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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 18:31
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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 18:28
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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 09:54

La valeur de la plupart des "grandes" monnaies (les plus utilisées pour le commerce et la finance) - comme le dollar américain, l’euro, le yen japonais ou la livre sterling - dépend du prix du marché. Le cours de l’euro en dollar, du dollar en euro, de l’euro en yen, du yen en dollar, etc. varie en permanence, au gré des transactions réalisées par les opérateurs dans les salles de marchés (des banques ou des bourses). La place de Londres est le premier marché des changes mondial : 31 % des transactions mondiales passaient par la City en 2004, selon le rapport réalisé tous les trois ans par la Banque des règlements internationaux à partir des données fournies par 52 banques centrales. En 2004, il s’échangeait en moyenne l’équivalent de 1 880 milliards de dollars de devises par jour dans le monde.
Quelques monnaies ont encore, cependant, un taux de change fixe ou encadré. La valeur du franc CFA, utilisé par quatorze pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale, est liée à celle de l'euro au terme d’un accord où le Trésor public français (service financier de l’État) centralise 40 % des réserves de change des banques centrales africaines mais garantit la convertibilité du franc CFA sur la base d'une parité fixe (1 euro = 655,957 francs CFA). Ces pays ont ainsi choisi de se protéger de la variation des changes. La valeur du yuan chinois est également encadrée puisque les autorités contrôlent les opérations de change sur le marché interbancaire chinois et fixent des limites à la fluctuation de leur monnaie face au dollar. Ce qui permet au gouvernement chinois de soutenir ses exportations.
Sur quels critères les investisseurs achètent et vendent des monnaies sur le marché ? Un facteur joue un rôle important mais inégal selon les circonstances, dans la formation de la valeur d’une monnaie : le niveau des taux d’intérêt - qu’on appelle couramment le "loyer de l’argent". Si un pays offre des taux d’intérêt élevés, les placements dans cette monnaie sont rémunérateurs pour les investisseurs internationaux, et donc toutes choses égales par ailleurs, cela soutient le cours de la monnaie.
Mais la valeur d’une monnaie repose aussi sur la confiance que l’on accorde à un pays, sur l’importance de sa richesse, sa stabilité, sa croissance économique et sa puissance stratégique. Si un pays a, par exemple, de forts déficits commerciaux (flux de marchandises) et/ou de sa balance des paiements (flux de capitaux), cela pèse sur la valeur de sa monnaie, qui, normalement, se déprécie. Par ailleurs, lorsque des pays ont des échanges importants entre eux, les valeurs de leur monnaie sont souvent liées entre elles et la plus importante entraîne les autres : "Sur le marché des changes, le cours de certaines devises évolue en partie ou même intégralement en suivant celui de l’euro : c’est le cas des monnaies d’Europe centrale et de l’Est, de la livre britannique - dont plus de 80 % des variations sont liées à celles de l’euro -, ou des monnaies scandinaves", explique Jean-Pierre Patat, conseiller au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii) et ancien directeur général chargé des études et des relations internationales de la Banque de France.
Enfin, les banques centrales (Banque centrale européenne, Réserve fédérale américaine, Banque du Japon…) - qui émettent les monnaies et fixent le niveau des taux d’intérêt à court terme - peuvent influencer le marché, par exemple lorsqu’elles trouvent que la spéculation va trop loin à la hausse ou à la baisse. Les appréciations publiques émises par les responsables des banques centrales sont prises très au sérieux par les investisseurs, car elles peuvent annoncer une inflexion - à la hausse ou à la baisse - du loyer de l’argent. Ces propos peuvent également laisser redouter une intervention directe de la banque centrale, qui peut acheter ou vendre des devises directement sur le marché, une opération qui nécessite l’accord du gouvernement. Les interventions les plus efficaces sont celles qui sont menées par les banques centrales des deux pays concernés, par exemple la Réserve fédérale américaine (Fed) conjointement avec la Banque centrale européenne (BCE) pour influencer la parité dollar-euro. Cela s’est produit en septembre 2000 lorsque la Fed et la BCE ont vendu des dollars et acheté des euros pour soutenir le cours de la monnaie unique européenne, tombé à 0,89 dollar.

Source : http://www.savoirs.essonne.fr/thematiques/les-hommes/economie/monnaie-forte-ou-faible-quel-interet/comment-se-forme-la-valeur-dune-monnaie/

 

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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 10:26

Pour la première partie du rapport, voir : 'La réforme du système monétaire international : une approche coopérative pour le vingt-et-unième siècle' (Initiative du Palais-Royal) - première partie -

.../...

II. LES VOIES D’UNE REFORME

6. Les principaux problèmes que, de longue date, les gouvernements doivent résoudre paraissent être les suivants :

i. L’absence dans ce système d’une discipline efficace assurant son ajustement global ;

ii. La volatilité des taux de change et leur évolution, souvent incompatibles avec un ajustement ordonné et une efficace allocation des ressources ;

iii. Les difficultés de gestion de la liquidité mondiale pour éviter tant son insuffisance que ses excès ;

iv. Les questions relatives au rôle du droit de tirage spécial (DTS) ;

v. Les problèmes de gouvernance présents dans le processus de décision et le fonctionnement du système.

Les développements ci-dessous décrivent quelques questions qui nous paraissent devoir être traitées parmi les éléments d’une large réforme du système monétaire international.

1. POLITIQUES ECONOMIQUES ET FINANCIERES

7. Les répercussions des politiques nationales. Les politiques internes et externes des différents pays interagissent et influent sur la stabilité régionale et mondiale bien au-delà de l’horizon des politiques nationales et de la stabilité de chaque pays. L’expérience des dernières décennies montre que, souvent, les problèmes apparus dans les économies nationales n’ont pas été résolus en temps opportun, reflétant à la fois des différences d’analyse et l’échec de la surveillance du FMI à produire les ajustements nécessaires des politiques économiques et financières de ses membres. Enfin, même lorsque la politique économique menée par un pays est propice à sa propre stabilité, elle peut avoir des répercussions négatives sur les autres pays.

