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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 18:43

La politique de défense est peu connue dans son évolution récente, car elle n’est pas un objet de débat.  

Comme est peu connue, ou de manière inégale, depuis sa professionnalisation, l’armée de la Nation dans ses trois composantes que sont l’armée de terre, la marine et l’armée de l’air.

De ce constat, est née l’ambition du cercle de réflexion « G2S » d’apporter sa contribution à l’information de la société civile sur la défense en général et l’armée de terre en particulier et de prendre part au débat continu sur les questions stratégiques et de défense.

Le G2S est un groupe constitué principalement d’officiers généraux de l’armée de terre qui ont récemment quitté le service actif. Ils se proposent de mettre en commun leur expérience et leur expertise des problématiques de défense, incluant leurs aspects stratégiques et économiques, pour donner leur vision des perspectives d’évolution souhaitables de la défense.

 

  *********************************

 

Editorial, par le général d’armée (2S) Jean-Marie Faugère

 

UNE ARMEE SANS DEFENSE AUJOURD’HUI, POUR UNE DEFENSE SANS ARMEE DEMAIN ?

Les armées ont atteint un niveau inquiétant de lassitude dont l’origine se révèle multiple. Dubitatives sur le bien-fondé des réformes ininterrompues qu’elles vivent et qui les malmènent, sans autre but que de réduire la dépense publique, elles doivent faire face à bien d’autres facteurs inquiétants. Vieillissement des équipements dont le renouvellement s’éloigne au fil de lois de programmation militaire qui ne sont pas respectées. Résignation dans la vie quotidienne devant des restructurations qui leur compliquent la vie en proportion de ressources de plus en plus comptées. Amertume face aux campagnes de dénigrement émanant de la puissance publique1 elle-même et trouvant leur application, entre autres domaines, dans la nouvelle gouvernance du ministère. Perte de motivation face à la précipitation des réformes qui conduit aux aberrations de bases de défense anonymes et d’une administration dépassée (cf. le logiciel de solde immature). Perte de motivation également face aux restrictions de moyens financiers et matériels qui touchent l’entraînement et le fonctionnement quotidien. Enfin, interrogation devant des conditions de vie qui se dégradent avec un pouvoir d’achat des familles toujours à la traîne de celui du reste de la fonction publique civile2  

Il est temps d’informer notre pays sur les exigences de sa défense. Il est temps de redonner du sens à la finalité des armées. Il est temps de redonner du sens à l’engagement du soldat.  

Ce sens, il appartient à ceux qui, en charge du destin de la Nation, doivent le penser et le promouvoir.

A force de considérer les questions militaires sous le seul angle du court terme, technique et budgétaire3, nos concitoyens et les élites qui les gouvernent, ont perdu de vue la raison d’être de l’institution militaire, sa finalité et son lien consubstantiel avec la Nation.

Il s’agit donc de réfléchir au sens et à la nature de l’action militaire avec, en particulier, l’adjuvant puissant des aides que procure la haute technologie. Laquelle ne doit cependant pas devenir une fin en soi au détriment de la place de l’homme dans les actions de guerre comme dans la gestion des crises. Il s’agit aussi de conduire une prospective véritable et sans déni de réalité sur les menaces, extérieures ou intérieures, qui pèsent sur nos sociétés post-industrielles ou post-modernes. En un mot, il s’agit de dire quoi défendre, pourquoi le défendre et avec qui ! 

En l’absence de réponses à ces questions essentielles, et alors que la professionnalisation des armées a été fort bien conduite, car les chefs militaires, à leur juste place, ont pu en maîtriser les objectifs comme le déroulement, nous assistons à une nouvelle entreprise de reconfiguration de l’organisation militaire qui n’est fondée que sur des approches à courte vue et qui ne répond qu’à des nécessités contingentes plus subies que raisonnées.  

Car, rien de ce qui aurait dû servir de substrat préalable aux multiples réformes engagées, n’est présent dans les recommandations de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013, pas plus que dans celles de 2008 dont elles ne font que poursuivre le seul objectif de réduction de l’appareil militaire. La définition des missions comme la description des fonctions stratégiques ne peuvent tenir lieu de réflexion, alors même que c’est celle-ci qui devrait les inspirer. 

Ce nouveau dossier du G2S n’ajoute pas sa voix au choeur des nostalgiques d’un passé révolu. Ses observations et son analyse appuyées sur des faits4 se veulent une information objective destinée aux responsables politiques sur la réalité vécue par des hommes et des femmes qui ont fait le choix de servir leur pays dans l’abnégation et le dévouement au sein des armées. Ce dossier ne dit rien d’autre qui n’ait été dit par les différents chefs d’état-major lors de leur audition par les commissions des assemblées, dans le style qui est propre à la nature d’un tel exercice. Mais, le recul sur les choses qu’autorisent l’expérience, la connaissance et la réflexion des membres du G2S permet un ton plus libre et plus direct, sans nier la complexité d’une institution que peu connaissent et que peu font l’effort de comprendre.

Par ailleurs, il n’est pas question de réfuter la nécessité pour la défense et les armées de se réformer ou d’évoluer pour s’adapter aux conditions du temps présent. Tous les acteurs du changement sont conscients de la difficulté d’une telle démarche. En revanche, l’instabilité dans la réforme, l’incertitude de son calendrier, l’ambigüité de ses buts sont des plus contestables. Enfin, la méthode retenue pour conduire cette réforme ne s’est pas assez appuyée sur l’expertise avérée des militaires dans ce qui est leur domaine de compétence. La priorité a été trop donnée à des références civiles dont l’application n’a pas été confrontée aux spécificités des opérations militaires et des conditions de leur préparation.

Ce dssier a donc pour but premier de contribuer à dépasser les difficultés du moment et à ouvrir avec les responsables politiques les voies d’une remise à hauteur de notre défense par la consolidation de l’institution militaire qui restera, quoiqu’en pensent certains esprits forts, le dernier recours dans l’épreuve. Enfin, les auteurs du présent dossier ne prétendent pas dire LA vérité ; leur ambition demeure, comme le G2S le répète, de nourrir un débat dont il est souhaitable qu’il reste le plus serein possible et le plus ouvert, comme il sied dans une démocratie mature.

 

1 dont la Cour des comptes.  

2 Cf. 7ème rapport du Haut comité d’évaluation de la condition militaire. Le pouvoir d’achat serait inférieur de 18 % en moyenne à celui des catégories socio-professionnelles équivalentes de la fonction publique civile. 

3 Combien de fois peut-on entendre de la bouche de hauts fonctionnaires le qualificatif un rien condescendant de ministère « technique » s’agissant de celui de la défense ! 

