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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 10:12

La BCE est-elle la seule à pouvoir nous sortir de la grande crise de 2008 ?

La Banque centrale européenne a maintenu son principal taux d'intérêt directeur inchangé jeudi, au niveau historiquement bas de 0,25%, lors de sa réunion mensuelle de politique monétaire. Une non décision qui va dans le sens d'un certain nombre d'observateurs, selon lesquels tout assouplissement monétaire aurait tendance à créer des bulles financières.

Atlantico : Que faut-il penser de la (non) décision de la Banque centrale européenne ? Pourquoi la BCE n'a-t-elle pas pris de décision sur les taux comme beaucoup l'espéraient ou l'attendaient ? Comment jugez-vous le diagnostic de l'économie européenne formulé par le président de la BCE ?

Jean-Marc Sylvestre : Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, a été très explicite puisqu’il a expliqué que le conseil des gouverneurs n’avait pas les informations suffisamment claires sur l’évolution des prix ou de l’activité pour engager une intervention, notamment sur les taux d’intérêt.

Beaucoup d’observateurs, d’analystes, pensent que la zone euro est en risque de déflation. La BCE n’adhère pas à cette analyse et c’est vrai que si on prend la moyenne de la hausse des prix en Europe, on n’est pas en déflation. Mario Draghi  reconnaît que nous sommes sur une tendance de prix très bas, mais on n’est pas en déflation (c’est à dire dans une spirale à la baisse). 

En revanche Mario Draghi réaffirme qu'il surveille les indicateurs et confirme que tous les instruments d’intervention sont étudiés en cas de tension sur le marché monétaire par exemple.

Nous avons  déjà des taux historiquement bas, 0,25 %, ce n’est pas tenable à long terme parce que dans ce cas l’épargne est complètement stérilisée. Donc baisser à nouveau les taux d’intervention ne serait pas sans risque. C’est sans doute la raison pour laquelle la BCE prépare  d’autres outils au cas où la situation dériverait davantage. Elle a beaucoup d’instruments à sa disposition mais elle fonctionne comme une caserne de pompiers. Elle ne sort ses munitions qu’en cas de crise grave. Ce qu’elle a toujours fait pour éviter un blocage de la circulation monétaire. 

Si on lit Mario Draghi entre les lignes on s’aperçoit qu'il a de nouveau apporté l’assurance qu'il veillerait à l’équilibre du système.

Nicolas Goetzmann : Mario Draghi a tenté de justifier l’immobilisme de la BCE en indiquant que ses services économiques sont en cours de rédaction de rapports détaillés sur les prévisions économiques de la zone euro. Les gouverneurs attendent la production de ce rapport afin d’en savoir plus sur l’état de l’économie avant une éventuelle action au mois de mars. Pourtant, le mandat de la BCE est de maintenir l’inflation à un niveau inférieur mais proche de 2.00 % et nous sommes actuellement à 0.7 %, avec un risque manifeste d’aggravation de la situation. La BCE avait donc toute légitimité pour agir dès aujourd’hui mais il y a une peur évidente d’aller plus loin. Les taux sont d’ores et déjà à 0.25 %, et toute baisse suggérait un taux à 0 ou très proche de 0, ce qui est un pas qui semble difficile à franchir pour certains membres du conseil des gouverneurs.

Le diagnostic est assez juste, ils ont conscience des risques, notamment provenant des émergents, ils ont conscience du fait que l’inflation est trop basse et de ses conséquence sur le niveau de dette, mais ils ne veulent pas encore agir. Ce qui est assez difficilement supportable, c’est de constater que 12 % de chômage ne font pas le poids dans la balance. Par contre il y a un refus clair et net de constater un risque de déflation, le rejet est massif sur ce point. Sur ce point précis, il vaudrait mieux ne pas se tromper car les conséquences sont très lourdes.

Qu'aurait-elle pu faire d'autre ? Pourrait-elle participer plus qu'elle ne le fait au redressement de l'économie ?

Jean-Marc Sylvestre : Faut-il rappeler que  la priorité de la Banque centrale européenne est de respecter le mandat qui est le sien, à savoir,  « maintenir la stabilité monétaire » ? La mission de la Banque centrale n’est pas de créer de l’activité ou des emplois, mais de créer un écosystème monétaire le plus neutre possible afin que l’économie réelle puisse fonctionner et créer des emplois. Mais la BCE n est pas le seul pilote de cet écosystème.

La BCE  est indépendante de tous les pouvoirs politiques, (« y compris du pouvoir politique allemand », dit souvent Mario Draghi). Par conséquent Mario Draghi, comme son prédécesseur, n’a pas à sur-réagir aux injonctions politiques ou aux variations à très court terme d’un indicateur de conjoncture. Il garantit à la monnaie une certaine neutralité  par rapport à la politique économique de façon à ce que les producteurs de richesses aient une visibilité et une stabilité.

Les gouvernements sont aujourd’hui incapables d’assurer une stabilité fiscale ou sociale (ça bouge tous les jours), la monnaie, en revanche, offre cette visibilité.

Avant la mise en place de l’euro et  de la BCE, les chefs d’entreprises étaient traumatisés par l’évolution des changes et les États européens s’entretuaient à coup de dévaluations compétitives. On a oublié tout cela, mais l’Italie et la France ont perdu des pans entiers de leurs industries à cause de ces guerres de change. L’Angleterre a perdu son industrie avant de s’apercevoir qu’elle pouvait retrouver une certaines prospérité  dans l’industrie financière, c’est à dire dans la spéculation.

La Banque centrale européenne  a pour fonction d’ajuster la masse monétaire au niveau des besoins de l’économie réelle.

Alors, elle peut distribuer un peu plus de liquidités, mais elle le fait si la machine a des risques de blocage. Et la BCE a toujours fait ce qu'il fallait pour débloquer le marché . Cela a été vrai au lendemain de Lehman Brothers  ou au moment de la crise grecque en décembre 201… mais d’une façon générale et sans le crier, Mario Draghi ouvre les guichets aux banques quand elles ont besoin de liquidités. Et aujourd’hui, il faut savoir que l’argent libéré par la BCE revient en dépôt à la Banque centrale. Le système bancaire n’utilise pas cet argent sous forme de crédit aux entreprises.

La BCE pourrait participer plus au redressement de l’économie en obligeant les banques à faire plus de crédits aux entreprises et aux particuliers, ce qu'elles ne font pas . Une des idées de Mario Draghi pour décourager les banques de thésauriser les crédits serait  d’appliquer des taux négatifs de rémunération pour les dépôts de banque placés à la BCE. Dans ce cas, les banques auraient intérêt à proposer des crédits aux entreprises.

Mais Il est aussi certain qu’en cas de crise grave, la BCE peut intervenir en rachetant de la dette souveraine. Il y a actuellement pour 180 milliards de dettes grecques, italiennes et espagnoles stérilisées. La BCE pourrait très bien refinancer du jour au lendemain. Elle l’a déjà fait. Elle pourrait même racheter des obligations d’entreprise  Elle pourrait aussi  refaire du LTRO (Long Term Refinancing Operations), prêts massifs aux banques, en cas de blocage de l’interbancaire.

Encore faudrait-il que l’économie réelle réagisse, ce qui n’est pas le cas. Encore que les trois pays les plus fragiles, la Grèce, l’Italie et l’Espagne ont commencé à se redresser, principalement grâce à leurs efforts d’assainissement interne.

Donc les outils pour éteindre les incendies existent mais la BCE ne les sortira pas avant le début de l’incendie. 

Nicolas Goetzmann : La question est délicate parce que le mandat de la BCE est très strict : la stabilité des prix prime sur toute autre considération. Le niveau de chômage n’est pas réellement pris en compte par les gouverneurs, ce sont les anticipations d’inflation qui dictent leur loi. Ce carcan empêche légalement la BCE d’agir comme le font la FED ou la Banque du Japon par exemple.

En dehors de cela, et dans les limites qui lui sont imparties, la BCE pourrait annoncer qu’elle juge le niveau d’inflation trop faible et qu’elle se donnera tous les moyens pour parvenir à un niveau proche de 2.00 %.  Si tel était le cas, elle devrait appuyer son annonce par un programme de rachat d’actifs qui lui donnerait de la crédibilité. Un tel mouvement reste possible pour le mois de mars, en attendant les prévisions des économistes de la BCE. Cette action aurait pour effet de soutenir la demande intérieure européenne, et aurait pour conséquence d’affaiblir le niveau de l’euro par rapport aux autres devises. Mais aussi longtemps que le mandat reste ce qu’il est, la BCE n’a fondamentalement pas les moyens d’apporter une réponse à la hauteur de la crise. Elle le pourrait si elle avait un mandat calqué sur celui de la Fed. Ensuite il reste la question des hommes, qui est primordiale.

La BCE détient-elle les clés de la sortie de crise, notamment en France ? Ou certains ont-ils tendance à sur-estimer les solutions de politiques monétaires au profit de solutions à l'échelle de l'économie réelle ? Les réformes de compétitivité doivent-elles rester prioritaires ?

Jean-Marc Sylvestre : Le problème de la zone euro n’est pas d’ordre monétaire , le problème est d’ordre économique et structurel.

 

Il faut arrêter de prendre la Banque centrale pour un bouc émissaire. Beaucoup de responsables politiques à droite comme à gauche, mais surtout à l’extrême droite et à l’extrême gauche considèrent  aujourd’hui que la BCE nous  entraîne vers la faillite. Mais c’est complètement  faux.

Ils tiennent ce raisonnement parce qu’ils n’ont pas le courage d’assumer leurs responsabilités de gouvernants dans la réforme des structures. Ce n’est pas la BCE qui va engager les reformes de compétitivité. 

En fait, c’est tout le contraire, la Banque centrale indépendante a été créée pour obliger les gouvernements à prendre leurs responsabilités.

Le problème spécifique à la BCE, c’est que la monnaie s’applique a plusieurs espaces politiques. Il faut donc que les pays membres coordonnent leurs politiques et harmonisent  leur situation. C’est toute la question de l’harmonisation politique qui est en jeu. Il n y a pas de risque de déflation en Europe, il peut y en avoir en Espagne ou en Italie. Mais ce n’est pas à la BCE de régler ce problème. Elle le constate.

La Banque centrale fait son job, les politiques ont du mal à faire le leur…

Au cœur de ce job, il y a bien évidemment les politiques de compétitivité. Il faut faciliter le fonctionnement de l’économie de marché, la concurrence qui est un facteur de progrès, l’innovation, etc. Il faut nécessairement baisser le montant des charges et par conséquent des dépenses publiques. C’est incontournable.