8. Le renforcement de la surveillance. Il est donc nécessaire de renforcer la surveillance du FMI sur ses membres. Celle-ci doit porter sur les politiques budgétaire, monétaire et financière des États, avec une attention particulière accordée aux évolutions du taux de change et de la liquidité mondiale, comme cela est évoqué ci-après. Cette surveillance renforcée appelle un réexamen de la gouvernance des principales institutions internationales ainsi que de leurs relations avec l’ensemble des pays. Elle doit, en particulier, intégrer les principaux éléments suivants : (a) des obligations multilatérales renforcées, adossées à des normes claires et objectives ou à des indicateurs quantitatifs s’appliquant aux politiques et aux performances économiques et financières, et servant de signal d’alarme en cas de franchissement de certains seuils appropriés, (b) des procédures d’évaluation permettant d’identifier les causes et les conséquences de tout écart par rapport à ces normes, et (c) des suites, y compris la possibilité de mettre en place des dispositifs d’incitations et des sanctions. Si tous les pays doivent être soumis aux mêmes obligations et aux mêmes procédures d’évaluation, une attention particulière doit être portée à ceux dont les politiques sont susceptibles d’avoir une plus grande incidence sur la stabilité du système monétaire international.

2. TAUX DE CHANGE

9. Importance. Les régimes de taux de change sont au coeur de tout système monétaire international. L’un des objectifs essentiels d’un système monétaire international efficace doit être de conduire à des taux de change relativement stables et conformes aux fondamentaux des différentes économies. À cet égard, le monde connaît actuellement des tensions flagrantes. Les taux de change sont déterminés par une combinaison de politiques actuelles ou anticipées et par les forces du marché. L’instabilité peut donc avoir plusieurs origines : des politiques incohérentes ou insoutenables, ou la combinaison de politiques susceptibles d’entraîner des désajustements importants et durables des taux de change ; il peut s’y ajouter des perceptions inexactes de la part des intervenants de marché de ce que sont les fondamentaux à long terme ou les politiques futures ; il s’y ajoute enfin des activités purement spéculatives.

10. Politiques et indicateurs de référence. Pour que le système puisse fonctionner efficacement, les pays doivent conduire leurs politiques économiques et financières en veillant à ce que les taux de change soient globalement conformes aux fondamentaux et à l’équilibre mondial.

Les membres du FMI, en vertu de ses statuts, ont le choix de leur régime de change et ont obligation d’éviter de les manipuler ou de se soustraire des règles du système monétaire international pour s’assurer de façon déloyale un avantage concurrentiel. Le FMI est chargé d’exercer une « ferme surveillance » sur les politiques de change de tous ses États membres. Ses prises de position sur ce sujet ont été rarement catégoriques et leur impact a été généralement insuffisant, voire inexistant, sur les politiques de ses membres les plus importants. Il est donc nécessaire de rendre les obligations des pays en ce domaine plus spécifiques, en utilisant par exemple des indicateurs fondés sur leurs données macro-économiques de base et permettant d’identifier les degrés d’instabilité ou de désajustement. Ces indicateurs pourraient également fournir des indications sur le renforcement nécessaire des politiques pour réduire les déviations entraînées par le marché par rapport aux données fondamentales.

Les principaux pays ont la responsabilité particulière d’atténuer les fluctuations importantes et persistantes de leurs monnaies et leurs incidences négatives sur le reste du monde. Une réflexion plus approfondie sur les meilleurs moyens d’y parvenir dans ce nouveau contexte international est nécessaire.

3. LIQUIDITE GLOBALE

11. Un concept essentiel. Les conditions de liquidité au niveau mondial sont influencées par les orientations de politique monétaire sur les principales places financières, par les régimes de change ainsi que par le comportement du système financier en matière d’innovation et de prise de risque.

Des conditions trop accommodantes ou trop restrictives peuvent avoir des effets indésirables. La liquidité recouvre de nombreuses dimensions et elle peut changer rapidement car, dans une certaine mesure, les perceptions qu’on peut en avoir sont le fruit d’un état d’esprit déterminé par la confiance ou la crainte ; elles peuvent donc changer rapidement. La recherche d’une gestion de la liquidité qui puisse contribuer à l’instauration au plan mondial de conditions monétaires et financières équilibrées s’avère donc particulièrement délicate.

12. Le suivi et la surveillance. Une approche commune pour comprendre et mesurer la liquidité globale est nécessaire, de même qu’une meilleure surveillance des évolutions qui peuvent faire varier la liquidité de façon spectaculaire en cas de brusques changements de la confiance des marchés reflétée dans l’évolution des spreads de risque. Cette approche nécessitera une coopération plus étroite entre les banques centrales et les autorités responsables des politiques macroprudentielles des principales économies et places financières, afin de veiller à ce que les conditions de liquidité au plan mondial soient compatibles avec une stabilité systémique durable.

13. Faire face aux flux de capitaux. Des flux de capitaux importants et volatils, de nature à gravement compromettre la stabilité macroéconomique et financière, sont l’une des conséquences potentielles d’un excès de liquidité au niveau mondial. Il convient donc de réfléchir plus avant à de nouvelles mesures, telles que les contrôles des mouvements de capitaux et des mesures macroprudentielles plus importantes permettant aux pays de protéger efficacement leurs économies des effets négatifs de ces flux. Ces interventions doivent être limitées au strict nécessaire ; la principale difficulté à cet égard est de s’assurer que ces mesures ne créent pas des distorsions plus dommageables à long terme que les entrées de capitaux elles-mêmes et ne créent pas de conséquences défavorables sur les autres pays (par exemple, en détournant vers eux les flux de capitaux). Il serait utile dans ce domaine de développer des orientations internationales couvrant les problèmes soulevés autant par les entrées que les sorties de capitaux déstabilisatrices. Il doit être clair que le recours au contrôle des flux de capitaux pour maintenir un taux de change surévalué ou sous-évalué n’est pas compatible avec le bon fonctionnement du système monétaire international.

14. La fourniture de liquidité en périodes de crise. Compte tenu de l’expérience acquise lors de la crise récente, il convient de prendre de nouvelles mesures permettant au FMI de se rapprocher davantage d’un rôle de prêteur en dernier ressort au niveau mondial, prêt à agir d’une manière fiable, en fonction de règles, avec les garde-fous appropriés pour limiter l’aléa moral. Cela permettrait à ses membres de bénéficier d’un filet de sécurité financière plus solide, à un coût moindre pour les pays et pour le système lui-même que l’accumulation de réserves.

