À la veille du sommet de Vilnius sur le "partenariat oriental" de l'Union européenne, et au lendemain des manifestations de
Kiev, il serait utile de poser, en style télégraphique, quelques questions sur la nature réelle de ce processus de partenariat :
1. S'agit-il vraiment de négociations commerciales ou bien l'UE poursuit-elle, en fait, des visées géo-politiques non
clairement exprimées voire conçues? Si oui, lesquelles ?
2. L'UE est-elle bien consciente de la situation déstabilisante dans laquelle ce partenariat ambigu et "évolutif" place la
Russie, puissance régionale historique étroitement liée aux États concernés sur les plans économique, financier, militaire, culturel, etc ...? A-t-elle bien mesuré les risques stratégiques
- pour l'ensemble du continent européen - d'une telle déstabilisation ?
3. La perspective très médiatisée de la signature - à Vilnius - de l'accord d'association avec l'Ukraine et les manifestations
rivales qu'elle a provoquées ne risquent-elles pas d'aggraver la fracture interne au sein des populations concernées, en Ukraine comme dans certains autres États du partenariat ?
4. L'approche globale du "partenariat" ne gomme t-elle pas les très grandes disparités de toutes natures (stratégiques,
économiques, humaines, culturelles, etc ...) qui caractérisent chacun des six États concernés ? N'y a-t-il pas, dès lors, quelques risques à traiter conjointement, solidairement et parallèlement
("égalitairement") leurs relations avec l'UE ?
5. De fait, n'y a-t-il pas - parmi les États membres de l'UE - des conceptions très différentes de ce partenariat ? La
France (1) et l'Allemagne ne sont-elles pas beaucoup moins engagées que le Royaume-Uni et la Pologne, par exemple ? Ne serait-il pas utile de clarifier ces divergences fondamentales avant de
poursuivre la progression sémantique visée ci-dessous ?
6. L'évolution de ce partenariat est-elle vraiment maîtrisée, réfléchie et assumée par les Institutions de l'Union ? Ce
partenariat n'avance-t-il pas à coups de déclarations solennelles improvisées du Conseil européen ( Copenhague 1993 / Vilnius 2013 ?) sur "la vocation européenne" de pays pourtant fort éloignés
du centre de gravité de l'UE ? N'est-il pas quelque peu bousculé par le zèle peu supervisé des responsables professionnels de la politique d'"élargissement" au sein de la Commission (le
Commissaire et la DG dédiés qui se trouvent aussi gérer le "partenariat oriental") ?
7. L'ambiguité de la progression sémantique et diplomatique des concepts de "rapprochement" - "partenariat" -
"association" - "vocation européenne" - "pré-candidature" - "ouverture de négociations d'adhésion" - "adhésion" permet-elle un vrai débat public et démocratique sur les limites de l'élargissement
de l'UE ? Cette ambiguité est-elle aussi "constructive" que le prétendent certains ?
8. Jusqu'à quelles limites l'UE peut-elle étendre sa défense des droits de l'homme dans les pays tiers et faire de cette défense
l'alfa et l'oméga de sa politique commerciale, étrangère, énergétique, etc ... ainsi que de sa "stratégie d'élargissement" ? ...N'existe-t-il pas des organisations spécialisées - et plus
expérimentées que l'UE - pour poursuivre plus directement cet objectif (cf. Conseil de l'Europe/ Nations-Unies) ?
(1) "Des pays qui n'ont pas vocation à entrer dans l'UE mais qui doivent être associés à certaines conditions"
F.Hollande
Voir aussi à propos du partenariat oriental :
* http://www.etudes-europeennes.eu/images/stories/Eastern_Partnership/Entretien_Serge_Smessow_FINAL_FR.pdf
Voir également à l'égard de la stratégie d'élargissement :