Et on ne peut pas penser que la BCE, en distribuant des liquidités fera le Job à notre place. Des liquidités, il y en a déjà beaucoup , il faut simplement les investir dans des projets industriels, et pour cela il faut que les chefs d’entreprise qui ont les idées et le talent aient intérêt à le faire . Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Aujourd’hui, les liquidités servent à financer les dépenses publiques, donc la consommation, donc les importations ou alors la spéculation purement financière…  

Dans les pays développés comme les nôtres, l'activité, le progrès, les emplois sont le résultat de l’action des entrepreneurs. Il n'y a pas d’autre solution.  

Nous ne sommes plus dans les années 1960, où il fallait équiper des pays en développement. Il fallait soutenir ou solvabiliser la demande. Le métier d’entrepreneur était moins difficile.

Aujourd'hui c’est différent mais plus gratifiant, il faut fabriquer une offre compétitive dans tous les secteurs, pour capter et séduire tous les marchés .

Nicolas Goetzmann : Ce sont les dirigeants européens qui ont les clés. Une révision du mandat de la BCE serait à même de relancer la demande intérieure de façon massive, ce qui aurait comme conséquence de restaurer la croissance, de faire baisser le chômage et enfin de donner de l’air aux gouvernements dans leur volonté de réformer. Une politique de l’offre est nécessaire en France, baisse du coût du travail, baisse de l’IR, mise en place d’un contrat unique, construction immobilière dans les villes qui bénéficient le plus de la croissance, etc. Mais tout cela ne sera véritablement efficace que si, et seulement si, la croissance est de retour. Et la croissance n’est rien d’autre que la dérivée de la demande agrégée qui est elle-même sous contrôle unique et total de la BCE. Et sans cela, tout objectif de réduction des dépenses publiques est un vœu pieu. Les deux visions, offre et demande,  ne sont pas antinomiques, elles sont complémentaires.

L’économie réelle et la monnaie ne font qu’un. Ce que nous vivons aujourd’hui peut être schématisé grossièrement. La situation ressemble à ceci : Notre capacité de production vaut 100 et l’offre de monnaie actuelle est de 90. Soit nous choisissons de rabaisser la capacité de production à 90 pour trouver l’équilibre, ce qui signifie mettre des gens au chômage, fermer des usines, et fragiliser toutes les entreprises, soit nous choisissons de relancer la monnaie pour que celle-ci atteigne le niveau de 100. Les États-Unis, le Japon… ont choisi la seconde solution, l’Europe a choisi la première. Le coût humain est immense. Il est également à noter que la solution européenne n’est pas que douloureuse, car il n’y a aucun exemple historique où ce choix a fonctionné.

Quels enseignements tirer à cet égard des effets produits par les expériences de relance monétaire en cours aux États-Unis ou au Japon ? L'Europe gagnerait-elle à s'en inspirer davantage, ou s'agit-il dune voie dangereuse qui stimulerait l'économie de façon artificielle ?

Jean-Marc Sylvestre : L’expérience japonaise est intéressante. Ce pays a vécu une déflation grave pendant plus de quinze ans. La Banque centrale du Japon n’aurait pas fait ce qu’il aurait fallu faire pour sortir le japon de la crise, très longue. Mais c’est faux, le Japon est tombé en dépression parce que sa démographie a vieilli, les dirigeants également, et ils ont refusé de laisser le pouvoir, ils se sont enfermé dans des structures familiales très conservatrices, le marché intérieur s'est appauvri et les exportations se sont étouffé faute d’une offre compétitive. La Banque centrale du japon n’y est pour rien.

Quant à l’Amérique, c’est diffèrent, la Réserve fédérale émet la monnaie mondiale. Le dollar n’est pas garanti par l’économie des USA, (ou par un stock d’or comme avant Nixon), mais sa valeur est garantie par tous ceux qui dans le monde font confiance au dollar. Le dollar est devenu la monnaie d’échange acceptée partout sur la planète. Avantage énorme. L’Amérique peut donc en fabriquer autant qu’elle veut. Elle exporte le risque d’inflation à chaque fois. C’est formidable. Est-ce que cela profite à l’économie américaine ? oui, parce que cela crée du financement interne pour pas cher, permet des dévaluations compétitives... jusqu’au moment où on s’aperçoit qu’il y a des risques de bulles. D’où le retrait amorcé par la FED. La conséquence première, c’est que les pays émergents inondés de dollar se retrouvent en porte-à-faux.

D’où l’inquiétude des opérateurs de marchés qui ont sur Wall Street spéculé comme des laquais sur des champs de course et qui ont peur pour leur bonus. Parce que l’état de l’économie réelle ne justifie pas les valorisations (dans l’actualité la plus récente Tweeter en est un bel exemple).

Les grands bénéficiaires d’une politique monétaire généreuse sont les acteurs de la sphère  financière, à Londres et à New-York. La Façon dont Jean-Luc Mélenchon ou Marine lepen regrettent que la BCE ne fonctionne pas comme la Réserve fédérale est plutôt cocasse quand on sait le bénéfice que les milieux financiers ont toujours tirés d’une politique monétaire expansionniste. Mélenchon, Goldman Sachs, même combat. On rêve !

L'économie américaine a heureusement d’autres facteurs de soutiens plus réels : l’exploitation des gaz de schiste, qui lui donne un avantage compétitif considérable, et l’existence d’une classe d’entrepreneurs logée sur la côte ouest, hyper dynamique, et qui a bien compris ce qu’on pouvait tirer d’une  économie de l’offre

Après l’explosion de la bulle internet, et après la faillite de Lehman Brothers, les étudiants de Chicago (le temple de l’école monétariste ) défilaient a Francfort dans le bureau de Jean-Claude Trichet pour étudier le fonctionnement de la BCE.

Nicolas Goetzmann : Les États-Unis et le Japon ont réagi différemment. Les États-Unis sont restés dans le cadre de leur mandat et ont simplement appliqué des moyens « non conventionnels » pour parvenir au résultat, je parle ici des assouplissements quantitatifs. Ces moyens ont vu le jour car l’outil principal d’une banque centrale, qui est de fixer les taux d’intérêts, était épuisé car ces taux étaient déjà à 0. Il fallait donc trouver une autre solution pour relancer la machine.

Le Japon est différent, car il a été choisi de réadapter le mandat en fonction de la volonté du gouvernement. Il y a encore 2 ans, l’objectif de la banque du Japon était d’atteindre une stabilité totale des prix, puis il a été décidé de rehausser ce niveau à 1 % d’inflation et enfin à 2.00 % d’inflation depuis le début de l’année 2013. Ce qui veut dire que la Banque du Japon a choisi d’augmenter structurellement le niveau de croissance de l’archipel, et ce de façon permanente. Ce qui n’est pas le cas des États-Unis, mais cela n’est pas non plus à exclure.

Oui, l’Europe devrait s’en inspirer, mais au-delà de la BCE, c'est aux dirigeants de porter un tel projet. Il s’agit clairement de la responsabilité de François Hollande et d’Angela Merkel.

Une relance monétaire pourrait être qualifiée d’artificielle si nous étions au plein emploi et que l’inflation montrait le bout de son nez. Dans un tel cas, la relance ne générerait aucune croissance supplémentaire et résulterait simplement en un surplus d’inflation, qui lui-même agirait à la hausse sur le chômage. C’est la configuration des années 70. C’est précisément l’inverse de ce qui se produit aujourd’hui. Je dirai même que c’est le taux de chômage qui est artificiel aujourd’hui car il n’est pas une fatalité, il n’est que le résultat d’une politique stricte de stabilité de prix, qui ne prend pas en compte le chômage.

La relance monétaire est-elle génératrice d'inflation, et responsable de "l'euthanasie des rentiers" ?

Jean-Marc Sylvestre : L’inflation était une maladie des économies fermées. Le monde globalisé est sans doute à l’abri de l’inflation. il y aura toujours quelqu'un dans le monde capable de fabriquer et vendre un produit moins cher que le vôtre. L’inflation avait cette vertu autrefois de ruiner les rentiers et les vieux. Donc on écrasait les dettes de cette façon.

Sans inflation, on ne peut pas écraser les dettes, sauf à exécuter les rentiers. Ce qui est politiquement gênant. Le problème de l’Europe est là. L’endettement des États a été financé par les épargnants. Si les États font défaut, ils ruinent leurs épargnants qui sont aussi leurs électeurs... Compliqué.

Nicolas Goetzmann : Les rentiers sont protégés par le système de stabilité des prix. Mais cela se fait au détriment du niveau de l’emploi. On ne peut demander aux uns de payer pour les autres, il s’agit de trouver un équilibre et c’est exactement le sens du mandat "dual" de la FED : maîtrise des prix et emploi maximum : la Banque doit agir au mieux pour équilibrer ces deux intérêts. Le résultat est bien meilleur aux États-Unis, 6.7 % de chômage et 1.5 % d’inflation contre 12 % de chômage et 0.7 % d’inflation en Europe. La situation est totalement déséquilibrée en Europe, donc, il s’agit bien plus d’une euthanasie des chômeurs et de précaires que d’une euthanasie des rentiers. L’économiste Steve Waldman déclarait à ce titre « Ce qui est immoral c’est de cacher ce qui peut être démontré comme étant le plus grand programme d’assurance sociale derrière la phrase technocratique de “stabilité des prix”. C’est un schéma qui force les membres les plus précaires de notre société à assurer le pouvoir d’achat des plus sécurisés, et ce, sans aucune limite ou même comptabilité de l’échelle de ce transfert ».

Est-elle à l'origine de bulles ?

Jean-Marc Sylvestre : Une politique monétaire excessive alimente les bulles. Comme il n’ y a plus d’inflation et que les excédents de liquidités ne se retrouvent pas dans l’économie réelle, on assiste à la création de bulles, dans l’internet, l’immobilier (les subprimes)... La politique monétaire de celui qu'on appelait "le sorcier de l’Amérique", Alan  Greenspan, a eu des effets catastrophiques dans le monde entier .