4. ROLE DES DTS

15. Le système monétaire international va continuer d’évoluer, reflétant pour partie le changement constant des poids relatifs des différentes économies dans le monde. La question se pose de savoir si des instruments monétaires non nationaux peuvent avoir un rôle à jouer en réponse à des besoins nouveaux suscités par un monde multipolaire. Tel serait le cas de la demande d’un avoir de réserve supplémentaire ou d’un numéraire international qui ne soit pas directement affecté par les politiques domestiques d’un pays donné. Le DTS, panier composé à l’heure actuelle de quatre devises librement utilisables émises par des économies représentant une large part du commerce mondial, a été créé en 1969 pour garantir une création suffisante à long terme d’avoirs de réserve primaires dans le cadre du système de taux de change fixes de Bretton Woods. Son usage s’est considérablement réduit après le démantèlement de celui-ci et la fin du rattachement du dollar à l’or. Le DTS a toutefois démontré son utilité durant la crise récente avec une allocation à caractère

exceptionnel. Il pourrait être intéressant d’examiner à nouveau son rôle potentiel (comme avoir de réserve, comme unité de compte, etc.) au service du bien public commun de la stabilité monétaire et financière dans le monde d’aujourd’hui globalisé et de plus en plus multipolaire. De plus, la question de son rôle potentiel dans une perspective à long terme devrait rester à l’étude, non seulement pour rester en conformité avec les engagements pris au titre des statuts du FMI2, mais également en raison du rôle qu’il pourrait jouer pour répondre à toute demande éventuelle.

5. GOUVERNANCE

16. Les problèmes. Ces dernières années, la gouvernance du système monétaire international a été confrontée à trois problèmes essentiels qui ont entravé son bon fonctionnement.

La nécessité de disposer d’une structure de prise de décision alliant à la fois légitimité et efficacité en fournissant un cadre formel pour les relations entre le groupe des chefs d’État et de gouvernement concerné, leurs suppléants et les principales institutions financières internationales.

Le fait que le processus d’évaluation par les pairs a tendance à fonctionner comme un système de protection mutuelle, invite à établir un mécanisme rompant avec ce pacte de facto de non agression entre les pays, laissant l’intérêt général global sans défense efficace.

L’insuffisante légitimité reconnue au FMI, problème qui a été en partie traité lors de la réunion du G20 à Séoul en novembre 2010.

17. Une architecture intégrée. Le fonctionnement du système pourrait être amélioré grâce à l'adoption d'une gouvernance fondée sur une architecture intégrée à trois niveaux :

Les chefs d’État ou de gouvernement, se réunissant, sauf en périodes de crise, à intervalles peu fréquents (par exemple une fois par an) ;

Les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales prenant les décisions stratégiques liées au fonctionnement du système monétaire international dans le cadre d’un « Conseil » prévu par les statuts du Fonds, et

Les administrateurs qui contrôlent les travaux du FMI, et son Directeur général.

Les trois niveaux seraient organisés sur la base de circonscriptions, méthode qui, dans l’ensemble, a fait ses preuves au FMI et à la Banque mondiale.

18. L'intérêt général. Afin que l’intérêt général soit mieux pris en compte, un Comité consultatif mondial (Global Advisory Committee – GAC), composé de personnalités indépendantes et éminentes, nommées selon une procédure transparente, pourrait s’avérer utile ; il offrirait, en toute indépendance et de façon publique, des conseils aux principaux organes du FMI dans le domaine de la surveillance, de la gestion de la liquidité et des réserves internationales, à sa propre initiative ou à leur demande.

*

* *

CONCLUSION

La crise a annoncé, et même accéléré, une transition vers un monde nouveau où les économies émergentes jouent un rôle important pour la croissance mondiale, au même rang que les économies avancées ; il s’agit d’un monde fondamentalement multipolaire et dans lequel les problèmes monétaires devront être traités en coopération. Le système monétaire international issu de la réforme à laquelle nous aspirons doit préserver les gains des soixante-cinq dernières années, sans succomber à sa propre instabilité. Il s’agit d’un système qui préserve la liberté des échanges commerciaux et des paiements courants et qui permet un meilleur partage des gains liés à une mondialisation financière convenablement régulée. Un système dans lequel tous les pays reconnaissent leur rôle dans la stabilité mondiale et acceptent que les objectifs nationaux à court terme puissent, le cas échéant, être subordonnés à l’intérêt commun. La coopération internationale est, dans le long terme, un élément indispensable de la recherche de la prospérité au niveau national.

Cela devrait inciter chaque pays à faire preuve d’un sens renouvelé de responsabilité et de discipline envers le système dans son ensemble. Le G20 occupe une position privilégiée pour promouvoir le bien commun à l’échelle mondiale et le faire prévaloir, s’il le faut parfois, aux dépens d’interprétations limitées et étroites des intérêts nationaux.

Les chances de l’instauration d’un véritable ordre monétaire international se trouvent ici en jeu.    

Le rapport dans sa globalité : Rapport Camdessus Rapport Camdessus

 

  

Voir également les articles de la rubrique intitulée Euro, monnaies et enjeux monétaires

 

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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 10:23

Eu égard à l'importance de ce rapport, Regards-citoyens.com met à la disposition de ses lecteurs la susbtance essentielle du document réalisé par le groupe d'éminentes personnalités qui se sont instituées sour l'appellation 'Initiative du Palas-Royal' pour réfléchir  à la réforme du système monétaire international, et proposer une approche coopérative pour le vingt-et-unième siècle.