4 Faute de place dans ce document déjà long, la documentation pourrait être développée lors d’un dossier ultérieur.

  

SYNTHESE DU DOSSIER

La politique de défense suivie depuis 1996 – date de la professionnalisation des armées - peine à stabiliser un appareil militaire qui connaît des réformes permanentes depuis plus de vingt ans. Si les armées ont pu absorber les chocs successifs de la disparition du Pacte de Varsovie et du passage à l’armée de métier, il en va bien différemment de ceux provoqués par la révision générale des politiques publiques et accentués par la crise économique depuis 2008.

Le constat d’un malaise existentiel au sein de la communauté militaire n’étonne pas dans ce vent de réformes qui souffle depuis 1996. En effet, il ne s’appuie sur aucune prospective concernant notre politique de défense, les enjeux stratégiques, les menaces et les missions des forces. La réalité impose de dire que notre système de défense ne répond plus à l’ensemble du spectre des scénarios d’emploi possibles. Si bien que pour le militaire, la perception d’un fossé grandissant entre l’analyse de la situation mondiale actuelle et la réalité des capacités militaires en Europe et en France, se fait chaque jour plus crue. Pour cette communauté, les capacités opérationnelles ont atteint le seuil bas de la crédibilité pour deux raisons : d’une part, la modestie du contrat opérationnel dans sa révision issue du Livre blanc de 2013, présenté comme celui de l’engagement majeur, et, d’autre part, la difficulté pressentie à l’honorer dans le contexte économique de la loi de programmation militaire 2014-2019. Par ailleurs, les hommes et les femmes de la défense s’estiment malmenés par les réformes structurelles qui leur sont imposées dogmatiquement, qui obèrent la cohérence de l’institution et portent atteinte à leurs spécificités. Le rendement des bases de défense alimente ce sentiment, comme l’incapacité d’une administration qui calque ses modes de fonctionnement sur ceux – inadaptés pour elles - des entreprises du secteur économique. Cette situation ne semble plus de nature à permettre aux armées de répondre à une surprise stratégique - retenue pourtant par le Livre blanc - par une remontée en puissance dont les conditions initiales sont mises à mal par des mesures d’organisation qui semblent irréversibles. Enfin, l’effort financier réel au profit de la défense apparaît volontairement surestimé dans le discours politique, alors que la défense ne représente que 3,2 % de la dépense publique annuelle.   

Les causes de cette situation sont multiples. Les causes premières relèvent de la responsabilité d’une classe politique qui méconnait les questions de défense et laisse l’administration civile de l’Etat tenir en la matière une place indue. La hiérarchie militaire, de son côté, n’assume plus sa fonction irremplaçable de conseiller écouté avec l’autorité que lui confèrent ses compétences propres. D’autres causes, secondes, en découlent naturellement. L’absence de prospective ne permet plus d’orienter la réflexion de défense et se fait sentir dans les mesures d’organisation ou les arbitrages sur les moyens. Aucun scénario d’emploi des forces n’est étudié pragmatiquement pour les définir et les dimensionner. A la tête de l’administration de l’Etat, le primat de l’économie prévaut sur toute autre considération et prend le pas sur la décision politique. Parallèlement, une entreprise de désinformation, nourrie à la base par l’appareil administratif et relayée par les faiseurs d’opinion discrédite une hiérarchie militaire soupçonnée d’incompétence et qui reste inaudible pour nos concitoyens comme pour sa propre base. L’effort de défense, autant intellectuel que matériel, reste notoirement insuffisant ; financièrement, il n’a jamais été aussi bas depuis la fin de la 2ième Guerre mondiale. 

Sur la pente budgétaire acquise depuis 2008 et poursuivie avec obstination, il n’est plus en mesure de répondre au niveau requis au renouvellement des équipements, à leur entretien, au bon fonctionnement courant des forces ni à un niveau satisfaisant de leur préparation opérationnelle. Un taux « plancher » de ponction sur la richesse nationale demanderait d’être restauré, selon les normes définies par l’OTAN, à hauteur de 2,5 % du PIB. Tout ceci résulte, en fait, d’une forme de négation de la spécificité de la défense et des armées. 

Les solutions devront être énergiques ; elles ne sont pas insurmontables. En premier lieu, il s’agit pour la classe politique de se réapproprier les questions de défense en restaurant l’Etat dans son rôle régalien. Cette action passe par une prospective enfin active sur tous les domaines qui mettent en jeu l’avenir de la Nation. 

Ensuite, il faut exiger l’implication des responsables militaires dans l’organisation des armées pour garantir le respect du caractère singulier de l’institution, rendu nécessaire par son rôle exorbitant dans les temps d’épreuve. Cette spécificité impose de restaurer la hiérarchie militaire à la place qui est la sienne sous l’autorité politique et de lui reconnaître sa compétence et sa légitimité dans tous les domaines qui conditionnent l’efficacité opérationnelle des forces. Enfin, l’organisation à finalité opérationnelle des armées devra résulter d’un nouvel équilibre entre les moyens de la dissuasion nucléaire et ceux de l’action conventionnelle quotidienne, entre ceux de la projection de puissance et ceux de la projection de forces, entre les interventions extérieures et les impératifs de sécurité et de défense sur le territoire national. Les choix technologiques devront être arbitrés au regard du besoin réel et de leur impact sur une industrie de défense indispensable à l’exercice de la souveraineté nationale.

Dans le cas de la France, la restauration d’une défense forte est d’autant plus impérieuse qu’il n’existera pas avant longtemps la garantie d’une Europe de la défense en mesure de répondre aux menaces qui montent et qui pèsent sur le continent.

 

Voir le détail de ce dossier : g2s janvier 2014 g2s janvier 2014

 

Voir également :

 * Livre blanc de la défense : le Livre noir du désarmement français  

 * Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale version 2013 : entre continuité subie et flou entretenu. 

 * Livre blanc de la défense : la France prépare les guerres de demain avec des ambitions réduites, par Nathalie Guibert (Le Monde) 

 * Le grand déclassement de l'armée française - La loi de programmation militaire sonne le glas d'une ambition, par Nicolas Baverez (Le Point)  

 * Loi de programmation militaire : L’argument selon lequel la solidarité [interministérielle] paie les OPEX fragilise, en réalité, la LPM. 

 * Extraits du rapport annexé au projet de loi de programmation militaire ayant trait au modèle d'armée de l'horizon 2025

 * Extraits du rapport annexé au projet de loi de programmation militaire ayant trait à la nouvelle stratégie de défense et de sécurité nationale 

 * Extraits du rapport annexé au projet de loi de programmation militaire ayant trait à la politique de ressources humaines du ministère de la défense 

 * Extraits du rapport annexé au projet de loi de programmation militaire ayant trait aux ressources financières du ministère de la défense 

 * Extraits du rapport annexé au projet de loi de programmation militaire ayant trait à la politique industrielle du ministère de la défense  

 * Extraits du rapport annexé au projet de loi de programmation militaire ayant trait à la préparation opérationnelle  

 

 

 

 

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 18:50

Depuis plusieurs années l'avenir de la dissuasion française fait l'objet de débats complexes auxquels la très mauvaise santé des finances publiques redonnent une actualité brûlante.