Nicolas Goetzmann : Nous pourrions conclure à la responsabilité d’une banque centrale dans la formation de bulles si celle-ci s’évertuait à soutenir la demande alors que l’inflation est déjà élevée. Ce qui est bien entendu l’exact opposé de ce qui passe depuis l’entré en crise. Et contrairement à la vision générale, les États-Unis n’ont pas eu d’inflation élevée depuis la fin des années 70. Il faut bien se rendre compte qu’une banque centrale ne peut agir que sur l’économie en agrégée, c’est-à-dire dans son ensemble. Si un secteur particulier se trouve en situation de bulle, par exemple l’immobilier, que peut-elle faire ? Si l’inflation « globale » ne dépasse pas le cadre de son mandat, ce serait même de la folie d’agir car cela pénaliserait l’ensemble de l’économie alors qu’un seul secteur serait visé. Ce qui veut dire que si un secteur est en bulle, il revient au législateur d‘intervenir en fixant des limites par exemple sur les niveaux de prêts. Mais la banque centrale ne peut cibler un secteur particulier, si elle serre la vis, elle la serre pour tout le monde. Ce genre d’épisode a déjà pu se produire, par exemple en 1929, quand la FED a voulu intervenir contre la spéculation financière. C’est bien l’ensemble de l’économie qui a trinqué.

Quelles solutions les maux dont souffre l'économie française appellent-il ?

Jean-Marc Sylvestre : Les maux de l’économie française sont connus de tout le monde. Un modèle social trop cher, une sous-productivité de l’administration, une sous-compétitivité des entreprises et un manque de courage politique évident pour redresser le bateau. La Banque centrale n’y est pour rien. 

Nicolas Goetzmann : L’économie française souffre d’abord d’un manque de croissance, ce qui relève au premier chef du pouvoir monétaire. En complément, le pouvoir budgétaire, les réformes de l’offre, sont nécessaires pour améliorer le potentiel de l’économie dans son ensemble. Par exemple, lorsque nous parlons de l’emploi, il y a une différence entre le chômage structurel et le chômage conjoncturel. Le conjoncturel relève de la monnaie, et représente au moins 3 points en France. Une fois que ce chômage conjoncturel est en cours de traitement, il est alors possible de s’attaquer au structurel, c’est-à-dire par exemple de passer au contrat unique, de baisser les charges, de baisser l’IR, d’offrir une meilleure éducation etc. Ici aussi il y a bien 3 points à gagner, pour arriver au final à un taux de plein emploi de 5 % (en partant du taux de chômage actuel de 11 %).

Mais sans la monnaie une réforme de l’offre ne peut aboutir à des résultats satisfaisants, ce serait même jeter le discrédit sur ce type de réforme, plus personne n’y croit. Quand la Grèce a commencé son programme, la « Troïka » lui a promis une seule année de récession pour une contraction totale de 2.6 %. Dans la réalité il y a eu 5 années de récession et 25 % de contraction.

Il ne faut pas se leurrer, une politique de l’offre est impérative pour remettre la France sur les rails, mais celle-ci est inutile voire dangereuse aussi longtemps que la BCE n’agira pas. A cela il est souvent rétorqué que l’Allemagne y est parvenue, ce à quoi je réponds que l’Allemagne a réformé son droit du travail en 2005, lorsque la croissance européenne permettait de tels ajustements. Les réformes allemandes n’ont été possibles que parce que les pays du sud, mais aussi la France, avaient un niveau de croissance satisfaisant. Il ne sert à rien d’opposer offre et demande, il faut cumuler les deux approches pour obtenir le meilleur résultat. Si la demande est relancée, les réformes de l’offre porteront leurs fruits.


Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/bce-est-elle-seule-pouvoir-sortir-grande-crise-2008-jean-marc-sylvestre-nicolas-goetzmann-975250.html#lXusL0ZEUk3FirO1.99

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ. Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il est l'auteur de Tout va bien ! (ou presque), la preuve en 25 leçons aux éditions Fayard. Il est également l'auteur du site http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico

Pour en savoir plus sur ce sujet, lisez le nouveau livre de Nicolas Goetzmann : Sortir l'Europe de la crise : le modèle japonais, (Atlantico éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 11:51

The Council adopted today, by qualified majority1, a directive aimed at creating a single market for mortgage credits in the EU, with a high degree of consumer protection (5318/14 + ADD 1 REV 1 + 25/13).  

The directive sets out to to create an efficient and competitive single market for the benefit of consumers, creditors and credit intermediaries. It seeks to establish a high level of protection whilst addressing irresponsible lending and borrowing which, in the recent context of financial crisis, has contributed to increased numbers of unaffordable loans, defaults and foreclosures throughout the EU.    

By ensuring that mortgage credit markets operate in a responsible manner, the text also seeks to promote financial stability.    

EU rules on misleading advertising and on unfair terms in consumer contracts do not take account of the specificities of mortgage credit. Pre-contractual information for mortgage loans is the subject of a voluntary code of conduct, though its implementation has been inconsistent. Mortgage and renovation loans in excess of €75 000 are outside the scope of EU rules on consumer credit, and there are currently no EU requirements for non-credit institutions providing credit or for credit intermediairies. 

The directive therefore establishes conditions to ensure a high degree of professionalism amongst creditors and credit intermediairies. It sets out principles for marketing and advertising, and obligations for pre-contractual information, as well as requirements for information concerning credit intermediaries and for information on the borrowing rate.    

Provisions require the creditor to assess the creditworthiness of the consumer, as well as disclosure obligations on the part of the consumer. The text establishes regulatory and supervisory principles with regard to credit intermediairies, as well as provisions to enable adequate regulation and supervision of non-credit institutions.    

The text adopted by the Council includes all amendments voted by the European Parliament, following an agreement reached between the two institutions in first reading.    

Member states will have two years to transpose the directive into their national laws, regulations and administrative provisions.    

1 The decision was taken without discussion at a meeting of the Economic and Financial Affairs Council. The Czech Republic, Luxembourg and Latvia abstained.   

NB : It would seem that investors are still concerned about the financial and economic repercussions of the mortgage credit situation in the United States.

French version : http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_Data/docs/pressdata/fr/ecofin/140805.pdf

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 13:20

Entre 200 et 300 milliards d'euros par an : c'est l'avantage financier que les banques européennes ont tiré des garanties implicites que leur ont fournies les Etats pendant la crise, selon une étude réalisée par l'expert financier indépendant Alexander Kloeck à la demande des eurodéputés du groupe écologiste. « C'est l'un des graves dysfonctionnements révélés par la crise et il n'a pas encore été traité », s'alarme le député européen belge (Groupe les Verts-Alliance libre européenne), Philippe Lamberts.

Publiée lundi 27 janvier, cette étude pourrait relancer les débats sur le sujet, alors que Michel Barnier, le commissaire européen au marché intérieur, s'apprête à présenter, mercredi 29 janvier, son projet de séparation des activités bancaires, visant à mieux réguler le secteur. (cf. Michel Barnier propose de filialiser les activités bancaires les plus risquées (Le Monde))

« TOO BIG TO FAIL »

En 2010 et 2011, la question de ces garanties implicites agitait la classe politique européenne. Quand la banque Lehman Brothers a fait faillite, en 2008, les autorités ont réalisé que certains établissements étaient systémiques, ou « too big to fail » : « trop gros pour qu'on puisse les laisser faire faillite » sans provoquer des dégâts sur l'économie réelle. C'est le cas des grandes banques européennes universelles, mêlant récolte des dépôts des épargnants et activités sur les marchés : BNP Paribas, Deutsche Bank, UBS… 

« Les investisseurs sont persuadés qu'en cas de crise grave, les gouvernements agiront pour les empêcher de faire défaut », commente Laurence Scialom, spécialiste du sujet à l'université Paris-X - Nanterre. C'est ce que les économistes appellent la garantie ou subvention implicite des Etats.

A priori, on pourrait juger que c'est une bonne chose, puisque cette garantie n'est quasiment jamais utilisée. L'ennui, c'est qu'elle a de nombreux effets pervers. D'abord, elle incite les banques à prendre plus de risques sur les marchés financiers. « C'est l'aléa moral : la certitude d'être aidé par l'Etat pousse à adopter des comportements moins prudents », explique Bruno Colmant, économiste à l'Université catholique de Louvain.

Ensuite, la garantie implicite crée des distorsions de concurrence. Les banques qui en bénéficient profitent de conditions de financement plus favorables que les autres établissements sur les marchés, puisqu'elles sont jugées plus sûres.

« CES INSTITUTIONS GAGNENT DE L'ARGENT GRÂCE AU SOUTIEN DES ETATS »

Les agences de notation reconnaissent cet avantage. Elles attribuent deux types d'évaluation aux banques « too big to fail » : l'une, dite stand alone, considérant le seul bilan de santé financier de l'établissement, l'autre dite all-in, intégrant la garantie des Etats. « La seconde note est toujours meilleure que la première, preuve que ces institutions profitent de taux d'intérêt plus bas, et donc, gagnent de l'argent grâce au soutien des Etats », dit M. Lamberts.

C'est en se fondant sur ces écarts de notes qu'Alexander Kloeck a établi qu'entre 2007 et 2012, le secteur bancaire européen a reçu l'équivalent de 208,8 à 320,1 milliards d'euros par an de subventions implicites des Etats, qui ont, pour l'essentiel, profité aux établissements systémiques. L'étude évoque également les estimations menées par d'autres experts ces dernières années, suivant des méthodologies différentes. Les résultats, très variables, s'échelonnent entre 96 et 293 milliards d'euros par an.

« Ces calculs purement théoriques ne veulent rien dire », balaie un banquier parisien, rappelant que lorsqu'ils ont prêté de l'argent aux institutions bancaires, les gouvernements ont été entièrement remboursés, intérêts en plus.

Ces garanties publiques ont tout de même nui aux Etats au plus fort de la crise, puisque les agences de notation ont considéré qu'elles risquaient d'alourdir les dettes souveraines. C'est l'un des motifs évoqués par Standard & Poor's et Moody's lorsqu'elles ont dégradé la note de l'Etat français en 2012.

« IMPOSER UNE FILIALISATION DES ACTIVITÉS DE MARCHÉS LES PLUS RISQUÉES »

Les gouvernements commencent à prendre des mesures pour atténuer ces effets pervers : les règles de Bâle III ont imposé aux banques de  renforcer leurs capitaux propres afin d'être en mesure de mieux absorber les chocs ; la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont adopté de lois de séparation des activités bancaires. « L'objectif est d'imposer une filialisation des activités de marchés les plus risquées, afin qu'elles ne profitent plus de la garantie publique dont bénéficient légitimement les dépôts des particuliers », résume Hubert de Vauplane, professeur de droit bancaire à Paris-II.