I. LA NECESSITE D’UNE REFORME

1. La crise mondiale. La crise qui a submergé l’économie mondiale en 2008 a pris par surprise la plupart des experts et des responsables politiques. Elle mettait en lumière un certain nombre de vulnérabilités passées jusque-là inaperçues. Bien que ces vulnérabilités aient été principalement situées dans les secteurs financiers des principales économies avancées, les difficultés se sont rapidement étendues à l’ensemble du système monétaire et financier international et ont donné lieu à l’interruption soudaine voire à l’inversion des flux de capitaux, d’où une pénurie de liquidité ; les investisseurs se sont, en effet, hâtés de réduire leur exposition au risque et à limiter leurs financements financés par emprunts. La crise a mis en évidence davantage encore les liens étroits entre les économies et les marchés financiers du monde : un choc subi par un grand pays se propage rapidement à l'ensemble du système.

2. La réponse. La réponse à la crise a mis en lumière l’effet bénéfique d’une coordination mondiale des politiques de relance budgétaire et monétaire ; l’injection massive de liquidités a évité un effondrement encore plus spectaculaire de l’activité économique dans le monde. Cela a permis une certaine réduction des déséquilibres mondiaux. Dans la sphère financière, une série de réformes ont été adoptées et sont mises en oeuvre ; d’autres sont en cours d’examen. Ces évolutions justifient un certain optimisme.

3. Des dangers persistent. Le secteur financier, toutefois, présente toujours d’importantes vulnérabilités liées, entre autres, au rôle du « système bancaire de l’ombre » (shadow banking system) en rapide développement. En outre, il n’a pas été remédié pour l’instant aux faiblesses structurelles présentes de longue date dans les dispositifs monétaires internationaux. Ces faiblesses mettent en cause la capacité du système monétaire international à remplir durablement son objectif fondamental, qui est de « fournir un cadre facilitant les échanges de biens, de services et de capitaux entre nations et favorisant une croissance économique saine » (article IV des statuts du Fonds monétaire international). Parmi ces faiblesses, citons notamment :

Un processus d’ajustement mondial inefficace

· Le système manque d’une discipline efficace et les pays peuvent accumuler d’importants déséquilibres de leurs comptes courants pendant des périodes prolongées sans subir de réelles pressions pour leur ajustement.

· L’« examen par les pairs » des politiques des États membres dans le cadre du FMI -sa surveillance- s’est souvent révélé inefficace lorsqu’il s’est agi d’amener des pays en déséquilibres interne et externe à ajuster leur politique ; il en a été notamment ainsi en l’absence de besoin d’emprunter auprès du Fonds, reflétant entre autres l’insuffisante rigueur des procédures du FMI.

· Cette situation comporte trois risques majeurs : (a) la réapparition de déséquilibres prolongés et, finalement, insoutenables des comptes courants, pouvant conduire à de graves désordres, (b) des tensions inflationnistes mondiales si de trop nombreux pays mènent des politiques budgétaires et monétaires trop expansionnistes ou, à l’inverse, (c) un effet de resserrement sur l’économie mondiale si de trop nombreux pays tentent simultanément de dégager des excédents de leur compte de transactions courantes.

Des excès financiers et des flux de capitaux déstabilisants

· Dans la période qui a précédé la crise, une expansion mondiale insoutenable a été favorisée par une croissance rapide du crédit à l’échelle mondiale. Des taux d’intérêt exceptionnellement bas, accompagnés d’une accumulation massive d’avoirs de réserve officiels sur cette période, ont suscité une poursuite effrénée de rendements. Dans le cadre d’une surveillance inadéquate d’un système financier en rapide développement, les primes de risque ont atteint des niveaux irréalistes et des « bulles » ont affecté les prix d’actifs. Ces vulnérabilités croissantes ont échappé à tout contrôle, pour partie en raison de l’absence de définitions et d’instruments de mesure communément admis de la liquidité mondiale.

· Les importantes fluctuations des flux de capitaux observées récemment, reflétant en partie l’essor incontrôlé de la liquidité mondiale, sont de nature à compromettre l’aptitude des pays à préserver leur stabilité macroéconomique et financière.

· La capacité des différents pays ou des institutions internationales à faire face à une future crise systémique de liquidité n’est pas garantie. Il n’existe pas de prêteur en dernier ressort au plan mondial pour faire face aux variations brutales de la liquidité internationale, contrairement à ce qui existe au niveau national. Au plus profond de la crise récente, des mesures de coopération efficaces ont été adoptées. Elles ont pris la forme de swaps et de lignes de crédit octroyées par un certain nombre de banques centrales à leurs partenaires, y compris sur certains marchés émergents. Un triplement des ressources du FMI est intervenu ainsi qu’un réaménagement de ses facilités de prêt pour offrir à grande échelle un soutien de précaution et des liquidités ; enfin, une allocation de droits de tirage spéciaux (DTS) a été décidée pour un montant de 250 milliards de dollars. Toutes ces mesures, cependant, demeuraient ponctuelles.

Des variations excessives des taux de change et des écarts par rapport aux fondamentaux

· Depuis l’avènement du flottement généralisé en 1973, les taux de change des principales monnaies du système ont largement fluctué, reflétant le jeu de forces spéculatives puissantes et changeantes, souvent sans lien avec les fondamentaux. Les taux de change n’ont pas toujours évolué dans un sens favorable à la résorption des déséquilibres. Ces écarts par rapport aux fondamentaux peuvent découler de politiques budgétaires, monétaires et de change inappropriées, ou du comportement des marchés. Les économies ouvertes de petite taille, en particulier, ont été confrontées à des difficultés. Des fluctuations fortes et durables des monnaies peuvent ainsi entraîner des distorsions sévères dans l’ensemble du système et affecter l’allocation des ressources.

Une expansion excessive des réserves internationales

Ni l’offre ni la demande d’avoirs de réserves ne relèvent de décisions collectives. Il en résulte plusieurs conséquences :

· Un certain nombre d’économies émergentes et -à un moindre degré- d’économies avancées, ont accumulé un volume sans précédent de réserves internationales, soit comme un objectif en soi (par exemple, pour se prémunir contre des incertitudes futures), soit en vertu d’autres politiques intérieures ou extérieures (pour limiter, par exemple, l’appréciation de leur taux de change). Les exportations nettes de capitaux des économies émergentes vers les économies avancées qui en découlent semblent en contradiction avec les priorités à long terme de leur développement économique.

· L’accès facile au financement a contribué aux déséquilibres financiers en permettant de retarder les ajustements nécessaires, y compris des politiques nationales, en matière budgétaire par exemple.

