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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 15:32

La France a fait un pari : transformer l’Europe communautaire en un multiplicateur de puissance, mais les élargissements successifs ont contribué à réduire son poids relatif. Ce qui produit un grand malaise chez les Français.

 

« OR, LA FRANCE, toujours, rêve de la puissance » [1], écrit Olivier Kempf. Voilà une réflexion qui va nous servir de boussole pour comprendre les calculs et les malaises de la France dans l’Union européenne à l’heure de la mondialisation [2].

France-UE, pourquoi un tel malaise ?

Nous répondrons que la France a fait un pari : transformer l’Europe communautaire en un multiplicateur de puissance (I), mais les élargissements successifs ont contribué à réduire son poids relatif (II), ce qui produit un malaise (III).

I. La France a fait un pari : transformer l’Europe communautaire en un multiplicateur de puissance…

Chacun sait que la France est un pays fondateur de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA, 1951) puis de la Communauté économique européenne (CEE, 1957). La construction d’un marché commun s’inscrit bien dans une dynamique de la mondialisation : faciliter les échanges à l’intérieur d’une zone. En revanche, bien peu font un rapprochement que la chronologie impose pourtant comme une évidence : c’est au moment où elle commence à perdre pied dans son empire colonial – notamment avec la défaite de Dien Bien Phu en mai 1954 puis la perte de l’Indochine, mais encore le déclenchement de la guerre d’Algérie le 1er novembre 1954, sans oublier les indépendances du Maroc et de la Tunisie en 1956 – que la France s’implique dans la construction européenne.

Pour le dire comme dans une salle de boxe française, Paris effectue un « changement de pied », basculant le poids du corps du pied gauche sur le pied droit pour frapper l’adversaire du pied gauche, basculant sa quête de puissance de l’empire colonial sur la construction européenne. Parce qu’il s’agit toujours – quand on parle de la France – d’une quête de grandeur, d’une recherche de puissance … cachées derrière des rideaux de fumées politiques, mais que voulez-vous, voilà une marque de fabrique.

Il s’agit pour le dire d’une formule de « faire de l’Europe un multiplicateur de la puissance de la France ». Notons, au passage, que l’on trouve aussi l’expression « démultiplicateur » de puissance, ce qui au vu du dictionnaire semble moins adapté puisqu’il s’agit d’un « système de transmission assurant une réduction de vitesse » (Petit Larousse, 1972). A moins de vouloir dire que l’Europe communautaire aurait été un élément de réduction de la puissance de la France...

Traumatisée par « l’étrange défaite » de 1940, pour reprendre le titre d’un ouvrage de Marc Bloch, éprouvée par la décolonisation, la France cherche dans la construction européenne un multiplicateur de puissance.

Le pari s’exprime ainsi : « Puisque par mes seules forces je ne peux atteindre mes objectifs de puissance, la France va mutualiser ses moyens avec ceux de ses partenaires et les mettre au service de ses objectifs, et ce, sous sa direction ».

Une partie des élites y a vu une possibilité de substitution à la voie nationale, jugée dépassée, laissant de côté la recherche d’un rang ou d’une gloire au profit d’une expansion économique. Ces « réalistes » se sont retrouvés dans le projet de la CECA qui marie l’audace institutionnelle de la supranationalité avec une option sectorielle et permet l’ancrage du nouvel Etat ouest-allemand (1949) à l’Occident tout en assurant le retour de l’initiative politique à la France. Parce qu’il s’agit – évidemment – de construire une Europe communautaire qui soit, non seulement conforme aux intérêts de la France, si possible à son image (quoi rêver de plus beau ?) mais dans tous les cas au service des intérêts de la France.

Le pari pourrait se formuler ainsi : « Puisque par mes seules forces je ne peux plus atteindre mes objectifs de puissance, la France va mutualiser ses moyens avec ceux de ses partenaires et les mettre au service de ses objectifs, et ce, sous sa direction éclairée ».

C’est la moins kantienne des nations européennes. Elle ne rêve pas de la « paix perpétuelle ». La France a une relation ambigüe avec l’Europe communautaire, vue comme un outil de puissance lui permettant de compenser son relatif déclassement et ses douloureux échecs.

Le général de Gaulle lui-même, revenu au pouvoir après l’entrée effective dans la CEE le 1er janvier 1958, fait le pari de la contrôler au profit de la seule France.

Le général de Gaulle y ajoute même un objectif, faire de la construction européenne non seulement un multiplicateur de la puissance de la France mais un moyen de ligoter l’Allemagne fédérale et de contester les velléités hégémoniques des États-Unis. Ces deux dimensions stratégiques sont sous-jacentes dans le traité de l’Elysée (1963). L’Allemagne à l’époque, rappelons-le, est divisée et chargée de la honte du nazisme, quant à l’Angleterre le général la boute par deux fois hors de la CEE. Il s’agit de faire construire l’Europe des États, de maintenir l’intergouvernementalité, terme abscons qui signifie un système de compromis qui laisse en dernier ressort un droit de veto à chaque État . Ce qui porte le risque de l’Europe du plus petit commun dénominateur.

De Gaulle disparu et la chute du Rideau de fer survenue, la France fait un choix audacieux avec le traité de Maastricht, mélange de fédéralisme et de logique intergouvernementale. Parce que, comme toujours, les élites françaises se croient tellement malines qu’elles pensent être en mesure de contrôler « ces gros lourdauds d’Allemands ».

Pourtant, en 1995, un diplomate français qui servit sous le général de Gaulle et ses successeurs, Gabriel Robin, faisait le bilan suivant : « Lentement mais sûrement [l’Allemagne] est parvenue à ses fins. Elle voulait une Europe élargie et libérale, elle l’a obtenue. À chaque étape, elle a su faire coïncider les progrès de l’Europe avec ceux de son émancipation nationale et de son retour sur la scène internationale. Elle n’a jamais rien sacrifié que de façon provisoire et révocable. L’Europe s’est toujours arrêtée au seuil du sanctuaire où elle préservait son intégration atlantique, son Ost-Politik et sa Deutsche-Politik. La France attendait de l’Europe une protection ; elle y a renoncé. L’Allemagne en subissait les contraintes ; elle s’en est libérée. L’une a mieux fait ses affaires que l’autre. Il n’y a pas lieu de lui en vouloir mais il ne sert à rien de l’ignorer. » [3]

Ainsi, dès 1995, un diplomate français pouvait faire ce diagnostic voyons pourquoi et en quoi il semble prémonitoire puisque les années suivantes renforcent cette évolution.

II. … mais les élargissements successifs ont contribué à réduire son poids relatif,

Aussi longtemps que dure la Guerre froide (1947-1990), les élargissements successifs ne semblent pas remettre en cause la prééminence de la France sur la construction européenne. Encore que l’entrée du Royaume-Uni – avec l’Irlande et le Danemark – en 1973 marque une révolution que la France tarde à saisir : l’arrivée massive des méthodes du lobbying dans les institutions européennes. La France attend le début des années 1990 pour réaliser l’urgence de développer à Bruxelles un lobbying des intérêts français. Calculez, il faut seulement deux décennies à Paris pour comprendre le contexte dans lequel elle évolue. Ce qui laisse penser qu’il ne suffit pas de rêver à la puissance jour et nuit pour savoir défendre concrètement ses intérêts.

C’est l’unification de l’Allemagne le 3 octobre 1990 et la fin de la Guerre froide en novembre 1990 qui amorce une dynamique délicate, tant en ce qui concerne l’Union économique et monétaire (UEM) que les élargissements.

D’abord parce que l’unification de l’Allemagne marque l’obtention de l’objectif géopolitique majeur de l’Allemagne depuis sa division en 1949. La République démocratique d’Allemagne (RDA) était son Alsace-Lorraine, pour le dire d’une formule. N’oublions pas que le 3 octobre 1990 marque un élargissement non-dit de l’Europe des 12 puisque l’ex-RDA intègre de facto l’Europe communautaire, et accessoirementl’OTAN mais c’est une autre histoire.

Ensuite parce que la France voulant contrôler cette puissance majeure en train d’émerger au centre du continent choisit une « fuite en avant » pour le dire de façon rugueuse, ou pour le dire autrement un « plus d’Europe ». Paris accepte d’échanger l’unité allemande contre le sacrifice du mark, pourtant symbole du « miracle » ouest-allemand. Le sacrifice du mark est identifié comme la garantie de l’ancrage allemand à l’Europe communautaire, la certitude qu’elle ne va pas basculer vers l’Europe du centre-Est mais rester arrimée à l’Europe de l’Ouest, et d’abord à la France. Pour mettre en place ce nouveau calcul, la France sacrifie sa propre compétence régalienne en matière monétaire et cède successivement aux exigences allemandes quant à la conception de l’euro et de sa mise en œuvre.

La RFA impose sa définition des critères d’éligibilité à la monnaie commune au moment de la rédaction du traité de Maastricht [4]. Considérons maintenant des évènements parfois passés sous silence mais qui témoignent de la modification du rapport de force entre la France et l’Allemagne.

En 1993, peu après la ratification du traité de Maastricht, la France compte obtenir en échange de ses nombreuses concessions à l’Allemagne quant à la conception de la monnaie unique - une satisfaction de prestige : héberger le siège de la future Banque centrale européenne (BCE). Les Français soutiennent la candidature de la ville de Lyon. De leur côté, les Allemands avancent le dossier de leur place financière : Francfort. Ils répondent aux négociateurs français cherchant à défendre la deuxième agglomération de l’Hexagone : « Nous ne voyons pas pourquoi vous vous fatiguez encore à nous parler de Lyon. Nous souhaitons que le siège de la BCE soit à Francfort. Il sera à Francfort. »

En 1995, les Allemands reviennent pourtant sur le nom de la future monnaie commune, convenu lors de la mise en place du Système monétaire européen, en 1978 - 1979. Les Français, à commencer par le président Valéry Giscard d’Estaing, pensent depuis cette époque avoir gagné cette bataille hautement symbolique en faisant accepter l’Ecu, référence à une ancienne monnaie française.

Ce qui n’empêche nullement les Allemands d’annoncer en 1995 à la table des négociations : « Nous refusons désormais que la monnaie unique s’appelle l’Ecu. Ce sera l’Euro. » Les Français en restent sidérés. Les représentants des autres pays déclarent cette affaire « regrettable ». Les Allemands reprennent alors la parole : « Ce sera l’Euro. La discussion est close ».

Le président Jacques Chirac doit lui-même préciser : « on ne rit pas… »

En 1997 - 1998, la nomination du président de la Banque centrale européenne voit Paris défendre la candidature de Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque de France. Finalement, l’Allemagne impose son candidat, Wim Duisemberg, pour la première moitié du mandat, laissant au candidat de Paris la seconde moitié.

Présentant ce « succès » diplomatique à la presse, le président Jacques Chirac doit lui-même préciser : « on ne rit pas… » À son retour en Allemagne, le chancelier Helmut Kohl essuie une forte critique pour cet étrange partage de présidence.

Ainsi, les négociations monétaires européennes démontrent combien la marche à la monnaie unique – loin d’apaiser les tensions nées entre la France et l’Allemagne lors de la chute du mur de Berlin – révèlent au contraire des tensions persistantes entre Paris et Berlin.