« C'est un début, mais ces législations doivent aller plus loin, sans quoi les bonus des traders resteront, de facto, garantis par l'Etat », ajoute Christophe Nijdam, du cabinet indépendant d'analyse financière AlphaValue. Comme de nombreux experts, il juge que ces lois comportent tant d'exceptions – surtout en France – que leur efficacité sera limitée.

« Nous espérons que le projet de Michel Barnier ira plus loin que la loi française, trop peu ambitieuse », commente-t-on chez Finance Watch, une ONG qui lutte pour une meilleure transparence financière.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/01/27/les-banques-europeennes-et-le-jackpot-des-garanties-d-etat_4354966_3234.html

Voir également à cet égard les articles suivants :

 * De l'économie de l'insécurité ! (nouvelle édition)    

 * Mais pourquoi avait-on voté en 1973 cette loi imposant à l'Etat de passer par les banques privées ou les marchés pour financer sa dette ? par Atlantico

 * En 2006, pour la Fed, rien à signaler, par Sylvain Cypel (Le Monde)     

 * Quand l'Europe sauve ses banques, qui paye ? (Arte)

 * Le plus grand hold-up de l'histoire ? par Jean-Paul Baquiast (Dedefenza.org)  

 * Finance de l'ombre : "Les autorités ont fermé les yeux" (entretiens avec - Le Monde)

 * Fonds spéculatifs : la Commission précise certaines règles  

 * Comment la Fed assèche les banques européennes, par Cécile de Corbière, Dominique Gallois et Cécile Prudhomme (Le Monde)     

 * Une réponse politique et institutionnelle à l'instabilité et à l'insécurité créée par l'incapacité de répondre efficacement aux chocs financiers systémiques

 * Accordons la licence bancaire au MES pour redonner à la puissance publique la souveraineté qu'elle a perdue !

 * Vers un isolement des activités bancaires les plus risquées au sein de l'Union européenne

 *  Une réponse politique et institutionnelle à l'instabilité et à l'insécurité créée par l'incapacité de répondre efficacement aux chocs financiers systémiques - nouvelle édition -

 *  Retour sur image : Les hommes d'influence de Goldman Sachs, par Marc Roche (presseurop.eu - 3 mars 2010)

 * Un jackpot de 600 millions pour Goldman Sachs (Le Monde)

 * Garantir à tout-va revient, quand on est hyperendetté, à ne plus rien garantir du tout ! (nouvelle édition)         

 * Trop puissante pour être punie ? L'inquiétante difficulté des démocraties à contrôler l'industrie de la finance (Atlantico.fr) 

 


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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 13:18

Michel Barnier en fait le point d'orgue de son mandat de commissaire européen au marché intérieur : le Français doit proposer, mercredi 29 janvier, à Bruxelles, une délicate réforme de structures des plus grandes banques européennes dont l'objectif est de limiter la prise de risque des principaux établissements, afin de mieux protéger les activités « classiques » de détail, et le financement de l'économie réelle.

Dans son esprit, le projet doit aller de pair avec la mise sur pied d'un mécanisme européen de résolution des crises bancaires – le laborieux chantier de l'union monétaire – afin de mieux contrôler les banques les plus tentaculaires, celles que les pouvoirs publics considèrent comme « trop grosses pour faire faillite ».

Concrètement, M. Barnier suggère de séparer, dans une entité juridique distincte, les activités de marché les plus risquées menées par les plus grands établissements européens. Au-dessus de certains seuils, les superviseurs – la Banque centrale européenne pour la zone euro – analyseront en détail...

 

L’accès à la totalité de l’article est protégé

Voir la suite : http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/01/27/michel-barnier-propose-de-filialiser-les-activites-bancaires-les-plus-risquees_4354990_3234.html  

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 11:59

Tous les sondages l’indiquent, les prochaines élections européennes risquent d’être dévoyées et de se transformer en un referendum pour ou contre l’Union Européenne.

Cette situation est très dangereuse: en effet comme la question ne sera pas posée explicitement dans ces termes tels que tout referendum qui se respecte l’imposerait, il sera parfaitement loisible à ceux qui feront campagne en faveur du « Non » d’éviter de détailler les modalités de l’alternative qu’ils proposent. S’il est probable que, superficiellement, le « Oui » l’emporte, le débat fera, néanmoins, apparaître des divergences importantes au sein de ce camp, ne fusse que sur un avenir « fédéral » ou « intergouvernemental », tant au sein de l’Union à 28 que de l’UEM à 18.

Admettant que le camp du « Non » soit représenté par 1/3 des nouveaux eurodéputés et celui du « Oui » partagé de façon égale entre fédéralistes et confédéralistes, hypothèse réaliste, il s’ensuivrait que l’Union serait dans l’incapacité de proposer un projet d’avenir crédible entraînant l’adhésion d’une majorité de l’électorat. Cette perspective ne ferait qu’attiser la spéculation sur la pérennité de l’Union car il est parfaitement illusoire de compter sur une amélioration de la conjoncture mondiale, encore aléatoire, pour résoudre les problèmes structurels de l’Europe.

Pour éviter cette situation, il est essentiel de mobiliser l’électorat en soumettant à son suffrage des alternatives « politiques » pour la conduite des affaires européennes au point de vue économique, social, environnemental etc. La désignation par les « partis » européens de leurs candidats à la présidence de la Commission constitue un premier pas dans cette direction, quoiqu’insuffisant. Ce qui est fondamental, c’est d’établir que l’orientation « politique » issue des urnes s’imposera pour cinq ans, laissant les matières « nationales » régies par les majorités issues des élections législatives respectives. C’est seulement de cette manière qu’on peut éviter que l’Europe soit tenue en otage par ses Membres et que l’intérêt général puisse prévaloir.

C’est dans ce contexte seulement, qu’il est possible pour les partisans du « Oui » de faire front commun contre le « Non » pour décrédibiliser cette imposture comme totalement irréaliste et porteuse de très graves conséquences pour tous les pays de l’Union.

De ceux qui haussent les épaules et pensent que l’Europe est irréformable car gangrénée par les mêmes dérives qui ont compromis la classe politique dans nombre de ses Etats Membres, j’attirerais l’attention sur une autre institution. Elle compte deux fois plus d’adhérents que l’UE et a été sujette elle aussi, à une désaffection croissante. Donnée pour moribonde encore récemment à cause d’allégations concernant son manque de légitimité démocratique, son élitisme, ses mœurs dissolues, sa corruption, son incapacité à répondre aux préoccupations de ses membres, elle semble tout d’un coup miraculeusement convalescente. Il s’agit évidemment de l’Eglise catholique et de l’élection du Pape François dont l’impact initial a redonné espoir à des millions de fidèles, voir bien au-delà, même s’il est évident que mettre en place les réformes nécessaires prendra du temps et que certains nostalgiques ou ultras progressistes seront déçus.

C’est d’un choc du même ordre que l’Europe a besoin pour initier sa transformation. L’électeur doit indiquer clairement quelle orientation politique il désire donner à l’Union et le « Synode» (Conseil), réuni en Conclave (Conseil Européen), élira ensuite le « Pape » (Président) de l’exécutif en fonction des résultats. Ce dernier doit pouvoir choisir son équipe rapprochée (Commission) de façon à utiliser son droit d’initiative pour mettre en œuvre, avec l’aval du Parlement, les orientations issues du scrutin et les réformes nécessaires à la concrétisation de son « programme européen ». Cette équipe devra proposer à un « Concile » (Conférence intergouvernementale) un nouveau Traité qui actualisera les changements institutionnels indispensables et la dévolution des responsabilités entre les différents niveaux de pouvoirs ; il définirait notamment le rôle du « Synode » et il laisserait aux « Conférences épiscopales » régionales (Etats-Membres) une large autonomie dans le respect de la subsidiarité. Un référendum européen unique, récoltant au moins 60% des voix, entérinerait démocratiquement le processus.

L’impopularité actuelle de l’Europe doit être combattue vigoureusement. Loin d’être le problème, l’Union Européenne est un élément incontournable de toute solution.

Il nous reste moins de 6 mois pour en apporter la démonstration.

Paul N. Goldschmidt est Directeur, Commission Européenne (e.r.) et Membre du Comité Consultatif de l’Institut Thomas More.

Source : http://www.sauvonsleurope.eu/limpopularite-de-leurope/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=limpopularite-de-leurope

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 15:34

The Greek Presidency of EU Council on January 14 reached a provisonal agreement in trilogue on updated rules for markets in financial instruments (MiFID II).

"The political agreement with tle European Parliament on updated rules for markets in financial instruments constitues an important step aimde at establishing a saer, sounder, more transparent and responsible financial system.

"With the revised rules, the European Union, in response to the financial crises, acquires a significant tool to reduce systemic risk and to ensure financial markets stabilty as well adequate financial protection." said Greek Finance Minister Yannis Stournaras, the President of ECOFIN.

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 11:01

Les eurodéputés ont lancé une enquête sur le rôle de la Troika  dans la crise de la dette. Objectif : évaluer l’impact des décisions et ouvrir le débat sur son avenir au sein de la gouvernance de l’Union économique et monétaire. 

C’est une véritable revue de détail qu’a entamée le Parlement européen. La troïka, qui rassemble la Commission européenne, la banque Centrale européenne et le Fonds monétaire international, doit expliquer sa gestion de la crise dans les quatre pays où elle a opéré comme principal bailleur de fonds: le Portugal, l’Irlande, la Grèce et Chypre.

Quatre ans après le début de la crise de la dette, les eurodéputés membres de la Commission économique et financière ont entamé une série d’auditions des principaux responsables des institutions et de voyages dans les pays sous "programme".

Cette semaine à Strasbourg, les eurodéputés ont entendu le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn le 13 janvier ainsi que l'ancien président de la BCE, Jean-Claude Trichet  le 14. Celle du patron du Mécanisme européen de stabilité (MES) Klaus Regling doit suivre le 15 janvier. Seul manque à l’appel le Fonds monétaire international.

Des visites sur place

« Nous sommes actuellement en visite dans tous les pays sous assistance où nous sommes perçus comme les uniques interlocuteurs pouvant dialoguer sur un pied d’égalité avec la troïka » souligne l’eurodéputé socialiste français, Liem Hoang Ngoc, corapporteur du rapport parlementaire avec l'Autrichien Othmar Karas (PPE).

Après des visites au Portugal et à Chypre, la délégation parlementaire chargée du rapport d’enquête se rendra en Irlande les 16 et 17 janvier avant de partir pour la Grèce les 29 et 30 janvier. Le projet de rapport sera quant à lui présenté à Strasbourg le 15 janvier.  