· Les avoirs de réserves sont restés concentrés sur un petit nombre de monnaies, principalement le dollar des États-Unis. Une certaine diversification des avoirs de réserve se manifeste actuellement. La question se trouve posée du besoin d’un moyen multilatéral pouvant faciliter cette diversification et éviter que les anticipations relatives aux décisions des détenteurs de réserves officielles ne suscitent des arbitrages déstabilisateurs de la part des investisseurs privés.

Il est important de traiter cette question de façon appropriée.

4. L’absence d’une gouvernance mondiale effective. Il n’existe aucune structure de gouvernance globale à l’échelle mondiale qui garantisse la cohérence entre elles des décisions majeures de politique économique et financière prises au niveau national, y compris en matière de change, et qui puisse contribuer ainsi à la stabilité mondiale. Pourtant, dans un monde aussi étroitement interconnecté, les résultats de chaque pays dépendent très largement des évolutions et des décisions prises ailleurs. Dans un tel environnement, la nécessité s’impose de règles et de procédures contribuant donc à garantir cette cohérence globale. Le FMI était censé offrir ce cadre de cohérence, mais trois raisons ont contribué à réduire son efficacité :

· Pendant trop longtemps, on a largement admis qu’il serait suffisant -pour garantir la stabilité mondiale- que chaque pays gère convenablement ses propres affaires et évite de manipuler son taux de change. Cette conception d’une fonction auto-équilibrante des marchés et des économies s’est révélée trop optimiste.

· Il n’existe pas de cadre d’analyse largement accepté pour mesurer les effets des politiques menées dans les grands pays sur les autres économies et sur le système financier dans son ensemble.

· Le FMI, au centre du système, a souffert d’un « déficit de légitimité », lié à la fois à la sousreprésentation de certaines économies émergentes et de certaines pays en développement, et à l’inefficacité du processus d’« examen par les pairs » pour influencer les politiques de ses principaux pays membres.

L’échec du Fonds à adapter à temps sa structure de gouvernance a compromis sa capacité à jouer le rôle qui lui était dévolu de mécanisme institutionnel de promotion de la coopération monétaire internationale (Article I). Le G20, qui s’est imposé de facto comme la principale instance de coopération économique et financière, a contribué à combler cette lacune. Au-delà de ses succès face à la récente crise, le G20 pourrait voir son efficacité et sa légitimité renforcées s’il était en mesure, de quelque manière, de s’exprimer au nom de l’ensemble des pays constituant l’économie mondiale.

5. L’urgence. La plupart des problèmes évoqués ci-dessus ne sont pas nouveaux, mais tout retard à y porter remède constitue autant d’obstacles empêchant de recueillir tous les effets bénéfiques de la mondialisation. Aussi longtemps que les problèmes du système monétaire international ne seront pas traités, l’économie mondiale en voie d’intégration croissante sera de plus

en plus vulnérable. Des réformes au coup par coup sont donc de plus en plus inadéquates. Pour être pleinement significative, une réforme globale passe nécessairement par la mise en oeuvre de mesures à court terme s’inscrivant dans une vision à plus long terme.

La suite de ce rapport présente les grands axes de réforme susceptibles de permettre la réalisation de ces objectifs. À la demande du Président du G20, un rapport plus détaillé fournira des propositions plus précises sur ces questions.

.../...

Pour la suite de ce rapport, voir : 'La réforme du système monétaire international : une approche coopérative pour le vingt-et-unième siècle' (Initiative du Palais-Royal) - seconde partie -

Voir également : Comment fonctionne le Fonds monétaire international (FMI) ?  

 

 

 

 

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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 09:40

La rubrique "Bibliothèque européenne" du Bulletin Quotidien Europe n°9841/812 daté du 17 février 2007 propose une récension d'ouvrages récents consacrés aux questions monétaires, économiques et financières dont deux d'entre eux font l'objet d'une présentation sur ce blog.

Il s'agit de :

- "Les Unions monétaires en droit international", de Moustapha Lô Diatta (Presses Universitaires de France : www.puf.com ; Collection " Publications de l'Institut universitaire de hautes études internationales de Genève" - 2007 - IBSN 2-13-055915-8), objet du présent article ;

et de :

- "Between Growth and Stability, The Demise and Reform of the European Union's Stability and Growth Pact", ouvrage collectif sous la direction de Leila Simona et de Bernard Casey (Elgar Publishing : www.e-elgar.com - 2008 - IBSN 978-1-84720-206-2), objet d'un second article.

 "Les Unions monétaires en droit international" (récension de Mathieu Bion)

L'entrée en vigueur de la monnaie unique européenne, le 1er janvier 1999, a donné un second souffle aux Unions monétaires qui restaient limitées, après l'échec d'expériences allemande, austro-allemande, latine et scandinave rappelées dans l'ouvrage, à quelques petits Etats voisins ou issus de la décolonisation. N'en déplaise à certains, des arrangements économico-juridiques de ce type sont considérés par de plus en plus de personnes, l'auteur de cet ouvrage en particulier, comme une alternative crédible à l'effondrement du système des parités de Bretton Woods, sans compter qu'elles jouent - n'en déplaise encore davantage à certains - un rôle moteur dans l'intégration régionale ou sous-régionale.

Dans ce contexte, le juriste et le politologue sénégalais Moustapha Lô Diatta comble une lacune dans la recherche consacrée au droit international public en s'attaquant, dans cet ouvrage, aux aspects juridiques de la théorie et de la pratique des unions monétaires. Il s'emploie à offrir une présentation juridique unifiée d'un phénomène qui, jusqu'à présent, n'avait guère été systématisé que par les économistes.  Il fait ainsi apparaître les différents rouages qui distinguent l'union monétaire de diverses configurations voisines telles que, par exemple, la zone ou le bloc monétaire.

Cette étude fouillée l'amène à défendre la thèse de l'existence d'une véritable catégorie à la fois originale et cohérente, dont le coeur est la mise en place d'une monnaie unique. Selon l'auteur, là réside la "véritable révolution en droit international monétaire", le principe cardinal de la souveraineté monétaire des Etats étant remis en cause. Sur la base de nombreux exemples réussis d'union monétaire, il bâtit une analyse remarquablement précise de tous les aspects du fonctionnement des arrangements de ce type, ainsi que de leurs implications sur les relations économiques et juridiques.

