouveaux membres permanents comme non permanents
d'y siéger.
De la même manière, le système des Nations unies doit s'élargir à de nouveaux enjeux comme celui du défi écologique, c'est
pourquoi j'ai plaidé à Rio pour la création d'une organisation des Nations unies pour l'environnement basée en Afrique et ce sera la position de la France.
Sous ma présidence, j'entends donc que notre pays porte l'exigence d'une meilleure gouvernance mondiale. La crise financière,
économique a montré les limites des institutions actuelles. Le G20, qui avait permis de répondre dans l'urgence à la crise bancaire, doit de nouveau réfléchir sur son rôle, car nous sommes bien
loin de la régulation financière indispensable.
Bien des pays d'ailleurs n'ont même pas mis en œuvre les décisions sur les règles prudentielles, pourtant décidées en 2008,
alors même que la France et l'Europe ont adopté ces principes, au risque de réduire la distribution du crédit. De même, la lutte contre les paradis fiscaux a été engagée, mais encore trop
timidement et les pays qui les abritent devront être plus sévèrement sanctionnés.
Quant à l'ambition, mille fois rappelée, d'adopter une taxation sur les transactions financières, elle se heurte à de fortes
résistances. C'est pourquoi j'ai choisi d'aller de l'avant dans le cadre européen d'une coopération renforcée notamment avec l'Allemagne. C'est un acquis du Conseil européen du 28 juin, cette
taxe sera définie et mise en œuvre dès le début de 2013. La France continuera de plaider pour son adoption au niveau international, avec l'affectation d'une partie de ses recettes pour le
développement et pour la lutte contre le Sida.
La régulation vaut d'ailleurs sur tous les marchés et la volatilité du marché des céréales en ce moment, suite à la sécheresse
qui sévit notamment en Amérique, justifie que le G20 puisse rapidement être saisi de cette question et soit doté d'un pouvoir de décision. J'ai demandé au ministre de l'Agriculture de se
mobiliser rapidement en ce sens.
Enfin, lorsque j'évoque notre identité, lorsque je parle de nos valeurs, de notre place dans le monde, de notre attachement au
droit, je n'oublie pas aussi l'atout de notre langue et de notre culture. La langue, c'est une manière de penser et aussi d'agir. C'est une bataille pour la pluralité et la diversité. C'est la
raison qui explique la présence d'une ministre, madame Yamina BENGUIGUI, pour défendre la place du français à travers le monde. Je vous demande, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, dans votre
action quotidienne, de ne jamais oublier que la promotion de la langue, de la création française, c'est l'affirmation d'une vision du monde qui fait place à toutes les cultures.
Tels sont les fondements de la politique étrangère à partir desquels la France doit agir.
Elle le fera avec ses propres forces, avec sa singularité, avec ses atouts, avec son rayonnement. Mais elle n'y parviendra pas
seule. Elle le fera avec ses partenaires européens et aussi avec ses alliés et notamment les Etats-Unis.
C'est le sens de mon engagement à la tête de notre pays, un pays pleinement européen.
L'Europe est une force qui souvent s'ignore. Elle est, je le rappelle, la première puissance économique du monde. Je veillerai à
ce qu'elle soit plus active et surtout vigilante quant au respect des règles commerciales, à la réciprocité des échanges, à l'ouverture des marchés publics partout.
Nous, les européens, devons aussi renforcer nos positions sur les sujets internationaux majeurs et éviter la dispersion ou la
recherche d'intérêts purement nationaux. En matière de défense, nous devons aussi prendre nos responsabilités. J'ai décidé d'approfondir encore les coopérations en matière de défense avec le
Royaume-Uni et nous les inscrivons dans le renforcement des capacités européennes. D'autres grands partenaires, notamment allemands, partagent les mêmes besoins. Le nouveau Livre blanc sur la
défense et la sécurité nationale, qui est confié à M. Jean-Marie GUEHENNO, ses conclusions s'inscriront dans la perspective de l'Europe de la défense dans le cadre de nos alliances.
Alliance, oui, nous en avons une avec les Etats-Unis d'Amérique et cette relation aujourd'hui est marquée par la confiance. J'ai
pu constater, avec le président OBAMA, l'importance de nos convergences sur les grandes questions internationales, sur la crise économique, sur l'impératif de croissance. Je souhaite que la
qualité de la relation entre la France et les Etats-Unis se prolonge encore ces prochaines années.
Lors du Sommet de Chicago, j'ai rappelé l'engagement de la France dans l'Alliance Atlantique. Ce qui ne m'a pas empêché, avec
les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, d'exprimer mes réserves ou de poser des conditions, notamment sur la défense antimissiles. J'ai, par ailleurs, demandé à Hubert VEDRINE de
dresser un bilan de ce que la réintégration dans le Commandement militaire intégré a réellement apporté à nos objectifs et à l'Europe de la
défense.
Voir la seconde partie du discours : Discours de M. le Président de la République - XXème Conférence des Ambassadeurs (Palais de l'Elysée - Lundi 27 août 2012) - seconde partie -