Notons, à la marge, que durant toutes ces années 1990 l’Union européenne a amplement démontré à la face du monde son incapacité à stopper des guerres civiles atroces en ex-Yougoslavie…pour finalement demander aux États-Unis de venir ramener la paix à deux heures et demi d’avion de Paris.

Considérons maintenant les élargissements post-guerre froide. Je ne reviens pas sur le débat approfondissement ou élargissement, remporté par l’Allemagne [5]. Concentrons-nous sur un aspect moins connu : les incidences institutionnelles des élargissements de 2004 [6], 2007 et 2013.

Considérons deux incidences, la formation de la Commission européenne et le nombre de voix au Conseil pour chaque État.

. La formation de la Commission européenne.

Initialement, les pays les plus peuplés de l’Europe communautaire disposaient de deux commissaires et les moins peuplés d’un seul commissaire. Le traité de Nice (2001) devenu effectif avec l’élargissement du 1er mai 2004, change la donne. La nouvelle Commission initialement prévue pour le 1er novembre 2004 a pour caractéristique de compter un seul commissaire par État membre, quelle que soit sa population. La nouvelle règle induit donc la perte d’un des deux commissaires pour les cinq États les plus peuplés : l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni. Il semble difficile de défendre que les cinq États les plus peuplés de l’UE réalisent ainsi une opération qui se traduirait automatiquement par un gain d’influence, voire de puissance. Bien au contraire, tout laisse à penser que cette concession contribue à diminuer leur poids relatif dans le processus décisionnel communautaire.

. Le nombre de voix au Conseil pour chaque État.

La France à perdu à la faveur des élargissements post-guerre froide un quart de son poids politique.

Celui-ci est recalculé à chaque nouvel élargissement, afin de faire de la place aux nouveaux entrants, puisqu’on ne pourra jamais distribuer plus de 100% de droits de vote. À travers les élargissements successifs de 2004, 2007 et 2013, le poids politique relatif de la France est passé de plus de 12% à un peu plus de 8%. Autrement dit, la France a perdu à la faveur des élargissements post-guerre froide un quart de son poids politique.

Ces deux observations peuvent être interprétées de deux façons différentes, également exactes. Une première interprétation avance que tous les pays les plus peuplés ont « perdu » autant de voix et que cela est donc sans importance, sauf que les pays les moins peuplés ont de manière relative essuyé une perte moins importante que les plus peuplés. Une deuxième interprétation consiste à se recentrer sur le calcul de la France à l’égard de la construction européenne – précédemment – et à constater que cette redistribution des pouvoirs est à l’opposé de ce qui avantagerait Paris.

Terminons en mentionnant que la crise de 2008 ouvre à l’Allemagne d’Angela Merkel, en meilleure santé économique que tous les autres partenaires, un véritable boulevard pour affirmer sa puissance. C’est la chancelière qui décide – seule – du tempo et du périmètre des concessions faites aux pays les plus affaiblis pour les forcer à tourner la page des dépenses excessives et les contraindre à prendre des mesures de rigueur qui finissent par étouffer la croissance économique, ce que Madame Merkel finit par admettre en 2013 à la veille de nouvelles élections…

III. … ce qui produit un malaise

Dès le milieu des années 1990, l’ambassadeur Gabriel Robin s’interroge sur la pertinence pour la France de tant miser sur la construction européenne. Il invite les autorités à voir plus large et – tout en restant dans l’UE – à valoriser les atouts de la France comme État-nation dans le vaste monde post-guerre froide. [7] Il écrit – je le rappelle en 1995 : « Pour compenser les effets centrifuges de l’élargissement, il faudra étendre le champ de compétence de l’Europe, accroître les pouvoirs des institutions communautaires et soumettre de plus en plus les États à la discipline de votes majoritaires. Plus on ira dans ce sens, plus la France verra sa marge d’autonomie se réduire et son sort dépendre d’autorités qu’elle ne contrôle pas ; plus nombreuses seront, pour elle, les occasions de se trouver rejetée dans la minorité par des majorités de rencontre, voire des majorités systématiques. On se rassurera en pariant que l’Europe gagnera en puissance ce que la France perdra en liberté, que les décisions communautaires seront toujours bonnes, que la France entraînera l’Europe au lieu d’être entraînée par elle. Mais c’est un pari et tout indique qu’il est déjà perdu, y compris le soin qu’on met à le dissimuler. Pour qui veut voir, les signes ne manquent pas d’une lente mais inexorable diminutio capitis qu’aucune contrepartie ne vient balancer. […] Étrange attitude, en tout cas, que celle de ce pays : c’est au moment où l’Europe est entrée dans la phase des rendements décroissants qu’elle choisit de s’y investir à fond ; plus le pari est risqué, plus l’espoir de gain s’éloigne, plus il augmente sa mise ; moins il reçoit, plus il se croit tenu de donner, et moins l’Europe est française, plus la France s’y déclare attachée. [8] »

Que l’on soit d’accord ou pas avec Gabriel Robin, que l’on reconnaisse ou non à ce texte des prémonitions fulgurantes au sujet des incidences des élargissements post-guerre froide… peu importe. L’essentiel est de convenir que ce texte témoigne pour le moins d’un malaise français à l’égard de la construction européenne, à l’heure du premier élargissement post-guerre froide (1995).

L’Europe enlisée, une France paralysée, c’est un triste tandem.

18 ans plus tard - le temps de faire d’un nourrisson un électeur - l’ambassadeur Francis Gutmann, ancien Secrétaire Général du Quai d’Orsay, écrit en 2013 sur Diploweb : « L’Europe était un grand rêve et elle a apporté la paix. L’Europe était un grand dessein, elle n’est plus qu’un marché offert à tous les appétits. D’élargissement en élargissement, elle n’a plus de vision. La technocratie lui tient lieu de politique. Elle n’a plus de voix, elle n’a pas de défense, elle n’a plus de croissance. Son ambition désormais est d’exister seulement et non plus d’exister vraiment. L’Europe devait porter la France aux dimensions nouvelles du monde. Aspirant à décider de presque tout, elle est devenue l’alibi commode de trop de ses renoncements. Elle devait l’agrandir, elle l’a émasculée. L’Europe enlisée, une France paralysée, c’est un triste tandem. »

Comment en est-on arrivé à ce qu’une personnalité de cette envergure écrive cela ?

L’UE est longtemps fantasmée à Paris comme une caisse de résonnance de nos desiderata, avec cependant une contradiction : cette politique remet en question l’État-nation, son identité, ses marges de manœuvre. D’où les intérêts marqués de Paris pour les « avant-gardes » (J. Chirac) ou la défense du thème de la « coopération renforcée » (Nice), c’est-à-dire un groupe de quelques pays en phase sur un projet. D’où le succès d’une formule pourtant pleine d’ambiguïté d’un Jacques Delors pour la formation d’une « fédération d’États-nations ». La culture historique française ne va pas dans le sens d’une communautarisation accrue, qui repose sur la recherche d’alliances et du consensus en orientant les prises de décisions si possible en amont, alors que la France recherche prioritairement un avantage de position dominante sans intégrer que le principe communautaire repose d’abord sur le principe d’une compétition à chances égales, puis la recherche d’alliances et de compromis.

En fait, les autres pays membres ne sont pas ... idiots. Ce qui devrait nous rassurer nous surprend.

Par ailleurs, l’ambition de transformer la construction européenne un multiplicateur de la puissance française s’est heurté à l’incompréhension des autres pays membres pour deux raisons :

. soit parce qu’ils n’étaient pas dupes, voire qu’ils avaient eux-mêmes leurs propres objectifs, par exemple les Britanniques ;

. soit parce qu’ils ne partageaient pas la conception française de la puissance, notamment dans sa relation volontiers contestataire des aspirations hégémoniques des États-Unis, ce fut le cas de l’Allemagne fédérale, avant comme après l’unification, sauf en 2002 pour des raisons électorales, Gerhard Schröder flattant le pacifisme de l’opinion allemande pour être réélu à l’automne alors que les États-Unis brûlaient d’en découdre en Irak.

Durant toutes les années 1990, l’absence diplomatique de l’Europe communautaire sur les grands dossiers politiques internationaux de l’après guerre froide, à commencer par les guerres dans les Balkans, ont été vécus comme des échecs humanitaires et politiques pour l’UE. Ils ont relativisé d’autant l’ambition française de voir l’Europe jouer un rôle international de premier plan.

Il faut bien en convenir, notre bilan n’est pas aussi brillant qu’escompté.

Côté français, cette situation produit un profond malaise, pour partie non dit parce que les élites politiques qui ont porté les paris sous-jacents de la France à l’égard de la construction européenne, soit ne sont plus en responsabilité – le temps passe, pour tout le monde – soit n’ont généralement pas le courage d’assumer l’échec relatif de leurs brillants – brillants évidemment – calculs. Est-ce exagéré de parler d’échec relatif ? Non si on veut bien faire ce que beaucoup préfèrent passer sous silence, à savoir le bilan point par point. Ce bilan, le voici :

"Avis à la population : on recherche un champion pour faire des démonstrations délicates"

. La construction européenne était supposée permettre de ligoter l’Allemagne ? Il faudrait être très fort pour arriver à démontrer que depuis l’ouverture du Mur (1989) Paris domine et maîtrise l’Allemagne fédérale.

. La construction européenne était supposée transformer l’Europe communautaire en moyen de contester les tentations hégémoniques des États-Unis ? Il faudrait être très fort pour arriver à prouver que l’Union européenne – dont 22 membres sur 28 à la date du 1er juillet 2013 sont membres de l’OTAN – est devenue un outil pour contester la puissance américaine. En revanche, il serait facile de démontrer que beaucoup de pays à la fois membres de l’OTAN et de l’UE sont prêts à sacrifier beaucoup de leur crédit politique et de leurs moyens financiers pour satisfaire – a minima il est vrai – aux demandes de Washington, en Afghanistan ou/et en Irak. Et la France n’en a –t-elle pas pris acte en revenant dans le commandement militaire intégré de l’OTAN (2009) ? En revanche, on attend encore le décollage de l’Europe de la défense… Que Nicole Gnesotto publie en 2014 à la Documentation française un livre intitulé : Faut-il enterrer la défense européenne ? montre l’état du projet.

. Enfin, la construction européenne était supposée être un multiplicateur de la puissance française dans le monde, un substitut à l’empire colonial perdu. Il faudrait être vraiment très fort pour démontrer que la France d’aujourd’hui pèse plus dans le monde que celle de la première moitié du XXe s.

Alors, que reste-t-il des brillants calculs de Paris ? Il reste … le marché unique et des transferts de souveraineté, de l’échelle nationale à l’échelle sous-continentale de l’UE. Comment s’étonner que les élites politiques ou intellectuelles ne se bousculent pas au journal télévisé pour l’expliquer aussi simplement ? Il n’y a que des mauvais coups à prendre à expliquer qu’on a été mauvais. Alors, mieux vaut faire – comme la plupart – silence radio, et silence télé, tant qu’à faire.

Les promesses de lendemain qui chantent se terminent en un couac disgracieux.