A lire absolument !

Ainsi que l'écrivent les Pr. Bastid Burdeau et Caflisch qui préfacent l'ouvrage, comme la globalisation et l'ouverture croissante des échanges - sans parler même de la crise économico-financière actuelle qui ébranle bien des certitudes - devraient favoriser l'apparition de nouveaux exemples d'unions monétaires, les analyses précises de l'auteur devraient éclairer précieusement les juristes chargés de leur mise en oeuvre, d'autant qu'il travaille aussi sur le droit des traités et des organisations intergouvernementales. 

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 17:31

Une reprise encourageante, mais sans éclat. Au quatrième trimestre 2013, le PIB de la zone euro a crû de 0,3 %, selon les chiffres publiés vendredi 14 février par Eurostat. Dans le détail, le PIB portugais a crû de 0,5 %, l'allemand de 0,4 %, l'italien de 0,1 % et le français, de 0,3 %. Mieux que ce qu'espéraient les économistes. Mais ces derniers restent néanmoins prudents. Le Fonds monétaire international estime ainsi que la zone euro ne devrait croître que de 1% en 2014, contre 2,8 % aux Etats-Unis.

En cause : l'atonie de la consommation, d'abord. Les pays du sud de l'Europe pratiquent, depuis la crise, une politique de dévaluation interne pour regonfler leur compétitivité, par le gel des salaires. Résultat : les ménages ont drastiquement réduit les achats. « Le moteur de la demande domestique est à plat dans la zone euro », constate Christian Parisot, chez Aurel BGC.

Le poids des dettes, publiques comme privées, pèse également sur le dynamisme de l'activité. Dans le sud de l'Europe, en particulier, ménages et entreprises sont toujours en train de se désendetter. « C'est ce qui explique en partie la faiblesse du crédit dans ces Etats », commente Patrick Artus, de Natixis.

L'EURO SERAIT AUJOURD'HUI SURÉVALUÉ DE PRÈS DE 20 %

Depuis quelques semaines, nombre d'économistes, surtout en France, se demandent également si le niveau relativement élevé de l'euro – à savoir 1,37 dollar, contre 1,168 dollar lors de sa création, en 1999 - n'handicape pas lui aussi la reprise européenne. « La zone euro étant en retard sur les Etats-Unis pour la croissance, la logique serait que le dollar s'apprécie face à l'euro », s'est ainsi étonné mercredi 12 février Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France.

Et il n'est pas le seul. Trois jours plutôt, Arnaud Montebourg, le ministre du redressement productif, a affirmé sa volonté de « faire baisser l'euro », jugeant qu'il « annihile » nos efforts de compétitivité, tandis que les groupes Michelin et LVMH ont déclaré que l'euro fort a pesé sur leurs résultats 2013. « C'est un débat très français, qui n'a pas absolument lieu dans les autres pays membres », commente l'économiste Michel Santi.

Mais alors, trop fort ou pas, l'euro ? Question de point de vue, estiment les économistes. Sur le long terme, note ceux du Conseil d'Analyse Economique (CAE), la valeur de la monnaie unique est stable, et rien n'indique qu'elle soit surévaluée. A court terme, en revanche, la faiblesse de la croissance européenne justifierait un euro temporairement plus faible. Selon les experts de Natixis, son cours devrait normalement tourner autour de 1,15 ou 1,20 dollar. En d'autres termes, l'euro serait aujourd'hui surévalué de près de 20 %.

TOUTES LES ENTREPRISES N'EN PROFITERAIENT PAS

Motif ? D'abord, la zone euro affiche aujourd'hui un large excédent extérieur. Depuis la crise, les pays périphériques de la zone euro ont en effet largement résorbé leurs déficits commerciaux, tandis que l'Allemagne est toujours exportatrice net. « Dans ces conditions, la demande d'euros venue de l'extérieur est tendanciellement plus forte que l'offre, ce qui pousse le cours à la hausse », commente Hugues Lemaire, chez Diamant Bleu Gestion. De plus, la Banque Centrale Européenne (BCE) mène une politique monétaire bien moins expansionniste que ses homologues.

Depuis 2008, les banques centrales américaine, britannique et japonaise font massivement tourner la planche à billets pour soutenir leurs économies. Résultat : la quantité de dollars, livres et yens en circulation a augmenté dans des proportions bien plus grandes que celle d'euros. Ce qui, là encore, a poussé le cours de la monnaie unique à la hausse face à ces devises.

Est-ce à dire que la zone euro profiterait d'un euro plus faible ? « Une chose est sûre : cela relancerait un peu l'inflation, aujourd'hui bien trop basse, en renchérissant le prix des produits importés », commente Christophe Blot, économiste à l'OFCE. Surtout : une euro moins fort soulagerait temporairement l'industrie de la zone euro prise dans son ensemble. Mais toutes les entreprises n'en profiteraient pas, selon leur créneau, leur pays, et la destination de leurs exportations. Ainsi les PME allemandes, spécialisées sur les machines outils haut de gamme, sont peu sensibles au taux de change. Elles ne vendraient pas tellement plus si l'euro se dépréciait.

POSITIF POUR L'ITALIE ET L'IRLANDE

Les industriels français, espagnols ou italiens, spécialisés sur le moyen de gamme, sont en revanche très sensibles au niveau des devises. Un euro plus faible leur permettrait donc d'augmenter nettement leurs ventes et leurs marges. Le CAE a ainsi calculé qu'une dépréciation de 10% de l'euro ferait grimper le PIB français de 0,6% après un an.

« Ce chiffre est largement surévalué », conteste Patrick Artus, de Natixis, en rappelant que l'industrie pèse à peine 12% du PIB français. Et que la baisse de l'euro, en renchérissant le prix des produits importés, pénaliserait aussi le pouvoir d'achat des Français et donc, la consommation, principal moteur de notre croissance. « Au total, l'effet d'une dépréciation serait quasiment neutre pour notre économie », assure-t-il. L'Italie et L'Irlande en profiteraient en revanche clairement.

