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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 11:17

Assainir les finances publiques est indispensable ! 

Réduire les dépenses de l'Etat est une condition nécessaire de cet assainissement !

Conformément à ce qui a motivé la révision générale des politiques publiques (RGPP), réduire les effectifs de l'appareil d'Etat semble être la voie retenue là où les résistances sont les moins fortes : le ministère de la Défense est particulièrement frappé à cet égard, depuis la dernière loi de programmation militaire ... Et de nouvelles coupes budgétaires sont à prévoir qui aggraveront encore davantage la détérioration de notre outil de défense !

Après avoir transformé l'organisation de notre système de défense au niveau des armées (création des bases de défense, interarmisation accrue, fermetures de sites opérationnels, etc.), l'heure est à la réduction drastique des effectifs civils, principalemement des effectifs contractuels, de ce ministère régalien, sans qu'aient été anticipées et programmées les mesures d'accompagnement indispensables !

Le minimum que l'on attend d'un département ministériel contraint de procéder à de telles réductions de personnels est qu'il respecte le plus scrupuleusement possible le droit du travail et les droits sociaux en s'attachant à ce que chaque personnel touché, ou susceptible d'être touché, soit non seulement tenu informé de ses droits et des mesures d'incitation au départ dont il peut bénéficier dans le cadre de cette restructuration d'envergure, mais, surtout, soit protégé contre les tentations - les tentatives et les manifestations - de pressions et de harcèlement qui peuvent parfois survenir ici et là ! Y compris des formes de harcèlement insidieux que constituent les absences de réponses aux questions posées aux gestionnaires des ressources humaines ou encore des amputations sur salaires non conformes au droit.

Le nombre de maladies professionnelles, de ''burn out'', de tentatives de suicides, et pis, encore de suicides que l'on déplore depuis plusieurs années au sein de ce ministère mériteraient qu'on y accorde beaucoup plus d'intérêt et qu'on y réponde de manière beaucoup plus humaine et efficace que de créer des comités machins et des réunions trucs !

La première des exigences est d'affecter dans les services en charge de la gestion et de la rémunération des personnels ainsi qu'à la tête des entités administratives des personnels compétents et soucieux de la santé des personnels autant que du respect le plus scrupuleux des textes et des lois ! Ce n'est pas le cas aujourd'hui partout, loin s'en faut ! Hélas !

Monsieur le ministre Le Drian est un homme suffisamment sensible à la dimension humaine de la fonction militaire et de l'exercice du service de l'Etat pour que l'on puisse espérer, qu'àprès le plan de mesures qu'il vient de prendre - et de présenter à la presse - pour mettre un terme aux harcèlements au sein du ministère placé sous son autorité, il s'emploie à traiter ce dossier central avant que son mandat prenne fin !

 

 

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 14:41

La course aux hectares agricoles gagne la France. Si l’arrivée de capitaux étrangers, russes dans le vin ou chinois pour le lait, a été médiatisée, d’autres phénomènes inquiètent. L’étalement urbain et la concentration sans précédent des terres cultivables aux mains de grosses exploitations participent à la disparition des paysans. Alors que l’opacité règne sur les transactions foncières, la logique financière se répand. Des holdings contrôleront-elles demain les campagnes françaises ? La loi d’avenir agricole examinée à partir du 9 avril au Sénat devrait permettre une plus grande régulation du marché foncier. Enquête.

Des capitaux russes intéressés par des vignobles réputés, des fonds de pension belges attirés par les grandes cultures céréalières, des investisseurs chinois dans le lait... Une « course aux hectares agricoles » semble avoir démarré. Alors que les terres cultivables risquent de se faire rares, « il va y avoir une concurrence importante sur la production agricole », pronostique Robert Levesque de la Fédération nationale des Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural, qui regroupe les 26 Safer qui couvrent le territoire, des structures d’intérêt général en charge de l’aménagement de l’espace rural [1]« Ces fonds cherchent à maitriser les exploitations qui produisent les biens agricoles. »

50% des terres cultivées aux mains de 10% des exploitants

Certaines acquisitions de vignobles ont été très médiatisées, comme le domaine de Gevrey-Chambertin en Bourgogne vendu 8 millions d’euros à un homme d’affaires chinois en août 2012. Suivi trois mois plus tard par la vente du Château Meunier Saint-Louis en Languedoc-Roussillon. Une transaction réalisée « avec l’apport de capitaux russes »indique Jean-Jacques Mathieu de la Confédération paysanne de l’Aude. La France échappera-t-elle aux phénomènes d’accaparement de terres qui se multiplient en Afrique, en Amérique latine ou en Europe de l’Est ?

Le phénomène demeure pour l’heure anecdotique, du moins en apparence. Le marché foncier rural attire encore peu les investisseurs étrangers, impliqués dans moins de 1 % des transactions en 2011, soit 6 000 hectares environ, selon une étuded’Agrifrance [2]. Mais ces nouveaux acteurs financiers convoitant un « capital foncier » arrivent alors que la concentration des terres en France est déjà bien avancée. La moitié de la surface agricole utile est aujourd’hui exploitée... par 10 % des plus grandes exploitations, indique le dernier recensement agricole [3]. Soit à peine 50 000 exploitations. Ce sont ces exploitations et les sociétés qui les gèrent qui intéressent aujourd’hui de nouveaux investisseurs, exclusivement financiers ou venant de l’agro-industrie.

Du lait contre des emplois : le deal chinois

Emblématique de l’arrivée de capitaux étrangers dans l’agriculture française, l’entreprise chinoise Synutra, deuxième groupe dans le secteur de la nutrition infantile du pays, a posé début janvier la première pierre de sa future usine de fabrication de poudre de lait à Carhaix (Finistère). L’enjeu ? « Sécuriser ses approvisionnements et garantir la qualité de ses produits »explique le PDG de Synutra France. Suite à plusieurs scandales en Chine où du lait en poudre pour bébé a été coupé à la mélamine [4], cette implantation en France permet à Synutra de redorer son image de marque, d’assurer la traçabilité de son lait et la production de volumes importants. 280 millions de litres de lait par an devront être fournis par 700 éleveurs bretons adhérents de la coopérative Sodiaal. À terme, la création de 260 emplois sont annoncés dans l’usine de transformation.

Ce projet arrive à point nommé pour Carhaix. La société Entremont, rachetée par Sodiaal en 2010, possède dans cette commune une tour de séchage construite pour faire face aux surplus laitiers des années 1970. Obsolète, elle doit fermer en 2015. Synutra s’est engagé à reprendre les 90 salariés. Moyennant un investissement de 100 millions d’euros porté à 90 % par l’agro-industriel Synutra et à 10 % par Sodiaal, l’usine pourrait être opérationnelle en 2015, l’année où seront abolis les quotas laitiers européens. « Nous sommes plutôt favorable au projet car c’est un investissement pour valoriser notre lait. Cela permettra d’être plus efficace face aux aléas des prix du marché », réagit Pascal Prigent du syndicat agricole FDSEA,interrogé par Transrural Initiatives.

Le riz de Camargue attire des financiers

Malgré la promesse d’un prix d’achat du lait intéressant, les éleveurs n’ont aucune idée de la nature du contrat signé entre Sodiaal et Synutra. « Nous aurions préféré une consultation de la filière locale en amont du projet afin de garder la maîtrise de l’outil de transformation », admet Pascal Prigent. Ces stratégies d’approvisionnements en France par la Chine mettent en exergue des faiblesses dans l’organisation économique des filières. Pour la Confédération paysanne, ce type de projets encourage un modèle de production laitière aux visées exportatrices, qui favorise encore plus la concentration des exploitations et des systèmes d’élevage très dépendants du maïs et du soja importés. Bien loin d’un système autonome avec un maximum de valeur ajoutée créée sur le territoire.

Bien plus au Sud, en Camargue, la filière rizicole est touchée par un autre phénomène : la présence d’ « exploitations agricoles de firme », selon les termes du sociologue François Purseigle [5]. Ces exploitations, qui peuvent avoisiner le millier d’hectares, « sont caractérisées par une gouvernance de type actionnarial, une logique strictement financière et une délégation totale de la gestion »« Les gens qui investissent misent sur le fait que le foncier ne cessera d’augmenter : c’est du gagnant-gagnant à long terme », confie un régisseur de domaine. « C’est un modèle proche des modèles financiers de l’industrie, avec tous les risques que cela peut comporter », prévient Emmanuel Hyest, président de la Fédération nationale des Safer. « Aujourd’hui cela les intéresse, mais demain ? Quid de l’avenir de l’agriculture dans ces exploitations ? Ça rapporte, on investit, ça rapporte moins, on se désengage. » Le riz de Camargue en pâtira-t-il lorsque ces investissements iront chercher une plus grande rentabilité ailleurs ?

Spéculation sur une future urbanisation

La « course aux hectares » provoque-t-elle une spéculation sur les prix des terres ?« Elle existe oui, mais dans des zones particulières comme les vignobles de qualité et dans le développement résidentiel », observe Michel Merlet de l’association Agter. De plus en plus de propriétaires terriens ne veulent plus mettre leurs terres en location pour qu’un jeune agriculteur puisse les cultiver. Motif ? « Ils attendent un changement de plan local d’urbanisme et ont l’espoir, voir même le fantasme, que leurs parcelles deviennent constructibles », souligne Gérard Leras, élu régional Europe Écologie - Les Verts, conseiller spécial à la politique foncière en Rhône-Alpes. Résultat, les agriculteurs en quête de terrains doivent se contenter de baux oraux qui ne sécurisent absolument pas leur activité.