Sauf que les Français ne sont pas idiots. Certes, ils ont longtemps laissé faire dans un « consensus permissif » dont ils n’ont pas à être fiers, mais les années 1990 marquent une rupture. Certes, ils ne connaissent pas dans le détail, les traités, les annexes des traités, les dates et les citations, les calculs non dits et le fonctionnement des institutions. Mais ils sont - semble-t-il - capables de comprendre intuitivement que le compte n’y est pas, que les promesses de lendemains qui chantent se terminent en un couac disgracieux, que la France d’aujourd’hui pèse moins qu’hier. Et ça, ça ne passe pas. Parce que la France rêve toujours de grandeur, et a minima de maîtriser son devenir.

Alors pour dire leur malaise, les Français participent peu aux élections pour le Parlement européen, tous les cinq ans. Alors pour dire leur malaise - puisqu’on ne leur a pas demandé leur avis sur le grand élargissement de 2004 qui – qu’on le dise ou non - change la nature de l’UE – ils se saisissent du premier référendum européen qui se présente : celui de 2005. Le référendum de 2005 porte sur le projet de traité constitutionnel pour l’Union européenne, né de la Convention présidée par Valéry Giscard d’Estaing. Après le demi-échec du sommet et du traité de Nice, il s’agit de donner un tournant plus fédéraliste aux institutions européennes, par exemple en instituant un Ministre européen des Affaires étrangères. Il s’agit d’adapter les institutions à un nombre de plus en plus élevé de pays membres, ce qui semble cohérent. Sur la foi de sondages qui lui laissent penser que les Français voteront « Oui », le président J. Chirac annonce le 14 juillet 2004 qu’il choisit la voie référendaire pour ratifier ce texte, et non pas la voie - plus sûre - du Congrès, c’est à dire la réunion du Sénat et de l’Assemblée nationale. Il est vrai que la procédure référendaire peut sembler plus proche du peuple, plus « démocratique », et depuis le temps qu’on reproche à l’UE son déficit démocratique, puisque les sondages annoncent que le peuple s’apprête à voter « oui », autant lui demander son avis… Jacques Chirac, étiqueté gaulliste manque cependant de conviction pour défendre ce texte, et en une forme d’acte manqué il le présente avec maladresse lors d’une émission télévisée en public. À l’occasion des échanges avec des citoyens invités sur le plateau, il donne l’impression de découvrir l’existence du chômage de masse et de longue durée ! Ce qui produit un effet fâcheux, presque insultant pour les millions de Français concernés. Et les partisans du « non » ont déjà pris de vitesse les partisans du « oui ». Les « nonistes » sont majoritaires sur la Toile, multiplient les blogs, les liens, les forums. Un professeur d’histoire-géographie du sud de la France devient une référence dans l’exégèse de ce texte long et complexe, on peut le citer dans les discussions entre amis. Un mois avant l’échéance du référendum, une cartographie de Toile consacrée aux affaires européennes – faite pour le site touteleurope – montrent que les partisans du « non » ont gagné la bataille de l’Internet. Les partisans du « oui », partis trop tard, maladroits et peu dynamiques sur Internet, sont tétanisés ! Le 29 mai 2005, le résultat est édifiant : avec une participation élevée pour une question européenne (69,3%), la réponse est « non » à 55% ! Un « non » franc et massif. Un « non » qui est interprété comme le coup de frein brutal d’un pays fondateur de l’Europe communautaire qui pèse d’un poids significatif dans ses institutions et s’attribue un rôle actif. Un « non » suivi quelques jours plus tard d’un « non » des Pays-Bas. Le texte est mort, du moins sous cette forme. Le journaliste spécialisé Jean Quatremer déclare que « l’Europe est en coma léger ». Coma léger parce que le président de la République française n’a pas été capable d’obtenir un « oui » des français. Coma léger parce qu’il lui reste deux ans de mandat à faire, de surcroît dans une cohabitation qui a vu la gauche se diviser elle aussi entre partisans du « non » – dont un certain Laurent Fabius – et ceux du « oui ». Coma léger parce que les jeunes ont, pour la première fois, voté majoritairement « non », alors qu’ils étaient jusque-là traditionnellement pro-européens. Coma léger parce que personne ne voit comment l’UE va sortir de cette impasse institutionnelle née des élargissements post-guerre froide (1995, 2004). Ce texte a été il est vrai, payé cher par les politiques qui se sont engagés dans sa rédaction puis dans sa présentation au public. Ils ont l’impression d’avoir perdu du temps, de l’énergie et du crédit. Il va sans dire que le poids politique de la France dans l’UE diminue d’autant. Comment pourrait-il en être autrement ? Comment un pays qui bloque l’adoption d’un texte supposé améliorer le fonctionnement institutionnel de l’UE pourrait-il maintenant donner des leçons ? Après l’échec de la Communauté européenne de défense (CED) – en 1954 – la France porte avec l’échec du referendum de 2005 la responsabilité d’une crise européenne majeure. À tort ou à raison, la France parait un frein et non plus un aiguillon de la construction européenne. Dès lors il est difficile de se hausser du col, faire des mouvements de menton, donner des leçons et tracer des perspectives avantageuses. Les politiques français ne se bousculent plus pour porter les idées européennes parce qu’ils sentent bien qu’il n’y a que des bulletins de vote à perdre.

Pourtant, un certain Nicolas Sarkozy prépare sa candidature à la présidentielle de 2007. Il fait savoir qu’en cas d’élection il s’engage à revenir à la table des négociations pour de nouvelles institutions européennes et à réfléchir à la place de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN. Opposé à Ségolène Royal, il l’emporte assez largement au second tour. Dès lors, il considère qu’il dispose d’une légitimité démocratique pour relancer ces deux processus. Le soir même de son intronisation à l’Elysée, le 16 mai 2007, il se rend à Berlin pour rencontrer la chancelière Angela Merkel. Il l’embrasse avec un enthousiasme que Madame Merkel n’apprécie guère semble-t-il, elle le recadre au sujet de l’Union Méditerranéenne, mais ils s’accordent sur une méthode pour relancer le processus institutionnel à travers un toilettage du projet de traité constitutionnel. Après un sommet européen en juin 2007, l’affaire est pliée à l’automne 2007 avec le traité de Lisbonne. Le traité de Lisbonne reprend pour l’essentiel le texte refusé par les Français et les Hollandais, mais il en retire les concepts les plus fédéralistes, le Royaume-Uni brillant à la manœuvre. Comme il l’avait annoncé, Nicolas Sarkozy ne passe pas par la voie référendaire pour le faire ratifier – pas fou – mais par la voie du Congrès qui l’accepte début 2008. Chacun pourra philosopher sur la nature démocratique de la procédure qui consiste à refaire passer un texte qui a été refusé par referendum par la voie du Congrès, après l’avoir il est vrai amendé à la marge, en lui ôtant une partie de sa dimension fédéraliste, par exemple en changeant l’intitulé du poste du responsable de la politique étrangère de l’UE qui n’est plus ministre mais Haut représentant. La presse de l’époque ne jette pas d’huile sur le feu, « passez, y a rien à voir », on tourne la page. Un coup de chaud survient cependant lorsque les Irlandais décident de voter « non ». Pour la deuxième fois – on l’avait déjà fait pour le traité de Nice – les Irlandais sont invités à voter une deuxième fois pour le traité de Lisbonne, en 2009. Soulagement, ils acceptent une deuxième fois de se déjuger. Chacun pourra à nouveau philosopher sur la nature démocratique du procédé, je note simplement que les Irlandais ont obtenu quelques concessions à cette occasion, dont la suppression de la réduction du nombre de Commissaires au deux tiers du nombre des pays membres, à l’horizon 2014 ou 2017. Cette idée a été effectivement passée à la trappe fin 2013, dans un silence assourdissant.

Nous pourrions encore longuement détailler le malaise français à propos de l’UE. Expliquer dans le détail comment la chancelière Angela Merkel castra littéralement non pas Nicolas Sarkozy mais un projet porté par Nicolas Sarkosy, l’Union Méditerranéenne – lancée imprudemment sur les estrades électorales début 2007 – en une « Union pour la Méditerranée : Processus de Barcelone » (UpM). Pour le dire rapidement, Berlin fit rentrer un projet de grandeur française sur les bords de la Méditerranée dans le cadre étroit de l’administration européenne. À la fin du quinquennat de N. Sarkozy, l’UpM était pratiquement passée à la trappe. En revanche, A. Merkel avait imposé son tempo et son périmètre aux mesures de l’UE pour réduire la crise de l’euro, N. Sarkozy étant réduit à attendre son bon vouloir…

Puisqu’on ne change par une méthode qui échoue, nous pourrions encore longuement détailler le malaise français avec le cas de François Hollande qui lors de sa campagne électorale pour les présidentielles de 2012 avait expliqué qu’il exigerait un Pacte européen pour la croissance et l’emploi financé par l’UE avant de faire ratifier le Pacte budgétaire européen. Oh, on a bien raclé quelques fonds de tiroirs pour habiller la fin de non recevoir… mais le compte n’y était pas. Et F. Hollande a fait ratifier par le Congrès ce fameux texte qui met en place un glissement : de fédéralisme monétaire – l’euro – nous passons sous la pression de la crise à un fédéralisme budgétaire – via le contrôle par la Commission européenne, en amont du Parlement, sur le projet de budget. Fédéralisme budgétaire, formulation a minima. Olivier Kempf écrit : « Si de nombreux commentateurs parlent de ‘fédéralisme budgétaire’, c’est bien de fédéralisme politique qu’il s’agit. Car derrière ces mots de fédéralisme budgétaire, il faut entendre arbitrage, décision, y compris pour imposer telle ou telle décision à un État membre ‘dans le besoin’ ». [9] Olivier Kempf n’a peut-être pas tort mais il faudrait alors préciser : fédéralisme politique incomplet.

Si l’ampleur de la crise économique fait passer ces débats complexes à l’arrière plan, nul doute cependant que ce changement de nature de la construction européenne, suscite un malaise dans de larges pans de l’opinion publique française.

Pour le dire de manière provocante, comment la France ne ressentirait-elle pas un profond malaise dans une Europe à « l’heure allemande » [10] ? En fait, le ministre des finances allemand fait lui-même cette référence durant l’été 2013. Et le 2 mai 2014, Le Monde publie un article dont le titre semble sans ambiguïté : « "Tous à Berlin ! " La capitale de l’Allemagne est devenue celle de l’Europe », avec en sous-titre : « Les faiblesses de Bruxelles et de Pais ont favorisé la domination allemande. »

Pour achever la démonstration, faisons référence à Olivier Rozenberg, chargé de recherche à Sciences Po. Dans le numéro 61-62 de Questions internationales publié en mai-août 2013, celui-ci présente un article intitulé, « Avec l’Union européenne, un tournant majeur ». Olivier Rozerberg explique ce qu’il appelle « le déclin de l’influence française dans l’UE depuis une dizaine d’années ». Il distingue 4 causes.

1. La France est moins puissante politiquement dans l’UE parce qu’elle est moins puissante économiquement en Europe. C’est devenu une évidence, la France est nettement derrière l’Allemagne en terme de capacités comme de performances économiques. Dans un contexte de crise économique et de crise budgétaire, cela réduit considérablement la marge de manœuvre de Paris.