Légitimité démocratique de la troïka

La question de la légitimité démocratique reste un point central dans l’enquête menée par les eurodéputés.

En ligne de mire, l’ingérence des trois bailleurs de fonds dans les programmes d’austérité mis en place pour réduire les déficits des pays.  « Au Portugal par exemple, il y a eu un accord entre les syndicats et le patronat sur un salaire minimum fixé à 500 euros mensuels, compromis qu’a refusé la troïka » détaille Liem Hoang Ngoc.

« Tout d’abord, personne ne dicte sa loi : les décisions sont prises en accord avec les pays bénéficiaires qui sont responsables devant leur parlement » a nuancé Olli Rehn.

Désaccord sur l’efficacité de la troïka 

À l’heure du bilan, les avis restent très divisés sur la question de l’efficacité de l’action de la troïka.  « Si rien n’avait été fait pour la Grèce, l’impact de la crise aurait été incontestablement pire pour ce pays », affirme Jean-Claude Trichet, ancien président de la BCE lors de son audition.

Un point de vue partagé par le commissaire Olli Rehn et plusieurs eurodéputés du PPE ou des libéraux de l’ALDE.

Mais pour beaucoup, les décisions prises à l’époque ont largement sous-estimé l’impact des politiques de rigueur sur la croissance. « Les programmes n’ont pas rempli leurs objectifs de réduction de la dette publique et de relance de la compétitivité » relève le projet de rapport des parlementaires, qui demande une révision des programmes d’ajustement afin de les rendre plus réalistes et plus étalés dans le temps.

Les auditions ont mis en évidence un certain désaccord entre les parties de la troïka lors de la prise de décision : la Commission et la BCE penchant davantage en faveur d’une stabilisation budgétaire tandis que le FMI souhaitait mettre l’accent sur les réformes structurelles. « Au final, nous avons fait les deux d’où l’impact négatif sur la croissance » Liem Hoang Ngoc.

« Chacune des trois institutions, qu’on le veuille ou non, a sa propre philosophie en matière de politique économique. Avec la règle de l’unanimité qui s’applique au sein de la troïka, nous avons parfois du  pousser aux limites nos philosophies économiques pour nous accorder sur les programmes » a de son côté reconnu le commissaire Olli Rehn. 

Aujourd’hui « la croissance tâtonne, mais les taux d’endettement sont supérieurs aux taux qu’enregistraient les pays avant la mise en place des plans de sauvetage » souligne le corapporteur socialiste. « Résultat, même s’il reviennent sur les marchés, la soutenabilité de la dette est encore pire qu’avant » poursuit-il.

Pour Olli Rehn, l’intervention de la troïka a été payante. «  L’Irlande a achevé son programme au mois de décembre et l’Espagne, en ce qui concerne le secteur bancaire, va suivre » détaille-t-il.

Avenir en suspens

Si l’enquête parlementaire vise à accroître la légitimité et le contrôle démocratique de la troïka, sa suppression n’est pas à l’ordre du jour. « Soyons clairs, nous ne sommes pas pour une suppression de la troïka », affirme Liem Hoang Ngoc.

« Dans les circonstances actuelles, le point de vue de tous les partenaires de la troïka est que cet organe fonctionne raisonnablement bien dans des situations difficiles. Les (trois) institutions concernées devraient continuer à collaborer dans un futur proche », a affirmé le commissaire aux affaires économiques.

Toutefois, pour le chef de file des socialistes au Parlement européen, Hannes Swoboda, l’absence de sensibilité aux questions sociales des trois institutions appelle à un « démantèlement » .

Le FMI, grand absent

Reste que le grand absent de cette série d’audition reste sans conteste le Fonds monétaire internationale. Seule institution non européenne de la troïka, son avenir reste sujet à débat. « Aujourd’hui, le véritable sujet est le pilotage futur de la troïka avec ou sans le FMI » reconnaît le corapporteur français.  

Plus largement, les eurodéputés réclament un rôle accru du Parlement européen dans l’évolution de la gouvernance de la zone euro. Une idée qui dispose du soutien de Jean-Claude Trichet.

« Si un pays refuse complètement d’appliquer les mesures d’économies préconisées dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance […]ce pays devrait pouvoir demander au Parlement européen de trancher le désaccord, en liaison avec le parlement national » a proposé l’ancien président de la BCE.  

 Pour Olli Rehn, la gouvernance de la troïka va faire partie d’un débat plus large concernant l’approfondissement de l’UEM. Une union monétaire ne peut surgir du jour au lendemain et ne peut émerger qu’au sein d’un processus démocratique bien établi.

CONTEXTE : 

La troïka, composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, a mené les négociations entre les prêteurs officiels et les gouvernements des pays bénéficiaires de programmes d’aide.  Très contesté dans les pays sous assistance, le bilan de ces trois institutions lors de la crise de la dette dans les pays de la zone euro fait l’objet d’un rapport d’enquête initié par le Parlement européen.

PROCHAINES ÉTAPES : 
  • 15 janvier: remise du projet de rapport d'enquête sur le rôle et les agissement de la troïka
  • 16 et 17 janvier: visite de la commission d'enquête en Irlande
  • 29 et 30 janvier: visite de la commission d'enquête en Grèce  à Strasbourg
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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 19:02

Quand la BCE admet entre les lignes qu'elle a un plan pour nous sortir de la crise : la déflation et les chômeurs

Alors que l’emploi fait partie des objectifs assignés à la BCE par le Traité européen, Benoit Cœuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a sous-entendu jeudi 12 décembre devant un parterre d'investisseurs que le chômage de masse dans les pays du sud de l'Europe ne représentait pas un problème et était au contraire un moyen de juguler les différentiels d'inflation.


Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/bce-admet-entre-lignes-qu-elle-plan-pour-sortir-crise-deflation-et-chomeurs-mathieu-mucherie-932447.html#uQ7gzKbA2UtIPiI8.99

Quand la BCE admet entre les lignes qu'elle a un plan pour nous sortir de la crise : la déflation et les chômeurs

Alors que l’emploi fait partie des objectifs assignés à la BCE par le Traité européen, Benoit Cœuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a sous-entendu jeudi 12 décembre devant un parterre d'investisseurs que le chômage de masse dans les pays du sud de l'Europe ne représentait pas un problème et était au contraire un moyen de juguler les différentiels d'inflation.


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4/ Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a affirmé lundi dernier que Sabine Lautenschläger, actuelle vice-présidente de la Bundesbank, serait une bonne candidate pour succéder à Jörg Asmussen. Personne ne trouve à y redire. Sabine ne connaît pourtant rien à la politique monétaire, et tout le monde le sait. Le casting dysfonctionnel en zone euro se poursuit. Alors qu’il faut des diplômes et des expériences pour s’installer comme mâcon ou comme réparateur de chaudières ou comme coiffeur, on considère que l’on peut devenir banquier central comme ça, au feeling. Pendant ce temps, les américains confirment Yellen et recrutent Fischer. Devinez quel coté de l’Atlantique va réduire le chômage dans les années à venir et quel coté va continuer à en faire une solution contre l’inflation (cette inflation qui potentiellement ressusciterait peut-être un jour via les salaires ou via le pétrole ou via d’autres trucs non monétaires qui seront agités pour la cause) ?

5/ J’ai un exemple tous les jours ces derniers temps. J’écris un bouquin sur le sujet. Pas sûr qu’il soit très lu dans un pays où on peut fin 2013 titrer sans rire, au 1er degré, dans un journal sérieux, que la BCE "prend acte de la désinflation en zone euro".  

Conclusion, hélas provisoire

Les provocations vont continuer. Comment pourrait-il en aller autrement : elles fonctionnent. Le triangle d'impossibilité créé par la Bundesbank entre Francfort, Berlin et Karlsruhe fonctionne comme un triangle des Bermudes où les (rares) critiques se perdent comme dans un trou noir. La BCE va donc poursuivre son free riding vis-à-vis de la Fed, sa stratégie au bord du gouffre face aux Etats de la périphérie et son travail de sape pour ruiner l’employabilité d’un quart de la population afin de tuer dans l’œuf toute velléité (fantasmagorique) de revendication salariale. La vanité de l'Asset Quality Review et l'incohérence temporelle du grand bluff sur l'OMT ne seront pas exposées au grand public. Le représentant en France de Benoit Coeuré, un certain François Hollande, est plutôt mal barré tant qu’il perpétuera le complexe d’infériorité monétaire de la France vis-à-vis de l’Allemagne (un complexe que Milton Friedman il y a 20 ans jugeait infondé, indigne d’un grand pays comme le notre et à terme mortifère). Qu’il est loin le temps où Paul Volcker pouvait déclarer victoire sur l’hydre inflationniste arrivé à 4 %/an, où François Mitterrand pouvait déclarer à la télévision que les technocrates ne dirigeraient jamais la politique monétaire en Europe ('Aujourd'hui l'Europe', TF1, 3 septembre 1992), où Helmut Schmidt pouvait déclarer dans la vertueuse RFA que le pays pouvait dans tous les cas tolérer 5 % d’inflation plus facilement que 5 % de chômage si tant est que le choix existe. Mais je vous parle d’un temps que les jeunes chômeurs européens de moins de 30 ans ne peuvent pas connaître.



[1] Dans le droit fil des idées de l’ancien président de la BCE, Jean-Claude Trichet qui avait imaginé que "les autorités européennes aient le droit d’opposer leur veto à certaines décisions de politique économique nationale. Cette compétence pourrait en particulier concerner les principaux postes de dépenses budgétaires et les facteurs déterminants pour la compétitivité du pays". "Construire l’Europe ? Bâtir ses institutions", Intervention de Jean-Claude Trichet à l’occasion de la remise du Prix Charlemagne 2011 à Aix-la-Chapelle, le 2 juin 2011.

[2] Le Parlement européen est très remonté contre les émissions de Co2 et contre la peine de mort aux Etats-Unis. A la différence de ce qui se passe en Suède (où tous les décideurs de la Riksbank sont nommés par le Parlement), il ne joue aucun rôle dans le processus de nomination des membres de la BCE, à l’exception d’une procédure indicative de ratification des nominations pour une partie du comité. Et, à la différence de ce qui se passe outre-Atlantique, le Parlement n’a pas le pouvoir d’amender les décisions de la BCE. La taxation sur les transactions financières (un sujet lilliputien, non monétaire, et qui fait se retourner James Tobin dans sa tombe) est en ce moment le seul sujet qui oppose les euro-députés et la BCE. Les euro-députés qui questionnent Mario Draghi sur les sujets qui fâchent se comptent sur les doigts de la main du capitaine Crochet. A noter que le Parlement pourrait en théorie demander à la BCE de changer son objectif d’inflation (cet objectif qui a fait tant de mal, le 2 %/an sur un indice de biens&services conceptuellement dépassé) car ce dernier n’est inscrit nulle part dans le Traité : en droit, la BCE serait dans l’obligation de s’incliner. Mais dire que l’hypothèse héroïque d’un réveil des euro-députés sur ce dossier ne trouble pas trop les nuits de la BCE est un doux euphémisme.


