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Regards citoyens

Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !

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Les enjeux de l’action civilo-militaire…

Regards-citoyens.com propose à ses lecteurs une analyse succincte des enjeux de l'action civilo-militaire, très en vogue aujourd'hui tant dans les Etats qu'au sein des organisations régionales telles que l'Union européenne ou l'OTAN dans le cadre de la conception globale de la sécurité (y inclus la défense) qui émerge ici et là.    

L'activité civilo-militaire (ACM) est une fonction opérationnelle particulièrement bien développée dans la plupart des pays membres de l'OTAN et/ou de l'Union européenne, où ce concept est pris en compte au titre de la coopération civilo-militaire (CIMIC).

A l'origine, il ne concernait que l'environnement des forces. Aujourd'hui, il s'étend à toutes les formes d'aide que les armées apportent à la restauration de l'Etat de droit et des fonctions vitales d'un pays.

En France, les activités civilo-militaires recouvrent toutes les actions entreprises par les forces engagées sur un théâtre permettant de prendre en compte l'interaction entre ces forces et leur environnement civil et faciliter ainsi la réalisation des objectifs civils et militaires poursuivis. Menées prioritairement au profit des forces, elles s'incrivent dans leur environnement et englobent les actions humanitaires.

Le concept d'ACM s'attache à répondre aux évolutions du cadre d'action des forces

Alors que dans la guerre " classique " la composante militaire et la composante civile étaient le plus souvent étanches l'une à l'autre, les crises récentes, souvent à forte dimension humanitaire, combinent plusieurs paramètres :

 - la place croissante des populations civiles : la protection des populations constitue souvent l'enjeu même des interventions militaires d'aujourd'hui. Il arrive en outre de plus en plus fréquemment que les populations civiles soient instrumentalisées. Ainsi, la vague des réfugiés du Kosovo a pu être interprêtée comme un mode d'action destiné à réduire l'efficacité des opérations menées par l'OTAN en 1999.

 - Les conditions d'engagement : elles se définissent par une promiscuité des populations et des forces, dans des crises où certains belligérants ignorent le droit des conflits et respectent rarement la discrimination entre les objectifs civils et militaires. Les populations civiles sont donc étroitement mêlées aux crises et en subissent directement les conséquences.

 - La multiplication des acteurs : la résolution de conflits de plus en plus complexes fait appel à de nombreux acteurs intervenant avant, pendant et après l'action des forces. On distingue :

  * les instances politiques et diplomatiques,

  * les organisations humanitaires, gouvernementales ou non,

  * les experts des nations et des organisations participant au redémarrage des pays en crise,

  * les opérateurs privés et institutionnels à vocation économique, financière ou sociale;

Le concept d'ACM prend en compte l'intercation entre les forces et l'environnement civil

L'action civilo-militaire constitue un outil majeur pour une armée professionnelle qui affronte des crises de plus en plus complexes, où la maîtrise de la violence est une priorité, et où l'implication des populations civiles dans le conflit est devenue une réalité incontournable. Les armées doivent donc disposer de nouveaux moyens d'action qui sont fournis en particulier par les ACM. En effet, lorsque l'urgence impose d'entreprendre rapidement une action intense et à haute expertise, seul le recours aux militaires permet de répondre aux besoins, y compris dans la reconstruction d'un pays détruit par la guerre. Par cette dimension civilo-militaire, les ACM permettent aux armées de rester au contact de la société civile. Ce faisant, elles contribuent à asseoir auprès des populations civiles la légitimité de l'action militaire. Elles offrent aux militaires, d'active et de réserve, ainsi qu'aux cadres civils la possibilité de mêler leurs efforts pour une cause nationale commune.

En France, les ACM font l'objet d'une directive du Chef d'Etat major des Armées - CEMA - qui distingue trois types de mission :

 - les actions au profit des forces : elles sont prioritaires et visent à faciliter l'exécution des missions opérationneles et à permettre le désengagement :

  * en créant des conditions favorables à la préparation du déploiement des forces et à la conduite des opérations militaires,

  * en établissant des relations suivies avec les autorités civiles,

  * en soutenant les forces sur le plan logistique et juridique.

Relations avec les villageois et avec les autorités locales, sensibilisation au danger des mines, reconstruction d'infrastructure, aide médicale gratuite, distribution de vivres, d'habillement, de fournitures scolaires, manifestation culturelle, toutes ces formes d'ACM sont régulièrement mises en oeuvre pour appuyer l'action des forces sur les théâtres d'opération.

 - les actions au profit de l'environnement civil : elles visent à rétablir des conditions de vie normales et un retrait progressif des forces par :

  * l'expertise de l'environnement civil,

  * le rétablissement de l'Etat de droit, des services d'intérêt général,

  * le redémarrage de la vie économique.