A l’échelle nationale, le prix du foncier agricole a augmenté de 1 % par rapport à 2011 et s’établit en moyenne autour de 5420 euros par hectare en 2012 [6]. Pour autant, durant les dix dernières années, le foncier agricole français a progressé de 5,1 % par an. « La rentabilité est faible et sur du long terme » assure une source du ministère de l’Agriculture. Qui ne croit pas au risque d’une spéculation sur les terres agricoles françaises dans la mesure où « les placements fonciers ne rapportent pas ». Une position loin d’être partagée par le mouvement Terres de Liens (lire à ce sujet : Épargne solidaire contre spéculation foncière).

Discrets transferts de terres

Autre caractéristique forte du marché foncier agricole, son opacité. « Aujourd’hui, il suffit de monter une société agricole pour échapper à tout contrôle »critique la Confédération paysanne. En ligne de mire, le projet de ferme-usine des Milles Vaches en Picardie, porté par un entrepreneur du BTP, Michel Ramery (voir ici). Moyennant finances, ce dernier s’est associé avec des exploitants des alentours,rappelle le site Reporterre. Des Sociétés civiles d’exploitation agricole ont été constituées dans lesquelles les quotas laitiers détenus par plusieurs exploitants ont pu être transférés. Résultat, la ferme-usine des Milles Vaches dispose de droits à produire jusqu’à... 8,5 millions de litres par an selon Mediapart.

L’objectif de ce discret jeu d’associations et de transferts de quotas de production : rassembler, autour de l’usine à vaches, 3 000 hectares pour épandre le lisier. Sans porter de jugement sur le modèle industriel des Milles Vaches, Emmanuel Hyest de la Fédération nationale Safer, également membre de la FNSEA, critique toutefois l’absence de contrôle. « Un investisseur a pu regrouper rapidement des terres sans qu’il n’y ait eu de possibilités d’interventions. En tant que Safer, nous avons notre mot à dire ».

Un marché foncier plus opaque que la Bourse

Peu connues du grand public, les Safer (sociétés pour l’aménagement foncier et rural), bien que sous statut de sociétés anonymes, sont investies d’une mission d’intérêt général. Créées dans les années 1960, elles doivent être informées de toute cession et peuvent éventuellement exercer un droit de préemption : elles sont prioritaires dans l’acquisition et la revente de terres à des agriculteurs. Leur but étant d’assurer un équilibre entre les exploitants qui souhaitent s’agrandir et les nouveaux venus en quête de terre à cultiver. Une mission délicate, qui leur attire d’ailleurs moultes critiques, à l’instar d’un récent rapport de la Cour des comptes épinglant leurs pratiques.

Depuis la loi d’orientation de 2006, « il n’y a pas de contrôle sur les échanges de parts sociales au sein des sociétés d’exploitation agricole, et c’est ce qui pose le plus gros problème » renchérit Robert Levesque. En clair, les Safer sont impuissantes face à ce phénomène puisqu’elles ne peuvent pas exercer de droit de préemption sur les cessions de parts sociales. Sur cet aspect, le marché foncier se révèle donc plus opaque que le marché boursier. Dans le système actionnarial classique, un actionnaire qui possède plus de 5 % d’une société cotée est obligé de se faire connaître. Dans le cadre des sociétés agricoles, il est possible d’acquérir 99 % de ce qu’elle possède sans que personne ne le sache, sauf ceux qui ont vendu leurs parts... Une absence de contrôle dont profitent sensiblement les sociétés agricoles pour s’agrandir en toute discrétion.

Des exploitations qui ne cessent de grossir

Or, ces sociétés agricoles se multiplient, au détriment des entreprises agricoles individuelles [7]. Pour comprendre les conséquences de ce phénomène, un rapide rappel de leur fonctionnement s’impose. Pour répondre aux impératifs de production, les exploitations ont augmenté en capital foncier (nombre d’hectares) et en capital d’exploitation (bâtiments, animaux, matériel...), rendant l’installation de plus en plus compliquée. La question du financement du foncier a en partie été résolue avec le statut du fermage, un bail rural dans lequel un propriétaire (le bailleur) confie à un agriculteur (le locataire) le soin de cultiver une terre pendant une période longue – de 9 à 30 ans – en échange d’un loyer annuel fixe.

S’il n’est donc pas obligé de devenir propriétaire de la terre qu’il cultive, l’agriculteur a besoin de davantage de fonds propres pour pouvoir financer son capital d’exploitation. Aujourd’hui, ce capital d’exploitation – auparavant détenu par des exploitants individuels empruntant auprès du Crédit agricole par exemple – est de plus en plus détenu par des sociétés d’exploitations. « Ces sociétés d’exploitations s’agrandissent en proportion plus vite que les autres », observe Robert Levesque. Sans que l’on sache vraiment ce qui pourrait se cacher derrière ces projets d’agrandissement, comme dans le cas de l’usine des « mille vaches ».

Que reste-t-il aux jeunes agriculteurs pour s’installer ?

La captation de l’outil de production aux mains de quelques-uns freine l’installation des jeunes agriculteurs. « Ceux qui s’accaparent le foncier sont d’abord à l’intérieur de la sphère agricole » souligne l’élu vert Gérard Leras. « Les grandes exploitations s’agrandissent et marginalisent les autres », confirme Robert Levesque [8]. Si le nombre d’exploitations a été divisé par 4 ces cinquante dernières années, leur taille moyenne a quasiment quadruplé, passant de 15 à 55 hectares. Un agrandissement motivé par une course aux primes favorisée par la Politique agricole commune (PAC). Un « accaparement de la rente » dénoncé par Michel Merlet de l’association Agter, etétayé par le collectif « Pour une autre PAC ».

Nombreux sont ceux dans le monde agricole qui demandent une plus grande régulation et transparence sur les transactions foncières. Or, la question foncière est justement au centre de la Loi d’avenir agricole examinée en deuxième lecture au Sénat à partir du 9 avril. « L’un des principaux enjeux de la Loi sera bien de renforcer les règles sur les sociétés agricoles, sortes de bateaux ivres depuis la loi d’orientation de 2006 » note la Confédération paysanne. Le texte discuté impose ainsi d’informer les Safer de toute transaction, y compris lorsqu’elle implique un transfert de parts sociales.

Dans l’état actuel du texte, le projet de la ferme-usine des Milles Vaches ne pourrait pas voir le jour. Ou presque. « Le seuil de déclenchement du contrôle manque cruellement de précision, et pourrait rendre caduques les avancées apparentes »analyse-t-on à la Confédération paysanne. Les Safer ne pourraient en effet exercer leur droit de préemption que si 100 % des parts sociales sont transférées. Autant dire qu’il sera très facile de les contourner ! « On souhaite pouvoir intervenir à partir du moment où la majorité des parts sont vendues », précise Emmanuel Hyest, de la FNSEA. Quant au regroupements de patrimoines fonciers familiaux, exempté d’autorisation administrative depuis 2006, il devrait continuer à échapper au contrôle des Safer.

...

Voir la suite de cet article : http://www.bastamag.net/L-accaparement-de-terres-et-la 

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 18:52

  

Le mouvement Nouvelle Donne a réalisé le week-end dernier une opération sans précédent dans le monde politique moderne : la désignation de ses têtes de listes pour les prochaines élections au parlement européen par des commissions tirées au sort parmi des adhérents « de base » s’étant portés volontaires. Pierre Larrouturou conduira la liste en Ile-de-France.

Pendant la semaine qui a précédé ce week-end des auditions de candidats, je me suis maintes fois interrogé : à quoi pouvait ressembler ce groupe de militants sortis d’un chapeau ? Comment allions-nous nous accorder pour répondre à notre mission avec le sérieux nécessaire à un tel enjeu ?

Cette semaine a été bien remplie : seuls chez nous, il nous fallait analyser en détail 32 dossiers de candidature dans le collège masculin pour une présélection avant jeudi à 18h, puis la douzaine de dossiers des femmes, pour être fin prêts pour les auditions le samedi matin.

L’échantillon des dix-huit membres de la commission électorale est d’une magnifique diversité : 9 femmes et 9 hommes, de 18 à 72 ans, du centre de Paris à la campagne périphérique (plus nos deux Bruxelloises ! – car les Français de l’étranger votent avec l’Île-de-France). Nous avions tous une évidente motivation commune : faire vivre l’idéal de la politique rendue aux citoyens.

Une expérience réussie au delà des espérances, dont voici le témoignage rédigé par Kora.

Douceur sur Paris. À 8 heures déjà, samedi 5 avril, quand je descends prendre le bus, le week-end promet d’être délicieux. Un temps à se promener, lire au Luxembourg, prendre un café en terrasse, paresser avant d’aller au cinéma. Le marathon se prépare, mais pour nous, il se déroulera assis dans une pièce sans fenêtre et sous des néons fatigants pour les yeux.