Au demeurant, même si les pays membres s'entendaient sur la nécessité de déprécier l'euro, encore faudrait-il que la zone euro soit en mesure d'agir sur son cours. En théorie, l'outil le plus efficace serait une création monétaire massive de la BCE, via des rachats d'actifs sur les marchés, comme le font les banques centrales américaine, japonaise et britannique. « Mais les Allemands ne veulent pas entendre parler d'une telle politique, et les résultats ne sont pas garantis », nuance Christophe Blot.

Maigre consolation, le cours de l'euro face au dollar devrait néanmoins se déprécier à mesure que la Fed resserre sa politique monétaire. « L'ennui, c'est qu'il est difficile de dire quand cette baisse interviendra », conclut Isabelle Job-Bazille, directrice des études économiques au Crédit Agricole SA.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/02/14/une-depreciation-de-l-euro-ne-profiterait-pas-a-tous-les-pays-membres_4366813_3234.html#xtor=AL-32280397

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 10:08

En janvier 2002, quand les pièces et billets en euros ont remplacé les francs (et les deutschemarks, pesetas, lires, etc.), un touriste français (ou allemand, espagnol, italien, etc.) se rendant aux États-Unis devait débourser l’équivalent de 17 euros pour régler une addition de 15 dollars à la terrasse d’un restaurant. En juillet 2007, la même addition de 15 dollars ne revient plus à ce touriste qu’à 11 euros ! Entre-temps, l’euro est devenu fort et le dollar faible. Avoir une monnaie forte, c’est avoir un pouvoir d’achat renforcé pour acheter des produits et des services facturés dans des monnaies plus faibles. Une monnaie forte réduit ainsi la facture des importations pétrolières. La hausse du prix du baril de pétrole, facturé en dollar, est ainsi en partie atténuée, pour les consommateurs de la zone euro, par le haut niveau de l’euro face au dollar. En réduisant le prix des importations, une monnaie forte limite en même temps la hausse des prix. Elle contribue donc à diminuer le coût du crédit, puisque les taux d’intérêt sont d’autant plus faibles que l’inflation l’est aussi, ce qui est favorable aux consommateurs et aux entreprises. De même, si un État est internationalement très endetté, les gouvernements n’ont pas intérêt à défendre une stratégie d’affaiblissement de leur monnaie, car la hausse des taux d’intérêt renchérira le coût de la dette publique.
Mais les gouvernements doivent prendre en compte d’autres effets : une monnaie forte rend les produits importés plus compétitifs face aux productions locales. Ces derniers mois, le cas d’Airbus, qui construit ses avions dans la zone euro - mais les facture en dollars à ses clients américains ou asiatiques -, est revenu sur le devant de la scène. Les effets de l’euro fort s’ajoutent à ses difficultés industrielles, comme le retard pris par son programme d’avion géant A 380. "Je veux qu'on puisse construire des avions en Europe.

Chaque fois que l'euro s'apprécie de 10 centimes (face au dollar), Airbus a un milliard d'euros à trouver", a dit le président de la République Nicolas Sarkozy, le 23 juin 2007 au salon du Bourget. Effectivement, l'Airbus étant vendu à l'étranger en dollars, mais les fournisseurs et les ouvriers qui le construisent étant payés en euros, tout renchérissement de l'euro coûte très cher au fabricant ! "Je demande qu'on fasse avec l'euro ce que font les Américains avec le dollar, les Chinois avec le yuan, les Japonais avec le yen, les Anglais avec la livre", poursuivait Nicolas Sarkozy, demandant en clair à la Banque centrale européenne de baisser le cours de l'euro.
Pour se prémunir contre les écarts de change, les industriels peuvent toutefois acheter des "couvertures" auprès des banques, qui reviennent à souscrire une assurance selon laquelle, au-delà d’un certain niveau, ils seront indemnisés. Cependant, ces couvertures ont un coût. Airbus est donc encouragé à produire davantage dans la zone dollar et moins dans la zone euro.
Les pays en développement qui contrôlent leurs changes, comme la Chine ou la zone du franc CFA, peuvent être tentés de fixer leur monnaie à une valeur très basse pour développer une stratégie de croissance par les exportations et attirer les investissements étrangers. Le risque est de renchérir le prix des biens qu’ils ne peuvent pas produire - pétrole, matières premières, certains biens alimentaires et manufacturés - et aussi de mettre en péril le remboursement des emprunts contractés en devises. En 1994, les pays africains de la zone franc ont divisé par deux la valeur de leur monnaie, considérée alors comme très surévaluée. "La dévaluation du franc CFA a produit des gains de compétitivité qui se sont réduits depuis mais n'ont pas complètement disparu. Une dévaluation agit sur la compétitivité par les prix, mais ne résout pas à elle seule tous les problèmes : elle ne dispense pas de faire des réformes structurelles, de mener des politiques commerciales, fiscales ou favorisant l'environnement général des affaires", explique Jean-Pierre Patat, conseiller au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii) et ancien directeur général chargé des études et des relations internationales de la Banque de France.

 

Source : http://www.savoirs.essonne.fr/thematiques/les-hommes/economie/monnaie-forte-ou-faible-quel-interet/avantages-et-inconvenients-pour-les-entreprises-et-les-particuliers/

 

 



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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 13:55

Les monnaies de plusieurs pays émergents ont subi, jeudi 23 janvier, une nette dépréciation. La plus forte a été infligée au peso argentin qui a perdu quelque 13 % avec l'approbation du gouvernement de Buenos Aires. La livre turque a perdu 1,7 % et atteint son plus bas historique par rapport au dollar et sa banque centrale a tenté en pure perte de stopper sa glissade en intervenant sur le marché pour plus de 1,5 milliard de dollars (1,1 milliard d'euros). Les marchés se sont aussi détournés du rand sud-africain, du real brésilien et du rouble russe.

Le signal de la débandade a été donné, mercredi 22 janvier, par la publication de statistiques de croissance en baisse en provenance de Chine. Grand acheteur de matières premières, l'empire du Milieu pourrait freiner les économies de l'Afrique du Sud, de l'Argentine et du Brésil en leur demandant moins de minerais, de céréales et d'oléagineux.

