Ce blog est destiné à stimuler l'intérêt du lecteur pour des questions de société auxquelles tout citoyen doit être en mesure d'apporter des réponses, individuelles ou collectives, en conscience et en responsabilité !
4 Janvier 2010
Le Secrétaire général de l'OTAN a raison de vouloir améliorer la coopération entre son organisation et l'Union
européenne. Pour autant, cela ne doit pas conduire à inverser ou - comme l'a évoqué, lors de la 8ème Berliner Sicherheitskonferenz, le Secrétaire d'Etat allemand à la Défense - à
renforcer 'Berlin Plus'. De nombreuses raisons militent contre la proposition de Christian Schmidt. En voici quelques-unes !
'Berlin Plus' est d'un intérêt extrêmement limité. Indépendamment des difficultés politiques inhérentes à la relation UE-OTAN, que Anders
Fogh Rasmussen souhaite à juste titre aplanir, l'accord qui autorise l'utilisation de la chaîne de commandement de l'OTAN pour une opération militaire de l'UE n'a été utilisé qu'une fois (ALTHEA
en Bosnie-Herzégovine) et a montré ses limites. D'une part, la chaîne de commandement de l'OTAN est le plus souvent trop lourde pour les opérations de dimension réduite que conduit l'Union.
D'autre part, elle est inadaptée à l'approche civilo-militaire que l'Union cherche à développer. Dans cette dimension civilo-militaire, il s'agit d'avoir une approche commune de la planification
et de la conduite, en établissant à tous les niveaux les interactions nécessaires. Pour cette même raison, le concept de 'Berlin Plus inversé' (mise à disposition de l'OTAN des moyens civils de
l'UE) est parfaitement impraticable.
Tout renforcement de 'Berlin Plus' réduirait inévitablement l'autonomie de l'Union. Il est évident que tous ceux qui se sont jusqu'ici
opposés à l'établissement au niveau de l'Union d'une capacité autonome de planification et de conduite des opérations tireraient argument d'un tel renforcement pour plaider l'inutilité de
cette capacité qui fait si cruellement défaut à l'UE.
Le niveau de coopération entre l'Alliance et l'UE est limité par nature. S'il est normal que l'Union européenne cherche à développer des
partenariats stratégiques avec les Etats-Unis, mais aussi avec d'autres puissances, à commencer par la Russie, la relation entre l'OTAN et l'UE relève nécessairement du niveau tactique. Ce sont
les Etats-membres qui, pour des raisons géographiques, militaires, politiques, choisiront de faire appel à l'UE, à l'OTAN ou aux deux pour résoudre une crise. La coopération entre l'UE et l'OTAN
ne prend donc pleinement son sens que lorsque les deux organisations sont présentes sur le même théâtre (NDLR : de la volonté même des Etats qui appartiennent aux deux organisations). Les
exemples sont assez nombreux : Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Afghanistan, Somalie. Dans tous ces cas, il convient concrètement d'empêcher toute forme de concurrence et de garantir une bonne
coordination à Bruxelles. Cela requiert de la bonne volonté, du pragmatisme et la levée des blocages politiques liés au dossier turco-chypriote. Mais cela ne nécessite ni mise à disposition de
moyens ou de chaîne de commandement, ni révision de l'accord 'Berlin Plus'. Une autre coopération à développer concerne les capacités, les technologies, les normes, l'interopérabilité. Elle passe
nécessairement par une agence européenne de défense consolidée, disposant (NDLR : d'un mandat, d'un statut) d'un budget accru et d'un programme de travail établis pour trois ans.
Deux verrous, l'un à Ankara, l'autre à Londres, bloquent la coopération. Ce sont ces verrous qu'il faut faire sauter, plutôt que de réinventer 'Berlin
Plus'.
NB : Cet article a été également publié comme éditorial dans EUROPE DIPLOMATIE & DEFENSE (cf. Les publications de
l'Agence Europe ! )