Nous étions convoqués pour élire la tête de liste des candidats Nouvelle Donne aux élections européennes : trois femmes, trois hommes, selon le dispositif « chabada ». Nous avions reçu les dossiers des candidats quelques jours auparavant et nous devions auditionner douze hommes le samedi et douze femmes le dimanche.

Tirés au sort, nous ne nous connaissions pas, sauf une ou deux coïncidences, au point de plaisanter en nous demandant au début si nous nous appellerions « cher ami » ou « camarade », le temps d’apprendre nos prénoms.

Nous ne nous connaissions pas, et j’avoue que, pendant que nous attendions au petit matin de savoir si le problème de la clef qui n’ouvrait pas la porte de la salle réservée pour les auditions allait être résolu, j’ai songé, en observant les autres avec une certaine appréhension, au roman Les Dix petits nègres ! Quel était ce piège ? N’était-il pas encore temps de fuir et d’aller à la piscine ?

Nous ne nous connaissions pas, et nous avons réussi à nous entendre et à surmonter les difficultés.

Car des difficultés, autant le dire tout de suite, il y en a eu. Un badge de serrure défectueux, des candidats en retard, des candidats absents, et les inévitables oppositions, parfois un peu vives, entre les membres du jury.

Sans doute l’intelligence collective a-t-elle ses minutes d'égarement, mais pourtant, elle fonctionne. Et je tire de ces deux jours, une conclusion joyeuse et réconfortante : la démocratie participative, ça marche !

Nous avons entendu et interrogé des candidats souvent très émus, plus ou moins bien préparés, plus ou moins convaincants. La majorité d’entre eux, même s’ils n’ont pas été retenus, a témoigné toutefois de talents admirables et j’espère sincèrement qu’ils continueront à les mettre en œuvre à Nouvelle Donne, une fois leur déception passée.

J’ai trouvé la commission extrêmement sérieuse, responsable, patiente, bienveillante, scrupuleuse sur le respect des règles, aussi consciencieuse dans ses questions que drôle pendant les récréations. Car, oui, nous nous sommes aussi beaucoup amusés. Finalement, chers amis, « camarade » est un joli nom. 

Le scrutin à bulletins secrets a concerné les hommes et les femmes, séparément. Les 6 candidats ainsi désignés pour la tête de liste sont, dans l'ordre:

Pierre Larrouturou, 50 ans, Paris 11e, économiste, président de Nouvelle Donne

Anne Joubert, 51 ans, Paris 10e, spécialiste des questions sociales

Eric Alt, 52 ans, Paris 5e, magistrat engagé contre la corruption et la criminalité financière

Diane Vattolo, 40 ans, Seine-St-Denis, enseignante en BTS et militante associative

Julien Dourgnon, 45 ans, Paris 18e, économiste

Loé Lagrange, 29 ans, Bruxelles, juriste en droit européen et de l'immigration 

Kora Véron Leblé et Pierre Aucouturier, et les 16 autres membres de la Commission électorale Île-de-France : Stéphanie Bertrand, Mélanie Calvet, Hervé Canonge, Anne Coutelis, Didier Debièvre, Frédérique Dutreuil, Louise Ferry, Alexandra Gantier-Hochart, Matthieu Kruger, Anne-Claire Le Bodic, Caroline Nouar, Quentin Pak, Raphaël Pinto, Edmond Pouly, Lydie Ribeaucourt et Claude Thill.

… et merci particulièrement à Audrey Charluet, déléguée de la Commission Electorale Nationale, au calme olympien, qui a su se montrer aussi discrète qu’efficace.

L'organisation du choix des candidats.

L'organisation du choix des candidats.
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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 13:54

Le M’PEP n’a rien à retirer à l’analyse d’Aurélien Bernier, ancien porte-parole du Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP), publié dans Marianne électronique du 7 avril 2014, concernant la tentative de rapprochement purement politicien et électoraliste entre le Parti de gauche (PG) et Europe Ecologie Les Verts (EELV). EELV, en effet, a participé au gouvernement avec le PS pour mettre en place une violente politique d’austérité. Sur 17 députés EELV, 10 ont voté la confiance à Manuel Valls, meilleur représentant des classes possédantes. Alors que cherche le PG ?
Deux points de désaccord, néanmoins, avec Aurélien Bernier. D’abord, la notion de « désobéissance européenne », que le M’PEP regrette aujourd’hui d’avoir « inventée », est d’un flou total qui permet au Front de gauche, particulièrement au PG, de tout dire et son contraire. Elle ne fait qu’ajouter de la confusion et devrait  être remplacée par des notions claires et concrètes : la sortie de l'Union européenne et de l’euro. D’autre part, le seul geste utile à l’élection européenne sera le boycott. Voter, et quelle que soit la liste choisie, ce sera valider l'existence d'un parlement fantôche, vitrine faussement démocratique de l’Union européenne, de l’euro, de la Banque centrale européenne, de la troïka, et de tous les traités néolibéraux qui détruisent les fondements de la démocratie dans tous les pays aux prises avec ce piège institutionnel illégitime !

Pour accéder au texte d’Aurélien Bernier, cliquez ci-dessous :
http://www.m-pep.org/spip.php?article3690

Pour signer l’Appel national au boycott des élections européennes, cliquez ci-dessous :
http://www.m-pep.org/spip.php?article3528
Pour accéder au site du Comité national de résistance républicaine à l'Union européenne (CNR-RUE),
cliquez ici : http://www.cnr-rue.fr

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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 15:09

Le portefeuille du commerce extérieur passe de Bercy au Quai d'Orsay et avec lui le dossier chaud du partenariat transatlantique. A gauche, on craint la vision atlantiste de Laurent Fabius.

La question du commerce extérieur a fait l’objet d’une lutte d’influence au sein des équipes du nouveau gouvernement français, et devrait finalement changer de ministère. Pour atterir, pour la première fois, au Quai d’Orsay.

Alors que la balance commerciale de la France est déficitaire depuis 10 ans, et que le déficit a tendance à se creuser, l'enjeu du commerce extérieur n'est pas un vain mot. Même si l'administration a peu de prise sur son évolution.

Le fait que les thèmes du commerce extérieur passent de la rive droite de la Seine à la rive gauche ne suppose pas un transfert de compétences énorme.

« Il s’agit d’une administration avec peu de moyens, les principaux effectifs sont les douanes dont la fonction est fiscale. Donc au final, les douanes vont rester à Bercy. Déplcaer le commerce extérieur ne déshabille pas vraiment le ministère de l'Economie et des Finances» assure une source à Bercy.

La diplomatie économique en ligne de mire

Le changement ne sera néanmoins pas totalement symbolique, dans la mesure où il permet de rapatrier au Quai d’Orsay des budgets de fonctionnement, pour aller « vendre la France » à l’export notamment. De fait les gros dossiers concernant l’armement ou le nucléaire auront plus leur place au Quai d’Orsay qu’à Bercy.

Mais c’est surtout pour les négociations internationales que le Quai d’Orsay s’est battu pour le commerce extérieur.

Le partenariat transatlantique au tournant

Parmi les sujets européens brûlants de ces prochaines années, les négociations engagées entre l’Union européenne et les Etats-Unis pour organiser un marché commun sans barrières douanières de part et d’autre de l’Atlantique suscitent des réactions très négatives en France.

>>Lire La fronde des sénateurs contre le partenariat transatlantique

Et pas seulement en France d’ailleurs, ce qui a poussé la Commission européenne à lancer une consultation sur une partie du sujet.

>>Lire Première consultation publique sur le Partenariat transatlantique

Dans les rangs les plus à gauche de la majorité, ce changement pose question. « On craint que la vision atlantiste de Laurent Fabius ne l’emporte sur les problèmes de fond posés par l'accord, et que la France avait identifié en amont » assure un membre du Parti socialiste.

Le mandat de négociation de Bruxelles et des Etats-Unis doit a priori exclure certains domaines, à la demande de la France. Il s’agit des services audiovisuels, des préférences collectives concernant la protection des travailleurs, de l’environnement et des consommateurs ainsi que des marchés publics de défense. Mais d’autres sujets font débat, comme la protection des données - ou le fromage.

Les opposants au partenariat transatlantique craignent que ces freins initiaux ne puissent être contournés, notamment lors de poursuites que pourraient intenter des entreprises contre des Etats.

Source : http://www.euractiv.fr/sections/agriculture-alimentation/le-partenariat-transatlantique-au-coeur-du-remaniement-301372?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=4f0286b716-newsletter_infos_de_la_semaine&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-4f0286b716-55414033

RÉACTIONS: 

Valérie Pécresse, députée UMP, ancienne ministre du Budget, a jugé "absurde" le rattachement du Commerce extérieur au ministère des Affaires étrangères au détriment de Bercy car "c'est l'entreprise qui crée l'emploi, pas le Quai d'Orsay". "On crée un ministère de l'Économie et de l'Industrie, ce qui est plutôt une bonne idée, que l'on confie à Arnaud Montebourg avec un impératif: améliorer la compétitivité des entreprises françaises et donc renforcer la France dans la mondialisation. Or le commerce extérieur doit aller avec la politique de compétitivité. On est en train de priver Arnaud Montebourg d'un instrument de politique économique. C'est absurde" a estimé la député sur iTélé.