Les travaux menés actuellement par la commission de la Défense nationale de l'Assemblée nationale laissent accroîre qu'un grand chantier national s'ouvre sur ce sujet délicat.

La commission de la défense de l'Assemblée nationale planche en effet sur l'évolution du contexte stratégique et le rôle de la dissuasion nucléaire.   

Patricia Adam, présidente (PS) de la Commission depuis l'élection de François Hollande explique que l'objectif de cette commission est d'aborder la question de la dissuasion « sous tous ses aspects ». Une forme de réponse aux parlementaires, dont les écologistes, qui s'étaient émus que la dissuasion n'ait pas été débattue lors du vote de la loi de programmation militaire 2014-2019.

Jusqu'au mois de mai la Commission défense va recevoir, militaires, industriels, mais aussi diplomates ou opposants de la société civile. Elle en rendra publiquement compte ensuite.

Le retour de la France dans les structures militaires intégrées de l'OTAN, qui fut suivi d'un positionnement novateur du tout jeune président François Hollande à l'égard du projet antimissiles balistiques de cette organisation (ou plus exactement des Etats-Unis), projet qui condamne de facto la dissuasion nucléaire en en entament la crédibilité opérationnelle, annonçaient un tel revirement de la part des autorités politiques françaises en exercice, quand bien même la nouvelle loi de programmation militaire ne le traduit pas - encore - dans les faits.

Mais une loi, comme toutes les lois, peut toujours faire l'objet d'une révision .....

En sommes-nous vraiment là ?

Nous le saurons très vite !

Voir également : La France doit-elle préserver en l'état sa politique de dissuasion nucléaire ? Ma réponse est OUI !

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 18:23

La commission de la défense de l'Assemblée nationale, qui planche sur l'évolution du contexte stratégique et le rôle de la dissuasion nucléaire a auditionné, mercredi 13 février, les aumôniers militaires en chef des armées.

La démarche est inédite. Il y a trois ans, sous la précédente législature et la présidence du député UMP Guy Tessier, les aumôniers en chef, qui représentent le culte catholique, protestant, juif et musulman dans l'armée, avaient déjà été auditionnés par la Commission défense. Les parlementaires avaient souhaité les entendre sur la place des cultes dans le milieu militaire et en savoir plus sur leurs missions.

Cette fois, le sujet est sorti de leur champ de compétence directe. Patricia Adam, présidente (PS) de la Commission depuis l'élection de François Hollande explique que l'objectif de cette commission est d'aborder la question de la dissuasion « sous tous ses aspects ». Une forme de réponse aux parlementaires, dont les écologistes, qui s'étaient émus que la dissuasion n'ait pas été débattue lors du vote de la loi de programmation militaire 2014-2019.

Jusqu'au mois de mai la Commission défense va recevoir, militaires, industriels, mais aussi diplomates ou opposants de la société civile. Elle en rendra publiquement compte ensuite.

ENTENDRE LA RELIGION À L'ASSEMBLÉE

Les aumôniers militaires avaient leur place dans ce débat, estime Patricia Adam. « Ils sont en contact direct avec ceux qui exercent une mission dans le nucléaire. Parce qu'ils reçoivent beaucoup de paroles, ce sont des témoins précieux. »

Quelques mois après le vote de la loi ouvrant le mariage aux homosexuels, ce genre d'invitation peut aussi servir à faire passer un message ajoute Gwendal Rouillard, secrétaire de la Commission et député PS du Morbihan. « En cette période où les liens peuvent apparaître distendus entre les autorités religieuses et politiques, il était bien de les inviter. »

« L'Assemblée est moins dans le “à bas la calotte” sommaire, et c'est une bonne nouvelle », se réjouit François de Rugy, membre de la Commission défense et co-président du groupe Europe écologie- Les Verts à l'Assemblée.

Car au delà du symbolique, l'enjeu de l'audition était aussi d'en savoir plus sur les arguments des différentes religions. « Le politique n'est pas là pour mettre en oeuvre une morale, mais celle-ci peut éclairer nos choix », ajoute le député « athé ».

 OPPOSITION DE PRINCIPE ET DOCTRINE OFFICIELLE

 D'autant que, les positions des dignitaires religieux rejoignaient celles de son parti. Cette arme qui « tue sans distinction » doit rester « hors-norme » ont rappelé les quatre aumôniers. Cette opposition de principe à la prolifération, va jusqu'à la doctrine officielle pour certains cultes.

Depuis le Concile de Vatican II, en 1965, l'Eglise catholique s'est déclarée contre l'emploi de l'arme nucléaire. Une doctrine édictée au motif que, « tout acte de guerre qui détruit des villes ou des régions entières est un crime contre Dieu et l'Homme lui-même ».

L'Église condamne également tout usage de l'arme nucléaire comme une “menace” a souligné mercredi Mgr Luc Ravel, aumônier en chef du culte catholique. Une position semblable à celle de la Cour de justice internationale, qui ne réfute pas pour autant le principe de la dissuasion.

Si l'Eglise appelle à un « désarmement mondial, multilatéral, progressif et simultané », l'aumônier catholique a affirmé « qu'en l'état du monde d'aujourd'hui, le nucléaire et la dissuasion sont nécessaires. »

Les associations Pax Christie et Justice et Paix (à laquelle sont d'ailleurs associés des protestants), qui prônent un désarment « unilatéral et prophétique » ne sont donc pas sur la même ligne officielle de l'Eglise selon Mgr Ravel.

POSER LA QUESTION DE LA STRATÉGIE DE LA DISSUASION

Chez les protestants, a précisé le pasteur Stéphane Rémy, il n'y a pas non plus d'opinion unique. Mais dans la communauté, la critique à l'encontre de l'arme nucléaire va plus loin. Dès 1983, la Fédération protestante a ainsi exprimé le voeu d'un gel militaire unilatéral.

En 2012, elle avait aussi demandé à ce qu'une réflexion sur la dissuasion nucléaire soit engagée. Le journal protestant Réforme l'a rappelé récemment dans une tribune, qui pose la question de l'utilité stratégique de la dissuasion.

S'il faut discuter de la stratégie de la dissuasion c'est aussi parce qu'elle ne peut rien face au développement du ressentiment et d'un « sentiment de frustration », a souligné Abdelkader Arbi, l'aumônier musulman en faisant référence aux aspirations nucléaires de certains états comme l'Iran.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/02/13/pourquoi-auditionner-des-religieux-sur-la-dissuasion-nucleaire_4365950_823448.html#xtor=AL-32280397

Voir également : La France doit-elle préserver en l'état sa politique de dissuasion nucléaire ? Ma réponse est OUI !