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4/ Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a affirmé lundi dernier que Sabine Lautenschläger, actuelle vice-présidente de la Bundesbank, serait une bonne candidate pour succéder à Jörg Asmussen. Personne ne trouve à y redire. Sabine ne connaît pourtant rien à la politique monétaire, et tout le monde le sait. Le casting dysfonctionnel en zone euro se poursuit. Alors qu’il faut des diplômes et des expériences pour s’installer comme mâcon ou comme réparateur de chaudières ou comme coiffeur, on considère que l’on peut devenir banquier central comme ça, au feeling. Pendant ce temps, les américains confirment Yellen et recrutent Fischer. Devinez quel coté de l’Atlantique va réduire le chômage dans les années à venir et quel coté va continuer à en faire une solution contre l’inflation (cette inflation qui potentiellement ressusciterait peut-être un jour via les salaires ou via le pétrole ou via d’autres trucs non monétaires qui seront agités pour la cause) ?

5/ J’ai un exemple tous les jours ces derniers temps. J’écris un bouquin sur le sujet. Pas sûr qu’il soit très lu dans un pays où on peut fin 2013 titrer sans rire, au 1er degré, dans un journal sérieux, que la BCE "prend acte de la désinflation en zone euro".  

Conclusion, hélas provisoire

Les provocations vont continuer. Comment pourrait-il en aller autrement : elles fonctionnent. Le triangle d'impossibilité créé par la Bundesbank entre Francfort, Berlin et Karlsruhe fonctionne comme un triangle des Bermudes où les (rares) critiques se perdent comme dans un trou noir. La BCE va donc poursuivre son free riding vis-à-vis de la Fed, sa stratégie au bord du gouffre face aux Etats de la périphérie et son travail de sape pour ruiner l’employabilité d’un quart de la population afin de tuer dans l’œuf toute velléité (fantasmagorique) de revendication salariale. La vanité de l'Asset Quality Review et l'incohérence temporelle du grand bluff sur l'OMT ne seront pas exposées au grand public. Le représentant en France de Benoit Coeuré, un certain François Hollande, est plutôt mal barré tant qu’il perpétuera le complexe d’infériorité monétaire de la France vis-à-vis de l’Allemagne (un complexe que Milton Friedman il y a 20 ans jugeait infondé, indigne d’un grand pays comme le notre et à terme mortifère). Qu’il est loin le temps où Paul Volcker pouvait déclarer victoire sur l’hydre inflationniste arrivé à 4 %/an, où François Mitterrand pouvait déclarer à la télévision que les technocrates ne dirigeraient jamais la politique monétaire en Europe ('Aujourd'hui l'Europe', TF1, 3 septembre 1992), où Helmut Schmidt pouvait déclarer dans la vertueuse RFA que le pays pouvait dans tous les cas tolérer 5 % d’inflation plus facilement que 5 % de chômage si tant est que le choix existe. Mais je vous parle d’un temps que les jeunes chômeurs européens de moins de 30 ans ne peuvent pas connaître.



[1] Dans le droit fil des idées de l’ancien président de la BCE, Jean-Claude Trichet qui avait imaginé que "les autorités européennes aient le droit d’opposer leur veto à certaines décisions de politique économique nationale. Cette compétence pourrait en particulier concerner les principaux postes de dépenses budgétaires et les facteurs déterminants pour la compétitivité du pays". "Construire l’Europe ? Bâtir ses institutions", Intervention de Jean-Claude Trichet à l’occasion de la remise du Prix Charlemagne 2011 à Aix-la-Chapelle, le 2 juin 2011.

[2] Le Parlement européen est très remonté contre les émissions de Co2 et contre la peine de mort aux Etats-Unis. A la différence de ce qui se passe en Suède (où tous les décideurs de la Riksbank sont nommés par le Parlement), il ne joue aucun rôle dans le processus de nomination des membres de la BCE, à l’exception d’une procédure indicative de ratification des nominations pour une partie du comité. Et, à la différence de ce qui se passe outre-Atlantique, le Parlement n’a pas le pouvoir d’amender les décisions de la BCE. La taxation sur les transactions financières (un sujet lilliputien, non monétaire, et qui fait se retourner James Tobin dans sa tombe) est en ce moment le seul sujet qui oppose les euro-députés et la BCE. Les euro-députés qui questionnent Mario Draghi sur les sujets qui fâchent se comptent sur les doigts de la main du capitaine Crochet. A noter que le Parlement pourrait en théorie demander à la BCE de changer son objectif d’inflation (cet objectif qui a fait tant de mal, le 2 %/an sur un indice de biens&services conceptuellement dépassé) car ce dernier n’est inscrit nulle part dans le Traité : en droit, la BCE serait dans l’obligation de s’incliner. Mais dire que l’hypothèse héroïque d’un réveil des euro-députés sur ce dossier ne trouble pas trop les nuits de la BCE est un doux euphémisme.


Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/bce-admet-entre-lignes-qu-elle-plan-pour-sortir-crise-deflation-et-chomeurs-mathieu-mucherie-932447.html#eu2fzhtQPIiBYmV7.99

Alors que l’emploi fait partie des objectifs assignés à la BCE par le Traité européen, Benoit Cœuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a sous-entendu jeudi 12 décembre devant un parterre d'investisseurs que le chômage de masse dans les pays du sud de l'Europe ne représentait pas un problème et était au contraire un moyen de juguler les différentiels d'inflation.

Il existait jadis des limites aux pouvoirs des banquiers centraux. Une époque révolue où les taux d’intérêt et les prix des actions étaient déterminés par les marchés, où les Etats pouvaient conduire une politique budgétaire sans demander l’autorisation de Francfort, où les Traités étaient à peu près respectés, où l’industrie financière n’était pas un terrain d’expérimentations pour de nouveaux superviseurs incompétents, où l’esprit critique était encore suffisamment vivace pour que les provocations verbales et les OPA institutionnelles de personnes non élues et au bilan dramatiquement mauvais ne soient pas complètement impunies. Les choses ont changé. Dans un univers de banquiers centraux de plus en plus indépendants, les normes se sont déplacées, le pouvoir n’est plus là où on le situait et (chose très récente)les apparatchiks de la BCE ne prennent même plus le temps de cacher leurs chantages. Je ne sais pas si c’est une stratégie du type "lettre volée" à la Edgar Poe, mais la communication de la BCE de ses dernières semaines défie l’entendement, défie les normes démocratiques et défie toutes les règles de prudence élémentaire jusqu’ici à peu près en vigueur dans ce milieu ("Notre indépendance dépend de notre capacité à ne pas dépasser nos limites", Helmut Schlesinger, Président de la Bundesbank, 1992) : jugez plutôt :

1/ Devant des investisseurs (et si j’en crois un compte rendu de la Deutsche Bank), Benoit Coeuré a déclaré le 12 décembre, je cite : "Deflation in the south is part of the adjustment and is not in itself an issue", c'est-à-dire : la déflation des PIIGS n’est pas notre problème, le chômage de masse n’est pas un problème mais une solution, un moyen de juguler les différentiels d’inflation. Notons que ce processus d’ajustement (parfois baptisé "dévaluation interne" pour faire joli, si les gens savaient !!) prendra plusieurs décennies. Pas grave pour les 26 % de chômeurs : Weidmann de la Bundesbank a déjà prévenu l’année dernière que la crise serait longue, 10 ans au minimum, donc rien ne presse et tout est under control. Pour rappel, les chômeurs du Sud sont de vrais chômeurs, pas des travailleurs au black comme dans les années 80 ; faute de demande. Pour rappel, l’emploi fait partie des objectifs assignés à la BCE par le Traité européen (à condition de le lire). Et pour rappel l’agrégat monétaire M3 est à 1,4 % sur 12 mois en zone euro, contre une norme théorique BCE à 4,5 %... mais passons.

Il faut une bonne dose de morgue aristocratique pour balancer benoîtement une formule pareille en public (est-ce un nouveau ballon d’essai ?). Au passage, Benoit Coeuré fait mine de croire en creux à l'inflation par les salaires, thèse réfutée depuis des décennies par la théorie comme par la pratique. On savait que l’œuvre de Milton Friedman était victime d’un autodafé permanent à Francfort, mais tout de même ; quand un de mes élèves me parle d’une inflation non monétaire je le saque impitoyablement et il doit repasser tous ses examens, un réflexe monétariste de base qui soit dit en passant a un peu sauvé la Bundesbank dans les années 70 comparativement aux autres banques centrales.


Et dire que Benoit Coeuré est l’un des membres les plus "colombes" de la BCE, un des plus pragmatique, un des plus instruits, en un mot un des moins allemands. Que dirait-il aux investisseurs s’il faisait partie du clan des durs de durs ? Il proposerait un retour de l’esclavage en Espagne ou du droit du cuissage en Italie ?

Enfin, au sujet de la "forward guidance" sur les taux d’intérêt qui serait "data driven", voilà bien un concept oxymorique, comme "démocratie nord coréenne" ou "réforme de l’Etat en France" par exemple. Par définition une technologie de pré-engagement se moque des nouvelles conjoncturelles au jour le jour !! Certes B. Coeuré n’est pas le seul à s’engager dans ce travestissement des concepts, dans cette parodie de Kydland&Prescott. Mais parfois j’ai envie de crier : au secours, Orwell, reviens !   

2/ Mario Draghi fait encore plus fort (logique, c’est le boss de Benoit Coeuré) : il reconnait au détour d’une question, dans sa conférence de presse du 5 décembre, qu’à la BCE, au sein du comité de politique monétaire, là où en théorie "1 Etat = 1 voix" ou presque, ils ne votent "pas souvent" (ce qui, en langue BCE, signifie : "pratiquement jamais"). Silence radio de toute la presse. Aucune réaction des politiques. Aucun scandale. C’est pourtant : a/ une violation caractérisée du Traité européen (il est vrai que sa virginité n’est plus à ça près), et au passage ça fait 14 ans que ça dure : à quoi sert le million de juristes européens, je me le demande, b/ un aveu révélateur : on comprend mieux pourquoi la BCE est la dernière banque centrale du monde développé à refuser la diffusion des Minutes de son Comité, et surtout on comprend mieux pourquoi la Bundesbank ne risque pas d’être mise un jour en minorité sur un sujet important. Au passage, comment évaluer nos décideurs monétaires si on ne connait pas l’historique de leurs décisions ? comment croire alors qu’ils apprendront de leurs erreurs ?  