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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 09:03

L'UE, Union Européenne compte 28 Etats en mars 2014, il s'agit, par ordre alphabétique de : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grande-Bretagne, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lithuanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suède.

Les Français ont faits l'objet d'un sondage paru dans le Parisien/Ici en France, samedi 8 mars 2014. Les résultats de cette enquête d'opinion sont inquiétants. En effet, seulement 15% des sondés soit 972 personnes, considèrent que l'Europe est assez efficace et 1% qu'elle est très efficace.

A contrario, 57% jugent qu'elle est peu efficace et 26% qu'elle ne l'est pas du tout!

http://www.itespresso.fr/wp-content/uploads/2011/10/Commission-europ%C3%A9enne-UE-EU-Europe-Union-Europ%C3%A9enne-%C2%A9-morganimation-Fotolia.com_.jpg

Mais, tout dépend de ce que l'on entend par "EFFICACE" car aux détracteurs de cette Europe, on pourrait répondre que celà a déjà évité que nous nous fassions la guerre, ce qui prouve l'efficacité de la dite Europe.

Elle a aussi permis, que des pays comme la Grèce, ne sombrent pas après cette déconfiture de l'économie mondiale et du système bancaire qui l'a précipité en faisant tout et n'importe quoi...et qui d'ailleurs continue à se conduire  comme si de rien n'était.

Pour continuer l'examen du sondage en question, nous avons la confirmation qu'une proportion de citoyens français va utiliser cette élection pour désavouer le gouvernement en place: soit 30% et seulement 10% pour soutenir le gouvernement.

http://jeanmariecavada.eu/wp-content/uploads/2014/01/commission-europeenne.jpg

Heureusement 58% ne voteront pas pour ou contre le-dit gouvernement, c'est un chiffre en progression puisqu'en 2009, ils étaient seulement 51% mais ils s'exprimeront sur l'Europe politique; de droite ou de gauche?

En revanche, ceux qui veulent le sanctionner passent de 24% en 2009 à 30%, 6 points de +, ça n'est pas innocent.

Ceux qui veulent le soutenir qui étaient de 20% en 2009 passe à seulement 10%, là c'est un mauvais point pour le gouvernement français.

Voir le sondage : http://sondageselections.over-blog.com/article-communaute-europeenne-seuls-15-des-fran-ais-trouvent-l-europe-assez-efficace-122880088.html  

      

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 17:31

Le Président de la République a choisi Manuel Valls pour conduire la politique du Gouvernement. On sait aujourd’hui qu’il devra arbitrer le duo Montebourg/Sapin à l’Economie et aux Finances. Ce face-à-face, s’il risque d’être assez spectaculaire et s’il alimentera sans aucun doute les gazettes, est pourtant un faux-semblant.

Car Michel Sapin conserve, semble-t-il, les deux leviers principaux de Bercy, c’est-à-dire la tutelle sur la Direction du Trésor et la Direction du Budget. Autrement dit, la dépense et les recettes. Arnaud Montebourg n’aura quant à lui que la tutelle sur la Direction de l’Industrie et surtout sur le Ministère de la Parole. Il nous y avait habitués quand il était au Redressement productif : son arrivée à l’économie lui donnera certes une audience plus large et sa voix portera plus loin, mais il restera contraint par le pacte de compétitivité et par les engagements de restriction budgétaire dont Michel Sapin sera le garant vis-à-vis de Bruxelles… et de Berlin.

Cette situation conduit Manuel Valls et le gouvernement à une impasse pour une raison évidente : son gouvernement appliquera avec rigueur la même politique que les autres gouvernements européens. Une politique qu’auraient aussi bien pu appliquer Alain Juppé ou François Fillon, c’est-à-dire « euro-compatible », une politique d’austérité qui produit déjà ses effets puisque la stagnation s’installe durablement en Europe. Non seulement la croissance est nulle (y compris en Allemagne), mais partout les économistes agitent maintenant le spectre de la déflation.

Au-delà des indicateurs économiques qui dévoilent la contraction progressive de la masse monétaire, les politiques d’austérité répercutent leurs effets en cascade sur les donneurs d’ordre et les entreprises qui leur sous-traitent leurs services. Chacun peut le constater dans le business, en France comme en Allemagne comme au Royaume-Uni, mais plus encore en Espagne et en Italie, partout les prix baissent : dans les télécoms, dans les services, dans la grande distribution, dans l’automobile, dans les produits d’équipement, la concurrence organisée à l’échelle mondiale a conduit les entreprises à mettre la pression sur les prix et à organiser la déflation.

Cette déflation est mortifère. Elle est déjà l’œuvre d’une manière sous-jacente depuis 12 ans. Elle a conduit à la destruction de plus d’un million d’emplois industriels en France. Elle est en passe de devenir structurelle et évidente au sein de la zone euro. Tous les économistes le craignent désormais. Comme dans les années 30, la déflation ne peut conduire qu’au renchérissement du coût réel des intérêts bancaires (le différentiel entre le taux effectif nul ou positif et le coût de la vie négatif), à la baisse des investissements (on y est déjà : en 2013, par exemple, le nombre de permis de construire déposés a baissé de 30%), à la compression des salaires pour réduire encore plus les coûts de production, à la baisse du pouvoir d’achat donc à la baisse de la consommation, à l’amplification de la baisse des prix pour essayer d’attirer des consommateurs fuyants, au transfert accru de la production vers les pays à bas coût (Chine, Vietnam…), à la désindustrialisation irréversible du pays. Une spirale infernale dont il est très difficile de sortir.

Et bien entendu au chômage de masse : si l’on additionne les différentes catégories de chômeurs (jusqu’aux emplois à temps partiel de moins de 20 heures par semaine), on retrouve partout en Europe la même masse d’environ 20% de chômeurs, y compris en Allemagne où une très importante masse de chômeurs (ou de travailleurs) partiels vivent avec 400 € par mois. Dans certains pays comme l’Espagne, c’est 30%. Le chômage de masse est déjà là et rien n’interdit de penser qu’avec une politique d’austérité qui conduit directement à la déflation monétaire, cette masse ne va pas s’accroître encore. Avec les conséquences sociales et sociétales que l’on peut imaginer.

Manuel Valls n’a jamais caché son attachement sincère à cette politique « libérale ». Il s’en est fait le chantre au sein du parti socialiste dans la roue de DSK. Il est sans doute aujourd’hui le mieux placé pour l’appliquer. Michel Sapin sera son bras armé et consentant pour l’exécuter : comme François Hollande, il reste indéfectiblement attaché à l’euro, à la concurrence « libre et non faussée », aux engagements budgétaires européens, à la politique de l’euro fort (après celle du franc fort). Bref, à toute cette politique héritée de Jacques Delors (et de Jean-Claude Trichet) qui a fait tant de mal à la France et qui est en train de ruiner la zone euro. François Hollande s’en considère le digne héritier, Manuel Valls en sera l’administrateur.

Que va-t-il se passer maintenant ? Le gouvernement va mettre en œuvre son plan d’austérité. Il va essayer de négocier un petit délai avec Bruxelles. Peut-être l’obtiendra-t-il, mais le plan sera de toute façon appliqué. Comme les recettes budgétaires vont se contracter, un nouveau plan sera fabriqué pour amplifier le premier. Et de plans en plans, de contractions en contractions, de rigueur en austérité, la France va s’installer durablement dans la déflation. Et dans la dépression économique qui l’accompagne. Nous l’avons vu. Bien sûr, Arnaud Montebourg va s’agiter, courir au devant des entreprises qui licencient pour essayer de limiter les dégâts. Bien sûr, il va donner le change en s’affichant dans les médias pour rappeler qu’au gouvernement il soutient l’industrie. Mais de politique industrielle, il n’en a pas. En tout cas, aucune qui soit compatible avec le pacte de compétitivité que Valls et Sapin vont développer.

Quelles en seront les conséquences ? Les électeurs de gauche se sentiront toujours plus trahis par leurs élus, les électeurs de droite crieront au loup avec Copé et consorts, lesquels affirmeront que le gouvernement n’en fait pas assez dans la réduction budgétaire (alors qu’ils auraient fait la même chose s’ils étaient au pouvoir) : bref, la France va s’enfoncer dans le marasme et les divisions. Aucun grand projet  n’est à l’horizon, aucune vision positive ne se dégage, aucune espérance ne renaît. Le nouveau gouvernement à peine nommé est déjà dans une impasse. Manuel Valls est dans une impasse. Il sortira de cette aventure en guenilles et la France désemparée.

Source :  http://www.causeur.fr/impasse-manuel-valls,26940

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 10:17

Invité de l'émission Des paroles et des actes sur France 2, François Fillon s'est défini comme "l'homme de la vérité" citant le général de Gaulle tout en reconnaissant "ne pas lui arriver à la semelle". Face à la crise économique, sociale et politique qui se poursuit depuis 2009, l'Europe semble justement en panne d'hommes d’État.

Atlantico : Face à la crise économique, sociale et politique qui se poursuit depuis 2009, les dirigeants européens semblent totalement impuissants. Au-delà de ses problèmes structurels, l’Europe souffre-t-elle d’une pénurie d’hommes d’État ?