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 10:36

Regards-citoyens.com met à la disposition de ses lecteurs le rapport d'information sur la présence de la France dans une Afrique convoitée fait au nom de la commission des affaires étrangères,  de la défense  et des forces armées par un groupe de travail parlementaire du Sénat à l'automne 2013.

http://www.senat.fr/rap/r13-104/r13-1041.pdf

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 08:15

La Tribune vous propose une série sur les défis de la défense en 2014 en cinq volets. Quatrième volet, les grands changements des hommes au sein du ministère de la défense et à la tête de l'industrie au moment où tout le secteur pourrait être fragilisé par un contexte budgétaire, opérationnel et industriel très difficile.                         

En deux ans, la plupart des têtes du secteur de la défense, aussi bien dans l'industrie que chez les opérationnels, ont ou vont changer. Ce qui pourrait poser un problème de continuité au moment où la difficile loi de programmation militaire (LPM) entre en "service opérationnel" en 2014. C'est Jean-Bernard Lévy nommé PDG de Thales qui avait ouvert le bal fin 2012, suivi très vite en janvier 2013 par Eric Trappier, qui a pris la suite de l'indestructible Charles Edelstenne aux commandes de Dassault Aviation. Puis, le 1er avril, Guillaume Faury a pris le manche d'Eurocopter, renommé aujourd'hui Airbus Helicopters.

Beaucoup de changements en vue en 2014

L'année 2014 va accélérer le mouvement de changements. C'est d'abord l'amiral Guillaud, atteint par la limite d'âge, qui va céder sa place en février de chef d'état-major des armées (CEMA) au profit du général Pierre de Villiers, un terrien de 57 ans. Quant à l'amiral Guillaud, il est prévu qu'il atterrisse en Arabie Saoudite à la tête d'ODAS, une société controversée ces derniers temps dans les milieux de la défense. Elle fait l'interface entre l'Arabie Saoudite et la France pour la signature de contrats d'Etat à Etat. De même le général Ract-Madoux, lui aussi atteint par la limite d'âge, devrait laisser sa place de chef d'état-major de l'armée de terre (CEMAT) cet été. Enfin, le Délégué général pour l'armement (DGA), Laurent Collet-Billon, devrait également partir cette année ... à moins qu'il ne soit prolongé, comme cela est envisagé mais pas assuré.

Après Thales, Dassault Aviation et Airbus Helicopter, ce sera au tour de DCNS de changer de pacha. Le mandat de Patrick Boissier au conseil d'administration s'achève le 21 décembre 2014. Aussi le groupe naval, qui aborde une année cruciale à l'export, pourrait avoir une deuxième partie d'année complètement parasitée, voire paralysée, par la course à la présidence. Ce sera également le cas mais un peu plus tard pour Safran. En avril 2015, Jean-Paul Herteman achève son mandat à la tête de la success-story de Safran. Enfin, le directeur adjoint du cabinet de Jean-Yves Le Drian, Jean-Michel Palagos, qui a été nommé début décembre à la tête de Défense Conseil International (DCI), a succédé à l'amiral François Dupont, atteint par la limite d'âge statutaire.

Des changements nécessaires ?

Dans un contexte très difficile - une LPM compliquée à exécuter, des campagnes exportations cruciales pour les groupes d'armement, des opérations extérieures complexes, une situation financière de la France désastreuse -, ces très nombreux (trop ?) changements ne vont-ils pas paralyser, voire affaiblir, le secteur de la défense dans sa capacité à apporter des réponses rapides dans des situations de crise ou d'extrême urgence. Qui mieux que l'actuel DGA maîtrise le mieux le programme 146 du budget de la défense (Equipements des forces), qui mieux que l'actuel CEMAT comprend le mieux ses hommes sur le terrain  en Centrafrique, au Mali et en Afghanistan.

"Les clients aiment la continuité", rappelle-t-on à La Tribune. C'est certainement le cas chez DCNS, qui est aujourd'hui engagé dans de très nombreuses campagnes commerciales et qui a été l'un des groupes les plus performants à l'exportation (Brésil, Malaisie...) en dépit du dernier échec à Singapour. D'une façon générale, alors que les exportations se sont redressées en 2013 (6,3 milliards d'euros), pourquoi faudrait-il encore tout changer ?

 

Lire ou relire les trois premiers volets de notre série :

Les défis de la défense en 2014 (1/5) : une loi de programmation militaire déjà sous pression

Les défis de la défense en 2014 (2/5) : l'export de plus en plus cruciale pour l'industrie d'armement

Les défis de la défense en 2014 (3/5) : les dossiers industriels vont-ils rester au frigo?

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 17:39

  C'est un communiqué qui l'a confirmé, vendredi 10 janvier à midi, à l'issue de deux jours d'intenses discussions à N'Djamena : le président de transition centrafricain Michel Djotodia, et son premier ministre Nicolas Tiangaye, ont démissionné. Ainsi s'achève le sommet extraordinaire de la Communauté des Etats d'Afrique centrale convoqué par Idriss Déby dans la capitale tchadienne pour tenter de sortir de la crise.

Ce fut un bien mauvais réveillon 2013 que celui passé par Michel Djotodia, le président de transition en Centrafrique. Dans la nuit du 31 décembre, des heurts menacent le camp De Roux où il est retranché à Bangui, et l'ex-rebelle de la Séléka a appelé la force française Sangaris à l'aide. Mais le 1er janvier à 1000 km de là, son sort politique est scellé d'une autre manière. Dans la capitale du Tchad, le président Idriss Déby reçoit Jean-Yves le Drian, le ministre de la défense français.

Car Sangaris est engluée à Bangui, dans une situation toujours explosive un mois après son déploiement. Le grand voisin tchadien de la Centrafrique, lui, voit que la transition politique définie début 2013 sous l'égide de l'organisation qu'il préside, la CEEAC, est dans l'impasse. A Bangui, ses soldats ont bien commencé à patrouiller avec les Français mais ils sont accusés d'exactions. Ses ressortissants sont la cible des violences ; 12 000 ont déjà fui, dont 3 000 dans des avions français.

Regarder l'infographie interactive Pourquoi la France intervient en Centrafrique

 

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Ce soir du 1er janvier, au Palais rose, les deux hommes se mettent d'accord sur le principe d'un départ prochain de Michel Djotodia. Il faut désarmer sans délai les milices centrafricaines ex-Séléka et anti-Balaka – « dix jours ! », dit Déby. Or Michel Djotodia, l'homme de N'Djamena, en est incapable, qui ne contrôle plus les ex-Séléka. « Le constat partagé est que l'exécutif centrafricain ne peut plus rien et qu'il faut une initiative pour éviter le chaos », relate sur place une source française. Mais le chaos est déjà bien installé, et le pari fait par la France en retirant le seul interlocuteur identifié par la communauté internationale est hautement risqué : quelle peut être l'alternative ?