2. La France a perdu la centralité qui était sa caractéristique en Europe. Centralité géographique, perdue à la faveur des élargissements de 1995, 2004, 2007 et 2013 qui ont déplacé vers le centre-est le centre de gravité de l’UE. Centralité politique, à travers les jeux d’alliances, où la position de la France est devenue plus inconfortable, faute d’avoir compris rapidement qu’il fallait prendre en compte les nouveaux membres. Pour utiliser une métaphore sportive, tout se passe comme si la France, privée de la position de meneur de jeu, était contrainte de jouer en attaque ou en défense. Avec plus ou moins d’adresse, plus ou moins de réussite, parfois au prix d’alliance avec des joueurs peu brillants, pour ne pas dire les pays du Sud quand il s’agit de parler déficit budgétaire.

3. L’influence de la France a été réduite par son inconstance. Nicolas Sarkozy sur l’Union Méditerranéenne, et plus encore François Hollande sur le Pacte européen pour la croissance et pour l’emploi, ont chacun fait la même erreur de méthode – lancer un projet européen sur les estrades électorales – puis une fois élu se faire rudement recadrer. Le bras de fer a été encore plus court pour F. Hollande. Ces revirements ne contribuent pas à la crédibilité de la France dans les négociations européennes. Donner l’impression de parler pour ne rien dire réduit la valeur de la prise de parole, donc le poids politique.

4. En dernier lieu, la France souffre paradoxalement de la stabilité de ses institutions politiques, à commencer par la présidence de la République. Alors que les responsables politiques soumis à de fortes contraintes internes peuvent en arguer pour obtenir des concessions in extremis sur le mode « moi ou le chaos », l’Elysée ne peut généralement pas exercer ce type de chantage. Alors que l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni voire l’Allemagne le font sans hésiter, avec succès.

Olivier Rozenberg constate ainsi en 2013 : « La France subit donc une perte d’influence avérée en matière européenne. Elle n’est pas aussi frondeuse qu’en 1965, aussi isolée qu’en 1981 ou aussi atteinte qu’en 2005 après l’échec du référendum. Cependant sa faiblesse actuelle semble plus durable dans la mesure ou les facteurs explicatifs de sa perte d’influence sont nombreux et structurels. Le pays est cantonné à un rôle de numéro deux qui, pour être logique du point de vue de ses fondamentaux économiques, est difficile à accepter et à faire accepter sur le plan interne. » [11]

*

France-UE, pourquoi un tel malaise ? Nous répondrons que la France a fait un pari : transformer l’Europe communautaire en un multiplicateur de puissance, mais les élargissements successifs ont contribué à réduire son poids relatif. Ce qui produit, effectivement, un grand malaise chez les Français. Ceux-ci passent durant le quinquennat de F. Hollande (2012- ) du déni à la contestation de cette évolution de la construction européenne. Il en résulte, semble-t-il, une poussée de l’euroscepticisme, à droite comme à gauche.

Quand on se souvient des calculs initiaux et des promesses sous-jacentes, le résultat est loin du rêve. Cela s’appelle simplement la réalité. Plutôt que de voir nos insuffisances, il est plus facile de voir une menace dans « les Autres », mais cela n’apporte pas de solution, juste un pauvre défoulement. L’UE est un bouc émissaire facile à qui faire porter la responsabilité du déclin relatif de la France. Rien ne permet d’affirmer qu’il en aurait été autrement sans l’UE. Rien ne permet d’assurer qu’il en irait autrement hors de l’UE.Tout laisse à penser que le véritable défi consiste à repenser une Union européenne en mesure d’éviter son - et notre - effacement relatif à l’échelle de la planète.

Copyright Mai 2014-Verluise/Diploweb.com 

Cet article a été préalablement publié sur mon site : 

http://www.diploweb.com/France-UE-le-malaise-pourquoi.html?utm_source=sendinblue&utm_campaign=NEWSLETTER_23__12052014&utm_medium=email

 

 

 

 

 

 

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Published by Pierre Verluise - dans La France et ses partenaires
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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 07:46

Etablissement public au cœur du dispositif français de coopération, l’Agence Française de développement (AFD) agit depuis plus de soixante-dix ans pour lutter contre la pauvreté et  favoriser le développement dans les pays du Sud . Elle soutient également le dynamisme économique et social des Outre-mer.

Au moyen de subventions, de prêts, de fonds de garantie ou de contrats de désendettement et de développement, elle finance des projets, des programmes et des études et accompagne ses partenaires du Sud dans lerenforcement de leurs capacités.

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    Le réseau des agences
     
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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 17:27

Actuellement, des diplomates américains et français se préparent à entamer des discussions avec l'Iran sur la base de l'accord qui a suspendu et interrompu des éléments clés du programme nucléaire iranien. Les responsables français et américains échangent quotidiennement des informations pour lutter contre le terrorisme dans le monde. Dans toute l'Afrique et sur les autres continents, nos experts en développement aident des agriculteurs à augmenter leurs rendements et à sortir de la pauvreté. Dans des enceintes telles que le G8 et le G20, les Etats-Unis et la France s'attachent à promouvoir une croissance forte, durable et équilibrée, l'emploi et la stabilité, et nous relevons des défis mondiaux auxquels aucun pays ne peut, à lui seul, faire face. Dans de jeunes entreprises de haute technologie à Paris et dans la Sillicon Valley, des entrepreneurs américains et français mettent au point ensemble des innovations qui dynamisent l'économie mondiale.    

« IL FAUT QU'UN PLUS GRAND NOMBRE DE PAYS PRENNENT LEURS RESPONSABILITÉS »

Il y a dix ans à peine, peu nombreux étaient ceux qui pensaient que nos deux pays allaient  travailler ensemble aussi étroitement dans tant de domaines. Mais notre alliance s'est transformée au cours des dernières années. Depuis le retour de la France dans la structure de commandement de l'OTAN, il y a quatre ans, nous avons développé notre coopération à tous les niveaux dans le cadre de notre engagement à renforcer constamment le partenariat entre l'OTAN et l'Union européenne. Nous sommes deux nations souveraines et indépendantes qui prenons nos décisions en nous fondant sur nos intérêts nationaux respectifs. Mais c'est précisément parce que nos intérêts et nos valeurs sont si proches que nous avons été en mesure de faire franchir un nouveau cap à notre alliance.

Enraciné dans une amitié de plus de deux siècles, notre partenariat toujours plus étroit constitue un modèle de coopération internationale. Un pays ne peut pas à lui seul venir à bout des défis transnationaux. Il faut qu'un plus grand nombre de pays prennent des initiatives et partagent le poids et le prix du leadership. Il faut qu'un plus grand nombre de pays prennent leurs responsabilités pour garantir la sécurité et la paix dans le monde et faire progresser la liberté et les droits de l'homme.

En misant sur le premier accord conclu avec l'Iran, unis avec nos partenaires du groupe 5+1 – le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Russie et la Chine – et avec l'Union européenne, nous nous retrouverons la semaine prochaine à Vienne pour entamer des discussions en vue de parvenir à une solution globale pour empêcher l'Iran d'obtenir une arme nucléaire.

En Syrie, notre menace crédible de recourir à la force a permis d'élaborer le plan de destruction des armes chimiques syriennes et la Syrie doit désormais remplir ses obligations. Alors que la guerre civile syrienne compromet la stabilité de la région, y compris du Liban, la communauté internationale doit redoubler d'efforts pour porter assistance au peuple syrien, renforcer l'opposition modérée syrienne et œuvrer, dans le cadre du processus de Genève II, à une transition politique qui libère le peuple syrien de la dictature et du terrorisme.

  DE L'IMPORTANCE DE L'AFRIQUE

Cependant, plus qu'ailleurs, c'est peut-être en Afrique que notre nouveau partenariat trouve son expression la plus visible. Au Mali, les forces françaises et de l'Union africaine, bénéficiant de l'aide des Etats-Unis en matière de logistique et de renseignement, ont fait reculer les insurgés liés à Al-Qaïda, ouvrant ainsi au peuple malien la voie d'un avenir démocratique.

Dans tout le Sahel, nous nous associons avec d'autres pays pour empêcher Al-Qaida de gagner de nouvelles positions. En République centrafricaine, des soldats français et de l'Union africaine, avec l'appui des ponts aériens et le soutien des États-Unis, s'efforcent d'endiguer les violences et de créer un espace propice au dialogue, à la réconciliation et à des progrès rapides en vue d'élections de transition.

Sur tout le continent, du Sénégal à la Somalie, nous contribuons à l'entraînement et à l'équipement des forces locales pour qu'elles puissent assurer elles-mêmes la sécurité. Nous nous associons avec les gouvernements et les citoyens qui cherchent à consolider les institutions démocratiques, à renforcer l'agriculture et à  lutter contre la faim, à améliorer l'accès à l'électricité et à fournir des traitements pour sauver des vies en les protégeant des maladies infectieuses. Nos deux pays ont été les premiers pilotes du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme et sont aujourd'hui parmi ses meilleurs champions.

  ÉCHANGES ET PARTENARIATS

Parallèlement au nouvel élan imprimé à notre alliance sur la scène mondiale, nous cherchons à approfondirr notre relation économique. La France est déjà l'un des principaux marchés d'exportation des États-Unis et les États-Unis sont déjà le principal acheteur de biens français hors de l'Union européenne ; ces échanges représentent environ un million d'emplois dans nos deux pays.

Regarder la carte interactive sur les impacts du réchauffement climatique

Carte des risques liés au réchauffement climatique. Carte des risques liés au réchauffement climatique. | Infographie Le Monde

 

Notre coopération scientifique et éducative offre également des perspectives très encourageantes comme en témoignent les partenariats déjà existants entre nos universités, nos grands laboratoires de recherche et nos agences spatiales. Néanmoins, en tant que sociétes valorisant l'esprit d'entreprise, les capacités d'invention et la créativité, nous devons faire davantage pour être les leaders mondiaux de l'innovation.

Le partenariat pour le commerce et l'investissement que nous cherchons à mettre en place entre l'Union européenne et les Etats-Unis (voir à cet égard Questions fréquentes relatives au partenariat transatlantique de commerce et d'investissement) constitue une vraie opportunité pour tirer parti des millions d'emplois que représentent déjà, de part et d'autre de l'Atlantique, les échanges entre l'UE et les Etats-Unis. Un tel accord créera plus d'échanges, plus d'emplois et plus de possibilités d'exportations, notamment pour les petites entreprises dans nos deux pays. Nos efforts en faveur de la croissance et de la relance de l'économie mondiale disposeraient ainsi d'une base pérenne.

« L'AVENIR QUE NOUS VOULONS DOIT SE MÉRITER »

Notre leadership en matière de lutte contre le changement climatique est une composante de ces efforts. Alors même que nos deux pays réduisent leurs émissions de carbone, nous pouvons développer les partenariats en matière d'énergie propre qui créent de nouveaux emplois et nous font progresser vers une croissance sobre en carbone. Nous pouvons faire davantage pour  aider les pays en développement à se tourner vers des sources d'énergie sobres en carbone et à faire face à la montée du niveau des océans et à la violence des tempêtes.

Alors que nous préparons la Conférence sur le climat qui doit se tenir à Paris l'an prochain, nous continuons à appeler tous les pays à s'associer à notre recherche d'un accord mondial ambitieux et global pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre par des mesures concrètes. Le sommet sur le climat au niveau des chefs d'État et de gouvernement, organisé en septembre prochain par le Secrétaire général des Nations Unies, nous donnera l'occasion de réaffirmer nos ambitions pour la conférence de Paris sur le  climat.