Philippe Braud : Je ne crois pas du tout que l’on puisse considérer les dirigeants européens comme impuissants face à la crise actuelle. Ce qui nourrit cette illusion dans l’opinion publique c’est la lenteur de leur temps de réaction. Elle est normale puisque le fonctionnement de l’Union européenne exige beaucoup de concertations pour tenir compte des situations nationales des 27 Etats (ou des 14 dans la zone euro) : celles-ci sont tellement différentes aussi bien sur le plan économique que politique. Paradoxalement, cette lenteur présente au moins un avantage majeur. En provoquant une aggravation temporaire de la crise, elle facilite la nécessaire évolution des mentalités.

Il a fallu que l’Italie se rapproche du gouffre pour que Mario Monti puisse succéder à Berlusconi et commencer la remise en ordre du pays. La démonstration de l’impossibilité du statu quo est, en démocratie, le seul vrai levier qui puisse faire accepter les douloureuses réformes de fond qui jettent les bases d’une authentique sortie de crise. Quant à la qualité de la classe politique européenne, c’est-à-dire aussi bien les dirigeants des États que les membres les plus importants de la Commission, on peut en toute franchise la trouver très honorable, même s’il existe des exceptions fâcheuses.

Christian Delporte : Que des dirigeants politiques paraissent dépassés par l’ampleur et la complexité de la crise, ce n’est pas nouveau. Quand est survenue la crise de 1929, et même lorsqu’elle s’est affirmée au début des années 1930, aucun n’en a mesuré le caractère exceptionnel et tous ont appliqué les mêmes recettes orthodoxes et inefficaces. Hoover, aux États-Unis, expliquait que la prospérité était "au coin de la rue", Tardieu croyait la France à l’abri et annonçait une "politique de prospérité", Brüning menait en Allemagne un plan d’austérité absurde, le travailliste Mc Donald ne faisait pas mieux en Grande-Bretagne… Bref, aveugles, sourds, sûrs d’eux-mêmes, ils étaient incapables de sortir de leurs schémas, car tous pensaient la même chose au même moment. C’est le problème aujourd’hui. Les dirigeants actuels ne sont ni meilleurs ni pires que leurs prédécesseurs (ils sont même mieux formés à l’économie), mais ils pensent tous pareil. L’homme d’État est notamment celui qui, par sa vision et sa lucidité, est capable de transgresser les conformismes ambiants.

Qu’est-ce qui distingue justement un homme politique de haut rang d’un homme d’État ?

Philippe Braud : La qualité "d’homme d'État" (quelque soit le sexe naturellement) suppose la capacité de tenir un cap au service d’une vision, mais aussi celle d’arracher des résultats majeurs et durables. Il existe des manières très différentes d’entrer dans ce club très fermé. On retient davantage le style flamboyant d’un Richelieu, d’un de Gaulle ou d’un Churchill. Mais la ténacité tranquille et la justesse de vision d’un Mazarin, d’un Adenauer ou même d’un Pompidou (si injustement sous-estimé) leur méritent aussi ce qualificatif. Les uns auront volontiers pratiqué un mode de gouvernement à la hussarde, les autres un sens tactique achevé. Mais, en dernière analyse, ce qui consacre, c’est le jugement a posteriori de l’Histoire appuyé sur une analyse froide des résultats.

Christian Delporte : Il est d’abord un homme politique comme les autres, capable, pour parvenir au pouvoir, de se plier aux mêmes compromis ou combinaisons. Un homme d’État n’est pas un saint, mais un homme qui croit à son destin et fait en sorte de pouvoir l’accomplir. C’est ensuite, en dominant les circonstances, que l’homme politique se révèle homme d’État. Comment ? En faisant valoir, à la faveur des événements, des qualités qui sortent de l’ordinaire. J’en citerai trois.

D’abord, une vision politique panoramique et diachronique. Parce qu’il est capable d’inscrire son pays dans la longue durée, celle qui relie l’histoire et le futur de la communauté nationale, parce qu’il est en mesure de comprendre comment ce pays se situe dans un monde en mouvement, l’homme d’État est à même de fournir les solutions qui projettent le pays dans l’avenir. Comme l’écrivait déjà au XIXe siècle le théologien James Freeman Clarke, l’homme politique pense à la prochaine élection, là où l’homme d’État songe à la prochaine génération.

Cette vision repose ensuite sur une conviction forte, elle-même fondée sur des valeurs claires qui s’expriment par l’action, le courage, la responsabilité. L’homme d’État, disait de Gaulle, est celui qui est "capable de prendre des risques". Cela ne signifie pas seulement résister aux pressions intérieures ou extérieures, aux groupes d’influence ou aux mouvements de l’opinion, révélés par les sondages, mais aussi savoir rejeter les pressions venues de son propre camp.

Enfin, dernier trait essentiel, l’homme d’État doit avoir le sens du destin collectif : être guidé, en toute circonstance, par l’intérêt commun, évaluer ses décisions à l’aune de la cohésion sociale et des valeurs profondes sur lesquelles elle s’établit. Cela ne veut pas dire céder au consensus mou, mais savoir rassembler, entraîner, dynamiser en ayant le souci de ne jamais diviser la communauté nationale. Visionnaire, sachant prendre de la distance, maîtrisant la complexité du monde, percevant l’intérêt commun, l’homme d’État doit aussi être lucide, c’est-à-dire savoir réajuster sa politique en fonction de l’évolution des circonstances, et non de son avenir personnel.

Qui pourraient être le général de Gaulle ou le Winston Churchill d’aujourd’hui ? Existe-t-il encore des hommes politiques de cette dimension ?

Philippe Braud : Il ne faut pas se tromper d’époque. Autant de Gaulle et Churchill étaient les dirigeants qu’exigeaient la résistance indomptable au fléau du nazisme, ou, s’agissant de la France, le sursaut contre la faillite des institutions de la IVe République en 1958, autant la crise que connaît aujourd’hui l’Union européenne risquerait d’être aggravée par ce type de personnalités. Le gouvernement d’un ensemble aussi vaste, et aussi neuf dans sa conception, que l’UE, n’a pas besoin de "grands hommes." Au contraire. Adulés chez eux, ils risqueraient de susciter des blocages supplémentaires dans les autres pays.

L’Union européenne ne peut se gouverner que comme un système de concertation politique permanent, avec des dirigeants compétents et intègres qui savent jouer collectif. Ce qui nous manque bien davantage aujourd’hui ce sont des intellectuels d’exception capables de penser à très haut niveau la trajectoire passée et le destin exceptionnel de l’entité européenne ; capables aussi de contribuer à la construction d’un rêve commun qui transcende les exigences de la politique au quotidien. Difficile ! Les intellectuels, comme l’a montré Schumpeter, sont trop souvent portés à multiplier les obstacles ou les embarras.

Christian Delporte : Ce sont les circonstances qui ont transformé de Gaulle ou Churchill en hommes d’État. Jusqu’en 1939, l’image du politicien dilettante, peu fiable, et même indécis collait à la peau de Churchill. Sans la guerre, aurait-il laissé l’empreinte de l’homme d’État ? Sans la crise algérienne de 1958, de Gaulle serait sans doute resté le retraité de Colombey, et, pour les livres d’histoire, l’homme du 18 juin. Pour qu’il y ait des hommes providentiels, il faut qu’intervienne la "providence", autrement dit que se noue un contexte exceptionnel qui les porte au pouvoir. Par ailleurs, c’est l’exercice du pouvoir qui forge les hommes d’État. On ne l’est pas a priori. Le cas typique est celui d’Helmut Kohl, longtemps moqué dans son propre camp, et qui s’est révélé à la faveur de la chute du mur de Berlin et de la réunification.

Le problème des hommes politiques actuels, c’est leur incapacité à prendre de la distance. "Le politicien suit le peuple, alors que le peuple suit l’homme d’État", disait Nixon. Leur projet se confond avec une batterie de réponses pratiques ou techniques censées satisfaire l’urgence des questions de l’opinion. Le dirigeant subit les événements, répond aux émotions mais demeure incapable de définir la société telle qu’il l’imagine dans dix, vingt, trente ans, grâce à sa politique et aux valeurs qui la fondent. Un temps où la réaction submerge l’action n’est guère propice aux grands hommes d’État.

Quand bien même ces hommes existeraient, les électeurs voteraient-ils pour eux ?

Philippe Braud : Sauf en temps de crise aiguë, les citoyens aux urnes privilégient les représentants qui préfèrent la facilité au courage, les fausses réformes aux choix douloureux, et qui tiennent un discours lénifiant ou déconnecté des réalités. C’est une donnée de la politique démocratique qui ne saurait être sous-estimée. Ceux qui ont l’étoffe d’homme d’État sont condamnés à porter bien des masques, voire à s’engager dans bien des compromissions, avant de pouvoir exister au sommet.   

