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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 15:16

La Chine accélère son évolution vers l’économie de marché. Elle en aura bientôt le statut au sein de l’Organisation mondiale du commerce, ce qui va diminuer les défenses éventuelles contre certaines pratiques. par Anne Marie Idrac et Laurence Daziano*

L’entrée de la Chine à l’OMC, en 2001, avait pour elle un double objectif : intégrer l’empire du Milieu dans l’économie mondiale et consolider les réformes de libéralisation économique lancées par Deng Xiaoping dans les années 1980. Depuis, le chemin parcouru par la Chine est saisissant. Une nouvelle étape a été lancée sous le double effet des réformes adoptées par le troisième plénum du Parti communiste chinois (PCC) et de la perspective de l’accès de la Chine au statut d’économie de marché (SEM).

 Renforcer  l’économie de marché

Le plénum du PCC, qui s’est tenu du 9 au 12 novembre 2013, a été consacré aux réformes économiques et à l’État de droit. La nouvelle équipe dirigeante, conduite par Xi Jinping, a voulu tenir un plénum comparable à celui de 1978 au cours duquel Deng Xiaoping lança les grandes réformes économiques. En 2013, les défis chinois sont à la dimension du pays : creusement des inégalités, créances douteuses, pollution urbaine, vieillissement de la population, corruption. Pour y faire face et dynamiser la croissance, Xi Jinping a adopté deux trains de réforme. Le premier concerne le renforcement de l’Etat de droit avec la fermeture des camps d’emprisonnement et la fin de la politique de l’enfant unique. Le second, inspiré par l’économiste Liu He, le conseiller en chef de la nouvelle équipe dirigeante sur les questions économiques et financières et patron de la NDRC – la puissante agence de planification économique -, consiste à renforcer l’économie de marché. Diverses mesures de libéralisation de l’économie sont ainsi annoncées : ouverture des capitaux des grands groupe spublics, concurrence, fin des quotas de déplacement pour les populations rurales… Le plénum a adopté le principe que « le marché joue un rôle décisif dans l’allocation des ressources ».

 Accélérer encore l’ouverture au monde extérieur

Depuis 2001, la Chine a accompli un parcours impressionnant : Elle est devenue le premier exportateur mondial de marchandises, la deuxième puissance économique mondiale, et le deuxième pays d’accueil des investissements directs internationaux (avec 10% des flux mondiaux). Les dirigeants chinois veulent accélérer encore l’ouverture de l’économie au monde extérieur. Alors que de nouvelles économies émergentes se positionnent sur le low-cost, ils font le choix de la montée en gamme des technologies, entrant plus directement en concurrence avec les productions industrielles des pays de l’OCDE. Ils font valoir par ailleurs que de 2000 à 2011, les importations chinoises sont passées de 20 à 27% du PIB.

 L’Union européenne, première destination des exportations chinoises

L’Union européenne est devenue un partenaire commercial majeur de la Chine. L’UE est la première destination des exportations chinoises alors que la Chine est le deuxième partenaire commercial de l’UE. Celle-ci est aussi à l’origine de 6% des investissements reçus par la Chine.

Certes, les sources de tensions demeurent entre la Chine et l’UE sur l’accès au marché. Il reste des restrictions aux investissements (plafond dans le capital des entreprises ou seuils élevés d’investissements).  Le secteur financier dominé par les banques d’Etat s’est peu ouvert. En outre, la Chine n’a toujours pas signé l’accord international sur les achats publics, ce qui lui permet d’avoir une législation favorisant les productions locales. Tout en respectant la lettre de ses engagements à l’OMC, la Chine a gardé la main sur sa politique industrielle, les modalités de financement de ses entreprises, et l’accès à son marché.

 Un enjeu majeur: quelle transparence pour le financement des entreprises exportatrices chinoises

L’affichage d’une orientation politique claire en faveur de « l’économie de marché » ne peut être disjoint de la question de l’accès au Statut du même nom (SEM au sens de l’OMC). Le protocole d’adhésion de la Chine à l’OMC a prévu que l’obtention de ce statut soit effective en 2016. Cela aura pour principale conséquence un affaiblissement des instruments de défense commerciale classiques de type anti-dumping. L’analyse de la loyauté de la concurrence devra porter de plus en plus sur la transparence des financements dont bénéficient les entreprises exportatrices chinoises. Compte tenu de son importance pour certains de nos secteurs industriels, c’est un enjeu majeur sur lequel la prochaine Commission européenne devra travailler.

 Une plus grande responsabilité mondiale

Le chemin parcouru par la Chine, depuis son accession à l’OMC, est remarquable. A tout point de vue, la Chine est devenue une puissance économique et commerciale à vocation mondiale. Parallèlement, cette situation requiert encore de profondes réformes politiques et économiques par Pékin, ainsi qu’une plus grande responsabilité dans l’ordre économique mondial.

 

Anne-Marie Idrac, ancienne secrétaire d’Etat au commerce extérieur, est administrateur de sociétés et consultante

Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po Paris, est membre du Conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique, elle est l’auteur de la note La nouvelle vague des émergents

Source : http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20140217trib000815757/comment-la-chine-entend-parachever-son-economie-de-marche.html

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Published by ERASME
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