Les défis de notre temps ne disparaîtront pas tout seuls et les possibilités offertes par notre monde interconnecté ne se réaliseront pas toutes seules. Comme toujours, l'avenir que nous voulons doit se mériter. Pendant plus de deux siècles, nos deux peuples ont fait front pour défendre notre liberté commune. À présent, nous assumons, une fois encore, nos responsabilités, non seulement l'un envers l'autre, mais envers un monde qui est plus sûr grâce à la pérennité de notre alliance réaffirmée aujourd'hui.

 

Source : http://www.lemonde.fr/international/article/2014/02/10/une-alliance-transformee-par-barack-obama-et-francois-hollande_4363116_3210.html

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 11:41

Pour la première journée du sommet France-Etats-Unis, Barack Obama et François Hollande ont dit s'engager pour un accord ambitieux sur le climat ainsi que pour le partenariat transatlantique.

 

François Hollande a visité lundi avec Barack Obama la résidence du troisième président des Etats-Unis, le francophile Thomas Jefferson, hôte posthume et symbolique des premières heures d'une visite d'Etat de trois jours aux Etats-Unis.

Accueilli en début d'après-midi sur la base militaire d'Andrews, le chef de l'Etat s'est ensuite envolé à bord d'Air Force One en compagnie du président américain pour rejoindre le domaine de Monticello.

"Alliés, nous l'étions au temps de Jefferson et de La Fayette, alliés nous le sommes encore aujourd'hui, amis nous le sommes pour toujours", a déclaré François Hollande lors de la visite de l'ancienne plantation d'une figure emblématique de l'indépendance américaine.

Ce lieu "symbolise l'amitié entre la France et les Etats-Unis", a estimé Barack Obama, saluant en Thomas Jefferson le "fervent francophile" qui fut ambassadeur à Paris de 1785 à 1789.

Souriants devant les photographes, les deux hommes ont multiplié les gestes de complicité avant de repartir pour la Maison Blanche en empruntant pour une étape du trajet Marine One, l'hélicoptère du président américain.

François Hollande devait quitter la présidence américaine dans la soirée pour un dîner avec le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, et Christine Lagarde, l'ancienne ministre des Finances de Nicolas Sarkozy qui dirige le FMI.

Premier dirigeant français depuis Jacques Chirac en 1996 à se voir accorder une visite d'Etat, le président effectuera mardi un tour d'horizon diplomatique complet dans le bureau ovale de Barack Obama.

Une conférence de presse commune prévue dans la foulée permettra aux deux hommes de convaincre que leur rapprochement se concrétisera au-delà du faste déployé pour accueillir le président français

Nouveau cap

Dans une tribune à quatre mains publiée lundi par Le Monde et le Washington Post, les deux chefs d'Etat se disent prêts à faire "franchir un nouveau cap" à l'alliance franco-américaine en s'engageant notamment à faire aboutir le projet d'un accord de libre-échange entre l'Union européenne et les Etats-Unis.

Le président américain a en outre promis à François Hollande son soutien pour faire en 2015 de la conférence de Paris sur le climat et la lutte contre le réchauffement climatique un succès.

Point d'orgue des festivités, un dîner d'Etat à la Maison Blanche auquel le président assistera en tant que célibataire après sa séparation avec Valérie Trierweiler, une actualité dont la presse américaine a fait son miel en raison notamment des soucis causés au protocole américain.

Si la Maison Blanche se refuse à divulguer le plan de table ou le nombre d'invités qui se regrouperont dans une immense tente installée dans les jardins de la présidence, un conseiller de Barack Obama a expliqué à un groupe de journalistes français que le faste déployé illustrait l'importance accordé à l'allié français.

Le président français y dégustera des légumes du potager de Michelle Obama, des spécialités américaines comme du caviar de l'Illinois ou un steak d'une ferme familiale du Colorado et écoutera la chanteuse Mary J. Blige.

Accompagné d'entrepreneurs du net français, François Hollande s'envolera mercredi pour San Francisco et la Silicon Valley où il tentera de faire passer le message que la France n'est pas l'enfer fiscal et administratif dont elle a parfois la réputation.

Source : http://www.euractiv.fr/climat-environnement/climat-et-partenariat-transatlan-news-533412

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 17:24

Le président français est reçu aujourd'hui par Barack Obama. Alors que l'Elysée a été piraté en octobre par la NSA, l'Hexagone a-t-il une chance d'obtenir un accord de non-espionnage ? Saura-t-il se faire entendre sur la négociation du traité de libre-échange entre Washington et Bruxelles ? Quid de la coopération militaire ?

Atlantico : Le président Hollande est reçu aujourd'hui par Barack Obama avec tous les honneurs réservés par la diplomatie américaine, le président étant convié à bord d'Air Force One pour se rendre dans la villa emblématique de Thomas Jefferson à Monticello. Comment interpréter ce traitement de faveur relativement exceptionnel pour un dirigeant français ?

Nicolas Mazzuchi : Les Etats-Unis se trouvent dans une position particulière vis-à-vis des dirigeants européens et de la France en particulier. La volonté américaine de renforcer la position économique des Etats-Unis dans le monde avec deux traités, le Transatlantique pour l’Europe et le Transpacifique pour l’Asie et l’Amérique latine, oblige Barack Obama à faire assaut de charme en direction des leaders d’opinion de ces ensembles régionaux. En ce sens, le traitement réservé à François Hollande se comprend comme une volonté d’amadouer la France qui a toujours été depuis le général de Gaulle le pays le plus méfiant vis-à-vis des initiatives américaines visant le continent européen.

Frédéric Encel : Ces égards ont des raisons conjoncturelles et structurelles. D'abord, François Hollande se distingue de ses (lointains) prédécesseurs par un atlantisme sincère et précieux pour Barack Obama. Il en est ainsi du soutien français - sinon de la position de pointe française ! - lors de la crise syrienne de l'été 2013. Ensuite, il faut avoir à l'esprit que la France, en dépit de quelques querelles dont la dernière remonte tout de même déjà à 2003 (sur l'Irak), n'a en définitive jamais fait défaut à tout type d'alliance avec les Etats-Unis. Deux bonnes raisons qui contribuent à expliquer ce traitement de faveur.

Jean-Bernard Pinatel : Obama accueille son plus fidèle vassal très affaibli et cherche à le conforter aux yeux de l’opinion française par des gestes symboliques comme son invitation à bord d'Air Force One et leur visite à la villa emblématique de Thomas Jefferson à Monticello.

En effet, François Hollande a tout pour plaire au Président américain. Il est le plus atlantiste des Présidents de la 5ème république. Il n’a pratiquement pas protesté dans l’affaire des écoutes de la NSA. Il soutient avec zèle, en faisant fi des intérêts supérieurs de la France, toutes les positions américaines concernant tous les dossiers internationaux : conflit israélo-palestinien, Ukraine, Irak, Syrie, Russie, Ukraine, Turquie, etc. Il est discipliné et pas rancunier quand les américains le lâchent sur la Syrie et sur l’Iran et s’entendent sur son dos avec les Russes sur les armes chimiques et le nucléaire iranien.

Alors que l'Elysée a été piraté en octobre 2013 par la NSA, la question d'un éventuel accord de non-espionnage est sur toutes les lèvres, l'Angleterre et l'Allemagne plaidant elles-mêmes pour l'adoption d'un traité. L'Hexagone a-t-il une chance d'être entendu sur un tel sujet ?

Jean-Bernard Pinatel : Comme je le disais, François Hollande n’a pratiquement pas protesté dans l’affaire des écoutes de la NSA alors qu’Angela Merkel s’est montrée très critique vis-à-vis des Etats-Unis et souhaite qu’un traité de non espionnage soit signé. Obama prononcera certainement des paroles rassurantes sur ce sujet mais les services américains continueront de nous espionner et de transmettre aux compagnies américaines toutes les informations confidentielles sur nos entreprises qu’ils auront pu recueillir.

Frédéric Encel : Franchement, si la France est seule à le revendiquer, non ! Du point de vue du partage du renseignement, et surtout de la protection vis-à-vis d'agences, alliées certes, mais un peu trop curieuses à notre goût, il faut réclamer collectivement, avec nos partenaires européens.

Nicolas Mazzuchi : L’espionnage entre alliés a toujours existé et il faut en être conscient ; non pas que ce soit « normal » mais cela fait partie des pratiques. Le souci dans cette affaire est que plusieurs pays, dont l’Allemagne, pensaient qu’en coopérant pleinement avec Washington cela les mettait à l’abri de manœuvres d’espionnage. La désillusion n’en a été que plus grande pour ces derniers lors de la découverte de l’interception des communications de la Chancelière.

Un tel accord, même s’il peut être ardemment souhaité par les principaux pays européens, a peu de chances d’être entendu à partir du moment où les Etats-Unis considèrent qu’il s’agit là d’une question de sécurité nationale. Ils craignent en effet que l’insuffisance des moyens de renseignement européens ne puisse leur être à terme préjudiciable avec la possibilité que des services européens ne laissent passer d’éventuels terroristes en direction des Etats-Unis.

En outre, le système du renseignement américain fonctionnant aussi au service des entreprises nationales, ce serait se priver d’une arme de guerre économique très efficace pour une puissance dont l’économie, même si elle redécolle, peine à retrouver son niveau d’avant la crise. Il faut rappeler que les principaux compétiteurs des entreprises américaines restent, pour le moment, les entreprises européennes et que, dans ce cas, tout avantage est bon à prendre dans la compétition internationale ; y compris l’espionnage économique.

La négociation du traité de libre-échange entre Washington et Bruxelles est toujours en cours bien que des inquiétudes existent des deux côtés de l'Atlantique en termes d'impact économiques négatifs. Après la timide victoire sur l'exception culturelle française, quels sont les leviers de négociation disponible pour François Hollande sur ce domaine ?

Frédéric Encel : Ces chances sont rares et faibles. Autant sur le plan culturel voir au niveau militaire - en Afrique notamment - Paris peut efficacement donner de la voix, autant sur les questions économiques et financières, il nous faut impérativement nous présenter aux côtés de l'Allemagne, sans quoi nous risquons de ne pas être entendus...

Nicolas Mazzuchi : Pour le moment, aucun ne semble se détacher pleinement. Les Européens ne sont pas d’accord sur les éléments à protéger. La définition des secteurs stratégiques, quand elle existe, n’est pas la même selon les pays et F. Hollande ne se rend pas à Washington avec un mandat de négociation pour l’Europe. Les Etats-Unis ont tout intérêt à jouer des désirs de chaque pays européen contre ceux de ses voisins pour imposer un accord le plus global possible. L’exception culturelle est un élément qui peut être d’autant mieux admis que l’Europe a toujours été regardée dans le monde comme LE continent de la culture. Pour ce qui est des autres secteurs, la disparité entre la France et ses voisins semble malheureusement trop grande pour espérer obtenir un front uni.

La question de la coopération militaire entre les deux pays n'est pas négligeable, les Américains ayant affirmé qu'ils souhaitaient s'engager d'avantage en Afrique ou la France entretient plusieurs opérations extérieures. Alors que l'aide de Washington avait été très timide pour le Mali et la Centrafrique, peut-on imaginer qu'elle se renforce à l'avenir ? Dans quelles proportions ?