« NOUVEAU SUD-SOUDAN »

Quelques heures plus tôt, dans ses vœux télévisés, le président Déby a lâché publiquement M. Djotodia. « Nous [sommes] profondément choqués par les fausses accusations contre notre pays l'accusant de soutenir la Séléka. Je défie quiconque d'être capable de  fournir à l'opinion internationale la preuve de ces allégations. »

Les menaces répétées venant de l'entourage de Djotodia sur une possible partition du nord de la RCA auraient achevé de convaincre Idriss Déby d'appuyer Paris dans cette démarche. « Un nouveau Sud-Soudan à sa porte, c'est le cauchemar pour lui », ajoute un diplomate. « Nous n'avons pas d'autre agenda que de  rétablir la paix et la sécurité, quand la case de votre voisin brûle, la flamme peut atteindre la vôtre. Nous craignons le terrorisme », précise au Monde un porte-parole de la présidence tchadienne. D'autres contreparties ont été échangées avec le principal partenaire militaire de la France en Afrique.

En ce jour de l'An, si l'objectif paraît clair, la méthode pour y parvenir ne l'est pas encore. « Il ne faut pas que l'Occident se trompe d'analyse, ce n'est pas parce que Djotodia est musulman qu'il faut le combattre ; ce régime a une feuille de route, il faut l'aider pour que les choses évoluent », indiquait-on aussi à la présidence tchadienne.

Le chef de l'Etat tchadien et le ministre français calent un deuxième rendez-vous pour le surlendemain. Le 2 janvier, M. Le Drian doit s'envoler pour Bangui voir la force française ; il snobera M. Djotodia qui a demandé à plusieurs reprises de le voir. Dans la même journée, avant de revenir à Ndjamena, il consultera les deux autres grands acteurs de la région, le Congolais Sassou N'Guesso à Brazzaville, puis le Gabonais Ali Bongo à Libreville.

« Déby a lâché Djotodia depuis longtemps », assurait une source diplomatique française au début de ce marathon régional. Jean-Yves Le Drian a dit sa confiance en Idriss Déby, son allié militaire qualifié de « parfait » au  Mali, où il a payé le prix du sang au bénéfice de l'opération Serval. Ensemble, ils ont abordé la question centrafricaine dès le 14 décembre 2013 à N'Djamena. Le président tchadien avait alors fait part de ses doutes sur les capacités de Michel Djotodia à  contrôler la coalition Séléka. Et passé un message clair aux Français : les ex-Séléka non-Centrafricains, mercenaires soudanais et tchadiens, devront quitter la RCA.

Ce jour-là, dans leur tête-à-tête, les deux hommes ont échangé leur numéro de portable ; ils se parlent presque quotidiennement depuis. A Paris, François Hollande a vu très vite que l'opération « coup de poing » promise à Bangui allait durer, et validé ainsi, avant Noël, l'idée d'une initiative française pour sortir du piège centrafricain. Contrairement aux plans initiaux, Sangaris demeure « scotchée » dans la capitale. Une situation qui permet aux ex-Séléka, même divisés, de garder la main sur le pays. Les miliciens en contrôlent toutes les ressources : les péages routiers en provenance des pays voisins, le pétrole au nord, les diamants au centre.

PARER UN EMBRASEMENT LIÉ AU CHANGEMENT DE RÉGIME

Le 2 janvier, à 14 heures, le Falcon français se pose à Brazzaville. Le président Sassou N'Guesso est tout autant le médiateur de la crise centrafricaine, où il a envoyé des soldats, que le financeur de ce qui reste d'administration à Bangui. Le ministre de la défense ne laisse rien transparaître, mais il sort conforté de ses deux heures d'entretien. Même convergence qu'à N'Djamena, disent les Français. Face à l'impasse de la transition politique, le président congolais a commencé les consultations avec les acteurs de la RCA pour une alternative. Le contingent congolais de la Misca a lui aussi subi des pertes. Des Centrafricains se réfugient au Congo. L'idée d'une réunion d'urgence des chefs d'Etat de la région se précise.

A 17h30, le marathon se poursuit à Libreville. C'est dans la capitale gabonaise qu'avait été signé l'accord de début 2013 instituant un « gouvernement d'union nationale » à Bangui. Ali Bongo a déployé un contingent important – 600 hommes – dans la Misca. A Libreville, le camp De-Gaulle, avec ses mille hommes, constitue aussi le principal réservoir de forces françaises pour la RCA. Le président Bongo donne lui aussi son accord pour une conférence régionale.

Quand la délégation française rejoint N'Djamena, le soir venu, un autre « hôte » est en ville, que la force Sangaris a vu rapidement embarquer sur le tarmac de Bangui. Michel Djotodia, venu avec une dizaine de proches, a été convoqué par Idriss Déby.

Au Palais rose, le 3 janvier au matin, la boucle est bouclée. Démission de Michel Djotodia, nouvelles équipes de transition, désarmement des deux groupes ex-Séléka et anti-Balaka, départ des mercenaires soudanais et tchadiens : Idriss Déby et Jean-Yves Le Drian précisent les termes de leur accord, qui semble clair. Le président tchadien va convoquer, jeudi 9 et vendredi 10 janvier, une réunion extraordinaire de la CEEAC, à laquelle il demande au ministre français d'envoyer un émissaire. A sa demande, Paris lui assure que Sangaris restera à Bangui « avec les moyens nécessaires » pour parer un embrasement lié au changement de régime. S'il le faut, la force sera renforcée, même s'il n'en est pas question officiellement.

Le ministre achève ce jour-là sa tournée africaine à Faya-Largeau, petite base du nord du Tchad appelée à rester un point d'appui pour les Français dans le cadre de la lutte contre le terrorisme au Sahel. Mais cette dernière visite sera écourtée, comme le xeek-end breton de Jean-Yves Le Drian. L'Elysée le convoque pour 20 heures, avec son homologue des affaires étrangères Laurent Fabius. Il faut aller encore plus vite, décide François Hollande. Une nouvelle rencontre a lieu à l'Elysée samedi, en tête-à-tête. Les scénarios militaires de l'après-Djotodia sont calés pour Sangaris. Au risque qu'un vide en remplace un autre.

Source : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2014/01/10/centrafrique-comment-paris-a-precipite-la-fin-de-michel-djotodia_4345567_3212.html#xtor=AL-32280397

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 11:19

Dans un article publié dans l'édition du quotidien Le Monde en date du 6 mars 2009 sous le titre « La France dans l'Otan : le choix de la responsabilité », l'ancien secrétaire général de l'Elysée et ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine s'oppose à la décision du Président de la République de faire revenir la France dans le commandement militaire de l'Otan.