Christian Delporte : En 1958, quatre mois avant que de Gaulle ne revienne au pouvoir, seuls 13% des Français le voyaient comme l’homme de la situation. On connait la suite… Ne flattons donc pas trop la grande clairvoyance de l’opinion ! L’homme d’État n’est pas celui qui arrive avec des remèdes miraculeux, mais qui, s’appuyant sur la force de son analyse et sa perception aiguë de l’intérêt commun, propose une méthode collective, rompt avec le cercle de l’impuissance et de la démagogie, bouscule les conformismes. Quand de Gaulle est revenu au pouvoir, il n’avait pas de "programme". Le programme, c’était lui, qui incarnait une certaine vision de la France. Aujourd’hui, où la politique se réduit à la gestion de l’immédiateté, il n’est pas sûr qu’un homme ou une femme proposant de se projeter dans l’avenir, soit cru(e) ou même entendu(e)…

François Hollande est souvent critiqué pour son indécision et son manque de charisme. La détermination et l’aura sont-ils forcément des éléments qui caractérisent les hommes politiques d’exception ?

Philippe Braud : Son manque de charisme ? Oui. Et cette lacune constitue certainement l’une des raisons de sa vulnérabilité politique. Son indécision ? Il faudrait sérieusement nuancer. L’opinion publique et les médias sous-estiment, je crois, la cohérence de sa politique et la continuité du cap adopté. Il en est d’ailleurs responsable car, par tempérament mais aussi par habileté tactique, il préfère avancer à pas comptés en dissimulant, au moins en partie, notamment à son propre camp, ses objectifs et ses convictions réelles. A jeter le masque il pourrait apparaître plus fort en tant que leader, mais il pourrait aussi courir le risque de se voir davantage encore affaibli par la révolte d’une partie de ses troupes.

Christian Delporte : Le charisme aide sans doute à faire partager sa conviction. Mais on peut être un homme d’État, à l’instar d’Antoine Pinay ou d’Helmut Kohl, sans se confondre avec un chef charismatique. A l’inverse, le charisme ne fait pas tout, sauf à affirmer que Silvio Berlusconi est un grand homme d’État. J’ajouterai qu’on trouve d’autant plus de charisme à un homme politique que sa politique réussit…

Au-delà de ces caractéristiques, la force morale qui permet de prendre des décisions difficiles et de bousculer les conservatismes est-elle ce qui manque à la classe politique actuelle ?

Philippe Braud : Le courage politique ? Oui. La classe politique actuelle en manque beaucoup. Mais dans une perspective d’efficacité réaliste, mieux vaut sans doute des dirigeants un peu lâches qui avancent dans la bonne direction (même si c’est trop précautionneusement) que des dirigeants si ouvertement courageux que le suffrage universel les brise. Cependant il est vrai que l’authentique homme d’État est celui qui, sachant évaluer la force réelle des résistances, ne se laisse pas intimider par des obstacles qui seraient en réalité surmontables.

Christian Delporte : Le temps politique est devenu très court. Partout, et particulièrement en France avec le quinquennat, le rythme de l’alternance s’est un accéléré. Depuis 1978 – et sauf en 2007 (mais dans les circonstances particulières d’un changement de Président) -, aucune majorité n’a été reconduite. Depuis plus de trente ans, la majorité en place a perdu toutes les élections intermédiaires. A peine le pouvoir est-il en place qu’il se trouve confronté à l’impopularité. La cote de Mitterrand est restée positive pendant plus de deux ans, celle de Sarkozy a résisté 8 mois. Hollande a plongé au bout de 4 mois… Dans ces conditions, les hommes politiques, le nez sur les sondages, courent après les électeurs, et les élus, qui ont peur pour leur siège, pressent le pouvoir de lâcher du lest. Le rythme court de la politique s’exprime dans la multiplication de lois de circonstance, censées répondre aux préoccupations de l’opinion. Alors oui, sans doute, la classe politique pèche par manque de force morale, mais la responsabilité est partagée. A entendre les Français, les hommes politiques font trop de promesses. Force est de constater, pourtant, qu’ils élisent ceux qui en font le plus. Rien qui encourage, alors, le regain de la force morale…


Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/sos-hommes-etat-mais-ou-sont-churchill-et-gaulle-xxieme-siecle-philippe-braud-christian-delporte-731705.html#i0h9iLhscOpEsOez.99

 

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 16:19

Le premier tour des élections municipales 2014 m’a permis de mieux comprendre le film des frères Coen, A serious man.

Bien qu’étant très friand des productions de la fratrie la plus géniale d’Hollywood, de Sang pour sang à True grit, en passant par Miller’s crossing, A serious man m’avait laissé sceptique. C’est quelque peu dubitatif que j’avais suivi les déconvenues de Larry Gopnik, professeur de physique quantique en 1967 à Minneapolis, qui ouvre le film avec une démonstration visuellement effarante du problème de Schrödinger et passe l’heure et demie suivante à subir les persécutions de sa femme, de ses collègues, de son oncle autiste et de ses enfants demeurés, en voyant peu à peu son existence vaciller sans qu’il parvienne à trouver une explication à la succession de déconvenues et de catastrophes qui s’abattent sur lui. À l’image du chat de Schrödinger, dont il cite l’exemple au début du film à ses étudiants, Larry Gopnik tourne en rond dans sa boîte sans plus savoir s’il est encore maître de son existence ou en fait même vraiment partie. Rappelons que le principe de l’expérience de Schrödinger est d’enfermer un chat dans une boîte avec un flacon de gaz mortel, une source radioactive et un compteur Geiger. Quand le compteur détecte un certain seuil de radioactivité, le flacon se brise et le gaz tue le chat. Si nous ouvrons la boîte, nous constaterons que le chat est soit mort soit vivant mais tant que nous ne le faisons pas, le chat est la fois théoriquement vivant et mort et se trouve dans une dimension que seul un expert en physique quantique sera capable d’appréhender, d’où reviennent parfois les morts dans les films de Georges Romero et plus rarement les hommes politiques.

Un peu comme le chat de Schrödinger, le Parti socialiste, au lendemain du premier tour des élections ne sait plus très bien s’il est mort ou vivant, pas plus que ceux qui l’observent se débattre entre les deux tours, coincé dans la petite boîte du déni, tandis que monte l’aiguille du compteur Geiger frontiste. À Hénin-Beaumont, Steeve Briois a commenté d’un sobre mais ferme « Place au travail ! » les 50,6% réalisés dès le premier tour. À Marseille, Patrick Menucci fait désormais tinter ses casseroles loin derrière le candidat du FN, arrivé en deuxième position, et loin derrière Jean-Claude Gaudin auquel on n’en voudrait pas de citer le colonel Kilgore dans Apocalypse Now et son « J’adore l’odeur du napalm au petit matin ». À Fréjus, le FN fait 40% tandis que Niort passe à droite après soixante ans de règne socialiste. Hormis à Paris où Anne Hidalgo fait match nul et à Lille où Martine Aubry tient un peu le rôle qu’Alain Juppé assure à droite, le terme de Berezina paraît presque faible partout ailleurs pour commenter les résultats du PS. On n’a d’ailleurs pas fait tourner que les tables électorales hier soir puisque Jean-Marc Ayrault semblait presque revenir d’entre les morts pour commenter les résultats d’une voix atone et recommander la constitution d’un front républicain avant de s’enfoncer à nouveau, et peut-être pour toujours, dans les limbes. « Nous avons le pouvoir de remobiliser les électeurs entre les deux tours » a répété, mécanique, Najat Vallaud-belkacem sur tous les plateaux de télévision. « Les électeurs ont voté avec leurs pieds » a répondu, sarcastique, Bruno Le Maire, évoquant le record d’abstention et renvoyant la pauvrette à l’époque congelée de la RDA. Il a beau jeu de le faire : l’UMP vient d’être sauvé miraculeusement (et sans doute temporairement) des eaux troubles des écoutes par la percée du FN et il est certain que la courbe électorale sera plus difficile encore à inverser que la courbe du chômage pour le PS.

Dans A serious man, le malheureux Larry Gopnik, trompé et tyrannisé par sa femme, martyrisée par ses collègues et par ses étudiants, affligés par son oncle autiste qui passe ses journées à couvrir des cahiers d’écoliers de symboles cabalistiques, cherche désespérément à sortir de la spirale infernale qui menace de précipiter toute son existence dans le désastre. Dédaignant le rationalisme scientifique, il se tourne même vers la religion, mais les rabbins qu’il interroge ne parviennent qu’à lui donner des réponses toutes plus contradictoires et inutiles les unes que les autres. Le Parti socialiste, quant à lui, durement éprouvé essaie à tout prix de trouver une explication à sa déroute qui ne remette pas en cause la cohérence et la pertinence de ses choix politiques. Pas questions de considérer les démêlés des candidats socialistes à Marseille ou Hénin-Beaumont, au niveau local, ni le rejet de la politique gouvernementale, au plan national, comme des facteurs d’explication de la très large percée du Front National : comme d’habitude on attribue ces résultats à l’ignorance des électeurs et à l’œuvre des maléfiques zélotes qui, dans l’ombre, banalisent les thèses du FN et manipulent les cerveaux malades. Ce matin, Le Monde allait même jusqu’à mettre les électeurs de Béziers sur le divan pour expliquer le désastre : « Les Biterrois montrent une tendance dépressive qui alimente un discours victimisant, terreau particulièrement favorable pour le FN. » Traduction : alors que le socialisme municipal n’a décidément rien à se reprocher, c’est une bande de maniaco-dépressifs qui a encore tout fichu en l’air.