Sur sa lancée, Mario Draghi a réitéré : la BCE est prête à agir si nécessaire. Mais il n’a donné aucune indication à propos des instruments qui seraient utilisés. “The level of preparedness is pretty high on all (policy options)” ("Notre degré de préparation à toute éventualité est plutôt élevé"), on doit se contenter de ça sur les marchés. Et il a ajouté ensuite, attention les yeux : “Which instruments would we deploy against which contingency? We haven’t really done any reflection on that” ("Quels outils nous utiliserions, et contre quelles éventualité ? Nous n'y avons pas vraiment réfléchi"). Comme le note Scott Sumner : s’il vous plaît prenez tout votre temps avant de réfléchir aux solutions, il n’y a pas le feu au lac, ce n’est pas comme si la zone euro vivait une récession depuis 6 ans. La presse française est un peu moins ironique que Scott Sumner en ce jeudi 5 décembre 2013. Un journal bien connu ose le sous-titre suivant : la BCE "prend acte de la désinflation en zone euro". Fantastique.

Draghi n’en est pas à son premier coup de sonde pour tester la profondeur de l’indifférence des européens sur les questions sérieuses, la taille lilliputienne du débat monétaire en zone euro et la disparition du sens critique chez ses contemporains en général et chez les journalistes en particulier. Lors d’une interview au Wall Street Journal quelques jours avant le lancement de la seconde LTRO (Long term refinancing operations, ndlr) début 2012, l’homme n’avait pas hésité à déclarer que le "modèle social européen était déjà mort" (ce qui est certes exact mais de quoi il se mêle ?). Il présenta aussi le pacte budgétaire comme un moyen permettant aux gouvernements européens de commencer à "se libérer de la souveraineté nationale"[1]. Il faut dire que son prédécesseur a ouvert la voie, en grand. Le coup d’Etat contre Berlusconi de 2011 via les écarts de taux est un modèle ; les bolchéviks n’étaient que des amateurs. Selon la lettre adressée au gouvernement italien, publiée dans la presse, "une réforme constitutionnelle visant à durcir la législation fiscale serait également appropriée". Mario Draghi vient de confirmer dans sa conférence du 5 décembre que l’Espagne avait eu aussi droit à son ultimatum maison. Suite à l’enquête réalisée par le Médiateur européen à la demande d’un avocat espagnol, l’on sait que la lettre adressée au gouvernement espagnol n’exigeait pas l’intégration d’une "règle d’or" dans la Constitution, ce qui fut pourtant fait début septembre 2011 contre l’avis des syndicats qui demandaient l’organisation d’un référendum sur ce sujet. Mais le contenu de la lettre ne sera jamais diffusé au médiateur. Selon El Pais, "la BCE lui en a refusé l'accès, arguant qu'une telle divulgation porterait préjudice à l'intérêt public en ce qui concerne la politique économique et monétaire de l'Union européenne ou d'un État membre". Dois-je préciser que l’aveu tardif de Draghi n’a engendré aucune réaction politique ou médiatique ? Non ? Bravo, vous commencez à comprendre qui décide et comment. Et si vous comptiez encore vous déplacer pour les élections européennes de juin 2014, sachez que les officiels BCE précisent bien dans tous leurs road shows cet hiver devant les banquiers qu’ils sont très peu concernés par cet évènement[2].  

3/ Tandis que les précédents stress tests utilisaient la règlementation de Bâle, et donc la pondération risque zéro pour les actifs souverains, la BCE a suggéré que les banques devront provisionner le risque de certaines dettes souveraines. Etant donné les montants en jeu, le traitement de cette question aura des répercussions titanesques. Tout le monde sur les marchés technicise la question, ce qui évacue selon moi la dimension tragique : la BCE entérine le fait (impensable avant fin 2009 !) qu’un Etat de la zone euro émetteur d’une dette libellée en euros puisse faire faillite comme une vulgaire république bananière endettée en monnaie étrangère. Ce faisant la BCE ne joue pas seulement avec le feu. Elle trahit l’esprit du "whatever it takes" de l’été 2012, elle viole une nouvelle fois la notion de prêteur en dernier ressort, et en plus elle le fait avec des trémolos fédéralistes dans la voix. 


4/ Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a affirmé lundi dernier que Sabine Lautenschläger, actuelle vice-présidente de la Bundesbank, serait une bonne candidate pour succéder à Jörg Asmussen. Personne ne trouve à y redire. Sabine ne connaît pourtant rien à la politique monétaire, et tout le monde le sait. Le casting dysfonctionnel en zone euro se poursuit. Alors qu’il faut des diplômes et des expériences pour s’installer comme mâcon ou comme réparateur de chaudières ou comme coiffeur, on considère que l’on peut devenir banquier central comme ça, au feeling. Pendant ce temps, les américains confirment Yellen et recrutent Fischer. Devinez quel coté de l’Atlantique va réduire le chômage dans les années à venir et quel coté va continuer à en faire une solution contre l’inflation (cette inflation qui potentiellement ressusciterait peut-être un jour via les salaires ou via le pétrole ou via d’autres trucs non monétaires qui seront agités pour la cause) ?

5/ J’ai un exemple tous les jours ces derniers temps. J’écris un bouquin sur le sujet. Pas sûr qu’il soit très lu dans un pays où on peut fin 2013 titrer sans rire, au 1er degré, dans un journal sérieux, que la BCE "prend acte de la désinflation en zone euro".  

Conclusion, hélas provisoire

Les provocations vont continuer. Comment pourrait-il en aller autrement : elles fonctionnent. Le triangle d'impossibilité créé par la Bundesbank entre Francfort, Berlin et Karlsruhe fonctionne comme un triangle des Bermudes où les (rares) critiques se perdent comme dans un trou noir. La BCE va donc poursuivre son free riding vis-à-vis de la Fed, sa stratégie au bord du gouffre face aux Etats de la périphérie et son travail de sape pour ruiner l’employabilité d’un quart de la population afin de tuer dans l’œuf toute velléité (fantasmagorique) de revendication salariale. La vanité de l'Asset Quality Review et l'incohérence temporelle du grand bluff sur l'OMT ne seront pas exposées au grand public. Le représentant en France de Benoit Coeuré, un certain François Hollande, est plutôt mal barré tant qu’il perpétuera le complexe d’infériorité monétaire de la France vis-à-vis de l’Allemagne (un complexe que Milton Friedman il y a 20 ans jugeait infondé, indigne d’un grand pays comme le notre et à terme mortifère). Qu’il est loin le temps où Paul Volcker pouvait déclarer victoire sur l’hydre inflationniste arrivé à 4 %/an, où François Mitterrand pouvait déclarer à la télévision que les technocrates ne dirigeraient jamais la politique monétaire en Europe ('Aujourd'hui l'Europe', TF1, 3 septembre 1992), où Helmut Schmidt pouvait déclarer dans la vertueuse RFA que le pays pouvait dans tous les cas tolérer 5 % d’inflation plus facilement que 5 % de chômage si tant est que le choix existe. Mais je vous parle d’un temps que les jeunes chômeurs européens de moins de 30 ans ne peuvent pas connaître.

 


[1] Dans le droit fil des idées de l’ancien président de la BCE, Jean-Claude Trichet qui avait imaginé que "les autorités européennes aient le droit d’opposer leur veto à certaines décisions de politique économique nationale. Cette compétence pourrait en particulier concerner les principaux postes de dépenses budgétaires et les facteurs déterminants pour la compétitivité du pays". "Construire l’Europe ? Bâtir ses institutions", Intervention de Jean-Claude Trichet à l’occasion de la remise du Prix Charlemagne 2011 à Aix-la-Chapelle, le 2 juin 2011.

[2] Le Parlement européen est très remonté contre les émissions de Co2 et contre la peine de mort aux Etats-Unis. A la différence de ce qui se passe en Suède (où tous les décideurs de la Riksbank sont nommés par le Parlement), il ne joue aucun rôle dans le processus de nomination des membres de la BCE, à l’exception d’une procédure indicative de ratification des nominations pour une partie du comité. Et, à la différence de ce qui se passe outre-Atlantique, le Parlement n’a pas le pouvoir d’amender les décisions de la BCE. La taxation sur les transactions financières (un sujet lilliputien, non monétaire, et qui fait se retourner James Tobin dans sa tombe) est en ce moment le seul sujet qui oppose les euro-députés et la BCE. Les euro-députés qui questionnent Mario Draghi sur les sujets qui fâchent se comptent sur les doigts de la main du capitaine Crochet. A noter que le Parlement pourrait en théorie demander à la BCE de changer son objectif d’inflation (cet objectif qui a fait tant de mal, le 2 %/an sur un indice de biens&services conceptuellement dépassé) car ce dernier n’est inscrit nulle part dans le Traité : en droit, la BCE serait dans l’obligation de s’incliner. Mais dire que l’hypothèse héroïque d’un réveil des euro-députés sur ce dossier ne trouble pas trop les nuits de la BCE est un doux euphémisme.


Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/bce-admet-entre-lignes-qu-elle-plan-pour-sortir-crise-deflation-et-chomeurs-mathieu-mucherie-932447.html#eu2fzhtQPIiBYmV7.99

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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 16:36

I note with satisfaction that Greece has achieved the four milestones agreed with the Troika institutions in the context of the third review of its economic adjustment programme.    

The EFSF will on this basis disburse the second sub-tranche of the fifth instalment, amounting to EUR 0.5 bn. The disbursement will take place in the course of this week.    

This disbursement releases the remaining amount of EUR 0.5 bn related to the income that accrued on the SMP portfolio of euro area national central banks in 2012, which will be disbursed to Greece's segregated account.    

I am confident that the Greek authorities will swiftly conclude their discussions with the Troika institutions in order to allow for a completion of the ongoing review of the country’s economic adjustment programme.    