Cherchant à contribuer à nourrir le débat ouvert en France à cet égard de points de vue aussi éclairés que contradictoires, je propose au lecteur d'en prendre connaissance ci-après.

" Le président Sarkozy veut que la France réintègre le commandement intégré de l'OTAN, trente-trois ans après que le général de Gaulle s'est résolu à en sortir. Il l'avait annoncé à l'été 2007. Il s'apprêterait à le confirmer début avril. On nous donne comme explication : en 1966, c'était la guerre froide, tout a changé. Mais cela n'a pas de rapport. Ou alors c'est l'existence même de l'OTAN qui devrait être remise en cause.

De Gaulle avait pris cette décision après huit années de demandes infructueuses auprès des Américains pour que les alliés européens puissent se faire entendre au sein de l'Alliance, et pour ne pas cautionner la nouvelle et dangereuse stratégie nucléaire de "riposte graduée". Par la suite, tous ses successeurs, de droite comme de gauche, ont respecté cette décision stratégique devenue la pierre de touche de la politique étrangère et de défense de la France.

Cette position originale au sein de l'Alliance faisait l'objet d'un large consensus dans l'opinion française. Elle était depuis longtemps admise des Américains, d'autant qu'elle n'avait pas fait obstacle à l'adoption d'arrangements pratiques pour la coopération entre la France et l'OTAN et même à l'engagement de la France chaque fois qu'elle le décidait, comme on l'a vu sur divers théâtres.

Alors pourquoi cette rupture ? On nous dit qu'elle va permettre à la fois de débloquer la défense européenne et d'"européaniser l'Alliance", et que nous aurons plus d'influence. Peut-on croire que la concrétisation de la défense européenne se soit ainsi seulement heurtée à la méfiance de nos partenaires européens envers les arrière-pensées de la France, et qu'il suffirait de les rassurer ? A aucun moment les Européens n'ont manifesté d'appétence pour une défense vraiment européenne. Ils ne veulent pas consacrer plus de crédits à la défense. Ils ne veulent pas faire double emploi avec l'OTAN.

Ils ne veulent pas assurer des responsabilités trop risquées. Ils se cantonnent, sous le label de "défense européenne", à des actions périphériques ou secondaires menées comme une sous-traitance. Soit un classique partage du fardeau. Ils ne veulent pas irriter le Pentagone (qui déjà, au moment du Kosovo, avait détesté l'obligation de consultations entre alliés).

Si la méfiance antifrançaise avait été autre chose qu'un prétexte, elle aurait été dissipée après le sommet de Saint-Malo il y a plus de dix ans, et un état major autonome pour concevoir et mettre en oeuvre la PESD aurait déjà vu le jour... Gageons que notre changement n'y changera rien. Ces avancées de la défense européenne nous ont déjà été présentées en dix mois comme une condition préalable, puis comme une démarche parallèle et maintenant comme une conséquence espérée de notre réintégration. Demain comme un regret ? Ou comme un leurre ? La défense européenne avançant sur deux pieds - l'OTAN et l'UE - évoque le mythique dahu !

Mais on met également en avant l'européanisation de l'Alliance qui découlerait de l'obtention de postes importants pour des Français dans la hiérarchie de l'OTAN, comme Jacques Chirac l'avait tenté en 1995-1997 avant de constater son échec et que le gouvernement Jospin ne stoppe cette tentative. On parle pour la France de commandements de moyenne importance à Norfolk et à Lisbonne. Mais de toute façon est-ce que la nationalité des officiers qui reçoivent et transmettent les instructions du Pentagone a de l'importance, sans changement radical des modes de décision au sein de l'Alliance, ce que rien ne permet d'espérer, même aujourd'hui ?

Ce n'est pas parce que cette réintégration, conçue sous Georges Bush, prendrait effet sous le charismatique Obama, que les réalités transatlantiques disparaîtraient. L'administration américaine actuelle est plus aimable, mais a-t-elle une autre conception de l'Alliance ? Rien ne l'indique. Quant à l'influence accrue, on n'aurait aucun mal à citer un exemple d'influence qu'aurait exercée de l'intérieur un allié dans l'Alliance du fait de sa complète intégration. Notons enfin que même les plus ardents défenseurs de ce revirement n'osent mettre en avant les éventuels avantages industriels pour notre pays compte tenu des rapports de force évidents. Les militaires eux-mêmes seraient partagés en ce qui concerne les avantages et les inconvénients de l'opération.

L'européanisation, la création d'un pilier européen de l'Alliance, ce serait tout autre chose : la création d'un vrai "caucus européen" au sein de l'Alliance. C'est en son sein, avant de discuter avec les Américains, que nous devrions examiner s'il est raisonnable de continuer d'élargir l'Alliance (c'est un sujet très sérieux : l'engagement de l'article 5 est contraignant), comme de ne plus fixer aucune limite géographique à ses interventions. Est-il acceptable d'assister impuissants au développement d'une stratégie de bouclier peu cohérente ?

Tout cela est dangereux et, jusqu'ici, nous n'avons eu aucun poids dans les décisions. Si les Européens obtenaient, du fait du retour de la France, de pouvoir parler dans l'Alliance, et décider en partenariat avec Washington de l'Afghanistan, de la Géorgie, de l'Ukraine, du bouclier, du désarmement stratégique, de la Russie etc., alors oui, cela serait une alliance nouvelle, à deux piliers. Les autorités françaises ont-elles une aussi grande ambition ? Croient-elles vraiment qu'elles auront plus de poids pour une telle révolution après s'être réintégrées ? Les avantages sont donc incertains et problématiques. Les inconvénients politiques sont évidents : envoyer au monde un signal de réalignement de la France, qui sera politiquement interprété comme tel, avec le déclassement et les risques qui en résulteront. On nous dit : c'est symbolique puisque nous sommes déjà presque entièrement intégrés !

Eh bien oui, c'est symbolique, symbolique d'une volonté de normalisation qui, une fois la décision mise en oeuvre, développerait par un effet d'engrenage tous ses effets. Il semble bien que la décision soit fondée sur des considérations idéologiques, atlantistes ou occidentalistes, comme on voudra : mettre fin à une "anomalie" au sein de la famille occidentale. On peut souhaiter autre chose pour la France. Il est encore temps d'en débattre.
"

 

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 18:06

Les conflits et crises civiles se multiplient en Afrique subsaharienne (voir la carte interactive de cette région Carte interactive de l'Afrique subsaharienne (luventicus.org) ) !

Hier, la Côte d'Ivoire, la République démocratique du Congo, le Nigéria,le Soudan, la Corne de l'Afrique, puis le Mali et aujourd'hui la Centrafrique, le Sud Soudan et à nouveau la République démocratique du Congo, ....