Il n’est pas question pour le Parti socialiste de se remettre sérieusement en cause, surtout entre deux tours des élections municipales, alors que Paris balance encore dangereusement entre NKM et Anne Hidalgo. On s’accroche donc au PS au « front républicain », vieille antienne que les ténors de l’UMP ne font même plus semblant de prendre au sérieux, trop heureux de voir la gauche redevenir pour un temps plus bête que la droite. Et malgré les protestations et les menaces de sanctions, le rattachement du Front National au paysage politique local semble inéluctable. Comme Larry Gopnik dans A serious man, le parti socialiste n’a donc plus qu’à se laisser balloter favorablement par les événements en espérant que ça ne casse pas trop au deuxième tour.

Il est hors de question que je raconte ici la fin de A serious man : elle est très intrigante au premier visionnage et elle prend tout son sens quand on a regardé le film une deuxième fois, enrichi de l’expérience du premier tour des élections. Pour celles-ci en revanche, on sait à peu près comment cela va se finir : dimanche prochain, quand nous ouvrirons la boîte de Schrödinger pour constater ce qu’est devenu le PS entre les deux tours, il y a de fortes chances pour que plus d’un s’exclame : « le petit chat est mort ! » Mais meurt-on jamais vraiment en politique ?

Aucun chat n’a été blessé au cours de la rédaction de cet article.

Voir cet article sur le site de Causeur.fr : http://www.causeur.fr/fn-ps-freres-coen,26774#

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 13:14

Hommes politiques, syndicats, entreprises, etc. La légitimité du pouvoir en France devient de plus en plus ébréchée. Mais tout n'est pas perdu, l'histoire nous enseigne qu'il existe de nombreuses voies pour s'ériger contre des élites que l'on désavoue. A condition que l'angoisse de la paupérisation engendre de la révolte plutôt que de la dépression.

Atlantico : La fracture entre les élites et les Français paraît de plus en plus imposante. Le désaveu des politiques est-il si important que le laissent croire les différentes enquêtes d'opinion ? Ce désaveu ne concerne-t-il que les politiques ou touche-t-il d'autres corps comme les syndicats ? 

Jérôme Sainte-Marie : Actuellement, les citoyens valident les enquêtes d’opinion non seulement par leur vote, mais aussi par leur non-vote : que plus de la moitié d’entre eux considère que la démocratie fonctionne mal en France trouve une illustration dans la montée régulière de l’abstention. On l’oublie parfois, mais les partis politiques et les élus avaient suscité la confiance, avant le grand effondrement du début des années 1990. Ce qui a provoqué l’installation durable et profonde de la défiance n’est autre que le chômage de masse, et l’impuissance des gouvernants à le contrer. L’ensemble des institutions liées au monde du travail s’en est aussi trouvé affecté, et aujourd’hui à peine plus d’un tiers des Français expriment leur confiance dans les syndicats. Eux-aussi paient la "crise de résultats".

Jean-François Kahn : Les Français remettent en cause les élites actuelles. Ils aspirent donc à un renouvellement de ces dernières. Ça fait 40 ans, 50 ans, que l'on a les mêmes politiques, les mêmes philosophes, les mêmes journalistes, les mêmes industriels... Si on veut que la France bouge, il faut qu'elle se rénove. Les Français n'ont peut-être pas tout à fait tort, si on évoque deux moments assez extraordinaires de l'histoire de France. En 1789 quand une grande partie des officiers sont partis, il a fallu les remplacer par des sous-lieutenants, des capitaines... c'est ce qui a permis à la France de conquérir l'Europe avec les armées napoléoniennes. De la même façon, en 1945, le fait que beaucoup d'élites avaient collaboré a entraîné un profond renouvellement, suivi des Trente glorieuses.

Qui sont les élites politiques d'aujourd'hui ? Copé ? Désir ? Moscovici ? Qui d'autres ? Rien ! Le choix qu'on nous promet pour 2017 est le suivant : François Hollande cinq ans en arrière, ou bien Sarkozy 10 ans en arrière, ou encore Copé 25 ans en arrière. Pourquoi on ne nous représente pas Chirac ou Giscard au point où nous en sommes ? Mais cela ne concerne pas uniquement les politiques. La situation est similaires dans les médias. Cela fait 30 ans que l'on entend les mêmes, Alain Minc, Bernard-Henry Levy, etc.

André Bercoff : D’abord, les élites ne savent plus elles-mêmes à quel saint se vouer et à quelle bouée s’accrocher : tout se passe comme si leur seule préoccupation est de sauvegarder leur poste, leur statut et les prébendes qui leur sont attachées. Ils se savent sur le Titanic mais comme ils sont en cabine de luxe, les remous leur sont encore lointains. Il est clair que le désaveu touche toutes les élites, et pas seulement les politiques : syndicats, médias, juges et économistes sont aussi touchés. La légitimité du pouvoir, en France comme ailleurs, devient de plus en plus ébréchée. C’est dire que les rapports des citoyens et de leurs gouvernants sont en train de changer profondément et que là aussi de nouvelles bases sont à créer, inventer ou rétablir. Il y va de l’équilibre d’une nation. Et il est plus que temps de réapprendre et de ré-enseigner l’éthique du collectif.

Pour dire "stop" aux élites, les Français peuvent encore passer par la voie politique. Mais, avec un PS et une UMP en perte de vitesse, quel autre choix que le FN se présente aux citoyens ?

Jérôme Sainte-Marie : D’un côté les institutions politiques fonctionnent bien, puisque les alternances au sommet de l’Etat se déroulent sans heurt, mais d’un autre, il y a l’impression d’un défaut d’alternative. Dès lors, les gouvernants sombrent de plus en plus rapidement dans une impopularité de plus en plus profonde, sans que l’opposition principale, aujourd’hui l’UMP, ne paraisse en profiter. C’est ainsi que seuls un quart des Français jugent que si le parti de Jean-François Copé était au pouvoir il ferait mieux que la gauche. 

Quel autre choix que le PS ou l’UMP ? Lorsque le mitterrandisme était en crise, il y a eu, lors des régionales de 1992 notamment, l’émergence des Verts qui a été pendant quelques temps perçue comme une alternative à la gauche – se faisait alors sentir l’effet de souffle de l’effondrement du Bloc de l’Est. Cela n’a pas duré, de même que le phénomène Besancenot : rappelons nous quand même qu’il y a juste cinq ans certains commentateurs expliquaient doctement qu’"entre Sarkozy et les trotskystes, il n’y a rien"… Le mouvement d’opinion incarné par Jean-Luc Mélenchon – 11% des suffrages exprimés à l’élection présidentielle – n’a pas dit son dernier mot, mais force est d’admettre que Marine Le Pen constitue aux yeux des Français l’alternative la plus évidente.

Jean-François Kahn : Ce renouvellement a pu passer par le PS et l'UMP. Ce fut le cas à gauche lors du congrès d'Epinay qui a permis de voir émerger un nouveau Parti socialiste et de nouvelles têtes qui ont balayé les anciens caciques de la SFIO. C'est ce qui a permis l'arrivée au pouvoir de la gauche. Mais à leur tour ces élites sont dépassées. Un renouvellement très profond semble aujourd'hui impossible à l'intérieur des partis traditionnels car notre système politique, notre système institutionnel, notre système partisan, notre système électoral, est verrouillé. Le renouvellement des élites suppose la remise en cause de ce système.

Puisqu'on ne leur présente aucune autre alternative, de nombreuses personnes se tournent vers le FN je suis très frappé du nombre de gens qui me disent que si le Front national arrive au pouvoir, ce serait une catastrophe mais qui vont quand même voter pour eux dans le but de donner une leçon aux élites. Ce n'est donc pas un vote d'adhésion. C'est un vote qui veut dire "merde", c'est un vote de crachat, un coup de pied dans la fourmilière. Aucun autre parti en France ne représente ça aujourd'hui. Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon aurait pu catalyser cette colère mais son leader s'est sabordé lui-même avec son évolution de plus en plus caractérielle.

André Bercoff : Il serait tout de même assez préoccupant que le FN devienne l’horizon unique et indépassable de la vie politique française. La nature ayant horreur du vide et le PS et l’UMP étant, pour des raisons paradoxalement similaires, en état d’atonie prolongée, il paraît évident que le parti de Marine Le Pen connaîtra au moins les mêmes progressions que la courbe du chômage. Mais les propositions pour le moins hasardeuses de cette formation en matière européenne, économique et étatique feront que beaucoup de Français s’en éloigneront. Reste que, après les municipales et les européennes, vont très vraisemblablement s’opérer des rapprochements, fusions et acquisitions qui verront la naissance, à brève échéance, d’un mouvement qui regroupera de vastes pans de cette société civile et de ces salariés du privé qui sont, en 2013, massivement descendus dans la rue et y ont pris goût. Le glissement de terrain a commencé : sauf à jouer les cartomanciennes, nul n’en peut prédire exactement les contours.

Les mouvements citoyens sont-ils vraiment crédibles ? Peuvent-ils vraiment jouer un rôle alternatif dans le paysage politique français ?