Nicolas Mazzuchi : En fait l’aide américaine a été décisive pour les opérations françaises en Afrique. Les Etats-Unis ont fourni des moyens logistiques et de renseignement, via notamment leurs drones, qui se sont avérés indispensables à la réussite de ces opérations de projection. En outre, les Américains sont extrêmement contents que la France ait pris l’initiative sur les dossiers malien et centrafricain puisqu’eux-mêmes ne souhaitaient pas s’impliquer dans la région ; leurs dernières expériences africaines (Somalie en 1992) n’ayant pas été de francs succès. Cette coopération militaire ad hoc relève donc d’une double volonté qui peut aussi se comprendre côté américain dans l’optique de la limitation des engagements (retraits d’Irak et d’Afghanistan) pour se réorienter vers le Pacifique.

Les Etats-Unis ont ainsi pu constater que la France reste la seule puissance militaire crédible d’Europe, capable de se projeter hors de son continent d’origine - tant sur le plan des moyens que de la volonté politique – et cela signe le retour d’une certaine forme d’alliance privilégiée franco-américaine. Même s’il serait simpliste de voir les choses sous cet angle, il est possible de considérer que les Etats-Unis voient la France comme leur porte de sortie pour les engagements éventuels dans une zone Europe-Maghreb-Afrique où ils ne veulent plus être aussi présents que par le passé.

Frédéric Encel : Peu de chances de voir les Etats-Unis renforcer considérablement leur coopération militaire en Afrique dans les prochaines années, pour deux raisons : d'une part ils se réorientent vers l'Asie de l'Est et le Pacifique Nord (zones dont la  France est pratiquement absente), d'autre part la France joue déjà le rôle de gendarme stabilisateur, à leurs yeux de façon assez efficace. En Libye en 2011, au Mali en 2013, en Centrafrique début 2014, Washington a soutenu Paris sur le plan diplomatique et logistique, pas davantage. Le temps est révolu où les présidents Bush père et Clinton dépêchaient en Somalie des milliers de soldats pour châtier des seigneurs de la guerre et sauver des populations de la famine... et ramener des dizaines de cercueils dans l'opprobre générale ! Cela dit, les Etats-Unis maintiennent des bases importantes, comme à Djibouti, et des flottes puissantes à proximité de zones stratégiques (canal de Suez, golfe d'Aden, etc.). Dans tous les cas de figure, Paris et Washington se retrouvent à coopérer. L'unique véritable antagonisme est commercial, qui se situe au niveau des chasseurs bombardiers. Là, nos Rafale sont très, très durement concurrencés par les matériels US...

Jean-Bernard Pinatel : Il est des dossiers où nous avons des intérêts communs. La lutte anti-terroriste est le premier domaine où la coopération entre les services des deux pays s’avère exemplaire, pour le bénéfice sécuritaire de tous. En Afrique, Barack Obama, comme Carter dans les années 1970, répugne à s’engager au moment où il doit gérer la fin de l’aventure Afghane face à un président Karsaï qui louvoie entre les influences contradictoires qui s’exercent dans son pays, au cœur d’enjeux géopolitiques vitaux pour de multiples acteurs régionaux et internationaux. Obama est reconnaissant envers Hollande qui, après avoir pourtant dénoncé le France-Afrique de son prédécesseur durant sa campagne électorale, a chaussé ses bottes sans aucun complexe et a obtenu des succès importants au Sahel contre AQMI et le Mujao grâce à l’efficacité opérationnelle de l’Armée Française qu’il va malheureusement affaiblir en réduisant encore ses effectifs  et son budget.

Par ailleurs, les relations entre L'UE et les Etats-Unis semblent peu chaleureuses alors qu'une diplomate américaine a récemment manifesté son mécontentement face à la gestion européenne de la crise ukrainienne. Une meilleure coopération sur le sujet semble-t-elle envisageable ?

Nicolas Mazzuchi : Il y a toujours eu deux courants dans la diplomatie américaine, entre des europhiles désireux d’entretenir de bonnes relations avec l’Union Européenne, ne serait-ce que pour mieux y faire de l’entrisme de manière très pragmatique, et ceux qui considèrent que c’est une structure pachydermique incapable d’avancer sur les vrais problèmes. De ce point de vue cela ressemble beaucoup aux débats intra-européens. La question de l’Ukraine et, de manière plus large des Etats d’ex-URSS, a toujours empoisonné les relations trilatérales Etats-Unis – UE – Russie. Si l’intégration des pays baltes dans l’UE s’est bien passée, c’est qu’elle relevait d’une volonté commune nette et d’une communauté de culture marquée. Le cas ukrainien présente des déterminants totalement différents ; le pays est proche culturellement de la Russie – même si une fracture géographique existe entre Est et Ouest – a été sous domination russe depuis plus longtemps et représente pour Moscou un point d’intérêt géopolitique majeur. La Révolution Orange puis l’échec de Viktor Iouchtchenko en 2010 ont été des éléments d’une lutte d’influence américano-russe qui se poursuit aujourd’hui. Les Etats-Unis souhaiteraient un positionnement clair de l’UE sur le sujet mais les relations de nombreux pays de l’Union avec la Russie et de la complexité de la problématique intérieure au pays font que les Européens ne veulent pas être entrainés dans ce qui s’apparente à un « piège » géopolitique.

 

 

 

 

Au-delà de ces thématiques très visibles, quels sont les sujets que le président français se devrait d'aborder ?

Nicolas Mazzuchi : De nombreuses questions devraient être abordées, mais au-delà de celles bilatérales entre Etats-Unis et France, je pense que les questions multilatérales de coopération dans les organisations internationales, sur le climat, la sécurité (sur le nucléaire iranien par exemple), le commerce devraient occuper une bonne part des échanges puisque la position américaine en ces domaines reste prépondérante. Il s’agirait d’obtenir des assurances ou, à défaut, de connaitre les positions américaines sur ces sujets majeurs pour ensuite être capable de manœuvrer internationalement de manière plus efficace en se positionnant vis-à-vis d’un pays qui demeure la première puissance mondiale. En ce sens François Hollande devrait se servir de cette rencontre pour écarter un peu le brouillard inhérent aux relations internationales.

Frédéric Encel : Je dirais que sur deux thématiques au moins, la défense des Droits de l'homme et le soutien aux démocrates arabes en premier lieu, et le maintien d'une présence militaire américaine substantielle en Méditerranée et à l'est de l'Europe en second lieu, le président français pourrait solliciter l'attention de son homologue. Sachant que dès les midterms de novembre, Obama entrera dans une fin de parcours paralysante, celle du second et dernier mandat.

Jean-Bernard Pinatel : Pour les américains, la France a envoyé un signal hostile au business avec la taxe démagogique à 75% instauré par François Hollande à des fins électoralistes. La sanction ne s’est pas fait attendre : les nouveaux investissements directs étrangers (IDE) en France ont chuté de 77 % en 2013, pour se situer à 5,7 milliards de dollars, soit 4,1 milliards d'euros, selon les données publiées mardi 28 janvier par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced). François Hollande arrivera-t-il à rassurer les investisseurs américains alors que ses services luttent contre l’optimisation fiscale et viennent de taxer une des plus emblématiques entreprise américaine, Google, d’un redressement faramineux ? Surement pas par des discours en l’absence de mesures concrètes sur l’abaissement des charges et la flexibilité du marché du travail.

De plus, l’affaire Trierweiler-Gayet a offusqué une Amérique profonde, religieuse et attachée à la famille pour lesquels un Président doit être exemplaire. Leurs représentants ont sanctionné ce comportement en n’invitant pas François Hollande à s’exprimer devant eux, honneur pourtant accordé avant lui à tous les Présidents de la Vème République sauf à François Mitterrand, coupable d’avoir pris des ministres communistes à l’heure de la guerre froide.

En conclusion, François Hollande devra se contenter d’un satisfecit appuyé d’Obama dans le domaine de la sécurité qui récompensera autant les décisions de François Hollande d’intervenir en Afrique que son alignement zélé sur les positions américaines en Europe et au Moyen-Orient.

Jamais un Président français n’a fait preuve d’une position aussi servile par rapport aux intérêts américains. Va-t-il, pour autant, en tirer quelques avantages pour la France ?

Rien n’est moins sûr.

 

 

Frédéric Encel est docteur en géopolitique HDR, professeur à l'ESG Management School, maître de conférences à Sciences-Po Paris. Il vient de publier De quelques idées reçues sur le monde contemporain (Autrement, 2013).

 

Jean-Bernard Pinatel est Général (2S) et dirigeant d'entreprise, expert reconnu des questions géopolitiques et d'intelligence économique.  Il est l'auteur de "Russie, Alliance vitale" paru dernièrement aux éditions Choiseul.  Il anime aussi le blog : www.geopolitique-géostratégie.fr

 

Nicolas Mazzucchi est géoéconomiste spécialiste des questions énergétiques. Il est chercheur associé à l’IRIS, fondateur du cabinet Polemos Consulting et professeur associé à l’Ecole de Guerre Economique, HEC et Sciences-Po Lille.


Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/francois-hollande-washington-que-france-vraiment-besoin-dire-aux-americains-jean-bernard-pinatel-nicolas-mazzucchi-976396.html#zxs6bhH43dHjqUz4.99

 

 

Voir également : Du fort tropisme atlantique du gouvernement Hollande - Ayrault !

 

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 12:03

Lors d'un discours au Parlement tunisien, François Hollande a déclaré que la Constitution tunisienne pouvait "servir d'exemple à d'autres pays".

François Hollande, en visite officielle en Tunisie, a salué la Constitution tunisienne. "Aujourd'hui, je viens saluer la Constitution tunisienne, un texte majeur" qui "fait honneur à votre révolution et peut servir d'exemple à d'autres pays", a-t-il déclaré, ce vendredi 7 février devant les membres de l'Assemblée nationale constituante tunisienne. "Cela confirme ce que j'avais dit en juillet (lors de sa première visite) : l'islam est compatible avec la démocratie", a ajouté le président de la République.

En juillet dernier François Hollande était venu à Tunis encourager le processus de transition démocratique dans ce pays, pionnier des Printemps arabes. "A ce moment-là rien n'était acquis, des menaces lourdes" pesaient sur ce processus, a-t-il rappelé.

La Tunisie, "un exemple"

"La Tunisie n'est pas une exception, c'est un exemple", a aussi déclaré François Hollande, ajoutant : "Vous incarnez l'espoir dans le monde arabe et bien au delà". Et de vanter "un pays hospitalier, accueillant, beau et démocratique".

"Je mesure les défis qui vous attendent encore", a poursuivi le président, mentionnant notamment la loi électorale qui doit encore être adoptée pour que des élections puissent avoir lieu en 2014.

Source : http://www.rtl.fr/actualites/info/international/article/tunisie-hollande-salue-une-constitution-qui-peut-servir-d-exemple-7769530437

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 11:36
Contexte 

Souvent tenue pour acquise, l'alliance franco-allemande remonte au 22 janvier 1963. À cette date, le chancelier allemand Konrad Adenauer et le président français Charles de Gaulle ont fait table rase d'inimitié multiséculaire entre les deux nations.