Au Kosovo, dès les premières heures, les militaires ont apporté un soutien déterminant à la MINUK. En lui fournissant les experts qu'elle n'étaient pas en mesure de mobiliser rapidement, les militaires en charge des ACM ont contribué au rétablissement de la justice et de la sécurité publique, de l'approvisionnement énergétique (électricité et hydrocarbure), des transports et des télécommunications, de l'approvisionnement en eau.

 - les actions de nature humanitaire : il est important de ne pas confondre l'aide humanitaire proprement dite avec les missions de nature humanitaire pouvant être confiées aux forces armées. Dans ce cas, les militaires interviennent en complément des organismes spécialisés (ONG, etc.) et ne subsituent à eux que très exceptionnellement. Ils peuvent alors :

  * secourir les populations en difficulté (Timor, Cyclone Mitch, Turquie, Mozambique),

  * faciliter l'action des organisations humanitaires, notamment en assurant leur sécurité.

Après une décision d'engagement prise par le gouvernement, une directive de planification est émise par le CEMA, que le Centre opérationnel interarmées - COIA - traduit en ordre d'opération pour les unités ACM. La chaîne opérationnelle relie le CEMA et le COIA (niveau stratégique) au commandement des forces des théâtres (niveau opératif) et aux unités sur le terrain (niveau tactique).

Les évolutions en cours des ACM

Des évolutions sont en cours. D'autres sont encore nécessaires.

 - besoin de coordination interministérielle : afin d'accrôitre l'efficacité des armées sur les théâtres d'opération, une forte coopération interministérielle est indispensable qui implique outre les ministères de la défense, les ministères en charge des affaires étrangères, de l'économie, des finances, du développement, de la santé, etc.

 - prise en compte des intérêts nationaux dans un cadre multinational, sans nuire à l'efficacité de la mission : aujourd'hui, le déploiement d'une force française se conçoit dans un cadre interallié. Une structure multinationale n'est cependant aucunement incompatible avec la prise en compte d'intérêts nationaux, dès lors que la satisfaction de ceux-ci ne porte pas atteinte à la mission.

 - faire bénéficier les ACM de l'expertise des officiers de réserve : l'un des buts des ACM est de faciliter la transfert progressif d'activité vers la société civile française, par le biais de la réserve, en favorisant le recrutement d'opérateurs civils pour des missions de courte durée.

 - développement des ACM à l'échelon européen : une action d'envergure est en cours au sein des instances européennes qui vise aux développements des ACM au niveau de l'Union européenne, dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune (voir notamment à cet égard Coopération civilo-militaire et développement des capacités civilo-militaires : adoption en séance plénière de la résolution Ehler ).

Les risques dont il faut se garder

La mise en oeuvre des ACM par du personnel mal formé ou peu familier de ce mode d'action induit plusieurs dérives à éviter. Aussi est-il utile de préciser ici ce que les ACM ne sont pas.

 - Les ACM ne sont pas des actions humanitaires : on peut être tenté de confondre les ACM avec les actions humanitaires. Or, la vocation des militaires n'est pas de se substituer aux organisations humanitaires mais de réussir la mission donnée par le gouvernement. Placées sous l'autorité du commandant des forces, les ACM ont en dernier ressort des priorités différentes de celles des ONG.

 - Les ACM ne sont pas le bras armé de la reconstruction économique : les ACM prennent en considération le soutien aux acteurs économiques nationaux tout en limitant l'implication directe des armées. Cependant, le domaine économique ne constitue pas, loin s'en faut, le volet exclusif des ACM.

L'optimisation de l'emploi des moyens disponibles pour satisfaire des besoins reconnus de l'environnement peut tenter certains, alors que le seul critère d'opportunité doit être l'intérêt des forces, l'objectif de rentabilité économique étant secondaire pour les ACM. Un risque d'instrumentalisation inappropriée des ACM est cependant à craindre.     

Ce concept d'ACM n'est pas nouveau. Au début du XXème siècle, l'armée française y a recouru dans le cadre du concept plus global d' " action d'ensemble ", avec une réelle efficacité, notamment au Maroc (cf. à cet égard la série d'articles débutant par La place centrale de " l'action d'ensemble " dans l'oeuvre du Général Lyautey au Maroc : une leçon utile à tirer de l'Histoire ! - Première partie - ).    

Le lecteur peut également prendre connaissance du très bon dossier de cinq articles réalisé sous la direction de Jocelyn Coulon, directeur du ROP, et Jean-Jacques Louarn, journaliste à RFI et fondateur du site Grotius.fr. Ce dossier est accessible à l'adresse suivante : http://www.operationspaix.net/Les-enjeux-de-l-action-civilo    

Il peut également prendre connaissance du concept et de la doctrine interarmées de la coopération civilo-militaire en vigueur au sein du ministère français de la Défense (PIA-09-100) : http://www.scribd.com/doc/32584753/PIA-09-100-Concept-et-doctrine-interarmees-de-la-cooperation-civilo-militaire-France-2005    

Autres sites utiles :

 * http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/fiche-analyse-1.html

 * http://www.oboulo.com/action-civilo-militaire-acm-15064.html

 * http://www.giacm.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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