Jérôme Sainte-Marie : Définir un mouvement citoyen n’est pas facile : spontanément, il s’agirait d’un parti politique ! D’ailleurs, prenons l’exemple italien : après des années de berlusconisme entrecoupées de passage au pouvoir de technocrates europhiles, le mouvement "Cinque stelle", fondé en 2009 à partir du blog de Beppe Grillo, a créé l’événement. Nourri de références à l’environnement, à la démocratie participative et à la révolution numérique, il développe un discours anti-parti parfois radical. Cela ne l’a pas empêché de participer aux élections générales de 2013, et s’il a conquis alors 25% des suffrages et fait élire 163 parlementaires, il peine depuis à convaincre. En France, on ne voit pas très bien comment, dans un pays où les pratiques républicaines sont durablement enracinées, un tel phénomène pourrait surgir et, s’il survenait, devenir autre chose qu’une énième force politique. 

Une réserve toutefois : la crise sociale actuelle est sans précédent, le pessimisme des Français d’une noirceur inédite, et la crédibilité des gouvernants atteinte comme jamais. On sait aussi que certains blogs, exprimant des idées plus ou moins absurdes et des valeurs plus ou moins acceptables, trouvent aujourd’hui un large écho, notamment parmi les jeunes précarisés. On peine cependant à y discerner un "mouvement social". Disons-le franchement : nous sommes largement dans l’inconnu.

  

Jean-François Kahn : Je ne crois pas. A quoi consiste les mouvements citoyens ? On le voit bien avec le cas d'Édouard Martin qui était le chef de file de la lutte syndicale à Florange et qui a fini par gagner le PS et deviendra un cacique du parti comme d'autres avant lui, notamment certains leaders de mouvements étudiants. Le pire cacique du Parti socialiste aujourd'hui c'est Harlem Désir qui vient lui-même d'un mouvement citoyen : SOS Racisme.

C'est la même chose à droite avec Christian Jacob. Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale a notamment été président des Jeunes agriculteurs et aujourd'hui il est devenu la caricature même du politicien dans ce qu'il a de pire. L'intégration de nouvelles forces dans la vie politique n'est pas la solution. La solution réside en la transformation du système institutionnel.

André Bercoff : Un mouvement citoyen est crédibilisé à partir du moment qu’il existe. De la Manif pour tous aux Bonnets rouges en passant par les Pigeons, les Poussins et autres Asphyxiés, des dizaines de passions différentes ont, littéralement, dit leurs mots. Toute la question est de savoir si ces énergies vont se conjuguer en grammaire politique ou pas. L’alternance existe : elle n’est plus dans les partis ni dans les syndicats, mais dans les mouvements, y compris idéologiques et communautaires. Le paysage français est de plus en plus fragmenté et les forces centrifuges travaillent sec. La demande est forte, mais l’offre nouvelle encore dans les limbes.

La grève des élections ou d'autres moyens politiques peuvent-ils s'avérer efficaces pour se faire entendre et interpeller les élites ?

Jérôme Sainte-Marie : Six Français sur dix ne jugeant pas utile de se déplacer pour les élections européennes – c’était le cas en 2009 -, est-ce que cela constitue une "grève des élections" ? Je n’en suis pas certain, et s’il y a progression du vote blanc, c’est surtout lorsqu’il y a second tour, et c’est essentiellement le fait d’électeurs FN du premier tour. Un faible taux de participation n’est pas en soi perturbant pour le système politique, l’exemple américain est parlant. De plus, la grande contestation des années 1970 en Europe occidentale s’était accompagnée d’un retour massif des citoyens vers les urnes, ce qui avait autrement inquiété les élites d’alors ! Pour l’heure, comme l’a montré un ouvrage récent, la Lutte des âges, de Hakim el Karoui, la montée de l’abstention laisse le pouvoir électoral aux retraités, ce qui n’est pas précisément révolutionnaire.

Jean-François Kahn : Si on parle de l'abstention, les partis politiques s'en foutent complètement ! La seule chose qu'ils retiennent c'est le pourcentage qu'ils ont fait aux élections. Vous les entendez commenter les chiffres qu'ils ont fait par rapport aux inscrits ? Jamais ! Ils se basent par rapport aux votants. Ça ne me semble pas être une véritable solution.

De toute façon, tout le système aujourd'hui est fondé sur la bipolarisation. Si on casse cela, un appel d'air sera créé et permettra l'émergence de nouvelles têtes. Pour le reste, il faut faire ce que Chirac a fait en remettant en cause ce qu'était l'UDR et en créant le RPR ou Mitterrand avec le Congrès d'Epinay. Il faut absolument que les vieilles structures vermoulues explosent. L'idéal est qu'apparaisse une force neuve de l'extérieur qui contribue à cette explosion.  Même le FN ne peut être considéré comme une force neuve puisqu'il existe depuis 40 ans.

André Bercoff : Les absents ont toujours tort : les abstentionnistes également. On a vu, en 1968, ce qu’a donné le slogan : "Élections, piège à cons". Mais mettre tous les cinq ans son bulletin dans l’urne ne suffit pas. Il urge que les Français se manifestent comme ils l’ont déjà fait, sans oublier évidemment la force démocratique nouvelle de l’expression par Internet et par les réseaux sociaux. Avec Twitter et Facebook, incontestablement, la donne a changé. Pour de bon.

L'autre voie pour dire "stop" aux élites serait celle de la révolte. Quelle forme pourrait prendre cette révolte en France ?

Jérôme Sainte-Marie : Je ne suis pas sûr du tout que l’on soit dans un moment où l’on veuille dire "stop" aux "élites" - lesquelles, d’ailleurs ? Celles du pouvoir politique, de l’argent, de la technocratie, de la culture, ou de quoi d’autre encore ? L’angoisse de la paupérisation, sa réalité aussi, engendre moins de la révolte qu’une forme de dépression. Sans débouché politique, c’est l’anomie sociale qui menace. Cela peut prendre des formes multiples, délinquance, isolement individuel, et divers comportements suicidaires, qui modifieront notre façon de vivre en société, mais sans rien changer aux structures de celle-ci. C’est pour moi, à ce stade, le scénario le plus probable.

Jean-François Kahn : Toute révolte se dresse contre les élites. En 1789, les Français ne se sont pas révoltés contre les élites mais ça les a balayées. Après Napoléon III, quand la République s'est installée, tout le personnel de l'Empire a dû être remplacé et la France a connu 25 ou 30 ans d'expansion inouïe. Cela a été possible uniquement grâce à un renouvellement considérable.

Peut-être que le renouvellement passe donc par une forme de révolution. Cela ne veut pas dire qu'il faille forcément passer par des mouvements violents. Ce que l'on appelle, dans l'histoire, la "Glorieuse révolution",  la deuxième révolution anglaise de 1688 – 1689 qui renversa Jacques II, n'a fait qu'un seul blessé. Ça a été le départ de l'explosion économique et sociale de l'Angleterre.

Aujourd'hui, l'atmosphère ne me semble pas propice à une révolution mais sait-on jamais : le propre d'une révolution est qu'on ne s'y attend pas. A partir du moment où l'on annonce une révolution, elle ne survient pas, parce qu'on s'y prépare et qu'on fait en sorte qu'elle ne survienne pas. Ce qui provoque une révolution n'est jamais une aspiration à quelque chose de plus, c'est une réaction à quelque chose de moins : une régression de trop.

André Bercoff : Qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse, la France n’a jamais fait de réformes qu’à la suite d’un grand chambardement. Nous y sommes. Ce ne sera pas le peace and love de 68 mais des heurts plus durs, plus tranchés, parce qu’ils touchent à la fois l’économique et le social, les communautés et les identités. Ces révoltes pourront-elles s’unir ou au contraire s’affronter ? Telle est la question. Mais il ne fait aucun doute que, comme l’écrivait Ivan Illitch, quand dans une société, le taux de frustration a largement dépassé le taux de production, le choc est inéluctable. La forme qu’il prendra est beaucoup moins précise.

La grève fiscale est-elle une option crédible ?

Jean-François Kahn : Oui, d'autant qu'il y a une révolte fiscale en ce moment. Ce qui va dans ce sens est que les mouvement révolutionnaires en France ont eu une origine fiscale. C'est ce qui s'est passé sous Louis XIV avec la révolte des Bonnets rouges. Ce qu'on oublie de préciser c'est que Louis XIV en a fait pendre 1500 ! La répression était absolument épouvantable.

Mais la révolte fiscale ne suffit pas pour déboucher sur une révolution. Il faut quelque chose de plus vaste, qui s'adresse plus à l'esprit, qui porte quelque chose de plus humaniste. 1789 fut la rencontre entre l'esprit des Lumières et le mécontentement fiscal. 

André Bercoff : 50 % des Français ne payent pas d’impôts directs. La fiscalité est devenue une telle jungle d’une telle absurdité, que, pour qu’une grève soit envisageable et efficace, il faudrait que la moitié de la population se mette d’accord là-dessus. Ce qui paraît, pour le moment, peu probable. Mais pas, un jour, impossible.


Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/francais-dire-stop-aux-elites-sans-passer-fn-jerome-sainte-marie-andre-bercoff-jean-francois-kahn-938308.html#OyZvIAfI5xrmbVrl.99

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