Les marchés anticipent que la chute de ces devises obligera les banques centrales à relever leurs taux d'intérêt, mesure qui aura pour effet de renchérir le crédit aux entreprises et aux particuliers et de peser sur la croissance.

LA REPRISE DES ÉCONOMIES AVANCÉES

Les investisseurs se soucient également de l'agitation sociale suscitée dans les pays émergents  par une nette dégradation de leur conjoncture depuis l'été 2013. La multiplication des oppositions à Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre turc, tout comme les grèves des mineurs du platine sud-africains leur semblent des signes annonciateurs de troubles qui pourraient déboucher sur des politiques peu favorables à la rentabilité des entreprises.

Mais la cause première de cette désaffection pour les économies émergentes doit être cherchée dans le changement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine qui a commencé à ralentir son programme de soutien à l'économie. Ce virage a eu pour effet de faire remonter le dollar face aux monnaies des pays en développement, mais aussi de faire comprendre aux marchés que les économies avancées des Etats-Unis et d'Europe avaient redémarré.

Désormais, les perspectives les plus favorables pour une amélioration de l'activité économique se trouvent dans les pays du nord. Les sondages publiés au 44e Forum économique mondial de Davos (Suisse), qui se termine samedi 25 janvier,  confirment le regain d'intérêt des chefs d'entreprise pour les marchés des pays riches.

L'eldorado des économies émergentes ayant déçu, il est inévitable que les capitaux occidentaux regagnent leurs patries plus prometteuses et surtout plus sûres que les économies du Sud avec les conséquences que l'on voit sur les marchés des devises.

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 15:33

Face aux différents maux qui affectent aujourd’hui la France comme un grand nombre d’autres pays de la zone euro et la France, la stratégie mise en avant par les instances européennes est double :

Redresser la compétitivité par des réformes structurelles renforçant la flexibilité de l’économie, augmentant la productivité et baissant le coût du travail (par la compression des salaires et le basculement de la pression fiscale des entreprises vers les ménages) ;

Redresser les finances publiques en mettant fin aux déficits excessifs selon les délais prévus par la gouvernance européenne, ce qui passe également ici par des réformes structurelles sur les administrations publiques et la protection sociale pour maîtriser la hausse tendancielle des dépenses publiques.

A l’appui de cette stratégie, la politique monétaire ultra accommodante de la BCE avec un taux directeur (0,25% depuis le mois dernier) proche de zéro, des banques noyées sous les refinancements, et la promesse de « faire tout ce qu’il faut » en cas de nouvelle crise grave sur les marchés menaçant la survie de l’euro. Le coût des dettes publiques se trouve ainsi maintenu à des niveaux soutenables le temps que les pays aient achevé leur ajustement budgétaire; les banques ont suffisamment de fonds pour continuer de prêter à l’économie.

Mais la politique monétaire semble largement impuissante face aux deux écueils qui risquent de faire dérailler cette stratégie de sortie de crise.

La surévaluation de l’euro. Le taux de change contre dollar atteint 1,36 aujourd’hui alors qu’il était de 1,17 au moment de l’entrée dans l’Union Monétaire en 1999. Cette surévaluation accroît les phénomènes de délocalisation et empêche les pays membre soumis à l’austérité budgétaire de compenser par une hausse de leurs exportations la baisse de la demande intérieure. A chaque conférence de presse, Mario Draghi rappelle rituellement que le taux de change ne constitue pas un objectif de la politique monétaire et, au demeurant, les mesures récentes de la BCE n’ont absolument eu aucun impact sur l’évolution du taux de change. Le vrai moyen pour obtenir une dépréciation de l’euro serait que la zone accumule des déficits extérieurs croissants : hors c’est tout le contraire qui se produit aujourd’hui sous l’effet des excédents commerciaux qu’accumule l’Allemagne vis-à-vis du reste du monde. La balance des transactions courantes de la zone euro devrait ainsi afficher un excédent de 3% du PIB alors qu’elle était tout juste équilibrée avant le début de la crise.

L’absence d’inflation dans la zone, qui est aussi le résultat de la surévaluation de l’euro mais pas seulement, pose le problème du redressement de la compétitivité des pays membre vis-à-vis de l’Allemagne. Pour cela, ils ont besoin d’avoir des coûts de production qui augmentent durablement moins vite ce qui suppose donc une inflation plus basse qu’en Allemagne. Ceci est bien le cas aujourd’hui mais les niveaux très bas d’inflation constatés partout dans la zone euro font que le différentiel d’inflation entre les pays membre est trop faible pour obtenir rapidement des gains de compétitivité significatifs. Au rythme actuel, et sauf à ce que les pays d’Europe du sud entrent en déflation ce qui poserait d’autres problèmes, il faudrait des dizaines d’années pour que le handicap de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne accumulé depuis le début de l’Union monétaire puisse être résorbé

Comme on le voit, les problèmes actuels de la zone euro ne sont pas liés au Monetary stance qui est allé jusqu’au bout de ses possibilités mais à la divergence qui s’est créé entre l’Allemagne d’une part, le reste de la zone euro d’autre part. Pour corriger cette divergence, il n’y a que deux options théoriquement possibles : soit une politique reflationniste en Allemagne, soit une politique déflationniste dans le reste de la zone euro. C’est la seconde option qui a jusqu’ici été poursuivie mais qui rencontre les limites décrites plus haut. La première option se heurte pour sa part au refus absolu des allemands de générer chez eux plus d’inflation et plus de déficit public – refus qui tient à la fois à leur histoire et à l’état de leur démographie. Dans ces conditions, le débat autour de la politique économique à mener pour sortir de la crise en zone euro n’est pas près de se terminer.

Billet du blog des auteurs de l’ouvrage les politiques budgétaires dans la crise

Source : http://www.sauvonsleurope.eu/les-deux-verrous-qui-bloquent-la-sortie-de-crise-en-zone-euro-la-surevaluation-de-leuro-et-labsence-dinflation/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=les-deux-verrous-qui-bloquent-la-sortie-de-crise-en-zone-euro-la-surevaluation-de-leuro-et-labsence-dinflation

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