La ratification du traité de l'Élysée visait à réconcilier le partenariat entre la France et l'Allemagne et avait parallèlement pour but de jeter les bases communes pour une construction européenne.

Le binôme franco-allemand est souvent cité comme le moteur de la construction européenne. À eux deux, ils représentent jusqu'à 33 % de la population totale de l'Union européenne. Économiquement, ils correspondent à environ 36 % du budget européen et 37 % du PIB de l'Union européenne.

Trois grands spécialistes politiques se sont confiés à EurActiv Allemagne à quelques jours du 51e anniversaire du traité de l'Élysée. Ils passent en revue le partenariat franco-allemand et les défis à venir cette année.

 

Frank Baasner, directeur de l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg, explique que le temps est venu de repenser le traité de l'Élysée, 51 ans après sa ratification (voir « Contexte).

L'année 2014 devrait être historique pour l'Allemagne, la France et le reste de l'UE, poursuit Frank Baasner. En effet, l'Union est mise à rude épreuve : la zone euro n’est pas encore sortie de la crise et l’UE est engagée dans une intervention militaire en Afrique. Par ailleurs, c'est aussi l'année des élections européennes, où les citoyens voteront pour les futurs députés européens.

Selon le politologue, l'année a commencé par des annonces fortes, comme le « pacte de responsabilité » du président François Hollande entre les syndicats et les employés, ou sa politique économique résolument tournée vers l’offre.

Par cette droitisation de sa politique, le président souhaitait alléger la charge fiscale sur les sociétés en contrepartie d'une augmentation de taux d’emploi, estiment les politologues. Le gouvernement compte également réduire les dépenses publiques de 50 milliards d'ici 2017.

Après le discours, certains commentateurs ont rapidement fait le parallèle avec l'Agenda 2010 de l'ancien chancelier Gerhard Schröder, ajoute Franck Baasner.

Si le projet de François Hollande est appliqué, ce serait une « très bonne nouvelle pour toute l'UE », affirme avec conviction Franck Baasner à EurActiv Allemagne.

De son côté, l'eurodéputé Andreas Schwab issu de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) souligne que la France doit mener des réformes en profondeur, ce qui sape tout espoir de changement rapide. Le pays est confronté à des difficultés très importantes. Sa croissance économique est en berne et le marché de l'emploi est atone, selon l'eurodéputé conservateur.

« Le discours d'Hollande n'a pas mis ces problèmes de côté, » poursuit Andreas Schwab.

Il indique qu'il ne partage pas l'idée, largement répandue en France, que les coupes budgétaires sytématiquement créeraient de nouveaux emplois. La flexibilité doit se poursuivre au sein du marché de l'emploi, surtout en ce qui concerne les PME, constate le député.

Le chrétien-démocrate considère que la France peut s'inspirer de l'Agenda 2010 de Gerhard Schröder comme exemple de réforme économique, mais ne peut pas se contenter de le transposer dans son pays tel quel. Les différences entre les deux économies sont trop grandes, explique Andreas Schwab à EurActiv Allemagne.

« Le gouvernement français doit prendre des mesures [adaptées à la] France, » selon lui.

La France ne peut pas jouer un rôle de second plan au sein de l'UE

La prescription d'une solution uniquement française à un problème français est nécessaire selon Georg Walter, responsable de programmes des relations franco-allemandes au sein de la fondation Asko Europa-Stiftung à Sarrebruck en Allemagne.

Dans une déclaration envoyée à EurActiv Allemagne, le politologue souligne que les différences tant politiques que socioculturelles entre la France et l'Allemagne devraient être prises en compte pour expliquer les différences économiques.

En 2014, l'Allemagne reste imbattable et domine l'espace économique européen. La République fédérale encourage la France à mener des réformes selon le modèle allemand. Cette attitude ne peut que déterrer les vieilles peurs françaises face à une potentielle domination du pays germanique, a prédit Georg Walter.

Si François Hollande cherche à trop se rapprocher d’un système économique à l'allemande, il risque de devoir faire face à une opposition au sein de son pays, a prophétisé Georg Walter.

Georg Walter ne conçoit pas que la France puisse jouer un rôle de second plan aux côtés de l'Allemagne, . Pour cette raison, selon le politologue, il reste à voir si la France compte effectivement donner satisfaction à l'Allemagne dans le cadre du processus de réformes que mène le pays.

Marchandage politique

Alors que l'Allemagne reste dominante d'un point de vue économique, la situation est totalement différente pour ce qui est de la politique de défense, explique le politologue Georg Walter. La France reste la Grande Nation qui part en opération militaire seule. Ce fut le cas pour le Mali et actuellement pour la République centrafricaine.

De par son passé colonial, la France a une présence en Afrique et éprouve aussi un sentiment de responsabilité quant à la stabilisation des États francophones en crise, selon Georg Walter. En revanche, l'Allemagne tend traditionnellement à éviter les interventions étrangères (aussi pour des raisons historiques), ce qui est flagrant dans le cas de l'Afrique.

Dans un tel contexte, le spécialiste de la politique franco-allemande s’interroge sur la possibilité d'un marchandage politique entre les deux pays. La France pourrait faire des concessions à l'Allemagne dans le domaine de la politique économique et en retour l'Allemagne offrirait son soutien dans le cadre des interventions militaires françaises, propose Georg Walter. Selon lui, ce serait une situation bénéfique pour les deux parties.

« En théorie, cette idée pourrait être étendue [à d'autres domaines] », précise Andreas Schwab. Néanmoins, il nuance ses propos. Selon lui, les différences historiques entre les deux pays sont trop profondément ancrées.

L'Allemagne n'enverra de troupes militaires qu’après une analyse en profondeur de la situation, assure le jeune conservateur allemand.  Ainsi, à ses yeux, au lieu d'une action précipitée, la France devrait élaborer une planification préliminaire en vue de donner plus de marge de manœuvre à l'Allemagne lors des interventions étrangères.

« Il y a une vraie volonté en faveur d’une plus grande coopération [militaire] », déclare Andreas Schwab.

Remettre en marche « le moteur de l'intégration européenne »

Selon les trois spécialistes, 2014 semble être le moment parfait pour que le partenariat franco-allemand précise les prochaines étapes vers plus d'intégration politique dans le domaine de l'économie et de la sécurité.

« Il est crucial que l'Allemagne et la France restent unies derrière le projet européen et, malgré des concepts et des raisonnements divergents, continuent à trouver des points d'accord afin d'avancer dans le processus d'intégration », déclare Georg Walter.

Dans le même ordre d’idée, « en 2014, l'Allemagne et la France doivent devenir de nouveau le moteur de l'intégration européenne », selon lui.

Même à une époque où de nombreux États membres connaissent une montée du nationalisme, George Walter se dit optimiste et pense que les dirigeants d'État et de gouvernement vont trouver une solution en adoptant une attitude proactive et tournée vers l'avenir.

« La coopération en Europe ne peut juste tourner autour des euros et des cents, autour du marché unique et de l'union bancaire, […]elle doit aussi comprendre une dimension humaine qui maintient les personnes ensemble », conclut Andreas Schwab.

 

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 11:34
Contexte

En septembre 2011, la Commission a publié une proposition détaillée relative à une taxe sur les transactions financières.

Selon cette proposition, la TTF s'appliquerait à toute transaction portant sur des instruments financiers, sauf sur le marché primaire, et des prêts bancaires. Les transactions impliquant des actions et des obligations seront taxées à 0,1 % et les produits dérivés à 0,01 %. La TTF devra être payée si au moins l'une des parties est basée dans l'UE.

L'Allemagne et la France, les plus grands partisans de cette taxe, souhaitaient une application à l'échelle de l'UE dès 2014, mais elles ont dû se résigner à lancer une procédure de coopération renforcée. Le 9 octobre 2012, 11 États membres, deux de plus que le minimum requis, ont exprimé leur intention d'enclencher une procédure de « coopération renforcée » conformément au traité de l'UE afin de lancer la TFF.

Les éléments nouveaux

Les ministres français et leurs homologues allemands se réuniront à l’Elysée le 19 février prochain. Le sort de la  TTF (taxe sur les transactions financières) européenne sera tranché à cette occasion.

Depuis mai 2012, le couple franco-allemand a préparé avec vigueur le dossier TTF. L’objectif étant de rallier un maximum d’États membres de l’UE sur cette question qui est loin de faire l’unanimité. Les deux pays affichaient encore cette ambition suite au conseil économique et financier franco-allemand qui s’est tenu à Paris le 27 janvier dernier.

30 à 35 milliards d'euros de ressources supplémentaires

La taxe sur les transactions financières a un triple objectif. D’abord, il s‘agit de participer à la régulation financière. Ensuite, la TTF favoriserait le redressement des finances publiques, ce qui est plus que nécessaire suite à l’intensité de la dernière crise économique. Enfin, la taxe sur les transactions financières contribuerait à la lutte mondiale contre la pauvreté, et le réchauffement climatique. Susceptible de rapporter 30 à 35 milliards d’euros, cette taxe est largement critiquée par le secteur banquier et entrepreneurial qui craint des délocalisations d'activités financières hors d’Europe.

ATTAC souhaite une TTF forte

Dans une lettre ouverte adressée aux têtes de listes des partis au gouvernement, ATTAC (l’association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne) appelait à la mise en place d’une « véritable taxe afin de réduire la spéculation, et financer la solidarité nationale, européenne et internationale ».  Accusant le ministre de l’Économie Pierre Moscovici de déclarer que le projet de TTF actuel serait « excessif », ATTAC refuse une taxe au rabais, et insiste sur l’importance des prochaines échéances. C’est-à-dire la rencontre du 19 février, ainsi que les élections européennes en mai 2014.

La TTF, valeur ajoutée de l'Europe

C’est justement le rendez-vous que donne le ministre français de l’Économie dans un article paru dans Les Echos le 30 janvier. Pierre Moscovici considère qu’après « la victoire contre le dumping social obtenu par la France avec la révision de la directive sur les travailleurs détachés », la TTF témoignera de toute la valeur ajoutée de l’Europe. Reste à savoir quelle forme elle adoptera : une TTF au rabais, sensible à ce qui se pratique aujourd'hui en France, ou une TTF intégrant les échanges "intraday", soit la totalité des échanges qui s'effectuent sur les marchés actions à l'exclusion des échanges à terme.

Prochaines étapes : 
  • 19 février 2014: Conseil des ministres franco-allemand
  • 22-25 Mai 2014: Élections européennes
Liens externes

Presse

 

Source : http://www.euractiv.fr/services-financiers/la-taxe-sur-les-transactions-fin-news-533210?utm_source=EurActiv%20Newsletter&utm_campaign=2ebf765d87-newsletter_dernieres_infos&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-2ebf765d87-55414033

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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 12:45

J'aimerais beaucoup qu'en 2014 on m'explique les raisons de l'inféodation de la politique étrangère française - droite et gauche confondues - à celle des États-Unis ; qu'on me déroule les arcanes de l'opiniâtre hostilité que les autorités françaises, les médias français - gauche et droite confondues - témoignent à la Russie. En Irak, en Serbie, en Afghanistan, en Libye, en Syrie, et, de manière moins sanglante mais semblablement servile, en Géorgie et en Ukraine, l'Élysée et le Quai d'Orsay, le petit doigt sur la couture du pantalon, sont, depuis de nombreuses années, aux ordres des Américains, adoptent sans barguigner leur exécrable politique étrangère. Parfois même s'y montrent - en Libye et en Syrie par exemple - des serviteurs encore plus zélés que leurs maîtres.  