Autant de crises que d'Etats faillis et de catastrophes humanitaires, malgré les "stratégies' et les "missions " de maintien de la paix, d'aide au développement, d'assistance à la sécurité, de lutte contre le terrorisme et les trafics en tous genres, d'aide humanitaire, et surtout de soutien à des régimes fantoches que l'on s'emploie à faire tomber en portant sans aucun scrupule assistance à des "forces alternatives" !

L'Union africaine fait chaque jour la démonstration de son impuissance ! Comme l'ONU dont les résolutions ne produisent aucun résultat sur le terrain ! Comme l'Union européenne qui se targue d'être le premier pourvoyeur d'assistance au développement du monde, notamment en Afrique !

Dans quoi la France s'est-elle engagée depuis sa désastreuse aventure lybienne ? 

Tous les sépcialistes sérieux de cette partie importante de l'Afrique savait le rôle crucial joué par la stratégie africaine de Med Khadafi pour le maintien d'une stabilité et d'une sécurité, certes toutes relatives, mais qui permettait aux occidentaux et aux autres acteurs exogènes de la région de faire leurs petits marchés .....  La France, et ses partenaires anglais, qatari et américains, n'ont pas à se glorifier d'avoir mis à terre le régime lybien d'alors lorsque l'on voit se réaliser au sud du Sahara ce que l'on pouvait prévoir quand on ne se mettait pas des oeillères ! L'Histoirr révèlera un jour les véritables motivations de cette épopée peu glorieuse dont les effets sont réellement catastrophiques pour l'Afrique !

Comment la France va-t-elle pouvoir poursuivre ses interventions sans un concours plus effectif, et surtout plus efficace, de la communauté internationale ?

Ses dirigeants et "stratèges" ont-ils vraiment mesuré et anticipé les impacts sur sa capcité d'intervention et de résolution des crises de la régionalisation inévitable de ces conflits et crises civiles alors même qu'ils se présentent comme le héraut de cette zone où la préservation de ses intérêts nationaux semblent l'emporter très clairement sur les enjeux d'émancipation, de pacification et de démocratisation des Etats subafricains en cause ?

Il est permis d'en douter sérieusement !

Et ce ne sont pas les conclusions du Conseil européen du 19 décembre dernier qui vont nous rassurer sur sa capacité à fédérer autour d'elle ses partenaires européens pour l'assister dans son exercice périlleux d'équilibriste unijambiste !

Dans ces domaines autant que d'en d'autres (cf.à cet égard Modernisation de l'action publique : 12 nouvelles évaluations en 2014 ), la nécessité d'une évaluation sérieuse de l'action de l'Etat est irréfutable !

Voir également : L'opération «Sangaris» en terrain très miné, par Adrien Aulmes (Le Figaro.fr)  

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 17:47

Trois semaines après le début de l'opération française «Sangaris» en Centrafrique, la crise a pris en quelques semaines un tour inquiétant.

Avec son nom de papillon, son mandat de l'ONU, une force multinationale africaine en première ligne, et une communication soigneusement préparée, l'intervention française en Centrafrique devait être un modèle du genre: sécurisation, désarmement des parties, transition politique. Trois semaines après le début de l'opération «Sangaris», rien ne s'est passé comme prévu: les troupes françaises sont au cœur d'une situation quasi inextricable qui menace à tout moment de dégénérer, dans une ville pleine d'armes et de haine, et leur présence cristallise la colère des uns et des autres.

Les ex-Séléka, les miliciens du Nord, les accusent de vouloir les laisser désarmés face à la vengeance populaire, eux et leurs coreligionnaires musulmans. La majorité non musulmane, qui attendait de la France qu'elle renverse le président Djotodia et chasse les ex-Séléka détestés, reproche à présent à la France de les maintenir en place. Pour tout compliquer, des contingents de la force panafricaine prennent parti pour un camp ou pour l'autre, allant jusqu'à échanger des coups de feu entre eux.

Dès sa conception, la mission «Sangaris» repose sur un volet politique fragile, basé sur des accords caducs signés avant un changement majeur: depuis mars 2013, les rebelles de la Séléka sont devenus les maîtres de Bangui et Michel Djotodia président d'un régime détesté par la majorité de la population. La véritable mission est donc de désarmer ces conquérants, et de les faire abandonner poliment le pouvoir qu'ils ont conquis. Très séduisante sur les rives de la Seine ou de l'Hudson, l'idée est un peu moins convaincante sur celles de l'Oubangui.

Mille morts qui pèsent lourd

Ce plan n'a pas non plus tenu grand compte d'une réalité qui se transforme rapidement. La brutalité de la Séléka vis-à-vis de la population a vidé les campagnes, et suscité une jacquerie, celle des Anti-Balaka, qui sème à son tour la terreur chez les musulmans. Le conflit, politique à l'origine, se transforme à grande vitesse en guerre interconfessionnelle, beaucoup plus difficile à enrayer, comme on l'a vu en Irak ou ailleurs.

Le plan a aussi le tort de sous-estimer les adversaires potentiels. Les ex-Séléka sont des guérilleros sans instruction ni armes lourdes, mais ils sont déterminés, expérimentés, et conscients de se battre pour leur propre défense. Leurs ennemis Anti-Balaka sont pauvres et mal armés, mais néanmoins capables d'initiatives et de surprises. Notamment de prendre de vitesse la diplomatie internationale: le 5 décembre, jour du vote de l'ONU, l'attaque des Anti-Balaka sur Bangui modifie de fond en comble le contexte de l'intervention française. Si cette attaque échoue, elle déclenche une terrible répression de l'ex-Séléka dans les quartiers populaires de Bangui. À part quelques missions de protection de ressortissants, les troupes françaises n'interviennent pas: depuis Paris, les ordres sont d'attendre le mandat de New York.

Lorsque la résolution est adoptée le même soir, les rues de Bangui sont jonchées de cadavres et le cycle de la guerre confessionnelle est enclenché. Ce millier de morts pèsera lourd sur la suite des opérations. Au lieu de pouvoir utiliser Bangui comme base arrière et se déployer en province comme c'était prévu initialement, les soldats français vont devoir agir dans l'urgence dans la capitale, pour tenir à l'écart des communautés qui s'affrontent. Tout le processus politique est par terre. La population ulcérée exige le départ immédiat de Djotodia et des ex-Séléka, mais aussi de tous les musulmans. Les exactions des ex-Séléka ont creusé un fossé infranchissable. Eux et leurs familles, mais aussi la minorité musulmane, ne sont plus que des étrangers en sursis, entourés de la haine populaire.

Des risques de vengeances sanglantes

Malgré ces changements, le discours français continue de s'accrocher au plan initial. Organisée depuis Paris, la communication reste indifférente à la réalité du terrain: alors que les massacres se déroulent dans les ruelles, on compte sur l'effet psychologique des avions volant à basse altitude pour «sidérer» les adversaires. On accuse les médias, comme en Afghanistan et en Irak, de noircir la situation, voire de défaitisme, à la moindre image ou ligne déviant du scénario. On verrouille toutes les informations en provenance du terrain, laissant ainsi la place à toutes les rumeurs.

