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Regards citoyens

Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !

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L'Occident amené à repenser son lien avec le monde arabe

Le bien-fondé des liens établis au nom de la lutte contre le terrorisme entre les capitales occidentales et des dirigeants arabes sans grand souci pour les droits de l'homme pourrait être remis en question par la chute de Zine Ben Ali, qui se présentait comme un rempart contre l'islamisme armé.

Les militants des droits de l'homme au Proche-Orient reprochent de longue date à l'Occident sa coopération étroite avec les services de sécurité des pays arabes depuis les attentats du 11 septembre 2001, car selon eux, le prix demandé par les dirigeants arabes pour cette coopération est le silence de l'Occident face à l'arbitraire et à la corruption régnant dans leurs pays.

Le fait que l'Occident transige sur les valeurs démocratiques en échange de renseignements sur les groupuscules islamistes alimente un ressentiment, dans le monde arabe, qui est exploité par les organisations d'opposition mais aussi par le réseau Al Qaïda, estiment des analystes.

Des organisations de la société civile font remarquer que les gouvernements amis avec les Etats-Unis et les pays d'Europe de l'Ouest sont parmi les plus farouches opposants à la démocratie et qu'ils répriment des organisations islamistes qui cherchent à conquérir le pouvoir par des élections pluralistes.

Francis Ghiles, chercheur au Centre des Affaires internationales à Barcelone, dénonce la logique en vertu de laquelle celui qui ne soutiendrait pas la politique de répression des Etats arabes ferait le jeu d'Al Qaïda.

" Nous devons sortir de cette analyse ridicule selon laquelle il faudrait choisir entre la répression ou Al Qaïda ", dit-il à Reuters. " En vertu de la ritournelle de la lutte contre le terrorisme islamique, nous avons fermé les yeux au cours des dix dernières années sur ce que les dirigeants (du monde arabe) faisaient ", ajoute cet analyste.

Une transition paisible vers la démocratie en Tunisie après la chute de Zine ben Ali pourrait servir de "laboratoire" au renouveau politique dans le monde arabe, poursuit Ghiles. Pareille transition à Tunis servirait d'exemple fort d'un changement qui pourrait, au bout du compte, conduire l'Occident à être plus exigeant sur le respect des droits de l'homme.

Le désarroi de l'occident

Au bout du compte, ce ne sont pas des activistes armés d'Al Qaïda ou des militants islamistes pacifiques qui ont fait tomber Ben Ali, mais bien la rue, qui protestait contre la pauvreté et contre le despotisme du régime.

Pour autant, espérer que la "révolution de jasmin" tunisienne inspire un changement rapide de la politique sécuritaire de l'Occident dans la région est un "voeu pieux", selon Larbi Sadiki, de l'Université d'Exeter en Grande-Bretagne. Il est important, dans le même temps, de mesurer le risque qu'il y a à maintenir le statu quo, dit-il.

" Le discours de l'Occident sur la sécurité est comme un disque rayé, et nous devons le dépasser. La brutalité et la cruauté des dirigeants arabes sont un handicap moral énorme pour l'Occident ", estime Sadiki.

Juan Cole, professeur d'histoire du Proche-Orient à l'université du Michigan, voit dans les événements tunisiens le rappel du fait que " l'acceptation de la tyrannie et de la torture, voire le soutien à cette tyrannie et à la torture, peuvent se retourner contre ceux qui prônent cette acceptation, comme cela a été le cas en Iran en 1978-1979 ".

Le désarroi de l'Occident a été illustré de manière éclatante cette semaine en France, où les autorités ont déclaré qu'elles refusaient d'accueillir Ben Ali - revirement notable de la part d'un gouvernement français qui, comme nombre de ceux qui l'ont précédé, admirait l'homme fort du palais de Carthage.

Quand, en avril 2008, Nicolas Sarkozy s'était rendu en visite en Tunisie, il avait éludé les inquiétudes sur la situation des droits de l'homme et vu dans la lutte anti-terroriste menée par Ben Ali un rempart contre l'apparition d'un régime "de type taliban" en Afrique du Nord.

" Car qui peut croire que, si demain, après-demain, un régime de type taliban s'installait dans l'un de vos pays, au nord de l'Afrique, l'Europe et la France pourraient considérer qu'elles sont en sécurité ? Et j'appelle chacun à réfléchir à cela ", déclarait alors Nicolas Sarkozy.

Pour Michael Willis, maître de conférence à l'université d'Oxford, où il enseigne la politique nord-africaine, la France a " sans aucun doute été la pire " en matière d'indulgence envers Ben Ali, mais nombre d'autres pays occidentaux sont aussi complices.

Roger Cressey, qui conseilla les présidents américains Bill Clinton et George W. Bush sur les questions de lutte anti-terroriste, a dit ne pas s'attendre à un réexamen global des relations avec les pays arabes, dans le domaine de la sécurité, " parce que la menace terroriste est toujours d'actualité et pressante ".

 

Source : Reuters

 

 

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