La première fois que j'ai voté pour élire le président de la République, figurait parmi les candidats celui du parti américain. Il s'appelait Jean Lecanuet et se prenait pour la réincarnation de John Kennedy, assassiné deux ans plus tôt. Il n'était pas antipathique, mais sa ferveur pro-yankee prêtait à sourire et, à droite, les gens sérieux se rassemblaient derrière le général de Gaulle qui, lui, prônait une politique étrangère peu soucieuse des intérêts des États-Unis ; une politique qui, au Proche-Orient, en Europe orientale, au Canada, en Amérique du Sud, en Asie, était uniquement attachée aux intérêts de la France.

"Nous sommes en guerre contre l'Amérique"

À ces élections de 1965, la gauche portait les couleurs d'un seul candidat, François Mitterrand. Je me battais pour lui dans les colonnes de Combat, un journal de jeunes insolents mousquetaires dont le capitaine de Tréville se nommait Philippe Tesson ; et aussi dans un hebdomadaire de droite, La Nation française de Pierre Boutang, où mon meilleur argument était : François Mitterrand, lui aussi, saura dire non aux Américains.

Le général de Gaulle, défenseur d'une Europe de l'Atlantique à l'Oural, était attentif à développer cette amitié franco-russe qui, depuis le mariage de la princesse Anne de Russie avec le roi Henri de France jusqu'aux champs de bataille des deux guerres mondiales, est la colonne d'or de l'équilibre européen ; il s'inscrivait dans cette féconde tradition de l'alliance franco-russe célébrée par le duc de Saint-Simon, Chateaubriand et tant d'autres esprits lucides.

Mitterrand, lui aussi, était un slavophile qui n'imaginait pas un instant que l'Europe pût n'être qu'une Europe catholique et protestante ; qui savait que la Russie et les autres pays orthodoxes de l'Europe orientale constituaient un élément essentiel de notre vieux continent. Fidèle à l'amitié qui unit la Serbie et la France, il a souffert de la guerre de l'Otan contre le peuple serbe. Dans un beau livre paru chez Plon, Le dernier Mitterrand, Georges-Marc Benamou cite ce propos que le président malade lui tint en 1994 :

"La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique... Oui, une guerre permanente, une guerre vitale... Leur propagande, les manipulations, leurs mensonges... Les Américains voulaient envoyer les Turcs bombarder les Serbes, j'ai fait ce qu'il fallait pour éviter cette folie."

L'intelligentsia française témoigne une sourcilleuse exigence démocratique à l'endroit de Poutine

Personne ne fait aux Américains le reproche d'avoir une politique favorable à l'Amérique. Comme le dit Pierre Fresnay dans L'assassin habite au 21, "c'est bien normal". En revanche, nous pouvons légitimement regretter que les successeurs du général de Gaulle et de François Mitterrand, hier Nicolas Sarkozy, aujourd'hui François Hollande, se soumettent si platement aux mots d'ordre de Washington, se croient obligés - lors de crises telles que, hier, celle de la Géorgie, aujourd'hui celle de l'Ukraine, - de prendre le parti des marionnettes pro-américaines, de manifester leur hostilité à la Russie et aux amis de la Russie.

Les Russes ont toujours été animés de cette "passion extrême de s'unir avec la France" que Saint-Simon se réjouit d'observer chez Pierre le Grand, et cette passion fut longtemps réciproque, mais, pour des raisons que j'aimerais qu'en 2014 on m'explique, elle ne l'est plus. En 1988, lorsque Gorbatchev décida de mettre fin au régime dictatorial qui depuis soixante-dix ans oppressait le peuple russe, cela aurait dû être en France, et en particulier chez les intellectuels, les artistes, une explosion de joie. Qu'après des décennies de décervelage d'État, les Russes pussent enfin redécouvrir leurs racines culturelles, spirituelles, prier librement, s'exprimer librement, voyager librement, que dans les vitrines des librairies ressuscitent les livres interdits - des Démons de Dostoïevski au Requiem d'Akhmatova, des oeuvres de Berdiaeff à celles de Florensky -, aurait dû réjouir tous les Français attachés à la liberté d'expression, et en premier lieu ceux qui se réclament de la gauche.

Bizarrement, il n'en fut rien et, en 2013, il n'en est toujours rien. L'intelligentsia française, qui durant soixante-dix ans a témoigné une incroyable indulgence aux tortionnaires Lénine, Staline, Brejnev, qui, au pire des persécutions, a continué de lécher le cul du pouvoir soviétique et de bouffer ses petits fours à l'ambassade de la rue de Grenelle, témoigne soudain une sourcilleuse exigence démocratique à l'endroit de Poutine. Oui, c'est en vérité curieux, car, à comparaison des trois sanglants zozos que je viens de nommer, Poutine est un parangon de démocratie.

Si des professionnels de la politique européenne pouvaient en 2014 me dévoiler les raisons de ce deux poids deux mesures, de cet assujettissement aux États-Unis, de cet incroyable et absurde désamour de la Russie chez nos gouvernants, nos journalistes et nos intellos bon chic bon genre, j'en serais ravi. Sur ce, Joyeux Noël, Bonne Année et, comme disent nos amis corses, Pace e Salute !

Source : https://www.barclays.fr/ambitions/exclusive/index.html

Voir également :

 * Du fort tropisme atlantique du gouvernement Hollande - Ayrault !

 * Retour sur images : Transatlantisme et principe de réalité, par André Dumoulin (La Libre Belgique - 2003)

 * Jusqu'à quel niveau d'intégration l'agenda transatlantique nous entraînera-t-il, sans aucun débat démocratique ?

 * Ce dont l'Union européenne a le plus besoin aujourd'hui, c'est d'une vision stratégique de sa véritable place comme acteur global dans le monde

 

 

 

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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 11:16
Contexte

L'Elysée, résume ainsi la relation entre Paris et Londres : "Le Président de la République poursuit la mise en place d’une réorientation de l’Europe pour les prochaines années, d’une zone euro tournée vers la croissance dans le contexte d’un renouvellement du Parlement européen et de la Commission." "Le Royaume-Uni en est l’un des Etats membres importants, avec toutes ses spécificités. Il s’agit de réfléchir ensemble à la façon de redynamiser l’Europe afin de renforcer la croissance et l’emploi, de développer des politiques au niveau européen qui soient utiles dans des domaines où la France et le Royaume-Uni ont des intérêts partagés, comme l’énergie. Il s’agit aussi d’identifier les convergences d’intérêt dans lesquelles le Royaume-Uni est un partenaire stratégique et important. La priorité est de travailler à une Europe plus concentrée, plus claire, plus efficace et donc d’avoir une discussion politique sur l’avenir de l’Union européenne."

Les éléments nouveaux

Les chefs d'Etat du Royaume-Uni et de la France doivent discuter Europe autour d'un déjeuner dans un pub britannique. Un sujet sur lequel tout les sépare.  

Démonstration militaire, puis déjeuner au pub dans le fief électoral de David Cameron près d'Oxford : le sommet franco-britannique du vendredi 31 janvier est réduit à sa plus simple expression. Et tout a été fait pour repousser au plus tard les sujets qui fâchent.

Les questions de coopération en matière militaire, énergétique et spatiale représentent le seul ordre du jour consensuel entre les deux pays, alors que le Premier ministre britannique ne cesse de donner des gages à l'aile droite de son parti en critiquant sévèrement la construction européenne. David Cameron s'est aussi engagé à organiser en 2017, s'il est réélu en 2015, un referendum sur l'appartenance de son île à l'Union européenne.

A l'inverse, François Hollande et ses ministres bataillent sans cesse, à Bruxelles ou en France, pour préserver l'Europe à 28 tout en accélérant l'approfondissement de l'euro-zone. Des stratégies divergentes qui se traduisent par des crispations diplomatiques. Ce que le Financial Times résume en ayant recours aux deux langues : An entente that is not very cordiale.

La presse britannique a fait état des interrogations de la France sur la tenue du sommet en raison du French-bashing permanent de l'exécutif britannique. Des hésitations hypothétiques selon l'Élysée, qui dément. Et affirme que l'intérêt général demande d'avoir un discours constructif pour que le Royaume-Uni reste en Europe.

Des accords militaires et économiques

Les deux hommes prévoient de signer sur la base militaire de Brize-Norton, une série d'accords visant à mettre en oeuvre les programmes d'équipement militaire lancés par le traité de Lancaster House, conclu fin 2010 par Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique.

La nouvelle génération des avions de combat sans pilote, les missiles antinavires légers ou encore un nouveau programme contre les mines marines sont autant de domaines où les deux pays espèrent obtenir des avancées concrètes. Paris et Londres veulent aussi poursuivre la coopération énergétique induite par la construction par EDF d'une centrale nucléaire à Hinkley, dans l'est du Royaume-Uni, un investissement de près de 19 milliards d'euros.

Des programmes de recherche et de formation communs pourraient être annoncés dans le sillage de la construction des premiers réacteurs EPR britanniques, ainsi qu'un rapprochement entre les agences spatiales des deux pays.

L'Europe, un obstacle sémantique

Pour François Hollande, il est hors de question de changer les traités pour satisfaire les exigences britanniques. Or, la position de Cameron consiste à tenter de rapatrier des compétences supplémentaires au niveau national, ce qui nécessiterait un changement des traités.

La remise en cause régulière par Londres de la libre-circulation des personnes, qui est un des fondements de la construction européenne, est aussi critiquée à l'Élysée. « C'est un sujet qui n'est pas négociable, comme la libre-circulation des marchandises » assure-t-on dans l'entourage de Hollande.

Outre les petites phrases assassines sur les débarquements de roumains et de bulgares ou le besoin de « simplification » des règles européennes, le Royaume-Uni mène plus discrètement un travail de sape des législations européennes existantes.

C'est en tout cas la position de Paris, qui cite les propositions de « simplification » faites par le Royaume-Uni lors du Conseil européen d'octobre dernier.

« Il ne s'agissait pas de simplifier les règles européennes, mais de supprimer toute législation environnementale, sociale, ou de sécurité alimentaire. Si l'on fait cela, l'Europe perd son sens ! » assure-t-on dans l'entourage du président français.

Reste que la discussion avec le Royaume-Uni demeure cruciale. Et la présidence français souligne que les hésitations du Royaume-Uni à l'égard du Continent relèvent surtout du débat intérieur britannique. (NDLR Regards-citoyens.com: comment pourrait-il en être autrement ?! la position d'un nation à l'égard d'un projet de cette envergure relève d'abord d'un débat intérieur, sinon qu'est-ce que démocratie voudrait dire ?)

«Il y a un obstacle sémantique et politique dans le mot Europe, mais le gouvernement britannique connaît son intérêt stratégique » veut croire Paris.

Source : http://www.euractiv.fr/general/le-brexit-invite-indesirable-du-news-533171?utm_source=EurActiv%20Newsletter&utm_campaign=7c11bd948b-newsletter_dernieres_infos&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-7c11bd948b-55414033

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