Pendant ce temps, l'ambassadeur de France à Bangui, personnage clef du dispositif, est remplacé au beau milieu de cette semaine folle, ainsi qu'un autre diplomate important. Hollande annonce que Djotodia doit partir, avant que Jean-Yves Le Drian et Laurent Fabius ne disent l'inverse. La mort de deux paras trois jours après le début des opérations fait encore changer de posture les forces françaises, renforçant la détermination des uns et des autres à pousser leur avantage. Et les visites officielles se succèdent, Hollande d'abord, Le Drian quelques jours plus tard, augmentant le fardeau opérationnel des unités débordées.

Les événements n'ont fait depuis que suivre cette pente. Anti-Balaka qui campent dans les faubourgs, ex-Séléka qui n'attendent que l'occasion d'en découdre, forces d'interposition tchadiennes et burundaises qui en viennent aux armes, populations rêvant de vengeances sanglantes, la crise centrafricaine a pris en quelques semaines un tour inquiétant. Elle peut receler encore des mauvaises surprises. Et ses conséquences, quelles qu'elles soient, seront désormais imputées à la France.

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2013/12/25/01003-20131225ARTFIG00100-l-operation-sangaris-en-terrain-tres-mine.php

Voir également : Les conflits et crises civiles se multiplient en Afrique subsaharienne ! Dans quoi la France s'est-elle engagée depuis sa désastreuse aventure lybienne ?

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 16:04

La France est-elle enlisée dans le bourbier centrafricain ?

En Centrafrique, la confusion règne. Tirs d’origine indéterminée, parfois entre forces africaines de pacification elles-mêmes, panique de la population : l’armée française fait face à une situation qui risque à tout moment de dégénérer.                   

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Trois semaines après le début de l'opération Sangaris en Centrafrique, la plus grande confusion règne sur le terrain. Les anti-balakas (milices d’autodéfense chrétiennes) affrontent toujours les membres de l’ex-rébellion Séléka (musulmans). Et des contingents de la force africaine d'interposition prennent parti pour un camp ou pour l'autre, allant jusqu'à échanger des coups de feu entre eux.

Vincent Desportes, général de division dans l'armée française jusqu'à 2010, est l'un des seuls membres de l'armée à oser parler de façon très directe. Pour francetv info, il met en perspective les derniers évènements et prévient : "Nous sommes au début d’une opération qui va durer longtemps."

Quelle est à vos yeux la situation en Centrafrique ?

Vincent Desportes : Il est clair que nous sommes dans une situation très difficile. La confusion règne. On sécurise quelque part et le feu reprend ailleurs. La France n’est pas arrivée au résultat espéré quand cette opération a commencé le 5 décembre dernier.

En marge de la guerre confessionnelle qui oppose ex-rebelles de la Séléka et anti-balakas, ce sont maintenant les composantes de la force africaine qui semblent se combattre entre elles. Cinq militaires tchadiens ont été tués dans des circonstances très imprécises...

Les nations qui sont intervenues jusqu’à présent sont voisines de la Centrafrique. Ils ont un intérêt certain à stabiliser le pays. Mais d'aucuns sont loin d'être impartiaux. Le Tchad tend à privilégier les musulmans, tandis que le Burundi soutient plutôt les chrétiens.

Il y a deux logiques en présence. D’un côté, des forces qui n’ont pas d’intérêt direct dans la situation sur laquelle ils interviennent, et c’est le cas de la France. De l’autre, il y a les pays voisins qui sont connectés avec tout ce qui se passe en Centrafrique. C’est cette contradiction que nous vivons en ce moment même.

Trois semaines après son démarrage, l’opération Sangaris semble aux prises avec d’énormes difficultés. Que peuvent encore faire les soldats français pour sortir de ce qui devient inextricable ?

La difficulté majeure est que l’une des missions des Français était de restructurer la Misca (Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique sous conduite Africaine), actuellement forte de 4 000 hommes. Il s’agissait d’en faire une force opérationnelle qui aurait été appuyée par les Français pour stabiliser et pacifier la Centrafrique. Or, on voit bien que cette force n’est absolument pas opérationnelle. Il n’y a donc qu’une seule vraie force sur le terrain : l'armée française, avec 1 600 hommes. C’est notoirement insuffisant pour assumer tout ce qu’il y a à faire. Une partie de ce contingent doit s’occuper de la sécurisation de l’aéroport. Une autre partie est en ce moment dans le nord-ouest du pays qui est une autre zone instable. Donc à Bangui, il ne reste que quelques centaines d’hommes et ce n’est rien pour une ville d’un million d’habitants. Une ville africaine avec ses dédales, très délicate à patrouiller, à sécuriser. La France n’a donc que deux solutions : soit se retirer ; soit renforcer son contingent. Comme la première option est évidemment impensable, il n’y a pas d’autre solution que d’augmenter notre présence.

Mais jusqu’où et pour combien de temps ? N’est-ce pas là justement, le piège tendu à la France ?

Il y a actuellement 1 600 Français présents en Centrafrique. Je pense qu’il faudrait entre 5 000 et 6 000 hommes et cela dans la durée, un an voire deux ans. Or, il y a une contradiction extrême entre la politique d’intervention française qui est absolument justifiée et les choix qui sont faits en matière de défense. A travers la dernière loi de programmation, on est en train de casser les capacités d’action de la France, en particulier en termes d’action terrestre. Cette guerre-là ne se fait pas avec des drones ou des avions mais au sol, quartier par quartier, maison par maison. Il faut donc des effectifs. Nous sommes presque arrivés au moment où nous ne serons plus capables de faire ce genre d’opération. Cette contradiction entre politique extérieure et choix de défense me rappelle la troisième République, et cela me paraît assez dangereux.

Pour vous, la France est-elle bien confrontée à un risque d’enlisement en Centrafrique ?

Nous sommes au début d’une opération qui va durer longtemps. Les Français sont impatients, poussés qu’ils sont aussi par les médias. Est-ce un bourbier, un piège pour la France ? Je réponds, non. C’est une opération difficile, délicate, qui demande beaucoup d’intelligence de la situation. Mais nous avons une bonne armée. Il est beaucoup trop tôt pour dire que nous sommes enfermés dans un piège. On parle souvent de la Libye. Ce serait l’exemple d’une opération réussie. Mais regardez dans quel état est ce pays. En Centrafrique, nous sommes engagés dans une guerre où le temps des militaires n’est pas celui de l’opinion publique.

Source : http://www.francetvinfo.fr/monde/centrafrique/la-france-est-elle-enlisee-dans-le-bourbier-centrafricain_491458.htmlA

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