The milestones include a number of important reforms. First, Greece has placed over 12 500 public employees in the mobility scheme as part of the strategy to make the public administration more efficient. Second, Greece has taken adequate measures to significantly restructure or liquidate three state-owned companies which were intended for privatisation. Third, a Code of Lawyers was adopted to enhance the functioning of this regulated profession. Finally, Greece took the required steps to improve the financial situation of the two main water companies, by clearing government arrears, in order to facilitate their privatisation.

 

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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 16:20

La BCE, le FMI et l'Union européenne, que l'on appelle la troïka, ont refusé une restructuration immédiate de la dette grecque dès le début de la crise. Résultat de cette décision : ce sont les contribuables européens qui ont payé la facture.

 

Atlantico : Après l'adoption de plusieurs plans de sauvetage pour les pays en difficulté, notamment la Grèce, la Troïka (le FMI, la Commission européenne et la BCE) est sous le feu de nombreuses critiques. Parmi celles-ci : ne pas avoir accepté une restructuration immédiate de la dette grecque afin que les détenteurs de dettes grecques puissent transférer ces "actifs", et donc le risque, vers les Etats européens, et donc les contribuables. L’action de la Troïka dans la crise n’a-t-elle consisté qu’en un "hold-up" des contribuables européens ?

François Lenglet : Il y a eu effectivement un transfert du risque des banques vers les contribuables de façon spectaculaire. Les banques ont fait plus ou moins faillite et se sont retrouvées dans des situations d'illiquidité. Par conséquent, le coût fut transféré sur le bilan des Etats, et donc sur celui des contribuables, avant de le déplacer de nouveau dans le bilan des banques centrales (au pouvoir financier en théorie illimité puisqu'elles sont à l'origine de l'émission de monnaie, NDLR) comme ce fut davantage le cas dans les pays anglo-saxons. Avec toutes les techniques de monétisation de la dette, nous allons dorénavant vers une diminution de la charge pesant sur les contribuables pour la reporter sur les épargnants. Les banques ont certes effacé pour 107 milliards de dette grecque début 2012, mais elles les avaient déjà transférés vers des détenteurs publics ou parapublics, même si ces opérations furent réalisées à perte pour elles.

De manière générale, tout l'effort de redressement de l'Europe a été essentiellement concentré sur les contribuables. La Troïka, qui comprend le Fonds monétaire international, dirigé à l'époque par Dominique Strauss-Kahn, avait dès le début conçu un plan absurde en soi : la charge à la solde du contribuable était tout simplement trop élevée. Il y a eu dans un premier temps un véritable déni du problème. Nous nous sommes alors rapidement rendus compte que ce n'était pas tenable.

La morale de l’Histoire est que les dettes excessives ne sont jamais remboursées. Résultat, petit à petit, nous avons commencé à alléger la dette grecque non plus en ne faisant payer que les contribuables, mais également les détenteurs de capital en imposant un "haircut", une restructuration de la dette, comme ce fut le cas dans les pays d'Amérique du Sud dans les années 1980. Ce qui a été fait pour la Grèce, et en partie pour l'Irlande où la durée de remboursement a été allongée, sera de nouveau décidé pour l'Italie, l'Espagne ou le Portugal. Ces pays se trouveront bientôt dans l'impossibilité complète de faire face à leurs engagements, ces derniers étant beaucoup trop lourds au regard de leur compétitivité et autres perspectives de croissance. Les calendriers de retour à 3% de déficit ont été détendus, ce qui est une façon de reconnaître que les contribuables ne peuvent en supporter davantage.

Olivier Demeulenaere : Oui, ce fut un hold-up par lâcheté. L’Europe n’a pas eu le courage de trancher immédiatement. Il aurait fallu restructurer dès le début de la “crise grecque”, en 2010 et non en 2012 où il était déjà trop tard. Un défaut de paiement de la Grèce, accompagné d’une sortie de l’euro et d’une dévaluation, aurait certes été dommageable pour les banques allemandes et françaises, mais une action concertée de la BCE et des Etats à ce moment-là aurait pu leur sauver la mise et éviter un krach du système financier. Au lieu de cela, on a socialisé la dette en refilant le mistigri aux Etats, c’est-à-dire aux contribuables. C’était reculer pour mieux sauter : ces prêts des Etats furent en réalité des dons, puisque la Grèce était incapable de rembourser. Pire encore, on lui a enfoncé la tête sous l’eau en exigeant d’elle, en contrepartie de l’aide européenne, des mesures drastiques qui ont eu pour effet de plomber son activité économique et d’accentuer la casse sociale. Le bilan est catastrophique : tout le monde a plongé.

Cette succession d’erreurs s’explique plus profondément par une raison politique, pour ne pas dire idéologique : Il fallait à tout prix sauver l’euro, ce dogme absurde, cette religion imposée aux peuples par les élites fédéralistes.

Cependant, laisser la Grèce faire faillite, et mettre les banques qui en détenaient des actifs en difficulté, aurait-il davantage touché les citoyens européens par l'aggravation de la crise que cela aurait causé - surtout au regard des conséquences de la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 ?

François Lenglet : Pour faire simple, nous acceptons aujourd'hui les solutions que nous avons refusé hier. Il n'est pas certain que le coût en termes de "déstabilisation de l'Europe" et d’"aggravation de la crise" aurait été plus fort s'il y avait eu une restructuration de la dette grecque dès le début de la crise. La bonne solution aurait même été de sortir la Grèce de l'euro. Soyons honnêtes : ce qui est inévitable finira de toute façon par se produire. Avec son niveau de compétitivité, il n'y a aucun avenir pour la péninsule hellénique en zone euro. Elle ne pourra jamais rétablir sa situation sans retrouver la liberté de son taux de change, sans quoi nous tuerons ce pays auquel cas il faudra lui envoyer des milliards d'euros d'aide annuels tout comme Paris aide la Lozère ou la Corrèze.

Maintenir une situation économique intenable uniquement pour le symbole est aberrant : il est aberrant que la Grèce soit encore dans la zone euro au même titre qu'il est aberrant qu'elle y soit tout simplement entrée. D'autres pays d'Europe du Sud auraient d'ailleurs eux aussi tout intérêt à sortir sans quoi nous alourdissons sans cesse le coût de la crise. Un coût à la charge des contribuables.

Ainsi, pour éviter le risque de panique généralisée suite à la sortie d'un pays, il faudrait parallèlement renforcer les liens entre les autres économies restantes. Il faut donc à la fois redéfinir la zone euro et intégrer de façon plus profonde, durable et solide les autres pays membres.

Faire défaut pour un Etat est une situation assez courante si vous observez l’Histoire ! Certes c’est douloureux, mais entre deux maux il faut choisir le moindre. D’un côté, une grosse perte de pouvoir d’achat et quelques années difficiles mais un redémarrage en général assez rapide de la croissance. De l’autre, une descente aux enfers dont on ne voit jamais la fin... Toute une génération sacrifiée.

Aurait-on pu éviter d'en venir au contribuable européen s'il y avait eu en amont une refonte du mandat de la Banque centrale européenne, notamment pour qu'elle puisse acheter directement de la dette ?

François Lenglet : Aujourd'hui, la Banque centrale européenne détient déjà une grande partie des créances de la Grèce. Mario Draghi a acheté beaucoup de dettes publiques. Lui demander de renoncer à celles-ci, c'est prendre le risque que la BCE soit sous-capitalisée et donc déclarée insolvable. Il faudrait de nouveau mobiliser les Etats et les banques centrales pour la recapitaliser.

Changer les mandats de la BCE pour lui autoriser d'acheter directement de la dette n'est de toute façon qu'une illusion. La crise dans les pays d'Europe du Sud a été créée par l'euro en ce sens où ils ont été amenés à s'endetter déraisonnablement pour compenser leur manque de compétitivité. C'est le même scénario que ceux de l'Asie du Sud-Est en 1997, de la Russie en 1998, du Mexique en 1994 ou même de l'Argentine à la fin des années 1990 : un taux de change fixe qui ne correspond pas à la compétitivité réelle du pays. Au début, les investisseurs sont rassurés jusqu'où jour où cela ne tient plus.

Changer le mandat de la BCE n'aurait donc rien changé. La Fed, la banque centrale américaine, a un mandat différent où l'emploi et la croissance sont directement pris en compte et au sein duquel elle peut acheter directement de la dette, pourtant, cela n'a en rien empêché la crise des subprimes. Les crises ne sont pas créées par les banques centrales, mais par la propension des investisseurs à s'illusionner. Qu'elle soit rouge, verte ou bleue, la banque centrale ne fera rien contre cela.

Olivier Demeulenaere : Une banque centrale est un prêteur en dernier ressort, l’ultime recours... Mais elle ne résout jamais aucun des problèmes de fond ! Pire, en créant de la fausse monnaie, en intervenant dans la durée et en provoquant des distorsions répétées du marché, elle ne fait qu’aggraver les choses. Ce n’est pas parce qu’on aurait permis à la BCE de prêter directement aux Etats que ceux-ci auraient amélioré leur situation financière. De même, ce n’est parce que la BCE a prêté plus de 1000 milliards d’euros aux banques européennes que celles-ci ont assaini leurs bilans et corrigé leurs pratiques détestables ! Bien au contraire. Il faut bien comprendre que quelqu’un finit toujours par payer les erreurs. Et je crains fort qu’in fine ce ne soient les contribuables, puisque les statuts de la BCE prévoient qu’elle doit être renflouée par les Etats.

En réalité il me semble qu’il est trop tard, il n’y a plus de vraie solution aujourd’hui. On a le choix entre la peste et le choléra : la faillite ou l’effondrement de la monnaie. C’est en 2008 que les politiques auraient dû agir, en remettant à plat l’ensemble du système financier : nettoyage et réorganisation des banques - avec une séparation claire des activités de dépôt et de spéculation - et refonte globale du système monétaire. Certains discours sont allés dans ce sens, mais ils sont, hélas, restés lettre morte.

Propos recueillis par Olivier Harmant


Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/bce-fmi-ue -troika-censee-sauver-europe-crise-t-elle-en-fait-surtout-organise-enorme-hold-contribuables-europeens -francois-leng-754715.html#ii6vSOHYjGdEL97L.99     

Cet article a été publié une première fois sr ce blog en juin 2013.

Voir également les articles de la rubrique de ce blog intitulé : Regards sur la gestion de la crise par l'UE     

Voir aussi :

* La Commission européenne conclut les bilans approfondis des déséquilibres macroéconomiques de 13 États membres

* Rappel de quelques articles phares relatifs à l'Union économique et monétaire (UEM)

* De l'économie de l'insécurité ! 


* Aucun traité, aucune institution n'est en capacité ....

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